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 Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola]

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Message(#) Sujet: Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola] Jeu 5 Fév - 21:33

Il n'est trahison plus douloureuse

que celle de sa propre prudence



Villa des Mystères ~ mai 725 AUC

L’attente avait été si longue, l’occasion si difficile à trouver…

Depuis que la gauchère avait abîmé sa cheville le jour de cette terrible venatio et de sa fuite jusque dans les égouts de Pompéi, sa vie sociale s’était résumée à un lourd tête-à-tête avec Nasica et aux pénibles visites de ce medicus blafard dont l’incompétence la sidérait presque autant que la douleur qui lui avait fait vider une à une bien trop d’amphores de vin. Avec le temps, Helvia avait perdu le compte des jours qu’elle avait passés alitée. Seul le banquet de Flore était parvenu à lui faire réaliser la lenteur de son rétablissement. Etrangement, la veuve n’en avait pour autant qu’un souvenir terriblement flou. Elle ne se rappelait que son réveil fracassant, le sang tambourinant dans ses tempes lourdes, sa robe tâchée de vin et de terre, alors qu’elle se trouvait allongée sur la racine d’un arbre solitaire au milieu d’un champ jonché de corps avinés de Pompéiens. Sa nuque était raide, son dos douloureux, et sa cheville la lançait plus que jamais. Elle avait froid, mal au crâne, et avait cette sensation bizarre comme lorsqu’on émerge d’un cauchemar et que l’on conserve pourtant l’impression de ne pas en être pleinement sorti. Quoi qu’il se soit passé cette nuit-là, cela n’avait certainement pas été dicté par le raisonnable ! Près d’une semaine avait été nécessaire pour se remettre de cette nuit incompréhensible, sept jours presque entièrement passés au lit, la cheville badigeonnée de mixture au fenouil censée calmer ses douleurs.

Désormais, la gauchère remarchait, bien que difficilement et pour de courtes périodes. Cette liberté retrouvée lui avait fait perdre quelque peu cette humeur massacrante dont Nasica avait tant souffert pendant des semaines et rapidement, le besoin de revoir ceux dont elle s’était retrouvée isolée si longtemps se fit sentir. Peu de noms lui obnubilaient l’esprit, finalement. Helvia n’était pas de celles qui appréciaient les visites de courtoisie uniquement justifiées par un accident ou un conflit d’intérêts. Elle était trop méfiante pour cela, trop solitaire. Mais ces jours-ci, elle avait manqué de cette présence tendre et consolatrice, de ce regard attentif et de ce soutien discret mais sans faille du descendant du grand Pompée.

Rien ne pouvait lui permettre de lui reprocher son absence ; cette situation était celle qu’elle avait elle-même choisie. Telle était leur sentence pour persister à se retrouver ainsi malgré toutes les lois de Rome. Le mensonge. L’isolement. La crainte. Le silence. Tout autant de de souffrances qu’ils avaient choisi d’accepter contre le bonheur de se revoir toujours et de continuer de se sentir aussi vivants qu’à leurs vingt ans. Comment exiger de Lucius qu’il vienne à son chevet en ces temps troublés, alors que la venatio avait tourné à la débâcle la plus sanglante, que le banquet de Flore semblait s’être joué de la raison des plus sages citoyens de Pompéi et que la rumeur d’une révolte d’esclaves menaçait la Campanie ? Comment justifier une visite à une simple amie de la famille, à la tante de sa belle-fille, alors que l’on demandait son attention de tout côté ? Rien ne permettait à Helvia de lui demander cela. Mais malgré cet accord commun, leur promesse de secret demeurait difficile à tenir et, après un temps si long loin de tout et de lui, Helvia peinait à se concentrer sur toute autre chose que l’envie de le revoir, juste un instant.

Ainsi, refusant d’attendre davantage, la veuve avait cherché un prétexte suffisamment convainquant pour justifier une visite à la domus du duumvir ainsi qu’un moment où elle pourrait le trouver seul car, peut-être pire que la douleur de l’absence, le voir au bras de son épouse demeurait une souffrance trop difficilement supportable. Helvia avait envoyé ses esclaves près de la Villa des Mystères à divers moments de la journée, pour lui rapporter les habitudes de Lupida. Ainsi, chaque jour, la Louve se rendait aux thermes de Stabies à la même heure le matin et y restait toujours assez longtemps pour permettre à Helvia de passer quelques instants avec le duumvir. L’occasion se trouvait là, enfin, et dès le lendemain, la gauchère fit amener sa litière et ordonna qu’on la mène jusqu’aux portes de la villa des Pompeii.

Sur le chemin, elle sentit son cœur battre à lui déchirer la poitrine, tant par l’envie de voir enfin son amant que par la crainte de rencontrer son épouse. Alors que les esclaves déposaient sa litière, elle y demeura immobile plusieurs secondes à regarder la porte imposante de la villa. Le jeune Catulus vint proposer sa main à sa domina pour l’aider à sa relever et, après un dernier instant d’hésitation, la veuve l’accepta. L’esclave l’accompagna jusqu’à la porte où elle lui ordonna de rebrousser chemin, ne gardant que Nasica auprès d’elle. Aux portes, elle alla à la rencontre du garde.

