Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]



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Sam 25 Oct - 10:19
Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]   




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« C’est celle au mur blanc. » Indiqua l’esclave dans la rue à Locuste.

Peu après il repartit la tête basse n’attendant même pas un remerciement de la part de l’empoisonneuse. Ce spectacle lui donna une certaine fierté d’avoir su se libérer de cet état.

Ensuite Locuste toisa la villa Scaevola, comme s’il s’agissait d’un adversaire. Cette grande demeure aux murs blancs transpirait l’opulence. De par son expérience d’employée de maison Locuste trouva facilement l’entrée de service.

Elle se doutait qu’on ne lui ferait pas bon accueil à la porte principale. Car même si la sorcière n’avait plus l’air d’une esclave, elle ne ressemblait pas pour autant à une patricienne.

Trois coups à la porte suffirent à faire venir quelqu’un dans l’instant, sûrement une personne affectée exclusivement à la garde de la porte.
Se permettre de consacrer un esclave à cette tâche présageait certains moyens. Ainsi Helvia n’était pas une de ses veuves dépensières. Décidément tout allait pour le mieux.

Le portier était un adolescent à la peau mate et au physique plutôt imposant.

« Vous désirez ? » Demanda-t-il d’une voix fluette ne lui allant pas du tout.

Pas l’ombre d’un rire ne monta aux lèvres de Locuste familière des curiosités de la nature.

« Bonjour j’ai un message pour votre maitresse. Il s’agit du cadeau qu’elle a acheté pour son mari à la boutique « Perséphone ». Dites-lui qu’on ne l’oublie pas. »

« Le mari de Madame est mort depuis de nombreuses années. »
S’exclama l’esclave interloqué.

« Elle comprendra. » Répliqua Locuste un sourire aux lèvres en songeant au futur effet sur Helvia.

Le jeune homme regarda en l’air, et bougea des lèvres sans émettre de son. Il se répétait certainement le message intérieurement.

Lorsque que ses yeux redescendirent, il fut surpris de constater la présence de l’empoisonneuse.

« J’attends la réponse. » Expliqua-t-elle toujours malicieuse.

Une fois l’esclave partit porter ses mots, un peu de frayeur habita enfin Locuste.

Les renseignements glanés, et son voyage n’étaient que de préparatifs au véritable affrontement qui l’attendait à présent.

De plus elle n’avait vu Helvia qu’une seule fois. A quoi devait-elle s’attendre de sa part ? Au fond ce n’était qu’une patricienne comme l’affranchie les connaissait si bien. Ces femmes étaient juste bonnes à dépenser l’argent de leur mari.

Elle ne devait pas s’inquiéter. A condition d’y mettre suffisamment de formes l’empoisonneuse obtiendrait ce qu’elle désirait à savoir la liberté, la vraie, celle où vous travaillez pour votre seul et unique profit sans maitre, ni patron.
Patricien
Mar 28 Oct - 11:10
Re: Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]   




Helvia Claudia Scaevola
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Une affaire de femmes


Villa Scaevola ~ Mi-mai 723 AUC



Helvia n’avait pas bougé de son tablinum depuis plusieurs heures déjà et croulait sous des dizaines de parchemins et de tablettes de cire. Sa tempe droite reposant sur deux de ses doigts, elle se perdait dans ses comptes pour étudier combien d’argent elle pouvait investir dans la nouvelle échoppe de Tirzah, cette jeune couturière avec laquelle les choses commençaient à se dessiner sérieusement, pour le plus grand bonheur de la veuve. La toute jeune affranchie semblait des plus enthousiastes, Marcus Vinicius demeurait apparemment un allié potentiel même si Helvia avait refusé ses investissements et, après tout ce temps noyée dans ses chiffres, Scaevola constatait que ses finances lui permettaient de faire construire une échoppe tout à fait correcte pour un début d’activité. Les sourcils froncés, le regard attentif, ses esclaves prenaient bien garde de ne la déranger qu’en cas de besoin véritable car toute la maison connaissait suffisamment la maîtresse des lieux pour savoir les moments où cette dernière affectionnait la plus totale solitude.  

