[Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]



POMPEII, TERRA DEORUM ₪ :: Ludi :: Archives RPs
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Patricien
Jeu 24 Oct - 0:09
[Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
₪ Arrivée à Pompéi : 26/05/2013
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720 AUC ~ Pompéi


Quinze jours…

Le temps pouvait paraître dérisoire. Mais pour Helvia, il avait été d’une longueur douloureuse, infinie, comme une coupure qui se creusait lentement, sans cesse. Pendant ces quinze jours, comme il le lui avait demandé, elle avait réfléchi autant que possible. Elle avait étudié ses désirs les plus profonds, ses limites les plus infranchissables. Etre une maîtresse plutôt qu’une femme en était-elle une ?

Helvia frappa du poing sur son bureau en poussant un grognement rauque. Le crépuscule du quinzième jour baignait la pièce d’une chaude couleur orangée et elle était toujours incapable de répondre à cette simple question ! Posant ses coudes sur le bois, elle prit sa tête dans ses mains et soupira. Que devait-elle faire ?

Lucius… Elle l’avait attendu pendant des années et alors qu’il s’offrait enfin à elle, son esprit demandait à faire machine arrière, ruant comme un cheval sauvage à chaque fois que son désir refaisait surface. C’était à en devenir folle ! Elle serra les dents, agacée par sa propre impuissance. D’un bon elle se leva, puis, se dirigeant vers la fenêtre, elle fusilla le monde du regard, le maudissant pour ce qu’il l’obligeait à vivre.

Pourquoi toute sa vie n’avait-elle été qu’épreuves et problèmes d’une complexité sans nom ? Dans ses bons jours, elle était capable de se dire « L’inverse serait ennuyant », mais pas aujourd’hui. Pas aujourd’hui… Cette fois, elle avait besoin d’une décision simple, claire, et une nouvelle fois, son existence la mettait devant un dilemme. Elle pouvait fermer sa porte et empêcher Lucius d’entrer. Le lendemain, elle aurait disparu, emmenant avec elle le souvenir de son ancien amant resté le même malgré ces quinze ans. Son futur serait simple, logique, et elle repartirait dans une autre ville, comme elle l’avait fait en quittant Rome. Ou alors, elle pouvait lui ouvrir et le retrouver, rompant tous les principes qu’elle s’était fixée à la mort de son époux et retrouver la chaleur qui avait enivré leur jeunesse. Leur vie serait folie, danger, excitation. Mais elle risquait tout ce qu’elle avait construit à Pompéii. Pire encore, elle risquait de détruire ce que Lucius avait construit. Que valait leur histoire ? Celles qu’ils avaient abandonnée quinze ans plus tôt et qui les avait rattrapés malgré eux ? Méritait-elle tous ces risques ? Avaient-ils assez à gagner pour tout compromettre ?

Elle fit quelques pas jusqu’à son bureau en soupirant et s’y appuya. Elle se mordit la lèvre jusqu’au sang. Alors, dans un accès de rage, elle balaya tout ce qui était à sa portée de son avant bras en hurlant. Effrayée, Nasica pénétra dans le bureau.

- Domina ?

- Sors d’ici !

L’esclave demeura immobile un instant, muette.

- Je t’ai dit de sortir d’ici !

Nasica s’échappa du bureau, la laissant seule de nouveau. Helvia tremblait de tous ses membres. Ses mains étaient crispées sur le bois comme si ses ongles pouvaient le creuser. Le visage de Lucius ne parvenait pas à sortir de sa tête alors que la pénombre qui s’installait peu à peu dans la pièce la pressait d’enfin prendre une décision. Elle revoyait le sourire qu’il lui avait offert en  la quittant dans la maison du macchabée. Ce sourire de petit garçon…

Elle frappa une nouvelle fois du poing sur le bureau. Que pouvait-elle faire ? Elle laissa ses jambes plier sous son poids et s’adossa au meuble, ses mains posées mollement sur ses cuisses. Et elle se perdit dans ses pensées.

₪ ₪ ₪

Quand elle rouvrit les yeux, les derniers rayons du soleil disparaissaient lentement sur les toits de Pompéi. Helvia posa une main sur son front. Puis, elle prit une grande inspiration et se leva doucement. Elle contourna son bureau et se dirigea vers le couloir.

- Nasica… appela-t-elle d’une voix fatiguée.

L’esclave se présenta immédiatement. Elle n’avait pas dû aller très loin.

- Fais ouvrir le portail à l’entrée et éteint toutes les lampes à huile de la villa. Ensuite tu te rendras dans tes appartements et tu n’en sortiras pas avant que le soleil ne se lève demain matin. Que tous les esclaves t’imitent. Je ne veux personne dans les couloirs, tu m’entends ?

Nasica la regarda intensément, incrédule. Helvia intensifia son regard.

- Fais ce que je te dis.

Et la jeune femme disparut.

Dix minutes plus tard, la villa était plongée dans une obscurité profonde. Un silence oppressant régnait. Sans faire le moindre bruit, Helvia se dirigeait vers l’entrée de la villa et alla vérifier que le portail était bien ouvert. Alors, revenant sur ses pas, elle fit brûler le bout d’une longue baguette et ralluma une première lampe à huile. Puis la suivante, et la suivante encore, illuminant peu à peu son passage jusqu’à sa chambre. Ainsi, Lucius ne pouvait prendre qu’un seul chemin. Sa décision était prise. Cette fois, elle en était sûre. Mais elle ne se sentait pas la force de l’attendre à l’entrée. Elle s’assit sur sa couche, dans la seule pièce éclairée de toute la villa. Sa main caressait les draps d’un geste nerveux, incontrôlable, lui aussi. Et son cœur battait sans relâche dans sa poitrine.

Lucius allait venir. Il avait promis qu’il viendrait…


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

(c) crackle bones


Dernière édition par Helvia Claudia Scaevola le Mar 5 Nov - 11:40, édité 2 fois
Patricien
Lun 28 Oct - 21:36
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
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Pompéi, il y a cinq ans...

Quinze jours...

Ils s'étaient égrainés, parfois rapides, parfois plus lents, parfois interminables, parfois paisibles, parfois frustrants, parfois reposants. Lucius, sur son départ plein de désinvolture et son sourire d'homme sûr de lui, était rentré à la villa des Mystères, avait parlé des funérailles à Lupida et à Aurea, l'air de rien, comme si cela se fut déroulé le plus normalement du monde. Sa capacité à scinder sa passion de sa vie quotidienne le surprit d'abord, puis l'effraya. Il se demanda si le sursaut qui l'avait animé s'était éteint aussi subitement qu'il était apparu. Puis, il comprit le lendemain qu'il s'agissait du contre-coup : une partie de lui même s'était repue d'Helvia, l'avait dévorée et consumée dans la demeure du mort anonyme. Mais bientôt, elle grogna, en souhaitant plus, en maudissant les jours qui la séparait de son futur festin, maudissant cette frustration grandissante qui laissait souvent Lucius tourmenté et légèrement haletant. Cet état l'effraya encore plus mais il sut également le captiver, lui faire miroiter ô combien cette relation pourrait le porter. Durant ces deux semaines, l'édile apparut plus mordant que jamais, en affaires et à la curie, quelque chose en lui était déchaîné, il ne s'était jamais senti aussi exalté. Le tremblement de terre eut lieu cinq années plus tôt qu'il eut rebâti le temple de Vesta pierre après pierre, à mains nues. Et toujours l'image d'Helvia venait le tenter : la bouche d'Helvia, les cheveux d'Helvia, les yeux d'Helvia, le corps d'Helvia... Elle, toujours elle, encore elle. Jamais il ne pourrait être rassasié d'une telle déesse se disait-il.

Les tourments se tenaient loin, l'adultère, point encore consommé, apparaissait comme un mirage tellement tentateur. Il fallait que Lucius s'y jette, il fallait qu'il y goûte. Jamais il ne s'était refusé quoique ce soit, pourquoi alors se serait-il privé de ces retrouvailles dont son corps crevait d'envie, dont son esprit s'enchantait, sous couvert de sa sacro-sainte vertu ? N'aurait-il pas été encore plus sot que de renoncer ? Et puis il avait promis et un Pompeii, entêté comme une mule que c'étaient ces gens-là, ça ne revenait pas sur sa parole, non monsieur, ça allait jusqu'au bout et ça clamait qu'il avait raison d'y aller, même s'il s'avérait que ce ne fut pas le cas au final.
Lucius avait promis et il attendait... De jour, comme de nuit, que le temps qui s'écoulait le rapprochât enfin de sa terre promise, de cette oasis de plaisirs. Le doute s'installa à la fin de la seconde semaine : oui, mais si Helvia avait décidé qu'elle ne souhaitait pas être sa maîtresse, cette femme cachée, condamnée à vivre dans l'ombre d'un patricien trop désireux de conserver sa position sociale et son mariage ? Si la porte était close ? Si, bien pis encore, d'Helvia ne restait qu'un sursaut de parfum dans l'allée de sa villa, ses pas l'ayant menée vers d'autres horizons, loin de lui ? La bête qui grognait au fond de Lucius, de frustration et de patience forcée, se révolta à cette idée : jamais, jamais elle n'eût pu lui faire ça, jamais elle n'eût osé le rendre malheureux. Pas après qu'il eut promis. N'est-ce pas ?

La morsure des tourments vint enfin la dernière journée : la villa des Mystères qu'il quittait pour se rendre chez elle, lui sembla soudain sévère, les fresques le jugeant de leurs yeux innombrables. Puis les gens dans les rues, le peuple qui l'avait élu, semblaient le dévisager, le percer à jour, deviner que sous la vertu affichée ne se cachait que le plus commun des vices. Mais Helvia n'était pas un vice : Helvia était celle qui avait croisé sa route deux fois, offerte à lui par les dieux, pour le pousser à s'accomplir. Alors qu'il arrivait enfin au bout de ce fichu cursus honorum, que sa vie sociale était enfin accomplie, elle revenait pour qu'il réussisse. Une autre personnalité eut plutôt cru qu'elle revenait pour le perdre... Mais Lucius ne pouvait s'imaginer perdre, pas une seule seconde, tellement sa route était toute tracée depuis sa naissance. Helvia devait forcément faire partie de ce dessein plus vaste et plus grand, maintenant qu'il y songeait, c'était même plus qu'évident. On se convainc de tout, n'est-ce pas ?
Les tourments furent donc mis en échec, sur le chemin pavé qui séparait la villa des Mystères de la villa Scaevola. La nuit l'entoura, tel un manteau bienfaiteur et il se sentit plus léger que jamais alors qu'il s'apprêtait à la retrouver. La porte serait ouverte. C'était inévitable et par là même, les dieux l'approuveraient, Fortune aussi ainsi que celle qui comptait le plus au milieu du panthéon : il aurait la bénédiction d'Helvia, de sa complice de jadis. Il ne pouvait en être autrement...

Lorsqu'il arriva, il remarqua le portail ouvert. La villa semblait endormie mais en son sein palpitait un chemin lumineux des plus envoûtants. Alors telle l'âme perdue il suivit la lumière, passant le seuil. Son esprit sembla être parti en vadrouille, s'affichant aux abonnés absents, tandis que tout son corps se mouvait sous l'impulsion du désir de la retrouver. Son coeur répondait à chaque pas qu'il faisait et il parcourut le couloir et monta l'escalier aussi silencieusement qu'un rôdeur, les mouvements de son pallium, flottant derrière lui, faisant vaciller les flammes. La flamme qui l'habitait, ne vacillait guère et c'est les yeux flamboyants qu'il fit son apparition dans la chambre de la domina. Il entendit alors son ton rauque, demander :

- Acta fabula est* ? Ou choisiras-tu de me fuir par la fenêtre ?

Il n'avait pu s'empêcher de remarquer son air inquiet, qui lui donnait des airs graves et sérieux. Cela attisa son désir : il avait toujours aimé qu'Helvia ne fut pas passive, qu'elle ne s'offre pas telle une concubine payée d'avance. Non, avec lui, elle se permettait de laisser aller son caractère, et sans entrave, il devenait explosif. Jadis, il lui était arrivé de lui refuser sa couche, parce qu'il l'avait contrariée ou par jeu. Il savait que ce ne serait pas le cas aujourd'hui mais si elle avait essayé de le fuir, il était quasiment convaincu qu'il l'aurait retenue de force, au point où il en était. Moitié dans l'ombre, moitié dans la lumière, il dégrafa sa fibule et d'un geste fier se débarrassa de son pallium, vert bordé de fils d'or. Sa tunique était pourpre et or, les couleurs qu'il affectionnaient le plus. Aucun esclave ne ramassa le manteau et il nota enfin qu'Helvia les avaient renvoyés dans leurs appartements respectifs. Pas de témoins, voilà qui était parfait et il s'était attendu à ce qu'elle soit aussi précautionneuse.
Il chercha son regard et lorsqu'il le trouva, il déglutit mais ne bougea pas d'un pouce d'où il se tenait. Tout ceci lui évoqua la première fois qu'il l'avait rejointe, il y a 15 ans, dans le lit conjugal. Il était arrivé là, en terrain conquis, tellement sûr de lui, tellement certain qu'elle ne le repousserait pas. Aujourd'hui, c'était toujours la même touche d'orgueil qu'il portait, mais mâtinée de cette patience, acquise par les années.

- Ignoti nulla cupido**, n'est-ce pas ? Et je te connais depuis si longtemps à présent Helvia...

*La pièce est jouée.
**Ce qu'on ne connaît pas, on ne peut le désirer.



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Patricien
Mar 5 Nov - 23:53
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
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Sa main passait sur le tissu, inlassablement. Elle gardait son regard planté sur le couloir devant sa chambre, à demi plongé dans le noir, son cœur battant comme un tambour de guerre. Tout son corps tremblait de manière incontrôlable sans qu’elle n’arrive à savoir si c’était de peur ou d’excitation. De temps à autres, elle respirait fort, prise d’une anxiété terrible. Viendrait-il ?

Il l’avait promis… Il l’avait promis…

Elle avait ressassé tous ses désirs pendant ces quinze jours, toutes ses peurs, toutes ses angoisses. Désormais, elle était certaine. Elle voulait le retrouver, le voir, le sentir, le toucher, retrouver toutes ses sensations de jeunesse que le temps lui avait enlevées. Le sort les avait séparés, aujourd’hui il leur permettait de faire se recroiser leurs chemins. Lucius avait l’air de croire qu’ils n’avaient pas le droit d’ignorer cela et peu à peu, Helvia s’en était laissée convaincre.

Beaucoup de questions demeuraient à ce jour sans réponse. Saurait-elle se contenter de ces instants volés, de ce statut de femme de l’ombre, encore une fois. Etait-elle interdite d’entrer dans la lumière, même au bras d’un homme ? Elle soupira, un rictus sur le coin des lèvres. Peut-être n’était-elle douée que dans les ténèbres… Elle repensa à cette soirée dans la maison du mort, celle qui avait fait éclater toutes les barrières qu’ils s’étaient forcés à bâtir pendant cinq ans. Le noir ambiant l’avait servie, une nouvelle fois. Il leur avait donné la fausse impression d’être inatteignables, leur permettant l’écart de conduite qu’ils s’étaient alors refusé jusque là. Ce geste inconsidéré, aussi dangereux qu’attirant, qui avait l’effrayant pouvoir d’imposer la suite de leur histoire. Tous deux savaient qu’une fois cette limite franchie, ils ne pourraient plus vivre comme ils le faisaient alors. L’ultimatum avait été mis en marche en une seconde. Une seconde terriblement lourde de conséquences.

Et cette fois, Helvia se permettait d’espérer qu’elles soient en sa faveur.

Jamais elle n’avait été habituée à partager quoi que ce soit. Enfant déjà, ce défaut lui avait valu les foudres de toute sa famille. Aurait-elle la force de partager Lucius avec sa femme ? Immédiatement, elle secoua la tête, balayant de ce geste cette idée de son esprit. Ce soir, elle ne voulait plus réfléchir. Elle avait trop réfléchi. Une seule chose était sûre : elle voulait retrouver Lucius, à tout prix. Pour une nuit ? Pour une semaine ? Pour des années ? Elle n’en savait rien. Mais elle savait les désirs qui bouillaient en elle pour ce soir.

Cette nuit serait pour elle. Pour elle, pour lui, et personne d’autre. Enfin, elle décidait d’agir dans stratégie, sans idées bien préparées, sans issue de secours. Elle serait cette femme que l’édile avait connue à ses vingt ans, sans toute cette rudesse que la vie lui avait imposée, sans ces doutes qu’elle entretenait constamment, sans la sagesse que l’âge bonifie. Elle voulait être elle, celle qu’elle n’offrait à personne d’autre qu’à lui, sans armure et sans masque.

Les questions attendraient.

Soudain, des bruits de pas sur le marbre la firent sursauter. Depuis combien de temps était-elle assise, immobile sur ce lit ? Elle n’en savait rien et ne cherchait nullement. Elle gardait ses yeux écarquillés sur le couloir assombri, attendant d’y voir s’y mouvoir une silhouette vêtue d’un pallium.

Les pas se rapprochaient, faisant accélérer à chaque claquement le rythme effréné de son cœur. Sa main serra le drap pour tenter de faire quitter l’anxiété de son corps qui semblait pourtant incapable de répondre au moindre de ses appels. Elle était incapable de bouger.