- Veux-tu prévenir ta domina qu’une amie vient s’assurer de sa bonne santé en ces temps difficiles ?

Il était toujours mieux vu pour une femme de venir visiter une amie plutôt que son époux, même chez de simples gardes.

- Pardonnez-moi, mais Flavia Pompeia Lupida est sortie, madame.

Une vague de soulagement s’empara de la gauchère qui n’en laissa pourtant rien paraître. Elle feignit une amère déception avant de reprendre :

- Quel dommage… J’irai la trouver un peu plus tard en ce cas. Mais j’avais une certaine affaire à régler avec elle. Peut-être pourrais-je m’entretenir avec ton dominus ?

- Je vais vous annoncer, dit le garde en commençant déjà à tourner les talons.

- Inutile. Nos deux familles seront bientôt unies par le mariage de leurs enfants. Nous n’avons plus besoin de tels cortèges. Dis-moi simplement où le trouver.

Le garde sembla hésiter un instant. Puis, ne se risquant pas à contrarier la Vipère de Pompéi, il lui répondit d’un ton neutre :

- Vous le trouverez dans le tablinum.

La veuve entra sans attendre, d’un pas rapide tout d’abord, puis toujours plus lent à mesure qu’elle se rapprochait du duumvir. A quelques pas de l’entrée du tablinum, elle se tourna vers Nasica pour lui signifier d’un simple regard de la laisser seule à partir de maintenant. Son esclave acquiesça avant de rebrousser chemin. Peut-être rejoindrait-elle les autres esclaves et y trouverait Cicero avec qui elle échangerait quelques mots. Ces deux-là avait souvent l’occasion de se voir depuis que leurs maîtres s’étaient retrouvés, avec une lettre ou un message à transmettre à leur homologue. Helvia la laissa partir en toute confiance. Elle ne connaissait pas alliée plus fidèle.

La gauchère resta immobile un instant, attendant d’être entièrement seule. Elle parcourra les trois derniers pas qui la séparaient du tablinum sans bruit, puis, d’un œil furtif, elle observa l’intérieur de la pièce sans se faire remarquer. Le duumvir était bien là, assis à son bureau, perdu au milieu d’une montagne de tablettes et de papyrus, si absorbé par cette masse de travail que rien autour de lui ne semblait capable de capter son attention. Helvia passa ainsi plusieurs secondes à le regarder sans bouger, comme pour nourrir son âme de cette vision qu’elle avait mis trop longtemps à retrouver. Enfin, toujours sans bruit, elle se montra à l’entrée du tablinum et se décida à lui murmurer :

- Prêterais-tu ton bras à une pauvre femme pour l’aider à marcher jusqu’à tes jardins ?


lumos maxima

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Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

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Dernière édition par Helvia Claudia Scaevola le Dim 29 Mar - 22:36, édité 2 fois
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Message(#) Sujet: Re: Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola] Jeu 12 Fév - 0:09


Quand le manque se fait par trop prégnant, l'estomac se tord, le souffle se fait plus court, le regard absent et l'esprit sans repos, tellement abîmé dans ses songes que ce soit de jour ou de nuit. Oh certes, je me dis que je ne suis guère une jeune fille souffrant d'un amour éconduit. Bien sûr, j'ai des affaires plus pressantes à régler, dont un chef de meute, très en colère et prêt à déferler avec sa soif vengeresse dans toutes les campagnes environnantes. Des suites d'élections à trafiquer, afin de m'assurer les soutiens qui m'échappent et qui se dérobent pour mieux servir l'ennemi. Les épousailles de ma soeur que mon meilleur ami fait sombrer dans l'alcool et dont le malheur me navre le coeur. Puis les injonctions de certains trop pressés de quémander une grâce. Et les exécutions de ceux qui parlent et osent bien trop que ce qu'ils peuvent se permettre. Enfin la traque incessante de ces réunions clandestines dont nous avons l'écho mais qui semblent des songes évanescents car nous n'arrivons guère à les localiser.

Et pourtant, alors que je suis assis dans ce tablinum silencieux comme un tombeau, accompagné du seul bruit produit par le grattement régulier de mon calame, je songe. Encore et toujours. Et tant et plus depuis des semaines entières... À Elle. Parfois ce sont ses yeux qui me narguent au coeur de la nuit. Souvent, ce sont des appétences beaucoup plus charnelles. Enfin, c'est sa conversation qui me manque, elle qui sait si bien me lire sans que j'ai à trop m'épancher.

Je ne sais plus combien de jours me séparent de notre dernière entrevue. Nous avons choisi le chemin sinueux des amours clandestines. De celles qui se cachent et qui masquent leurs sourires, qui étouffent leurs soupirs. Je la sais certainement aussi impatiente que moi, nos caractères faits tous deux de flammes bien trop vives pour trop longtemps reposer. Mais nous savons qu'il ne faut rien brusquer. Nous savons qu'au moindre accident de parcours, nous risquons tout.
J'ai dû suivre de loin le quotidien de ma maîtresse, avec cet air de ne pas y tenir, en m'informant au détour d'une phrase, laissant tomber ça et là un commentaire détaché. Désincarné. Mais je sais jouer la comédie, je connais la chanson par coeur, alors qui pourrait se douter que mon âme tourne dans sa cage charnelle, rugissant de cette privation qu'elle ne croit pas avoir mérité. Si prendre ses distances permet de mieux savourer les retrouvailles, ce silence m'est devenu insupportable. Au point de commencer à songer à des plans alambiqués qui me feraient prendre le chemin de sa domus.

