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 L'amour est à la femme ce que la guerre est à l'homme

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Message(#) Sujet: L'amour est à la femme ce que la guerre est à l'homme Dim 19 Juil - 17:35

L
a charrette brinquebalait au gré de la route cahoteuse qui les menait vers Pompéi, arrachant davantage de sursauts nauséeux à l’adolescente qui louchait vers l’extérieur. Saxa avait toujours été malade lors des déplacements de la famille. Et de ce fait, elle se claquemurait toujours dans une morgue inquiétante qui étranglait l’habitacle d’un malaise déconcertant. Pulchra avait beau essayer de discuter pour que le temps passe plus vite, elle se heurtait au silence de l’aînée comme du benjamin qui préféraient détailler le paysage plutôt que de soucier de ce qui se passait à leurs côtés. Cela faisait plusieurs jours que la famille venait de quitter Rome dans le dessein de rejoindre la riche cité de Campanie. Pulchra savait pertinemment quels risques ils encouraient, le fils de l’Etna menaçant ainsi la dite contrée mais elle n’avait eu d’autres choix que de s’expatrier pour protéger sa famille et son nom du joug d’un amant envieux et influent qui menaçait de l’anéantir. L’intendant de la maisonnée s’occuperait bien de gérer les affaires familiales du temps de leur absence - absence que Pulchra comptait faire durer le temps d’avoir audience avec son beau-frère, lui qu’elle espérait rendre tuteur de sa petite fortune. Tout ceci n’était pas anodin - Sextus était le seul  homme encore vivant de sa proche famille, Baro était encore trop jeune et n’avait plus de modèle paternel à suivre et elle ne pouvait résolument pas rester seule à essuyer les attaques pernicieuses d’un amant brutalement éconduit. Pulchra savait que ses enfants lui en voulaient pour ces changements précipités. Après tout, cela faisait à peine deux mois que Cnaeus était décédé et elle se pressait déjà de les placer sous une coupe masculine qu’ils connaissaient à peine. Baro, du haut de ses dix ans, était persuadé de pouvoir reprendre le flambeau paternel mais Pulchra avait du mal à distinguer l’homme dans l’enfant qu’elle avait mis au monde. Non, il était bien trop jeune et ne pouvait saisir les subtilités d’une poigne de fer dans un gant de velours. Pulchra soupira longuement, sentant la céphalée se joindre à la fatigue. Elle écarta les pans du tissu rêche qui calfeutrait l’habitacle pour jeter un œil en direction des quelques hommes qui les accompagnaient. « Sommes-nous encore loin ? Je ne supporterai de devoir passer une nuit sur les routes. Et je ne survivrai pas un jour de plus à l’humeur exécrable de Saxa. » Confia-t-elle à l’homme qui portait sa monture à ses côtés pour tendre l’oreille. Ils essayaient de se faire les plus discrets possible, ce qui justifiait l’allure des hommes et de leur voiture. Loin de Pulchra l’envie d’appâter les renards sur leur petit convoi exceptionnel. Si la majorité de leurs richesses était restée à Rome, leurs caisses étaient garnies de vêtements fastueux et de bijoux. Elle avait aussi fait mander du vin et des mets de la capitale pour honorer Naevius de quelques cadeaux - choses qui, elle se doutait, ne suffiraient probablement à appâter le concerné. Elle se rappelait sans mal de leur dernière entrevue en sa demeure, lorsqu’il lui eut imposé de quitter Pompéi fissa pour s’en retourner chez elle. Il voulait préserver Lavinia de ces lourdes insinuations, celles qui ont finalement réussi à la tuer à petit feu. Finalement, sa relation avec sa sœur avait été nouée dans la tragédie - celle de deux esprits qui s’étaient déchirés entre passion et jalousie. « Rassurez vous ma dame, nous y serons avant même que le soleil ne s’éclipse. » Lui répondit le cavalier avant d’adresser un hochement de tête pour presser le convoi. Pulchra se rangea contre le dossier et obliqua une œillade attentive au portrait de Saxa, recroquevillée contre le bord, écartant d’un doigt le tissu pour mieux voir l’extérieur. Elle était pâle, atrocement pâle comme Lavinia, ces journées où elle ne désirait rien faire d’autre que de se laisser dépérir dans sa couche. Tout en elle le lui rappelait. Expression saisie d’une pudique douleur, Pulchra laissa vagabonder son esprit. Elle songeait toujours à l’hypothèse d’un sort néfaste, le revers d’une méchanceté dont elle n’avait cessé de matraquer sa sœur. Et si Saxa était atteinte du même mal insondable que Lavinia ? Et si cette inquiétante fragilité d’esprit allait maudire sa descendance sur des générations pour tout le mal qu’elle a causé ? Ses inquiétudes étaient fondées mais d’autres venaient à galoper avec plus d’outrecuidance. Était-elle encore capable de donner la vie ? Elle ne les comptait plus, ses nuits où elle s’était réveillée avec un incendie dans les entrailles, un sang poisseux maculant l’intérieur de ses cuisses. Elle en avait perdu des enfants. Des filles ou des garçons, l’anathème de ses pêchers. « Mère ? » La voix de Baro fit écho dans les pensées de la belle. Elle cligna des paupières et drapa ses lèvres d’un sourire de circonstance. « Hm ? » Diable ce qu’il pouvait ressembler à Cnaeus avec cet air réfléchi et la fossette creusant son menton. « As-tu informé Sextus Naevius Versutius de notre venue ? » La question, aussi brutale fut-elle, fit voler en éclat les quelques réminiscences de la belle pour tenailler son visage entre autorité et circonspection. « Pourquoi cette question ? » Saxa s’inclina expressément dans leur direction, ce qui attisa l’amertume de Pulchra - comme si tous deux essayaient de la piéger. « Tu le sais bien... J’ai été prise par le temps, décontenancée par les obligations administratives. Sextus n’est pas au courant de notre venue mais il nous aidera, j’en suis certaine. » Essayait-elle de se convaincre elle-même ? Elle détestait voir ses enfants ainsi la juger. « S’il y a bien quelque chose que tu m’as appris, mère, c’est que peu d’hommes aiment se sentir pris au dépourvu. » Commenta Saxa d’un air souverain. « A chaque conseil son exception Saxa... Peigne-toi un peu, veux-tu. »