Pourtant, des bruits de pas s’approchant firent lever les yeux de la veuve vers l’entrée du tablinum. Nasica, son esclave personnelle, ne tarda pas à s’y présenter avec le regard des servants qui s’attendent aux rejets les plus féroces de la part de leurs maîtres. Helvia fronça les sourcils et poussa un soupire las.

- Qu’y a-t-il… ?

- Pardon, domina… Un jeune esclave est venu annoncer une visite imprévue.

La veuve leva un sourcil.

- Une visite imprévue ? Et pourquoi n’est-ce pas un garde qui est venu te prévenir de cette « visite imprévue » ?

- Une femme s’est présentée à l’entrée de service. C’est le jeune portier, domina, qui est venu me trouver.

- Je n’ai pas de temps à perdre avec une mendiante venue glaner dans ce quartier de quoi faire perdurer encore quelques jours sa misérable existence, siffla la veuve d’une voix sévère. Renvoie-la.

Elle fit un geste dédaigneux de la main et replongea dans ses comptes. Mais, n’entendant pas son esclave tourner de suite les talons, elle reprit avec irritation.

- Quoi encore ?

Nasica sembla hésiter une seconde, puis dit d’une voix tremblant d’inquiétude.

- La femme avait un message à vous faire parvenir…

Cette fois, la veuve cligna des yeux, piquée au plus vif de son intérêt.

- Et quel était ce message, je te prie ?

- Elle a dit qu’elle ne vous oubliait pas, vous et… le cadeau que vous seriez allée chercher à la boutique Perséphone pour feu votre mari.

Le sang d’Helvia ne fit qu’un tour et elle lutta pour ne rien laisser paraître, pas même à sa suivante. Impossible pour elle d’oublier le nom de cette boutique qu’elle croyait pourtant derrière elle pour toujours. Cette période si sombre de sa vie et cette visite chez l’herboriste… Une initiative de femme bafouée, le désespoir d’une épouse malheureuse et une solution à l’effrayante évidence pour faire tout arrêter et prendre un nouveau départ, changer de vie avant d’y mettre soi-même un terme quand elle sera trop difficile à supporter. Voilà tout ce que le nom de « Perséphone » faisait désormais résonner dans l’esprit de la veuve.

- Amène-la ici. Et je ne veux plus voir un seul esclave dans les parages jusqu’à nouvel ordre. Est-ce bien clair ?

- Oui, domina.

Nasica quitta les lieux sans tarder et, alors que quelques minutes de répit s’offraient à elle, la veuve se leva pour s’appuyer sur le coin de son bureau, le regard perdu dans le vide. Son cœur battait dans sa poitrine et ses inspirations se faisaient profondes. Son inquiétude transparaissait sur ses traits car elle en était certaine, cette inconnue qui se présentait aujourd’hui ne venait pas lui rendre une visite de courtoisie.

D’un pas lent, la patricienne se déplaça jusqu’à la fenêtre où les rayons du soleil vinrent caresser son visage crispé. Elle respira longuement et reprit contenance. Elle ne pouvait pas montrer à cette femme un air déjà terrassé par l’inquiétude ou s’en serait fini d’elle dès la première seconde. Non. Helvia se préparait à une lutte et non à une retraite. Se redressant de toute sa hauteur, elle se tourna vers l’entrée du tablinum, prête à tout parer et attendit cette mystérieuse femme, avec la ferme intention de lui donner l’accueil qui lui était dû.


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Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

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Dernière édition par Helvia Claudia Scaevola le Jeu 30 Oct - 12:27, édité 1 fois
Jeu 30 Oct - 9:02
Re: Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]   




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Invité

L'attente ne fut pas longue. La maitresse des lieux avait au moins la capacité de vite comprendre.

