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 Les esclaves rêvent de liberté

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Message(#) Sujet: Les esclaves rêvent de liberté Lun 6 Avr - 23:27

Les esclaves rêvent de liberté comme les Hommes rêvent d’immortalité
Sextus Naevius Versutius & Philaé


Une fois de plus, des doigts crasseux s’emmêlaient dans le crin de l’égyptienne, singeant ainsi une passion dévorante qui aurait du être mutuelle. Et pourtant, assise aux bords de la paillasse, le regard porté vers la fenêtre d’où provenaient les cris inarticulés de l’agitation nocturne, Philaé songeait amèrement à cette journée comme les autres - à cette soirée qui n’en finissait plus de lui ôter toute espérance. Le temps passé entre ces quatre murs était un fardeau qui, malgré toute la témérité d’une âme profondément libre, parvenait à endiguer ne serait ce qu’une poignée d’optimisme au profit de cette sensation d’enlisement le plus total. Philaé était lasse ; fatiguée de la plupart des quidams qui lui écartaient les cuisses comme ils défonçaient des portes, scandant haut et fort le nom de leurs dieux pour prétendre conquérir l’erg de sa vénusté. Combien d’entre eux avaient craché sur les origines de l’esclave en guettant son minois indéchiffrable pour y lire un éclat vindicatif ? Au lieu de ça, il s’étaient tous heurtés à son silence, à sa stupidité. Qu’importe l’humiliation. L’on ne parlait pas à des esclaves, catins de surcroît. L’on attendait d’elles ce pour quoi on les payait. Philaé avait eu beau chercher une bribe de réconfort sur le faciès de ses paires, leur derme était toujours plus laiteux, leur crinière plus fauve et leur peau marquée par les stigmates de leur soumission. Elles étaient toutes destinées à être épinglées aux pieds des hommes, des raclures de la pire espèce qui les tringlaient comme ils guerroyaient et tant qu’elles leur survivaient, la pérennité de leurs petites affaires était assurée. Philaé comptait les jours depuis la dernière fois qu’Adjib l’avait faite venir au ludus pour fêter sa victoire. L’attente semblait interminable, de jour en jour, de mois en mois - elle désespérait de voir le faciès de son aîné taillé dans la férocité du soleil ardent, de l’entendre formuler à nouveau la promesse de son salut. Philaé désirait être libre mais ne voulait guère l’enchainer à elle et à cette impuissance dévastatrice qui la retenait à ces lits puants.

L’homme attrapa sans douceur le menton de l’égyptienne entre ses doigts pour lui intimer de le regarder. Elle s’exécuta, dardant sur lui un œil sombre avant de mesurer l’ampleur du malaise qui lui nouait l’estomac. Elle se débectait - chaque soir davantage lorsque, dépourvue de ses frusques, le romain venait à plaquer ses lèvres contre son oreilles pour lui susurrer des outrages et profaner son corps comme l’on piétinerait une stèle. Chaque visite était le grand titre d’une nouvelle comédie où l’égyptienne exhibait ses talents entre râles et gémissements pour contenter le client et polir cette réputation qu’elle exécrait plus que toute chose. Et pourtant, elle avait bien compris, la doucereuse, que c’était là le seul moyen, la clé entre ses mains pour espérer un jour être affranchie. Si Adjib devait gagner sa liberté au prix du sang versé dans l’arène, elle ne pouvait que se battre avec ses propres armes, sensualité et exotisme au service du citoyen romain. Philaé sentit la poigne de son client se faire plus ferme contre sa peau, tandis que la large paluche palpait allègrement un sein avant de s’aventurer entre ses cuisses. Elle ne les aimait pas beaucoup, les soldats, ceux qui avaient pris pour habitude de dominer en groupe et qui n’hésitaient pas à assouvir leurs fantasmes en maltraitant les esclaves. Soulevé par ses ardeurs, l’homme plaqua violemment l’égyptienne contre la paillasse, empoignant sa chevelure pour lui faire renverser la tête et s’immiscer entre ses cuisses dans de brutaux à-coups. Philaé étouffa un grognement, ses orbes braqués sur le visage de la bête humaine qui s’échinait au dessus d’elle. « Arrête de me regarder comme ça. » Marmonna l’homme tandis que la belle se trouvait incapable de détourner ses prunelles de sa face grimaçante. Ils exhalaient tous entre ses cuisses la violence de leurs affects et elle buvait la laideur de leurs âmes meurtries. « Arrête d’me regarder ! » Répèta-t-il, posant ses paluches autour de son cou fragile, esquisse d’une simple menace qui se transforma rapidement en passage à l’acte. Philaé sentit que l’air venait à manquer et l’homme ne l’aidait en rien en s’appuyant de tout son poids sur elle. Elle vissa ses mains contre les poignets de son bourreau et y enfonçant ses ongles pour lui faire lâcher prise, ses paupières papillonnant au gré de son souffle erratique. Elle tenta tant bien que mal de se dégager, battant des pieds et bougeant ses hanches mais c’est alors que la face rougie de son client se liquéfia dans une expression d’allégresse. L’homme venait de jouir alors qu’elle était en train de mourir. L’instant de flottement précédant la satisfaction masculine, Philaé put en profiter pour repousser son tortionnaire. Son instinct de survie se rappela à elle avec violence - à tel point que redressée sur ses genoux, la brune trouva le courage de ruer l’homme de coups, phalanges repliées dans ses paumes avec véhémences. «
Raclure ! » C’était la première fois que ça lui arrivait. L’égyptienne tremblait d’un savant mélange de fureur et d’effroi. Elle aurait voulu crever les yeux de l’impudent qui avait laissé l’empreintes de ses doigts autour de sa nuque gracile. Le soldat, surpris par l’assaut féminin, lui retourna une gifle qui la fit basculer de la paillasse. Elle retomba lourdement sur le sol, le plat de sa main pressé contre sa lèvre fendue puis considéra l’individu d’un regard mauvais. Elle se surprit à songer que peut-être aurait-elle mieux fait de le laisser la tuer. Philaé avait coudoyé durant des années la souveraine d’Egypte et voilà qu’elle était maintenant contrainte de tenir compagnie à des brutes. « Seth saura te faire payer ton impudence. » Elle ne parlait pas de son frère, le gladiateur ayant adopté le nom du dieu de la guerre pour faire trembler ses ennemis, mais bien de la divinité. Maître du tonnerre et de la foudre - entité brutale dans lesquels les hommes à la recherche de pouvoir et de domination se voyaient tous. L’égyptienne se redressa, habitée par une dignité vengeresse, maudissant avec présence son interlocuteur abasourdi. Elle se drapa d’étoffe et s’esbigna par la porte du lupanar avant même que quiconque n’ait pu s’en rendre compte.