Alors, une ombre apparut. Son cœur rata un battement. Son dos se raidit. Lentement, la silhouette s’éclaircissait et Lucius apparut devant elle, majestueux, le regard brûlant. Elle l’admira un instant, ne parvenant pas à croire qu’il lui était enfin revenu. Tout entier. Pour elle et seulement pour elle. La flamme des lampes à huile faisait onduler une lumière mordorée sur son visage, accentuant les traits de son visage et les reflets dans ses cheveux. Ses muscles tremblants l’empêchaient de prononcer le moindre mot et il se chargea de rompre le silence. Un sourire discret s’afficha sur ses lèvres et elle se détendit enfin.

- Tu sais très bien que j’en serais capable…

Elle retrouva avec émotion les réflexes de leurs jeux d’antan et une vague nostalgique la prit avant de disparaître comme elle était venue. Elle n’avait plus à être triste. Il était là. Enfin…

La patricienne se leva doucement, laissant retomber les pans de sa robe pourpre. Lucius se débarrassa de son pallium et cette vision excita son désir comme jamais, mais elle fit tout pour ne rien laisser paraître. Quand leurs regards se rencontrèrent, elle perçu le trouble qu’était également le sien et elle fut heureuse qu'il partage les mêmes ressentis qu'elle. Cela la rassurait. Et alors qu’un nouveau murmure s’échappait de la bouche de l’édile, elle se rapprocha doucement, ses pieds nus ne faisant aucun bruit sur le sol glacial. Elle leva alors la main gauche et posa deux doigts sur les lèvres du Pompéien.

- Chhhut... souffla-t-elle sans le quitter des yeux.

Ce simple contact réveilla en elle des pulsions qu’elle avait presque oubliées. Les hommes avaient été bannis de sa couche depuis sa venue à Pompéi et se retrouver en face du seul qui ne l’avait jamais transportée par ses caresses lui offrait des sensations d’une puissance presque effrayante.

Doucement, ses doigts se déplacèrent, légèrement tremblants, sur le visage de l’édile. Elle les emmena jusqu’à ses paupières, passant assez près d’elles pour l’inciter à les fermer et à les garder ainsi. Redescendant lentement, elle traça de petits cercles jusqu’à atteindre sa mâchoire. Elle passa dans les poils de sa barbe naissante, traversant le menton jusqu’à atteindre la naissance de l’oreille. Elle descendit alors sur sa gorge, survolant sa pomme d’Adam jusqu’à arriver au creux de ses clavicules. Sa peau paraissait brûlante sans qu’elle ne sache si cette sensation était due à la froideur de ses doigts. Elle s’arrêta une seconde et écouta sa respiration qui semblait s’être légèrement accélérée, gonflant sa poitrine à allure régulière. Sans rompre le contact de ses doigts sur sa peau, elle se déplaça lentement pour le contourner, passant dans son dos. Elle passa sur sa nuque et frôla la base de ses cheveux. Alors, doucement, sa deuxième main se posa sur son épaule, par-dessus t’étoffe. Puis elle posa ses deux mains à plat sur ses omoplates avant de les faire mener jusqu’à sa poitrine en passant sur les flancs. Elle le serra ainsi doucement contre elle, posant son visage dans le creux de son dos, savourant son odeur et ce contact qu’elle avait attendu si longtemps.

Quand elle se redressa, ses mains revinrent naturellement dans son dos. Et alors que son cœur accéléra davantage l’allure, elle s’empara doucement du tissu et défit le vêtement. L’attrapant au niveau du col, elle le tira lentement pour découvrir ses épaules et les premiers muscles de son dos. Lucius avait une musculature plus puissante que celle qu’elle lui avait connue. Le tissu tomba à terre dans un bruit sourd et Helvia reposa le plat de sa main sur son dos quelques secondes avant de revenir face à l’édile. Elle le regarda, muette, dévorant des yeux ce corps magnifique qui lui avait été arraché. Les années ne lui avaient rien volé de sa beauté. Elle posa sa main sur sa joue, plongeant son regard dans ses yeux bleus.

- Tu m’as tellement manqué…

Ses doigts avancèrent jusqu’à plonger dans ses cheveux et elle le tira légèrement vers elle. Alors, elle l’embrassa, sans aucune fureur, aucune bestialité, avec une sensualité enivrante et un calme dont elle se pensait incapable. Elle voulait ce premier baiser ainsi, peut-être pour rattraper celui de désespoir et de colère qui avait soldé leurs retrouvailles. Elle aurait voulu l’embrasser ainsi dés la première fois.

Car, pour la première fois peut-être, elle l’embrassait amoureusement.


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

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Patricien
Mar 12 Nov - 20:32
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
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Il était sur le seuil. Sur le seuil de la chambre, sur le seuil du plaisir, sur le seuil de la faute. Et pourtant, tout ne s'inscrivait pas aussi clairement dans la tête de notre édile... Peut-être mettrez-vous cela sur le compte de l'excitation grandissante, peut-être préfèrerez-vous croire que le vertueux se trouvaient aux prises avec certaines contradictions et qu'il ne préférait pas y penser. Je crois, pour ma part, lecteur, que tu aurais raison, dans les deux cas.
Le regard de lynx de Lucius était à présent posé sur la fine main d'Helvia, qui se contractait sur le tissu de la couche. Anxieuse ? Ce détail plut à l'homme qu'il était, car il pouvait dès lors s'appuyer sur son anxiété, à elle, afin d'éviter de la ressentir pour lui-même. Il reprenait dès lors sa position de mâle dominant, d'homme maître de lui, état qui lui seyait tellement mieux que celle de l'homme perdu au fin fond de ses sentiments. Il avait promis d'être là, il était là, c'était on ne peut plus simple, croyait-il... Les hommes ont parfois de ces certitudes qui trainent derrière elles un certain panache.

Mais derrière le panache de la posture, de son air déterminé, il y avait le seul mot qui importait ce soir : désir, un désir des plus avides, car contenu depuis maintenant des années. Le combat qu'il avait mené, ardemment, pour ne pas succomber s'était certes soldé par un échec mais il le voyait aujourd'hui comme un prélude nécessaire. De quoi attiser son désir mais aussi de quoi recouvrer tous ses sens, en ce qui concernait la délicate personne d'Helvia. Il avait fallu tout ce drame pour qu'il revienne sur le chemin de la complicité avec elle. Il y a quinze jours, la douleur avait atteint son paroxysme et elle était à présent absente, oubliée, remplacée par cette félicité cotonneuse.
Il avait désormais besoin de se retrouver lié le plus intimement à elle, ce lien qu'ils avaient partagé jadis et dont son corps se souvenait. Cette union qui avait semblé si naturelle à l'époque, lorsqu'il avait pénétré sa chambre et son intimité. Y penser le fit inspirer brusquement, de quoi saisir les notes de son parfum, qu'il n'avait guère oublié. De quoi lui faire oublier les pensées se bousculant dans son crâne pour ne plus se concentrer que sur ce qui les attendaient tous les deux. Rien qu'eux deux, dans la sombre clarté du cubiculum de la villa Scaevola. Y-reviendrait-il souvent ? Serait-il son amant, celui qui ferait chanter son corps, qui la ferait rire, en privé, de façon dérobée et si délicieuse ? Lucius ne pouvait y songer tant il avait envie d'elle, tant cette envie devenait autoritaire, prégnante, venant palpiter jusque dans son bas ventre, pour s'enrouler autour de ce qu'il avait de plus masculin. Même sa voix, lorsqu'elle s'éleva, ne fit qu'accentuer son désir mais elle vint également exciter d'autres fibres de son être et il eut un instant un sourire qui n'était guère composé : le masque commençait à se fissurer, le ton d'Helvia appelant à elle le comparse d'antan, l'amant et l'ami, indissociables.

Alors elle se leva et Lucius fut comme terrassé par sa façon de se mouvoir, la lumière faisant onduler ses formes si attirantes sous la robe pourpre. Il eut écouté son seul instinct qu'il l'aurait dépouillée sans ménagement pour jouir d'elle dans la foulée, posséder son corps rapidement, sans cérémonie. Mais le lion savait ce qui était le plus délectable et les années lui avaient enseigné l'attente et la maîtrise. Il la dévora donc du regard mais demeura à l'endroit même où il se tenait, sans ciller mais ses pupilles se dilatèrent légèrement. Elle aussi apparaissait maîtresse d'elle-même, comme à son habitude, ce qui avait le don de tenter d'autant plus Lucius, et elle le savait. Combien de fois s'était-il emparé de son corps, en un mouvement brutal, pour se consumer en elle puis pour recommencer juste après, parce qu'elle ondoyait autour de lui, l'air de cette femme fatale, si sûre d'elle. Lucius savait qu'Helvia, alors, ne pouvait se le permettre qu'en sa présence, tellement son odieux mari faisait tout pour briser ce qu'elle était réellement. Et chaque nuit, l'amant s'efforçait de reconstruire ce que l'autre avait ruiné.
Aujourd'hui, il ne souhaitait pas se précipiter. Nul époux ne viendrait le surprendre à présent, son ombre néfaste ne planait plus au-dessus d'eux et Lupida était loin, dans la villa des Mystères, domina de son foyer.

Elle posa alors deux doigts sur sa bouche, pour l'intimer à se taire et il ne put s'empêcher d'embrasser délicatement cette bribe de peau qui s'offrait à lui. Un contact si restreint mais délicieuse introduction de ce qui allait immanquablement suivre. La poitrine de Lucius se souleva, sursauta même, mais il demeura immobile, la laissant reprendre ses marques sur ce territoire qu'elle ne connaissait plus. Les doigts de sa maîtresse - car c'était ainsi qu'il fallait dorénavant la nommer - se déplaçaient telles des plumes sur le visage de l'édile, dont la respiration devenait légèrement erratique. Il ferma les yeux, souhaitant ressentir les caresses et chaque pression qu'elle opérait rappelaient à sa mémoire des souvenirs depuis longtemps enfouis. Leur première nuit passée ensemble, qui n'avait pourtant eu rien de tendre, vint s'évoquer à son esprit... La peau de Lucius semblait palpiter sous les doigts experts d'Helvia, mue par son intention propre.

Elle était à présent dans son dos et il pencha légèrement sa tête, afin de toucher celle qui venait de se réfugier au creux de ses omoplates, comme si ce fut là son habitat naturel, depuis bien trop longtemps abandonné. Le rythme s'accéléra et il eut un sourire lorsqu'il la sentit le déshabiller. Il se tenait toujours immobile mais le besoin de profiter à son tour de son corps se faisait de plus en plus pressant. Il attendait, toutefois, patient comme un prédateur. Sa nudité, une fois dévoilée, ne laissait aucun doute sur ses intentions à l'égard d'Helvia et sur l'effet qu'elle produisait sur lui. Il se laissa admirer, le sourire toujours aux lèvres, ne ressentant pas une once de gêne car sous ses yeux là, il s'était déjà tenu ainsi. Certes, il avait vieilli mais ce qu'il voyait dans les pupilles de son amante était plutôt loin de la déception. De quoi flatter son orgueil de mâle...

Il baissa le regard, rencontrant ces si grands yeux dans lesquels il avait envie de se noyer.

- Tu m'as manqué aussi, Helvia, plus que je n'imaginais.

Bien plus à présent qu'il l'avait à portée. Il sentait son coeur battre à tout rompre, il avait envie de l'étreindre passionnément contre lui. Elle l'attira vers lui et l'embrassa, tendrement. Lucius en fut troublé et assez profondément ému, jamais elle ne lui avait donné un baiser pareil, cela semblait si familier, si intime. Rien à voir avec leurs joutes de leurs vingt ans. Leurs langues se rencontrèrent, s'apprivoisant doucement d'abord, puis plus intensément lorsqu'elles retrouvèrent leurs habitudes. Sentir le tissu de la stola de sa maîtresse était enivrant mais ce n'était guère assez, pour que leurs corps s'épousent en harmonie. Alors il entreprit de la déshabiller également, tout en prolongeant son baiser. Ses mains quittèrent sa longue chevelure soyeuse, qu'il aimait tant caresser et vint subjuguer la fibule, à l'épaule d'Helvia, qui se défit sans renâcler. Il se souvenait avec émotion de la première fois qu'il avait dégrafé sa robe, maladroitement, avec cette fièvre au corps qui rendait les gestes si entrecoupés. Il ne se pressait pas cette nuit, il avait tout son temps et le pan détaché découvrit bientôt le sein gauche de sa compagne. Lucius rompit le baiser afin de jeter un coup d'oeil vers son ami d'autrefois, celui qui épousait si bien la paume de sa main, qui d'ailleurs ne tarda pas à retrouver la place qu'elle aimait, caressant le galbe soyeux tandis que la figure du patricien se penchait de nouveau pour cueillir les lèvres de son amante. Sa main quitta ce sein tout juste retrouvé pour aller se balader près de l'autre, effleurant du bout des doigts tandis le relief, tandis les creux, explorateur d'une terre qui n'était pas vierge, ce qui la rendait tellement meilleure. D'un geste doux il fit tomber l'autre côté de la robe d'Helvia qui bientôt tomba au sol, rejoignant sa comparse masculine. Les lèvres et la langue de Lucius laissèrent pour un temps la bouche de l'amante pour aller se frayer un chemin le long de la clavicule si fine, saillante sous la peau douce. Chemin faisant, il déposa quelques baisers sur son cou gracile, jusqu'à aller embrasser le lobe de son oreille. Il la sentit frissonner et il rit légèrement, tellement heureux de la retrouver ainsi, leurs peaux nues l'une contre l'autre, dans une danse sensuelle.

Cette danse les mena, vite, doucement, Lucius n'aurait su le dire, près du mur qui jouxtait le lit. Ses mains se firent plus aventureuses, dévalant la chute de rein pour saisir le galbe d'une fesse et presser le corps chaud d'Helvia contre le sien. Il la surplombait, tandis qu'elle était à présent adossée au mur et il s'écarta le temps d'une seconde pour contempler sa beauté. Son autre main vint caresser délicatement sa pommette tandis que ses yeux trahissaient son envie, presque bestiale à présent. Mais l'homme muselait la bête... Son regard fut comme une supplique : il demandait l'autorisation. Un signe de tête, un sourire, un murmure, n'importe quoi qu'il lui permit de continuer à explorer ce corps jusqu'à sa profonde intimité. Il était encore temps d'arrêter cette folie des sens, même si Lucius savait qu'une partie de lui-même ne s'y résoudrait qu'en cas d'extrême urgence : si son amante le repoussait.

Elle ne le repoussa pas et la main qui s'était aventurée sur des monts vierges glissa en direction d'un mont qui faisait déjà chanter la plume des poètes dans l'antiquité, que les hommes convoitaient tels des conquérants depuis l'aube des âges. Délicatement, il frôla ce point si précis que la fit frémir d'abord, gémir ensuite, tandis qu'il recommençait, jusqu'à ce qu'elle soit haletante et que la supplique qui s'était nichée au fond de ses yeux bleus soient à présent dans les siens, dans ces immenses yeux verts de chat.
C'est alors qu'il s'empara de son intimité, de ses doigts au départ, afin de préparer le passage d'une autre partie de son corps, tendue à l'extrême, qui frôlait son bas ventre depuis tout à l'heure. Toujours debout, dans ce duel de corps et d'esprits, sa main quitta l'intimité pour soulever la cuisse d'Helvia et c'est ainsi qu'il la posséda. Depuis vingt ans il n'avait goûté à ce privilège et il y revenait en maître absolu, délicatement d'abord, pour ne pas brusquer les retrouvailles, puis plus rapidement ensuite, car le rythme s'imposait de lui-même, leurs deux corps brûlants, l'un contre l'autre, aspirant à la délivrance, tout en la retardant.
Un gémissement rauque s'échappa de la gorge de Lucius tandis qu'il enfouissait son visage dans les cheveux d'Helvia, près de son cou et que son autre main venait se placer à l'arrière de sa tête, afin qu'elle ne se fasse pas mal en heurtant le mur. Il se demanda comment il trouvait encore la présence d'esprit de faire cela, alors que la bête se déchaînait, crevant d'envie d'en découdre violemment.

Sa bouche, tout près de son oreille, tandis que leurs reins se quittaient pour se rejoindre dans cette danse acharnée, il murmura une suite de paroles plutôt incohérentes, où on distinguait nettement ceci : "j'en crève d'envie depuis que tu es reparue dans ma vie, oh, Helvia..."

Mais je quitte ici nos amants, ayant joué trop longtemps la carte du voyeurisme, les laissant ainsi profiter de cette nuit d'ivresse qui n'appartenait qu'à eux seuls.



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Patricien
Dim 8 Déc - 17:23
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
₪ Arrivée à Pompéi : 26/05/2013
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Tout cela était-il seulement réel ?

