Ad majorem Deorum gloriam



POMPEII, TERRA DEORUM ₪ :: Ludi :: Archives RPs
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Patricien
Mer 25 Sep - 17:41
Ad majorem Deorum gloriam    




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
₪ Ecrits : 2402
₪ Sesterces : 63
₪ Âge : 42 ans
₪ Fonction & Métier : Duumvir

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: Verba volant, scripta manent.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Époux de la louve et amant de la vipère.
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Les dieux sont en colère disent-ils. Personne ne s'en cache, tout le monde murmure et se terre. On a déjà vu dans Pompéi moult offrandes, à tous les temples du forum, qu'ils soient encore debout ou en ruine, faits par des citoyens ordinaires ou leurs esclaves. Il est toujours intéressant de voir à quel point un drame collectif peut faire ressortir la piété de chacun. Et je ne fais pas exception à la règle. Ce tremblement de terre m'a ébranlé, au sens propre comme au figuré. Il n'est pas anodin pour moi qu'il ait eu lieu alors que je suis duumvir pour la première année et qu'il ait ravagé le temple de Vesta, alors que ma fille y a trouvé refuge. J'ai l'impression toute nombriliste qu'ils se sont adressés à moi, dans leur courroux extraordinaire. Que ce soit vrai ou non importe peu. Je sais que certains citoyens le pensent aussi et que ma cote, au passage, est en train de baisser. C'est idiot mais c'est ainsi. Si bien que cela fait plusieurs semaines que je planifie ce qui doit avoir lieu aujourd'hui. J'y ai pensé, réfléchi, j'en ai parlé autour de moi, l'idée a mûri dans mon esprit et c'est ce jour qu'elle prendra son envol, dans le sang et les chants, dans le sacrifice à la terre et les psalmodies vers les airs.

Je me tiens sur la troisième marche du temple. Une colonne brisée repose à mes pieds, vestige du drame que nous avons subi. Le reste du temple est en réfection. Dès les jours qui ont suivi le tremblement de terre, j'ai décidé de prendre la reconstruction de la ville en main (ce qui somme toute, est mon rôle), en débutant par le temple de Vesta. Virginia m'en fut reconnaissante mais je ne l'ai pas seulement fait pour ma fille, je l'ai fait pour toutes celles et ceux qui prient ici, qui considèrent Vesta comme la déesse bienveillante de Pompéi. Le temple de cette divinité ne peut supporter longtemps la ruine. Le marbre nouvellement arrivé jure bizarrement dans la clarté du soleil d'hiver, mais il se patinera avec le temps et finira par se fondre dans le reste du décor. Je tourne le dos à l'assemblée. J'ai revêtu ma toge blanche, symbole de la cérémonie qui va suivre, la plus simple que ma garde de robe peut compter. Elle repose sur mon corps qui a dû tremper dans un bain pendant des heures, histoire de pousser le côté immaculé jusqu'à son comble. Je ne me plains pas, il y a pire comme sort... Toujours est-il que la fleur d'oranger qui parfumait l'eau du bain commence à me déranger les narines. Derrière, j'entends les murmures des gens assemblés mais aussi le pas lourd des bovidés qui remontent tranquillement la voie pavée. Nulle soubresaut dans leur cheminement, ils doivent venir de leur plein gré, tout du moins c'est ce que chacun est censé croire.

J'adresse un regard vif vers la silhouette pâle qui se tient près de moi, mais sur une marche supérieure. Elle est chez elle, elle est la première d'entre toutes et elle aussi porte sa robe immaculée. Mais rien d'inhabituel ici, car il s'agit de Claudia Cassia : le port altier, la mine presque céleste, et les yeux fermés. Elle attend que je prononce quelques paroles avant que la libatio ne commence, c'est ce que nous avons convenu. Nous marquons ici officiellement cette alliance qui bientôt sera notre apanage : le mariage de nos deux noms. Je la regarde une dernière fois, pour m'inspirer un peu de sa grâce et de sa croyance. Je suis pieux certes, mais pas le premier d'entre tous. J'inspire, une fois, deux fois, puis je fais volte-face : mes cheveux sont frappés par le soleil et je les replace en arrière, d'un geste de la main, calme. J'aime voir mes citoyens assemblés à mes pieds. Je les rejoindrai bientôt mais pour le moment, je dois ouvrir la cérémonie car c'est moi qui offre ce sacrifice.
Les dix veaux, et je ne parle pas des patriciennes enveloppées qui ont pris place tout devant, mais bien des bêtes que nous allons sacrifier pour apaiser la colère des dieux, sont à présent au repos. Leur robe blanche, où aucune tâche ne peut se voir, brille étrangement : à croire que ce soleil hivernal donne des allures fantomatiques à chaque être. Ma voix posée s'élève alors, douce d'abord, puissante ensuite. Mes longues années passées à haranguer la curie se reconnaissent bien là :

- Pompéiens, pompéiennes !* La colère des dieux s'est abattue sur nous et je sais que chacun d'entre vous se demande aujourd'hui quelle faute nous payons, quelle injure nous a attiré ce courroux.

Mes yeux se posent sur tous et sur personne à la fois. Mais ils s'attardent sur le visage fermé de Caius Licinius. La faute commise, quant à moi, j'en ai bien une petite idée. Un léger sourire se peint sur mon visage, adressé à lui seul, avant que à peine en une seconde mon visage ne redevienne de marbre :

- Si j'ai décidé aujourd'hui de vous convier à ce sacrifice nécessaire, c'est bien sûr en tant que duumvir mais avant tout en tant que simple citoyen de Pompéi. Ce drame, nous l'avons tous vécu, il nous a arraché un frère, un parent, un foyer. Il nous a ôté le paysage serein où nous avions l'habitude d'évoluer, brouillant notre vue à ses beautés et préférant le chaos. Aujourd'hui, il nous faut reconstruire et sachez que chacun d'entre vous pourra compter sur ses magistrats pour recouvrer un peu de cette sérénité qui nous a été arrachée. Mais avant tout, nous devons nous interroger, nous devons nous recueillir et trouver en nous même la force et la contrition nécessaires pour mériter la clémence des dieux.

Je fais un geste vers Cassia, passant ainsi la parole, du mortel au divin et le serviteur victimaire qui se tient près des veaux n'attend que l'agone fatidique pour frapper. Alors je m'efface et descends lentement les marches jusqu'à rejoindre la foule et ma famille, qui se trouve vers la droite de l'assemblée. Mes sandales claquent dans le silence un peu oppressant de l'après discours.

Je n'apprécie pas plus les sacrifices théâtraux que les jeux mais tout ceci est un decorum nécessaire. C'est un sacrifice nécessaire.