Pompéi et ses ruelles chaudes aux sculptures de granit. Comme convenu, le soleil dardait ses derniers rayons sur la cité baignée de poussière lorsque le convoi se dirigea vers le quartier de l’abondance. Pulchra se rappelait des étalages à perte de vue, là où étaient exhibés toute sorte de marchandises locales. Saxa fit preuve d’un tout nouvel enthousiasme à l’idée que le voyage touche à sa fin. Quant à Pulchra, elle sentait le soulagement et l’angoisse se faire bataille pour prendre le pas sur sa quiétude légendaire. La famille put s’ébahir devant l’ébauche de quelques temples avant que la voiture ne s’arrête devant la grille du ludus et qu’un garde ne leur demande de décliner leur identité. « Pouvez-vous informer Sextus que la famille d’Horatius est ici ? Nous avons fait longue route. Serait-ce possible de l’attendre à l’intérieur de vos murs ? » Après quelques secondes d’hésitation, les grilles s’ouvrirent et l’on fit garer le convoi dans la cour. La villa rayonnait d’une austérité certaine, surtout à hauteur d’une volée de marches lorsqu’on leur ouvrit les portes sur un hall immense de pierres anthracites. Pulchra se rendit compte qu’elle avait bien vite oblitéré les détails de son séjour entre ces murs. Elle s’assura d’un bref coup d’œil que ses enfants soient présentables et retira le fin tissu qui couvrait sa chevelure pour darder ses prunelles tout autour d’elle. Ils étaient tous trois là à patienter, dans ce sanctuaire de silence et lorsqu’un bruit de pas se mit à résonner, la belle s’avança à peine, mains nouées contre son ventre - murène préservant ses petits d’un noir regard.

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Le coeur humain ne peut contenir qu’une certaine quantité de désespoir. Quand l’éponge est imbibée, la mer peut passer dessus sans y faire entrer une larme de plus.Victor Hugo, notre dame de paris.
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Message(#) Sujet: Re: L'amour est à la femme ce que la guerre est à l'homme Dim 19 Juil - 23:37