Quelle était cette fortune qui leur souriait alors, incroyable, inattendue, enivrante ? Comment pouvaient-ils se tenir tous deux ici, face à face de nouveau, à la lumière ocre des lampes à huile comme durant toutes leurs anciennes nuits passées ensemble ? Comment pouvaient-ils, après tant d’années, après une séparation, des retrouvailles, un déchirement, une folie, se désirer encore avec une telle ardeur ? Helvia observait l’édile avec un regard incrédule, comme s’il était une apparition. Elle aurait voulu toucher chaque parcelle de son corps pour s’assurer qu’il était bien réel, qu’aucun dieu ne profitait de la plus cruelle des fourberies pour satisfaire son sadisme démesuré, la torturant avec le plus délicieux des mirages.

Quand ses doigts se posèrent sur ses lèvres, son cœur eut un battement tellement fort qu’elle avait été incapable de le prévoir. Il était bien là, cela ne faisait plus aucun doute à présent et cette douce certitude emplit de chaleur jusqu’à tout l’intérieur de son corps. Pourtant, elle s’interdit de laisser exploser là sa passion. Elle voulait la maîtriser, l’emmener là ou elle le voulait et la laisser s’exprimer au moment opportun, quand eux deux auraient véritablement pris le temps de se retrouver et de s’apprivoiser de nouveau. Car quinze années laissaient des traces, tant sur les corps que sur les esprits et tous deux se l’étaient déjà prouvé quinze jour auparavant, dans la maison d’un mort, quand lui s’était montré plus froid et elle plus incisive. Pourtant, ils étaient de nouveau ensemble ce soir et Helvia priait pour que les raisons de leurs retrouvailles soient les mêmes qu’autrefois, parce qu’elles étaient folles, loin de toute représentations, parce qu’elles étaient salvatrices, libératrices pour les corps et les esprits opprimés sous les convenances des traditions et les lois de l’Empire. Parce qu’elles leur permettaient de vivre quelques heures sans la crainte de souiller une réputation, de froisser une autorité ou de choquer quelques yeux trop chastes. Parce qu’ils se connaissaient assez pour jeter les masques, pour parler sans fioriture, agir sans retenue et s’ouvrir sans peur. Et parce que sans ces instants de liberté pure, ils se perdaient eux-mêmes.

Un léger baiser sur la pulpe de ses doigts lui fit lever les yeux pour croiser ceux du Pompéien. L’espace d’un instant, elle eut peur d’y voir quelque déception ou quelque réticence, mais elle n’y vit que du désir, un désir ardent car trop longtemps refoulé. Et ce regard la rassura, comme si elle avait douté jusque là de l’envie qu’elle pouvait encore lui inspirer. Alors, ses gestes devinrent plus sûrs d’eux et elle retrouva une aisance avec son corps et ses propres désirs qui lui permit d’enfin faire parcourir à ses doigts un chemin mystérieux sur les traits de l’édile. Elle le sentit sursauter et un fin sourire se dessina sur ses lèvres sans que Lucius ne puisse le voir. Les battements de son cœur s’accéléraient à chaque centimètre de peau qu’elle frôlait alors qu’elle se dirigeait lentement dans son dos où elle se réfugia. Elle sentit alors la tête de son amant se pencher doucement en arrière jusqu’à venir toucher la sienne et ce geste tendre lui rappela leurs nuit d’autrefois, ponctuées souvent d’un désir brute, presque bestial, mais aussi parfois de ces moments doux qu’Helvia ne trouvait que dans les bras de Lucius. Alors, comme pour goûter enfin de nouveau à ces sensations, elle défit doucement son vêtement, dévoilant ce corps qu’elle s’était imaginé des centaines de fois. De nouveau face à lui, elle le regarda avidement sans n’en ressentir aucune honte. Voilà longtemps en effet que tous deux avaient passé ce cap. Lucius avait changé, cela ne faisait aucun doute. Il était plus large d’épaule, plus puissant. Et pourtant, son admiration n’en fut nullement altérée. Son regard croisa de nouveau celui de l’édile et ses dernières paroles achevèrent de briser ses dernières défenses.

Ensemble, ils entamèrent leur danse.

Tout contre ses lèvres, Helvia sentit sa robe se défaire doucement sous les doigts de son amant. Elle frissonna en sentant le tissu glisser contre sa peau et répondit par un baiser plus profond, laissant ses mains passer de ses épaules au bas de son dos. Elle inspira brusquement quand la main de Lucius s’empara d’un de ses seins et lui lança alors un regard brûlant à la mesure du désir qui s’emparait plus puissamment d’elle à chaque seconde. Ses mains devinrent plus aventureuses, avides de redécouvrir chaque ondulation de sa peau, chaque relief de ses muscles. Elle se noyait dans son odeur enivrante, retrouvant des sensations lointaines, presque oubliées et qui revenaient avec une force surprenante. Elle s’étonna de trouver Lucius si calme, si maître de lui-même. Ses souvenirs décrivaient un jeune homme impatient, parfois maladroit, mais capable d’utiliser aussi bien la bestialité que la douceur, ce qui donnait à chacune de leur nuits une saveur différente. Elle le retrouvait ce soir là patient, précis, avec une maturité évidente, excitante, car elle ne pouvait plus anticiper ses gestes. Elle plongeait dans une situation étrange, entre le savoir et l’inconnu, dans les bras d’un homme qu’elle connaissait mieux que quiconque, mais d’un homme qu’elle n’avait plus revu depuis quinze ans et qu’elle retrouvait enfin.

Helvia, qui avait banni les hommes de sa couche depuis sa venue à Pompéi, voyait ses sensations décuplées par chacun des gestes du Pompéien et celui-ci s’en rendait compte. Le léger rire qui illumina ses traits résonna dans la tête de la patricienne de manière délicieuse. Voilà si longtemps qu’elle ne l’avait pas entendu, qu’elle n’avait pas entendu un rire aussi franc et non dicté par une bienséance mondaine tout simplement. Elle lui offrit un sourire dévoilant toute son impuissance, mais une impuissance qu’elle était ravie de redécouvrir car il n’y avait que dans les bras de Lucius qu’elle s’autorisait à perdre ainsi le contrôle de son esprit et de son corps.

Elle sentit alors la fraîcheur du mur dans son dos et ses muscles se contractèrent légèrement au contact du froid. Elle ne savait pas comment ils avaient pu se retrouver là et à vrai dire, s’en moquait éperdument. Ses doigts allèrent s’emmêler dans les cheveux de l’édile alors que leurs langues se rencontrèrent encore pour reprendre leur valse fiévreuse. Son autre main, partant de la nuque, suivit la ligne de sa clavicule jusqu’à se poser sur son sternum où elle put sentir son cœur qui ne cessait d’accélérer l’allure. Lucius s’écarta une seconde et elle sentit ses yeux la dévorer. Elle soutînt son regard sans ciller, jouant même à faire onduler ses formes pour continuer à le tenter même si à cet instant, elle savait qu’elle n’en avait plus réellement besoin. Il passa son pouce sur sa joue et lui offrit un regard qui la surprit. Lui demandait-il une dernière fois si elle le voulait ? S’il avait le droit de s’emparer de son corps comme autrefois ? Cette supplique l’étonna et l’attendrit en même temps. Lucius avait encore cette présence d’esprit adorable qui la rassura d’autant plus. Il ne la brusquerait pas, il demeurerait le Lucius de sa jeunesse, respectueux, aimant, attentif, et leur relation si elle devait reprendre serait comme dans ses souvenirs, simple et libératrice car l’un et l’autre savaient ce qu’ils venaient y trouver et qui ils venaient retrouver.

Elle le fixa un instant, admirant ce visage emprunt de doute qui l’amusait peut-être un peu. Alors, elle lui sourit timidement et ses deux mains se posèrent sur ses fortes épaules pour l’attirer doucement à elle et venir capturer ses lèvres de nouveau. Leurs retrouvailles prirent alors un autre tournant, plus brûlant, plus animal. Il n’était plus question de jeu. Seulement de la satisfaction d’un désir viscéral, contenu jusqu’à lors et qui brisait une à une chacune de ses chaînes. La main de l’édile se dirigea vers le centre de tous les plaisirs féminins et Helvia inspira brusquement, resserrant son étreinte sur son amant pour mieux absorber les sensations qu’il lui procurait. Ses doigts entamèrent une torture délicieuse qui emplit son corps d’une chaleur intense jusqu’au plus profond de son ventre. Elle respirait fort, laissant par moment un gémissement sourd s’échapper de sa gorge. Sa peau ne cessait de frissonner. Elle se sentait chavirer déjà et tomber dans un monde tout en sensations, tout en caresses et tout en désir. Sans vraiment le réaliser, elle laissa sa cuisse se soulever dans la main de Lucius qui s’empara d’elle enfin dans un sentiment enivrant de délivrance. Elle grimaça quelque peu, son corps n’ayant plus connu la virilité d’un homme depuis plusieurs années, mais la gêne disparut rapidement, aidée par les mouvements lents de l’édile. Leurs regards se croisèrent une nouvelle fois et tous deux reprirent leur danse avec une vigueur renouvelée.

Le dos appuyé sur le mur, l’arrière de sa tête reposant dans sa paume et la cuisse toujours retenue par sa main, Helvia s’accrochait à sa nuque et son épaule, haletante. Elle avait si longtemps attendu de l’avoir de nouveau ainsi, pour elle, seulement pour elle. Elle sentit Lucius se nicher dans son cou, son souffle caressant sa peau à chacune de ses respirations. Elle voulait se noyer dans son odeur, rentrer dans sa peau, savourer ce contact qui avait été si longtemps attendu, rêvé, et imaginé des millions de fois. Tous ses muscles se contractaient à chacun de ses assauts qui se faisaient de plus en plus rapides, de plus en plus puissants. Dans son oreille, elle entendait les murmures saccadés de son amant et les quelques paroles qu’elle parvînt à déchiffrer la firent entrer presque dans un état de transe. Elle se sentit décoller petit à petit, à chacun de ses coups de reins. Ses gémissements devinrent plus fréquents, plus forts. Elle ondulait à son rythme, suivant sa cadence effrénée, ses cheveux collés sur son front. Plus rien n’existait autour d’eux. Plus aucune crainte ne les freinait. Et au milieu de leurs caresses, de leurs baisers et de leurs mouvements de hanche, tous deux se laissèrent aller, se livrant tout entiers à leur unique plaisir.

₪ ₪ ₪

Allongée sous les draps, Helvia s’était blottie contre le corps de Lucius, le front posé en-dessous de son cou, leurs jambes enlacées. Elle respirait lentement, l’esprit encore délicieusement embrouillé par ce qu’elle venait de vivre. Tous deux gardaient le silence depuis plusieurs minutes à présent, retrouvant peu à peu le calme dans leurs corps et leurs esprits. Helvia s’autorisa alors à risquer un regard vers son visage. Il avait les yeux fermés, l’air serein. Elle sourit.

- Serais-tu déjà épuisé ? murmura-t-elle.

Elle bougea très légèrement pour mieux voir sa réaction et un sourire délicieux se dessina sur ses traits.

- Les hommes perdent tellement d’endurance avec l’âge… lança-t-elle avec ironie.


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

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Patricien
Mer 18 Déc - 11:16
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
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Réalité, fantasme sont les deux faces d'une même pièce. L'un n'existe pas sans l'autre mais quand on dévore l'une, l'autre semble s'évaporer pour un temps. Et quand les deux se frôlent et s'entremêlent, alors l'esprit a l'impression de lui-même rejoindre des cieux interdits. Et c'étaient ces cieux que Lucius touchaient du doigt, tandis que les corps des deux amants joutaient contre ce mur qui devenait soudain le temple des plus infinis plaisirs. Ils n'étaient plus que souffles, chairs, sueurs et passions, se rencontrant, s'appelant, se tentant tour à tour. Le coeur de Lucius semblait presque battre sous sa peau et il n'écoutait plus que lui, comme si chaque battement devenait un appel, un cri irrépressible. Sa langue et ses doigts continuaient à explorer chaque parcelle de peau à leur portée et chaque sensation avant une saveur plus exquise que la précédente. Leur danse touchait à sa fin et leurs esprits respectifs souhaitaient à tout prix retarder l’inéluctable, afin de profiter encore et toujours de cette ascension délicieuse avant que leurs coeurs et leurs corps, trop sollicités ne se brisent sous les assauts du plaisir.

Lucius ne se rendait pas compte qu'il était le seul homme à jouir du corps de son amante et ce depuis des années. Bien sûr, il s'agissait là de l'un de ses fantasmes, de n'être que le seul et l'unique maître des plaisirs d'Helvia mais à tête reposée, jamais il ne se serait permis de formuler une telle fable. S'il l'avait su, il eut certainement redoublé de douceur dans ses étreintes mais peut-être que l'enivrement eut été tel a contrario qu'on ne pouvait savoir au fond si ses gestes eurent été tendres ou non. Justement, l'édile s'était contraint à ne point se poser se genre de questions, tandis qu'il cheminait jusqu'à la demeure de la belle. Car au contraire, il croyait qu'une femme aussi désirable et forte qu'Helvia avait eu nombre d'amants et jamais il ne voulait ni en connaître le chiffre exact, ni encore moins en connaître l'identité. Dans sa folle possessivité de mâle, il eut souhaité les voir morts ou écartés et cette jalousie, il ne souhaitait guère y succomber. Il avait une épouse et elle seule était celle à qui il serait lié jusque dans la mort. Ce genre de fidélité il ne pouvait l'imposer à sa maîtresse, alors que lui avait été incapable de tenir ses serments.

Mais Publicola était loin de ces considérations triviales lorsqu'il sentit qu'Helvia cédait sous les coups de reins, son corps devenant plus tremblant entre ses bras, tandis que lui ne tardait pas à rejoindre cet état si prisé mais à la fois pourtant si honni, où se mêlait toujours la félicité avec une pointe de frustration que la danse n'eut pu s'éterniser, que l'ultime fusion avec l'autre n'eut pu totalement s'opérer.
Alors qu'il reposait à présent sur les draps qui se réchauffaient peu à peu, ses bras autour de la taille d'Helvia, comme s'il avait ainsi pu l'empêcher à jamais de s'échapper, les paupières de Lucius se plissèrent et un sourire en coin vint naître sur le visage serein. C'est une voix plutôt enrouée, de mâle repu, qu'il répondit :

- Crois-tu réellement être en mesure de m'épuiser, petite hâbleuse ? Il releva la tête et ouvrit lentement les yeux tout en dégageant l'un de ses bras pour aller cueillir la joue de sa maîtresse : C'est un charmant trait de caractère qui m'a toujours plu chez toi, tu sais ?

Il fronça le sourcil, faussement outré, en ouvrant la bouche sur un "oh" amusé et muet. Ces jeux, Helvia et Lucius s'y livraient depuis qu'ils s'étaient rencontrés, se chamaillant que ce soit debout autour d'une coupe de vin ou alanguis entre des draps de lin vierge. Il rit légèrement avant de répondre :

- Mais je ne vous permets pas de me traiter de vieillard très chère ! Il paraît qu'au contraire, l'appétit des dames mûres est extrêmement aiguisé, j'espère qu'on ne m'en aura pas menti car je comptais bien vérifier cette théorie sur toi... Même si je t'avouerai que si j'ai faim de toi, j'ai également faim de substance plus, comment dire... plus terreste, si tenté que tu sois une déesse descendue de l'Olympe pour ma très humble personne.

Il releva le buste, s'appuyant un peu sur la tête de lit tout en jouant du bout des doigts avec les lèvres pulpeuses d'Helvia, rendues plus rouges d'avoir été autant embrassées. Il se souvint alors de leurs frasques de jadis, qui n'avaient jamais parues aussi proches d'eux. Lucius était loin d'être épuisé : retrouver celle qui l'avait connu lorsqu'il avait 20 ans lui donnait l'impression de les avoir, ces 20 ans et il eut une expression des plus joueuses :

- Te souviens-tu quand nous nous glissions à pas de loup dans ta domus, jusqu'aux cuisines afin d'y subtiliser de quoi venir rassasier nos fringales nocturnes, à la barbe des esclaves qui dormaient à poings fermés ?

Que de fausses sueurs froides ils avaient eus tous deux, en courant tels des adolescents, nus pieds sur les dalles froides, à la recherche de pain, de fromage ou de fruits. Il haussa un sourcil, pour la mettre au défi de recommencer :

- Es-tu trop sage aujourd'hui pour courir les dédales de ta demeure avec un politicien qui se prend parfois trop au sérieux ?

Après les jeux d'adultes, les jeux d'enfants...



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Patricien
Ven 17 Jan - 23:43
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
₪ Arrivée à Pompéi : 26/05/2013
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Nichée dans le cou de son amant, après avoir retrouvé enfin une respiration plus calme et régulière, Helvia profitait du silence environnant qui contrastait tellement avec ce qu’ils avaient connu quelques minutes plus tôt. Alors que son cœur retrouvait peu à peu un rythme normal, elle savourait l’odeur de Lucius qu’elle avait enfin retrouvé, qu’elle n’avait enfin que pour elle, après toutes ces années d’attente et de déceptions. Et elle laissa ses pensées divaguer.

Combien de temps avait-elle rêvé de cette nuit, du retour du seul homme à jamais l’avoir ainsi bouleversée ? Depuis qu’il était sorti de sa vie, très certainement. Ce soir, Lucius était à elle, entièrement à elle. Et alors qu’elle s’était presque résignée à l’avoir perdu, elle se retrouvait dans ses bras, ses mains puissantes déposées négligemment autour de sa taille.