Spoiler:
 



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 

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Patricien
Mar 1 Oct - 21:35
Re: Ad majorem Deorum gloriam    




Claudia Rufia
₪ Arrivée à Pompéi : 26/09/2013
₪ Ecrits : 761
₪ Sesterces : 59
₪ Âge : 19 ans
₪ Fonction & Métier : Patricienne de la maison Claudii, et future épouse de Marcus Pompeius

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: Sic iutr ad astra
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Fiancée
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La Terre avait tremblé. Purement, et simplement. Les Dieux étaient donc sûrement en colère, restait à savoir pourquoi. Bien que, dans le fond, ils étaient imparfaits, ces Dieux. Si les hommes, petites fourmis qu'ils étaient, foulant cette terre, étaient capables de se lancer dans des guerres fratricides, intestines et parfois purement basées sur l'envie et la jalousie, agissant, ainsi, sans logique et en dépit de toute raison, alors pourquoi les Dieux ne pouvaient-ils pas, eux aussi, être capables d'agir en étant poussés par des motifs inexplicables et plus que flous ? Ils avaient forcément une raison, mais ne se sentaient pas obligés de se justifier, ou d'expliciter les raisons de leur courroux. C'étaient aux hommes d'y réfléchir, de se remettre en question, ou tout simplement de renouveler leur soumission, et leur respect. De plier l'échine. De courber la tête. De ployer genou à terre. De tout simplement se rappeler quelle était leur place. Cependant, en dépit de tout ce rationalisme là, la jeune patricienne qu'était Claudi Rufia, arrivée seulement quelques semaines auparavant de Rome, n'avait pu s'empêcher de se dire, les premiers temps qui avaient suivis ce tremblement de terre, ce courroux des Dieux, que, peut-être, elle devait voir là un signe qui lui servirait à persévérer dans son idée : elle n'était pas à sa place ultime, ici. Et Pompéi ne voulait pas d'elle. Ne serait pas son tombeau, non plus, puisqu'elle avait survécu. Elle savait bien qu'on ne pouvait pas en dire autant pour tous. Maintenant était le temps de la reconstruction, le temps de panser ses plaies, et de se remettre sur pieds. Car la vie ne devait pas soudainement se stopper nette. Il fallait vivre, et penser à demain, car les Dieux n'allaient sûrement pas attendre que vous recouvriez vos esprits : pendant vos temps d'inaction, qui les honorent ? Qui leur offrent sacrifices, prières et soumission ? Personne. C'est la raison pour laquelle il ne faut pas se stopper. Cela ne signifie en rien, cependant, que l'on doit oublier, ou prétendre qu'il ne s'était absolument pas passé. Les erreurs du passé devaient être prises en compte, et corrigées : c'était là, sans doute, l'un des messages transmis par les Dieux, via cette terre qui gronde et se révolte.

Se rendre à ce sacrifice rituel, et expiatoire, n'était sans doute pas une obligation des plus pressantes et oppressantes. Mais Claudia Rufia avait un grand respect pour les Dieux, même s'Ils n'avaient pas voulu faire d'elle une Vestale. Au moins l'avaient-ils préservé des multiples tempêtes et ouragans s'étant abattus sur la gens des Claudii. Et aujourd'hui, ils avaient guidé ses pas, de par la voix de sa cousine Claudia Cassia, entre autres, jusque devant l'autel, ou presque. Son mariage avec l'un des plus beaux partis de la cité était pour bientôt, après tout. Elle devait donc leur en être éternellement reconnaissantes, à toutes ces divinités olympiennes. De plus, elle estimait qu'elle était à sa place. Qu'elle devait tenir son rang, et faire honneur aux siens. Puisque son destin n'était pas encore bel et bien lié à celui du fils de l'un des duumvirs de Pompéi, elle demeurait encore une fille de la gens Claudii. Et même si ses relations avec sa chère cousine Claudia Cassia n'étaient pas exactement des plus cordiales, sur la place publique, et devant tous, Claudia Rufia faisait abstraction de ses sentiments à l'égard de sa cousine. Alors, en cette cérémonie publique et plus que chargée de sens, elle se devait d'être là. Pas directement auprès de sa cousine, mais à quelques pas d'elle, cependant. Son absence n'aurait peut-être pas directement été remarquée par tous, mais cela aurait tout de même porté préjudice, sans parler que cela aurait bien terni toute représentation et perception que pouvait avoir le duumvir Lucius Pompeius Publicola de sa future brue. Alors la jeune patricienne avait demandé à Diona, esclave présent auprès d'elle depuis sa naissance, née entre les murs de la Villa familiale, à Rome, et dont elle avait exigé la présence à ses côtés à Pompéi, de la vêtir et de la coiffer pour assister à cette cérémonie sacrificielle.

Parée d'une stola élaborée, mais n'empestant pas non plus le luxe le plus extrême, d'un bleu-vert faisant ressortir et ses yeux bleus et sa chevelure rousse, chevelure dissimulée sous une palla s'accordant avec la stola, Claudia Ruffia écoutait, sans mot dire, le discours de Lucius Pompeius Publicola. Elle avait face à lui un très bon orateur, on ne pouvait retirer ça au pater familias des Pompeii. Elle n'avait plus qu'à espérer que le fils soit à l'image du père. Mais la jeune patricienne ne se montrait probablement que trop réservée à ce sujet : après tout, elle-même n'était pas à l'exacte image de sa mère ... Autant que l'action honorable et expiatoire, Claudia Ruffia décelait l'action politique. Pour avoir grandi au sein des Claudii, elle savait bien que chaque mot prononcé sur la place publique par quelque patricien politicien que ce soit avait forcément été choisi, pour avoir un impact, un dessein, un sens. Cependant, elle se gardait bien de faire savoir à tous qu'elle était particulièrement avisée de ces choses là : d'aucun dirait qu'en tant que femme, ce n'était pas sa place d'en connaître autant et de s'intéresser avec quelque enthousiasme que ce soit à ce genre de choses là. Restant encore et encore silencieuse, la jeune femme observa le passage de témoin entre son futur beau-père et celle qui demeurait, malgré tous les griefs et reproches qu'elle pouvait avoir à son encontre, sa cousine. Adressant un discret signe de tête à Publicola lorsque celui-ci rejoint les siens, elle se garde bien de tenter d'apercevoir son futur époux. Les présentations officielles n'ont pas encore eu lieu, et, sur ce point là, pour une fois, Rufia préfère bel et bien totalement restée dans le rang. Alors elle reporte son regard sur sa cousine, apaise sa respiration, et demeure à l'écoute de la moindre parole, et à l'affût du moindre geste.