Une femme d'un certain âge se chargea de la guider. On sentait dans son attitude la servante expérimentée. Envoyer à Locuste la crème des esclaves prouvait une fois de plus qu'on la prenait au sérieux.

il régnait à l'intérieur une opulence sobre alors que tant d'autres étalaient leurs prospérités à grand renfort de meubles rutilants et divers objets d'art.

Locuste se rappela un peu d'Helvia lors de son passage à la boutique. Elle était hautaine comme toute bonne patricienne, mais réservée malgré tout. Il faut dire que son achat incitait à la discrétion. L'empoisonneuse verrait bientôt ce qu'il en était maintenant.

Au fur à mesure elle constata l'absence progressive d'esclave.

L'entretien se déroulerait dans la plus stricte intimité. Décidément tout cela se présentait bien.

L'esclave lui indiqua une porte et s'éclipsa.

Locuste pénétra alors dans une pièce qu'elle savait importante de part son emplacement centrale. Elle était également remplit de parchemins.

Elle connaissait par personne interposée la pratique de la lecture. Toutefois le fait de lire plusieurs papiers à la fois l'intriguait.

A un bout de la pièce attendait Helvia très altière. Les années avaient été visiblement indulgente avec elle. Dans d'autres circonstances Locuste l'aurait trouvé attirante.

En cet instant c'était le comportement qui comptait et non le physique. La patricienne n'était pas repliée sur elle-même sous l'effet de la surprise et de la crainte. Elle n'avait pas non plus sortit une bourse destinée à la faire partir.

En fait Helvia faisait face l'air déterminé. Bref une conversation voir un affrontement s'imposait. Locuste avait envisagé cette possibilité. L'orgueil rendait parfois ces nobles courageux.

"Dame Scaevola." Dit d'abord Locuste poliment en s'inclinant tout en s’insufflant une pointe d'ironie. "Je constate avec plaisir que je ne suis pas la seule à bénéficier d'une bonne mémoire. Car cette vieille histoire du temps de Rome remonte à plusieurs années désormais."

Cela amusait la sorcière de s'exprimer comme une patricienne. De plus user des propres armes de ses ennemis était souvent déroutant pour eux.
Patricien
Jeu 30 Oct - 13:06
Re: Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]   




Helvia Claudia Scaevola
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Villa Scaevola ~ Mi-mai 723 AUC


La veuve regarda une dernière fois la ville de Pompéi qui s’étendait sous ses pieds à travers la fenêtre, l’esprit obnubilé par cette inconnue qui ne tarderait pas à se présenter à elle. Son visage se voulait sévère, mais l’inquiétude la rongeait. Helvia ne parvenait pas à savoir pourquoi un fantôme de son passé revenait à elle après huit années de silence et cela ne pouvait rien annoncer de bon pour elle. Une dernière fois, la gauchère inspira profondément, le regard perdu sur l’horizon. Puis, elle se retourna vers l’entrée de la pièce et attendit, tentant de garder un air dépourvu de toute émotion.

Des bruits de pas se rapprochant ne tardèrent pas à résonner dans le couloir et la veuve frissonna un instant, sur le point de rencontrer cette femme qu’elle considérait déjà comme une adversaire. Nasica apparut la première et jeta un regard inquiet à sa maîtresse, lui demandant silencieusement si elle était prête. Helvia acquiesça d’un signe de tête et, sans un mot, l’esclave invita l’inconnue à entrer, puis s’éclipsa.

Lentement, une silhouette se dessina face à la veuve et entra dans la lumière. Alors, comme un fantôme qui se matérialisait doucement, la mystérieuse femme se présenta à la patricienne. Elle n’était pas particulièrement grande et portait les traits creusés d’une existence marquée par bien des épreuves. Son regard était plus sombre encore que celui d’une vieille matrone et ses cheveux bouclés emmêlés grossièrement lui donnait l’allure d’une barbare venue se perdre dans une villa patricienne.  