Ce cocon rassurant était le seul endroit où Helvia s’autorisait à ne plus être forte, à faire tomber son armure, à déposer ses armes. Elle se reposait sur Lucius, enfin… Depuis quinze ans, elle ne s’était plus reposée sur personne, elle était restée seule. Aucun de ses amants à Rome, n’avait jamais réussi à prendre la place de Lucius. Simples distractions. Simples provocations. Simples façons de vivre dans le délit pour protester contre les lois romaines qui l’empêchaient de se montrer comme elle était réellement. Et les hommes étaient systématiquement rejetés au petit matin, car aucun ne parvenait à lui faire revivre les sensations qu’elle avait connues avec le Pompéien. Lucius n’avait peut-être pas été son meilleur amant, mais il avait été le seul à lui offrir ces sentiments-là. Ce sentiment de ne plus avoir à jouer un rôle. Ce sentiment d’être quelqu’un. Ce sentiment d’avoir de l’importance. Ce sentiment d’être désirée, d’être désirée pour ce que l’on est en totalité et non seulement pour un corps avec lequel la déesse Vénus avait  été généreuse. Avec les autres romains qui étaient venus investir sa couche, Helvia ne sentait que l’appétit du prédateur heureux d’enfin pouvoir profiter d’une proie quelconque. Quel plaisir pouvait-on ressentir ainsi ?

La patricienne rouvrit doucement les yeux et observa un instant la poitrine de Lucius se soulever doucement avant de redescendre avec la même lenteur rassurante. Elle leva alors le regard pour voir son visage et ne put empêcher un sourire amusé de venir se dessiner sur ses lèvres. Le Pompéien gardait les yeux fermés et si ses traits ne bougeaient pas légèrement de temps à autres, on aurait pu le croire déjà endormi. Ce caractère décidément foncièrement masculin existait toujours  chez le grand édile de Pompéi. Mais ce sourire discret au coin des lèvres de son amant parvînt malgré tout à l’attendrir. Elle aimait savoir qu’elle était pour quelque chose dans ce bonheur éphémère des hommes tombant dans le repos du guerrier. Tout ce qu’elle vivait cette nuit-là la ramenait à l’époque de ses vingt ans, la seule qui avait su lui apporter un bonheur sain dans sa vie. Elle retrouvait ce besoin de se sentir protégée, seulement quelques instants, dans les bras d’un homme en qui elle avait confiance et qui reconnaissait sa valeur. Elle retrouvait l’envie de partager avec lui ses épreuves, ses bonheurs et ses craintes, l’envie de pouvoir reposer sur une épaule forte sans craindre qu’on ne l’oblige à s’en sentir redevable. Elle retrouvait même le désir de ressentir ce frisson de l’interdit à chacune de leurs nuits passées ensemble, avec tous les risques que cela comprenait. Oui, enfin, Helvia réalisait qu’elle était heureuse.

Cette sensation légère éveilla en elle une pointe de malice qui ne tarda pas à s’exprimer. Après tout, pourquoi devraient-ils changer leurs vieilles habitudes ? Leurs jeux de piques faisaient depuis toujours partie intégrante de leur relation et Helvia les avait toujours appréciés. Gardant les yeux fermés, Lucius la suivit dans son jeu, pour le plus grand plaisir de la patricienne. La main puissante du Pompéien atteignit la joue de son amante et elle profita de ce geste tendre sans détourner les yeux.

- N’ai-je donc pas tant changé ? murmura-t-elle.

Lucius joua alors de nouveau son rôle de politicien outré et Helvia ne put s’empêcher de sourire. Et alors qu’il disait vouloir laisser un moment de côté l’appétit des femmes pour l’appétit mets, elle fit une mine faussement déçue, prenant une pose volontairement plus aguicheuse. Lucius y répondit en baladant les doigts sur ses lèvres, et la domina dut se forcer pour garder encore son regard plongé dans celui de son amant. Une expression joueuse se dessina alors sur le visage du politicien, une expression qu’elle ne lui avait plus connue depuis quinze ans. Elle fronça légèrement les sourcils à son tour, curieuse de savoir ce qui avait pu naître dans l’esprit de l’édile.

Evidemment, elle se souvenait de ces jeux ridicules et en même temps tellement agréables. Ces moments où un futur politicien et une digne femme romaine perdaient tout leur sérieux pour aller voler comme des enfants de quoi remplir leurs estomacs vides. Ces souvenirs lui firent plisser les yeux un instant. Pourtant, quand Lucius lui proposa de retourner hors des limites de la maturité, elle se referma légèrement et lui répondit d’une voix qui s’excusait presque d’elle-même.

- Je n’ai pas autorisé les esclaves à sortir de leurs appartements cette nuit… Je ne savais pas si je le pouvais.

Il n’y avait personne de qui se cacher. La domus était déserte. Tous étaient dans leur aile de la bâtisse, même Nasica. Il n’y aurait aucune fausse menace à éviter.

Mais, comme si un éclair avait traversé son esprit, elle bondit soudainement hors du lit et s’agrippa à un drap qu’elle tira vivement vers elle. Le nouant rapidement au-dessus de ses seins, elle lança à Lucius avec une détermination malicieuse :

- En revanche, j’ai une autre idée.

Tirant une dernière fois sur les deux pans du drap pour le faire tenir, elle lança un regard de défi à son amant.

- Mais tu devras me trouver...

Et elle s’enfuit, profitant du temps de réaction du Pompéien pour prendre de l’avance et disparaître. Pieds nus, seulement cachée dans son drap blanc, elle dévala les escaliers, jusqu’à l'atrium et, jetant un dernier regard derrière son épaule pour vérifier qu’il ne pouvait pas la voir, elle pénétra dans la réserve de vins.

Légèrement essoufflée, un large sourire aux lèvres, elle ne put réprimer un petit rire qu’elle s’efforça de camoufler au mieux. Alors, elle laissa ses doigts parcourir la terre cuite des amphores. Elle passa devant plusieurs d’entre elles avant de s’arrêter devant celles de sa toute dernière commande : un léger vin de Sicile. Voilà qui serait parfait.

Rapidement, elle s’empara de deux coupes dans un coin de la pièce et les disposa sur un tonneau déposé debout au milieu de la salle après avoir soufflé la poussière qui s’était déposée dessus. Elle déboucha l’amphore qu’elle avait choisie et versa doucement le vin. Alors, prenant sa coupe dans sa main gauche, elle fit face à l’entrée, attendant que son amant ne la trouve enfin, cachée dans cette salle sombre aux quelques rares lampes à huiles, au milieu de ces amphores et de leur boisson complice de tous ses vices.


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

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Patricien
Mer 22 Jan - 19:00
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
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Elle est tout contre lui, cette nymphe envoyée par les dieux pour le séduire. Il aime l'image, car à chaque fois qu'il arrive à la faire sourire ainsi, son coeur semble rater un battement, son assurance s'échappe tellement il a l'impression d'avoir pour lui seul quelque chose de précieux et de rare. Il n'est plus magistrat, il n'est plus édile, il n'est plus le patricien aux cheveux d'or, il n'est plus l'époux vertueux, il est Lucius, railleur, arrogant, rieur, fier, ambitieux, ce jeune homme rencontré à Rome dans une soirée trop arrosée, qui ne l'a pas quittée du regard, comme s'il comptait la consumer. Il lui lance ce même regard, ce soir, alors que leurs corps sont apaisés mais que son âme réclame plus. Elle lui fait frôler quelque chose d'inattendu à chaque instant, des sensations nouvelles, oubliées, repoussées, incompatibles avec ce qu'il a construit. Et il ne sait combien de temps une telle félicité pourra continuer. S'évanouira-t-elle tel un rêve, au petit matin, dans une brume ensommeillée ? Regrettera-t-il, sentira-t-il la corruption s'accrocher à son coeur, écorcher son image parfaite qu'il a si longtemps travaillée ? Sera-t-il envahi par le dégoût, ou par le remords lorsque Flavia lui dira qu'il a encore veillé tard avec Titus Lucretius Fronto ? Non, peut-il se permettre d'éprouver des remords, en éprouvait-il lorsqu'il la traînait dans l'adultère, alors qu'elle était mariée ? Peut-il se perdre au point de ressentir ce que le mari adultère ressent, lui qui est supérieur à tous, qui tient le futur de sa cité entre ses mains ? Qui viendra l'acculer contre le mur de l'opprobre, qui osera ? Jamais, jamais il ne s'abaissera à être celui à qui on fait des reproches, il assumera sa conduite, comme Secundus lui a appris à faire. La tête haute toujours, ne courbe pas l'échine, tu es plus important que tous ceux qui te jugent, tu seras jugés par les dieux, plus tard, mais ceux-là, ils n'ont aucun pouvoir sur ton âme.
Et pourtant, Secundus ne parlait pas alors d'assumer l'adultère. Il parlait de politique, toujours et encore, de raison d'état, de ce qu'il fallait endurer. Aujourd'hui, il le renierait s'il voyait son fils risquer sa réputation dans les draps d'Helvia. Pourtant, il la risque, il aime ce jeu, il aime tenter le sort car toujours Fortune l'a accompagné. Il se sent invincible, comme lorsqu'il avait vingt ans. Cela n'a pas changé. Cela ne peut encore changer, tandis qu'il s'élance sur les dernières marches de la course aux honneurs, il sera bientôt Duumvir, il le sait, rien ne l'en empêchera. Cette ambition dévorante, il l'emmènera dans la tombe, même lorsqu'il sera décharné. Il devra faire face à ses conséquences, dans cinq ans, lorsque tout semblera chanceler sous ses pieds. Mais pas encore, pas tout de suite.

Il ne pense d'ailleurs pas à demain. Il pense au corps d'Helvia, pressé contre le sien, aux battements du coeur de son amante, à son souffle dans son cou. Il ne sait plus pendant un instant s'il est chez elle, à Rome, tandis que son époux veille en dehors de la domus, ou chez elle à Pompéi, alors que c'est lui qui découche. Helvia est la seule à avoir fait naître chez lui la tentation enivrante de l'adultère, de la tromperie envers les moeurs qu'on lui a inculquées. Il y a chez elle quelque chose qui fait écho à ce qu'il aurait pu être s'il n'avait pas fait son cursus honorum, cet autre lui. Elle seule le réveille, elle seule le révèle. Savait-il qu'il existait chez lui une telle passion avant de la connaître ? Non, il n'en savait rien, et depuis, il avait oublié. Flavia avait cultivé sa fibre d'honnête homme, et grâce à elle il avait pu s'accomplir. Helvia le détourne de cet accomplissement, ou plutôt lui ouvre de nouvelles perspectives. Il se met à rêver encore plus ambitieusement dès lors qu'il est avec elle, à vouloir risquer plus sur un coup de tête. Il n'est plus mesuré, il n'est plus prudent, il est insatiable. Déjà, depuis quinze jours, il a des envolées impressionnantes dans le calme placide de la curie. Il est agressif, batailleur, plus invincible qu'il ne fut. Plus elle révèle ce qu'on pourrait considérer comme une faille, plus il se renforce face à ses ennemis. Il l'observe, il la regarde, et il sait définitivement qu'elle est un don des dieux pour lui. Et on ne peut ignorer ce que les dieux mettent sur votre chemin.

- J'imagine que si, répond-il sur un ton doux. Mais j'ai cette impression que dès lors que tu es près de moi, tu es la même que tu fus il y a vingt ans, tout comme je le suis près de toi. Il y a quelque chose qui m'appelle... Ici...

Il pose sa paume sur le coeur de la belle, juste au dessus du sein, le siège de son âme. Il veut comprendre ce qu'il y a entre eux, cet appel irrésistible. Il a cru à l'appel de la chair, mais il sait qu'il ne s'agit pas de ça. Flavia l'envoûte charnellement, là n'est pas la question. Non, l'appel est plus profond et tant qu'il demeurera, il ne lui fera plus jamais défaut. Il serait prêt à l'expliquer à son épouse, s'il savait que ça ne la ferait pas souffrir. Mais il n'est pas cruel. Il ne sait pas d'ailleurs de ce que demain sera fait, car Helvia a toujours été exigeante, impérieuse, c'est ce qu'il aime chez elle. Et la réduire à une maîtresse qu'on cache le désole.
Il délaisse pour un temps ses envolées romantiques et une moue mutine se peint sur son visage. L'heure du jeu à sonné, car ils ont toujours été complices. Complices dans la débauche, dans leur outrage aux bonnes moeurs, dans leurs esprits railleurs, dans leurs jeux d'enfant. Ils peuvent rugir autant que rire, tout est question d'instant. Il a peur pendant un moment de ne pas avoir dit ce qu'il fallait, de lui déplaire, car son visage change. Puis il comprend. Sortir de la chambre, c'est aussi se retrouver aux prises avec la réalité que tous deux s'efforcent de ne pas évoquer : personne ne doit savoir qu'il est ici. Helvia a cloitré ses esclaves. Il trouve que c'est une bonne initiative, mais d'un côté, il se dit qu'ils peuvent devenir soupçonneux d'une telle mesure, surtout si ça ne lui ressemble pas. Aussitôt, l'esprit calculateur du politicien se remet en marche, car il ne traîne jamais bien loin :

- Pouvoir n'est pas la question. Il va surtout falloir trouver une excuse plausible, faire transparaître autre chose dans ta maisonnée pour que leur curiosité se fixe loin de ce qu'il en est réellement.

Il a débité ça d'une traite. Il se rend compte alors avec cynisme qu'il y a pensé, tout au long du chemin sans même s'en apercevoir. Il n'est plus inconscient comme lorsqu'il avait vingt ans, malheureusement, il leur faut le constater. Ce brusque retour à la réalité jette un froid sur la chambre, démontrant qu'il n'est pas aussi simple de côtoyer les saveurs passées lorsque la donne a changé. Mais le froid n'a pas touché Helvia, ou alors elle feint de l'ignorer pour ne pas le ressentir, elle se revêt du drap en bondissant hors du lit comme un animal traqué. Lucius en reste bouche bée un instant, oubliant aussi vite qu'ils sont revenus ses discours de politicien. Ils joueront aux adultes plus tard, c'est un accord tacite. Il hausse un sourcil, interrogateur, se demandant quelle idée a traversé son esprit joueur puis un grand sourire illumine ses traits lorsqu'il comprend qu'il va se lancer dans une partie de cache-cache. Il ne bouge pas en lançant :

- Tu sais bien que tu ne m'échappes jamais, Helvia...

Elle a déjà disparu qu'il ne sait s'il a évoqué leurs jeux d'antan où la rencontre fortuite qui fait qu'aujourd'hui ils sont de nouveaux amants. Les deux certainement. Il est nu lorsqu'il pose les pieds sur le sol froid, ce qui déclenche un délicieux frisson qui parcourt son échine. N'ayant personne pour remettre son pallium correctement, il se contente de draper sa taille avec l'une des tentures du lit. Elle a prit le drap, alors soit, le voilà qui déambule dans l'escalier tel un éphèbe, torse nu. Il ne connaît pas la domus, alors une fois en bas, il hésite quant à sa destination. À pas de loup, il prend à droite, sachant qu'elle ne s'est pas dirigée vers les quartiers des esclaves, ou le triclinium, parce qu'Helvia préfère les endroits feutrés, petits. Son coeur bat fort, d'excitation, mais aussi parce qu'il semble très présent, dans le silence nocturne, seulement troublé par les bruits du dehors au loin. La vie ne s'est pas arrêtée tandis que lui, un patricien soi disant respectable, cherche dans les dédales d'une domus presque étrangère, sa maîtresse. Son oeil capte un rayon lumineux dans l'interstice d'une pièce. Si c'est la chambre de Nasica, il est foutu, il aura du mal à se rendre invisible, ou à prétendre qu'une très bonne raison amène l'édile Publicola, dans une telle tenue et à une telle heure. Il rit à moitié, sous cape, en pensant aux répliques qu'il pourrait donner dans une situation pareille, toutes plus invraisemblables les unes que les autres. Il n'hésite pas, cependant, il pousse la porte, un instant désemparé car la pièce lui semble vide. Jusqu'à ce que dans la demi-pénombre chatoyante, il distingue la silhouette traquée. Son pas de loup se fait aussitôt félin : le lion a repéré sa proie. Son regard s'aimante à elle tandis qu'il s'avance, avec sa tenture nouée à la va-vite autour de la taille. Lorsqu'il arrive à sa hauteur, il ne dit pas un mot, la surplombant de sa taille. Il prend la coupe de vin qu'elle a dans la main, y trempe ses lèvres, tout en la regardant toujours. Puis il murmure, en penchant la tête sur le côté, un trait qui lui est caractéristique, tandis que ses yeux sourient, comme les chats :

- Trouvée.

Il pose la coupe, sur une étagère, sans trop regarder exactement où, il s'avance encore plus, l'acculant complètement dans ce recoin sombre où elle a élu domicile. Il se penche, frôle sa nuque de son nez, y fait courir ses lèvres :

Où... Ses lèvres se baladent sur sa jolie mâchoire, si féminine. ... est... Il hume la racine de ses cheveux, tout près de sa tempe, là où ils frisent presque. ... ma récompense ?

