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 Que de gens, avant le grand sommeil, traversent leur vie en somnambules. || Domitia&Ahenobarbus

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Message(#) Sujet: Que de gens, avant le grand sommeil, traversent leur vie en somnambules. || Domitia&Ahenobarbus Sam 10 Jan - 12:03




Domitia & Ahenobarbus

725 AUC – Dans la nuit du Douzième jour avant les Kalendes d'Avril

« Je l'ai retrouvée, maître ! »

Aulus poussa un soupir de soulagement. Ça faisait maintenant une vingtaine de minutes qu'il errait dans le quartier à la recherche de sa mère, qui s'était évadée de la Villa Sola un peu plus tôt dans la nuit. Il était en effet tard maintenant, la Lune était bien levée, perçant le ciel noir d'une lumière étrangement puissante. Évidemment, Caelia n'avait pas fait exprès de quitter son foyer, elle faisait seulement des crises de somnambulisme assez aiguës ces derniers temps, et elle préférait apparemment les passer hors de chez elle. D'ordinaire, son esclave parvenait à l'arrêter avant qu'elle ait eu le temps de quitter les murs de la villa, mais cette fois-ci elle était parvenue à échapper à sa surveillance. L'esclave ne savait même pas depuis combien de temps elle était partie ; en effet, dormant d'un soleil de plomb, c'était l'écuyer qui était venu la trouver, après avoir marché sur les vêtements de nuits de sa maîtresse étalés dans la cour. Oui parce que Caelia aimait particulièrement se balader toute nue lors de ses crises, c’était bien plus marrant de ne pas avoir de vêtements que de se mettre par exemple sur son trente-et-un. Rassurez-vous, Ahenobarbus n'était sarcastique que passé trois heures du matin ; le reste du temps il redevenait le jeune homme que tout le monde connaissait, et qui donc ne connaissait pas le sarcasme.
Bref, l'esclave personnelle de Caelia était venue réveiller le fils benjamin de sa maîtresse ; elle avait dû se dire qu'il serait celui qui s'énerverait le moins. Elle n'avait pas eu tout à fait tort, il ne s'était pas énervé contre elle. Par contre, il n'avait pas manqué de pester contre ses chers dieux alors qu'il enfilait une laine au-dessus de sa tunique, ainsi qu'une paire de sandales. Il avait envoyé l'esclave chercher les habits de sa mère pour pouvoir la rhabiller dès qu'ils la retrouveraient, puis ils s'étaient enfoncés dans la ville chacun de leur côté, pour espérer la localiser le plus vite possible. Normalement, Caelia n’échappait pas à la surveillance de son esclave. Une fois par semaine, plus ou moins, elle avait une de ses crises, mais il était rare qu’elle sorte de chez elle. Aulus ne pouvait s’empêcher de se dire qu’il se pouvait qu’elle soit à l’autre bout de la ville, qu’ils ne parviendraient pas à la retrouver avant que tout Pompéi se réveille … Mais il avait tendance à paniquer facilement, surtout dans ce genre de situations …

« Où est-elle ? Allons-y, au plus vite, comment l'as-tu trouvée ? »

L'esclave courait déjà devant son maître. Quand il la rattrapa, elle répondit :

« Je l'ai entendue, maître. Elle papote dans l'arrière-cour des Licinii... »

Le visage du jeune patricien se décomposa. De toutes les villas que sa mère pouvait choisir, elle s'était rendue dans celle qui abritait l'édile et principal allié de la famille. Génial.

« Elle papote ?! Mais avec qu—par Jupiter, allons-y, vite »

Caelia Rufia papotait avec elle-même, nue, dans la cour des Licinii. C'était pour cette raison que la plèbe osait l'appeler "Amens". Mais sa mère n'était pas folle : elle faisait seulement des crises de somnambulisme.
Heureusement, les Licinii n'habitaient pas très loin. Quand ils se retrouvèrent devant la villa, il fut rassuré de ne pas entendre sa mère. Elle ne parlait pas assez fort pour réveiller tout le quartier ; néanmoins, l'esclave avait bien fait de le rejoindre avant d'aller chercher sa maîtresse. Manquait plus qu'un membre des Licinii soit réveillé par la voix de sa voisine, et que seule une esclave soit là pour tenter de donner un sens à la situation.
Ahenobarbus, silencieusement, fit le tour de la villa Diomède. Arrivant à l'arrière, il entendit distinctement la voix de sa mère. Elle grommelait des mots incompréhensibles, pas très fort, mais tout de même. Il y eut un coup de vent qui refroidit les membres du jeune patricien. Il n'osa imaginer combien sa mère devait avoir froid. Il essaya de comprendre comment elle était parvenue à rentrer à l'intérieur de la villa ; il se demanda aussi s'il ne valait mieux pas simplement passer par la porte d'entrée, et demander de l'aide. Non, non, certainement pas la porte d'entrée. Il trouverait par où était passée sa mère, rentrerai par-là, et la ferait sortir par la même embouchure. Ni vu, ni connu, n'est-ce pas ? Ahenobarbus tendit l'oreille : elle s'était tut ; tant mieux. Arrivé tout à fait à l'arrière de la villa, il remarqua qu'en fait la solution était toute simple : la porte du jardin était grande ouverte. Sa mère avait dû la trouver légèrement entrouverte, et en profiter pour se glisser à l'intérieur. Suivi de son esclave, il pénétra à l'intérieur de la demeure des Licinii. Il chercha dans le noir le visage de sa mère ; en fait, ses yeux croisèrent d'abord les jambes nues de Caelia. Elle était debout, stagnant à côté d'un arbre. D'un signe de tête silencieux, il indiqua la position de sa mère à son esclave, et tout deux avancèrent avec précaution jusqu'à elle. Ses yeux grands ouverts étaient perdus dans le vague. Son visage était déformé par un rictus. Aulus se plaça face à elle, espérant la ramener parmi eux, simples mortels ; en effet, comme ça, elle paraissait regarder les dieux en face. Ça n'eut aucun effet. Trop habitué à la voir se balader nue, son regard ne se perdit pas, restant planté dans ses iris flous. Il posa deux mains sur ses joues, ce qui eut pour effet de la faire couiner, et cligner quelque fois des paupières. Il chuchota :

