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 Ballade au temps de Jadis (ma Némésis)

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Message(#) Sujet: Ballade au temps de Jadis (ma Némésis) Mar 17 Mar - 17:31


Ballade au temps de Jadis
Dites-moi, où et en quel pays est le coeur de ces belles romaines, et de la haine qui fut leur cousine germaine? *


Le murmure de la nymphe se propage doucement sur la terre des dieux. La doux sourire du printemps. Sa beauté tant louée par les hommes réchauffe de son souffle l’air des prochaines récoltes. La terre délivrée du givre de l’hiver, se relève. Venus partout dans sa cité appelle ses citoyens a se réjouir de ce printemps qui leur sourit à nouveau. Il est l’heure des festivités pour célébrer la belle qui réjouit le coeur des romains. Cirque, danse, banquets et pièces de théâtres sont mises à l’honneur! Les pieds des hommes foulent les fleurs tombées fraichement de la bouche charnelle de leur déesse Flora. Dans des rires enchanteurs, les femmes de basse conditions sont rendues reine de quelques jours, et sous leurs hanches féminines se balance la fertilité du monde. Les jeunes femmes, dans leurs cheveux piquent des fleurs champêtres tandis que leurs regards croisent dans un soupire interdit le vent de Zéphyr.  De cette interdiction, les hommes s’amusent ; la beauté féminine est portée à sa grâce la plus haute. Les Willis elles-même, de leur caveau virginal, s’enchanteraient d’un tel spectacle…

Oui, le murmure de la nymphe se propage doucement sur la terre des dieux. Il se propage jusque dans les recoins les plus chastes de la cité… Jusqu’à ce voile d’un blanc si pur que même les rayons du soleil ne semblent pouvoir pénétrer dans les mailles de la cotonnade. Cette tête voilée qui marche, dans une procession lente vers le théâtre. Le seul endroit où ses pas virginaux peuvent encore la porter au milieu de cette ambiance un brin licencieuse… La foule se bouscule devant les portes du Grand Théâtre. Elle bourdonne dans une joie effrénée. O comme ils leur tardent à tous de prendre part au spectacle et d’entendre la musique s’élever dans les airs! Comme ils leur tardent de pouvoir savourer ce spectacle, si rare et précieux! Seuls les plus chanceux se trouvent dans cette foule, des plus pauvres aux plus riches : ils en sont tous conscients. Vêtus de leurs plus beaux atours, les spectateurs offraient à la vue un brassage de couleurs doucereuses. Rien n’aurait pu venir ternir cette journée qui était placée sous le regard bienveillant de Pomone. 



Un regard bienveillant que renvoyait avec un soupçon de candeur Claudia Cassia tandis que la foule s’écartait sur son passage. Les Dieux, en ce jour, étaient partout. Ils étaient si proches des hommes que quiconque aurait fermé les yeux, aurait immédiatement sentit leur présence. La Vestale n'avait pas besoin de fermer les siens pour sentir la présence de cette terre si puissante sous ses pas. Cette terre qui les portait tous aujourd’hui dans le même espoir de cette renaissance. La terre sacrée avait bu le sang des guerres civiles d’autrefois, elle renaissait d’une nouvelle candeur inviolée. Par son passage si pur, la vestale représentait parfaitement cette image. Image selon laquelle, le sacrifice de sa Mère Sacrée substituait la faute perpétuelle des hommes. Sous son souffle maternelle, elle assurait protection et succès à Rome et ses citoyens. La pureté absolue baignée sous les pétales de Flore. Le printemps était là et le futur serait glorieux.

Sa tête tressée se balance au rythme de ses sourires accordés aux enfants. Elle était une image et sous son regard de biche, elle faisait tout pour le transmettre à merveille. Il ricochait de visage en visage, il aurait pu ricocher jusqu’entre les murs du théâtre si il ne s’était pas arrêté sur un visage aussi connu qu’anonyme. Licinia Domitia. Comme ce visage lui était douloureux ! Un regard étrange elle passe devant elle, continuant sa procession privilégiée.