Pieds nus dans les venelles sales, la donzelle courrait à s’en couper le souffle. Qu’importe les badauds qu’elle pouvait croiser, ses pas la guidaient en direction de l’immense édifice qui trônait un peu plus loin dans le quartier. Sa chevelure volait dans ses yeux à chacune de ses foulées et c’est dans un sanglot irrépressible que la belle arrêta sa course. A peine arrivée sur le parvis, cachée par les colonnades érigées en direction de la statue d’Isis, Philaé s’agenouilla au sol, ses mains placées devant elle en prière. Si elle s’efforça à étouffer ses pleurs, l’égyptienne ne se tut pas pour autant. Dans un murmure rythmé par son dialecte oriental, la belle offrit une litanie à la déesse Isis. Elle avait beau l’implorer de lui offrir courage et protection pour affronter ces épreuves, elle ne pouvait empêcher de voir le doute s’installer dans son esprit. Loin de chez elle, elle était perdue. Les Romains lui avaient pris Cléopâtre et son frère. Elle ne pouvait pardonner ça.                    
   



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Message(#) Sujet: Re: Les esclaves rêvent de liberté Jeu 9 Avr - 2:53


Les esclaves rêvent de liberté.
Sextus Naevius Versutius & Philaé


– DÉBUT MARS, 726 AUC –

Les senteurs plurales, capiteuses et ouatées, prennent d’assaut ses sens depuis qu’ils cheminent sur les marches du temple. Le pas nullement pressé et la mine concentrée, le laniste drapé d’étoffes lourdes et smaragdines – qu’un climat tout juste tiédi par la venue du printemps rendent hautement confortables – laisse son interlocuteur deviser en la matière de son art : l’architecture. Akhoris, que les années ont doucement flétri sans non plus le rendre vétuste, expose avec son emphase bien connue la proposition qu’il tient à faire à Versutius. Le pompéien, toutefois, ne se laisse guère prendre au jeu, et d’un éclat de rire feutré par le respect du lieu, rétorque sitôt le prix abordé. « Me prendrais-tu donc pour une charogne qu’il te faudrait grassement dépouiller, mon bon Akhoris ? » L’idée exhorte une risette matoise chez l’artisan de haut rang, et, l’espace d’un instant aussi infime que le souffle du désert, ses ridules se muent en une vieille feuille de manuscrit. « Mes intensions sont de plus nobles, Sextus, que la déesse Isis m’en soit témoin, ton ludus égalera les plus mirifiques demeures de la cité ! » Et l’Égyptien de singer son verbiage en un geste théâtral, avant que le laniste ne fasse halte, à la lisière des marches extérieures, et qu’il sourcille tout en mirant sa dite demeure de l’autre côté de la rue. « Je n’ai que faire qu’elle soit mirifique. Je n’ambitionne pas rivaliser avec Olympie, je veux simplement que tu t’occupes des rénovations. Ce n’est pas Cerbère lui-même qui est venu en piétiner les fondations, mais un piètre tremblement de terre. » Enfin. Pas si piètre que cela. Ce satané grelottement terrestre n’a pas été sans faire de victimes, nombre de ses gens ayant eux-mêmes été frappés par le cataclysme, dont la douce Eirene. L’évocation songeuse ôte au quadragénaire un sombre rictus que son observation accroit par un terrible silence.

C’est tout absorbé à la contemplation du ludus qu’il reprend derechef. « L’aile-est. C’est tout ce que je te demande, et c’est tout ce dont tu t’occuperas. Les Jeux Civiques arrivent dans quelques semaines, je n’ai ni du temps, ni de l’argent à perdre. C’est une fioriture à laquelle je me plie par simple convenance ; que l’on n’aille pas dire que la Maison Naevius croule sous de quelconques décombres. » Puisqu’à l’approche desdits jeux semblent se dénouer nombre de langues, tantôt flatteuses et supportrices, tantôt malveillantes et vipérines. C’est dans ces temps que renaît, plus que de coutume, la rivalité des deux plus grands lanistes de Pompéi, un antagonisme de si vaste notoriété qu’elle n’est pas sans invoquer la passion d’un peuple qui se range pour l’une, ou l’autre des maisons – ou, plus vraisemblablement ; pour l’un, ou l’autre des champions. « Très bien, très bien. L’aile-est alors. » Acquiesce le bâtisseur, son nez aquilin plissé avec déception. « Et, qui sait, si les jeux te sont favorables, peut-être seras-tu d’humeur plus encline à me laisser embellir cet antre de Titans ! » Un vague élan redresse une commissure de lippe. « Puissent les dieux t’entendre. » Le faciès s’en revient à l’artisan, avant qu’une paluche n’accoste l’épaule basse d’Akhoris. « Présente-toi dans deux jours avec tes hommes. Que mes esclaves aient le temps d’apprêter les lieux. » L’Égyptien branle du chef. « Dans deux jours », la mine garnie d’une aménité retrouvée. Les deux hommes se quittent, bien que Versutius ne reste quelques secondes de plus à scruter l’imposante bâtisse qu’est son ludus, dévorée peu à peu par une nuit s’en venant prestement.