« Je vais te mettre ta tunique, maman, et on va rentrer à la maison, d'accord ? »

De nouveau, la femme geignit. Son esclave passa au-dessus de sa tête la tunique ample dans laquelle elle dormait. Aulus restait tout près, vérifiant qu'elle ne soit pas déséquilibrée, qu'elle ne tombe pas. Il retira sa propre veste en laine pour la mettre sur les épaules de sa mère ; c'était un miracle qu'elle n'ait pas encore attrapé de pneumonie. Caelia cligna plusieurs fois des paupières, semblant maintenant un peu plus réveillée – ou un peu plus endormie, mais en tout beaucoup moins somnambule. Elle tanguait de gauche à droite, si bien que son esclave vint l’attraper sous le bras pour la maintenir droite. Elle lui chuchota quelques mots à l’oreille qu’Ahenobarbus n’entendit pas, et toute deux se dirigèrent vers la porte de la sortie. Elles marchaient lentement, mais sûrement. Le jeune patricien se tenait derrière elles, à l’affut du moindre mouvement dans la cour des Licinii. Ce n’était pas le moment que quelqu’un débarque ; il priait les dieux pour que leur aller-retour passe inaperçu. Malheureusement, ces fameux dieux ne devaient pas avoir apprécié que leur petit protégé ose les accuser, un peu plus tôt dans la nuit, d’avoir rendu Caelia somnambule puisqu’Ahenobarbus entendit, très distinctement, un grincement derrière lui.
 
©️ charney



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Aulus Caelius Ahenobarbus
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Message(#) Sujet: Re: Que de gens, avant le grand sommeil, traversent leur vie en somnambules. || Domitia&Ahenobarbus Jeu 5 Mar - 23:50



La barbe d’airain et la dompteuse

725 AUC – Dans la nuit du Douzième jour avant les Calendes d'Avril

Autour d'elle, la maison était silencieuse ; tout le monde semblait dormir profondément. Tout le monde excepté elle. Cela semblait faire des heures qu'elle se retournait dans son lit, incapable de trouver le moindre repos, comme si Morphée refusait à elle seule de se promener dans le doux monde des rêves. Soupirant, la jolie brune de redressa pour s'asseoir au bord de son lit, et, une fois que ses yeux s'étaient habitués aux pénombres de la nuit, elle quitta ses draps. La froideur du sol la fit tressaillir lorsque ses pieds nus le foulèrent, et pourtant, elle continuait à s'éloigner lentement de son lit. Peut-être qu'au matin devait-elle envoyer Themis lui procurer une potion qui lui éviterait les nombreuses insomnies dont elle était sujette ces derniers temps. A vrai dire, à chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle craignait revoir le visage peinturluré du gaulois, ou encore les horreurs qui avaient suivi la dernière venatio. Certes, ces deux événements qui remontaient à quelque temps déjà s'étaient bien terminés pour la jeune patricienne, et pourtant, ces images hantaient toujours ses nuits.

La jeune femme traversa l'atrium tel un spectre, ses pieds nus ne faisant pas le moindre bruit. Quelques instants plus tard seulement, une douce brise vient caresser sa peau. La fraîcheur de cette nuit de printemps fit apparaître la chair de poule sur le corps de Domitia, mais elle ne s'en préoccupait pas, se contentant de croiser les bras devant sa poitrine. Combien de fois dans le passé était-elle sortie de nuit, suppliant silencieusement les Dieux d'écouter enfin ses prières et, s'ils ne pouvaient pas lui ramener Quintus comme Eurydice à Orphée, qu'ils lui permettent au moins d'accomplir sa vengeance ? Ces prières naïves, elle les avait abandonnées depuis un bon moment, peut-être parce qu'avec le temps qui passait, elle était arrivé à douter de ses sentiments pour le jeune garde... ou tout simplement parce qu'elle avait compris que la seule personne d'accomplir la vengeance qu'elle désirait tant, c'était bien elle-même. Dans la vie, il n'y avait qu'une seule personne en qui on pouvait avoir entièrement confiance, et c'était soi-même. Une leçon qu'elle avait dû apprendre d'une façon des plus brutales, mais elle ne risquait plus de l'oublier... tout comme elle ne risquait pas d'oublier ses plans de vengeance, bien que ces derniers temps, les doutes envahissaient de plus en plus souvent son esprit.

Appuyée contre une colonne de pierre, le regard rivé sur la lune, la jeune patricienne sursauta lorsqu'un bruit vient l'interrompre dans ses pensées. Est-ce que... Cela ne pouvait tout de même pas être... Non, il n'aurait jamais réussi à passer les gardes. Ou si ? Désormais, son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'elle n'entendait plus rien d'autre. Que devait-elle faire maintenant ? Fuir ? Crier pour alerter les gardes ? Mais si ce bruit n'était que le bruit de son imagination, alors au plus tard demain matin, toute la maison serait au courant de sa crise d'angoisse... et on lui demanderait certainement une explication. Et comment pourrait-elle l'expliquer sans parler de ses sorties secrètes ? Prenant une profonde inspiration, la jolie brune tentait de reprendre le contrôle de ses émotions. Une tentative qui était visiblement un échec, puisque lorsqu'elle finit enfin par se retourner, elle était toujours quelque peu effrayée.