Les lourdes portes s’ouvrent et elle s’engouffre dans la galerie d’accès. Dans quelques minutes les portes seront ouvertes au peuple pour qu’à son tour il puisse trouver place dans les gradins. Elle emprunte l'étroit escalier qui mène à sa loge. Mais tandis qu’elle monte une à une les marches de marbre polis, elle ne peut s’empêcher de revoir le visage de la patricienne… Son coeur la sert sous les souvenirs qui affluent. Souvenirs sanguinaires... Souvenirs tortueux et enfantins. Le soleil était trop haut, trop brillant pour que cette mémoire vienne souiller cette journée symbolique. S’arrêtant dans le couloir, elle se retourne vers sa plus fidèle esclave ; « Amène-moi Licinia Domitia. » Un murmure qui s’élevait déjà plus comme une complainte. Il était temps de réparer les paroles du passé et dans un geste généreux le lui faire comprendre. Dans un silence terrible, Cassia continue à monter les marches vers sa loge déjà apprêtée.



L’esclave franchit à contre sens  la foule bruyante jusqu’à la litière de l’illustre patricienne. S’inclinant elle annonce d’une voix assez haute ; « Ave domina! Ma maîtresse, la vestale Claudia Cassia, m’envoie. Elle t’invite à prendre part au spectacle à ses côtés. ». Sa voix s’était faîte assez haute pour que ceux qui étaient assez proche puissent entendre l’honneur qui était fait à la fille de Caius Lucius Murena. Un honneur qui une fois déclaré, ne pouvait se refuser.



***

La vestale se relève sous l’arrivée de celle qu’elle a un jour rejetée.« Ave Domitia, merci d’être venue… » Elle esquisse un sourire timide, mais ses lèvre sont trop tendues pour qu’il vienne du coeur. Ce sourire la déchire car elle parle à une femme qui l’a maudite il y a de ça des années… Et, pourtant elle ne pouvait s’empêcher de croire qu’en ce jour la présence des dieux à leurs côtés leur serait bénéfique. Le pardon était une quête longue, mais à elles deux peut-être pouvaient-elles y arriver…

Les esclaves reculés dans l’ombre de la lourde tenture blanche, elles étaient seules. Leur deux illustre personne surplombaient les spectateurs et même les notables qui en bas sur les ima cavea en marbre commençaient à prendre place. Le brouhaha général s’engouffre dans le théâtre, les portes étaient ouvertes. Le pantomime allait pouvoir commencer quoiqu’il restait à savoir où il se jouerait...

* librement inspiré des poèmes de Villon.

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Message(#) Sujet: Re: Ballade au temps de Jadis (ma Némésis) Dim 5 Avr - 17:57


Remind us now of what has been,
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Cassia & Domitia
11

Fêtes de Flore, 725
« Va quérir Vospicus. »

La jeune femme se tenait au milieu de sa chambre, et n’accorda pas le moindre regard à son esclave alors qu’elle ajusta sa palla, bien trop occupée à contempler son reflet dans le miroir. Les secondes s’écoulaient alors que la jolie patricienne fixait quelques fleurs dans ses longs boucles brunes, et pourtant, l’ombre de Thémis n’avait toujours pas bougée. Elle était là, l’observant. Et même si elle restait parfaitement silencieuse, Domitia avait l’impression d’entendre clairement sa question : ’En est tu vraiment sûre ?’. Après tout, il était convenu que la jeune esclave profiterait du spectacle pour faire passer un mot de sa maîtresse à l’intendant du duumvir, mais cette tâche serait encore plus délicate si le garde choisi par la murène – et qui était sans doute son espion – les accompagnait.

« Que crains-tu ?  Ne dit-on pas qu’avec de la discipline et de la patience, on [vient] à bout de n'importe quel poisson, une fois qu'il [a] mordu à l'hameçon ? Alors continuons à être patiente, et faisons quelques concessions qui ne nous coûtent rien, mais qui auront pour effet d’endormir ses éventuels doutes pour qu’il ne se doute de rien jusqu’à ce qu’il ne soit pris dans nos mailles.  Après tout,  l'esprit ne vient au poisson que lorsqu'il est pris au filet, et cela ne doit certainement pas être bien différent pour un homme qui s’orne du nom d’un de ces bestioles ?  continua-t-elle, un sourire malicieux dessiné sur les lèvres. Ou… Ne me dis pas que tu commences à douter de tes propres capacités. »