La soirée s’avachit et les séides du temple, solennels, viennent tour à tour allumer les flambeaux du parvis. C’est précisément au moment où son pas amorce un départ que le dépasse une silhouette surchargée de douleur, voilée et tremblante – de rage ? de colère ? de chagrin ? Il ne saurait dire… Fronçant imperceptiblement les sourcils, ses calots s’attardent brièvement sur l’apparition avant qu’il ne s’en désintéresse, puis marque un arrêt, et, une fois encore, contorsionne la nuque vers l’esclave reconnue. Son nom, il ne s’en souvient point, de consonance étrangère, très certainement, mais aux syllabes oubliées. Louve pour le compte de Julia Felix, mais entraperçue – les rares fois où il a croisé sa vaine personne – aux grilles du ludus. Non pas les grilles officielles, gorgées du même orgueil que le propriétaire et dressées avec faste et goût, mais bien les grilles de l’arrière-cour, menant à l’arène et à la tanière des gladiateurs. La favorite de Seth, si sa mémoire est bonne et encore ; tout juste ranimée par une fraîche discussion avec Fadus concernant la trésorerie. C’est probablement la curiosité qui le mène à s’approcher, ou peut-être l’inextinguible désir de savoir ce qu’une roulure de cette chère Felix peut bien faire, seule et libre en ce début de soirée, sur les marches du temple d’Isis. « Sont-ce des oraisons de fiel ou de gratitude ? » Le voici qui, sans gêne aucune, se place aux abords de la sylphide accroupie en la lorgnant de toute sa hauteur, les traits épurés par un charme quiet qui se veut amène – pour mieux dompter la bête acculée. « Je m’étonne de te voir ici. Ta maîtresse sait-elle que tu t’es dérobée aux griffes du lupanar ? »

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Dernière édition par Sextus Naevius Versutius le Dim 12 Avr - 5:50, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Les esclaves rêvent de liberté Sam 11 Avr - 20:56

Les esclaves rêvent de liberté comme les Hommes rêvent d’immortalité
Sextus Naevius Versutius & Philaé


La pierre froide du sol du temple était un vrai soulagement pour le front brûlant de l’égyptienne qui s’était posé tout contre dans l’espoir de soulager ses affres. Elle répétait inlassablement ses supplications, son timbre étouffé par le tissu qu’elle avait serré autour de son cou pour dissimuler les marques de sévices laissées par son dernier client. Aussi digne fusse-t-elle, ayant même trouvé une forme de courage dans sa résignation à vivre dans l’ombre de l’ennemi, l’abjecte réalité ne faisait que lui revenir par quelques à-coups meurtriers, piétinant ainsi toute persévérance pour n’en laisser que l’ire et le désespoir. Sa joue lui brûlait, là où les ecchymoses avaient embrassées sa chair dans des teintes purpurines. Elle n’était que l’ombre d’elle-même, l’image dégradée de celle qu’elle était il y a trois années de cela. Philaé, fille de Djet, servante de la reine d’Egypte, n’était rien ici, à Pompéi, berceau d’une civilisation qui avait fait plier ses pairs. Et pourtant,  leur puissance avait été ancestrale mais les Romains avaient fini par prendre l’ascendant. La voilà maintenant prise au piège dans ce nid de vipères, à espérer un jour racheter sa liberté et celle d’Adjib, ne s’imaginant pas même vivre sans lui, que ce soit ici ou ailleurs.

Le silence d’Isis était insupportable. Ses dieux l’auraient-ils abandonné ? Ou peut-être appréciaient-ils l’hypocrisie de ses ennemis ayant érigé ce temple au nom de la déesse protectrice, souveraine des divinités égyptiennes. «
Ne t’ai-je pas assez prié ô ma reine, n’ai-je pas assez imploré ton salut pour mériter ta clémence ? Que ton œil me regarde. Que ton œil puisse se poser sur ton humble servante prisonnière des serres ennemies... » Philaé ne savait que penser de cette trêve antérieure entre les deux nations. Elle se rappelait comme si c’était hier de ces romains venus se prélasser dans la couche de Cléopâtre et de cet honneur qui leur était fait... Jusqu’à ce que tout cela ne s’étiole comme un rêve sans avenir. Jusqu’à ce que sa reine fût trahie et destituée.  