« SPOILED, SELFISH LITTLE CHILD, WENT OUT TO PLAY OUT IN THE WILD. FOUND YOU SHAKING LIKE A LEAF UNDERNEATH YOUR FAMILY TREE. YOU COULD NEVER LIVE OUT IN THE OPEN, REGRETTING EVERY WORD YOU'VE SPOKEN. YOU KEEP BEGGING FOR FORGIVENESS, BUT YOU DON'T THINK YOU'VE DONE WRONG. YOU'VE BEEN OUT CRYING OUT FOREVER, BUT FOREVER'S COME AND GONE. »
Patricien
Lun 14 Oct - 13:05
Re: Ad majorem Deorum gloriam    




Claudia Cassia
₪ Arrivée à Pompéi : 29/03/2013
₪ Ecrits : 2744
₪ Sesterces : 136
₪ Âge : 17 ans
₪ Fonction & Métier : Vestale

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₪ Citation: Qu'importe que le vent hurle, jamais la montagne ne ploie devant lui.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Mon coeur ne peut appartenir qu'à Vesta, n'est-ce pas ?
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La montagne avait grondé. Pompéi avait sombré dans la peur pendant des heures, des heures mortelles. Des images terribles s’emparaient encore de moi, malgré les jours qui s’étaient écoulés… Des visions déchirantes, des cauchemars dont je ne pouvais me séparer. A peine mes yeux fermés qu’ils refaisaient surface brûlants, nauséabonds. Je revoyais le foyer de notre Mère sacrée brûler, et mon corps impuissant ne demander qu’à brûler avec lui. Je ne pouvais rien faire, mes consœurs étaient parties avec notre Grande Prêtresse afin de la protéger, et de protéger les objets sacrés. Virginia était introuvable quand les premières flammes étaient apparues. Je voulais courir à l’atrium afin de me protéger, mais je ne pouvais y accéder, à chaque pas mon corps échouais sur le sol. Seules mes larmes semblaient prouver que je faisais encore partie de ce monde. Après de longues minutes, j’avais rampé vers la sortie du Collège, elle donnait sur le forum, des gens seraient bien capables de m’aider. J’appelais à l’aide aux esclaves, mais ces immondes créatures avaient fui sitôt la première secousse ! Enfin, j’aperçus au milieu de la poussière une percée de lumière, mes lèvres tremblantes crièrent ; « A L’AIDE ! Au nom de Vesta, à l’aide … ». J’avais perdu tout espoir de sauver le temple quand un homme était apparu parmi les décombres. Il m’avait trouvée, telle une enfant le corps en larmes et il m’avait porté de sa force Barbare vers la sortie du temple, avant que je retrouve pleinement conscience de son geste… NOOON ! Non, non, non, je dois rester avec la déesse m’étais-je écriée ! Je dois éteindre ce feu ! Je ne sais pas ce qu’il l’avait fait changer d’avis, mais il avait fait marche arrière à nous deux nous avions réussi à maîtriser une partie de ce feu qui menacé d’envahir le Collège entier et de se propager partout… Toute l’eau de l’atrium avait été puisée, pendant qu’autour de nous le monde régurgitait toute sa colère. Qu’avions-nous fait aux Dieux ? L’homme était resté à mes côtés, étrangement le Gaulois avait peut-être compris l’importance de notre déesse. Titus Nervius, un nom que je n’oublierais quand, devant la terreur les Romains s’étaient enfuis vers la Rome laissant leur foyer sacré aux mains menaçantes de la montagne… Un étranger avait sauvé la flamme de notre Terre, un étranger. Titus Nervius.

Je n’avais plus jamais revu cet homme, jamais. Je l’avais cherché afin de le récompenser et de montrer sa bravoure de cet homme à la ville, mais l’homme était introuvable et la peur qu’il ait trouvé la mort en me sauvant me hantait amèrement. La volonté des Dieux était parfois bien obscure ! Les temps à venir devaient être marqués sous le signe de la miséricorde. Nous étions tous pétris d’orgueil et les Dieux avaient souhaité nous remettre à notre place d’inférieurs. Moi qui pensais n’avoir jamais fin à mes obligations, je savais aujourd’hui que ce goût de la vengeance devait mourir, Marcus m’avait mise en garde : je ne devais pas aller à l’encontre de l’Empereur, et pourtant … Un frisson me parcouru devant tous ces Pompéiens rassemblés aujourd’hui. Il était peut-être temps que j’oublie ma volonté à venger leur mémoire, il était peut-être temps que je m’abaisse devant ce meurtrier… Il m’avait semblé que Vesta m’avait toujours aidée dans cette quête de Justice, mais je m’étais fourvoyée… Et bien mal me faisait la gifle que je venais de recevoir.

Publicola se tenait devant tous les Pompéiens rassemblés, plus pieux que j’avais, et avait pris la parole pendant que les victima remontaient doucement l’allée vers notre temple. Les Pompéiens étaient tous, plus pieux que jamais, le visage baissé et les yeux gonflés. Les mains crispés tous avaient honte de leurs fautes passées, moi la première. Pourtant, je n’en laissais rien paraître, de ma toge immaculée j’observais le visage impassible de l’assemblée. Il n’était pas mon rôle d’être ici aujourd’hui, mais c’est à moi qu’on attribuait le mérite d’avoir sauvé une partie du Collège … à tort. C’était un homme qui avait fait tout ça. Pourtant, quand j’avais confié tout cela à ma tante elle m’avait dit de taire cela à la population, que nous en demanderions pardon à Vesta, mais que j’avais la population ne devait savoir que le temple avait été souillé par les pas d’un homme au paganisme Gaulois.

« Pompéiens, pompéiennes ! La colère des dieux s'est abattue sur nous et je sais que chacun d'entre vous se demande aujourd'hui quelle faute nous payons, quelle injure nous a attiré ce courroux. Si j'ai décidé aujourd'hui de vous convier à ce sacrifice nécessaire, c'est bien sûr en tant que duumvir mais avant tout en tant que simple citoyen de Pompéi. Ce drame, nous l'avons tous vécu, il nous a arraché un frère, un parent, un foyer. Il nous a ôté le paysage serein où nous avions l'habitude d'évoluer, brouillant notre vue à ses beautés et préférant le chaos. Aujourd'hui, il nous faut reconstruire et sachez que chacun d'entre vous pourra compter sur ses magistrats pour recouvrer un peu de cette sérénité qui nous a été arrachée. Mais avant tout, nous devons nous interroger, nous devons nous recueillir et trouver en nous même la force et la contrition nécessaires pour mériter la clémence des dieux. »

Le discours de Pompeius terminé, il se tourna vers moi, afin que je puisse prendre la parole. Le premier sacrifice public était toujours accordé à Vesta, Jupiter en avait décidé ainsi. Je marquais un temps, afin que le duumviri puisse retrouver sa famille. Je laissais un instant le silence pesant, que tous prennent conscience du tord que nous avions causé aux Dieux !