Sa voix est chaude, basse, ses cordes vocales ont été caressées par cet excellent vin, léger, velouté. Le jeu l'a mis en appétit, ses yeux brillent, presqu'inquiétants, à cause des quelques flammes des lampes à huile, qui assombrissent le bleu des pupilles normalement rassurant.



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Patricien
Dim 16 Fév - 23:27
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
₪ Arrivée à Pompéi : 26/05/2013
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Les certitudes n’étaient pas communes chez quelqu’un comme Helvia. Pourtant, cette nuit-là, elle en avait une : ouvrir sa porte à Lucius était la meilleure décision qu’elle avait prise depuis longtemps.

Les années de son mariage avaient été des années de survie plus qu’autre chose. Sa main maigre s’était accrochée à la moindre petite fibre d’existence qui lui restait en espérant qu’elle avait raison d’attendre des jours meilleurs. Le jour de la mort de Marcus Claudius Celsus, Helvia avait connu une renaissance, à n’en point douter. Libérée du poids qu’avait cet homme sur son cœur et son âme, elle avait enfin obtenu le pouvoir de suivre son propre chemin. Elle avait choisi le pouvoir de l’ombre, l’influence cachée et la liberté illégitime. Elle s’était octroyé la place et l’importance dont elle avait toujours rêvé.

Pourtant, ce soir, dans les bras de son amant qu’elle retrouvait enfin, elle se rendait compte de ce vide qui n’était pas mort avec Marcus. Toutes ces sensations qui s’emparaient de son corps, de son cœur, de son esprit et de son âme lui faisaient réaliser les manques qui l’avaient suivie perpétuellement depuis que Lucius l’avait quittée à Rome. Helvia était libre mais elle était seule. Elle ne connaissait plus la chaleur de bras aimants, le frisson passionnel qui suit une étreinte, le bonheur de se sentir en confiance, enfin en confiance… La veuve chérissait ses plaisirs d’opulence, sa belle villa, ses beaux vêtements, les regards outrés des femmes soumises à Rome et aux Romains. Mais au milieu de cette situation peut-être enviable, il lui manquait quelque chose de capital : cette sensation délicieuse d’abandon de soi, de protection, d’ivresse, qu’elle n’avait jusqu’à lors connu qu’avec le Pompéien. Aujourd’hui enfin, elle retrouvait tout cela, décuplé par tant d’années de manque inconscient.

La voix chaude de Lucius résonna de nouveau dans ses oreilles et elle déposa son regard sur ce visage familier revenu des entrailles ténébreuses d’un passé qu’elle croyait encore révolu il y avait quelques semaines à peine. Et ses paroles la bouleversèrent. Elle baissa les yeux un instant, le temps de voir la main large de Lucius posée délicatement au-dessus de son sein. Cette nuit n’était donc ni un mirage, ni une passade, un chapitre perdu dans les milliers de pages que pouvaient compter une vie. Non. Cette nuit était une promesse. Tous deux étaient liés par quelque chose d’inexplicable, une force mystérieuses qui les faisaient se retrouver même après toutes ces années, même après tous ces changements, avec toujours cette ardeur enivrante et ce désir implacable de se voir fusionnés, tant par le corps que par l’esprit.

Un sourire discret, qu’elle aurait peut-être voulu cacher, se dessina doucement sur ses lèvres. Etait-ce un sourire de soulagement ? Peut-être bien. Mais un sourire timide, sans l’ombre d’un doute. Helvia n’était pas une dame à laquelle on avait souvent parlé de cette façon. Son image de femme forte et sombre incitait certainement plus aux démonstrations de bravoure qu’aux aveux de faiblesses et aux élans d’affection. Pourtant, comme toute femme, il lui arrivait d’avoir besoin de ces mots-là, d’avoir besoin d’entendre, juste par moments, des paroles dénuées de toute imprégnation politique, diplomatique ou commerciale. Comme toute femme, elle s’était elle aussi imaginée au centre de toute l’attention d’un homme, dans une relation simple, loin de tous les risques que comprenait une liaison adultère et de tout le partage que cela impliquait. Elle avait rêvé d’un amour exclusif, inconditionnel et partagé. Mais l’expérience qu’elle avait acquise lui avait fait oublier ces pensées naïves et idylliques. Désormais, elle était Scaevola, la veuve empoisonneuse, la veuve stérile, la veuve indésirable…

Et pourtant… Et pourtant, il était là, lui, ce Pompéien auquel tout souriait, ce politicien ambitieux et prometteur qui s’apprêtait à gravir les plus belles marches de la curie, cet homme marié à Lupida, dont l’ancien congnomen ne faisait que rappeler une beauté indéniable, et le nouveau un esprit que tout homme romain ne pouvait que désirer. Il était là, Publicola, l’aimé du peuple, et il avait cette main posée sur son cœur, et ces yeux qui la regardaient sans faillir. Comment expliquer ce lien tout en contradictions qui les unissait l’un à l’autre ? Comment l’homme considéré comme le plus bon pouvait aimer la femme considérée comme la plus mauvaise ? Etait-ce cette bonté qui lui permettait de voir en elle ce que les autres ne savaient déchiffrer ? Helvia ne savait pas. Elle n’avait jamais été capable de comprendre tout cela. Et après toutes ces années, la preuve de l’existence de ce lien fusionnel entre eux la bouleversait, bien plus qu’elle ne l’aurait cru.

Lentement, elle amena sa main libre sur celle du Pompéien et elle pressa doucement sur son cœur comme pour y imprimer une marque qui y resterait toujours.

- Tu sais que tu y auras toujours ta place… murmura-t-elle.

Lucius l’avait blessée, elle le savait, elle ne pouvait pas l’oublier. Il ne lui avait pas amené que la joie insouciante qui avait rythmé les quelques mois de leur folle aventure à Rome. Pour autant, elle était incapable de nier cet attachement profond qui la reliait à lui. Lucius faisait partie de sa vie, il en symbolisait peut-être les moments les plus heureux. Et qu’importe les disputes et les souffrances qu’ils s’étaient infligés, elle savait qu’il garderait toujours ce statut intouchable, presque mystique, qu’il resterait cet homme en qui elle avait confiance et qu’elle aimait, à sa façon. Alors, elle se pencha doucement et embrassa l’édile sur le front comme pour embrasser un enfant.

Mais les enfants jouaient tous, inépuisablement, et celui qui sommeillait depuis peut-être trop longtemps dans la tête de Lucius ne tarda pas à s’éveiller. Pourtant, les règles avaient changé depuis tout ce temps. Aujourd’hui, c’était de ses esclaves qu’Helvia devait se cacher. Oh ! elle pouvait certainement faire confiance à la grande majorité d’entre eux. Mais la question était de savoir jusqu’à quel point. L’appât du gain, la peur de la souffrance ou la peur de la mort pouvaient convaincre bon nombre d’esclaves de trahir les secrets de leurs maîtres. Seule Nasica jouissait d’une place particulière dans son esprit comme dans son cœur. Mais pour ce soir, même son esclave personnelle avait été envoyée dans ses quartiers. Trop de choses dépendaient de cette soirée pour qu’elle ne prenne le temps de réfléchir à d’autres problèmes secondaires. La servante saurait certainement la raison de ce comportement inhabituel de sa domina, elle ne lui avait jamais rien caché. Mais pas ce soir. Ce soir, il n’y aurait que Lucius. Tout le reste pouvait attendre.

Le Pompéien retrouva bien vite son parlé de politicien accompli, mais Helvia fit mine de ne pas s’en être rendue compte. Après tout, elle ne pouvait pas exiger de lui de rompre avec cette partie de son âme. Lucius était un homme politique, il avait toujours été un homme politique. On ne pouvait aimer quelqu’un comme Publicola si l’on haïssait les jeux de verbes et de stratégie.

Mais elle refusa de laisser naître une atmosphère si sombre dans un moment si flamboyant. Aussi, elle adopta un tout autre ton pour rompre immédiatement avec ces répliques au goût bien trop sénatorial. Elle prit appui sur ses coudes pour se retrouver juste au-dessus de lui et lança d’un ton faussement réprobateur.

- Il y a quelques heures à peine, je me demandais encore si je te ferais passer ou non le seuil de ma porte. Viendrais-tu déjà me gronder comme une mauvaise fille alors que tu te trouves encore dans mes draps ?

Elle fronça les sourcils, un demi-sourire imprimé au coin des lèvres.

- Laisse-moi donc le temps de profiter de ces sensations d’autrefois avant de me faire penser à demain. Je n’ai pas la réputation de laisser un danger certain rôder longtemps autour de moi. Je règlerai ça… Mais plus tard !

Elle bondit alors hors du lit, emportant un drap avec elle pour le nouer autour de sa taille. Si elle ne pouvait se cacher de ses esclaves, elle se cacherait de lui… L’assurance de l’édile fit naître en elle une profonde envie de le défier.

- Toujours aussi sûr de toi, n’est-ce pas ? dit-elle.

Elle lui lança un sourire de défi puis s’échappa dans l’obscurité du couloir.

Ses pieds nus sur le marbre froid faisaient résonner des bruits sourds dans la grande villa déserte. Helvia savait déjà où elle allait se cacher et ne tarda pas à se rendre dans la réserve. Elle y alluma deux petites lampes, le sourire aux lèvres, amusée tant par cette situation que par cette atmosphère enfantine. Debout dans cette petite pièce sombre et fraîche, une coupe de vin à la main, elle attendait Lucius avec l’excitation des enfants qui savent pertinemment qu’ils commettent une bêtise mais qui ne l’arrêteraient pour rien au monde. Les secondes s’écoulaient avec une lenteur délectable et Scaevola attendait, les yeux rivés sur l’entrée de la réserve et ses dents jouant à mordiller doucement sa lèvre inférieure.

Alors, elle entend la porte glisser lentement sur ses gonds et reconnaît la silhouette de l’édile qui pénètre à l’intérieur de la pièce. Une inspiration plus forte la prend alors qu’elle pose les yeux sur la tenture qui lui tombe sur les hanches et lui laisse tout le loisir de profiter d’une vue privilégiée sur son torse faiblement éclairé par les deux lampes à huile. Il fait trop sombre pour lui permettre de clairement distinguer son regard, mais elle le sent, intense, perçant, planté sur elle comme sur une proie qu’il aurait traquée pendant des années. Quinze années peut-être…

Sa respiration accélère presque imperceptiblement alors qu’il s’approche d’elle en silence. Le corps de l’édile devient plus sombre à mesure qu’il s’éloigne des lampes à huiles et quand il s’arrête, juste à sa hauteur, elle ne peut distinguer plus que le contour de ses épaules et quelques ombres qui dessinent faiblement ses muscles et les traits de son visage. Helvia demeure aussi silencieuse que lui alors qu’il lui prend doucement la coupe de vin qu’elle tient à la main et la mène à ses lèvres. Sa voix rauque s’élève alors et lui arrache un délicieux frisson. Un discret sourire qu’elle tente vainement de réprimer se dessine sur ses lèvres pendant que le Pompéien dépose la coupe sur un coin hasardeux d’une étagère. Et alors qu’elle le sent se rapprocher encore, elle ferme doucement les yeux, lui laissant un accès entièrement libre à sa peau nue au-dessus du drap blanc.

Son souffle et ses lèvres qui parcouraient sa nuque réveillèrent son désir avec une facilité qu’Helvia elle-même trouva déconcertante. En entendant ses mots, elle laissa un soupire amusé s’échapper de ses lèvres. Elle lui murmura, gardant les yeux fermés :

- Il me semble que cela était légèrement trop facile… Une épreuve aussi simple ne saurait mériter une telle récompense.

Elle ouvrit les paupières et croisa alors le regard brûlant du Pompéien qui fit écho à son propre désir. Helvia avait toujours adoré faire semblant de lui échapper. Pourtant, cette nuit-là, elle n’était plus sure de le vouloir. Et elle avait rarement réussi à résister à ce regard là… Se mordillant inconsciemment la lèvre, elle reprit :

- Mais je crois que l’on peut faire une exception pour cette fois-ci.

Posant ses deux mains sur le torse de son amant, elle le poussa alors jusqu’à ce que son dos rencontre le mur opposé. Se hissant sur la pointe des pieds, elle attrapa l’arrière de sa nuque et alla capturer ses lèvres de nouveau avec une vigueur que lui avait faite retrouver tous ces souvenirs de leur jeunesse. Elle se fit alors aventureuse, laissant ses lèvres caresser la ligne de sa mâchoire et ses mains parcourir son torse nu. Elle ne pensait pas que ce contact purement charnel aurait aussi pu lui manquer autant. Etaient-ce les hommes qui lui avaient manqué ou uniquement celui qu’elle emprisonnait alors dans ce recoin de sa réserve ? Elle était incapable de vraiment le savoir mais réalisait la chaleur qui s’emparait à chaque seconde un peu plus de tout son corps.

Tout réveillait ses sens, jusqu’à l’interdit de l’adultère. Elle faisait plier Publicola, le grand vertueux de Pompéi, avec cette fierté de séductrice étant parvenue à ses fins. Il y avait une part de bonheur malsain dans cette passion qui l’animait toute entière : la joie de récupérer à Lupida un homme qu’elle pensait certainement être le sien. Une partie de lui tout du moins. Helvia voulait imprimer en lui cette marque indélébile qui lui rappellerait toujours qu’une part de lui vivait en elle. Elle voulait lui rappeler pourquoi il était là et pourquoi il reviendrait. Car cette fois-ci, elle en était sure, elle ne le laisserait plus partir de la même façon.

Scaevola enfonça ses doigts dans ses omoplates alors que l’édile répondait à ses assauts avec la même ferveur. Leurs souffles s’accordaient sur une cadence identique. Elle croisa le regard du Pompéien et y trouva la flamme qu’elle espérait y voir. D’une main, elle s’empara alors de la tenture qui lui entourait la taille et la défit d’un seul mouvement pour le défaire de la dernière entrave qui lui restait. Le souffle court, les yeux emplis d’un désir devenu presque sauvage, elle lui murmura alors :

- Sois à moi, Lucius ... Rien qu’à moi…

Sa voix avait sonné comme une supplique, pleine d’espoir. Elle le voulait pour elle, rien que pour elle, seulement ce soir. Car demain, Lucius repartirait. Demain, il redeviendrait l’édile accompli. Demain il rejoindrait les bras de Lupida et elle redeviendrait la veuve infréquentable. Mais ce soir elle voulait qu’il s’ouvre tout entier, qu’il ne pense plus qu’à elle. Dehors serait le monde des apparences parfaites et réfléchies mais ici, il n’y aurait plus qu’eux et leurs règles. La nuit serait leur seule complice et leur désir leur unique loi. Et dans ces rares moments privilégiés, Helvia voulait qu’il soit là, pour elle et elle seule.


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

(c) crackle bones
Patricien
Sam 1 Mar - 13:03
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
₪ Ecrits : 2402
₪ Sesterces : 63
₪ Âge : 42 ans
₪ Fonction & Métier : Duumvir

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N'ai-je pas vécu ces retrouvailles des dizaines voire des centaines de fois, au détour d'une colonne, dans une alcôve chatoyante ou dans une villa que j'imaginais telle à celle-ci. N'ai-je pas rêvé, senti, ressenti le corps d'Helvia contre le mien, sa peau douce rencontrant la mienne comme autrefois. Ne me suis-je pas senti le sang enflammé à me laisser aller à de tels songes ? Tant de chimères pour aujourd'hui les voir toutes se concrétiser, ici et maintenant. Tant de fantasmes qui ne valent pas une once de ce que je suis en train de vivre à présent. Mon esprit me semble clair pourtant et dans la suavité de l'instant, je me demande bien pourquoi j'ai attendu cinq longues années, enduré et fait endurer tant de souffrances. Je songe que j'ai été fou, alors que ce soir je me sens enfin renaître, côtoyant de nouveau cet aspect de ma personnalité que je croyais mort et enterré depuis longtemps. Ce qu'elle me procure est à la fois perdant et étrangement familier. Je suis un homme de pouvoir, depuis tant d'années, et ce pouvoir j'en use sur les autres mais aussi sur moi, jusqu'à m'y noyer. Je le comprends avec une acuité confondante ce soir : être Publicola ne me suffit plus ou peut-être cela ne m'a jamais suffi. Suis-je victime d'un appétit sans limite ou réveille-t-elle un Lucius, oublié en chemin, quelque part ? Je veux croire qu'elle est une bénédiction, je veux penser qu'elle est revenue à Pompéi pour que je la retrouve, que les dieux me l'ont envoyée.