Depuis j'ai appris sa blessure, goûtant sa douleur comme font ces amants dont le lien semble toujours se tendre pour mieux les torturer. Impossible d'y aller en personne, mais m'informer plus avant oui. Alors j'ai fait trainer Cicero dans le quartier... Nasica et lui ont échangé quelques paroles mais qui ne m'ont guère apporté réconfort. Elle est dans l'isolement et je ne peux guère ensoleiller son repos forcé. La rage me tient donc lieu de compagnie, jouxtée par le triste sentiment d'impuissance. Tout me retient quand je ne souhaite être entravé que par ses bras.
Je sais pourtant que je ne peux rien céder aux imprécations de mon esprit... J'ai trop sacrifié jusqu'alors pour tout écrouler sur un coup de tête. Mais, que ne donnerai-je pour un instant de liberté dans cette journée morose ?

Quand je relève le regard pour découvrir sa silhouette si fine, ici, là et maintenant, dans un decorum si décalé par rapport à nos entrevues discrètes, je crois d'abord être happé par un de mes songes. Je prends le temps de détailler ses atours, comme statufié à mon bureau et tandis que ma main pose avec d'infinies précautions le calame, un sourire vient illuminer mon visage. Sur l'instant, je ne suis pas capable de penser à l'absence de précaution et je détruis la distance qui nous sépare encore avec deux enjambées. Bien sûr, je ne la touche pas. Aucun geste déplacé... Aucun contact autre que nos yeux qui se scrutent et s'interrogent. Puis je m'incline afin de la saluer avec plus d'élégance que par cette seule voracité qui imprègne mes prunelles.

Sans mot en réponse, je lui tends mon bras, dans une parade des plus formelles pour l'accompagner sous le portique qui bordent les grands jardins de la villa des Mystères. C'est seulement dans l'ombre offerte par les hautes arcades que je lui demande des nouvelles :

- La souffrance est donc si prégnante ?

Une question à double entrée, tandis que son bras léger s'appuie sur le mien et que je la guide comme pour une déambulation qu'un patricien offrirait à l'une de ses invitées. Je regarde les arbres, ne me risque que rarement à tourner mes yeux vers elle. Je ne touche pas sa main qui repose sur mon avant-bras. Et pourtant, je me sens comme sorti d'une longue marche éreintante. Libéré d'un poids dévorant. Mon coeur est plus léger et si mon masque ne trahit pas ma joie intérieure, ma voix se fait presque caressante sur certaines syllabes. Une caresse pour toutes celles que je ne suis guère en mesure de lui prodiguer dès à présent. Il y a toujours un esclave, toujours un oeil attentif à mes moindres mouvements et je compose même au sein de ma propre maison.

- Tu me vois réellement rassuré sur ton état de santé. Je pourrai informer Lupida de ton retour de convalesc...

Tout s'enchaine très vite sans que je prenne la mesure de ce qui se trame. Alors que je la fais descendre près des parterres, une margelle cachée par la végétation la fait trébucher et quitter l'appui que je lui offre. Dans un geste des plus naturels, je la rattrape aussitôt et ma main vient se poser dans le creux de ses reins tandis qu'elle me fait face. Mon autre main sur son épaule, nos regards qui se croisent. Ma légère inquiétude de la voir une nouvelle fois navrer son beau visage par la souffrance de sa cheville récalcitrante. Tout ceci ne dure qu'une seule seconde.

Une seule seconde où le masque m'a abandonné. Où toute ma posture s'est modifiée un bref instant pour ne plus être celle du Duumvir recevant une amie de longue date, mais bien celle d'un amant avec celle qu'il a l'habitude de tenir dans ses bras. Je la relâche aussitôt, maudissant cet oubli d'un instant qui sait mieux me trahir que n'importe quelle parole. L'instinct a quelque chose d'éminemment perturbant : une seule seconde peut briser la plus sûre des réputations. Mais nous sommes à la Villa des Mystères n'est-ce pas ? Rien ni personne n'a l'acuité de ces immanquables scrutateurs qui nichent sur le forum ou se glissent sur les bancs de la curie. Qu'ai-je fait si ce n'est la rattraper alors qu'elle allait tomber ? Il faudrait me connaître pour deviner ce qui se dissimule sous notre souffle plus court et notre mâchoire un instant contractée.

Rien ni personne n'est à même de lire dans mon âme. À part Helvia. N'est-ce pas ?