Elle s’approcha de Helvia avant de s’incliner en la saluant d’une voix de prédatrice. Sous ce costume de mendiante, elle s’exprima alors avec des mots fleuris auxquels la gauchère était loin de s’attendre. Et cette fois, plus aucun doute ne persistait : cet oiseau de mauvais augure était bien là pour cet achat malheureux conclu il y avait de cela huit ans dans une petite boutique d’herboriste à Rome. C’était ce que la veuve avait craint et cette confirmation lui arracha un désagréable frisson qui lui parcourut l’échine comme une menace sifflante. Elle se força pourtant à garder à visage fermé, indéchiffrable. En silence, elle observa attentivement cette femme et ses sourcils se froncèrent lentement. Doucement elle se rapprocha de plusieurs pas, toujours bien droite et quand elle s’arrêta enfin, à seulement quelques mètres, elle murmura…

- Je te connais…

Ce visage, cette femme… Tout lui revenait avec une exactitude effrayante. La boutique sombre de l’herboriste, les odeurs d’infusions, de plantes médicinales et de poudres mortelles, la peur de se faire surprendre en pareil endroit, la détermination d’acheter ce poison… Et cette femme, assise dans un coin, penchée sur son ouvrage, avec ce regard noir qu’elle gardait encore alors qu’elle se tenait désormais face à elle, à Pompéi, après toutes ces années.

- Tu es l’esclave. L’assistante de l’herboriste… lui dit Helvia comme pour rendre cette vision plus réelle.

Jamais elle n’avait su comment on avait nommé cette femme mais son identité n’était plus un mystère désormais et cela suffisait amplement à Scaevola. Pour autant la raison de sa présence dans sa villa devenait plus obscure encore. Qu’est-ce qu’une esclave pouvait lui vouloir, à elle ? Comment pouvait-elle même se trouver là ? Que lui voulait son maître, car l’esclave n’était sûrement qu’une messagère docile au silence facile à marchander contre son maintien en vie ? Le visage de la veuve se fit plus sévère alors, et elle lui murmura d’une voix ferme.

- Que viens-tu faire ici ?

La veuve était déterminée à tirer rapidement cette affaire au clair et à se débarrasser de cette esclave qui semblait bien trop confiante en elle au plus vite. Au fond, la faire disparaître ne serait pas chose difficile à accomplir et Helvia n’avait qu’à s’assurer auparavant que cette sorcière emporterait ses menaces dans sa tombe avec elle…

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Sam 1 Nov - 11:32
Re: Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]   




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La patricienne la regarda réellement comme si elle était une personne à part entière. Plus exactement elle l’examina.

Locuste considéra cela comme de bon augure. Cela voulait dire qu’elle la prenait au moins au sérieux. Par contre qu’elle demeure impassible ne plaisait pas à Locuste.

Elle aurait préféré faire face à une femme apeurée plus prompte à céder au chantage. Quoique c’était peut-être ce qui se cachait derrière ce masque.
Locuste était bien placée pour savoir que ces nobles disposaient tous d’un double visage.

Puis vint l’affirmation de Helvia. Là le choc fut violent, même si l’empoisonneuse n’en laissa rien transparaitre.

Il n’était compliqué de déduire son identité au vue de la situation. Sauf que dans le cas présent la patricienne l’avait reconnu d’après son physique. Et cela était surprenant. Locuste n’était-elle pas censée n’être qu’une ombre à ses yeux ?

L’affranchie sut elle aussi dissimuler sa stupeur, et conserver son esprit en éveil.

Quant à son interlocutrice elle reprenait la sale habitude de sa caste de prendre les personnes de haut.

Mais Locuste n’était plus une jeune servante soumise désormais.

« J’étais son employée et non son esclave. » Rappela-t-elle en laissant s’échapper un soupçon de rage.

Puis elle poursuivit avec sérénité cette fois tout en s’approchant de Helvia. Le geste était parfaitement calculé. Habituellement on gardait ses distances lorsque l’on s’adressait à un membre de la patricia romaine. L'empoisonneuse se permit même de laisser trainer une de ses mains sur un meuble.