« Beaucoup d’entre vous doivent se questionner sur les desseins des Dieux… Pourquoi la montagne a-t-elle tremblait ? Pourquoi nos proches ont disparus ? Tant de questions et si peu de réponses … Et pourtant … Pourtant les Dieux ne s’en sont pas pris qu’à notre cité, mais aussi à leur bienaimée et respectée sœur… je désignais de ma main tendue le mur du temple brûlé qu’aucun Romain n’était venu sauver. Bien par delà la douleur inscrite sur vos visages, je ne vois que haine, violence, cupidité et jalousie ! Et pour certains d’entre vous encore je vois des mauvaises copies de nos Dieux Olympiens… La vérité est là, vous vous êtes personnifiés à l’image de ceux que vous n’honorez plus et que vous avez oubliés… Pompéi par sa gloire et sa richesse, en faisant de l’ombre à la puissance de Rome a mécontenté les Dieux !  Devant le brouhaha qui s'élevait devant moi, ma voix se dit plus menaçante : paix ! Nous ne sommes pas ici pour nous accuser les uns et les autres. Il ne vous faut pas regarder votre voisin mais vous. Nous sommes seuls fautifs de la colère de la montagne ! La honte est collective ! J'entendais ma voix résonner à travers le forum et je me demandais si mes parents l'entendaient aux aussi. Je fermais les yeux avant d'ajouter, même le temple de la plus pure des déesses a été endommagé, les dieux ont été cléments de ne pas éteindre la flamme sacrée ! Les religieux derrière moi acquiescèrent d'un mouvement de tête, honorez les Dieux, car la prochaine fois pourrait être bien pire ...   »

L’encens était en train de brûler tandis que les coupes de vin, qui allait servir à faire le sacrifice, circulaient dans l’assemblée réunie. Je trempais mes lèvres dans le breuvage avant de reprendre mon souffle tandis que les popae arrivèrent avec les bêtes à immoler. Virginia souriante, m’apporta sur un plateau d’or la mola salsa. Nous avions veillé toute la nuit pour préparer ces offrandes aux Dieux. Venait le temps de la libatio, chaque Vestale posa un gâteau sur la tête d’une des victimes. Je n’avais jamais aimé l’odeur du sang, pourtant je savais qu’aujourd’hui je devrais faire face et ne pas faiblir. Le flamine de Jupiter arrosa chaque mola salsa de vin, faisant couler le liquide rougeoyant entre les cornes des hosties. Le sacrifice approchait à grands pas et mon cœur s’accéléra lentement.

Tout était prêt, la bête est alors couchée sur la pierre mortuaire : le victimarius nous demanda alors ; « agone » et nous répondirent à l’unissons « hoc age ». Le mouvement du serviteur est sec, adroit et sans souffrance.

La bête a été immolée d’un coup de hache



ô bienheureuses vestales...
(c) ystananas
Patricien
Jeu 24 Oct - 16:43
Re: Ad majorem Deorum gloriam    




Helvia Claudia Scaevola
₪ Arrivée à Pompéi : 26/05/2013
₪ Ecrits : 2157
₪ Sesterces : 60
₪ Âge : 41 ans
₪ Fonction & Métier : Reine des Vipères et femme d'affaires

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₪ Citation: Chaque miette de vie doit servir à conquérir la dignité.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Veuve et amante de Publicola
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Les plus grandes foules ne se réunissent que dans la tristesse...

Jamais Helvia n'avait été pieuse et encore moins depuis son ancien mariage. A quoi bon prier pour des divinités qui ne lui avaient jamais apporté que du malheur ? Cassia lui dirait certainement que son culte n’était pas assez poussé pour mériter la clémence des dieux. Elle sourit à cette pensée. Pourtant, ce n’était que depuis qu’elle s’était vers son unique profit que ses succès s’étaient accumulés. Etait-ce elle qui avait raison, finalement ? Elle adorerait…

Ses yeux se posèrent sur sa nièce, allégorie de la divine pureté à elle seule. Elle ressentit une fierté illégitime mais ô combien réconfortante en la voyant là, place d’honneur entre toutes les vestales, se préparant à prendre la parole pour réconforter les âmes pompéiennes blessées. La fierté des Claudii, à n’en point douter. Helvia ne croyait pas au pouvoir démesuré de ces offrandes, de ces sacrifices. Pourtant, elle était venue, comme une grande partie de la populace, par respect pour les morts, par respect pour sa nièce. Par respect pour le Pompéien qui se dressait là, sur cet escalier fendu par le tremblement de terre que la ville avait subi.

Noyée dans la foule, elle espérait ne pas être vue. Sa présence certainement l’aurait dérangée, déconcentrée. Pourtant, elle n’avait pas résisté à l’envie de le voir en ce jour triste, comme si les traits de son visage suffiraient à lui apporter quelques sentiments consolateurs. Elle admirait le politicien qu’il était devenu, le titre de duumvir qu’il avait atteint, espérant dans un petit coin de son esprit avoir participé à cette ascension. La voix de Lucius était grave, choisie avec soin pour la cérémonie qu’il offrait aux divinités. Tous ses choix avaient été faits avec un perfectionnisme qui lui ressemblait bien, du choix de sa toge aux propos qu’il avait tenus. Elle le suivit des yeux quand il descendit, bougeant quelque peu pour le garder à portée de vue. Peut-être se permettrait-elle un simple regard quand la cérémonie serait terminée…

Quand la voix claire de sa nièce s’éleva, elle détourna son regard de Lucius, honteuse tout à coup des pensées qui traversaient son esprit en pleine cérémonie religieuse.

- Pour tout ce qu’ils m’ont apporté dans ma vie… pensa-t-elle avec ironie.