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Césars:
 

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Message(#) Sujet: Re: Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola] Mer 11 Mar - 1:09

Pompeia Praedita composait et composait. Cependant, rien ne sortait de sa plume. Elle ne cessait de déchirer, de jeter, de brûler chaque nouvel écrit, jurer et maudire toutes les muses de la tradition romaine comme grecque et soupirer et se morfondre à l’ombre de quelques petits arbres fruitiers.

« Je n’arrive plus à composer. Mon cœur ne ressent plus rien si ce n’est l’ennui et le désespoir. Mon esprit ne cesse d’être torturé par ce quotidien suffoquant. Fuir à la campagne n’effleure même pas mon esprit, et n’est plus synonyme de repos ».

Elle touchait ce doux visage et un long soupir désespéré sortit de sa bouche. Marcus Vinicius n’était devenu que l’ombre de lui-même, rendant le mariage totalement incertain. Si l’idée l’avait déplu au départ – soit celle du mariage – elle s’était rapidement accommodée. Une nouvelle vie, une nouvelle autonomie, peut-être même de nouvelles passions.

Peine perdue. Pompeia Praedita semblait être damnée à être Pompeia Praedita. Des amants auraient été une agréable option mais elle n’avait guère l’habitude des hommes, ou même des femmes, ayant détesté cela un long moment, persuadé que ce n’était qu’une inutile distraction ou de stupides chaînes.

« Peut-être pas … » conclut-elle.

Enfin, et plus important, elle ne pouvait pas prendre le risque d’avoir plusieurs amants ou un seul. Un jour ou l’autre, cela risquait d’être su et à cet instant, elle ne donnait guère cher de sa peau. Cependant, cette crainte commençait à être éclipsée par le désespoir de finir seule.

« Peut-être … ».

Elle se contenta de soupirer encore. Les esclaves qui l’accompagnaient, prêtes à répondre aux moindres désirs de la maîtresse à l’instant même – souvent des mets, des fruits ou du matériel pour écrire – observèrent avec inquiétude cette dernière. Les deux êtres serviles avaient remarqué que la Pompeia était prise d’une étrange apathie ces derniers temps, et que rien, absolument rien – ni les écrits, ni le théâtre – ne semblaient avoir le moindre effet.

- Laissez-moi, conclut la brunette.

Les deux esclaves s’inclinèrent et s’éloignèrent, laissant à nouveau leur maîtresse dans un mal sans nom. Peut-être qu’il y avait un nom mais elles ne le connaissaient pas. Par contre, nom ou pas, elles en connaissaient une ou deux remèdes mais elles doutaient fortement que les Pompeii – si nobles familles – s’abaissent à de telles « procédures ».

Ils étaient si nobles. Si majestueux. Si honorables.

« Je hais ma condition de Pompeii. De Patricienne » se dit-elle en soupirant une énième fois, sortant une image d’une contrée exotique d’une de ses poches secrètes. Elle souhaiterait être ces soldats qui vont explorer des contrées inconnues, et qui font de belles et sûrement inoubliables rencontres. Elle était même prête à être cet oiseau allant là où ses ailes le porteront.

Malheureusement elle n’était ni un soldat, ni un oiseau. Elle était une femme de Pompei, appartenant à cette caste élitiste.

La mine sombre, elle se leva pour rejoindre ses appartements et s’enfoncer dans un autre sommeil profond. Malheureusement, ou heureusement, le destin en décida autrement. Il porta les pas de la brune auprès de son frère et de son invitée, à un moment qu’on qualifierait de « crucial ». Si pour une grande majorité de la maisonnée, Publicola adoptait une allure totalement banale et agissait avec un total désintérêt en retenant la Claudii, ce n’était guère le cas pour la sœur.

Elle le connaissait mieux que quiconque, voire bien mieux que Lupida elle-même. Praedita avait assez vécu auprès de son frère, célibataire comme marié, pour connaître ses états. Elle avait remarqué sa soudaine distance de ces dernières semaines, cet air « rêveur » ou encore cette incroyable vigueur – ou méfiance -. Elle ne disait rien, laissant ces histoires au sein du couple, mais elle se doutait que quelque chose se tramait dans l’air.

A cet instant, son frère venait tout simplement de confirmer les soupçons de Praedita.

Si l’acte en lui-même ne la scandalisait pas – tout homme pouvait avoir des moments de faiblesse, comme le disait souvent leur défunte mère -, le lieu ou encore le regard eut le don de la mettre hors d’elle. Une seule seconde avait effectivement suffit à la brune pour voir l’étendu du désir que la Claudii suscitait chez le Pompeii, une seule seconde pour comprendre que cette attention sous le toit même de la maison maritale était un crime.

- Vous pouvez vous détacher d’elle mon frère, elle sait très bien marcher d’elle-même. Ou se rétablir d’elle-même, commença la Pompeia avec un ton froid, dur et accusateur.

« Elle » n’avait pas été nommée un seul instant. Cette somptueuse femme venait de perdre toute crédibilité et respectabilité aux yeux de la Pompeia. Ce n’était plus que celle qui amenait malheur au sein d’un couple qui s’aimait. Et si parfait. Elle n’était qu’un trouble … qui se devait de disparaître. Malheureusement, connaissant le caractère de Publicola, il n’autorisera pas une telle chose. Les hommes et leurs femmes … une véritable épopée.