L'amour est à la femme
ce que la guerre est à l'homme
Volcatia Horatia Pulchra & Sextus Naevius Versutius
La chaleur transalpine, en ce mois de mai, lui encollait les frusques sur la longueur du râble comme une caresse mortifère de Pluton. Ce jour, en particulier, avait été d’une touffeur nauséeuse, mais ce n’était peut-être pas le climat qui était en faute, sinon que le poids chargeant les épaules du laniste. Les festivités aux thermes étaient pour ce soir, et Naevius ne souhaitait rien omettre. Il était ardu de se frayer un chemin dans les strates aristocrates de la haute plèbe lorsqu’on n’était que marchand de chair, et son absence aux mondanités, il le savait, lui serait préjudiciable ; pour peu que le ludus rival, parangon de toutes les maisons de la gladiature pompéienne, ne lui rafle les quelques miettes de sa  gloriole. Il ne serait point là pour vanter de vive voix la quintessence de ses guerriers, moins encore pour commercer leurs têtes aux riches convives désignés pour cette soirée. Son assignation à résidence n’était peut-être pas le plus judicieux de ses choix, mais, las, il ne se voyait guère festoyer, moins encore parader sous les truffes hostiles de ses rivaux. Il arrivait à un âge où ce maelström d’hypocrisies sournoises ne l’éreintait que trop, d’autant plus lorsque l’esprit était à l’inquiétude et non pas à la vanité badine. Car tout aussi folâtre se souhaitait le peuple, la menace grondait sur les terres d’Italie et, avec elle, le cri puissant d’une rébellion sanglante, fielleuse et barbare. Comment pouvait-il, par tous les dieux, laisser les brides de son négoce pour rejoindre quelque piètre solennité, lorsque, aux portes du Vésuve, tonnaient les échos des cités brûlées, et la complainte incessante des milliers de romains occis ? Les esclaves prenaient les armes, oui, c’était un fait que l’on murmurait avec horreur, et lorsqu’on était un tant soit peu sagace, on ne laissait pas une tanière emplie de ces loups sans surveillance de leur maître… Un souffle brut traversa le buste masculin comme il ôtait ses étoffes pour les relâcher sur le carrelage marmoréen. Ce bain lui serait d’un secours lénifiant après qu’il eut envoyé le convoi succinct aux festivités – quelques produits phares qu’on lui avait mandé, escortés de trois gardes –, et ce fut d’une chute pesante qu’il s'ingéra à l’épaisse masse d’eau, coulant jusqu’à ce que sa barbe ne soit plus et que son regard, tout juste, ne surplombe la surface pellucide. Ses muscles noueux trouvèrent le réconfort d’une bienveillante fraîcheur, et lorsque ses esclaves eurent terminé de besogner dans la pièce, ils les congédia sans mot dire de son habituelle marotte austère. Le silence revint alors, camarade indolent qui se prélassa entre chaque voussure et chaque colonne, parfois écorché de quelques remous condamnés par la mouvance du corps massif. Puis les bras de Sextus s’étendirent de tout leur long contre le rebord et les omoplates saillirent comme une mâchoire de bête. Le crin bascula en arrière. Et, un instant, le souffle se coupa. Une apnée à l’air libre qui lui alléguait la nébulosité du Rien, ce miracle où plus aucune pensée ne le tiraillait, et où son corps, comme en apesanteur, ne lui réclamait plus aucune action. Cet instant, il le savoura comme un dieu déguste son ambroisie, mais un heurt contre parois le dérangea sitôt, laissant l’arrière-goût de l’inachevé chez le laniste contrarié. « Eh bien quoi encore ? », rauqua le phonème tandis qu’il se redressait pour mirer un vigile lui parler à l’opposé. « Une visite, dominus. Une femme qui prétend être de la famille d’un certain Horatius. » Les traits de l’homme en furent coi, puis quelques rides se plissèrent d’hostilité tandis que, déjà, la charpente se levait des flots comme un titan. « Brune, la femme ? » La sentinelle opina, provoquant chez Naevius une hâte véhémente qu’il peinait à endiguer. « Nous l’avons faite entrer. Elle vous attend dans le grand-hall avec ses enfants. » Le quadragénaire, qui s’était fait force de garder un flegme apparent malgré la sécheresse de sa précipitation, leva sur le cerbère des orbes effarés. « Ses enfants… » Il se trouvait tout à coup bien sot, ainsi dévêtu et tout de bile emmuré, tandis que dans l’intolérable équation subsistaient deux éléments parfaitement ingénus. Nuls autres que ses neveux. D’un signe, il renvoya le garde et quêta qu’on lui arrange une tenue autrement plus officielle que s’il avait reçue seule sa belle-sœur Pulchra.