Les propos de Cassia la firent réfléchir à sa propre existence et elle eut soudain l’amère impression d’être la première visée par ces accusations. Elle baissa les yeux. Si elle croyait aux dieux, elle n’avait pour eux aucune affection. Aussi elle n’avait jamais été la première à courir aux temples pour leur donner prières et offrandes. La foi inatteignable de sa nièce la toucha, mais elle ne pouvait adhérer à ses solutions. Les dieux se moquaient bien des petits gâteaux et du vin qu’on leur donnait. Ils se moquaient bien de la vie ou de la mort des veaux qu’on leur présentait. Ils continueraient à jouer avec les hommes pour se distraire et tout ce que les mortels pouvaient faire était d’espérer qu’ils soient dans un bon jour…

Alors, les vestales se rapprochèrent des bêtes. Helvia ne détourna pas les yeux quand on leur coupa la tête. Son cœur ne se souleva pas à l’odeur du sang. Une seule pensée lui vînt et se formula en un murmure :

- Espérons que j’ai tord…


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

(c) crackle bones
Patricien
Ven 1 Nov - 11:42
Re: Ad majorem Deorum gloriam    




Caius Licinius Murena
₪ Arrivée à Pompéi : 19/06/2013
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₪ Âge : 41 ans
₪ Fonction & Métier : Legat / Edile de Pompéi

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₪ Citation: No matter how right a man may be, they always find the fallen one, guilty.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Octavia, toujours.
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Ad Majorem Deorum Gloriam

L
Le cheminement qui doit nous porter jusqu’au forum, j’ai décidé que nous le ferions à pied. Un acte de piété, certes. Mais il est vrai qu’en ces temps difficiles, l’humilité est vue comme un geste de décence. Nulle litière luxueuse pour nous porter jusqu’au lieu du sacrifice. Je veux voir les ravages du sort sur les murs, je veux m’imprégner du chaos, connaître la souffrance du peuple pour savoir comment l’apaiser. Je veux voir. Et être vu.

Derrière moi, une partie de ma maisonnée se déroule en procession. Dans les mains de chacun j’ai mis des paniers emplis de pains, de petites amphores emplies d’huile auxquels j’ajoute quelques derniers que je glisse entre les doigts de ceux que nous croisons sur notre route. Des Pompéiens modestes, hagards sur le seuil de leur porte, seul  vestige ou presque de leur demeure, souvent en tenue de deuil, les yeux rougis par le désespoir et le malheur.
Acte de piété est souvent, voire toujours, acte politique, cela ne choque personne. Ne pas faire de cet évènement tragique une occasion de prouver ma valeur en tant qu’édile potentiel, voilà ce qui serait incompréhensible… Tous les discours politiques enflammés ne peuvent compter plus que ces mains tendues, qu’une bouche bien nourrie et des larmes échangées.

Mes ambitions ne me privent toutefois pas de compassion. J’ai, que dis-je : nous. Nous avons eu de la chance. La villa Diomeda, bien qu’éprouvée, a résisté dans son ensemble. Nul mort n’est a déplorer dans notre familia, malgré tout les ecchymoses, les membres foulés ou rompus, les égratignures sont nombreuses. Peut-être parce que les fondations de notre riche villa sont plus solides que celle de bien des habitations modestes. Peut-être parce que nous sommes vraiment bénis des Dieux.  Voilà quelques jours que je me plaire à croire en cette dernière conclusion. Peut-être parce que c’est la première fois de ma vie qu’il me semble que ce soit véritablement le cas.

Du chaos a surgi la vie. Le petit être que nous attendions tous. Une fleur fragile et pure a éclot dans ce monde de désolation et de gravas. L’émotion qui m’étreint comme je pense à elle est forte, tant que j’en ai déjà oublié depuis longtemps que je lui aurais préféré un fils.
Cette clémence de la Fortune assoit plus que jamais ma résolution et balaye, s’il était encore besoin de le faire, les quelques doutes qui pouvaient perturber mon sommeil.

L
orsque nous arrivons sur le forum, la foule afflue déjà. Je retrouve mes pairs patriciens sur le devant, au pied des marches. J’embrasse, j’étreint, je console ceux qui portent la barbe et les habits du deuil, promet une visite à la dépouille de leur défunt. Certains d’entre eux qui ont pourtant refusé ces derniers hommages à mon père vingt ans plus tôt… Je ne l’oublie pas. Songeant à cela, je tourne mon regard vers la toge blanche qui nous surplombe tous, à hauteur des prêtres et des Vestales.
Comme je hais de devoir ainsi lever la tête pour le regarder. Je ne trouve la force de dissimuler mon amertume que dans la douce pensée de savoir, bientôt, nos places échangées. Dès lors que Publicola ouvre la bouche pour prononcer son discours, mes oreilles se ferment à tout son, sa voix ne devient plus qu’une mélopée cotonneuse et la foule autour de moi plus silencieuse qu’elle ne l’est en réalité.
Que n’aurait-il pu se trouver le crâne écrasé sous une colonne en cette heure ? Prisonnier à jamais d’un mausolée de gravas ? La terre n’aura-t-elle pu se fendre et s’ouvrir pour se dérober sous ses pieds et le plonger dans le Tartare ? Un instant, nos regards s’ancrent et je devine un sourire qui m’est adressé et qui noircit plus encore mon âme. Non vraiment, les Dieux n’ont pas parachevé leur œuvre ce soir-là… Son obséquiosité me révulse. Je savais à quoi m’attendre pourtant ce matin en revêtant ma toge et si je n’étais si soucieux de faire bonne figure et de me racheter un nom dans les murs de cette cité, je me serais sans doute fait porter pâle.

Le duumvir descend de son piédestal _ une vision qui cette fois m’est bien plus agréable_ pour rejoindre les siens à quelques mètres de moi seulement. Après de longs instants qui nous paraissent une éternité, c’est cette fois la voix d’une Vestale qui s’élève. Celle des Claudii fort heureusement, il m’aurait été pénible au-delà des mots de voir s’avancer la fille de Pompeius. Je dois bien reconnaître à mon ennemi cela : l’habileté d’avoir su placer une de ses filles dans le prestigieux collège des Chastes. Depuis plusieurs années déjà, j’ai le sentiment d’avoir laissé filer une opportunité en or en n’ayant pas considéré, plus sérieusement que cela, une telle destinée pour Domitia…
J’avais préféré pour elle le pouvoir par le mariage et les alliances bénéfiques que je pourrais alors tisser. Une carrière religieuse nous aurait alors épargné bien des tourments que nous connûmes ensuite et aujourd’hui encore, je ne parviens pas à trouver à ma fille un parti qui soit suffisamment digne d’elle.

C
assia est belle. Cassia est douce. Cassia est pure. Cassia est sage. Mais Cassia ne sait pas de quoi elle parle. Si je reconnais que sa verve et sa sincérité sont touchantes, nul remord ou regret pour tourmenter ma conscience. Je ferais les sacrifices nécessaires, je dirais les prières, je me montrerais conciliant et pacifique pour attirer de nouveau les faveurs de l’Olympe sur Pompéi. Mais la colère des Dieux n’a fait qu’écho au volcan qui brûle dans mes entrailles, une fureur qui bientôt ravagera tous ceux qui s’interposeront entre moi et l’objet de ma vengeance et que je n’escompte pas faire taire.

Un éclair, puis le sang. Rouge et épais qui se déverse sur le marbre immaculé du temple. Le premier d’une victime innocente. D’autre viendra. Celui des coupables.
Instinctivement je cherche et trouve le regard de mon ennemi. A mon tour, cette fois, de lui rendre son sourire.

