POMPEII fait un break jusqu'à début novembre pour se refaire une santé >>> Plus d'infos ici

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 Wolves at the gate. (Antiope)

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Message(#) Sujet: Wolves at the gate. (Antiope) Mar 14 Avr - 5:44

Wolves at the gate
Sextus Naevius Versutius & Antiope
Dans la pâleur de l’aube s’ébauchait sous les rayons le faciès taillé homme. Niché sur l’un des balcons de la villa, Sextus contemplait la vue qu’offrait Pompéi tout juste éveillée ; lente mais vigoureuse, blême mais bariolée, elle était à elle seule vallons de paradoxes qu’il se plaisait à scruter. L’atmosphère n’était pas encore appesantie par les multiples fragrances, et il régnait dans le sillage matutinal une quiétude encore fraîche – et ce bien malgré l’épicentre urbain dans lequel la demeure se situait. Drapé d’une tunique sombre – toujours sombre, depuis qu’il était veuf, un châtiment qu’il semblait s’être inculqué seul pour d’obscures raisons – il soutenait le panorama d’un œil taillé à la serpe, mais toutefois éreinté. Les jours fluaient et il ne trouvait guère de repos. Délaissé par les songes et la sérénité, il avait embrassé le tourment sans fin de l'anxiété corrosive qui dévorait jusqu’à ses nuits. Car la menace couvait, certes en dehors des murs citadins, mais aussi et surtout au-dedans ; la Rébellion grondait dans tout l’Empire, et l’on entendait ses rugissements jusque dans les tréfonds des venelles pompéiennes. Que lui fallait-il de plus que la preuve sanglante d’une armée en marche, pour guigner ses gens et gladiateurs comme les premiers antagonistes d’une longue liste ? L’esclave la plus féale devenait l’ombre d’un hypothétique crime, le moindre grognement de gladiateur se muait en une promesse de sédition ; il vivait entouré de loups affamés pouvant à chaque instant lui sauter à la gorge. Pour palier aux mornes supputations, il avait resserré sa poigne et fait couler sur la domus une austérité grave. La moindre faute était désormais rudement châtiée, et le maître ne lésinait plus sur les ordres et directives. Au fond la rigueur avec laquelle il régissait depuis une décennie son ludus s’était, en peu de temps, dissoute dans toute la villa. Hier encore, il avait fait fouetter aux sangs une recrue dans les rangs du ludus, et pour couronner le tout, il avait ensuite réitéré la pénitence sur un esclave. Le premier avait refusé par fatigue de se plier aux ordres du doctore, le second avait volé dans les cuisines, et tous deux avaient sustenté le dictat de Versutius qui amassait les mises en garde. Il y avait du bon à servir un laniste, et puis, en ces temps troubles, il y avait surtout du mauvais ; celui-ci ne détournait guère les calots devant la chair écorchée, moins encore devant les flots pourprins. Il était né dans le sang, avait été instruit par le sang, et régnait avec le sang. Il était de la pire engeance. Celle des bourreaux aristocrates.

Cette ère de terreurs était néanmoins signe de sa propre impuissance, il savait, comme bon nombre d’autres romains assez sagaces pour s’en préoccuper, que l’heure venue, il ne serait qu’une tête à bout de pique. Une liqueur rouge et chaude servant à oindre les lettres du mot vengeance bramé par ce Fils de l’Etna. Travestir son désarroi étant toutefois devenu une coutume chez lui, il accueillait chaque aube avec un identique aplomb, couvrant ses tremblements nerveux par la voix rauque et flegmatique de son éducation patentée. Les affaires continuaient, leurs aléas avec, et cette journée s’ouvrait sur une première entrevue qu’il avait décidée quelques minutes plus tôt. Il avait fait mander Antiope qu’un esclave s’était allé empressé de chercher dans les soubassements du ludus, puis avait convenu avec l’un de ses gestionnaires de décliner poliment l’invitation aux prochaines festivités des termes de Stabies – non sans agréer d’y envoyer quelques hautes têtes d’affiche de ses guerriers. Il était peu coutume de voir Sextus Naevius Versutius faire défaut aux mondanités, mais il n’était, malgré tous ses masques et artifices, vraiment pas d’humeur à festoyer. Moins encore à affronter les canines aiguisées d’ennemis et rivaux. Las et consterné, il préférait rester dans son antre et ne concéder que quelques visites ; comme celle que lui avait rendue Atia, femme de Lucius Aquillius. Au regard de leur récent partenariat, il avait accueillie l’épouse comme l’un de ses plus chers clients, et, après un certain temps à converser, ils en étaient arrivés à conclure un marché qui laissait encore au laniste un arrière-goût amer. Léguer sa meilleure gladiatrice aux arias du gardiennage l’aurait fait rire jaune, si la demande lui avait été parvenue d’une toute autre bouche. Mais pouvait-il seulement refuser une telle requête émanant d’un Aquillii ? Le couple était devenu un atout substantiel aux affaires du ludus, et il ne souhaitait que trop peu perdre leur collaboration. Soit. Il s’était plié à la demande. Et escomptait bien, par là même, renfoncer les liens commerciaux et donc alléger les prix de l’armurerie.

« Dominus. » L’esclave en question était revenu, chargé de son colis qui, tout juste réveillé, tenait encore sur ses traits l’arborescence du sommeil. « Ah. » Faisant volte-face vers les nouveaux venus, il quitta le balcon et entra dans l’immense pièce du bureau. Il faisait encore un peu sombre à l’intérieur, et des braséros avaient été allumés pour illuminer les encoignures de la salle marbrée. « Tu peux nous laisser. » L’asservi s’exécuta et ne restèrent plus que le laniste et la gladiatrice – tous les autres esclaves domestiques avaient eux aussi été congédiés quelques minutes plus tôt, signe vraisemblable que la discussion espérée se ferait dans un huis-clos le plus total. Il alla jusqu’à son siège, s’y assit et déroula l’échine jusqu’à sceller son râble au dossier, les deux paluches posées sur les accoudoirs. En face du bureau se dressait un autre siège, vers lequel il eut un mouvement du chef. « Je t’en prie. Prends place. » Le timbre pondéré n’était pas vraiment inouï chez lui qui considérait l’amazone en plus haute estime que la plupart de ses champions. Exempt de cette aménité naturelle qu’il adoptait habituellement à son encontre, il s’épargna néanmoins toute risette, et questionna en préambule. « As-tu soif ? Faim ? Sers-toi. » Devant, une cruche d’eau, un bock en argent et une assiette de mets raffinés patientaient qu’elle s’y penche. « Tu n’a pas dû avaler grand chose, mais je souhaitais m’entretenir avec toi avant que ne débute l’entraînement. » Un sourcil s’érigea, et la prunelle se durcit. « J’aimerais auparavant que tu m’éclaires sur cet esclandre proféré devant le ludus. Tu aurais, m’a t-on rapporté, eu des démêlées avec un vagabond. J’imagine que tu devais avoir une excellente raison de souiller mon nom, en te chicanant avec de la racaille devant tous les badauds de la cité…? »

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Dernière édition par Sextus Naevius Versutius le Lun 25 Mai - 2:35, édité 2 fois
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Message(#) Sujet: Re: Wolves at the gate. (Antiope) Ven 17 Avr - 15:47




-Antiope! Appela une voix qui lui paraissait provenir de bien loin.