« La brebis pour le sacrifice doit être impeccable, tu sais à quel point Pius est pointilleux à ce sujet. »

Que... Quoi ? Les yeux de la jeune femme s'écarquillaient davantage lorsqu'elle aperçut l'intrus. Ou, dans ce cas, plutôt l'intruse. Une dame âgée d'une quarantaine d'années se tenait devant elle, posant sa main sur son bras comme si elle parlait à une amie proche. Mais cela n'était même pas le plus perturbant dans cette histoire. Non, le pire était sans doute que cette inconnue se promenait entièrement nue, sans le moindre gêne. Domitia avait beau s'être promis de garder son calme, du moins en apparence, mais une inconnue qui se promenait dans son jardin, nue, et qui en plus lui parlait de sacrifice... C'était tout simplement trop. Et, avant même qu'elle ne s'en rendît réellement compte, un cri échappa de ses lèvres.

« Domina ? Que se passe… ? »

Quelques instants à peine s’étaient écoulés entre le cri de la jolie brune, et l’arrivé d’un garde au pas de course. Se tenant désormais aux côtés de la jeune patricienne, l’ancien légionnaire semblait quelque peu perdu.

« Qui.. ? Enfin, que fait-elle ici ? »

« Et bien, j’espérais justement que c’est toi qui me le dise. Ou sous-entends tu que ton travail n’est pas justement d’empêcher de genre de situations ? »

« C’est que… »

« Je suis sûre que mon père se fera un plaisir d'écouter les raisons de ton incompétence. » coupa-t-elle le garde d'une voix sèche.

La peur qui avait envahit le cœur de la jeune femme seulement quelques minutes plus tard s'était comme volatilisée, et, doucement, elle commençait à retrouver son caractère habituel, au grand dam certainement du pauvre garde qui devait en payer les frais. Au moins, il avait présence d'esprit de ne pas tester davantage la patience de la fille de la murène, vu qu'il préférait se taire... à moins que ce ne soit parce que son attention était attirée par les courbes  de la jeune patricienne qui n'étaient que trop visibles alors qu'elle se tenait là, les mains sur les hanches et les yeux brillants de colère, vêtue seulement d'une fine  tunique. Ou par le corps nu de la femme qui se tenait à ses côtés. Haussant les sourcils, la jeune femme s'éclaircit la gorge.

« Prends garde sur quoi tu portes tes yeux globuleux, ou tu ne verras plus jamais la lumière du jour. Bien. Et maintenant, dégages, et vite. Pendant un bref instant, le garde semblait hésiter, si bien que la jolie brune enchaîna sur un ton quelque peu sarcastique. Tu t'es déjà assuré qu'elle n'est pas armée, n'est-ce pas ? Alors que pourrait-il bien m'arriver ? Alors je préférerais ne pas devoir répéter une fois de plus ma demande. »

La jeune femme suivit du regard le soldat jusqu'à ce que ce dernier ne finisse par disparaître dans les ténèbres de la nuit, avant de se tourner une fois de plus vers son "visiteur". Que devait-elle faire d'elle ? Demander à un des esclaves de la domus de la raccompagner chez elle ? Mais pour cela, il faudrait déjà savoir à qui elle avait à faire. Sans parler du fait que cette histoire risquait de faire jaser plus d'une.

« Qui es-tu ? » finit-elle par demander d'une voix un peu plus douce à l'inconnue, mais la seule réponse qu'elle n'obtient étaient des paroles vides de sens, comme si son interlocutrice était incapable de comprendre ce que la jeune femme lui demandait.

« Où habites-tu ? Que fais-tu ici ? Comprends tu quelque chose de ce que je dis ? » continua la jeune patricienne, comme déchirée entre incompréhension et agacement. Une fois de plus, les réponses de la femme étaient incohérentes, comme si était dans un autre monde... Était-elle folle ? Et, par Jupiter, qu'était-elle censée faire avec cette vieille? La garder ici en attendant que son père se réveille et ne décide ce qu'il était bon de faire ? La manière dont cette femme s'exprimait ou se tenait suggérait qu'elle faisait partie de la bonne société, qu'elle était une riche plébéienne, ou même une patricienne. Il n'y avait aucun doute possible à ce sujet, mais dans ce cas, comment se faisait-il qu'elle ne l'ait jamais vu auparavant ? Soupirant, la jolie brune toisa son "interlocutrice" du regard. Ce n'était finalement qu'à ce moment-là que la jeune femme ne remarqua la chair de poule sur les bras de l'inconnue. Quoiqu'elle décidait, elle allait d'abord devoir commencer par trouver quelque chose pour la couvrir. Posant sa main sur le bras de cette étrange femme, elle la conduisit vers un des bancs du jardins et la fit s'asseoir.

« Tu restes ici, d'accord ? Je vais chercher de quoi te tenir chaud, je reviens tout de suite. »

S'assurant que l'inconnue restait assise, la jeune femme retourna à l'intérieur de la maison, avant de ressortir quelques instants plus tard une couverture sous le bras. Mais le banc était vide; l'inconnue avait disparue. Avait-elle donc imaginé tout cela ? Non, personne ne pouvait imaginer une telle scène, n'est-ce pas ? Et comme si les deux semblaient vouloir lui donner raison, à ce moment précis le son d'une voix parvient jusqu'à elle. Une voix d'homme. 'Par Jupiter, est-ce que tout Pompéi décide de venir se promener ici en pleine nuit ??!!' pensa la jeune femme, alors qu'elle s'approchait sur la pointe des pieds de la source du bruit. Trois silhouettes se faufilaient en direction du portail. S'ils parvenaient à s'éclipser, alors jamais elle ne connaîtrait l'identité de cette femme étrange ou la raison de sa venue... Poussée par la curiosité, la jeune patricienne finit par les interpeller peu avant qu'ils n'atteignent le portail.