Themis était sans doute la seule esclave de la domus à pouvoir remettre en doute les actions de Domitia – ne serait-ce que de manière silencieuse – et ne recevoir en retour qu’un simple haussement de sourcil. Pourtant, si la jeune femme prétendait que la compagnie de Numerius servait seulement à endormir d’éventuels soupçons de son père, ce n’était qu’une petite partie de la vérité. Mais comment elle, qui détestait tant montrer ses faiblesses, pourrait dire à son esclave qu’elle craignait apercevoir le visage peinturluré du gaulois à chaque coin de rue ? Que le seul souvenir de son rire suffisait pour lui donner la chair de poule encore plusieurs mois plus tard ? Alors peu importe à quel point elle avait eu tendance à contredire la nécessité d’un garde du corps, elle devait bien avouer que la présence du jeune soldat à ses côtés avait quelque chose de rassurant.

« Si c’est ce que tu désires, domina »

Sur ces quelques mots, Themis quitta la pièce, visiblement pas très convaincue par le discours de sa maîtresse. Mais après tout, pourquoi une simple esclave aurait-elle besoin de comprendre les agissements de sa maîtresse ? ’Peut-être lui laisse-je trop de libertés.’ songea la jolie brune. Mais elle avait beau se dire cela, elle savait parfaitement qu’en fin de compte, rien ne changerait entre elles : elle appréciait bien trop la compagnie de celle qui pourrait très bien être sa demi-sœur pour la traiter autrement.


Seulement quelques minutes plus tard, le trio quitta la villa Diomède. Et alors que Numerius frayait un chemin pour sa jeune protégée, celle-ci ne put s’empêcher de constater que depuis quelque temps, un vent de renouveau semble souffler sur la Campagnie. La plèbe ne semblait que trop heureux du prétexte des fêtes de Flore pour oublier les événements des mois derniers.  Et dans les rues où seulement quelques semaines plus tôt s'élevaient des cris de terreur et d'agonie, résonnaient désormais les rires de la populace qui était venue s'y amasser. On dansait sur des pétales de fleurs, oubliant que seulement quelques mois plus tôt, en leurs places, c’étaient des débris et des taches de sang qui avaient ornés ces même pavés. Pour l’espace de quelques jours, les horreurs du passé ne semblaient être plus que de lointains souvenirs. Cette joie qui se lisait sur les visages des pompéiens avait quelque chose de contagieux, puisque même Domitia affichait un sourire heureux. Et pour l’espace de quelque temps, ses désirs de vengeance s’étaient comme évaporés, et elle se contentait de profiter du moment présent.
Pourtant, sa bonne humeur ne fut que de courte durée, puisqu’à peine arrivée au théâtre qu’une esclave l’aborda.

« Ave domina! Ma maîtresse, la vestale Claudia Cassia, m’envoie. Elle t’invite à prendre part au spectacle à ses côtés. »

Claudia Cassia. Voilà certainement un nom que la jeune patricienne n’était pas prête à oublier, et comment pourrait-elle ? Elle n’avait pas recroisé la jeune Claudia depuis cette rencontre au temple qui avait certainement scellé le destin de Quintus, et pourtant, combien de fois avait-elle revu dans son esprit le visage de la petite fille colérique qui l’avait maudite ? Les dieux devaient vraiment avoir un humour quelque peu étrange : de toute les personnes qu’elle aurait pu croiser, ça doit être elle. Cette vestale. Cette meurtrière. Dire qu’en quittant Rome – non, depuis le moment où elle avait quitté le temple en ce jour fatidique – elle avait espéré ne jamais revoir cette Cassia. Sa surprise avait été de taille lorsque cette meurtrière avait eu l’l’audace’ de venir au Dies Lustricus de la petite Gaia. Est-ce que cela ne lui avait pas suffi de maudire l’aînée des Licinii ? Avait-elle décidé de se prendre également à la cadette ? ‘De la baleine à la sardine et du poisson rouge à l'anchois dans le fond de l'eau chacun dîne d'un plus petit que soi... et visiblement, cette vestale indigne devait être un bien petit poisson pour s’en prendre à un nouveau-né…’ songea la jolie brune.
Mais son visage restait impassible, et c’est sur un ton serein qu’elle finit par répondre à l’esclave de la jeune Claudia :