A moitié entre rêve et réalité, la jeune femme avait du mal à reprendre pied. Tout était noir encore autour d’elle, à ceci près la porte de sa cellule, et à contre jour la silhouette semblait sortie tout droit des enfers. La fatigue était intense, Dominus avait exigé encore plus de la part de ses gladiateurs, sans doute pour leur éviter de trop penser à la révolte qui grondait au loin, mais les journées paraissaient de plus en plus longues à l’ancienne reine bretonne et les nuits de plus en plus courtes.

-Antiope ! Dominus te demande !

Après quelques instants, la jeune femme réussit à reprendre pied dans la réalité. Elle passa une main fatiguée sur son visage encore ensommeillé, et réussit tant bien que mal à s’asseoir sur sa couchette, ses muscles étaient encore bien endoloris.

-Dépêche-toi !

La jeune femme jeta un regard noir à l’esclave, qui regretta un instant d’avoir été aussi brusque avec elle. Vêtue encore de sa tunique qu’elle revêtait le soir après le bain, elle n’avait de toute façon pas grand-chose d’autre à porter pour se présenter au maître. Sa chevelure brune en bataille, elle la peigna à la va-vite avec les doigts avant de réussir à se lever et d’emboiter le pas au messager, se demandant avec angoisse ce que Dominus pouvait bien lui vouloir à l’heure où le soleil lui-même dormait encore. La veille, il avait fait fouetter presque à mort une des nouvelles recrues qui mettait de la mauvaise volonté à l’entrainement, et la rumeur voulait qu’il ait fait subir le même sort à un esclave dans la soirée. Si Antiope, bien qu’elle soit rarement convoquée, montait d’habitude sereinement à la villa, elle y allait aujourd’hui avec un peu d’angoisse au ventre. Dominus n’avait pas l’air d’être de très bonne humeur ces derniers temps. Les grilles pour passer du Ludus à la Villa s’ouvrirent devant l’esclave et la gladiatrice, qui passa à sa suite. La pierre lui paraissait bien froide sous ses pieds, contrairement à son habitude. A chaque fois qu’elle entrait dans la villa, la jeune femme était surprise par le luxe apparent. Depuis la mort de leur Domina, elle était bien moins souvent convoquée. A l’époque, celle-ci était persuadée qu’Antiope était la maîtresse de son époux, et chaque sortie de celui-ci entrainait réprimandes et colères de la Domina envers la gladiatrice, qui pourtant n’avait jamais bénéficié d’autre attention de la part de son maître que celle qu’il pouvait donner à un objet ne voulant pas voir abimé en dehors de son usage premier. Elle passa les pièces toujours en suivant l’esclave jusqu’au bureau de leur Dominus.

-Dominus, lança l’esclave pour signifier leur arrivée.

Sextus tourna la tête vers eux, et son regard croisa celui d’Antiope, qui par habitude désormais, baissa les yeux.

-Ah. Tu peux nous laisser, intima-t-il à l’esclave qui s’inclina et s’exécuta.

Antiope connaissait les rumeurs qui courraient sur elle et le maître, mais n’y avait jamais véritablement fait attention. Elle savait que c’était faux, et cela ne lui apportait aucun avantage une fois sur le sol de l’arène. Non. Mais elle était sans doute l’une des plus fidèles, pour la simple et bonne raison que Dominus avait permit que les romains ne posent plus leurs mains sur elle. Du moins pas les hommes, mais cela  elle ne le savait pas encore. Mais cela ne l’empêchait pas de chercher à tout prix la liberté, comme presque tous les gladiateurs.

Par habitude et respect, la jeune femme attendit que Dominus parle en premier, ce qu’il ne tarda pas à faire, dardant ses yeux clairs renforcés par ses traits tirés sur la gladiatrice, une fois assis à son bureau :

-Je t’en prie. Prends place. As-tu soif ? Faim ? Sers-toi.

Antiope tendit la main vers un fruit et s’assis sur le siège qui lui était proposé. Elle avait beau avoir l’habitude, elle restait toujours sur ses gardes.

-Tu n’as pas dû avaler grand-chose, mais je souhaitais m’entretenir avec toi avant que ne débute l’entraînement.

La gladiatrice mordit avec parcimonie dans le fruit  qui lui avait été proposé, ne voulant pas perdre ses moyens face au maître.

-J’aimerais auparavant que tu m’éclaires sur cet esclandre proféré devant le ludus. Tu aurais, m’a t-on rapporté, eu des démêlées avec un vagabond. J’imagine que tu devais avoir une excellente raison de souiller mon nom, en te chicanant avec de la racaille devant tous les badauds de la cité…?

Doctore avait été obligé de parler… Lui, ou un autre gladiateur, d’ailleurs. Elle ne voyait pas Doctore déformer la réalité à ce point. La jeune femme releva les yeux qu’elle avait gardés sagement baissés jusque-là, pour rencontrer à nouveaux ceux de Dominus, un peu plus durs qu’auparavant.

-Pardon, Dominus. Je ne tenterai pas de le nier. Je n’ai fais que me défendre quand il m’a attaquée. Je ne sais qui vous a rapporté l’incident, mais si ce n’est pas Doctore, vous pourrez-le lui demander. Il ne faisait de toute façon pas le poids contre moi, et il ne m’a fallut qu’un instant pour le renvoyer dans la poussière à laquelle il appartient.

Inutile de se perdre dans de vaines conjonctures ou une argumentation inutile. Elle savait par expérience que Dominus se faisait son opinion, et une fois celle-ci faite, il était difficile de le faire changer d’avis.

-Toutes mes excuses, Dominus. Si je dois être punie, qu’il en soit ainsi.

Elle baissa de nouveaux les yeux, comme si la flemme qui l’avait habitée un instant, cette flamme d’orgueil bretonne, l’avait quittée à nouveau. Jamais auparavant elle n’aurait accepté de se laisser aller à un tel comportement, mais il y allait de sa survie, et de sa possible liberté, un jour.

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   « You are the one they spoke about
You never believed you’d make it out »



 
     

   il n’avait que ses premiers vaisseaux lorsqu’il atteignit la Bretagne, vers la quatrième heure du jour , et là, il vit, sur toutes les collines, les troupes des ennemis sous les armes. La configuration du lieu était telle, la mer était si resserrée entre les monts, qu’on pouvait des hauteurs lancer des traits sur le rivage.    

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Message(#) Sujet: Re: Wolves at the gate. (Antiope) Lun 25 Mai - 1:57

C’était en fait une vague connaissance des faubourgs de la cité qui était venue lui murmurer l’empoignade jouée sous son ludus. Un riche marchand de tissus, à la langue fichtrement bien pendue, qui l’avait hélé en plein forum pour lui transmettre et ses salutations distinguées, et le fieffé quolibet allant de pair. Si le quidam était resté de plus respectueux, il avait toutefois poissé son verbe d’une évidente raillerie supposée récréer les badauds alentour. Mais peu avaient ri, surtout lorsque, sur le profil de l’intéressé, s’était glissé le rictus fauve que l’on attend d’un prédateur. Versutius avait fort heureusement eu l’intelligence de ne point prendre mouche devant la foule plébéienne, car il savait qu’à ce nombre d’yeux et oreilles, il ne fallait pas sacrifier la frêle architecture du renom. Un mot de trop, et au lendemain tout Pompéi aurait susurré l’odieuse démêlée. Or, s’il condamnait d’avance l’infraction commise par son amazone, ce n’était pas pour, à son tour, jouer au dogue que l’on enrage si aisément.