« Où comptez-vous aller ? Ce n'était qu'une fois que le petit cortège ne se soit arrêté que la jeune femme enchaîna :   Enlevez vos mains de cette femme, espèce de pervers, ou un des gardes vous y obligera ! N'avez-vous donc pas honte ?! »

Elle avait beau ne pas connaître cette femme, mais il était tout simplement hors de question qu'il ne lui arrivait quelque chose lorsqu'elle se trouvait sous le toit - ou du moins, sur le domaine - des Licinii. Et vue le regard que lui avait lancé le garde quelque temps plus tôt, mieux ne valait-il ne pas prendre de risques, après tout, les hommes étaient tous pareil. Seul un détail ne semblait pas coller : pourquoi l'inconnue portait-elle désormais une tunique ? Pendant un instant, la jeune femme resta silencieuse, observant l'étrange trio, avant de reprendre son air hautain qui lui allait si bien :  

« Et d'abord, qui êtes-vous ? Et que faites vous dans ce jardin ? Je ne le demanderais qu'une fois, alors choisissez vos mots prudemment si vous ne souhaitez pas que j'appelle les gardes pour vous faire conduire devant le legatus... il n'apprécie pas vraiment que des inconnus viennent se promener dans son jardin en pleine nuit, voyez-vous. »



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Message(#) Sujet: Re: Que de gens, avant le grand sommeil, traversent leur vie en somnambules. || Domitia&Ahenobarbus Dim 29 Mar - 2:33




Domitia & Ahenobarbus

725 AUC – Dans la nuit du Douzième jour avant les Kalendes d'Avril

Autrefois, Caelia Rufia était une femme heureuse. Ahenobarbus avait encore une image d’elle en tête, entourée de tous ses enfants, des jumeaux à la petite Alba, et encore enceinte jusqu’aux coudes, à leur raconter des histoires à n’en plus finir. Peut-être était-ce un souvenir qu’il s’était inventé, reconstruit avec les années, tant il lui paraissait aujourd’hui improbable. Maintenant, elle détestait quand elle avait trop de monde autour d’elle, ça l’oppressait, et déclenchait chez elle des crises de nerfs. Mais son fils cadet ne pouvait s’empêcher de toujours la voir ainsi, épanouie et joyeuse, certainement parce que la réalité était bien plus difficile à affronter. Tout Pompéi avait oublié qui elle avait été, à tel point que maintenant, on l’appelait Amens, la folle. C’était leur problème. Mais là, il fallait le dire, ça devenait un peu le problème d’Aulus. A partir du moment où Caelia Rufia était sortie de chez elle, nue, pour se rendre dans la villa Diomède, la demeure du légat et de sa famille, c’était devenu un problème pour tous les Caelii, même. Evidemment, les jumeaux n’avaient pas été réveillés, certainement parce que l’esclave les considérait inaptes pour gérer la situation. C’était le cas, il fallait le dire, mais comment pouvait-elle savoir que son plus jeune maître s’en sortirait mieux ? Devenait-on un jour spécialiste des crises de somnambulisme de sa mère ? Aulus espérait toujours que la crise qu’avait sa mère serait la dernière, il priait les dieux pour que ce soit le cas, mais il y en avait toujours une de plus. D’ailleurs, aucun Caelii ne le disait à haute voix, certainement parce que ça rendrait la chose un peu trop réelle, mais ça allait de mal en pis. Le somnambulisme était plus fréquent, tout comme l’étaient ses crises d’épilepsie, ou ses fous-rires qu’on ne pouvait interrompre. C’était certainement ce qu’il y avait de plus impressionnant, ces rires dans lesquels Aulus perdait sa mère. Dans ces moments-là, le visage de Caelia se tordait dans un rictus effrayant, et son âme paraissait, pendant quelques minutes, s’être échappée de son corps. Le plus étrange était certainement le fait que ça se déclenchait dans des moments de calme, où elle n’était pas contrariée. De toute façon, les Caelii avaient depuis longtemps arrêté d’essayer de comprendre. Maintenant, ils étaient là pour l’aider, pour la supporter, et pour continuer de l’aimer. Personne ne faillait à cette tâche, pas même les jumeaux, qui menaçaient tous ceux qu’ils surprenaient à critiquer la matriarche des Caelii. Ils faisaient un, sur ce front. Sur beaucoup d’autres, d’ailleurs, mais particulièrement sur celui-ci.

Ahenobarbus tendait l’oreille alors que sa mère, son esclave et lui sortaient de la Villa Diomède. Jamais Caelia ne leur avait fait un coup pareil, et pourtant, il ne parvenait pas à lui en vouloir. Pas non plus à l’esclave, qui pourtant s’était révélée clairement inapte à maîtriser sa maîtresse. Pas une seconde il ne s’était demandé pourquoi et comment elle avait manqué à son unique mission : protéger Rufia. Néanmoins, dès le début, il avait blâmé ses dieux, sans pouvoir s’en empêcher. Junon, pourquoi nous infliges-tu cela ? C’était étonnant, il fallait le dire. Tous les jours, il priait Jupiter, Junon et Minerve, et pourtant la déesse de la famille et de la fertilité ne semblait pas vouloir l’entendre. Le lendemain, quand il retournait dans le temple auprès de son Flamine, il s’en voudrait, c’était certain. Mais pour le moment, il ne trouvait pas d’autre solution que de faire porter la faute à la déesse-mère. Elle lui en voulait déjà, à ce qu’il semblait, puisqu’elle avait choisi comme destination pour Rufia la demeure des alliés des Caelii, auprès desquels il fallait absolument faire bonne figure. Ahenobarbus savait que le lien que les Caelii entretenaient avec les Licinii était fragile, parce que sa famille n’était pas la meilleure des alliés. En effet, ils préféraient souvent faire bande à part, faisant de leur support quelque chose de certes constant, mais surtout de discret. Les dieux, maîtres du destin, avaient choisi le pire endroit, le pire, dans lequel faire atterrir Rufia. Mais ils semblaient encore prêts à faire pire, pour punir le patricien de sa trahison : on ne critiquait pas le travail des dieux. Ahenobarbus tendait donc l’oreille, et il entendit un bruit. Quelques pas sur le sol, puis une voix, féminine, qui s’élevait dans la nuit. Ahenobarbus en frissonna. Tout, mais pas ça, Junon, tout, mais pas ça.

