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 La Nuit des Veuves [Helvia & Julia Felix]

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Message(#) Sujet: La Nuit des Veuves [Helvia & Julia Felix] Sam 28 Mar - 13:57

La Nuit des Veuves



Villa Scaevola ~ Mai 725 AUC

Des pas précipités résonnaient dans les murs de la villa depuis près d’une heure. Une nuée d’esclaves traversait l’atrium et le triclinium dans un sens et dans l’autre, les bras chargés de plats fumants, d’amphores, de fleurs ou de tissus colorés. Les servantes donnaient un dernier coup de chiffon sur le sol pour faire briller le marbre, les esclaves en cuisine faisaient saisir les derniers morceaux de viande, d’autres redisposaient les meubles dans les pièces selon les derniers désires de la domina dont la voix sévère sifflait méchamment à leurs oreilles.

- Combien de fois ai-je demandé deux sièges dans l’hortus ?

- Deux fois, domina… balbutia le tout jeune Catulus qui triturait nerveusement ses doigts en fixant ses orteils.

- Que la troisième ne soit pas en vain, à moins que tu ne préfères que je te fasse jeter par-dessus la balustrade de l’étage.

Le jeune esclave disparut immédiatement et la veuve appela une jeune fille.

- Et toi ? Combien de temps te faut-il pour retrouver cette parure ? Dois-je te rappeler combien j’ai déjà dû attendre pour que tu recouses cette robe ?

- Je vais la retrouver, domina… répondit-elle d’une voix tremblante.

- Voilà qui serait dans ton intérêt.

La jeune esclave s’enfuit et, lentement, Helvia se rendit dans l’hortus. Son petit jardin d’intérieur revêtait depuis quelques semaines les couleurs de l’été et les premières fleurs avaient envahi arbustes et buissons. Ses doigts caressaient distraitement les pétales roses d’un bouton tout récemment éclos alors qu’elle écoutait d’une oreille distraite l’effervescence à l’intérieur de la domus. Ce soir, elle recevait une invitée de marque, une amie qui lui était chère et qu’elle gardait précieusement depuis près de quatre ans maintenant.

L’histoire montre son lot d’amitiés improbables. D’autres en revanche, semblent simplement inévitables. Indéniablement, celle qui unissait Helvia et Julia Felix ne pouvait qu’avoir été préparée par les dieux eux-mêmes, tant leurs tempéraments paraissaient faits pour s’accorder. Comme bien des femmes de leur rang, elles s’étaient rencontrées lors d’une de ces innombrables soirées sans histoire, au détour d’une colonne et d’une coupe de vin. La gauchère n’avait pas pu vivre pendant six ans à Pompéi sans entendre parler de la célèbre maison de plaisirs de Julia Felix. Pour autant, ce ne fut que lors de cette soirée qu’elles s’entretinrent* vraiment pour la première fois.  Que dire mis à part que toutes deux ne firent que réaliser à quel point elles étaient similaires, à quel point tout les faisait s’installer dans un délicieux accord ? Toutes deux étaient veuves, toutes deux brillaient en affaire, toutes deux s’étaient affranchies d’un poids trop conséquent de la gente masculine et toutes deux inspiraient autant la fascination que la crainte. Helvia et Julia se retrouvèrent dans ce cercle extrêmement restreint des femmes à part, des femmes qui inspirent le mépris ou l’admiration, mais jamais l’indifférence. Leur complicité n’avait pas mis longtemps à teinter leurs discours et chacune avait pris plaisir à partager son histoire à l’autre, en oubliant pas d’étudier attentivement la marée d’invités présents et de critiquer la robe mal ajustée de la maîtresse de maison qui laissait entrevoir son ventre arrondi par les douceurs au miel bien plus que par une grossesse. L’heure du retour venu, les deux femmes s’étaient quittée avec un étrange pincement au cœur que seul peut créer la sensation d’une amitié naissante.

Par la suite, la vipère et la matrone n’avaient cessé de s’inviter chez l’une ou chez l’autre, profitant de la moindre occasion pour se retrouver et élaborer leurs plans fantasques pour la domination du marché pompéien. Peu d’hommes voyaient leur alliance d’un bon œil. Les moins hostiles s’en amusaient plutôt que de la mépriser, mais tous semblaient garder envers elle une certaine méfiance. Pourtant, ni la patricienne ni la plébéienne ne semblait donner la moindre importance à ce ressentiment et rien n’avait jamais su éroder ces quatre années d’amitié sincère.

- Domina ? entendit alors la veuve.