« Peu m’importe ce que Doctore en dira. La vérité est une affaire peu courante dans les entrailles de cette ville. Seuls comptent les faits. Et les faits t’incriminent. »

Il garda pour lui l’indicible approbation qu’il ressentit à l’écoute de cette fierté sauvage. Cette propension quasi régalienne et décidément noble qu’elle avait de considérer chacun de ses combats – fussent-ils dans les illustres arènes pompéiennes, comme sur les piètres pavés citadins. Il n’était pas là pour l’encenser, quand bien même, nombre de fois, il lui avait prouvé à force d’éloges tacites son évidente estime. Jusque ses ridules fermes ne trahirent guère ses pensées, et lorsque fut abordée la probable sanction, l’homme maintint son silence jusqu’à ce que les flammes seules des braseros ne viennent l’interrompre. Observant la belliciste sous toutes les coutures possibles, il parut méditer sur la question en même temps que s’écrêtait, sur son front, une profonde ride courroucée. Il n’appréciait pas la situation. C’était indéniable. Épuisé de devoir sévir dans la maisonnée, dépité par ce que son devoir lui sommait, il cherchait dans les entrelacs de ses réflexions un moyen – quelconque – pour pallier à la correction prévue.

« Tu dois l’être, en effet. »

Le gravier de sa gorge s’était brusquement animé après une interminable halte. Les orbes aciers de Naevius plongèrent à l’égale d’une lame dans le regard de sa gladiatrice, puis, sans un trémolo, il reprit.

« Les récents évènements m’incitent à brimer la moindre incartade. Tu seras flagellée à titre d’exemple. Dix fois. »

Le geste qui s’ensuivit eut le mérite d’être clair ; il n’y avait chez lui pas la moindre salve de remords, moins encore d’indulgence. Dompter était une affaire de famille, une préséance qui coulait autant dans ses veinules que dans son poitrail. Il n’était guère étonnant de l’entendre sonner le glas de la plus roide des manières, la prunelle exempte d’une moindre fêlure. Après avoir amorcé ce mouvement lapidaire, il prit partit de se relever et de s’éloigner de quelques pas.

« Malheureusement… »

Le froissement des étoffes sombres drapant sa stature escorta aux tympans de la sylphide une singulière variation de voix. Un allégement subtil de timbre qui se concrétisa par la suite, tandis que, quiet et nonchalant, le laniste scrutait par le balcon ouvert Pompéi s’éveillant.

« Je me suis engagé auprès d’Atia Aquillia à lui offrir tes services. Quel genre de fournisseur ferais-je si je lui livrais un produit enlaidi ? Bien qu’elle ne veuille de toi que tes adroites prédispositions martiales, il serait inconvenant de t’affaiblir à coup d’escarres après lui avoir assuré tes prodigieux talents. »

Voilà. Il l’avait trouvée, sa parade. Invoquer les exigences du négoce pour sauver la carne – et l’orgueil – de la gaélique, tout en défendant son entière autorité. Bras croisés sur le râble, il entonna tout en revenant jusqu’à Antiope.

« Atia souhaite une protection discrète. Protection que tu sauras, je le sais, accomplir à merveille. Sache néanmoins cela : je ne veux plus aucun retour négatif, j’espère que c’est bien clair. La frasque advenue avec ce vagabond était ta dernière fredaine extra-ludus. Lorsque tu déambules dans les ruelles de la cité tu rôdes en mon nom seul. Qu’importe la silhouette qui t’accompagne, qu’importe le rôle que l’on t’attitre, n’oublie jamais la maison à laquelle tu appartiens. La mienne. Et je ne tolérerai pas qu’on éclabousse de fange des années de labeur. Moins encore par vanité. La prochaine fois qu’un chien aboie, passe ton chemin. »

Le ravin s’était amoindri entre maître et esclave, tant et si bien qu’il était à présent assez proche pour distinguer chaque détail du faciès mordoré. L’aparté couronné d’un intraitable sourcil, il ordonna sitôt.

« Relève-toi. »

Et lorsque fut exécutée la besogne, il torsada la nuque pour se saisir d’une coupe de vin traînant parmi les mets. A défaut d’y lamper la moindre goutte, il la tint entre ses doigts avant d’expliquer.

« Tes congénères s’attendent tous à ce que soit dictée ta punition. S’ils ne te voient pas sortir d’ici mutilée comme se doit, ils croiront ton châtiment prorogé à demain. Et si de ta pénitence, ils n’en distinguent pas la moindre preuve les jours à venir, ils penseront à une faveur. Un privilège dommageable autant sur mon emprise, que sur ta personne. La jalousie corrompt volontiers les esprits, même les plus fraternels. »


La rumeur avait vite rejoint les rangs. Au retour du forum, sa colère avait éclatée dans l’enceinte de la demeure, et avait ricoché sur les oreilles tendues de quelques serviteurs. Suffisamment pour que, telle une pandémie, les commérages soient allés abreuver le ludus de la dernière aigreur patronale. Du menton, il indiqua la tunique qu’elle portait.

« Déshabille-toi. Le vin maculera suffisamment tes nippes pour tromper leurs regards indiscrets. Quelques grasses tâches rouges, et ils te penseront écorchée. »

Elle n’avait de toute manière pas à les croiser. Tout au plus la verraient-ils traverser le long corridor sans pouvoir l’approcher, puisque des barreaux subdivisaient intelligemment les deux sexes – pour des raisons évidentes. Il donnerait ensuite l’ordre qu’elle ne quitte pas ses quartiers, prétextant la visite de Medicus pansant ses plaies. Les cicatrices qu’elle possédait déjà sur l’entièreté du corps feraient l’affaire, et l’on supposerait, dans un jour ou deux, que le praticien avait excellemment œuvré sur ses entailles.
Il présenta sa dextre, attendant qu’elle lui lègue ses frusques pour les imbiber promptement.

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Message(#) Sujet: Re: Wolves at the gate. (Antiope) Sam 30 Mai - 20:47

-Peu m’importe ce que Doctore en dira. La vérité est une affaire peu courante dans les entrailles de cette ville. Seuls comptent les faits. Et les faits t’incriminent.

Le couperet était tombé, et il était inutile d’argumenter. Antiope se contenta de baisser les yeux, tout en serrant les poings, enfonçant ses ongles pourtant coupés courts dans ses paumes rendues plus dures par le maniement des armes. Décidément, elle n’avait rien de ces beautés que les romains vénéraient tant, à l’image de leur déesse Vénus, protectrice de la cité : de taille moyenne, féminines, pulpeuses, à la peau diaphane et immaculée, maquillées, coiffées, parées d’étoffes les plus belles et les plus coûteuses, clinquantes de bijoux. La bretonne faite amazone pour les jeux était grande, trop, presqu’autant que les hommes dont elle partageait la vie, toute en muscle, la peau couturée de cicatrices, tannée par les vents de Bretagne et le soleil d’Italie. Disgracieux. Elle allait finir par donner raison à celui par la faute de qui elle se trouvait dans le bureau de Dominus de si bon matin : une chienne de garde à la solde d’un romain pour l’amusement des autres, devant qui elle baissait les yeux en attendant le jugement, juste ou non, comme l’avait sous entendu Dominus, cela n’avait pas d’importance.

-Tu dois l’être, en effet, acquiesça-t-il quand Antiope parla de la punition.