Cela vengeait au passage ses années de servitude. Quoique Locuste était loin d'être rassasiée dans ce domaine.

« Quant aux raisons de ma venue. J’ai décidé de m’établir dans cette ville afin de faire profiter à d’autre que vous de mes talents. »

Hé oui c'était bien elle qui avait concocté le poison.

La sorcière préféra s’arrêter là. Il était prématuré d’étaler toutes ces cartes en début de partie. De plus elle voulait jauger encore un peu sa partenaire de jeu.
Patricien
Mar 11 Nov - 0:20
Re: Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]   




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Helvia gardait le visage fermé, le regard sévère, et les bras croisés. Il n’était permis de livrer aucune faille. Cette femme était le mal incarné et la veuve pouvait sentir d’ici ses effluves maladifs : ceux du danger, de la félonie et de la crainte. Dans ce tablinum, malgré le gouffre qui séparait leurs deux statuts sociaux, la gauchère se trouvait en bien mauvaise posture et sentait qu’elle souffrait déjà d’un désavantage dont elle découvrirait bientôt la nature. Cette femme transpirait d’une telle confiance en elle qu’elle ne pouvait qu’avoir longuement préparé ses arrières. Comment pouvait-il en être autrement ? Avec un tel accoutrement, elle ne pouvait certainement pas se permettre de s’attaquer à quelqu’un comme Helvia sans être certaine de son plan… Ainsi, la patricienne l’observait sans faillir, attendant sa sentence, son cœur tambourinant sourdement dans ses tempes.

Leurs chemins s’étaient croisés il y avait des années de cela et pourtant, elle n’avait rien oublié. Tellement de choses pouvaient découler de ces quelques minutes passées dans cette modeste boutique d’herboriste, elle risquait tellement en ne faisant qu’en franchir le seuil, que tous les détails de ces quelques minutes s’étaient gravés dans sa mémoire pour ne jamais plus la quitter. Cette femme lui apparaissait comme un fantôme, une malédiction passée venue frapper de nouveau à sa porte après tout ce temps passé dans l’ombre. Et la veuve la foudroyait du regard, sans pour autant risquer la moindre provocation pour le moment. Dans ce combat qui s’annonçait, la Vipère se devait de rester prudente autant que possible et attendait donc que l’inconnue s’explique sur sa présence ici.

L’assistante de l’herboriste lui jeta un regard noir lorsque Helvia la nomma « esclave » et reprit son interlocutrice d’une voix sifflante. Observant de nouveau cette femme de bas en haut, la veuve répliqua d’une voix tranchante :

- Pardonne-moi si ton accoutrement prête toujours autant à confusion…

La patricienne se voulait prudente, mais tenait à conserver l’aura de sa caste qui suffirait peut-être à dissuader cette mystérieuse herboriste d’aller trop loin. Elle se garda cependant bien d’insister davantage et attendit que cette « employée » délie sa langue.

La femme se rapprocha alors avec une allure de prédatrice. Helvia se força à ne toujours pas la quitter des yeux et à rester campée sur ses positions, le regard profondément ancré dans le sien. Comme si cette pièce était déjà la sienne, l’herboriste ondulait entre les meubles, continuant son avancée avec nonchalance. Sa main vint se poser sur un meuble et le parcourir distraitement. Ce silence oppressant devenait chaque seconde un peu plus lourd et la gauchère le savait sciemment provoqué mais refusa de le briser la première, sous peine de dévoiler déjà ses failles. Elle connaissait le jeu des intimidations depuis assez longtemps pour en connaître la majorité des ficelles et elle ne se laisserait pas prendre par un piège aussi grossier.

Enfin, les lèvres se l’herboriste s’ouvrèrent de nouveau et la veuve ne perçut que les prémices de ce qu’elle redoutait tout en demeurant pourtant dans une obscurité inquiétante, teintée d’une effrayante ignorance. Toujours sans hausser le ton, elle lui répondit néanmoins d’une voix sévère.