- Lupida n'est pas présente, mais les esclaves le sont. Une telle proximité risquerait de susciter des rumeurs n'est-ce pas ? Savez-vous ce qu'on raconte au sujet des hommes qui amèneraient leurs amantes au sein même de leur demeure où repose leur épouse et où a grandi leurs enfants ? Le savez-vous Claudia ? Le sais-tu mon frère?

Elle était déçue. Un sentiment qui pouvait être lu au fond de sa prunelle. Contrairement à Publicola qui était un art pour cacher ses sentiments en toute circonstance – allant jusqu’à s’empêcher de feindre quoi que ce soit - , elle était celle qui éclatait ses sentiments au grand jour si elle le désirait, ou celle qui les manipulait pour troubler autrui. Dans tous les cas, de tous les Pompeii, Praedita avait toujours été la plus émotive et la plus « spectaculaire ».

On se laissait vite prendre par ses pleurs, ou encore s’aplatir devant sa colère.

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2ème cérémonie césar:
 
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Message(#) Sujet: Re: Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola] Dim 29 Mar - 22:39

Il n'est trahison plus douloureuse

que celle de sa propre prudence



Villa des Mystères ~ mai 725 AUC

La veuve détailla les traits du duumvir pendant de longues secondes alors que tous deux se tenaient l’un face à l’autre dans le tablinum. Elle trouva dans les yeux de son amant une tendresse qui lui avait cruellement manqué du temps de sa douloureuse convalescence et enfin, elle se sentit apaisée, libérée d’un poids devenu trop lourd au fil des jours. La distance qui les séparait alors lui parut aussi insupportable que salvatrice, aussi injuste que nécessaire. Leur soulagement ne se lisait alors qu’au travers de leurs regards, laissant au reste de la domus une vision aussi ordinaire que dénuée d’intérêt. Avec un brin de malice, la gauchère demanda le bras du premier sénateur de la cité et Publicola la mena doucement jusqu’au portique pour lui offrir la vue des sublimes jardins de la villa des Mystères, illuminés par le doux soleil de mai.

- La souffrance est donc si prégnante ? demanda-t-il alors.

- Seulement assez pour demander le bras du premier homme de la cité.

Les yeux de la vipère se firent malicieux et tous deux parcoururent un moment les chemins qui traversaient les jardins, entre buissons fleuris et arbustes tout en verdure, sans un mot. Puis, ils se mirent à échanger quelques banalités qui pouvaient être celles d’une honorable patricienne venue rendre visite au duumvir pour l’assurer de son soutien, une discussion qui, Helvia en était certaine, saurait convaincre les oreilles un peu trop curieuses de quelques esclaves distraits et conserver l’apparence d’un couple d’alliés et non d’un couple d’amants. Mais la veuve savait lire dans les prunelles de celui qui lui offrait l’appui de son bras aussi bien que lui savait lire dans les siennes et jamais l’un n’avait eu de difficulté à déchiffrer les pensées brûlantes qui se cachaient derrière les termes les plus neutres. Cet exercice était leur quotidien depuis qu’ils s’étaient connus à Rome, à leurs vingt ans. Quel risque prenaient-ils alors, eux qui entretenaient ce secret depuis toutes ces années sans jamais avoir été découverts, ni même soupçonnés ?

Ce risque s’incarna pourtant, en une entité aussi sournoise qu’inerte, une seule régularité du sol pour fissurer le masque. Helvia n’eut que le temps de s’agripper à l’épaule du duumvir alors que celui-ci la rattrapait. Une main dans le creux de son dos, une autre au-dessus de son bras, le patricien croisa son regard et elle lit sur son visage un sentiment que ne pouvait montrer qu’un homme épris d’un désir allant bien au-delà du soutien politique ou de l’amitié sincère. Un seul instant, elle vit la flamme de leur liaison briller dans le bleu de ses yeux et dans la douceur de ses gestes. Et quand il la redressa enfin, repositionnant sans attendre le masque qu’il avait laissé tomber, Helvia l’observa, lisant en lui l’inquiétude et la frustration du politicien qui sait qu’il vient de livrer, même pour un temps aussi court, une de ses failles les plus profondes.

Immédiatement, la gauchère détourna les  yeux, tentant de reprendre contenance après cette dangereuse mégarde. Mais bientôt, des pas se firent entendre plus loin sur le chemin, et entre les branches bourgeonnées des fruitiers, la silhouette de la sœur du duumvir apparut, portée par une détermination qui le laissait aucun doute sur ses intentions. Et alors que sa voix perça le lourd silence qui imprégnait les jardins de la villa des Mystères, la cœur de la veuve rata un battement.

- Vous pouvez vous détacher d’elle mon frère, elle sait très bien marcher d’elle-même. Ou se rétablir d’elle-même.