Une voix masculine brisa dès lors les pensées chaotiques de la donzelle, claquemurant ses prières derrière ses lèvres pincées avec émoi. Elle resta tout d’abord immobile, ignorant qui de  là la détaillait avec autant d’aplomb. Dans son empressement à fuir le lupanar, elle n’avait pas même songé aux ennuis que pourraient lui causer la curiosité des badauds. Mais il ne s’agissait pas là de n’importe quel quidam - Philaé le comprit au verbiage de son interlocuteur qui posait le doigt sur sa faute sans sourciller. Si le ton n’était pas menaçant, le sous-entendu n’en restait pas moins acerbe. Avait-elle demandé la permission à la nébuleuse Julia Felix ou à Africanus avant de s’esbigner de leur établissement ? Philaé clôt ses paupières alourdies par les larmes puis se décida à redresser l’échine, ses prunelles caressant vaguement la statue d’envergure de la déité égyptienne avant de se poser sur la silhouette du romain qui se tenait à deux pas d’elle.
« Les griffes du lupanar... » Répéta-t-elle dans un murmure. « Jamais je n’aurai cru entendre telle vérité de la bouche d’un natif. » Son expression lointaine trahit une fugace inquiétude lorsqu’elle reconnut l’homme qui lui faisait face. Elle l’avait entraperçu lors de ses petites visites rendues à son aîné sous le couvert d’une relation purement charnelle. Sextus Naevius Versutius, le maître de Seth, propriétaire du ludus auquel il appartenait. Elle fut tentée de baisser les yeux mais n’en fit rien. Au lieu de ça, la jeune femme se redressa péniblement, serrant l’étoffe contre son corps tout en dardant une œillade sombre sur son interlocuteur. Devait-elle le supplier de garder sa langue ? Lasse, la belle au visage marqué préféra distiller un soupir aux bords de ses lippes. Beaucoup d’émotions se coudoyaient en son for-intérieur. A la fois, il y avait cette colère virulente qui lui brûlait les entrailles - l’homme qui gardait la clé des chaînes de son frère se tenait devant elle et pourtant, il lui faudrait bien plus d’une lame pour arriver à les libérer tous deux de leur bourreau respectif. Finalement, peut-être que son destin à elle était tout aussi suspendu que celui de son frère au souffle de cet homme, maintenant qu’il venait de la surprendre là où elle n’aurait pas du se trouver. Elle déglutit difficilement, essayant de jauger ce que pouvait cacher l’expression indéchiffrable de son vis-à-vis. Prendrait-il un malin plaisir à la dénoncer pour réduire une bonne fois pour toute ses espérances à néant ? « Je ne vous ferai pas l’affront de vous mentir. » Conclut-t-elle finalement en observant les alentours, baignés par la seule lueur des flambeaux dans l’obscurité nocturne. « J’ai fui le lupanar avant que quiconque n’ait pu s’en rendre compte. » Le charbon autour de ses yeux avaient coulé sur ses joues et ses larmes avaient tracé des sillons dans la poudre d’encre. Elle humecta sa lèvre fendue, le picotement de sa blessure la rappelant dans un frémissement douloureux. « Mais je serai de retour avant qu’ils ne s’en rendent compte... Du moins, si vous y consentez. » Lui glissa-t-elle sans l’ombre d’une honte. « Le leur direz-vous ? » Son interrogation était touchante de sincérité, tant elle s’inquiétait de se voir traînée sur le billot pour avoir désobéi à ses maîtres. Elle grimaça un bref instant, réalisant que tout, ici, avait un prix. La corruption avait toujours cimenté les strates de la politique. Philaé baissa la tête, quelques mèches de cheveux ruisselant devant son visage. Dans un ultime effort, elle remua ses épaules pour y faire glisser l’étoffe et dévoiler la naissance de sa poitrine aux yeux de son interlocuteur. Tout avait un prix et elle avait monnayé bien plus d’une fois son corps au bon vouloir de ses maîtres - alors pourquoi pas pour se sauver elle-même ?    
         



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Message(#) Sujet: Re: Les esclaves rêvent de liberté Dim 12 Avr - 5:48


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– DÉBUT MARS, 726 AUC –

Il y avait dans le verbe de cette incoercible évadée quelque chose d'intrinsèquement noble, et pourtant d'effroyablement éploré. La mélancolie d'une ère révolue, probablement, d'une vie passée et fatalement regrettée. N'en était-il toutefois pas de même pour toutes ces louves nichées dans le ventre fécond du lupanar ? Comme elles devaient pleurer, la nuit venue, foutre en leurs cuisses chaudes et sanglots en leurs joues froides. Mais pareil tableau, aussi laid et pitoyable fût-il, n'éveillait pas chez Sextus la mansuétude escomptée. Il était, comme si justement dit, un natif, et un natif ne s'émouvait guère d'aussi piètres tragédies. Prenant pour acquis qu'en ce monde régnaient les strates pyramidales, éduqué à la poigne romaine qui n'aurait souffert d'aucune subversion des classes, il avait dès son plus jeune âge compris quelle était sa place ; en-deçà de la sacrosainte et vénérée élite, mais bien plus haute que la rachitique médiocrité du peuple, et d'autant plus éminente à celle de la vermine asservie. Aussi n'eut-il qu'un bref sourire à l'évocation de sa justesse oratoire, une risette qui ne fit éclore pas même l'ombre d'une bonté, sinon que l'éclat neutre d'un air tout au plus policé. Un faciès qui perdura même lorsqu'elle se redressa, drapée par ses miettes d'estime qu'elle avait semble t-il perdu en chemin ; quoi qu'il devait au moins lui reconnaître cela, c'est qu'elle possédait dans ses muscles la pugnacité d'un fier animal. Une opiniâtreté qui n'aurait pas plu à tout un chacun, mais qui fit naître dans la prunelle masculine un regain d'intérêt. À la lueur fuyante des torches, il prit peu à peu pleinement conscience des escarres endurées, et tandis qu'elle se remit à converser, il la dévisagea longuement. Une interrogation de la plus haute importance taraudait la sylphide métissée, un véritable tourment qui laissa pourtant son vis-à-vis bien quiet, loin d'être immédiatement concerné tant son auscultation mutique prévalait sur toute sorte sollicitude.

Une attitude qu'il abrogea sitôt les épaules de la putain dévoilées, striant sur ses ridules le masque sec d'un doux étonnement. Était-ce la situation en elle-même, qui le laissait aussi coi ? Non, bien évidemment, il avait dépassé depuis bien des éons le frêle âge de la pudibonderie. Seulement il avait omis l'espace d'un court et bref instant à qui il s'adressait. Oui, il avait omis la chienne dressée pour geindre, et n'avait perçu que la vénusté orientale se mussant derrière le sel noir de ses yeux tristes. La trachée dégorgea une rocaille de rire succinct, et tandis que du chef il signait à la négative, sa dextre puissante vint renfler les bords saillants de la fine mâchoire, pour la prendre et la tordre au rythme de son observation, ni brutal, ni austère, sinon que d'un naturel supérieur. « Quel gâchis. Autant je puis voir des hommes blessés – il me plaît même de les entendre gronder de douleur lorsqu'ils gisent sous le glaive triomphateur de mes gladiateurs –, autant la beauté d'une femme que l'on ravage avec rudesse ne m'a jamais réjoui. Celui qui t'a fait ça, je le devine sans peine, devait être l'un de ces porcs coutumiers aux maisons closes. » Les phalanges oblongues relâchèrent avec calme le minois jusqu'ici cloîtré. « Si je porte une particulière affection pour ta maîtresse, je n'en demeure pas moins insensible à son commerce. Il est profitable au mien en régalant mes guerriers, mais je n'ai jamais trouvé dans ces basses pénates qu'une antichambre d'obscénités, fréquentée par des gorets à la queue molle et rancie. » Un sourcil se rehaussa comme il la déshabillait cette fois d'un regard pleinement assumé. « Recouvre tes courbures, je n'ai jamais touché à des filles de ton engeance. C'est une marchandise qui ne me convient d'aucune sorte ; trop pétrie par la vermine, et trop subordonnée pour que s'éveille le véritable désir. En d'autres termes, je ne baise pas de roulures. » Eût-il offensé la callipyge qu'il n'en aurait diantrement rien eu à faire. S'inquiéter des affects d'une esclave n'entrait dans aucune de ses prérogatives, moins encore si elle n'appartenait pas à son propre domus.