À l’orée de la nervosité, partagé entre colère et émoi, il débarqua quelques courtes minutes plus tard dans le vestibule attenant au grand-hall. Les silhouettes qu’il vit se découper dans le crépuscule le prirent à la gorge ; l’ainée de Lavinia lui ressemblait toujours autant, et ses rejetons… par les Augures, qu’ils avaient grandis ! Il ne reconnut ni Saxa ni Baro, car de poupons, ils s’étaient métamorphosés en deux beaux adolescents perclus d’une franche maturité. Les années ne pouvaient filer aussi vite, c’était impensable… Saturne avait du leur jeter quelque bénédiction pour que le temps leur soit si favorable ! Enfin, il traversa le dernier chambranle et parvint jusqu’à eux, limogeant ses hommes d’armes en abrogeant la sensation rigoriste jusqu’ici entretenue par leur présence en fond de salle. Les dogues partis, il reporta immédiatement ses lazurites sur les minois juvéniles, les saluant un à un avec respect, voire aménité. « Saxa. Baro. Je suis heureux de vous revoir. Vous voilà à présent jeunes gens ! La dernière fois que je vous ai vus, eh bien, Saxa, tu n’étais pas plus haute que cela, et Baro, tout juste avais-tu ouvert tes grands yeux. » Singeant ses palabres avec un enthousiasme fortuit, il leur légua une risette des plus affables avant de dresser ses calots et les faire tomber, telle une masse, contre l’effigie ô combien moins sympathique de la venimeuse sylphide. « Pulchra », nouveau branlement du chef, quoique fichtrement plus raide, avant de poursuivre, la voix croulant d’un timbre ascétique. « Que me vaut le plaisir…? » À mieux réfléchir, ce n’était peut-être pas la meilleure des solutions que de discourir avec elle sous le museau des petits – il ne pourrait diantrement point lui ôter ses couleuvres du gosier en la présence de ses neveux. Aussitôt il se corrigea, sommant une vénérable esclave – usuellement assignée à la formation des jeunes recrues – à venir les rejoindre. « Turia. Emmène-les se rafraichir et se reposer, ils doivent être harassés par le voyage. C’est une bien longue et périlleuse route qu’ils ont empruntée… » Ce disant, il lorgna avec reproche cette mère que l’insinuation dénonçait comme indigne, avant de guigner le trio s’éloigner et de convier la naïade à le suivre, laconique. Une fois entrés dans son bureau que des braseros alimentaient de veules lueurs, le maître de la demeure se tourna et confronta sans plus attendre la terrible vénusté. « Serais-tu toi aussi devenue folle à lier ?! Transhumer en ces temps ? Revenir ici…?! » D’un pas écrasant il s’avança jusqu’à surplomber son vis-à-vis comme un volcan en pleine éruption, prêt à dégoiser sa lave de la plus courroucée des manières. Il n’avait que trop tenu, au fil de son mariage, à ne point écimer la tête de cette hydre malveillante que son épouse considérait à tort comme sa sœur, mais à présent que la démone revenait pointer le bout de sa queue, Sextus ne pouvait, ni ne souhaitait, lui offrir quelque sournoiserie mielleuse pour toute courtoisie. Cela, non. Entier, il était, et entier, il mourrait.

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Message(#) Sujet: Re: L'amour est à la femme ce que la guerre est à l'homme Mer 22 Juil - 10:34