« Dis à ta domina que c’est un grand honneur que d’avoir une fois de plus l’occasion de jouir d’une aussi agréable compagnie. »

‘Honneur, tu parles. Je pourrais fort bien me passer de sa compagnie.’ songea la jeune femme. Mais l’invitation avait été prononcée à voix si haute que toutes les personnes environnantes avaient dû l’entendre, si bien que Domitia n’avait pas d’autres choix que de l’accepter avec le sourire.  Se tournant vers son garde, la jeune femme ajouta :

« Tu peux disposer Vospicus. Profites du spectacle. Je doute que je nécessiterais de ta protection en si illustre compagnie. »

‘Ou du moins, que tu pourras me protéger des poignards qui risqueront d’y voler.’ ajouta-t-elle dans ses pensées. A vrai dire, elle n’avait pas la moindre idée de ce que cette Cassia manigançait, et c’était finalement bien ça qui la perturbait le plus. Pourquoi ne pas simplement faire comme si elles ne s’étaient jamais vues ? Après tout, cela avait plutôt bien fonctionné lors du Dies Lustricus de Gaia, puisque personne ne semblait s’être aperçu des regards noirs qu’elles s’étaient lancés. Car oui, elle l’avait promis à Cassia bien des années plus tôt : un membre de la gens Licinia n’oubliait jamais une offense. Et jusqu’à maintenant, elle avait tenu cette promesse. Elle n’avait pas oublié. Et elle n’oublierait pas. Quoiqu’il en soit, il était certainement préférable qu’il y ait le moins de témoins possible de cette rencontre, ou du moins des paroles qui y seraient échangées.

« On dit que si l’on jette le chanceux dans la rivière, il en ressortira avec un poisson dans la bouche … décidément, je fais partie de ceux qui devront jeuner. »  murmura la jeune patricienne en roulant  des yeux, à peine que l’esclave de la vestale lui avait de tourné le dos pour la guider jusqu’à sa maîtresse. « Cette morue ne peut-elle donc jamais disparaître de ma vie ? »

Et pourtant, lorsque peu après, elle entrait dans la loge de la vestale en compagnie de son esclave, ses noires pensées étaient dissimulés derrière un sourire qu’on pourrait presque prendre comme timide si l’on ne connaissait pas la jeune femme. Au cours des années, la jolie brune était devenue maîtresse dans l’art de dissimuler ses émotions, et cette faculté allait certainement lui être d’une grande utilité aujourd’hui.

« Ave Cassia. répliqua-t-elle d’une voix douce. Je n’aurais su refuser ton invitation, bien que j’ignore ce qui me vaut un tel honneur. »
Un autre mensonge, mais ce n’était certainement que le premier d’une longue série…
Scrutant son interlocutrice, elle finit par ajouter : « Et pourtant, tu sembles surpris de me voir ici. » ’Au moins aussi surpris que moi de te voir ici, à Pompéi. Presque comme si tu espérais que je refuse ton invitation. A quoi joues-tu donc, petite vestale ?’

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Message(#) Sujet: Re: Ballade au temps de Jadis (ma Némésis) Jeu 23 Avr - 14:41


Ballade au temps de Jadis
Dites-moi, où et en quel pays est le coeur de ces belles romaines, et de la haine qui fut leur cousine germaine? *


« Ave Cassia. Je n’aurais su refuser ton invitation, bien que j’ignore ce qui me vaut un tel honneur. »



Le même sourire tendu continue d’orner ses lèvres. Elle non plus, elle ne sait pas pourquoi elle lui a accordé un tel honneur. Un soupçon d’amertume que son coeur pourrait regretter… Qu’il regrette déjà au mensonge de la belle. Entre les lèvres rosées de la patricienne, honneur n’avait qu’un goût terreux. Pourtant, les auspices étaient favorables et le doux vent du printemps annoncé ne pouvait que leur offrir un espoir de renouveau.



« Et pourtant, tu sembles surprise de me voir ici. »



« Je le suis. Cependant, Fortune n’aurait pu être plus généreuse qu’en te plaçant sur mon chemin. »



Elle lui intime d’une main impérieuse de prendre place à ses côtés. Assises, les esclaves défilent devant elles pour leur proposer douceurs et vin. Sans un regard pour le bas monde, Cassia observe les musiciens qui commencent à s’installer sur la scène. Peut-être s’était-elle laisser emporter par ce parfum renaissant… Peut-être qu’il n’y avait rien à dire sur leur passé, peut-être était la seule à s’en souvenir et à en faire les frais… Peut-être.