À cette riposte lapidaire suivit pourtant l’émail de ses canines que les babines découvrirent derechef. Un sourire comme il les façonnait si bien, à l'orée du charme, mais à l'ombre d'un péril latent patientant de voir s'il allait ou non s'abattre sur autrui. « Allons, n'aie crainte. Je ne m'intéresse pas à ta croupe, il est vrai, mais je suis sûr que nous allons pouvoir convenir d'un arrangement. Marchons jusqu'aux grilles de ma demeure. » Ce n'était certes pas une proposition, mais la manière combla vite la morgue dudit natif. Il y avait chez le laniste une dynamique de ton et de gestes qui enrôlait avec un naturel déconcertant les âmes prises dans son filet. C'était peut-être dû à son aplomb, ou à son âge mûr, ou bien encore à cette tacticité de verbe qu'il avait eu nombre d'années pour parfaire, mais le fait est qu'il entraîna l'égyptienne à sa suite sans souffrir d'un moindre refus – eut-elle seulement le choix ? L'astre diurne bel et bien éclipsé par sa jumelle d'ivoire, il ne régnait au-dessus deux plus que l'encre nocturne, dont les flambeaux publics en transperçaient la noirceur. Peu de quidams furent croisés, tout au plus quelques badauds encore agités par des affaires urgentes ou des homologues chez qui se rendre. Versutius n'était, lui, que peu pressé : il n'y avait plus aucune épouse pour l'attendre. Le veuvage était encore si frais qu'il oubliait parfois même la pesanteur du silence qu'il allait devoir retrouver. « Tu dois ouïr bon nombre de babillages, entre les pilastres du lupanar. Des clients trop avinés pour tenir leurs langues molles, des condisciples trop curieuses pour garder des secrets chapardés sur l'oreiller… Les hommes ne sont jamais plus vulnérables qu'entre deux coups de reins. De la racaille il doit t'en passer entre les lèvres, mais je subodore aussi la mitoyenneté de quelques plus hauts dogues. Des hommes de main, par exemple. » Ils firent halte non loin de l'entrée de la villae, gardée par deux cerbères en faction que l'agnelle effarouchée n'avait jamais eu l'occasion de constater et pour cause ; jamais elle n'avait été accueillie par les grilles officielles. Les orbes masculins se déportèrent sur la frimousse abîmée. « Si d'aventure il advenait que l'un ou l'autre de ces secrets, voire simplement de ces informations, tombaient dans tes oreilles, n'hésite pas à m'en faire part lors de tes visites. Il te suffira de glisser quelques mots à mon intendant, Fadus, dans l'éventualité où je ne serais pas disponible », ce qui serait plus qu'une éventualité, il préférait qu'un intermédiaire joue les coursiers plutôt que de devoir fréquenter épisodiquement les cambrures de la putain – aussi alléchantes fussent-elles. « Note que j'ai une nette prédilection pour tout ce qui concerne de près ou de loin Titus Lucretius Fronto. Le moindre pépiement à son encontre te vaudra déjà de pleines fractions de ma gratitude… Et donc de mon silence. »

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Message(#) Sujet: Re: Les esclaves rêvent de liberté Dim 12 Avr - 22:30

Les esclaves rêvent de liberté comme les Hommes rêvent d’immortalité
Sextus Naevius Versutius & Philaé


Philaé avait remarqué les orbes glaciales de son interlocuteur qui la détaillaient avec insistance et pourtant, elle se trouvait incapable de deviner les pensées du laniste à son égard. Les traits de l’homme étaient sereins, rendant d’autant plus nébuleux son tempérament et ses desseins. Tandis que, naïvement, la donzelle avait cru devoir offrir son corps à celui-là pour s’assurer de son silence - elle dut se heurter aux divergences qu’il entretenait avec les brutes avides de luxure qui venaient se traîner au lupanar. Alors que l’égyptienne faisait face à Versutius, épaules découvertes en signe de soumission, ce dernier se contenta de lâcher un rire sec, attirant les mirettes interrogatives de l’esclave sur sa personne. C’était bien la première fois qu’elle suscitait une telle réaction mais sûrement parce que c’était habituellement des hommes de basse condition qui venaient à se vautrer dans ses draps. Philaé darda sur le laniste un œil circonspect, demeurant immobile lorsque celui-ci entreprit de lui saisir le menton pour examiner son visage avec attention, comme un marchand désirant inspecter sa marchandise. Au lieu de baisser le regard, la belle préféra boire les ombres qui dévoraient le visage de son interlocuteur, cherchant à saisir ne serait-ce que l’ébauche d’un sentiment. Se riait-il d’elle ? Elle, la putain parmi tant d’autres venue s’esbigner entre les murs du temple d’Isis. Elle ferma les paupières un instant pour chasser le malaise qui venait à l’étrangler. L’homme était un partisan de la violence - il entretenait un ludus où tous les plus courageux gladiateurs s’affrontaient pour la gloire. Philaé aurait pu croire qu’il était aussi bourru et sexiste que la majorité de ses pairs - mais pourtant, la confidence qu’il lui fit concernant le manque de satisfaction à voir une femme battue parvint à la faire sourciller. Il venait de mettre le doigt sur l’évidence de sa condition et Philaé préféra rester muette quant à la confirmation de ses dires. Tous et toutes savaient pertinemment ce qui se déroulait derrière la porte close d’un lupanar. Des catins, esclaves qui plus est, ne méritaient pas que l’on vienne déplorer leur sort.