« Où comptez-vous aller ? Enlevez vos mains de cette femme, espèce de pervers, ou un des gardes vous y obligera ! N'avez-vous donc pas honte ?! »

Ahenobarbus avait fait volte-face, et il avait senti son esclave et sa mère s’arrêter derrière-lui. Il avait envie de leur gueuler de continuer d’avancer, mais il se reteint ; ce n’était pas le moment d’énerver un peu plus la jeune femme qui se trouvait face à lui. Il ne put s’empêcher de la détailler pendant quelques instants. La nuit était certes bien éclairée par la lumière des étoiles et de la Lune, mais cela restait difficile de la distinguer. Néanmoins, il comprit très vite qu’il ne se trouvait pas face à n’importe qui. La brune transpirait la noblesse dans chacun de ses traits, dans sa posture, dans son allure. Une patricienne, donc. Jeune. Il lui fallut ensuite peu de temps pour reconnaître son visage. C’était la fille de l’édile, Licinia Domitia. Elle, de son côté, ne semblait pas le reconnaître, mais ça n’avait rien de bien étonnant. Elle était une figure publique, lui n’était qu’un patricien à la barbe rousse.
Sur le coup, en entendant les mots de la jeune femme, il s’était sentit presque agressé par ses paroles, mais il avait su les relativiser. S’il se mettait à sa place, il espérait avoir le courage d’agir de la même manière. Elle protégeait une femme qu’elle ne connaissait certainement pas tant elle ne sortait que rarement de chez elle, avec une force sans appel. Pendant presque une seconde, Aulus s’était demandé s’il n’était pas le pervers dont elle avait parlé, s’il ne devait pas avoir honte, tant elle avait paru convaincante. Il avait gardé la bouche à semi-ouverte, les yeux écarquillés pendant quelques secondes, avant de se reprendre en secouant le crâne, l’air un peu moins hébété. Il n’avait néanmoins pas eu le temps de répondre, puisqu’elle avait vite continué sur sa lancée.

« Et d'abord, qui êtes-vous ? Et que faites vous dans ce jardin ? Je ne le demanderais qu'une fois, alors choisissez vos mots prudemment si vous ne souhaitez pas que j'appelle les gardes pour vous faire conduire devant le legatus... il n'apprécie pas vraiment que des inconnus viennent se promener dans son jardin en pleine nuit, voyez-vous. »

Aulus avait levé ses mains vers son visage pour venir les faire glisser, serrées l’une contre l’autre, de son front à son menton, s’arrêtant quelques instants sur sa bouche, avant de les laisser retomber contre son corps. Il avait espéré pendant ces quelques secondes que ça ferait disparaître sa nervosité, mais évidemment, ce ne fut pas le cas. Impressionnante, cette Domitia. Il se redressa un peu, tentant de reprendre un peu de stature, imitant ses frères, qui marchaient avec le menton toujours haut et le torse toujours bombé. Pour une fois qu’il les prenait pour modèle … Pas facile, néanmoins, quand on avait le corps plus ou moins opposé au leur, et surtout, quand on n’était vêtu que de sa subucula. Ce n’était d’ailleurs certainement pas si terrible quand on considérait que sa mère était presque nue derrière lui ; et puis, Licinia Domitia était elle aussi vêtue d’une simple tunique interior, il n’avait pu s’empêcher de le remarquer. S’il ne s’attardait plus le corps nu de sa mère, il n’avait pu se retenir de lâcher un regard sur le corps peu vêtu de la jeune patricienne. S’il n’avait pas fait si noir, on l’aurait certainement vu rougir, tant il n’avait vu que rarement des femmes en tenue de nuit. Seulement ses sœurs, en réalité, et encore, ça n’arrivait que par accident – pas d’inceste dans tout cela, rassurez-vous.
Bref, Ahenobarbus s’était passé les mains sur le visage, puis avait rassemblé son courage pour répondre à la jeune femme, d’une voix qu’il voulait sûre, mais rassurante.

« Il … Il n’y aura pas besoin d’en arriver à de telles fins, soyez-en sûre, ma demoiselle. Je suis Aulus Caelius Ahenobarbus, et c’est … c’est ma mère, ainsi que son esclave personnelle, que vous voyez derrière moi … Nous habitons a la villa Sola, et ma mère a fait une crise de somnambulisme, je venais la ramener à la maison … »

A peine avait-il terminé de prononcer ces mots qu’il se retourna de nouveau, vers sa mère et leur esclave cette fois, se félicitant intérieurement de sa réponse à peine hésitante. Il fixa l’esclave un instant, reprenant ses idées. D’un coup, à la suite de cette réponse qui l’avait définitivement enhardi, il sembla se rendre compte de la bêtise qu’elle avait faite, cette idiote d’esclave. Et oubliant enfin les dieux, il songea à blâmer l’esclave. C’était bien plus simple de faire porter aux autres la faute, n’est-ce pas ? Il lui fit, d’une voix beaucoup plus dure, dans laquelle résonnait cette fois un fond de déception :

« Ramène ta domina a la maison, tu veux ? Et cette fois, arrange-toi pour qu’elle n’en sorte pas ! »