Abasourdie par une telle entrée, Helvia ne sut que répondre et se contenta de lui lancer un regard confus, envahi tant par l’effroi que l’incompréhension. Se pouvait-il que Praedita aussi ait eu le pouvoir de lire en Lucius ce que seules quelques rares âmes en ce monde étaient capable de voir ? Se pouvait-il qu’elle aussi le connaisse assez pour distinguer ce que le politicien cachait derrière le masque ? Helvia ne pouvait y croire. Ou plutôt se refusait-elle d’y croire tant cette possibilité mettait en péril tout ce qu’elle avait construit avec le duumvir depuis leur première étreinte sur les terres de Rome. Pourtant, bien que cela lui arrachât un frisson abominable, les paroles qui suivirent ne firent que confirmer les pires craintes de la vipère.

- Lupida n'est pas présente, mais les esclaves le sont. Une telle proximité risquerait de susciter des rumeurs n'est-ce pas ? Savez-vous ce qu'on raconte au sujet des hommes qui amèneraient leurs amantes au sein même de leur demeure où repose leur épouse et où a grandi leurs enfants ? Le savez-vous Claudia ? Le sais-tu mon frère?  

Helvia ferma les yeux un instant, terrorisée. Son cœur s’emballa dans sa poitrine de sorte que son souffle déjà plus court soit devenu bien difficile à cacher. Des fourmillements s’emparèrent de ses mains qui se serraient les phalanges au point de priver ses extrémités de sang. Tout se finissait donc ici ? Tout leur monde devait-il s’écrouler dans les jardins de la villa des Mystères, brisé par une simple pierre au détour d’un sentier ?

Comme une créature effrayée, une boule de colère se forma dans le fond de la gorge de la gauchère, de sorte que seule une attaque, aussi ridicule et futile fût-elle, lui parut digne d’être formulée par ses lèvres.

- Que dites-vous, jeune Praedita ? articula-t-elle ainsi d’une voix malheureusement trop tremblante. Ma chute vous aurait-elle sis davantage, de sorte que je demeure assez éloignée de votre frère pour vous éviter d’avoir à soupçonner de telles choses ?  

La veuve avait appuyé ce terme de « jeune », comme pour lui signifier qu’elle ne supportait que bien peu d’être ainsi traitée par une femme de presque vingt ans sa cadette. Mais rapidement, son attention fut attirée par des bruits étranges tout autour d’eux. La veuve leva les yeux et observa les alentours. Précédemment afférés à leurs différents ouvrages, les esclaves de la maison fixaient à présent l’étrange trio au milieu des jardins. Quelque chose se passait, et toute la maison le saurait bientôt s’ils ne se forçaient pas à réagir.

- Publicola… murmura-t-elle alors pour qu’il lève les yeux et regarde à son tour.

Helvia avait bien pris garde à le nommer par son cognomen et non pas par son praenomen comme elle le faisait toujours. Malgré la perte de ses moyens, un semblant de conscience demeurait donc et, malgré cette voix criarde qui résonnait en elle pour lui répéter sans cesse que Praedita avait certainement percé à jour ce secret, du moins en partie, elle tentait encore de conserver les apparences, l’appelant comme l’aurait fait tout Pompéien respectable.

Mais plus qu’un moyen de lui faire réaliser tous ces regards fixés sur eux, ce murmure résonna comme une supplique, Helvia ayant, comme rarement, perdu pied, terrorisée par ce qui se passait alors et se maudissant déjà d’avoir été aveuglée par son désir au point de venir combler son manque dans la maison même de son amant. Plus que jamais, elle aurait désiré pouvoir le toucher, pouvoir sentir sa chaleur, pour s’assurer qu’il était bien là, avec elle, mais elle ne se permit pas le moindre contact. Confuse, perdue, elle n’eut pas la force de recroiser le regard de Praedita et détourna les yeux, pivotant quelque peu sur le côté pour observer sans la voir une fleur blanche sur un buisson. Lentement, elle ferma les yeux, priant pour entendre la voix rassurante de Lucius se lever et mettre fin à sa souffrance. Ils pouvaient encore s’en sortir, n’est-ce pas ? Qu’avait vu la petite ? Un regard, une attitude changeante et éphémère, juste un instant. Comment une seconde aussi infime pouvait-elle lui apporter la moindre certitude quant à leur relation ? Cela défiait tout bon sens. Elle ne savait rien. Non. Elle ne savait rien. Et Lucius saurait lui répondre.

Il saurait lui répondre…
N’est-ce pas ?
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Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

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Message(#) Sujet: Re: Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola] Sam 2 Mai - 15:49


À quoi tient parfois le destin ? À une simple margelle qui vient vous rappeler que les lois terrestres s'appliquent à vous. Vous qui avez cru être au-dessus du lot des simples mortels, échapper à leurs lois, à leurs regards inquisiteurs, à leur besoin de tout détruire enfin. La trahison a souvent un goût fort amer, qui demeure en bouche jusqu'à envahir l'esprit qui se recroqueville dans un coin, tentant d'échapper en vain au fer brûlant de Fortune qui tombe ainsi des cieux, dans des atours impériaux. Pis encore lorsque cette amertume provient de sa propre faute, d'un instant d'égarement où le carcan ne tient plus, où s'exposent les chairs, où se dénudent les coeurs. Un instant, un regard seulement, qui couve les feux de notre passion. Le mien, le sien, entremêlés comme souvent mais jamais en présence de témoin. Je maudis mon instinct, je méprise ma faiblesse, je ressens la rage enfin m'étreindre l'âme et la serrer pour l'étouffer, car la faute est la mienne. Et que le témoin est ma propre soeur.