- Je n’ai que faire de ce que tu viens faire dans cette ville. Je te demande ce que tu viens faire ici, dans cette maison.

Les yeux de la veuve scrutaient l’herboriste comme s’ils tentaient de lire en elle. Comme pour l’inciter à cesser là cette mascarade, Helvia ajouta.

- Je n’ai le temps ni pour tes jeux ni pour tes énigmes. Parle, avant que je ne te renvoie sur le champ.

Pure défense, pure sommation. Helvia ne pouvait pas prendre le risque de la jeter simplement hors de chez elle, et en était bien consciente. Mais si dans sa vie elle avait souvent joué le rôle de la marionnettiste, se trouver soudainement victime des fils tissés lentement par cette femme se trouvait être une expérience bien moins agréable.

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Dim 16 Nov - 10:23
Re: Une affaire de femmes : Helvia et Locuste [flash back]   




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Les derniers mots de la patricienne causèrent une certaine colère chez Locuste envers elle-même. Car elle avait commis une erreur en éternisant ses préparatifs.

A présent l’inquiétude insinuée chez Helvia s’estompait. Son arrogance ne cessait même croitre à l’égard de l’empoisonneuse. Alors qu’auparavant elle avait fait un effort de mémoire à son égard pour l’identifier.

Il était grand temps pour Locuste d’augmenter la dose, car sa victime se montrait plus résistante que prévue.

Comme quoi sa connaissance des patriciens n’était pas encore imparfaite.

Au fond d'elle-même Locuste n'était pas totalement contrarier. Le comportement de la patricienne ne lui aurait pas déplut en d'autres circonstances. Car il lui rappelait le sien dont la base était de ne pas subir les évènements au contraire de les dominer voir les provoquer.

De là à la considérer comme la soeur que Locuste n'avait jamais eu. Il ne fallait pas rêver. Son passif avec les patriciens était trop lourd pour cela.

En ce qui concerne leur affrontement verbal la sorcière tenait conserver certaines formes. Ces maudits riches avaient tendances à considérer un langage direct et franc comme un manque d’intelligence.

De plus la sorcière ne voulait pas non plus donner l’impression de céder aux exigences de son interlocutrice. Elle ne venait pas quémander mais menacer. D’ailleurs il serait judicieux de miser sur ce dernier point.

En apparence imperturbable l’intruse continua tranquillement son inspection des lieux comme si la menace de la maitresse de maison n’avait pas eu lieu.

Puis ignorant la demande de Helvia, l’affranchie partit sur autre chose :

« Un conseil ne confondez jamais un esclave et une personne libre. Une personne libre peut aller où bon lui semble, et parler à n’importe qui. Et vous n’êtes pas sans savoir que j’ai des histoires intéressantes à raconter. Qui sait c’est peut-être déjà fait. »

Les bases étaient enfin posées clairement : le chantage.
Il s’agissait d’un jeu dangereux. Mais Locuste le savait depuis longtemps.

La réaction à venir de Helvia allait être capitale pour le destin des deux femmes. Au bout du compte c’étaient toujours les mêmes qui détenait le pouvoir… après les dieux bien sûr.
Patricien
Mar 25 Nov - 22:23
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La veuve crut sentir un souffle froid dans son dos alors que « l’employée de l’herboriste » de Rome continuait de divaguer dans le tablinum, laissant courir ses doigts d’empoisonneuse sur les bibelots et les meubles. La patricienne l’observait sans un mot, sans bouger. Sa menace avait été proférée avec une force tremblante, incertaine. L’argent et l’influence pouvaient garder de bien des mots, mais une fois la bête entrée dans le cœur de la villa, la patricienne n’était plus qu’une femme, peut-être forte, peut-être déterminée, peut-être expérimentée, mais seulement une femme.