L
a belle se statufiait dans l’appréhension de voir le laniste les congédier sans plus de cérémonie, mais lorsque la carrure masculine apparut, Pulchra saisit de suite le regard qu’il lança à ses enfants. Il y avait une faiblesse en tout homme qui rêvait d’avoir descendance mais que le sort avait enjoint à la solitude. Pulchra profita de cette accalmie, suivit des yeux les gardes qui prenaient congés sous l’ordre du maître de maison puis s’inclina légèrement en direction de ses enfants. Intimidée, Saxa eut du rouge aux joues lorsque Sextus s’approcha d’elle pour lui faire remarquer ô combien elle avait grandi. Quant à Baro, il esquissa un sourire poli et fut le premier à prendre la parole. « Bonjour, mon oncle. » Pulchra était plutôt satisfaite - il aurait été importun qu’un malaise strangule la petite famille vis-à-vis de leur hôte suggéré. Elle se doutait bien que le laniste lui réservait tout autre égard mais elle connaissait bien assez le bougre pour se douter qu’il ne la blâmerait pas devant ses enfants. Elle patienta donc, goûtant à l’enthousiasme de Sextus avant qu’il ne daigne finalement poser ses yeux sur elle. Elle sentit sans mal l’indicible amertume qui dégorgeait de ses globes cristallins mais ne releva guère. Elle savait pertinemment que le chemin serait long avant que le laniste ne veuille laisser le passé derrière eux pour se concentrer sur leur présent commun. « Sextus... » Il embraya sur un semblant de curiosité mais se ravisa pour faire appel à une esclave qui pourrait s’occuper de Baro et Saxa. Il les enjoignit à la suivre et Pulchra acquiesça lorsque son fils chercha son approbation. L’insinuation ne la fit guère réagir - elle savait d’ores et déjà que se justifier quant à son initiative ne serait pas aisée. Elle s’humecta les lèvres et emboîta le pas à son hôte à travers les couloirs de la demeure, le ventre noué à la perspective de leur face à face. Une fois l’huis du bureau refermée derrière elle, Sextus ne mit pas longtemps pour l’invectiver avec acrimonie. Il s’approcha d’un pas pesant et la blâma de toute sa hauteur, trahissant une fureur sans pareille. Pulchra resta un instant, minois baissé avant de relever ses calots pour confronter les siens avec légitimité. Serais-tu toi aussi devenue folle à lier - la comparaison avec sa défunte sœur lui arracha une moue réprobatrice. « J’ai une bonne raison pour m’être risquée à venir te voir malgré le climat conflictuel. J’ai conscience d’avoir outrepassé ton avertissement et je m’en excuse. Mais je n’avais pas le choix, Sextus. » Le regard sévère de son vis-à-vis la décontenança un instant. Elle tordit ses mains contre sa panse et se tourna pour faire quelques pas loin de la charpente chargée de tension. « Cnaeus est décédé. Cela fait bientôt deux mois, maintenant. Les gens louchent sur la petite richesse qu’il m’a laissé et je crains de ne pouvoir garder mes enfants en sécurité, là-bas à Rome. » Avouer sa faiblesse, mettre des mots sur son impuissance - voilà de quoi mettre à mal l’image qu’elle s’était toujours évertuée à donner d’elle. Elle était une femme d’affaires, coudoyant son époux pour préserver d’eux cette image de marque qui les rendait si populaire. Maintenant qu’il n’était plus, on ne voyait en elle plus que le dragon assis sur son trésor. On distinguait chez les Horatius le manque de patriarcat affligeant. « Je te demande de faire fi des conflits que nous ayons pu avoir dans le passé. Tu es le seul homme de confiance, le seul homme demeurant de ma famille qui puisse comprendre les affaires de mon mari et préserver sa richesse durement acquise. » Car ils grimaçaient tous à l’idée de voir une femme reprendre le flambeau. L’épouse était là pour assister, être conseillée, mais jamais on ne lui accordait la même importance qu’un homme décisionnaire. Devait-elle informer Sextus de la menace de cet homme qui l’avait convaincu de quitter Rome - de l’amant qui s’était mis dans l’idée de menacer sa famille et sa réputation pour qu’elle se soumette à lui ? Non. Après toutes les suggestions qu’elle avait glissé aux oreilles de sa sœur concernant les hommes infidèles, insinuant que Sextus devait profiter du galbe de sa gladiatrice, elle ne lui donnerait pas une raison de plus pour l’accabler. Pulchra croisa les bras contre sa poitrine avant d’incliner son râble en direction de son interlocuteur. Elle n’avait rien de la vipère qu’elle avait pu être dès lors sa sœur toujours en vie. Non, pour la première fois dans sa vie, au-delà de cette dignité dont elle se drapait en permanence, Sextus pouvait distinguer la prière inquiète d’une louve acculée. « Si je n’avais pas eu Saxa et Baro, jamais je ne serai venue t’importuner de la sorte. Mais tu sais ô combien les langues peuvent être affutées par les ragots et mon fils est trop jeune pour décourager les plus audacieux. » Elle était dorénavant veuve, une brèche que bon nombre aurait vite fait de flairer pour tourner à leur avantage. Vu l’estime inexistante de Sextus pour sa personne, la belle se doutait qu’il puisse lui souhaiter tout le mal qu’elle ait pu causer par le passé - mais en faisant entrer l’équation de ses enfants dans le problème, elle désirait ardemment susciter en lui une once de bon sens et de préservation. Après tout, le laniste n’avait-il pas préféré laisser dire qu’il avait potentiellement tué sa femme plutôt que d’avouer qu’elle avait mis elle-même fin à ses jours ? « Crois-le ou non, j’ai beaucoup de regrets. Si ma relation avec Lavinia a toujours été complexe, je l’aimais et je n’ai jamais souhaité la perdre. » La confidence ainsi faite à demi-mots se solda par une profonde inspiration. Jamais elle n’aurait dû évoquer sa sœur car elle savait que ce sujet ne ferait qu’alimenter les griefs de Naevius à son égard.

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Message(#) Sujet: Re: L'amour est à la femme ce que la guerre est à l'homme

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L'amour est à la femme ce que la guerre est à l'homme

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