Spoiler:
 


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Les Licinii ne pardonnent pas, n'oublient rien... Des coups, ils peuvent en supporter mille et rendre soudain non pas oeil pour oeil mais apocalypse pour chiquenaude.


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Patricien
Dim 10 Nov - 17:43
Re: Ad majorem Deorum gloriam    




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
₪ Ecrits : 2402
₪ Sesterces : 63
₪ Âge : 42 ans
₪ Fonction & Métier : Duumvir

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₪ Citation: Verba volant, scripta manent.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Époux de la louve et amant de la vipère.
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Revenu d'un pas solennel parmi les siens, il avait l'impression que la cérémonie avait pris une tournure irréelle et que tout se déroulait au ralenti. Peut-être était-ce le sursaut d'adrénaline qui se tassait soudain dans ses veines, peut-être était-ce ce ciel d'hiver dont la couleur était limite oppressante, tellement il paraissait bas. Il se pencha sur son épouse et sembla lui murmurer quelque chose à l'oreille : une parole rassurante certainement, vu le léger sourire qu'il eut à son égard. Mais l'heure était grave et non au batifolage. Son regard perçant distingua bientôt la silhouette de Rufia et il répondit à son signe de tête : il était plutôt heureux de la voir ici, même dans ces circonstances triviales, car il aimait à ce que leur famille apparaisse unie, surtout lorsqu'il s'agissait de ses futurs membres. Il se demanda un bref instant si elle espérait, au détour d'un mouvement de foule, apercevoir son futur époux. Ressentait-elle ce petit pincement dû à l'appréhension, lorsqu'on doit rencontrer enfin une personne qui partagera votre intimité ? Lucius avait ressenti cela, lui aussi, lorsqu'il avait rencontré Flavia pour la première fois...

Claudia Cassia prit à son tour la parole et il écouta pieusement le discours de la vestale, qui une fois encore s'était associé à lui pour un projet d'envergure. Ravi de pouvoir compter sur cette nouvelle alliée, il fut d'autant plus enchanté par l'accent de sa voix, empreinte de profondeur, où perçait ça et là le trouble dans lequel elle se trouvait. Les femmes avaient ce don de faire passer, bien mieux que les hommes, l'émotion, voilà pourquoi il avait tenu absolument à ce que cette cérémonie fut un duo. Il avait pendant un temps pensé faire appel à Virginia mais il avait alors craint de faire montre d'abus de pouvoir. Virginia n'avait pas encore le rang de Cassia et un seul Pompei suffisait amplement, afin de n'en pas dégoûter le public. Ne poussons pas la popularité au point de frôler son contraire. Il avait juste regretté de ne pas avoir osé lorsqu'il avait vu Murena faire l'aumône, tel le magistrat qu'il n'était pas... pas encore... non jamais ! Il lui avait fallu se maîtriser et inspirer longuement à chaque foulée pour ne pas montrer un visage glacial de fureur durant la procession. Heureusement, Lupida était allée distribuer elle aussi des vivres voire un peu d'argent, en bonne épouse de Duumvir qu'elle était.
Le discours de la vestale tourna bientôt et son ton fut plus violent : peut-être allait-il soudain reconsidérer ses notions sur la douceur des femmes. Il comprit alors que le vague projet qui avait pris naissance dans sa tête, depuis le tremblement de terre, devait être mis à exécution aujourd'hui. Il le fallait, cela aurait bien plus d'impact. Il baissa donc d'autant plus la tête lorsqu'elle parla de haine et de violence, comme s'il prenait l'offense en pleine face. Simulacre que tout ceci mais lui plus que quiconque devait se montrer humble. Déjà, ses détracteurs murmuraient que Pompeius menait la cité à sa ruine et si les Licinii avaient jadis voulu sa mort financière, c'était sa mort morale qu'apportait les Pompeii. Cela, Lucius devait bien l'encaisser, mais il ne le souffrirait pas un jour de plus, c'était certain. Les paroles vindicatives de Cassia déclenchèrent des murmures de mécontentement autour de lui, mais aucun provenant de sa famille. Tout ceci était savamment orchestré. Il osa un regard, sur la foule qui se tenait à présent coite, sous l'accablement. Il eut l'envie de rencontrer deux yeux verts et profonds, qu'il connaissait si bien, mais il ne chercha pas plus avant sa maîtresse dans la foule, de peur de trop dissiper son allure d'homme pieux et recueilli.

Les offrandes distribuées, les mots fatidiques tombèrent, suivis de la lame froide tranchant les chairs. Lucius ne trouvait pas cela barbare : ses yeux de romains étaient habitués à pareils spectacles depuis qu'il était tout petit. Il lui sembla que des gouttelettes de sang vinrent éclabousser le bas de sa toge, rouge sur blanc, comme des petites fleurs s'ouvrant à la lumière. Mais peut-être était-ce le fruit de son imagination, ou la terre rouge de Pompei qu'il avait récoltée en marchant tout à l'heure. Alors que le sang venait de couler, son regard chercha alors une personne bien différente d'Helvia, autant en allure que dans les sentiments qu'elle déclenchait. Il trouva alors, à quelques pas de lui, le regard de Murena, qui sourit du même air que Lucius lui a souri tout à l'heure. Le duumvir n'en fut pas ébranlé une seule seconde car c'est ce défi qu'il cherchait en relevant la tête : il sut alors avec certitude que l'ancienne querelle n'était pas morte et que les paroles censées de la vestale n'y changeraient rien. Ce duel est à mort, Caius et Lucius le savaient mieux que personne.
Le temps suspendit alors son cours, tandis que Lucius Pompeius Publicola avança dans la direction de ce regard peu amène. Il le soutint tout du long, se dirigeant maintenant sans doute permis vers Murena et les quelques personnes autours d'eux, qui pouvaient assister à la scène, semblèrent retenir leur souffle. Chacun savait que la haine liaient ces deux familles, chaque patricien s'était allié à l'un ou à l'autre, voire aux deux pour plus de sureté. Le Duumvir avait-il perdu la tête pour aller défier son ennemi, face à face, parmi tant de témoins ?