L’emprise de Sextus finit par se dérober et la donzelle inspira brièvement avant de serrer ses bras contre son buste. Elle se sentait honteuse, maintenant que le laniste précisait que fréquenter les lupanars n’étaient pas dans ses habitudes, bien qu’il soit en bon rapport avec la tenancière. Philaé aurait pu sourire en songeant ô combien ils étaient rares, les hommes qui ne désiraient pas profiter d’une femme - mais la manière dont il la lorgna la fit se recroqueviller dans sa coquille. Il lui intima de se rhabiller, prenant un malin plaisir à préciser qu’elle ne l’intéressait pas et si la belle aurait du s’en réjouir, elle se sentit profondément offusquée. Car une une roulure, Philaé ne l’avait jamais été avant de se faire traîner ici, chaînes aux poignets. Que c’était avilissant, de devoir se comporter de la sorte par obligation pour finalement se faire taxer de déchet. «
Grand bien vous en fasse... » Lui glissa-t-elle, une lueur rogue dans le regard. Si plus d’hommes ne s’intéressaient pas à la marchandise que elles, les putains, représentaient, probablement que l’égyptienne aurait une vie bien meilleure aujourd’hui. D’un geste haché par la fatigue, Philaé remonta le tissu sur ses épaules et si les dernières palabres de l’homme prêtaient à l’amertume, il parvint à la désarçonner de nouveau en étirant un sourire énigmatique. La mimique soucieuse de la belle se figea rapidement dans un sursaut d’inquiétude alors que Sextus reprenait la parole pour mentionner un arrangement possible. Il l’invita à la suivre en direction de sa villa et Philaé n’eut d’autre choix que de lui emboîter le pas, ressassant cette angoisse sournoise qui fleurissait en son sein. Son corps, elle l’avait jeté en pâture à bon nombre de reprises - elle était même parvenue à faire abstraction de la douleur et à jouer le jeu à la perfection pour arracher des râles de contentement à ses clients. Mais curieusement, Philaé avait l’impression qu’elle aurait beaucoup plus à perdre en se prêtant aux intérêts du laniste car la sensation d’une dette éternelle pourrait lui creuser une tombe.

Minuscule silhouette évanescente dans l’ombre de l’homme à la mâchoire franche et à l’œil vif, la belle s’avançait à pas feutrés, coulant quelques regards inquiets à ses flancs de peur d’être surprise par des indiscrets. Elle se porta finalement aux côtés du romain et vrilla un regard perplexe dans sa direction, l’écoutant suggérer qu’il n’y eut pas d’homme plus bavard qu’un mâle rasséréné après quelques prodigieux ébats. Évidemment que les bruits courraient vite dans les bordels. Les hommes heureux parlaient beaucoup, surtout lorsqu’il s’agissait de vanter leurs tours de force, leurs alliances fortuites ou le froissement d’un scandale. Philaé devinait petit à petit les quelques points d’intérêt qui constellaient le ton savoureux de son orateur. Elle se surprit aussi à maudire son arrogance, lui qui ne semblait guère douter qu’il obtiendrait ce qu’il voulait d’elle. Les informations pouvaient se monnayer à un prix d’or - voilà une chose qui ne divergeait pas d’ici à Alexandrie. «
Je peux être vos yeux et vos oreilles... » Affirma la belle avec aplomb, ses onyx perdus dans le vague de la demeure de Sextus. Adjib devait s’y trouver à l’heure actuelle, avec tous ses frères d’armes, leur vie rythmée par l’entraînement et le goût du sang. Les phalanges de la belle se crispèrent l’espace d’un instant, froissant le tissu de la robe diaphane qui laissait deviner ses courbes et rondeurs. Elle s’inclina doucement vers le laniste pour sonder ses prunelles, cherchant à déceler le matois derrière le sourire effronté. « Mais dites-moi, à partir de combien de fractions de votre gratitude pensez-vous que mon secret sera définitivement à l’abri des oreilles de mes maîtres ? » Le questionna-t-elle derechef. Car lui accorder de tels services signifiait aussi lui être redevable, encore et encore, surtout s’il comptait faire peser son secret comme tribut des années durant. Philaé passa la langue sur ses lippes et baissa les yeux un instant sur les pavés poussiéreux. « Je pourrai vous dire tout ce que je peux apprendre sur votre concurrent... Tout ce qui se trame entre les murs des patriciens. Les soldats aiment tant mordre la main qui les nourrit. Mais pourriez-vous consentir à me faire venir plus souvent au ludus ? » Son interrogation se perdit dans un murmure. Le seul atout qu’elle pouvait cultiver en s’acoquinant avec Versutius était celui de voir son frère plus souvent, et espérer d’une manière ou d’une autre pouvoir acheter sa liberté.