La jeune femme releva les yeux et soutint le regard de Dominus, yeux d’un bleu aussi tranchant que la lame de ses armes, contre yeux noirs reflétant tout ce qui se trouvait autour d’elle, attendant la suite. Ses ongles laisseraient une marque dans ses paumes à n’en pas douter.

-Les récents évènements m’incitent à brimer la moindre incartade. Tu seras flagellée à titre d’exemple. Dix fois.


Antiope se retint de protester vivement. La chose était inutile, et si elle se rebellait, la punition risquait d’augmenter, et serait sans doute accompagnée de marques dues aux liens qui la retiendraient. Dominus pourtant s’éloigna, laissant peser un silence un rien théâtral. Le maître avait ses manies, et celle-ci en était. Il ne doutait jamais et réfléchissait à chaque situation bien longtemps avant d’agir ou de prendre une décision. Aussi Antiope ne fut pas tellement étonnée – et surtout vivement soulagée – quand il reprit :

-Malheureusement…


Etait-ce une once de contentement qu’elle entendait dans sa voix ? Savoir Dominus aussi soulagé qu’elle lui donna un sentiment étrange. Il continua toujours, sans la regarder, fixant Pompéi par le balcon.

-Je me suis engagé auprès d’Atia Aquillia à lui offrir tes services. Quel genre de fournisseur ferais-je si je lui livrais un produit enlaidi ? Bien qu’elle ne veuille de toi que tes adroites prédispositions martiales, il serait inconvenant de t’affaiblir à coup d’escarres après lui avoir assuré tes prodigieux talents.

Antiope laissa sa respiration reprendre un rythme normal. Dix coups de fouets, ce n’était pas rien, même avec son endurance physique. Ce n’était pas tant la douleur sur le coup que celle qu’elle ressentirait pendant des jours et l’handicaperait dans son entrainement qui l’avait inquiétée. Quant à la raison… Il n’était pas rare que des particuliers louent les services de certains gladiateurs pour leur garde personnelle quand ils en avaient besoin. Si Atia Aquillia avait loué les services d’Antiope, c’était certainement parce qu’elle était une femme ayant des affaires de femmes à mener, et qu’elle ne faisait pas confiance à une escorte masculine. Antiope avait rarement opéré ce genre de service, mais elle en connaissait la teneur.

Naevius revint vers elle, toujours assise sur le siège qu’il lui avait offert à son arrivée, expliquant plus avant la tâche de la gladiatrice, qui n’en perdait pas une miette.

-Atia souhaite une protection discrète. Protection que tu sauras, je le sais, accomplir à merveille. Sache néanmoins cela : je ne veux plus aucun retour négatif, j’espère que c’est bien clair. La frasque advenue avec ce vagabond était ta dernière fredaine extra-ludus. Lorsque tu déambules dans les ruelles de la cité tu rôdes en mon nom seul. Qu’importe la silhouette qui t’accompagne, qu’importe le rôle que l’on t’attitre, n’oublie jamais la maison à laquelle tu appartiens. La mienne. Et je ne tolérerai pas qu’on éclabousse de fange des années de labeur. Moins encore par vanité. La prochaine fois qu’un chien aboie, passe ton chemin.

-Oui, Dominus. Je ne vous décevrai pas.

Que répondre de plus ? Antiope n’était pas réputée pour être loquace. La parole, mal pesée, coûtait cher. Antiope était de loin la plus fidèle au maître, il le savait, elle n’en doutait pas, dû au traitement de faveur qu’elle recevait au sein du Ludus. Sans doute était-ce pour cela qu’il exigeait un comportement exemplaire de la part de la gladiatrice, en retour de ce qu’elle lui devait.

-Relève-toi.

Alors qu’elle s’exécutait, lui faisant face, il saisit une coupe de vin sur le bureau, mais n’en bu pas. Antiope observait son maître. Encore si jeune, et en même temps au visage durcit par les décisions et le manque de sommeil, qui le vieillissaient de façon marquée. L’ambition et le labeur avaient sans doute aidés à cet effet. Elle fut coupée dans ses pensées.

-Tes congénères s’attendent tous à ce que soit dictée ta punition. S’ils ne te voient pas sortir d’ici mutilée comme se doit, ils croiront ton châtiment prorogé à demain. Et si de ta pénitence, ils n’en distinguent pas la moindre preuve les jours à venir, ils penseront à une faveur. Un privilège dommageable autant sur mon emprise, que sur ta personne. La jalousie corrompt volontiers les esprits, même les plus fraternels.


« Congénère »… Ce mot sonnait plus comme celui que l’on emploi pour des animaux… Et malgré les termes élogieux tel « champion » ou « dieu de l’arène », c’était bien ce qu’ils étaient aux yeux des romains. Mais elle savait que Naevius avait raison, sous leurs, pieds, c’était bien la loi du plus fort, comme dans la jungle, qui régnait. Nombre de rumeurs avaient courues sur Antiope et le maître. Rumeurs rapportées par les esclaves ou les gladiateurs ne comprenant pas pourquoi Antiope, elle, était hors de portée de la concupiscence des romains cherchant à satisfaire leurs besoins primaires avec ces esclaves faiseurs de rêves qu’étaient les gladiateurs, concupiscence à laquelle les autres gladiateurs étaient bien obligés de se soumettre. Du temps de leur domina, la chose était venue à ses oreilles, et à chaque sortie du maître, Antiope devenait la victime de la jalousie et de la paranoïa de celle-ci. Dominus en avait-il eut connaissance ? Son épouse lui avait-elle fait des scènes de jalousie ? Elle l’ignorait, et ça aurait été présumé de son rang que de lui demander des confidences, elle s’en garda bien. Ce n’étaient que des rumeurs, jamais Naevius n’avait porté la main sur elle.

-Déshabilles-toi. Le vin maculera suffisamment tes nippes pour tromper leurs regards indiscrets. Quelques grasses tâches rouges, et ils te penseront écorchée.

Antiope fixa son maître dans les yeux, hésitante. Etait-il sérieux ? Si à l’instant, un esclave entrait, la rumeur partirait encore plus surement et de plus belle. La jeune femme redeviendrait le sujet des tourments de ses « frères » qui n’avaient rien de fraternels. Pourtant Naevius était bel et bien sérieux. Et il n’entendait pas qu’on lui désobéisse, ou les coups de fouets deviendraient réels. Antiope porta donc la main au petit cordon qui fermait sa tunique au niveau du col et le défit avant de l’écarter de manière à ce que ses épaules passent et le fit glisser jusqu’à terre. Elle se retrouva nue devant son maître. Ce n’était pas la première fois, et pourtant elle en ressenti un léger malaise. Malaise qu’elle dissimula en enjambant le vêtement au sol, et se baissant souplement pour le ramasser avant de le tendre à Naevius qui avait tendu la main pour s’en saisir. Sa peau couverte de cicatrices, dont certaines dataient de Bretagne mais la plupart de l’arène, frissonna dans l’air encore frais du matin. Un reflexe lui fit ramener ses bras autour de son corps, qu’elle réussit à juguler. Quel était l’intérêt ? Elle observa Domins recouvrir sa tunique de vin, par tâche disparates, à croire qu’il n’avait oublié aucun détail.

-Personne ne doit être au courant… J’en déduis que c’est aussi vous qui allez m’appliquer ceci ? demanda la jeune femme en désignant qu’elle devinait contenant la graisse rougie dont il avait parlé quelques instants plus tôt.