Lorsque Lucius fut à un pas de Caius, il lui sourit, de façon bon enfant, comme lorsqu'ils étaient adolescents, dans cette même cité, et avec une lenteur calculée, il lui donna l'accolade, comme s'il s'agissait là de deux vieux amis se retrouvant après une fort longue séparation. Rien n'eut pu l'arrêter dans son geste qui ne trahissait aucune agressivité, que de la sympathie voire un respect, même si chacun savait qu'il devait être de façade. Ou alors le patriarche des Pompeii avait pris un bloc de marbre sur la tête, à n'en point douter. Que cela coûtait à Lucius de serrer le dos qu'il eut voulu poignarder... Alors, il dit à Murena, pour que d'autres l'entendent mais sans élever la voix - pas la peine de le crier non plus, car il savait que chacune de leurs paroles échangées se répandraient dans la foule comme une traînée de poudre - en le tenant par les deux épaules, bien en face de lui :

- Il me semble important aujourd'hui Licinius, de t'offrir mon amitié et mon pardon, au nom de tous les magistrats de la cité. Je crois que les dieux nous reprochent notre trop grande intransigeance et il serait vraiment injuste de te faire porter le crime ignoble de ton père, alors que tu n'en fus pas coupable. M'est avis que le sol a tremblé autant pour les fautes de ton père que pour nous rappeler que tu n'en as point commises. Cette cérémonie doit signifier aujourd'hui le renouveau et il est de mon devoir de faire cesser par cet acte la suspicion dont tu es entouré depuis ton retour.

Il n'en croyait pas un seul mot mais tout sonnait vrai. Bien entendu, il n'avait pas manqué de rappeler au même moment le crime ignoble du père ni de se poser en chef magnanime et débonnaire, en accordant le pardon de la cité. Si bien qu'au final, ça ne changeait pas grand chose, à part peut-être augmenter la cote du Duumvir au passage (quel grand esprit !) et obliger par là-même Caius, en inférieur, à accepter le pardon (sinon on en déduirait qu'il méritait bien l'opprobre et qu'il était héritier de la trop grande hubris de son père). Mais au-delà de cela, les esprits les plus simples partiraient du principe que Publicola, si vertueux, ne souffrait en effet guère qu'on condamne par défaut un homme et qu'il traine comme un boulet le passé de sa famille. Qu'il souhaitait réellement la concorde, tandis que la cité s'écroulait. De quoi mettre en échec tous ceux qui critiquaient pour l'heure sa politique et empêcher toute critique ouverte venant des Licinii : ceux qui salissent un pardon si gentiment accordé méritent la damnation éternelle, n'est-ce pas ?
Lucius fit une nouvelle accolade, afin de sceller ses paroles et il murmura alors à Caius, à son oreille et pour lui seul :

- La cité sera oublieuse, mon frère, mais ce n'est pas ce qui me caractérise, quant à moi, sache-le. Songe à me défier, comme ton père fit avec le mien, et tu subiras le même sort.

Il se retira, tout sourire, comme s'il avait échangé des mots amicaux mais son regard était froid. Etait-il convaincu de la culpabilité du père de Murena ? Etait-il au courant des manigances de son propre père ? Nul ne le savait réellement mais une chose était certaine : Lucius s'il offrait son pardon d'une main, venait de signaler le début des hostilités. Il était extrêmement conscient du regard pesant de l'assemblée sur eux, mais aussi du regard de son ennemi de toujours. Essaye donc de faire plus fort que cela, la Murène, viens donc mordre la main qui te caresse et aucun allié sur ta route tu ne pourras trouver. Voilà la différence entre celui qui souhaite se venger et celui qui ne cherche qu'à maintenir sa place. Publicola hein ? Certes, le cognomen n'était pas usurpé. Demain, la population pompéienne chanterait sa clémence et sa piété.



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 

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Lun 11 Nov - 19:41
Re: Ad majorem Deorum gloriam    




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    Après le séisme qui avait chamboulé Pompéi, il fallait rendre un hommage aux Dieux afin d'apaiser la colère qu'ils avaient manifesté à l'égard des Pompéiens. C'était une occasion unique, Laelia en avait conscience, pour son frère aîné de montrer la nouvelle place des Licinii à Pompéi. Murena avait tout organisé de manière détaillée. La famille Licinii irait jusqu'au lieu de rassemblement -soit le forum- à pied. Dans une démarche censée refléter l'humilité des Licinii. Mais Laelia, elle, savait que cela allait bien plus loin que cela. Son frère aspirait à une vengeance qu'il mettrait longtemps à prendre et après laquelle il courait depuis des années. Cette démonstration sous forme de procession était l'occasion de montrer la puissance de la maison Licinii, de montrer à tous qui ils étaient et d'où ils étaient revenus.

    La politique se trouve dans les moindres détails et la jeune femme en avait parfaitement conscience. Son frère était un homme politique, dans les moindres pores de sa peau et cela, on ne lui enlèverait pas. Docilement, Laelia avait suivi les conditions de son frère ; elle marchait donc, un tout petit peu en retrait de Murena, dans une tenue bien plus humble que ce qu'elle portait habituellement. La jeune femme portait un panier avec des petits pains et distribuaient aux enfants nourritures et aux parents des pièces, afin qu'ils puissent espérer un avenir meilleur, malgré ce destructeur séisme. Ce dernier avait pourtant été assez clément envers leur famille. C'était une raison de plus, d'ailleurs, pour venir faire offrande aux Dieux. Les Licinii avaient été épargnés et ils pouvaient et devaient donc maintenant donner aux plus faibles.

    Jusqu'à présent, Laelia n'avait jamais été mère, mais cela ne l'empêchait pas d'être touchée devant la détresse et la misère des enfants qu'elle apercevait, alors qu'elle et sa famille marchaient en direction du forum, là où le sacrifice allait avoir lieu. Laelia avait une expression sereine sur le visage, car elle ne pouvait s'empêcher de chercher à lire derrière chaque effort des citoyens de cet Cité, pour attirer à eux le pouvoir ou pour le conserver. Parce qu'elle savait que la piété et la charité étaient rarement des choses innocentes. D'un pas tranquille, elle suivait cependant celui qui était le maître de sa maison.

    Après de longues minutes dans cette atmosphère étrange, ils trouvèrent enfin le lieu de l'offrande aux Dieux. La parole fut donnée, évidemment, au duumvir, après que chacun ait pu saluer les connaissances qui étaient les siennes. Laelia devait reconnaître que cet homme était un bon orateur, sans nul doute. Mais elle savait aussi qu'il n'était pas l'homme bon qu'il essayait de paraître être, au beau milieu de la foule. Non, il était aussi celui qui aspirait encore et sans doute toujours, à détruire leur famille. Quoi qu'on puisse penser de Laelia, il ne fallait pas s'arrêter aux apparences. Elle peut sembler une futile veuve, ne prêtant pas attention ni à la politique ni aux alliances, ni même à la vengeance. Mais Laelia est plus que ce qu'on croit.