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Message(#) Sujet: Re: Les esclaves rêvent de liberté Lun 13 Avr - 16:38


Les esclaves rêvent de liberté.
Sextus Naevius Versutius & Philaé


– DÉBUT MARS, 726 AUC –

Elle n’était décidément pas dépouillée de sapience, cette sournoise petite chatte, moins encore de bon sens. Forée par les mains d’une clientèle vorace, elle avait semble t-il garni son corps – ce temple des voluptés sondées et pourléchées – d’un désir tout autre que celui de la chair repue. Il le lisait au travers de ces prunelles matoises, nullement effrayées ou même astreintes à celles rutilantes de son vis-à-vis ; elle survivait avec la ténacité d’un orange, elle bramait au-dedans nombre de révoltes que son intellect roublard se chargeait de muer en des paroles, sinon sages, au moins fichtrement avisées. Aux commissures de Versutius se niella l’acier d’une sempiternelle risette, et tout en recueillant ses premiers mots sagaces, il eut un rire tu dont l’éclat surhaussa toutefois l’océan de ses yeux. Après avoir argué les saillies de ses doutes, elle acheva en pliant du minois sur une note qui cristallisa le sourire masculin. Voici que l’esclave émettait une requête, alors même qu’elle était soumise à la préséance de son maître-chanteur. De quoi entériner la circonspection préalable du laniste, chez qui naquit un froissement de sourcil suivi d’une longue contemplation. Taciturne, il brisa néanmoins le silence de pierre jusqu’ici infligé, non sans déraciner son attention pour la faire vagabonder sans but ni dessein. « Tu es d’une impertinence peu commune. » Il était ardu de déceler dans le phonème quelconque trace d’amertume, ou d’amusement – peut-être un singulier alliage des deux. « Je le puis, en effet, mais pourquoi le devrais-je ? N’es-tu pas celle qui me doit un service ? » Il ne fallait vraisemblablement pas compter sur une moindre grandeur d’âme suant de ses pores ; la générosité n’émanait de cet homme que pour mieux épauler ses propres intérêts, et s’il consentait parfois à léguer çà et là d’étroits bienfaits, ce n’était que pour mieux sustenter les grands de ce monde – tant emplis par ses prestations qu’il comptait manifestement voir jaillir de leurs séants quantité de gains. Que pouvait-il donc bien empocher de cette joliette qu’il ne lui avait pas déjà escroqué ? Mue par une profonde audace, elle paraissait vouloir trancher un bras là où il ne proposait qu’un doigt, mais cette amputation n’était pas sans attiser la curiosité masculine. Car elle n’avait point quêté de quelconque piécettes, non, elle lui avait présenté sous la truffe une doléance des plus sibyllines. « Seth t’est-il à ce point cher qu’il te faille majorer la fréquence de vos entretiens ? Tu aurais pu me demander nombre d’autres choses, de l’argent, par exemple », bien qu’un tel culot lui aurait probablement valu une morgue sèche de la part du laniste, « … te voici pourtant à me parler du ludus et de tes petites pérégrinations à l’intérieur de ses murs. » Le faciès de Sextus était revenu contempler le minois qu’une pléthore de bleus et coupures sauçait d’hideur. La courte tignasse s’inclina sommairement. « Quels rapports entretiens-tu avec mon gladiateur ? » Une interrogation loin d’être vaine, car il escomptait tirer de la réponse un sempiternel avantage.

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Message(#) Sujet: Re: Les esclaves rêvent de liberté Dim 19 Avr - 16:34

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Sextus Naevius Versutius & Philaé


Les ridules du laniste se froissèrent dans un amusement franc lorsque Philaé se permit d’émettre sa requête. Elle ne prit pas offense du rire qui lui fit branler le chef, considérant qu’une risette était préférable à un féroce revers de main. Elle avait vaguement jaugé son interlocuteur qui, malgré une férocité qui ne lui faisait aucun doute, semblait ouvert à la discussion dans le sens où il espérait retirer un service très précis de la catin. Il pouvait très bien la menacer, voire la dénoncer, mais dans ce cas là, ce serait une autre roulure qu’il devrait enrôler pour ses espiègleries. Après le rire, ce fut un flottement sceptique qui prit place entre les deux protagonistes. Philaé surveillait Sextus d’un œil avisé, cherchant à repérer le moindre signe qui mettrait définitivement fin à leur coopération. Et pourtant, après l’avoir détaillé, l’homme se contenta de mettre le doigt sur une évidence. L’égyptienne pouvait se montrer impertinente, comme le serait une servante ayant coudoyé des figures de pouvoir. Mais pour lui, elle n’était qu’une esclave de plus, éreintée par sa vie de soumission - cherchant à grappiller quelques miettes de confort supplémentaires. A l’interrogation formulée par le romain, la belle s’inclina vers lui, n’ayant nulle crainte à darder ses prunelles dans les siennes. Le froid de l’acier contre la chaleur de la roche en fusion. Elle aurait pu se confondre en excuses, lui demander de lui pardonner cet affront mais elle n’en fit rien. Philaé avait passé ses premières années de servitude à s’accoutumer à cette Cité et à ses acteurs fortunés. Elle savait pertinemment que le romain qui lui faisait face n’avait pas le luxe de faire partie des patriciens mais d’une moins illustre catégorie de gens. Et comme les esclaves rêvaient de liberté, les laissés pour compte rêvaient souvent de davantage de pouvoir. « Ma requête est censée signer une coopération durable. Vous pouvez très bien refuser, mais dans ce cas, dénoncez-moi. Et trouvez-vous une autre prostituée. Les autres vous diront sûrement ce que vous voulez entendre. » La belle était en train de feindre avec brio que toute peur lui était inconnue. Elle avait essuyé maintes violences et de ce fait, s’était forgée une carapace à toute épreuve. Et pourtant, l’égyptienne se liquéfiait dans la moiteur de ses affects. Là où elle désirait tirer un avantage, elle redoutait de voir une fin moribonde. Mais étant donné que chaque jour passé dans ce taudis à devoir se soumettre à des brutes belliqueuses entamait son espoir de pouvoir s’en tirer indemne, la belle voulait faire croire qu’elle n’avait plus grand chose à perdre. Peut-être qu’Africanus la ferait battre pour s’être esbignée. Peut-être même que son client irait se plaindre et qu’elle en perdrait quelques doigts. Mais elle ne pouvait ignorer le signe que représentait cet homme, lui qui détenait les clés des chaînes d’Adjib.