A vrai dire, Cassia était coincée à son propre jeu. S’était à elle d’engager une conversation, mais il fallait avouer qu’elle n’avait pas le moindre soupçon d’idée de comment faire. Toutes les phrases qu’elle retournait dans sa tête s’avortaient d’elles-même. Infertiles, elles n’auraient donné à rien d’autre qu’à une impasse dangereuse. Les mots devaient être choisis avec soin. Pendant un instant, tandis que ses doigts cherchent à détacher une datte, elle ne peu s’empêcher de penser qu’elle était calculatrice. Cette pensée, quoique brève, la secoua. Elle voulait tendre la main à cette femme à qui un jour elle avait fermé la porte. Elle voulait se rattraper, car bien sûr, à ses yeux naïfs il n’était jamais trop tard. Mais, et comme elle devait l’apprendre quelques heures plus tard, les blessures mal pansées ne guérissaient jamais. Au contraire, elles s’envenimaient. 


« Je ne pensais pas que le théâtre de Pompéi pourrait être le témoin de nos retrouvailles. »



Un théâtre. Comme l’ironie était belle! Les premiers airs de la musique s’élève. Ses paroles sont aussi mal accordées que les premières fausses notes des instruments. Il faut travailler sur l'accordage. Retrouvailles. Elles ne s’étaient jamais rencontrées. Du moins, Licinia n’avait rencontré que l’ombre de la Vestale et, aujourd’hui c’était les rôles qui seraient inversés. Le deuxième acte. Oui, l’ironie était aussi belle qu’acerbe.



« Le Ciel de Campanie ne serait être que plus clément au ciel de Rome. »

Ses paroles n’avaient pas le moindre sens pour ceux qui ne connaissaient pas la source de leurs maux. A Rome, des années plus tôt une Licinia choisie par Cupidon était venue implorer la bénédiction de Vesta pour épouser un homme de rang inférieur. Un homme dont le pater familia n’avait pas la moindre idée de l’existence… L’histoire aurait pu être belle, Cassia acceptant le sacrifice apporté et Vesta couronnant l’union. Mais, et parce qu’il y a toujours un mais aux histoires bien faites, l’adolescente en avait décidé autrement. Une rage, avait trahi les préceptes miséricordieux enseignés et de son jeune âge elle avait rejeté l’offrande. Après-tout son frère aîné venait de se faire assassiner et on disait que les Licinii n’était pas forcément anonymes à la mort elle-même… En soi, elle ne la connaissait pas, mais sa rage et sa tristesse devaient trouver vengeance. Les portes s’étaient claquées et la malédiction avait sonné…

Aujourd’hui, Domitia était toujours célibataire et Cassia n’avait jamais eu vent de la suite de l’histoire. A la vérité, elle ignorait tout du coeur de la patricienne. Elle ignorait que depuis ce jour là il ne s’abreuvait que d’encre noire, tandis que son coeur à elle faisait la paix et rentrait sur la via de la miséricorde. Cassia avait trouvé l’amour spirituel où Domitia avait trouvé sang et cendres.


Comme hier, elles étaient des inconnues et comme hier le ciel ne serait pas aussi clément que Cassia l’espérait. Il était trop tard. Pourtant, le souffle fleuris des affres printaniers poussent Cassia à porter sa main sur celle de son aînée.

« Un ciel ombrageux que je regrette chaque jour… Nous étions jeunes et aveuglées par quelque chose qui nous dépassait. »



Formuler ces mots à voix haute, laisser échapper ces notes trop acides à son coeur, elle se sentait plus légère. Domitia l’avait maudite et par cela, elle avait atteint préjudice à Vesta elle-même… Cassia ne lui en voulait plus, elle n’aurait jamais du la repousser...

« Si il n’est pas trop tard, permets moi de faire des offrandes à ma mère en ton nom… » 

Si les grands de Rome n'avaient pu braver la haine comment leurs enfants l’auraient pu? 



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