    D'un air détaché, Laelia écouta ensuite le prêche de la belle Cassia. Ce n'était pas là des paroles qui la touchaient, mais pour camoufler le regard batailleur et rebelle qu'elle sentait pointer, la jeune femme baissa humblement les yeux, essayant de ne pas réagir plus qu'il n'était nécessaire. Après tout, quelle importance si cette femme voulait croire à ce qu'elle disait … Qu'elle le fasse. La honte est collective, avait-elle dit. Un fin sourire retroussa les lèvres de Laelia, qu'elle essaya cependant de faire disparaître aussi vite que possible. Le sourire et la sérénité n'étaient pas les bonnes armes ce jour-là. La jeune femme devait plutôt paraître bouleversée et affaiblie et se prétendre terrifiée.

    La jolie Laelia détourna le regard, au moment de l'impact de la lame. Le sacrifice et l'offrande pouvaient être pensées nécessaires, ce n'était pas pour autant qu'elle voulait s'en repaître. La jeune femme avait d'autres jeux de prédilections, comme les jeux du cirque ou ceux du lit. Le sacrifice religieux, lui, avait tellement moins de panache qu'il la laissait indifférente. Elle n'avait pas envie d'y participer plus que nécessaire.

    L'arrivée du duumvir près de Murena attira alors l'attention de la jeune veuve, qui se rapprocha par la même occasion de son frère et eut tout le loisir d'entendre la belle déclaration de cet homme. Le pardon ? Mais c'était bien les Licinii qui devait pardonner à ces Pompeii et non l'inverse. Inquiète de la tournure qu'allaient prendre les choses -même si sa confiance était totale envers son frère aîné- Laelia s'approcha encore plus, de manière à ce que le duumvir la voit et posa une main douce sur la manche de son frère. Mais elle ne dit rien. La discussion était celle de Murena et de Publicola et son frère n'apprécierait très certainement pas qu'elle intervienne. Toutefois, elle ne jugeait pas inutile de lui apporter son soutien, face à cet homme qu'il détestait plus que tout. Qu'allait leur apporter l'avenir ?

Patricien
Lun 2 Déc - 22:04
Re: Ad majorem Deorum gloriam    




Caius Licinius Murena
₪ Arrivée à Pompéi : 19/06/2013
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₪ Âge : 41 ans
₪ Fonction & Métier : Legat / Edile de Pompéi

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Ad Majorem Deorum Gloriam

P
ompeius s’avance et comme nous nous toisons, le monde autour de nous ne me semble plus exister. Seule la haine qui nous unit transpire de tous les pores de notre peau. Je sais pourquoi il vient à ma rencontre, le coup qu’il va m’asséner et ce qu’il faudra que je fasse pour ravaler mon fierté. Qu’il savoure cette joue tendue pour la dernière injure que je recevrai sans la rendre. L’ultime fois, la fois de trop. A partir de cet instant, chaque coup, je le lui rendrai. Au centuple, si les Dieux m’assistent.

- Il me semble important aujourd'hui Licinius, de t'offrir mon amitié et mon pardon, au nom de tous les magistrats de la cité. Je crois que les dieux nous reprochent notre trop grande intransigeance et il serait vraiment injuste de te faire porter le crime ignoble de ton père, alors que tu n'en fus pas coupable. M'est avis que le sol a tremblé autant pour les fautes de ton père que pour nous rappeler que tu n'en as point commises. Cette cérémonie doit signifier aujourd'hui le renouveau et il est de mon devoir de faire cesser par cet acte la suspicion dont tu es entouré depuis ton retour.

A
mitié, pardon, crime, fautes, renouveau… Me voilà à devoir encore tolérer de voir salie la mémoire d’un père aimé et respecté. A devoir me taire alors que mon âme hurle et que mon cœur saigne. Lui pourtant connait la vérité alors que sa langue profère tant de mensonges. Lui qui a porté le coup fatal. Que Nemesis lui dessèche la langue et m’offre de la livrer en pâture aux chiens. Je dois rassembler tout ce qu’il me reste de courage et de sang froid pour ne pas lui sauter à la gorge. Est-il assez fat pour penser que je me compromettrai de la sorte ? Qu’il soit satisfait, j’ai bien appris de lui.

La main blanche de Laelia qui se pose sur mon bras devient un soutien silencieux et inattendu mais hautement apprécié. Le souvenir de tous les sacrifices auxquels elle fut contrainte depuis notre départ me donne une force renouvelée. Nous nous tenons devant notre bourreau, invaincus. Pour ma sœur et pour la force de son courage, la somme des offenses endurées ne restera pas impunie.

J
e tolère l’accolade de Pompeius avec stoïcisme, puis comme la fureur qui noue ma gorge se déverse dans ma poitrine, mes bras l’enserrent à son tour. Mes doigts s’agrippent et s’accrochent à la laine immaculée de sa toge comme je ressers notre étreinte, lui donnant une apparence de sincérité, devant la foule interdite. Je n’ai point oublié non plus, je n’oublierai pas.
Lorsqu’enfin je me détache, mes yeux brillent de ce que d’aucun pourrait prendre en cet instant pour l’émotion de la réconciliation. Et en effet, je l’ai souvent rêvé cet instant où ma route recroiserait de si près celle de Pompeius.
Dans mes rêves pourtant, il y avait une dague pour accompagner ces touchantes retrouvailles et le sang de Lucius sur mes mains. L’air grave, j’opine du chef, appréciant semble-t-il toute la solennité de l’instant, avec gravitas. Puis, signe le plus éclatant de ma bonne volonté et de ma gratitude, je plante sur ses deux joues un baiser de paix qui scelle pour de bon notre mascarade. Avant que de reprendre ma place, je profite de cet instant intime avec mon ennemi pour lui glisser, à mon tour, à l’oreille ces quelques mots empruntés à Marcus Junius Brutus :

-Sic semper tyrannis…

U
ne menace ? Un aveu, une reconnaissance des fautes de mon père ? Pompeius ne s’y trompera pas je le sais… Tyran il est, comme son père avant lui. Avide de toute miette de pouvoir indûment gagnée. Chaque once de mon être fut façonnée dans l’attente de ce jour depuis cette nuit où j’ai dû fuir pour ma vie et celle de ma sœur, l’honneur et le nom souillé, foulé au pied.
Ses mots attisent les braises incandescentes de la vindicte. Il prône la paix pour mieux précipiter la guerre, il a semé le vent, il récoltera ma tempête. Alors que je lui adresse une dernière accolade, j’esquisse un sourire amical. Tu as tant à perdre Pompeius… Tout ce que tu crois posséder avec sûreté et assurance ne repose que sur le mensonge et la trahison. Celui qui vise les cieux doit s’attendre à ce que sa chute n’en soit que plus douloureuse. Et je m’assurerai qu’elle le soit.

Demain pourtant, toute la cité bruissera de la belle amitié qui semble unir de nouveau les Pompeii et les Licinii.

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