Qu'importe ce que l'on murmure sur elle, l'on murmure bien sur moi aussi. Qu'importe qu'on la nomme vipère tandis que je suis celui qui est aimé du peuple. Qu'importe ma vertu si souvent affichée et parfois même ressentie comme une entrave, je veux bien l'immoler sur le bucher si c'est pour me perdre avec elle, pour me perdre en elle... Et y trouver ce que j'ai si longtemps cherché et que j'avais oublié.
Je la regarde et malgré les jeux, malgré l'ironie, malgré le crime, je lui fais confiance, comme je lui ai fait confiance lorsqu'elle était ma maîtresse à Rome. Elle pourrait pourtant, en un claquement de doigts et de sa langue qu'on dit vipérine me réduire à néant, entacher ma réputation, broyer ma carrière. Mais je lui offre mon armure de politicien sans sourciller, sans reculer, car nous sommes liés par quelque chose de puissant. Quelque chose qui me retourne l'âme, qui m'aveugle, quelque chose que je crains car je ne le maîtrise pas mais j'y succombe volontiers, rien que pour me sentir en terrain inconnu. Helvia est insoumise, elle l'a toujours été, et j'aime cela chez elle avec une passion dévorante. Je sais, lorsque je la retrouve dans la douce pénombre de la réserve qu'il ne s'agit pas juste de cette nuit. Et alors que cela devrait me faire frémir, que je devrais me sentir pris au piège, je ressens un sursaut de liberté comme jamais je ne l'ai expérimentée. Ce soir, je suis prêt à lui promettre que je ne l'abandonnerai plus. Nos destins se sont liés trop inextricablement et pourtant, j'entends déjà mon autre maîtresse impatiente, farouche et furibonde, qui me sermonne et me condamne. La politique ne partage pas son pantin. Aux démons du plus profond tartare, la politique. Quitte à me sentir coupable de l'avoir seulement pensé.

Je m'apprête à franchir la dernière ligne droite, la consécration de Duumvir, je la vois maintenant très nettement mais j'ai comme l'impression que l'un ne peut aller sans l'autre. Sacrifier mes valeurs ce soir, voilà peut-être la clef pour arriver à mes fins. Goûter un instant les effluves âcres de la corruption. Je plonge de nouveau mon regard dans le sien et je me sens happé par cette envie farouche de la faire mienne, de réapprendre son corps, de retrouver notre complicité qui vient tout juste de se réveiller, comme une amante alanguie. Nous nous ressemblons dans l'intimité et pourtant nous sommes si contradictoires et explosifs dans nos caractères. Elle me rend mon regard, de ses grands yeux où l'on peut distinctement lire cette grande maîtrise acquise au fil des temps. Lorsque je l'ai connue, l'on pouvait deviner ce penchant mais il n'était pas encore si prégnant. Pourtant, loin de me sentir effrayé ou repoussé, j'admire cette force que je sens en elle, je ne veux plus la briser comme le jeune homme inconsidéré que j'ai pu être. Non, je veux jouter avec elle, jusqu'au bout de mes forces, jusqu'à ce que nous cédions tous deux, hors d'haleine et repus. Jusqu'à ce que l'espoir fou de fusionner ne soit plus qu'un mirage.

Ou alors jusqu'à ce que la politique reprenne le dessus. Mais je refuse de penser à cela. Cette nuit n'appartient qu'à nous seuls. Je l'ai suivie, j'ai joué cette traque un peu trop facile dans les couloirs de la villa, tandis que je repensais à ce qu'elle m'avait dit un instant plus tôt. "Plus tard". Elle a raison, nous repenserons à ce qui peut nous peser plus tard, je ne souhaite pas ternir l'instant que nous vivons. Alors je poursuis la traque, avec l'envie de lui prouver que oui, je suis sûr de moi, rien ne m'arrête aujourd'hui, je n'ai plus les réticences de mes vingts ans, ni les dissipations d'ailleurs. Alors que je la retrouve, l'accule au mur et lui murmure à l'oreille, je sais faire taire cet appétit qui m'intime de la dévorer, de prendre violemment possession d'elle, de la plaquer encore plus contre ce mur si froid. Oui je l'ai traquée depuis qu'elle est revenue dans ma vie, sans que je m'en aperçoive. Il a fallu que je la repousse pour que je comprenne que ce besoin d'elle m'était insupportable. Et ce soir, elle est là, rien qu'à moi. Quoi de plus enivrant ? Bien plus que le vin que je bois dans sa coupe.
J'entends sa respiration haletante, chaque soubresaut est un appel mais je n'y réponds pas encore, je prends le temps de dessiner les contours de son corps avec mes mains, délicatement, comme si elle était plus précieuse que tout au monde. Et ce soir, elle l'est certainement. J'ai envie d'elle au point de presque gronder à son oreille, tandis qu'elle murmure à la mienne. Oserait-elle essayer de me priver de ma récompense ? Nous avons jadis joué à cela, tous deux, se refusant tandis que l'autre réclamait, que chaque fibre de son être était excitée par le désir. Il y a une saveur très puissante dans la frustration, c'est ce que l'on apprend dès lors qu'on sort de l'enfance. Le temps semble s'alourdir tandis que j'attends si elle va me condamner ou m'accueillir. Ses yeux m'interrogent et je ne peux que lui renvoyer un regard enflammé par elle. Et tandis que je cherche les signes de redditions, que mon corps se presse un peu plus contre elle comme une délicieuse menace, elle se mord la lèvre et le souffle que je ne croyais pas retenir se relâche. Un sourire de triomphe prend naissance sur mes lèvres avant même qu'elle ne parle car je la connais suffisamment pour savoir qu'elle va s'offrir. Je ne réponds rien mais mon étreinte se resserre. Je résiste un peu lorsqu'elle me pousse mais décide également d'entrer dans la danse qu'elle m'offre plutôt que de vouloir absolument mener. La fraîcheur du mur dans mon dos m'exacerbe les sens, sa bouche sur la mienne achève mes dernières résistances face à l'impétuosité du désir et mes mains caressent son dos, le creux de ses reins, cherchent à défaire l'écrin de tissu. Que me fait-elle, pourquoi suis-je en train de perdre ainsi tout empire sur moi-même, comment puis-je ainsi balayer mes serments et mes convictions ? Est-ce ma jeunesse que je traque plutôt qu'Helvia, est-ce ma liberté enchaînée par les affres du pouvoir ? Je n'ai pas la réponse et je ne suis pas certain de vouloir la chercher. Si c'est le corps de mon amante qui cède, c'est mon armure qui ploie... Le réveil sera-t-il rude ?

Elle devient de plus en plus aventureuse, tandis que je déchire presque le tissu qui m'empêche de la rejoindre tout à fait. Il tombe au sol, sans bruit, comme ma vertu souillée et le plaisir que j'en retire est si intense que mon esprit rompu à l'intrigue n'a plus qu'une certitude : qu'elle soit à moi, ici, maintenant. Ses doigts s'enfoncent dans mes omoplates, comme pour m'intimer à lâcher prise mais cela fait longtemps que je ne suis plus maître de moi et cette fois-ci, je gronde réellement, presqu'animal, lorsqu'elle dénoue la tenture qui me ceint la taille et qu'elle me regarde plus intensément qu'elle ne m'a jamais regardé. "Sois à moi, Lucius... Rien qu'à moi..." Ses paroles résonnent dans la pièce comme dans mon crâne. C'est ce que je veux, un violent besoin qui me pousse à lui répondre :

- Rien qu'à toi... Helvia... À toi.

Je réponds sur le même ton, tandis que mon souffle est erratique et que je m'empare de nouveau de sa bouche, comme si l'air qui me manque ne m'était procuré que par elle. Alors nos corps se rencontrent une nouvelle fois, de façon plus brutale que précédemment, comme si chacun de nous avait besoin d'imprimer sa marque sur l'autre, faisant sien son corps et son âme au passage. Nous ne sommes plus qu'halètements, étreintes, saccades, je ne sais si à un moment je lui mords l'épaule ou si c'est elle, mais ce que je sais avec certitude c'est que je ne vois plus qu'elle. Ce soir mon unique et seule maîtresse, c'est elle. Et tandis que le politicien ne devrait que le vivre comme un amer échec, je le prends quant à moi comme une étrange victoire.
"À toi seule", répétè-je encore une fois, à son oreille, tandis que le plaisir nous brouille les sens et nous emporte dans un délicieux naufrage. Oui, à toi seule.



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Patricien
Ven 4 Avr - 21:49
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
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« Rien qu’à toi… Helvia… A toi. »

La voix de Lucius ne faisait que répéter cette même phrase dans son esprit, encore et encore, alors que dans son dos, la froideur du mur ne l’atteignait plus. Helvia gardait les yeux fermés et respirait lentement, revivant intérieurement tout ce qui s’était passé cette nuit. Elle avait apprivoisé de nouveau le Pompéien puis se l’était réapproprié. Elle l’avait volé à son passé injuste, volé à sa femme et à toutes ces lois romaines qui les avaient empêchés de se voir pendant toutes ces années. L’édile, tout près de la consécration, risquait tout ce qu’il avait bâti dans ses bras ; n’était-ce pas l’une des plus grandes victoires pour une femme, qu’importe sa morale ou sa condition ? Celle d’avoir assez de valeur aux yeux d’un homme, celle d’avoir assez de pouvoir sur son âme, pour lui faire oublier jusqu’à ses plus fidèles serments ?

Mais au-delà de cela, bien au-delà, elle avait simplement retrouvé sa seule attache à un monde simple, les seuls bras dans lesquels elle ne craignait rien, les seuls dans lesquels elle se permettait de faire tomber cette armure qu’elle prenait soin de renforcer chaque jour. Etait-ce raisonnable, après tant d’années ? Lucius avait changé, elle aussi. Pouvait-elle avoir en lui cette confiance aveugle qu’elle avait autrefois, alors que tout ce temps s’était écoulé depuis ?  N’y avait-il pas ce risque qui hurlait à ses oreilles de se méfier de tous ces sentiments trop puissants pour être pleinement contrôlés ? Oui, cela semblait défier toute prudence. Mais cette nuit avait-elle une quelconque aspiration au raisonnable ?

Lucius risquait tout ce qu’il avait dans les bras d’une femme, et Helvia risquait de l’accompagner dans sa chute si jamais leur aventure était découverte. Pourtant, elle n’en ressentait aucun trouble. Aucune crainte ne venait pervertir ses pensées. Elle demeurait dans un était de quasi-béatitude, les yeux clos, les traits détendus, comme si elle venait de satisfaire un lourd désir qui la torturait depuis quinze ans.

Un merveilleux silence emplissait l’atmosphère et calmait les esprits autant que les cœurs. L’édile, à ses côtés, ne semblait pas bouger non plus et l’espace d’un instant, Helvia ressentit l’envie presque irrépressible de savoir lire dans ses pensées. Mais elle se refusait de briser le silence, comme si le moindre éclat de voix se trouverait être le pire des sacrilèges. Elle se contentait donc de revivre cette soirée dans son esprit, encore. Encore.

«   A toi seule. »

Elle sourit discrètement en repensant à ces mots. Ils résonnaient en elle avec une telle force que l’on aurait pu croire que Lucius les lui répétait encore à l’oreille. Lui avait-il déjà dit des mots comme ceux-là ? Non, elle en était quasiment certaine. Ils faisaient partie de ces termes beaucoup trop chers pour être oubliés, même après tout ce temps. Il se dégageait d’eux une richesse bien trop grande pour ne pas rester gravée dans les mémoires. Cette nuit, Lucius avait inscrit ces mots au fer rouge dans sa propre chaire. Elle pouvait le haïr demain, elle pouvait désirer sa mort, ou au contraire vivre avec lui encore de nombreuses nuits comme celle-là, cette soirée garderait à jamais cette saveur particulière, celle de leurs retrouvailles, certes, mais également celle d’une phrase en apparence toute simple, très courte, sans mots complexes ou démesurément recherchés.

«   A toi seule. »

₪ ₪ ₪

Un bruit froid attira alors son attention et elle sentit Lucius se mouvoir à ses côtés. Quand elle rouvrit les yeux, elle le vit se relever doucement et s’éloigner de quelques pas jusqu’à l’étagère où il avait déposé sa coupe de vin. Helvia l’observa, immobile, les sourcils légèrement froncés. Que lui arrivait-il ?

Elle demeura les yeux fixés sur lui mais seul son dos s’offrit à sa vue pendant plusieurs longues secondes. Quelle était cette distance qu’il mettait soudainement entre eux ? Pourquoi s’éloignait-il d’elle à présent, alors qu’ils venaient enfin de se retrouver ? Avait-il peur ? Etait-ce un rejet ? Helvia ne dit rien pendant un moment encore, attendant qu’il rompe ce silence jusque-là si doux et qui lui devenait soudain insupportable. Mais il n’en fit rien, et le cœur de la patricienne battait trop fort dans sa poitrine pour lui permettre de se taire plus longtemps.

- J’aime ces moments de calme avant la tempête, murmura-t-elle en ramenant doucement ses genoux contre sa poitrine.

Lucius sembla frémir légèrement, mais il ne se retourna pas. Helvia se leva alors, récupérant le drap blanc posé négligemment sur le sol un peu plus loin. Elle le passa autour de ses seins sans prendre la peine de le nouer et le maintînt en place avec son bras droit comme une protection, comme si ce pan de tissu pouvait représenter cette armure qu’elle avait abandonnée quelques heures plus tôt mais dont elle semblait avoir désormais besoin.  

Elle observa l’édile encore plusieurs secondes sans bouger, refusant de se rapprocher. Puis, elle prit une grande inspiration.

- Regarde-moi, dit-elle simplement.

Mais il ne lui offrit toujours pas le moindre regard.

- Lucius, regarde-moi ! lança-t-elle d’une voix beaucoup plus ferme.

Sa mâchoire se crispait à mesure que l’inquiétude montait en elle. Et quand il se retourna enfin, elle vit sur elle se poser un regard glacial, distant, qui lui fit resserrer davantage l’étreinte de son bras sur le drap derrière lequel elle semblait maintenant se cacher. Il la toisa sans un mot pendant de longues secondes et elle mit un point d’honneur à soutenir ce regard effrayant qu’elle ne comprenait pas.

Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Quelles pensées avaient envahi son esprit jusqu’à le faire changer de comportement à ce point ? Elle réfléchit un instant et haït la seule réponse qui lui venait. Etait-ce ce doute de nouveau ? Etait-ce ce visage qui était revenu le hanter, celui de cette femme blonde et respectable que la gauchère détestait autant qu’elle estimait ? La peur s’empara de son âme face à cette possibilité et le regard que lui portait toujours Lucius ne fit qu’accroître cette douloureuse sensation. Sa voix était devenue légèrement tremblante, mais son visage ne montrait aucune faiblesse.

- Tu penses à elle, dit-elle calmement.

Elle ne baisserait pas les yeux, elle ne ploierait pas sous son regard. Elle ne se rapprocherait pas non plus. Si une nouvelle discussion devait s’imposer, alors elle ne reculerait pas. Malgré tout, son courage n’était pas assez fort pour lui permettre de prononcer le nom de la Louve à haute voix, dans sa propre villa, après une telle nuit, dans une situation qui lui semblait alors si périlleuse. S’il fallait l’évoquer, pourtant, elle ferait ce sacrifice.

Après tout, Lucius lui avait fait une promesse. Elle n’avait rien à craindre de l’avenir.

Il le lui avait promis. N’est-ce pas ?


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

(c) crackle bones
Patricien
Lun 28 Avr - 14:48
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
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Les corps mêlés, plaqués l'un contre l'autre dans cette course effrénée proche du désespoir. L'espoir vain d'enfin ne faire plus qu'un avec l'autre, de se l'approprier. À jamais. Lorsque je murmure mes paroles à l'oreille d'Helvia, je ne mens pas. Mon esprit, perdu, y croit comme si son salut en dépendait et mon corps imprime en elle toute cette conviction. Se remettre entre ses mains, c'est désarmer. Laisser tomber le masque, laisser choir la toge, balayer la carrière, oublier la construction parfaite pour redécouvrir l'homme, caché loin derrière. Comme oublié dans un coin. Lui dire cela, c'est aussi me réouvrir à elle, comme jadis, afin de m'approprier ce qu'elle m'offre. Helvia est une terre imprenable, fière, revêche, si impérieuse. Elle me fascine autant aujourd'hui qu'elle me fascinait lorsque j'étais beaucoup plus jeune. Qu'elle m'ouvre ses bras et son âme, c'est mieux que toutes mes victoires, plus savoureux pendant un bref instant que la dernière marche qui m'assiéra sur le siège de Duumvir. C'est un cadeau si précieux, si tentateur qu'il m'a fallu lutter de longues années pour essayer de m'en détourner. En vain.
C'est renier aussi mes convictions, jeter aux flammes ma divine morale qui m'auréole depuis toujours. Le mélange de toute cela est explosif et la fièvre qui me prend ne semble plus connaître de limite. Jusqu'à ce que les corps, repus et fatigués ne cèdent, jusqu'à ce que les battements de coeur ne se lassent et expirent une lenteur béate.

Lorsque mon cerveau se remet à cogiter dans le sens qui lui est propre, je renâcle quelques secondes à le laisser s'émanciper de la douce torpeur. Mais l'instant est passé, terminé. Le bilan de cette nuit n'est en rien amère mais mes yeux se refusent de dévorer encore une fois le visage et la silhouette de ma maîtresse, de peur de succomber et de ne plus jamais être en mesure de m'arracher à cette réserve qui vaut toutes les chambres tamisées que nous avons pu connaître par le passé. Mes serments exaltés sonnent encore à mes oreilles et je ne les renie pas un seul instant. Depuis toujours j'ai aspiré à me lier à elle, avec une avidité déroutante. Cependant, j'avais jusqu'alors jeté un silence entendu sur ce genre de promesses, trop conscient de mes devoirs, trop empli de mon ambition dévorante. Je crois la sentir sourire, à mes côtés, mais nul sourire ne se peint sur ma bouche tandis que je me lève, avec raideur. Je noue autour de ma taille le tissu abandonné au sol puis fais quelques pas jusqu'à l'étagère, caressant du doigt la coupe, avant de la prendre et d'en goûter une gorgée tiède. J'inspire mes envies. J'expire mes fautes. J'inspire ma détermination. J'expire mon renoncement. Les yeux d'Helvia dans mon dos, je les sens comme une accusation muette. Il va falloir que je trouve les mots, il va falloir que mes yeux l'affrontent. Et pendant un instant, je ne sais si je vais savoir concilier l'homme et le politicien, si je vais me résoudre à sacrifier une seule seconde mon aspiration ridicule à cette liberté de mâle qui ne consiste qu'à étreindre et posséder.