L’idée d’avoir Dominus lui passer ce genre de pommade sur le dos lui paraissait étrange et saugrenue, pourtant elle ne pouvait se la mettre seule à cet endroit du dos. Aussi dut-elle se retourner et écarter sa chevelure brune, la ramenant sur une épaule pour faciliter la tâche à Naevius. Le silence lui paraissait étrange et pensant et elle prit sur elle de le briser pour alléger quelque peu l’ambiance.

-Quand Atia Aquilla a-t-elle besoin de mes services et où veut-elle se rendre ?

La question avait un pur but pratique. Si la chose avait lieu bientôt et de jour, cacher les fausses marques aux autres gladiateurs serait facile. Mais si elle avait lieu de nuit, comme c’était plus probable, Antiope devrait trouver une excuse pour expliquer son état de fatigue. La douleur de son dos qui l’empêchait de dormir ? Sans doute. Quant au lieu, si Dominus le connaissait, ce qui n’était peut être même pas le cas, il aurait été utile de savoir si les deux femmes allaient se rendre dans un quartier dangereux de Pompéi ou non. La première possibilité était la plus probable, on faisait rarement appel à un gladiateur pour une balade au clair de lune. Penser à tout plutôt qu’à cette situation fort étrange, de si bon matin, dans le bureau de Dominus.

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   il n’avait que ses premiers vaisseaux lorsqu’il atteignit la Bretagne, vers la quatrième heure du jour , et là, il vit, sur toutes les collines, les troupes des ennemis sous les armes. La configuration du lieu était telle, la mer était si resserrée entre les monts, qu’on pouvait des hauteurs lancer des traits sur le rivage.    

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Message(#) Sujet: Re: Wolves at the gate. (Antiope) Sam 6 Juin - 1:46

Dépouillée de ses pétales blêmes, ce fut une fleur, d’un tout autre genre que les archétypes pompéiens, qui se divulgua sous son regard marmoréen. Elle n’avait pas la grâce féminine de ces naïades à la pureté séraphique, moins encore leur carne qu’elles fourbissaient à force d’onguents et de bains de lait d’ânesse, mais elle détenait la splendeur sauvage de ses terres natales. Une somptuosité damasquinée de balafres chantant nombre de victoires. Une magnificence gravée sur le relief de ses chairs, telle une parure fauve se délassant à mesure que les reflets des flammes lichaient ses courbes. Empli par l’immuable respect qu’il observait à l’égard de feue la reine septentrionale, Versutius fit en sorte de ne guère trop embrasser la silhouette dévêtue, saisissant sans mot dire l’étoffe qu’elle lui tendait. Indéniablement, Antiope était exquise. Peut-être eut-il la faiblesse de le lui signifier dans un bref échange de regard, ou peut-être bien eut-il la roideur nécessaire pour astreindre tout excédant adorateur pouvant combler la gêne qu’il sentait poindre chez elle. En tous les cas, l’échange se passa, fort heureusement, bien trop vite pour que la moindre ambiguïté ne soit pas aussitôt écartée. Rabattant ses orbes contre le tissu glané, il s’affaira à la besogne en pliant la tunique et en la faisant tremper dans le calice chargé de vin. Il était fondamental de n’imbiber que la partie dorsale, sans non plus gorger à l’extrême les carrés du textile. Suffisamment, toutefois, pour que les amples tâches sombres et pourprines passent, aux yeux d’un auditoire distancé, pour d’irréfutables preuves d’un châtiment prodigué. Tout affairé à son consciencieux labeur, il s’immobilisa néanmoins lorsque l’interrogation fusa. Un coup d’œil fut jeté à la pâte de fruits rouges qu’il n’avait jusqu’alors pas été certain de devoir utiliser. « C’est fort probable. » Son ton ne souffrit d’aucun trémolo. Pas une once d’hésitation. L’unique incertitude qui subsistait était de savoir si, oui ou non, la chose serait nécessaire. Reposant la coupe d’un argent travaillé, il déploya l’étoffe entre lui et la gladiatrice, pour l’examiner dans un sempiternel mutisme. Le résultat était peu convainquant et respirait l’alcool à plein nez. Ravalant sa circonspection saupoudrée d’un silencieux déplaisir, il baissa l’œuvre et la reposa sur les bordures de la tablée. Plus que plausible, c’était dorénavant indispensable qu’il accroisse l’imposture d’une texture carnée. Récoltant le bol et sa garniture, il s’en macula les doigts et ordonna, laconique. « Tourne-toi. » À la poitrine galbée et à l’intimité taillée au naturel, succédèrent le râble cintré et la croupe ferme. Il lorgna, évidemment, comme tout homme normalement constitué l’aurait fait, puisqu’il avait dépassé l’âge de s’effaroucher devant la moindre nudité – d’autant que la situation restait on ne peut plus claire au regard de toute bienséance. Il était son maître et disposait à sa guise de la liberté qu’on lui avait ôtée sur les landes de la Britanie. Une prérogative qui pouvait en galvaniser plus d’un, mais qu’il s’obligeait à taire. Il n’était point de ces dominus qui profitaient sciemment de leurs esclaves, non pas qu’il trouvait l’acte parfaitement vicieux, mais qu’il ne délogeait la réelle extase, voluptueuse et passionnée, que dans l’unique connivence entre deux partenaires. Fourrer pour fourrer, cela, il le laissait volontiers aux chiens et à la gueuserie des bas-fonds.

Froide, la pâte trouva les saillies cicatricielles. D’abord malhabile quant à la façon de s’y prendre, il adopta incessamment le rythme adéquat pour enduire au mieux la toile nullement virginale. Aborder les plaies antiques de sa guerrière s’avéra plus charnel qu’il ne l’aurait véritablement cru. C’était poser ses phalanges sur des cris et des pleurs enterrés dans les tréfonds de ce corps. C’était cajoler un passé que nul être en cette cité n’avait le mérite de connaître. C’était apprécier de masser des muscles tendus qui roulaient sous le derme, et goûter à la tiédeur manifeste d’un corps qu’il avait tout juste frôlé au terme de longues années. Car au plus feue son épouse s’était évertuée à l’incriminer d’adultère, au plus il avait restreint ses huis-clos avec Antiope. Non pas par crainte, mais par harassement. Lavinia l’avait eu à l’usure, à l’image des vagues épuisaient les récifs à force de cruauté abrasive. Et cette matinée à l’aube mordorée signait enfin l’issue de cette interminable prohibition. Il avait recouvré son libre-arbitre et cette désinhibition de toute probité lui procurait, à chacune de ses applications, la délectation d’une certaine délivrance. Finalement, il rétorqua d’un timbre quiet, sans suspendre son geste. « Tu entreras à son service dans les jours prochains. » Il prit une pause, graissant une autre section de peau, cette fois en direction des lombes. « Elle m’a dit mener une enquête autonome sur le trépas de sa sœur. Bien qu’elle puisse vouloir me leurrer pour tranquilliser mon esprit… Je ne crois pas qu’aucun de mes clients n’ait jamais été outrancièrement sincère au regard de leurs petites activités. C’est une marotte à laquelle je me suis accoutumé, tant que mes effectifs reviennent intacts et immaculés de tout crime répréhensible. » Il aurait été obtus ou crédule de le soupçonner altruiste, voire tout à fait dogmatique à l’égard des lois pompéiennes ; car c’était avant tout égoïste. Il ne souhaitait mêler aucun de ses hommes à la moindre suspicion scélérate, puisqu’il ne souhaitait participer à aucune poursuite judiciaire. C’étaient à la fois son renom et sa fortune, qui étaient en jeu. Pétrifiant sa paluche avant qu’elle ne dévale plus en-deçà – c’est à dire, à la limite de la décence –, il rétracta son bras et, sourcils froissés, émit avec raideur. « Je te défends d’étreindre le moindre péril. Si les ordres d’Atia Aquillia paraissent, à ton sens, outrepasser ton rôle de garde, je t’attribue le droit de refuser ladite injonction au nom de ton maître. Il m’incombera seul de justifier ta prudence, si tant est que je trouve légitime l’admonestation de ton acquéreuse. N’est pas encore né le chaland qui me dira quoi faire. » Il traitait ses plus précieux clients tel qu’on traitait des rois, mais sa poigne de fer, plus encore que son sens aiguisé pour les affaires, avait tant et si bien bâtie sa renommée que l’on savait pertinemment dans quoi plonger lorsqu’un accord était passé avec la maison Naevius.