S'il s'était agi là d'un esclave, pas la peine de dire que le malheureux eut disparu de nos vues et de la surface de ce monde pour emporter dans l'au-delà ce qu'il crut deviner. Même si je sais qu'au fond, aucun être n'eut su déchiffrer mon oeil amouraché, pas comme la prunelle inquisitrice de Praedita tout du moins. Car elle sait me lire comme je la lis depuis si longtemps. Point de mots parfois comme véhicule à notre langage et c'est d'ailleurs d'abord dans un silence que je noue le dialogue. Alors que je lâche Scaevola avec une lenteur calculée, je repose mes pupilles froides sur le visage accusateur de ma soeur et je la scrute. Je la toise de toute ma hauteur de patriarche, de tout ma splendeur de Duumvir, je lui fais sentir l'offense qu'elle m'inflige, à moi et à mon invitée. Je dois ressembler à père en cet instant précis. À pater lorsqu'il avait tant de reproches au bord des lèvres et nul besoin de ne jamais nous les dire. Et ma parade silencieuse s'assortit bientôt de quelques mots, ceux-là seuls et point d'autres qui ne seraient que decorum inutile :

- Ne serais-je point un hôte déplacé si je laissais choir mes convives au beau milieu de l'eden de ma villa ? N'ai-je pas toujours su caresser toutes les cordes de l'hospitalité, tout comme tu te dois de le faire Praedita ?

Une seule issue, je le sais, à cette conversation et pourtant mon caractère léonin me pousse à ne rien lâcher sans combattre. Comme deux grands fauves sur le même territoire, nous nous jaugeons ma soeur et moi, de longues secondes encore. Puis je souris, de ce sourire factice que j'ai appris à arborer. Il n'est même pas froid mon sourire, il est l'expression même de la jovialité de Publicola, celui qu'on aime rien qu'à le regarder sourire ainsi, n'est-ce pas. Puis je réplique d'un naturel confondant :

- Qu'est-ce que tu racontes soeurette, ma douce, tu vois des fables où il n'y a rien, des ombres où il n'y a que la lumière crue de la réalité.

À aucun moment je ne jette un regard à Helvia qui je le sais, se tend à mes côtés. Notre tort a sans doute été de ne jamais prévoir les feintes dont il nous faudrait user si nous étions un jour découverts. Car nous ne pouvions pas être découverts, nous étions si parfaits jusqu'alors, si délicieusement dissimulateurs.
J'ai fait quelques pas jusqu'à ma soeur, penche la tête de côté, légèrement, ce sourire toujours accroché à mes lèvres quand enfin j'aimerais qu'elle cesse ses accusations, j'aimerais qu'elle arrête là les divagations en plein jardin. Et tandis que je suis enfin à portée de murmure, je siffle :

- Les esclaves ne sont pas à portée d'ouïe Praedita, et pourtant tu hausses le ton. Ne sommes nous pas les Pompeii, ma soeur, ne sommes nous pas toujours maîtres de nous et en toute circonstance ? Même lorsque le faux paraît vérité ?

Il n'y a pas de menace dans ma voix, j'ai prononcé les mots avec un détachement, un ton inerte. Il n'y a guère de menace mais la froideur qui m'a saisi ne me quitte plus, même lorsque la voix d'Helvia se fait suppliante dans mon dos. Les termes choisis par ma maîtresse sont justes mais la voix par trop vacillante pour que nous fassions réellement illusion. Et d'ailleurs, dans mon coeur glacé par ma rage contre moi-même, il m'importe peu à présent que Praedita soupçonne quoique ce fut, ce que je veux c'est éviter l'esclandre, c'est ployer là la vindicte. Si tout finit ici et aujourd'hui, il m'appartient encore d'en décider de quelle manière. Et tandis que mon esprit effleure le mot de fin, mon coeur s'emballe et mon estomac se tord. Je crois que le rugissement face à la situation qui m'échappe n'est pas loin. Quelque chose en moi tuerait de ses mains plutôt que de renoncer à Helvia, voilà pourquoi j'ai toujours su qu'elle était ma force et ma faiblesse. Je serre la mâchoire pour ne pas faire volte-face, me faire rempart contre ma propre soeur pour garder là celle qui fit tout pour me permettre de ne jamais me perdre pourtant. Elle m'appelle, mes doigts se contractent un bref instant, nos regards se croisent une nouvelle fois. Elle me nomme comme les autres, comme tous, comme les insignifiants. Publicola... Saurais-je sacrifier Publicola dans ma volonté de croire encore que je peux être l'homme derrière le politicien, saurais-je ici et maintenant me défaire du calculateur pour sauver ce qui doit l'être encore. Publicola. Je ne veux pas être Publicola en ce jour fatidique, je veux être Lucius, celui qui choisit de se faire maître du destin lui-même en recouvrant le chemin que qu'il partage avec elle. Une chimère, un rêve... C'est donc moi qui peint ce que je reproche à ma propre soeur. Notre esprit a toujours été par trop aventureux, cela est certain.