Tandis qu’elle espérait faire couler sa demande dans un écrin de désintérêt, Philaé dut cacher sa surprise sous un masque implacable lorsque le laniste en vint à s’intéresser à sa liaison avec son gladiateur. Il évoqua l’aspect cocasse de cet élan de marchandage et elle lui rétorqua par un haussement d’épaules avant de daigner lui répondre. «
Nous, les esclaves, ne voyons pas le même intérêt que vous dans les pièces frappées du portrait d’un inconnu. Vous me donneriez de l’argent que l’on s’empresserait de me tuer pour me le voler. » Loin d’elle l’envie de s’attirer le regard des envieux. « Non, je cherche seulement un peu de réconfort. Et il se trouve que votre gladiateur m’en apporte. » Philaé cherchait à rappeler qu’elle était une femme, créature chétive et vulnérable qui n’en restait pas moins soumise à toute sorte d’affection. « J’imagine que cela doit vous surprendre... Qu’un homme aussi sanguinaire puisse finalement se montrer plus humain que la plupart de vos... » Congénères - sa langue voudrait fourcher mais pour éviter l’accident diplomatique, la belle poursuivit. « Semblables. » Désirant endiguer la nuance d’amertume qui venait à s’immiscer dans ses propos, Philaé se tourna vers les grilles du ludus, bras croisés contre sa poitrine. Elle devinait chaque colonne, chaque pièce et chaque silhouette massive reposant sur sa paillasse. « D’entrevues plus régulières pourraient me convaincre de me tuer à la tâche. Les hommes parlent beaucoup quand ils sont heureux, surtout lorsqu’on les y invite habilement. Et je pourrai vous glisser un rapport fréquent de tout ce que j’entends. » Revenant sonder les prunelles cristallines de son vis-à-vis, l’égyptienne ne trahissait guère d’empressement ou de volonté téméraire. Calme et imperturbable, le visage tuméfié par la vésanie des hommes, Philaé reprit d’un ton bas. « Quelle est votre réponse ? »




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Message(#) Sujet: Re: Les esclaves rêvent de liberté Mer 3 Juin - 10:13


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– DÉBUT MARS, 726 AUC –

D’entre toutes les louves de la cité, elle était probablement celle qui avait la langue la mieux perchée. Fort peu troublée et moins encore pusillanime, elle articulait ses palabres de la plus audacieuse des manières, tant et si bien que, à l’ouïr, l’on eu dit une citoyenne. Cette outrecuidance manifeste n’était pas sans intriguer le laniste, qui commençait à voir chez cette femme autre chose qu’un bout de viande bonne à commercer. De cette opinion naquit chez lui la certitude d’avoir en face une sylphide qui avait dû, d’une manière ou d’une autre, œuvrer dans une strate sociale bien plus élevée que l’indigence dont étaient issus la plupart des asservis. Peut-être avait-elle été l’esclave d’un juriste, ou bien venait-elle d’un Orient raffiné. Tout un chapelet d’éventualités s’étendait sous son regard, dans les reflets moirés qu’il observait aux tréfonds des orbes féminins. Non peu fière de marchander, elle venait d’avoir l’ultime toupet de lui dire quoi faire, ce qui, étonnamment, accrut la risette épointant son faciès usuellement roide. D’aucuns le connaissant l’auraient cru incessamment apte à envoyer la catin se faire battre par quelconque maître ou souteneur, mais au lieu d’en faire tel, il se tut et considéra son vis-à-vis qui n’avait pas terminé d’arguer ses propos. Son raisonnement ne manquait d’ailleurs pas de cohérence. A quoi bon auraient servies de rutilantes piécettes si c’était pour se les faire marauder à la première occasion ? Coutumier des affaires, Naevius perdait aisément le sens des priorités pour le tout commun qui préférait lamper au calice de la vie, plutôt qu’amasser un pécule volontiers soustrait par d’habiles renards. Et puis, qu’aurait pu apporter une somme modeste à une fille qui ne sortait que trop peu de son lupanar ?

« Cela ne me surprend pas, non. Aussi curieux que ça puisse te paraître, je puis concevoir l’emprise qu’ont les émois. »

Ceci, toutefois, il l’avait tranché d’un timbre austère. Il possédait une certaine limite à sa tolérance, et qu’une roulure veuille professer son savoir en la matière de sentiments était un comble péniblement digeste. Sa propre épouse avait absous son cœur aux méfaits de la discipline rigoriste subie des années durant, comment alors, par tous les dieux, aurait-il pu être aveugle au don de guérison que possédaient les êtres entre eux ? Du moins, cela avait-il été vrai les premières années de son mariage… mais il s’agissait là d’une toute autre histoire qu’il valait mieux laisser ensevelie. L’offre planait encore entre eux deux qu’il eut un long temps de réflexion. Ça ne le dérangeait pas d’agréer. Les termes et exigences n’étaient pas si abusifs, et la donzelle avait trouvé les mots justes pour légitimer sa demande. Il ne lui restait donc plus qu’à acquiescer et s’en retourner à son antre, mais l’indicible orgueil masculin souhaitait éconduire encore un peu sa réponse. L’examinant longuement, il éternisa donc son mutisme et, par cet ample silence, réinstaura avec maestria la précieuse doctrine qui les personnifiait justement ; dominant, et dominée. Il était crucial pour la louve métissée de réapprendre sa place, et si Versutius se passait de lever gratuitement la main sur la gente féminine, il savait néanmoins écraser un quidam trop arrogant de la plus triviale des manières. Par l’intuition. Elle pourrait bien soutenir ses calots lazurites, elle saurait sitôt qu’une force tranquille – et néfaste au besoin – couvait dans la quiétude de cet homme.

« Fort bien. Nous ferons donc ainsi », entérina-t-il d’un phonème tranquille.

Et ce disant de guigner une ultime fois son interlocutrice et de prendre congé, ravalé par la noirceur d’une nuit débutante, puis enfin par les hautes grilles du ludus.

– FIN –

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