Décidant de poursuivre son ouvrage – avec une lenteur peut-être trop évidente pour être tout à fait vertueuse –, il paracheva, dardant le vertige de la nuque féminine. « Parle sans crainte. J’aimerais entendre tes pensées. Quelles qu’elles soient. » Il souhaitait sûrement connaître ses appréhensions ou ses réserves à l’étude de cette mission. Ou bien peut-être convoitait-il, viscéralement, les réflexions qui naissaient chez elle à mesure qu’il pétrissait sa chair de caresses secrètes.

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Message(#) Sujet: Re: Wolves at the gate. (Antiope) Mer 10 Juin - 23:07

Antiope était bien loin d’être à l’aise dans cette position de faiblesse qu’elle ne connaissait plus que très peu depuis son entrée au Ludus Naevii. Le fait de porter cette marque, ce « N » sur son avant bras, l’avait mise à l’abri de bien des brimades et autres intérêts plus ou moins malsains, pourtant, derrière la personnalité forte, apparemment impénétrable de la jeune femme, facette qu’elle avait récupérée en ces lieux après avoir oublié qui elle était pendant plus de deux longues années, se tenait toujours une certaine insécurité et fêlure qui l’éveillait parfois la nuit dans de silencieux cauchemars. Eithne, celle qu’elle avait été, avait beau être morte, elle renaîtrait de ses cendres le jour où elle acquerrait enfin le rudus et pourrait quitter ce ludus, Pompéi, et l’Italie pour retrouver la Bretagne et faire payer à ceux qui l’avait réduite à cette attraction qu’elle avait été depuis, dans différents domaines. Mais il fallait en passer par bien des épreuves, et celle-ci n’en était pas des moindres. Docile ? Antiope pouvait l’être, un chien de mort pas la main qui le nourrit, et qui ne le bat pas. Juguler cette voix en elle qui lui criait de se dérober à ce contact qu’elle redoutait, de part de mauvais souvenirs.

La seule manière de rester calme et de ne pas avoir une de ces réactions vives de louve, était se concentrer sur autre chose que cette main, qui n’était pas celle du masseur Lucanus mais d’un homme qui avait pouvoir de vie ou de mort pour elle, était de parler, chose presque incroyable de la part de la taciturne bretonne qui ne parlait jamais aux personnes libres que quand on l’y autorisait, et par mots soigneusement comptés et pesés, c’était donc preuve qu’elle était mal à l’aise. Se concentrer sur sa tâche auprès d’Atia Aquilla Pia était la meilleure diversion qu’elle pouvait offrir à son esprit en  cet instant.

-Tu entreras à son service dans les jours prochains. Elle m’a dit mener une enquête autonome sur le trépas de sa sœur. Bien qu’elle puisse vouloir me leurrer pour tranquilliser mon esprit… Je ne crois pas qu’aucun de mes clients n’ait jamais été outrancièrement sincère au regard de leurs petites activités. C’est une marotte à laquelle je me suis accoutumé, tant que mes effectifs reviennent intacts et immaculés de tout crime répréhensible. Je te défends d’étreindre le moindre péril. Si les ordres d’Atia Aquillia paraissent, à ton sens, outrepasser ton rôle de garde, je t’attribue le droit de refuser ladite injonction au nom de ton maître. Il m’incombera seul de justifier ta prudence, si tant est que je trouve légitime l’admonestation de ton acquéreuse. N’est pas encore né le chaland qui me dira quoi faire.

Antiope se contenta de vaguement hocher la tête en réponse. La main badigeonnant son dos lui donnant du mal à se concentrer, montant et descendant. Contrairement au début, elle ne lui donnait pas que des sueurs froides, à sa plus grande surprise. Elle finissait presque par trouver le contact agréable… Presque. Mais quand elle descendit bas, bien bas, la jeune femme se crispa à nouveau. Heureusement, elle arrêta sa course et remonta pour simuler une nouvelle strie du fouet. Antiope eut pourtant envie de se dérober à la poigne de son Dominus et ne retint qu’au prix d’un immense effort le réflexe qui la voulait faire un pas en avant pour s’éloigner de l’attraction que soudainement Naevius exerçait sur elle et qui en même temps lui donnait envie de s’échapper. Elle tenta de ramener ses pensées sur sa mission. Mission peu étrange pour un gladiateur, puisque leur stature et leur dextérité à manier les armes les rendaient redoutables et les meilleurs gardes du corps qu’on puisse demander. Mais c’était en général des hommes influents ayant des règlements de comptes à faire, il était rare qu’une femme demande ce genre de service, et encore moins d’une autre femme. Antiope ne savait pas dans quelle histoire on venait de la trainer malgré elle, et si, comme Sextus le disait, Atia Aquilla Pia avait menti, elle serait dans de beaux draps, avec la patricienne. Si les choses tournaient mal, et quoi qu’en dise Naevius, la faute serait celle de l’esclave, et de l’esclave seule, gladiatrice ou pas. Elle doutait que la famille Aquilli laisse un faux pas passer, et si Naevius était au dessus de toute attaque, l’esclave, elle, ne le serait pas. Elle inspira profondément. Ce serait une nouvelle épreuve, une de plus dans cette vie que jamais, adolescente, elle n’aurait imaginée. Elle était à des lieux, physiquement et moralement, de ce qu’elle aurait pu penser plus jeune, de toute façon.

Les ongles de la jeune femme s’enfoncèrent à nouveau dans sa paume, pour ne pas penser. La douleur, la vraie, pas celle que son dominus était en train de simuler sur son dos, à petite dose, l’avait toujours aidée à mieux appréhender la réalité. Elle hésitait entre vouloir que l’instant se prolonge, et vouloir qu’il s’arrête immédiatement, et qu’elle puisse remettre ses vêtements, même humides.

-Parle sans crainte. J’aimerais entendre tes pensées. Quelles qu’elles soient.

La voix de Naevius finit de briser le charme. De la manière la moins brusque possible, Antiope se décala d’un pas.

-Je pense que ça devrait les convaincre.