Pendant un court instant, Helvia crut sentir une gêne furtive chez la mystérieuse femme, comme une seconde d’incertitude, mais qui disparut comme elle était venue. La patricienne fit mine de rien avoir remarqué car peut-être, après tout, n’avait-elle vu que l’égarement qu’elle espérait voir. Néanmoins, elle tendit davantage l’oreille et dévisagea l’herboriste avec plus de minutie encore pour ne laisser aucune faille lui échapper. L’enjeu était trop important, elle en était certaine. Quelque chose allait se décider ce jour-là, et il était hors de question qu’elle perde une mise aussi capitale que celle qui ne tarderait plus à se profiler.

L’herboriste demeura silencieuse un moment, menaçante. La gauchère attendit, serrant les dents, sans la perdre des yeux un seul instant. Tous ces gestes étaient merveilleusement étudiés, elle le savait, elle le sentait. Il ne pouvait en être autrement et ce petit jeu devait être commun pour quiconque se préparait à désarçonner un « grand » de ce monde. Helvia se considérait comme une citoyenne de cette trempe, sans le moindre doute. Une citoyenne de l’ombre, car sa condition de femme l’y obligeait, mais une femme puissante, ambitieuse, qui avait su arriver là où peu avaient su monter, à la seule force de sa hargne et de son talent. Cette herboriste n’était qu’un obstacle de plus à franchir et elle le franchirait comme elle avait franchi tous les autres. Personne ne menaçait Helvia Claudia Scaevola sans en subir les conséquences et la veuve gardait en apparence un calme effrayant, bien plus impressionnant que ne l’aurait été son pire accès de colère.

Enfin, la voix de l’intruse résonne de nouveau dans la pièce, aussi sifflante que l’aurait été celle d’une vieille sorcière des ruelles obscures de Pompéi. Cette fois plus aucun doute n’était permis : c’était bien de chantage dont il était question.

La veuve fronça imperceptiblement les sourcils, cherchant un angle d’attaque à la fois assez puissant pour dérouter son adversaire et assez prudent pour ne pas tomber de suite par un trop plein de confiance. Que pouvait bien vouloir cette femme ? De l’argent, à n’en point douter. Le monde était fait d’argent et sa richesse était à la fois connue et exposée à la face du monde, ne serait-ce que par la simple existence de cette villa en plein cœur du quartier de la fortune.

Cette misérable femme devait cependant comprendre qui elle venait faire chanter entre ces murs. Ainsi, la patricienne se risqua à abattre une de ses cartes. Prenant son air le plus sérieux, elle lui lança d’une voix confiante en la regardant bien dans les yeux :

- Soyons sérieuses, toi qui brille par cette liberté durement gagnée, que viendrais-tu chercher dans cette villa si tu avais déjà divulgué ce que tu sais ? Quel serait ton poids face à moi ? Tu perdrais ton seul moyen de pression et je n’aurais plus qu’à te faire crucifier dans l’heure, car tu n’aurais plus rien pour me lancer la moindre menace. La seule raison pour laquelle tu es encore face à moi est que je respecte ton courage mais ne le change pas en témérité. Ce genre d’excès se coûte cher dans le monde patricien que tu viens salir de ta présence.

Elle laissa un silence de circonstances s’installer pendant quelques secondes, puis elle ajouta.

- Sois certaine du chemin que tu veux prendre, ma chère, car une fois que tu l’auras emprunté, tu ne pourras plus revenir en arrière. J’espère que tu sais ce qu’il en coûte de s’imposer face à moi. J’ai brisé entre mes mains des vies de valeurs bien supérieures que la tienne…

Il était temps que l’intruse abatte ses cartes, qu’elle se dévoile et rien n’était plus efficace en ce sens que la provocation frontale. Pourtant, le choix était risqué et le cœur de la patricienne accéléra davantage l’allure, la faisant légèrement crisper ses mains posées sur ses bras.

Les stratégies de chacune allaient se dévoiler enfin, et la mise était si grande…

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