Helvia se retourna et croisa le regard de sa jeune esclave qui lui tendait sa parure enfin retrouvée. Avec un sourire en coin, la patricienne se retourna et souleva sa chevelure pour laisser sa servante passer les pierres autour de son cou.

- Parfait. dit-elle une fois l’ouvrage terminé. File aider les autres, à présent.  

La gauchère suivit l’esclave du regard jusqu’à l’atrium. Les dernières touches à la décoration et au repas étaient fournies par son armée de petites mains. Rarement, Helvia se donnait autant de mal pour recevoir cette chère Julia. Non pas qu’elle ne méritait nullement une telle attention. Mais toutes deux ne cherchaient plus à s’impressionner depuis longtemps, et leurs retrouvailles se faisaient alors dans une agréable simplicité, autour d’un bon Falerne. Seulement, ce soir était particulier pour la vipère : ce soir, toutes deux avaient quelque chose à fêter.

₪ ₪ ₪

Helvia inspecta sa domus une dernière fois, vérifiant le moindre plat servi, la disposition de chaque meuble et la tenue de chaque esclave. Le cœur battant d’excitation, elle n’attendait plus que cette chère Julia, qui ne tarda pas à se faire annoncer. Un sourire rayonnant illuminant son visage, elle se dirigea jusqu’à l’entrée où elle accueillit son amie, les bras grand ouverts.

- Julia… lança-t-elle d’une voix enjouée. Voici tellement longtemps que nous n’avons plus partagé de soirée ensemble. Ne faisons jamais plus cette erreur, veux-tu ?

Elle l’embrassa tendrement avant de se tourner pour la laisser avancer dans la domus, traversant l’atrium jusqu’aux jardins. Devant le regard quelque peu surpris de la matrone, la vipère lui dit d’une voix douce teintée de satisfaction :

- Je sais que nous n’avons plus fait de si grande réception depuis bien longtemps. Mais je me suis souvenu que nous n’avions jamais fêté la victoire de Versutius aux derniers jeux civiques. Aussi, je me suis dit qu’un peu de déraisonnable pourrait être de bon ton ce soir.

Helvia plongea son regard dans celui de la belle Felix et lui sourit pendant qu'une esclave leur apportait déjà sur un plateau deux coupes du vin de Falerne que les deux femmes appréciaient le plus. Ce soir, aucun homme n’était là pour les forcer à une conduite respectable, aucune épouse bien trop bonne n’était là pour les dissuader de lancer la moindre pique. Ce soir n’était rien que pour elles, rien que pour leurs rires, leurs taquineries et leurs passions.

Ce soir était la nuit des veuves.

lumos maxima

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Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

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Message(#) Sujet: Re: La Nuit des Veuves [Helvia & Julia Felix] Lun 15 Juin - 7:40




La Nuit des Veuves
Helvia Claudia Scaevola & Julia Felix




La douceur du soleil d’un soir de mai, le doux bercement de la litière qui sillonne entre les ruelles de la rue de l’Abondance au quartier de la Fortune ne saurait apaiser le fourmillement d’excitation avec lequel je me suis déjà levée ce matin. La journée fut détestable pourtant : une de mes filles s’est plainte de mauvais traitements reçus d’un client logé chez moi. Il l’avait acquise pour la nuit et me la rendait au petit matin le corps couvert de morsures… Que mes nymphes inspirent la passion, cela me flatte, mais que mes clients, tout aussi fortunés et bien nés soient-ils, ne sachent pas refreiner leurs ardeurs… Il m’a fallu réclamer compensation – je ne peux décemment pas la présenter au monde d’ici au moins une semaine- ce que je déteste faire évidemment. D’autant que ce bougre m’a rendu la tâche coriace, usant de sa morgue toute patricienne. Fort heureusement, j’en ai vu d’autres et coriace je le suis plus que lui.
Aussi après avoir déployé des trésors de patience et de courtoisie, alternant entre fermeté et sourires enjôleurs, j’ai fini par obtenir le prix de la courtisane pour trois nuits, bien que j’en aurais aimé davantage et qu’il eut été capable d’aligner les deniers requis. Je l’ai laissé partir ainsi, mais je ne suis pas femme à me contenter de cette maigre victoire. J’ai fait une prière à Venus ce matin, et si elle m’a entendue comme je le souhaite, ma courtisane sera depuis longtemps de nouveau opérationnelle avant que sa queue ne le soit…