Ne venait-il pas après tout de lui dire de parler sans crainte ? Elle récupéra la guenille qui lui servait de tunique, désormais maculée de vin, qui lui colla quelque peu à la peau du dos, et sentait fort. Elle se demanda un instant si quiconque allait être dupe. Elle était en tout cas irrécupérable, et il faudrait la bruler pour ne pas laisser de trace. Eirenn s’en chargera, elle ne dirait rien, Antiope savait pouvoir lui faire confiance. Elle se retourna face à son dominus, les cheveux toujours ramenés sur le côté pour ne pas imbiber l’épaisse masse brune d’alcool et réfléchit un instant à ce qu’elle allait dire. Elle ne devait pas se tromper dans ses mots si elle ne voulait pas provoquer son ire, qu’elle connaissait fatale, et à laquelle elle avait échappée. Les fausses marques sur son dos pouvaient bien vite devenir réelles.

-Si Atia Aquilla connaît exactement les termes du marché, il ne devrait pas y avoir de problèmes.


Pour avoir vu la jeune femme, quoi que de loin, Antiope savait pouvoir la maîtriser et lui imposer sa volonté en cas de danger, le tout serait d’être assez réactive et de ne pas tomber tête baissée dans un piège. Elle détestait aller à l’aveuglette. Au moins, dans l’arène, elle savait toujours plus ou moins à quoi elle allait se frotter. Il y avait autre chose pourtant qui trottait dans la tête de la gladiatrice, chose dont elle n’avait parlé à Dominus, jamais, de part la violence verbale des réactions de Domina, mais pourtant, peut être que…

-Dominus, il y a … autre chose.


Elle ne savait pas comment le dire. Ce n’était pas la langue des romains, quoi que faite de fourberie, qui l’empêchait de s’exprimer, mais la manière en elle-même. Même dans sa propre langue, quoi que ce problème précis, jamais ne se serait présenté au sein de son peuple, elle n’aurait su comment aborder le sujet. Elle réussit pourtant à se lancer, le tête à tête et ce qui en avait suivit ravivant d’ennuyeux souvenirs.

-Jadis, à mon arrivée ici et dans les mois qui ont suivi, de nombreuses rumeurs avaient couru au sein de la villae et du ludus, sur la relation qui nous liait, bien différente de celle d’un dominus et de sa gladiatrice. Si ce genre de relation ne choque personne avec une esclave, au sein du ludus, cela peut être défavorable. Pire, au sein de Pompéi.


Antiope se tue, sachant qu’elle avait passé la ligne de ce qui était autorisé pour un gladiateur. Elle n’était ni scribe, ni secrétaire, et avait peur d’avoir outrepassé ses droits, en si peu de mots pourtant. Mais la situation au sein du ludus pouvait devenir dangereux pour elle si la jalousie naissait. Pire, elle ne voulait pas que Dominus puisse songer qu’elle avait elle-même lancé cette rumeur. Après tout depuis des années il ne l’avait pas convoquée en son bureau seule, que savait-il réellement du caractère de la jeune femme ? Elle baissa les yeux, prête à subir la colère de l’homme qui avait tout pouvoir sur elle.

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Message(#) Sujet: Re: Wolves at the gate. (Antiope) Lun 6 Juil - 21:24

Le recul eut l’effet d’une masse sur les doigts hardis. Figé dans son geste, le laniste observa les épaules s’esbigner d’un toucher considéré, peut-être, malséant. L’avait-il rebutée ? Était-elle froissée ? L’interrogation plana dans les sourcils froncés de l’homme, mais ce long silence au poids ostensible, il ne le rompit pas. Il venait de subir ce que tout mâle récolte avec honte ; le rejet. Et ce rejet était d’autant plus épineux qu’il avait été accompli par son asservie, dédoublant l’opprobre dans cette fierté masculine qui était propre à Versutius. La déglutition fut pénible, emplie d’échardes orgueilleuses râpant son gosier, et puis avec une pesanteur animale, le bras déchut, vaincu dans sa course des voluptés charnelles. Lorsque la belle guerrière pivota pour le confronter, ce fut un masque neutralisé qu’elle trouva sur le visage de son dominus. Les ridules, affermies par une trouble indignation, refusèrent néanmoins tout rictus enfiellé ; ne lui avait-il pas promis de n’avoir rien craindre ? Il devait maintenant tenir parole, aussi regrettable pouvait-elle s’avérer. D’un naturel désarmant il se tourna vers la tablée et y dénicha un tissu de piètre facture, amené là par l’un des serviteurs, avec lequel il entreprit de s’essuyer la triste patte. « Si Atia Aquilla connaît exactement les termes du marché, il ne devrait pas y avoir de problèmes. » Le maître eut une montée de sarcasme qui traversa ses lippes en un ersatz de sourire noir. Non peu fière de l’avoir chassé, elle trouvait à présent l’outrecuidance nécessaire pour lui dire que faire. Certes, heurté dans son égo, Sextus manquait d’un clair discernement, mais n’étant guère parfait, ce fut un désastreux : « Elle en sera avertie », qui traversa ses lèvres envenimées. Tout occupé à essuyer la pâte souillant sa carne, il ne vit pas l’aquilon de doutes traverser le visage gaélique. Et grand bien lui en prit. Car lorsque débuta le laïus féminin, nombre de surins s’attelèrent à rompre le sang-froid du pompéien.

La géhenne s’ébaucha par l’immobilisation totale de ses gestes, et au fil du récit, ce furent les globes qui, d’un bleu anthracite, parurent se gâter à l’égal d’un océan houleux que l’orage obscurcit. « (…) Si ce genre de relation ne choque personne avec une esclave, au sein du ludus, cela peut être défavorable. Pire, au sein de Pompéi. » L’étoffe malmenée entre les serres masculines fut lâchée d’un geste brutal. C’en était assez pour le laniste qui gronda du poitrail et quitta ce déplaisant huis-clos. Ce n’était pas tant le truisme des paroles dictées, qu’il damnait, mais bien les souvenirs effarants que les mots de la gladiatrice ramenaient à la surface. Il avait bien assez soupé des calomnies éructées par Lavinia, et voici que même lovée dans le royaume de Pluton, ses médisances perduraient sous son propre toit, et de la bouche même de l’intéressée ! Car Antiope, entre toutes, avait bel et bien été la hantise de son épouse. Une gladiatrice si jalousement gardée, pensez-donc, il y avait eu de quoi persifler pour celle qui voyait chez chaque fille, sœur et femme, une potentielle amante de son époux. « N’aurai-je donc jamais la paix avec ces clabaudages ?! » Isolé par de grandes foulées, Sextus était devenu un amas de rage qui, sans vraiment faire les cent pas, piétinait le sol de son bureau comme un buffle échauffé. S’il mettait un point d’honneur à n’être habituellement que flegme et maîtrise, certains sujets, comme ces intolérables griefs, avaient hautement raison de son calme quasi martial. Balayant l’air d’un geste à l’envergure furieuse, il tonna derechef,  non sans tourner son dos noué par la colère. « Peu me chaut ce que les gueules brament à mon encontre ! Au ludus dis-tu ? N’ont-ils rien d’autre à faire, ces chiens ingrats, que de moquer la main qui les nourrit ?! Sont-ils à ce point obtus qu’il leur faille se récréer avec des commérages dignes de la plus infecte des péronnelles ? » Arrivé aux abords du balcon, et manquant de renverser l’un des immenses braserons terminant sa flambée, il enfonça ses poings sur les hanches et lorgna la ville chatoyer sous la lueur matinale. Chaude journée en perspective. Mais un incendie ravageait déjà l’esprit de l’accusé. Le souffle puissant, il fulminait, cherchant du regard un spectre qui errait dans sa mémoire. « Que tu me pèses Lavinia. Te voilà absente, et pourtant, j’entends encore tes blâmes siffler dans mes oreilles… » Parlant pour lui seul, il mâchait ses palabres avec une telle acrimonie que l’on eut cru un serpent. Puis, lentement, il tourna son faciès vers la celte. « Grand bien m’en a fait de t’octroyer ma bienveillance. A l’avenir, je ferai mieux de récuser toute bonté en ta faveur si tu crains tant qu’elle te soit néfaste. » Lui offrant à nouveau son râble pour toute vue, il somma par-dessus épaule : « Va, je ne veux plus te voir », puis s’en alla, aigle tout aussi fâché qu’affligé, sur son promontoire de balcon. Il avait failli à sa parole. Mais contre les réminiscences douloureuses, on ne peut s’abriter.