L’esclave baissa immédiatement les yeux, serrant un peu plus Rufia contre elle. Elle murmura un « Oui, maître », avant de s’éloigner lentement dans la nuit, Rufia traînant, l’air perdu. Son fils la suivit du regard encore quelques instants, mourant de peur qu’elle s’effondre sur la route. La Villa Sola n’était pas tout près, et il pouvait encore leur arriver milles aventures sur le chemin du retour. Il avait néanmoins la sensation qu’il valait mieux qu’elles partent. Lui devait rester pour s’excuser auprès de la fille du légat, tout en ne tentant de ne pas rendre la situation encore plus complexe. Il se retourna finalement vers la patricienne, pour ajouter :

« Je suis vraiment désolé, Licinia Domitia, de tout le dérangement qu’a pu vous causer ma mère. J’espère que vous saurez l’excuser, elle et surtout son esclave, qui ne veille pas aussi bien sûr elle qu’elle ne le devrait. Ma mère … ma mère est assez … disons, sensible, et … ça lui arrive d’échapper à notre surveillance, mais ce n’est pas sa faute … »

Ahenobarbus baissa les yeux un instant : étaient-ils une mauvaise famille ? Etait-il un mauvais fils ? Ne prenaient-ils pas bien soin d’elle, n’étaient-ils pas assez bien ?

« Je vous remercie, en tout cas, de l’avoir défendue ainsi. Finalement, ce n’est peut-être pas si mal que ses pas l’aient porté jusqu’ici … »

Peut-être que les dieux avaient finalement décidé d’être un peu cléments …

 
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Message(#) Sujet: Re: Que de gens, avant le grand sommeil, traversent leur vie en somnambules. || Domitia&Ahenobarbus Jeu 30 Avr - 16:02



La barbe d’airain et la dompteuse

725 AUC – Dans la nuit du Douzième jour avant les Calendes d'Avril

Les secondes s’écoulaient suite à l’accusation qu’avait portée la jeune patricienne, et pourtant, l’homme qui se trouvait face à elle ne semblait pas décidé à répondre. Au contraire, il restait là à la regarder telle une gobie qui n’espérait qu’une seule chose : pouvoir enfin se recacher dans une quelconque crevasse et ainsi échapper aux sens aiguisé des prédateurs… ou mieux encore, de creuser un trou profond dans le sable meuble des côtes dans lequel elle pourrait s’enfuir avec son symbiote, la crevette. Une cohabitation qui était bénéfique aux deux concernés : un gagnait pour  ainsi dire une femme de ménage qui entretenait – et défendait même - le trou, le transformant ainsi en lieu sûr, tandis que la crevette profitait des sens plus aiguisés de la gobie pour échapper aux éventuels dangers lorsqu’elle sortait de sa cachette. Sauf qu’en voyant le jeune homme se tenir là, dans les pénombres, au côté de la femme nudiste et celle qui semblait être une esclave, on pouvait bien se demander qui dans ce trio étrange était la gobie et qui était la crevette. Et pourtant, avant qu’elle ne puisse trouver une réponse à cette question, la voix quelque peu hésitant de l’inconnu s’éleva enfin.

Il était donc un des Caelii. Voilà un nom qui était familier à la jeune patricienne, et ce non seulement pour l’avoir entendu à plusieurs reprises de la bouche de son père. Mais le fait que cette gens avait été – ou était ? – une ancienne alliée de la sienne était en fin de compte bien moins intéressante que les rumeurs qui couraient au sujet de la matriarche des Caelii. Amens, la folle. Nombreuses étaient les histoires qui circulaient à son sujet, derrière le dos des autres membres de la famille, et pourtant, en voyant la fameuse folle en chair et en os, Domitia était bien loin d’avoir fait le rapprochement. Elle s’était toujours imaginé Amens plus… plus… enfin, différente. Et jamais elle ne s’était imaginée éprouver de la compassion lorsqu’elle la verrait. Et pourtant, c’était bel et bien le cas.

Le silence qui s’était installé pour l’espace de quelques instants était bien la preuve que cette constatation avait quelque peu bouleversée la jeune patricienne, son visage ne restait pas moins impassible, alors qu’elle scrutait toujours minutieusement ceux de ses interlocuteurs. Cependant, lorsque la jeune femme reprit une fois de plus la parole, elle était de nouveau égale à elle-même.

« Votre mère ? Voilà ce qui est rassurant… enfin, je suppose. »

L’arrête est la vengeance du poisson et la gueule de bois, la colère des raisins  - et les piques vénéneuses celle des vipères. Et ce n’était qu’encore plus vrai lorsque vous avez le malheur d’en effrayer une.

« Et est-ce donc une lubie familiale que de se promener de pleine nuit dans des jardins qui ne vous appartiennent point ? » répliqua-t-elle d’une voix quelque peu dédaigneuse.  

Tout comme il ne faut pas apprendre au poisson de nager, il ne faut pas apprendre à Domitia que de faire preuve de l’attitude hautaine, qui, selon certaines mauvaises langues, était la caractéristique des patriciens. C’était bien là un art qu’elle maîtrisait à la perfection depuis plusieurs années déjà.

« Mais après tout, seuls les poissons morts nagent avec le courant, n’est-ce pas ? » continua-t-elle sur un ton bien plus doux, tout en semblant ignorer le reste des paroles d’Ahenobarbus.