Je baisse un instant le regard pour ne relever que celui du frère que ma soeur interroge. Le froid m'a un instant abandonné, la rage aussi. Et de ce ton de l'intimité qui nous noue tous les trois à présent, que nous l'ayons choisi ou pas, j'ajoute doucement, lisant la déception au fond de ses prunelles navrées. Et j'en suis la cause, moi qui ne devrait pourtant être que celui qui la protège :

- Ne crois-tu pas que les choses, Prae, sont parfois plus complexes que ce que les apparences nous dévoilent. Ne crois-tu pas, que moi, ton propre frère, j'ai certainement droit à d'autres termes que ceux dont tu viens d'user, désincarnant une situation qui échappe au contrôle. Je ne suis guère le personnage d'une pièce et tu n'es point la plume qui trace mes pas.
Je déglutit, légèrement et termine : Et pourtant c'est toi, en choisissant de voir ou d'ignorer le sens commun, qui détiendra le couperet des bourreaux... Qui veux-tu être Praedita ? Dis-moi. Ma soeur ou bien mon juge ?

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Message(#) Sujet: Re: Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola] Lun 8 Juin - 23:05

- Votre chute m’aurait désolée belle Helvia. Cependant, si c’est le prix pour que mon frère ne s’égare guère, alors j’y consens, dit-elle sans une once d’honte ou de culpabilité dans la voix ou le regard.

Telle était une Pompeia : dure et rigide à l’égard du malheur d’autrui, tant que ce malheur protégeait la famille et – mieux – la rehaussait que davantage aux yeux de tous. Autrement, tout malheur pouvant attirer l’ire de la populace était prohibé et détesté au plus haut point. Si la majorité se serait laissé berner par le merveilleux sourire de son frère ou l’assurance habituelle de la Claudia, il n’en était guère le cas pour la Pompeia. Elle connaissait son frère autant qu’il la connaissait. Il avait été un père, un frère, un ami et un protecteur durant toute son existence et il lui avait épargné plus d’une obligation, s’étant plié à plusieurs de ses caprices. Tant et tant de caprices qu’elle avait su déceler la véritable colère d’une simple colère, ainsi que le vrai sourire d’un faux … ou même certains codes de langage.

Et elle serait prête à damner son âme sur cette affirmation suivante : son frère ne souriait pas sincèrement. Pire, il lui offrait ses complexes et habiles ruses de Politiciens. Malheureusement, elle ne se nommait pas « Plèbe », ni « Electeurs », ni « Crédulité » mais « Pompeia », celle qui portait le nom même de cette merveilleuse et riche ville. Cependant, ruse politique ou non, il avait raison sur un point : ces maudits esclaves dont l’oreille traînaient partout. Ainsi, elle reprit constance, indiquant à son frère et à son « amie » de s’asseoir sous un parasol de raisins – une belle plante qui avait su pousser sur ces différents bouts de bois aménagé de-ci de-là, formant un abri les jours de pluie comme de grandes chaleurs pour les Pompeii. Elle renvoya les esclaves, indiquant d’amener seulement quelques rafraîchissements.

Lorsqu’ils étaient seuls, elle se permit de reprendre la parole.

- Je suis ta sœur, évidemment. Nous sommes des Pompeii, dit-elle d’une voix presque accusatrice.

Pompeii qui sonnait comme une accusation à double tranchant : douter d’elle était comme douter de sa descendance de Pompeii, et précisément, en étant Pompeii, il ne pouvait se permettre de telles légèretés !

- La vie est une pièce. Père … m’avait interdit, petite, le rôle d’actrice mais toujours est-il, que je suis actrice. Tous.Les.Jours , dit-elle en prononçant mot par mot. Sauf à tes côtés.

Il semblerait qu’il était inutile de cacher certaines choses à cette Helvia. Praedita s’interrogeait sincèrement jusqu’où son frère avait poussé sa confidence avec cette amie aux relations ambiguës et troubles. A bien réfléchir, elle était constamment présente à chaque événement des Pompeii, toujours non loin de Publicola … Toujours présente. Elle revoyait chaque scène, chaque regard, chaque geste, chaque échange.

« Comment ai-je pu être aussi aveugle ?! » s’accusa-t-elle. « Comment Lupida n’a-t-elle rien vu ? » se demanda-t-elle qu’avec plus de force.

- Epargnes-moi tes ruses de Politicien mon frère, je les connais. J’espère également compter sur votre sincérité dame Helvia. Ainsi, telle est ma question, qu’ai-je vue à l’instant ?

Une question posée au deux. Une question qui apportait une paire d’yeux inquisiteurs. C’était le temps des aveux, une heure où la honte allait pouvoir être révélée au grand jour, et se recroqueviller misérablement devant la clarté même du jour et de la moralité.

Spoiler:
 

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2ème cérémonie césar:
 
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Message(#) Sujet: Re: Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola]

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Il n'est trahison plus douloureuse que celle de sa propre prudence [Publicola, Praedita & Scaevola]

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