J'entends sa phrase et sans que je puisse l'empêcher, un léger sourire vient flotter sur mes lèvres. La tempête, elle la sent, elle la sait. Elle me connaît. Je repose avec une lenteur étudiée la coupe sur l'étagère, ne me retournant toujours pas. Préférant saisir aux détours de ses déplacements, gestes et attitudes. Je n'ai qu'à fermer les yeux pour me la représenter, je la connais aussi. Peut-être trop. Je me suis toujours accroché à ma morale et à une rigueur de vie afin de ne jamais me détourner de mes objectifs, plus hauts et plus glorieux que les écueils où nous précipitent trop facilement les vices. Ai-je déchu ce soir ? Pire, ai-je déçu mon ambition ? Ai-je vraiment mis en péril une carrière que j'ai mis des années à construire pour une nuit, aussi délicieuse fut elle ?
Je l'entends à peine quémander mon regard, trop perdu dans ce débat sans fin avec moi-même. Je sens revenir au galop, avec une facilité désarmante les entraves du politicien, ma stature se rigidifie, le masque froid retombe sur mes traits, mon sourire se fane. Je passe une main dans mes cheveux, geste que j'emploie toujours lorsque je suis sûr de moi. Sa voix retentit, presqu'impérieuse et je tourne mon regard vers elle, enfin.

Mon regard bleu et froid rencontre le sien, encore si plein d'émotions dans lesquelles je distingue peut-être une pointe de panique. J'ai l'impression d'être sur une sorte de piédestal immense, regardant en bas le corps si parfait, le port de tête si altier de ma maîtresse. Pendant un bref instant, le côté destructeur du mâle qui a eu ce qu'il souhaitait songe tourner les talons et la planter là. Plus simple que les explications mais fort heureusement, la fuite ne sied guère ni à l'homme, ni au politicien. Je reste guindé et fixe, la dévisageant encore, pesant ce que je vais lui dire.

- Tu penses à elle.

Je cligne un instant des yeux, comme si je peinais à comprendre. À elle ? ... J'envisage soudain qu'Helvia désigne ainsi ma femme. Je réponds d'une voix tout aussi calme :

- Je ne pense pas à elle comme tu l'entends.

Non, je n'imagine pas Lupida comme une femme bafouée. Celle que j'ai bafouée cette nuit, c'est ma carrière, c'est la politique. L'idéal de ce que j'ai construit dont Flavia fait bien entendu partie. Mais le fait qu'Helvia l'évoque me déplaît un peu, ma femme n'a rien à faire dans cette pièce. Mon regard se fait sans doute plus froid et elle le soutient avec le courage qui la caractérise toujours. Nous avons eu nos moments de déchirements il y a vingt ans, nos amours n'ont jamais été simples. Je secoue la tête et réduit la distance entre nous, faisant un pas vers elle, n'osant pas encore la toucher. Je la toise, mais avec beaucoup moins de froideur, peut-être plus avec colère. Colère contre elle, mais surtout colère contre moi :

- Cette nuit, j'ai oublié un instant l'ambition pour libérer celui que je ne croyais plus être. La dissimulation, la parade... tu les as fracassées avec une facilité désarmante. Le pouvoir auquel j'aspire, Helvia, celui que je peignais avec toi autrefois, il ne tolèrera aucune ombre... Aucune menace d'aucune sorte. Tu le sais n'est-ce pas ?



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Patricien
Dim 8 Juin - 12:31
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
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Le silence... Ce cruel silence… Helvia en avait toujours eu une peur effroyable et ne le cherchait qu’en de rares instants, quand tout son corps demandait un repos salvateur que l’on ne peut trouver que dans l’absence de tout bruit, dans la solitude. Mais ce soir, la gauchère le craignait, terriblement. Car elle savait toutes les menaces qui suintaient des babines de cette créature ténébreuses, ces promesses de douleur, de regret, de conflit et d’effroi, soudains, inévitables…

Etaient-ce toutes ces promesses que lui faisaient Lucius en refusant de croiser le regard, en laissant entre eux cette distance atroce, incompréhensible ? Helvia aurait voulu la réduire à néant et se rapprocher avec arrogance sans lui laisser d’échappatoire. Mais la crainte l’empêchait d’agir avec tant d’orgueil car ce soir, elle ne savait pas ce dont Lucius pouvait être capable.

Cette réalité la blessa presque autant que cette distance que Lucius avait installée entre eux. Oui, Helvia ne savait pas ce que son amant pouvait faire, et cela la désarmait. Elle le connaissait si bien, depuis si longtemps… Quinze ans plus tôt, dans cette villa de Rome, elle pouvait prévoir presque chacun de ses mouvements, chacune de ses réactions. Mais désormais, dans cette réserve, au milieu de toutes ces amphores de Sicile et de Falerne, elle savait que l’homme qui était en face d’elle n’était plus exactement le même que celui dont elle partageait les nuits autrefois. Quinze ans avaient passés… A quel point un homme peut-il changer en quinze ans ? Elle l’avait quitté jeune homme, elle l’avait retrouvé père, époux et politicien accompli. Comment pouvait-il réagir aujourd’hui, devant une femme qui lui faisait face et qui, malgré toute l’affection qu’il pouvait avoir pour elle, menaçait son équilibre familial et sa carrière ? Etait-il capable, après toutes ces années de lutte à la curie, à la laisser d’un moment à l’autre, sans plus de vergogne que celle qui consistait à avoir trahi quelques-uns de ses principes ? Pouvait-il la renvoyer sans plus de soin que celui d’un mâle repu renvoyant sa putain dans un bordel ? Le pouvait-il ?

Elle le regarda prendre délicatement la coupe de vin sur l’étagère et la porter à ses lèvres sans bruit. Elle ne le quittait pas des yeux, attendant u geste, un mot, une réaction quelle qu’elle soit. L’attente lui parut durer une éternité, au point qu’elle le soupçonna de vouloir la perturber et utiliser son trouble à son avantage. Dans quel but ? Pour lui faire quelle révélation ? Cette réponse… Elle l’effrayait. Pourquoi faisait-il tout cela ? A quoi ce préparait-il ?... Helvia sentait cette révélation approcher, impuissante.

Parle Lucius, par tous les dieux !

Quand elle ne parvînt plus à demeurer ainsi, sans bouger, attendant la tempête comme un condamné attend son heure, elle prononça une simple phrase, presque murmurée, mais pas moins lourde de sens. Une phrase qui voulait dire « Je sais que quelque chose se passe. Je sais que tu te prépares à quelque chose. Une chose dangereuse… Et j’attends que tu oses le dire. Ose, maintenant ! Regarde-moi ! »

Helvia le sentit frémir sans voir son visage. Lucius lui cachait-il exprès ses traits ? Avait-il peur d’elle parce qu’elle connaissait chacune de ses mimiques et savait les décrypter pour les utiliser contre lui ? Ou lui tournait-il simplement le dos pour lui faire comprendre qu’il avait ce pouvoir à ce moment-là, ce pouvoir de mâle qui sait sa maîtresse attachée à lui et qui sait qu’il peut en jouer ?

A cette idée, Helvia se leva, comme si cette possibilité la forçait à tout de suite lui prouver le contraire. Elle dictait sa vie. Cela faisait cinq ans qu’elle dictait sa vie. Elle n’était pas une de ses femmes entichées devenues aveugles et soumises parce qu’elles se sentaient bien dans les bras d’un homme. Helvia, elle, ne se laisserait plus emprisonner par un homme que ce soit par la force ou par le cœur. Il était temps pour elle de le montrer au seul qui menaçait cet équilibre. Se cachant derrière un drap au pouvoir étrangement rassurant, elle demeura muette encore quelques secondes, puis elle intima le Pompéien de lui faire face, de l’affronter. Il le ferait, sans doute possible. Car Lucius n’avait jamais fui ses colères, aussi dangereuses avaient-elles pu être… Il n’avait jamais balayé ses craintes d’un revers de main… Il ne s’était jamais caché ses regrets, ses reproches…

Il ne fuirait pas ce soir.

Il ne fuirait pas…

Le cœur de la veuve battait à lui faire éclater les tempes, et quand enfin elle vit la silhouette de l’édile se mouvoir dans le noir semi complet, un frisson la prit… Elle resserra le drap autour d’elle comme si elle avait froid, sans savoir si le frisson qui l’avait prise venait d’un frais courant d’air ou du regard glacial qui était alors posé sur elle. Ce regard effrayant… Ce regard qu’elle craignait de revoir depuis qu’elle l’avait retrouvé… Ils se dévisagèrent un instant sans qu’aucun des deux ne baisse le regard. Défiance. Détermination. Inquiétude. Crainte. Tant de raisons leur intimaient à la fois le silence et cette position fière, immobile. Et enfin, comme pour libérer sa gorge et son esprit de cette question brûlante, elle évoqua cette femme, cette Louve qu’elle craignait et qu’elle haïssait pour cela. Helvia s’était fait cette confession pendant les deux semaines de tourments qui avaient précédé sa vie. Oui, elle lui faisait peur, parce qu’elle pouvait avoir accès à ses faiblesses avec une facilité désarmante, et que l’inverse n’était certainement pas aussi certain. Parce que Lucius ne l’abandonnerait jamais. Et parce que dans cette relation, la femme de trop n’avait pas de cheveux d’or…

Il lui faudrait aborder ce sujet tôt ou tard pourtant, avec tous les risques que cela comprenait, car la veuve devait comprendre la réaction de l’édile et qu’au fond d’elle, elle était certaine que cette femme était à l’origine de ce mal être qui s’était installé entre eux. C’était à elle qu’il pensait. C’était elle qu’il avait vue. Ce ne pouvait être rien d’autre.

Pourtant, la réaction de Lucius ne fut pas celle qu’elle attendait. Dans son regard bleu, elle vit comme une lueur d’incompréhension et non le voile sombre d’un aveu. Une étincelle de colère aussi, peut-être. Et quand enfin la voix du Pompéien résonna dans la pièce, elle comprit que Lupida n’avait rien à voir avec tout cela. Pas directement du moins. Non. Cette réaction venait d’une crainte bien plus profonde, plus dangereuse aussi, car elle prenait racine chez Lucius, et personne d’autre.

Un vent de panique la prit soudain et Helvia détourna le regard en prenant une lourde inspiration saccadée. Alors, elle sentit Lucius se rapprocher, et ce geste la rassura quelque peu malgré ce contact qui demeurait inexistant. Sa voix gronde alors à ses oreilles et elle relève les yeux, décidée à lui répondre comme elle le faisait jadis, avec cette sincérité et cette verve frappante et elle savait que sur ce terrain-là, elle se trouverait face à un adversaire de taille.

Quelle femme avait-il finalement trompée si ce n’était celle qui devait l’attendre à la Villa des Mystères ? Sa politique ? Sa carrière ? Etait-ce cela ? Mais cette carrière, cette politique, cette aura d’édile et cette ambition dévorante, n’existaient-elles pas déjà avant ce soir ? Avant ce baiser fiévreux dans la villa en deuil ? Ne s’en préoccupait-il que maintenant, avec son appétit de mâle rassasié et cette fierté de la reconquête accomplie ?

- Tu savais ce qui t’attendait en venant ici… Ce que tu es venu chercher. N’est-ce pas toi qui a organisé tout cela ?

Sa voix ne s’élevait pas encore, mais toute son incompréhension résonnait dans la réserve. Pouvait-on accuser une femme de menacer une carrière aussi brillante soit-elle si l’on était celui qui l’avait fait entrer dans son monde ?

- Tu n’avais pas l’air de beaucoup craindre les éclaboussures d’opprobre sur ta toge ce jour-là, quand tu m’as embrassée dans l’atrium de ce bougre allongé sur son dernier lit. Que veux-tu Lucius ? Dis-moi, explique-moi, je t’en supplie, car je ne comprends plus ce qui commande ton esprit et cela me terrifie… Cette fois, dis-le.

Tout ce que tu n’as pas osé, tout ce que tu voulais cacher, tout ce qui te tiraille, te torture et t’effraye, tout ce qui te fait honte, tout ce qui te rend fier, tout ce qui nous concerne et qui dirigera une partie de notre vie désormais, et surtout n’omets rien, car tôt ou tard, je le saurai…


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

(c) crackle bones
Patricien
Dim 20 Juil - 14:23
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
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₪ Âge : 42 ans
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Je suis quant à moi habitué aux longs silences, ceux emplis de sens à la fin d'une sentence, ceux qu'on se ménage pour un peu mieux penser. Mais jamais je n'ai perdu ma langue face à Helvia. Un seul regard suffisait à ranimer notre volubilité et nous n'étions jamais en reste quand il s'agissait de persifler ou de refaire le monde. Notre monde a malgré tout bien changé depuis. Je suis époux et père, elle est veuve. Mais malgré le fossé que cette simple phrase pourrait augurer entre nous, tous nos sens, toute notre volonté tend pourtant l'un vers l'autre. Cette fable de distance, je la lui ai déjà jouée pendant cinq longues années, à quoi bon la répéter à présent, comme un refrain éculé ?

Parce qu'il nous faut à tout prix regagner conscience. Ce nous de jadis ne peut plus être. Il nous faut à présent apprivoiser une nouveauté, vive, blessante, reconnaître nos failles, recouvrer nos idéaux. Se laisser emporter par les langueurs de la chair, seules, serait une cruelle erreur. Alors je prends mon temps, je mesure les distances à prendre, les mots à poser. Je calcule, tel le politicien que j'ai appris à être. Aucune ombre au tableau que je brosse, je ne saurai jamais le souffrir. Je suis le seul maître de ma destinée, et ce depuis le début. Helvia en fait partie, j'en suis convaincu mais rien ne doit venir perturber mon ascension. Je dois être clair, limpide, tranchant. Cela me navre quand j'aimerais simplement la prendre dans mes bras et ne lui rappeler que mes serments enfiévrés.

Mais alors que dans ses grands yeux se peignent colère et doute, je sais que si la raison me hurle de l'abandonner pour ne jamais revenir, je ne saurai me résoudre à cela. Je ne suis pas un homme ordinaire alors pourquoi donc agirais-je comme tel, la blessant, brisant son orgueil au sol comme nos vêtements déchirés ? Jamais.
La distance est passée et le silence retentit de la colère de ma maîtresse. La décision que j'ai prise de la choisir, je ne reviendrai pas dessus. Non pour honorer mes serments mais parce qu'Helvia fait résonner en moi quelque chose que je ne peux plus abandonner. Trop précieux, trop longtemps ignoré.

Pourtant, lorsque ses yeux me défient, dans cette pièce et qu'elle ose alors évoquer ma femme, la colère que je ressens contre moi-même ne met pas longtemps à éclater. Indomptable comme toujours, Helvia ne ploie pas mais le fait qu'elle détourne le regard m'échauffe encore plus les sens. J'avance alors pour cesser là la mascarade, racheter le peu de fierté qu'il me reste. Lutter pour ne pas m'avouer vaincu par son impétuosité, par son incompréhension. Je déroule mon discours et chaque mot me fait horreur, ouvre une plaie dans le masque si parfait que j'ai su si bien façonner et ce pendant des années. Je lutte, je veux qu'elle abdique, qu'elle baisse la tête, qu'elle se soumette enfin. Concéder à demi-mots que jamais elle n'outrepassera ce que la décence lui permet.

Je réplique, un air de défi dans les yeux :

- C'est moi en effet, car chaque minute de ma vie ne peut échapper à mon contrôle. Comprends-tu cela ?!

À bout de nerfs, je crie, car sans doute peut-être faut-il que cela sorte. Je suis en rage contre moi et mes emportements, contre mes désirs trop prégnants et jamais assouvis, contre ce ridicule idéal d'homme probe que je me suis un jour fixé alors que je suis loin d'être de cette étoffe là.
Elle ne se laisse pas démonter pour autant et sa voix retentit d'une colère qu'elle contient beaucoup mieux. Avec son "cette fois, dis-le", elle coupe court à mes arguments et si la rage ne m'abandonne pas, je marque un temps d'arrêt, alors que j'en étais presque à lui attraper les épaules. Que veux-je réellement ?

Je murmure, d'un ton sombre :

- Tout Helvia, je veux tout.