Pour tout dire, la jolie brune se sentait quelque peu perdue : comment était-elle censée réagir face à cet intrus ? Appeler les gardes semblait la solution la plus évidente, et pourtant, quelque chose l’en empêchait… sans doute était-ce le fait que si elle recourait à cette solution, elle allait devoir expliquer pourquoi à son pater ce qu’elle faisait dans le jardin à une telle heure en compagnie d’un homme, et surtout aussi peu vêtue. Et c’était bien là un entretien qu’elle préférait à tout prix éviter, et ce d’autant plus que cette fois, elle risquait fort de ne pas parvenir à s’en sortir vivant. Et si elle se contentait de faire partir au plus rapidement cette famille étrange, elle courait le risque que l’un d’entre eux ne finisse par parler de cette histoire… et donc que la murène l’apprendrait un jour ou l’autre. Et sans doute serait-ce même pire pour elle s’il venait à l’apprendre de la bouche d’un de ses associés… ou pire, un de ses concurrents. Comme quoi, il n’y a pas de poisson sans arrête, et Domitia n’arrivait pas à se décider sur une attitude à adopter. Chacune des solutions qu’elle considérait aurait des conséquences non négligeables, et pour l’instant, elle tentait de cacher son manque d’assurance en s’accrochant à ce qu’elle maîtrisait parfaitement : le sarcasme. Mais devant l’air innocent, voir presque abattu de son interlocuteur, elle n’était que trop rapidement rappelée que, contrairement aux apparences, elle était bien loin d’être une gorgone de glace. La Domitia d’antan, celle qui était capable d’éprouver de la compassion, était toujours là. En fait, elle n’était jamais entièrement partie, elle avait juste appris à rester cachée derrière un masque immuable.

« Sensible n’est pas le mot qui est le plus employé à son sujet… commença-t-elle, alors que sa voix s’adoucissait au fur et à mesure de ses paroles. Le regard de la jolie brune se posa une fois de plus sur sa ‘visiteuse’. Sensible, et surtout perdue. Voilà comment la jeune femme décrirait certainement la matriarche des Caelii, maintenant qu’elle l’avait vue de ses propres yeux. Bien qu’il semble parfaitement décrire son état. »

S’il n’aurait pas fait nuit, peut-être qu’Ahenobarbus aurait été en mesure de lire la compassion sur le visage de la jolie brune. Elle était incapable de dire pourquoi, mais cette femme avait réussi à toucher une corde plus sensible en elle, et sans doute était-ce justement cela qui l’avait poussé à vouloir la protéger.
 
« Depuis combien de temps est-elle... ? …folle ? Perdue ? Pas elle-même ? Les mots susceptibles de décrire l’état d’Amens ne semblaient pas manquer, et pourtant, aucun ne semblait vraiment adapté à la situation. Enfin… je veux dire… est-ce qu’elle a toujours été comme ça ? »

Pour le moment, elle n’avait pas signalé par un seul mot si elle garderait cette rencontre secret ou non, et elle ne comptait pas le faire de si tôt...




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Message(#) Sujet: Re: Que de gens, avant le grand sommeil, traversent leur vie en somnambules. || Domitia&Ahenobarbus Ven 3 Juil - 12:03




Domitia & Ahenobarbus

725 AUC – Dans la nuit du Douzième jour avant les Kalendes d'Avril

Licinia Domitia se tenait devant lui dans toute sa grandeur, et surtout, dans toute sa quiétude. Aulus qui s'était enhardi à la suite d'une tirade qui lui avait parue réussie, se sentait petit à petit retourner à son état normal d'homme peu sûr de lui, tandis que la jeune femme restait muette. Pourquoi ce silence ? Il gênait le patricien qui ne pouvait s'empêcher de s'imaginer mille scénarios de réponse. Domitia avait une certaine réputation au sein de Pompéi, et s'il n'était pas du genre à écouter les rumeurs, ce n'était sûrement pas pour rien qu'elle portait ce cognomen, qui prenait tout son sens maintenant qu'il se tenait face à elle. La regarder dans les yeux était une tâche qui lui paraissait herculéenne, tant elle lui coûtait d'efforts. La demoiselle était trop charismatique, trop importante, trop éclatante ; comment était-il supposé lui tenir tête, chose qu'il avait déjà du mal à faire avec les personnes moins charismatiques, moins importantes et moins éclatantes ? Aulus tentait de s'imaginer ce que ses frères feraient dans cette situation ; ils afficheraient certainement un sourire en coin, le torse bombé dans leur armure. Lui n'avait pas d'armure, et pas non plus de toge pour lui donner un peu d'allure et d'importance, il portait une simple tunique de nuit qui n'avait absolument rien d'impressionnant. Ne parlons même pas du sourire en coin, absolument impossible à effectuer pour Aulus. Alors il se tenait là, pantois, face à la jeune femme qu’il ne parvenait pas à regarder dans les yeux. Le silence n’avait certainement pas duré si longtemps que ça, mais les secondes semblaient s’étirer en minutes interminables. Quand enfin, la demoiselle repris la parole, il en fut presque soulagé. Il pourrait bientôt rejoindre sa mère, dont il n’entendait plus les pas sur le sol ; elle et son esclave devaient déjà être loin.

« Votre mère ? Voilà ce qui est rassurant… enfin, je suppose. Et est-ce donc une lubie familiale que de se promener de pleine nuit dans des jardins qui ne vous appartiennent point ? »

Les yeux du patricien valsèrent vers le sol. Les mots de la patricienne l’avaient touché comme des petits poignards qui s’enfonceraient lentement dans son dos, sûrement parce qu’ils s’échappaient de la bouche d’une femme supposément issue d’une famille alliée. Chaque rencontre qu’Aulus faisait ne manquait pas de lui rappeler à quel point les Caelii étaient seuls dans le jeu stratégique que représentait la politique pompéienne. Il fallait absolument que sa génération, que ses frères, ses sœurs et lui-même remédient à cela. Ils étaient des patriciens riches, influents dans certains domaines ; ils devaient être capables de regarder les autres citoyens dans les yeux, et leurs alliés d’autant plus. Ahenobarbus releva alors le crâne, s’apprêtant à adresser un dernier regard à la jeune femme avant de tourner les talons pour rentrer chez lui. Il n’avait pas besoin du sarcasme de Domitia, qu’elle soit la fille de l’édile ou non, particulièrement pas si c’était pour critiquer sa mère. Les Caelii, s’ils évoluaient seuls, devaient au moins être respectés par leur pairs. Aulus se savait incapable de répondre à l’attaque de la jeune fille par les mots. Par contre, il pouvait le faire par ses actions.
Il n’eut néanmoins pas besoin de le faire, puisque tandis qu’il relevait vers elle un regard beaucoup plus dur, elle ajouta, d’une voix plus douce :