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Message(#) Sujet: Re: Wolves at the gate. (Antiope) Ven 10 Juil - 22:33

Le charme, si charme il y avait eut, avait été brisé. Antiope s’en rendait bien compte. C’était par sa seule faute que désormais, l’ambiance dans le bureau de Dominus n’était plus la même. Et pourtant, au souvenir du traitement que Domina lui avait fait subir quelques années plus tôt, la jeune femme ne pouvait se permettre d’être le centre d’intérêt de ces rumeurs nauséabondes, malsaines et infondées, que les entretiens privés avec Dominus, à de telles heures, pouvaient créer à l’intérieur même de la villa. Si lui, le maître, ne pouvait ni en être blâmé, usant de son bien comme bon lui semblait, l’heure, et l’espèce de secret entourant cet entretient pouvait gravement leur nuire à tous deux et de différentes façons. Si les frères d’Antiope pouvaient lui faire passer un sale quart d’heure, notamment les nouveaux et ceux qui n’avaient jamais acceptés une femme parmi les leurs, les autres romains, eux, pouvaient accuser Naevius d’être partisan de la révolte des esclaves en s’étant laissé berner, manipulé, par l’une d’entre eux. Et tout cela basé sur une rumeur infondée. La gladiatrice, fidèle à sa réputation, se contentait donc d’une certaine froideur, et pourtant, au fond d’elle-même, bien que les doigts de Dominus contre la peau de son dos lui aient rappelés de mauvais souvenirs, ceux d’autres Dominii, le contact de Naevius n’avait pas été véritablement pour lui déplaire. Mais il ne fallait pas.

Et l’ambitieux romain qu’il était avait refait surface. Antiope n’était pas dupe, comme tous les autres, elle n’était qu’un pion dans son jeu qu’il avançait, stratégique, et qui sait, sacrifierait peut être au bon moment. La reine peut-être, mais une reine qu’on laisse sur le champ de bataille pour sauver le roi. Roi qui, trop occupé à se débarrasser des traces rouges que la jeune femme, rhabillée, portait désormais sur le dos, l’écoutait à peine, du moins en avait-elle l’impression. Elle connaissait son maître, aussi choisissait-elle soigneusement ses paroles. Pas assez soigneusement apparemment, car il finit par la couper :

-N’aurai-je donc jamais la paix avec ces clabaudages ?!

Antiope se tut. Naevius était d’ordinaire si calme qu’on ignorait ce qu’il pouvait bien penser. Pourtant, ces simples paroles, cette mise en garde, venait de le mettre hors de lui. Antiope se tut, immobile, n’osant ni parler ni agir. Elle était prête, après tout, à subir la tempête. Celles de son île balayée par les vents lui faisaient autrement peur que les colères passagères, quoi que dévastatrices de son maître. Les yeux baissés, mais droite comme un « i », elle accusa le coup.

-Peu me chaut ce que les gueules brament à mon encontre ! Au ludus dis-tu ? N’ont-ils rien d’autre à faire, ces chiens ingrats, que de moquer la main qui les nourrit ?! Sont-ils à ce point obtus qu’il leur faille se récréer avec des commérages dignes de la plus infecte des péronnelles ?

Ces questions ne demandaient pas de réponse, la gladiatrice le savait bien. Il ne fallait qu’attendre que l’orage se passe. Quoi qu’une fois calmé, Naevius pouvait être bien pire que sur le coup de la rage. Sa vengeance, revanche, ou leçon donnée, tout dépendait du point de vue, pouvait être terrible. Pourtant, si Antiope lui rapportait cela, c’était bien pour le protéger, comme presque tout ce qu’elle pouvait faire quand l’occasion lui en était donnée, bien qu’il ne se rende sans doute pas compte de la reconnaissance qu’elle lui portait. Il s’éloigna quelque peu, Antiope le suivant de nouveau des yeux. Il avait besoin de sommeil, la chose était certaine. Depuis combien de nuits veillait-il ainsi ? Il finit par se retourner vers la gladiatrice, froid de nouveau. Implacable.

-Grand bien m’en a fait de t’octroyer ma bienveillance. A l’avenir, je ferai mieux de récuser toute bonté en ta faveur si tu crains tant qu’elle te soit néfaste.

Le coup était rude, mais nécessaire. Si les rumeurs cessaient ainsi, cela en vaudrait la peine. La gladiatrice ne ressentit pourtant une vive tristesse, qui n’avait rien à voir avec la position qu’elle pouvait avoir au sein du ludus. Tristesse qu’elle dissimula derrière ses paupières baissées, en signe de soumission. Dans une autre vie, une reine Catuvellani du nom d’Eithne aurait sans doute répliqué à cet homme qu’on ne récoltait que ce que l’on semait. Il voulait la voir ? Très bien. Il voulait qu’elle parle ? Elle parlait. Mais les conséquences ne semblaient pas de son goût. De nouveau il s’éloigna, dans la même position qu’à l’entrée de l’esclave.

-Va, je ne veux plus te voir, lâcha-t-il froidement.

Antiope serra les dents et les poings. L’orgueil des hommes était bien ce qui les menait à leur perte, et les leurs avec eux.

-Bien Dominus.

La jeune femme s’éloigna vers la porte et posa sa main sur la poignée, avant de jeter un dernier coup d’œil à Naevius. Qui sait, songea-t-elle avec une ironique amertume, peut être ne le reverrait-elle pas avant quatre autres années ? Elle appuya sur la poignée de la porte et quitta la pièce. Bien sûr, elle aurait pu répliquer, et lui rappeler qu’il était celui qui lui avait demandé d’ouvrir son cœur et son âme en toute impunité, mais cela aurait été entretenir le problème. Aussi préférait-elle partir fautive – y avait-il une autre solution face à son maître ? – et ne plus en parler. La tête basse, ses cheveux foncés couvrant son dos, personne ne pouvait imaginer la véritable teneur de l’entretient, bien que chacun ait sa propre opinion. Conformément au plan, Antiope rejoignit sa cellule où elle passa la journée. Eirenn vint la visiter un peu plus tard, comme il était convenu, mais même la présence de sa protégée ne pouvait raviver la gaité d’Antiope. La vérité avait parfois un prix bien triste.

FIN DU RP

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   « You are the one they spoke about
You never believed you’d make it out »



 
     

   il n’avait que ses premiers vaisseaux lorsqu’il atteignit la Bretagne, vers la quatrième heure du jour , et là, il vit, sur toutes les collines, les troupes des ennemis sous les armes. La configuration du lieu était telle, la mer était si resserrée entre les monts, qu’on pouvait des hauteurs lancer des traits sur le rivage.    

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Wolves at the gate. (Antiope)

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