Journée exécrable donc, pourtant aucun nuage n’aurait pu venir tenir la délicieuse perspective de retrouver ma chère Helvia ce soir. Etrange amitié que celle qui unit une patricienne et une maquerelle me direz vous ? Il eut été plus étrange encore que nous ne nous apprécions pas, je dirais.
Dissimulée derrière ses atours de patricienne, Helvia porte en elle cette liberté que je chéris tant et qu’il est si rare de trouver chez celles de son espèce, engoncées dans leurs mœurs rigides, recluses dans leur rôle de matrones. C’est précisément celles-ci qui ne m’aiment guère, elles voient souvent en moi une infréquentable, au mieux. Au pire, une vile harpie prête à arracher à leur honorable couche leur époux volage. Comme si d’un seul regard, je pouvais inspirer l’adultère pour les attirer dans mes rais… Il est vrai que c’est bel et bien sur ces femmes là que j’ai bâti ma fortune…

Je bondis de ma litière sans attendre lorsqu’elle s’arrête devant la villa Scaevola, remettant en place dans un froufrou la soie chatoyante de ma stola. Je sais quelle esthète est la patricienne aux cheveux de jais et j’ai à cœur de toujours paraître sous mon meilleur jour lors de nos rencontres. C’est bien là notre luxe de veuves. Passant le seuil de sa porte, trouvant la douce fraîcheur de son atrium, mon visage s’illumine en la voyant s’avancer vers moi.


De cette soirée où Helvia et moi nous rencontrâmes était née une complicité croissante au fil du temps et une amitié aussi douce que piquante. Puis nous avions établi nos propres rituels comme celui de nous voir aussi régulièrement que possible en tête à tête. Nous échangions sur tout, aucun sujet ne nous était interdit : ni politique, ni commerce, ni scandale ou rumeur… Le tout subtilement arrosé de vin, de bonne humeur et d’un humour grinçant. Qu’il était bon d’être ainsi libres !

- Julia… Voici tellement longtemps que nous n’avons plus partagé de soirée ensemble. Ne faisons jamais plus cette erreur, veux-tu ?

Je réponds de bon cœur à son embrassade et réponds tout en collant ma joue contre la sienne et lançant un baiser :

- On ne peut plus d’accord! On fait des lois pour tout et pour rien de nos jours, comment se fait-il qu’il n’y en ait aucune pour cela ?

Glissant nos bras dessus dessous, nous avançons d’un même pas complice et enjoué, sincèrement heureuse de notre entrevue de ce soir.

- Je sais que nous n’avons plus fait de si grande réception depuis bien longtemps. Mais je me suis souvenu que nous n’avions jamais fêté la victoire de Versutius aux derniers jeux civiques. Aussi, je me suis dit qu’un peu de déraisonnable pourrait être de bon ton ce soir.

Ma main baguée se saisit de la coupe tendue et j’esquisse un sourire :

- Quelle soirée en votre compagnie ne l’est pas, ma chère? Eh bien, à la victoire de ce cher Sextus donc et du beau spectacle qu’il nous a offert ! Et que les Dieux nous offrent encore longtemps des corps de gladiateurs couverts de sueur et de sable ! Un instant, j’ai bien crû que le perdant allait être achevé d’ailleurs, quel gâchis…

J’embrasse de mes lèvres l’étain de la coupe, un regard mutin levé vers Helvia à qui je n’ai pu longtemps cacher mes penchants en matière d’hommes. Nous avions déjà passé depuis fort longtemps les limites de la bienséance convenue et si nous restions chacune énigmatique sur nos amours –nous avions convenu qu’aucun homme ne saurait s’inviter dans nos soirées et notre amitié, même en parole- comme pour tout sujet, la liberté de ton restait de mise.
Tandis que la gorgée de vin miellé embrase mon palet et ma langue, j’en savoure chaque goutte :

- Mmh… Par Bacchus, comment t’es-tu procuré cette merveille ? Voilà bientôt deux semaines que j’en ai épuisé mes caves et qu’à cause des événements dans le Sud, on prétend ne plus pouvoir m’en vendre ! J’en suis réduite à servir à mes clients du vin de Narbonnaise. C’est certes est un pis-aller convenable mais je n’aimerais pas que cette situation s’éternise, elle me fait du tort…

Si cela continue, je crains de ne plus avoir que de la piquette à servir dans ma demeure. Que les Harpies m’en soit témoins, je préfère encore aller bouter ce Fils de l’Etna moi-même hors d’Italie à coups d’amphore!

__________________________

Je veux bien être belle, mais pas dormir au bois; je veux bien être reine, mais pas l'ombre du roi.
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