« Mais après tout, seuls les poissons morts nagent avec le courant, n’est-ce pas ? »

La mâchoire du patricien sembla se décrisper un peu, alors que sa posture se faisait un peu plus droite. Que choisissait-elle ? Le sarcasme ou la compassion ? Aulus lui aurait bien demandé de choisir, si cela n’avait pas été une requête impolie. Cette fois, il scruta son regard dans la pénombre, tentant de comprendre où elle voulait en venir. Que cherchait-elle à faire ? Se moquer des Caelii, ou leur apporter son soutien ? A nouveau, il ne savait pas quoi répondre. Sa volonté d’adresser un regard noir à la jeune femme avait disparu, mais la remercier une nouvelle fois pour sa gentillesse lui paraissait hypocrite. L’air toujours aussi hésitant, il fit :

« Je suppose que oui, mais c’est plus que ça. Ce n’est pas seulement que nous nageons à contre-courant, c’est surtout qu’il est rare que l’on veuille nager avec nous, même quand une alliance est signée. »

Cette dernière phrase, plutôt que prononcée sur le ton d'une plainte, sonnait plus comme un reproche. Evidemment, ça n'avait rien de très impressionnant, Aulus n'était pas très doué pour reprocher quoi que ce soit à quiconque. Mais il devait protéger les siens, il devait se montrer digne d'eux. Si Domitia voulait les critiquer, il tenterait au possible de ne pas s'incliner devant elle. Ce n'était pas une tâche aisée, parce qu'Aulus, étant qui il était, avait une tendance à se plier aux volontés des autres aisément ; il se promit néanmoins qu'il ferait tout pour que l'honneur de sa famille soit protégé, au moins pour ce soir.

« Sensible n’est pas le mot qui est le plus employé à son sujet… Bien qu’il semble parfaitement décrire son état. Depuis combien de temps est-elle... ? Enfin… je veux dire… est-ce qu’elle a toujours été comme ça ? »

Domitia se faisait de plus en plus douce, à tel point qu'il avait du mal à retrouver en elle la femme qui avait manqué de l'agresser quand elle l'avait trouvé en train de rhabiller Caelia. Lui aussi, s'adoucissait, oubliant petit à petit les mots sarcastiques qu'elle avait utilisés un peu plus tôt. Peut-être cherchait-elle vraiment à comprender qui était la femme qui lui avait rendu visite cette nuit. Certainement serait-elle déçue. Il n'y avait rien de très original à la maladie de sa mère, les grecs racontaient même qu'elle touchait beaucoup plus de femme qu'on ne pourrait le penser. Parfois, Aulus se disait qu'on pouvait en effet, résumer ça en appelant sa mère Amens. Après tout, ce qui la dénomaient ainsi n'étaient pas si loin de la vérité. Elle était folle, dans bien des sens du terme. C'était le reproche qui résonnait derrière ce mot que les Caelii ne pouvaient entendre. Jamais rien ne pouvait être reproché à leur matriarche.

« Vous pouvez dire hystérique, si vous cherchez un mot. C'est ainsi que les médecins grecs la qualifient, et nous préférons cela au terme de folie. »

C'était à son tour d'entendre sa voix s'adoucir. Parler de sa mère, ce qui arrivait rarement, ramenait toujours à la surface toute sa sensibilité. Dans la nuit, ça serait certainement plus facile à cacher, mais il se faisait toujours plus pâle, plus dépité, quand il devait expliquer l'affliction de Caelia. Pourquoi l'expliquait-il, d'ailleurs ? Après tout, il aurait pu se taire, expliquer qu'il ne préférait pas en parler, et sortir du jardin de la Villa de Diomède. Il avait néanmoins l'impression qu'il devait quelque chose à Domitia. Après tout, elle avait essayé d'aider, n'est-ce pas ?

« J'ai deux grands-frères, et deux petites soeurs. Ma mère aime tous ses enfants à la folie, et quand elle a perdu le dernier, alors qu'il n'était encore que dans son ventre... Ça l'a changée. Je suppose que la maladie a commencé à ce moment-là, et n'a fait qu'empirer depuis. »

Il tentait de ne pas trop y penser, à "l'avant", avant la mort de cet enfant, avant qu'elle ait quitté la chambre conjugale pour s'exiler avec ses esclaves dans une partie de la villa, avant que ses crises n'alimentent toutes ses nuits. Aujourd'hui, elle était ainsi, et il tentait de ne voir que cela, c'était certainement moins douloureux que d'essayer de se souvenir de son bonheur.

« La plupart du temps, tout va bien. C'est souvent la nuit que notre mère cesse d'être, remplacée par la femme que vous avez vue dans votre jardin. Mais nous n'avons pas à nous plaindre ; la plupart du temps, elle continue de nous aimer. »

La voix d'Aulus se fit un peu plus dure, avant de se briser à la fin de sa phrase. A vrai dire, il était fatigué, terriblement fatigué de courir après une femme qui n'existait plus.
 
©️ charney


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Que de gens, avant le grand sommeil, traversent leur vie en somnambules. || Domitia&Ahenobarbus

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