Mon regard se plonge dans le sien et je n'en peux plus, je caresse le visage qui est à quelques centimètres du mien, car dans ma colère je me suis par trop rapproché. Mon pouce trace sa mâchoire contractée et je déverse alors en son sein, mes doutes, mes craintes, mes peurs tues si longtemps et que je ne peux confier qu'à elle seule :

- Cette soif dévorante Helvia, elle me terrifie car elle m'anime d'une façon bien plus alarmante que lorsque j'étais jeune. Je ne sais où cela s'arrêtera et je ne suis pas certain de vouloir qu'elle ait un terme. Je te veux Helvia et je veux le pouvoir sur cette cité, absolu, sans ombre aucune. Je veux continuer à combattre mes ennemis et les laisser exsangues à mes pieds, je veux Lupida comme louve farouche prête à mordre et à imprimer sa marque sur chaque dalle que je foule, je veux qu'on s'incline, qu'on s'agenouille, qu'on ploie et pourtant je veux des tempêtes, des atermoiements, des défis ridicules ou mortels, comme autrefois. Je veux tant et j'en perds le souffle, j'en perds au fond ce que j'étais, ce que je suis. À trop vouloir Helvia, je ne sais plus comment être simplement...

Ma tirade est saccadée, jamais je n'ai osé m'étendre ainsi sur mon âme tourmentée et pourtant je la lui livre, avec honte mais sans crainte qu'elle l'utilise à mes dépends. Je déglutis lentement et je l'embrasse, avidement, comme un perdu :

- Sauras-tu être ce souffle qui me manque Helvia ? Sauras-tu être le poison qui me retient, ou encore l'adversaire qui me défiera ? Sauras-tu être aussi multiple que je le suis devenu ? Sauras-tu faire sortir de sa voie toute tracée l'édile pour mieux l'y ramener ensuite ? La compagne dans ma folie ? Comme jadis ?

Je la regarde et je comprends enfin ce que j'ai tant craint. Ce n'est pas la politique vaincue sur le seuil des plaisirs, ni mon épouse bafouée, ni ma si chère vertu. J'ai eu peur un instant que nous ne soyons plus que les ombres des êtres que nous fûmes. D'être en quête de quelque chose qui n'existe plus que dans nos chimères. Mon regard, perçant, la sonde et je termine :

- Je te veux Helvia, comme autrefois. Indomptable et farouche... Et soumise par jeu mais jamais dans ton coeur. Promets-moi que tu sauras me rappeler nos places respectives et que l'oubli ne sera que doux et passager. Promets-moi de ne jamais te laisser enfermer par mes besoins ou mes manques. Si je te perds, je perds pied. Ce que tu as su me faire recouvrer est sauvage, trop indompté pour que je m'y fie seul. Cette route, il nous faudra l'arpenter à deux afin que nos appétits jamais ne puissent corrompre ce qu'un jour nous avons souhaité être. Toi la maîtresse de ton destin et moi le maître du mien.



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Patricien
Sam 26 Juil - 13:44
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Helvia Claudia Scaevola
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Les ombres dessinées par les lampes à huile dansaient sur les murs de la réserve, seuls témoins de l’orage qui s’y préparait alors. La peur. La défiance. L’angoisse. Tous ces sentiments mêlés imprégnaient l’air jusqu’à le rendre irrespirable. Pourtant, aucun des deux amants ne cédait à cette tentation hurlante de tourner les talons et disparaître loin d’ici, de s’enfuir là où l’autre ne pourrait le suivre et où l’existence serait débarrassée de cette relation dévastatrice… et vitale.

Car là était toute la cruauté de ce fardeau : sentir ce qu’il était capable de produire, regarder vibrer cette colère et cette amertume, cette jalousie et cette angoisse, et savoir que jamais il ne serait possible de s’en défaire car chaque seconde passée loin de lui semblait enfoncer une lame en plein cœur et faire tendre l’esprit vers la folie la plus sombre. Celle qui naît lorsque nous sommes perdus, lorsque nous nous sommes reniés au point d’en oublier ce qui nous est indispensable et que ce manque tiraille l’âme et le corps pour les dévorer lentement, sans autre échappatoire que la destruction.

Helvia plongeait son regard dans celui de l’édile comme pour se convaincre davantage de ce qu’elle savait déjà. Il était sa faiblesse. Peut-être sa perte. Mais elle ne pouvait plus vivre sans lui, comme si elle lui devait chaque bouffée d’air qu’elle prenait. Il n’y avait plus de possibilité pour elle de s’enfuir, malgré tous les effrayants mystères qui rendaient leur avenir impossible à prévoir, car il n’y avait aucun avenir pour elle ailleurs.

Les interrogations étaient là pourtant, et si Helvia savait son choix déjà fait, elle ne pouvait se donner entièrement à ce nouveau futur sans en connaître tout ce qu’elle pouvait et prévoir ses armes pour ce qu’elle aurait à affronter dans cette vie qu’elle avait choisie. L’incompréhension demeurait, la colère embrumait encore son esprit fiévreux. Ces démons qui hantaient son amant, Helvia devait les connaître. Trop de choses en dépendaient désormais. Et alors que la voix déchirante de Lucius arrivait enfin à ses oreilles, la veuve lui lança un regard pénétrant, bien décidée à lui faire comprendre que cette fois, les jeux étaient faits. Tous deux avaient réalisé ce lien qui les liait. Et il leur était impossible de reculer.

Le cri de l’édile résonna un moment dans la réserve, comme si l’écho reprenait une sombre supplique. Helvia regarda son amant en silence pendant de longues secondes, tentant de déchiffrer ce nouvel homme qui naissait sous ses yeux, ce nouvel homme qui se libérait enfin, prisonnier d’une vie qui ne pouvait que l’asphyxier pour espérer exister. Elle sentit cette lutte, en sentit la force. Le regard de Lucius semblait tourné vers la plus grande des confessions et pourtant plus aucun son ne sortait de sa bouche. Alors, comme une main tendue, un appel à ce courage qu’elle lui connaissait, Helvia tenta de briser ses dernières chaînes. Il était temps pour elle de connaître cet homme qui avait fait tellement d’effort pour museler à jamais cette partie de lui. Si tel était le prix à payer pour demeurer enfin avec lui, elle deviendrait la gardienne de ce secret étouffant.

Au hurlement suivit le murmure, bien plus effrayant encore car teinté d’une ombre que peu de gens auraient soupçonné chez quelqu’un comme Publicola. La main de l’édile se rapprocha alors et renoua enfin ce contact entre eux sans qu’Helvia ne dévie une seule seconde son regard de celui de son amant. La confidence avait été si difficile à venir, la lutte si proche de la torture… Elle serait là, maintenant. Là pour tout entendre, tout partager, et assumer à deux ce poids qu’il n’avait assumé seul que trop longtemps. Sa voix était tremblante. Son souffle saccadé. Chacun de ses mots semblait être le résultat d’un effort presque surhumain. Mais Helvia restait immobile, impassible, pendue à ces mots aussi effrayants que libérateurs.

Le baiser que lui offrit Lucius lui arracha un frisson qui sembla éveiller tout son être. Enfin… Enfin ils avaient trouvé ce qu’ils croyaient être une raison suffisante pour les séparer et qui n’était en réalité que ce qui devait les unir. Cette fois, elle en était certaine. Helvia était à sa place, ici, face à Lucius, prête à illuminer à nouveau ce que ses tourments rendaient impossible à voir, prête à lui montrer son chemin qu’il ne parvenait plus à distinguer. Jamais Helvia n’avait imaginé une telle ombre en Lucius, une ombre qu’il la laissait découvrir sans plus rien cacher, comme le plus beau témoignage de confiance qu’il pouvait lui faire. En était-elle digne ? Elle se jura de l’être…

Alors que son amant prononçait ses derniers mots, comme autant de prières, elle prit le temps de le regarder une dernière fois. Puis, sa main se posa doucement sur sa joue. Son pouce caressa lentement la pommette de l’édile, et elle lui murmura alors d’une voix éraillée :

- J’ai passé une vie à t’attendre… A t’attendre, toi, tout entier.

Son autre main rejoignit alors la première et ainsi, elle encadra le visage de son amant, plongeant son regard dans ses deux yeux clairs.

- Je suis là… murmura-t-elle. - Je suis là. Non comme autrefois, mais plus forte, prête à te suivre, prête à tout. Tu ne peux pas tout contrôler, Lucius. Mais tu peux tout avoir.

Elle pesait chacun de ses mots, parlait d’une voix grave et lente, consciente de ce qu’elle lui disait alors. Elle se donnait à lui plus que jamais, avec tous les risques et toute la folie que cela comportait.

- Je te donnerai cela. Laisse-moi te donner cela. Laisse-moi être cette vipère que le monde craint. Laisse-moi être cette créature de l’ombre, prête à éliminer tes ennemis avant même que tu ne te sois aperçu de leur présence pour ne laisser à Lupida que les êtres trop puissants pour que je les anéantisse seule. Laisse-moi paver ta route vers la consécration. Je peux être cette femme-là, Lucius. Tu le sais.

Je les détruirai. Je les détruirai tous, quoi qu’il m’en coûte. Puisque cette puissance à laquelle nous aspirons tous les deux m’est arrachée du seul fait que je sois née femme, tu seras ma consécration.


Elle rapprocha son visage davantage, comme pour souligner chacun de ses mots.

- Je te guiderai dans cette tourmente qui est la tienne. Je serai ton arme contre tes démons. Je t’offrirai ce contrôle qui t’échappe et te rappellerai qui tu es chaque fois que la lutte te fera t’éloigner de ta route. Je serai cette épaule attentive et cette main de fer. Je le jure sur tous les dieux de l’Olympe et des Enfers : cette fois, la seule manière de me séparer de toi sera de m’arracher à ce monde. Si nous devons  demeurer maître de nos destins, alors je lie le mien au tien, aujourd’hui et pour chaque jour qu’il me reste sur cette terre…

Alors, comme si elle acceptait enfin ce qui avait toujours bouilli en elle, elle lui lança :

- Je suis Scaevola, la Vipère de Pompéi, et je t’aime. Que tous ceux qui cherchent à te nuire se préparent à subir plus de souffrance que ce que leur cœur ne pourra jamais endurer.


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

(c) crackle bones
Patricien
Mar 26 Aoû - 19:16
Re: [Flaskback] Qu'importe les baisers, pourvu qu'on ait l'ivresse [Lucius & Helvia]   




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
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L'air plein de cette lourdeur des non-dits, qui nous laissait englués dans la moiteur de la réserve, vient d'être purgé par la vivacité de ma confession. Les mots que je ne croyais pouvoir livrer si crument, sans fard aucun, ont éclaté dans l'atmosphère confiné, pour ne laisser que nos âmes palpitantes, qui semblent à présent se scruter en silence, avant de s'appeler et s'unir à jamais. Jamais plus je ne veux souffrir la peur dans les grands yeux d'Helvia, et encore moins la méfiance envers moi. Celle qui vous mord la peau, plus sûrement que le plus froid des hivers. Je ne veux que la défiance jouée et surjouée dans l'intimité, pour notre loisir et non celle née de la plus cruelle des incompréhensions.

Pendant un bref instant, je me sens bien pis que nu. Je me vois comme décharné, ayant abandonné aux pieds de ma maitresse mes angoisses et mes envies les plus profondes, comme jadis je le faisais, mais elles étaient sans doute teintées de moins de noirceur. Une noirceur que je ne peux plus dissimuler, même dans les ombres que dessinent les lampes à huile, alors que dehors, le petit matin est là, prêt à nous arracher l'un à l'autre et à nos serments enfiévrés. Le regard d'Helvia, pourtant, tout au long de ma confession brûlante, ne me quitte jamais. Je me dis, alors que ma soif grandissante de régner sur le monde qui m'entoure m'étreint et plante ses crocs dans mes humeurs changeantes, va peut-être la dégouter, la détourner. Et pourtant je ne veux pas, je ne veux plus. Je la veux plus que jamais et je crois que sur l'instant, je suis prêt à l'enchainer si elle songe à m'échapper. Cette passion pour elle m'effraie.

Et puis, alors qu'elle se tient droite et fière, je perçois dans ses yeux la même envie dévorante et je comprends que l'un et l'autre, nous sommes aux prises avec nos démons. Que s'il est sage pour moi de ne pas la garder comme maîtresse, il serait vital pour elle de m'écarter à jamais de sa couche. Que les risques comme les plaisirs sont partagés. Comme toujours. Je me sens aussitôt moins seul et saisit sa main comme pour sceller ce pacte silencieux. Quoi de mieux que de combattre ensemble notre passion, jusqu'à la faire céder à nos pieds, essoufflée. Quel autre choix avons-nous si la destruction nous guette dès que nous renions nos envies ?
Lorsque nous étions jeunes, nous ne nous posions guère la question de céder ou non. Tout semblait plus simple tandis que l'inconscience inhérente à la jeunesse couchait avec nous. Nous ne reculions guère devant les chimères d'un mari jaloux qui, s'il l'avait su, eut pu légitimement me plonger une dague en plein coeur. Nous ne pouvons reculer aujourd'hui non plus.

Lui livrer mon âme tourmentée ne l'a pas rendue plus légère mais ma détermination s'en est trouvée affermie. De son immobilité, pendant mon épreuve, je retire une étrange force, qui semble alors refermer les blessures dévoilées. J'inspire d'un seul coup, dans un souffle intense, pour quérir un peu plus de cette stabilité qu'elle sait me procurer en un regard profond et j'ai déjà envie de l'embrasser de nouveau. Mais je me retiens. Par délicatesse. Par plaisir aussi car j'imagine déjà les retrouvailles qui suivront dans quelques jours, lorsque mes pas me ramèneront, inévitablement vers elle. De la privation nait les désirs les plus intenses et je compte bien en avoir le corps tiraillé. Mes yeux la dévorent mais mes lèvres ne la toucheront plus aujourd'hui.

J'appuie un instant ma joue contre la paume de sa main, savourant les derniers instants de cette nuit où tout a irrémédiablement basculé. Je murmure, mes yeux dans les siens :

- L'attente, nous la choisirons mais plus jamais nous ne nous l'imposerons comme une pénitence.

Oui elle est là, belle et bien là, forte en effet. De cette force qu'on ne pouvait que soupçonner à l'époque. Elle est à présent libérée de la tourmente de son mariage, de cet infâme qui ne faisait que lui nuire. Je ne suis plus décharné, je suis là moi aussi et je sais que rien ne m'échappera plus. J'aurai le pouvoir, je caresserai mes rêves et le corps tentateur d'Helvia, je brillerai au sein du la curie, auréolé de son marbre blanc, je serai et l'homme et le politicien. Je serai tout.

La promesse qu'elle me livre produit sur moi un effet intense et alors que je dévorai son image, je bois maintenant chacun de ses mots. Nous nous retrouvons vraiment, après toutes ces années, grâce à nos confessions respectives, car nous sommes de nouveau ce duo ourdissant des plans dans l'ombre. Nous avons rêvé cela autrefois. Nous avons rêvé voir ployer les échines devant nous, voir les yeux se baisser dans notre sillage, entendre les gorges se nouer, sentir les poitrines palpiter jusqu'à défaillir.

- Tu le seras. Et je serai cet homme que j'ai promis de devenir. Et je t'offrirai cette victoire Helvia. Elle sera tienne autant que mienne. Je veillerai à ce que tu demeures maîtresse de tes actes et de tes pensées, qu'enfin s'exprime cette liberté si difficilement acquise. Jamais je ne te dicterai ta conduite, jamais je ne mettrai en cage celle qui doit demeurer indomptée. Car tu es Scaevola oui, et tu te dois d'arborer fièrement ce cognomen. Entre routes dorées et alcôves sombres, toujours, nous nous retrouverons. Aujourd'hui et pour chaque jour qu'il me reste sur cette terre...

J'emploie à escient les mêmes mots qu'elle. C'est un serment mais il n'est pas formulé dans le feu de la passion. Nos voix sont basses, notre ton impérieux, nos yeux animés de cette froide lumière des ambitieux. Quelqu'un qui rentrerait dans cette pièce n'y verrait plus deux amants, mais deux altérités à l'aube d'une fusion. Et comme toute fusion d'éléments inconnus, qui sait ce qu'elle pourra bien donner. Pourtant nul recul, je serai sien, elle sera mienne, celle pour me rappeler la folie qui me manque, la hargne qui parfois m'échappe. Pour me rappeler que rien n'est jamais acquis, mais que tout est pourtant à portée de ma main. Me précipiter dans des chimères consenties et m'en sortir toujours métamorphosé. Car il ne peut en être autrement.

- Leur faire toujours regretter d'avoir ne serait-ce que songé se dresser au travers de mon chemin. Car ce chemin, à présent comme jadis, est nôtre.

Je sais qu'il sera rude, je sais également qu'il sera long. Oui, fort heureusement, il sera long. Et alors que je quitte cette cachette qui fut le silencieux témoin de nos paroles et de nos actes, sur de doux gestes qui signifient d'autant plus ma hâte de la revoir qu'ils sont apprêtés, aucun doute ne m'étreint, aucune peur ne m'assaille. J'ai cru devoir sacrifier définitivement l'homme pour le politicien. Je sais maintenant que je me suis fourvoyé et que l'ivresse de ce soir est bien ce qui manquait à mon masque pour qu'il soit enfin complet. Je sais avec certitude qu'il me faut le briser aux pieds d'Helvia pour le rendre indestructible.

Spoiler:
 



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