« Nourissez les louveteaux pour qu'un jour ils vous mangent » || Milo & Niger



POMPEII, TERRA DEORUM ₪ :: Ludi :: Archives RPs
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Empire
Jeu 4 Sep - 16:32
« Nourissez les louveteaux pour qu'un jour ils vous mangent » || Milo & Niger   




Ausonius Niger
₪ Arrivée à Pompéi : 18/10/2013
₪ Ecrits : 3206
₪ Sesterces : 404
₪ Âge : 21 ans
₪ Fonction & Métier : Au service de Kaeso Ausonius Faustus. Voleur à ses heures perdues, vacant entre une auberge et un lupanar.

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₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Plusieurs femmes l'habitent, mais une seule a su le kidnapper.
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Milo & Niger
Kerta avait bien caché son jeu. La Reine des Louves, la matrone du Lupanar Faustus, la très chère esclave de Kaeso Ausonius Faustus, cette Kerta-là avait un fils. Pas très étonnant, me direz-vous, qu’une prostituée ait donné naissance à un louveteau ; vous n’auriez pas tout à fait tort de dire cela, mais Kerta ?! Niger peinait à y croire. Ça faisait vingt-et-un ans qu’il côtoyait cette louve presque tous les jours, et jamais il n’avait entendu parler de ce rejeton. En même temps, Kerta et lui n’était pas les meilleurs amis du monde, et il semblait qu’hormis Kaeso, personne n’était au courant pour l’enfant. Mais ce n’était pas le fait qu’elle l’ait caché qui étonnait l’affranchi ; c’est le fait qu’elle en ait un, tout court. Il pensait que c’était une louve parfaite qui en vingt ans de carrière était parvenue à ne jamais donner la vie ; apparemment, Kerta n’était pas si parfaite que ça. Elle était comme toutes les autres louves, dépendante de la volonté des dieux. Niger était le premier à savoir ô combien les dieux pouvaient être farceurs, puisqu’ils avaient voulu la naissance de la petite Aurelia, malgré toutes les précautions que sa mère Lucia avait pu prendre ; on ne va pas à l’encontre des dieux.

Le fameux rejeton avait en fait dix-sept ans ; à vrai dire, il n’en paraissait pas moins louveteau. Ça faisait une semaine qu’il était arrivé à la taverne, et Niger ne l’avait pas lâché des yeux. Apparemment, son maître était décédé, et Kaeso l’avait racheté à la Domina qui ne pouvait plus le prendre en charge. Vu comment il se comportait, l’ancien maître de Milo – car tel était son nom – ne devait pas avoir grand-chose à voir avec son nouveau maître. Milo était poli, timide, prude, naïf. Plus il le regardait, plus Niger se disait qu’il n’avait rien à voir avec sa mère. Hormis son physique, bien sûr ; là-dessus, ils étaient les mêmes. Les mêmes grands yeux bleus verts, la même couleur de cheveux, et la même stature. Kerta était une femme fière, qui se tenait droite, le menton haut. Niger sentait que Milo aussi, avait ça dans le sang. Néanmoins, ça ne paraissait pas être assez exploité. Tout du moins, depuis qu’il était arrivé à la taverne, il n’avait fait que regarder ses pieds, à tel point que ça en devenait déprimant – et un poil ridicule.

Niger s’occupait souvent des enfants que Kaeso achetait. Il veillait sur eux, parce qu’à une époque, il avait été ces enfants alors il les comprenait, savait ce qu’ils pouvaient ressentir, pouvait leur parler. Il participait à leur formation, et les gosses lui faisaient confiance. Niger se demandait s’il devait faire de même avec Milo. Son maître ne lui avait rien demandé, mais il se disait que son intervention ne pouvait pas avoir de conséquence néfaste, n’est-ce pas ? De toute façon, ça ne pouvait pas réellement être pire ; Niger n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi peu à sa place dans cette taverne que ce pauvre Milo. Même Rufia s’était intégrée plus vite, et avait mieux su comprendre les rouages familiaux. Niger avait laissé une semaine à Milo, mais maintenant, il était proche de sa décision. Comme avec les vrais louveteaux Ausoniens, il prendrait Milo sous son aile, et tenterait de l’éduquer à être un bon Ausonius. Ça allait être étrange, parce que ce n’était plus un enfant, loin de là. D’ailleurs, ils avaient presque le même âge, même si Niger était un peu plus âgé (mais pas plus grand, ce Milo était d’ailleurs immense alors que Niger était carrément court sur pattes). Peut-être que ça rendrait les choses plus faciles, ou peut-être que ça les rendrait beaucoup plus compliqué. En tout cas, c’était décidé ; si ça continuait comme ça, Milo n’allait être considéré que comme un poids pour la taverne – même s’il cuisinait très bien – et on ne pouvait décemment pas laisser ça arriver. C’était un bien trop gros investissement pour ne pas en profiter pleinement, n’est-ce pas ? Et puis pauvre Milo ; s’il était destiné à passer le reste de ses jours dans cette taverne, autant qu’il le fasse avec la tête haute, comme sa mère.

Le jour s’était levé il y avait à peine quelques heures, et la taverne était quasiment vide. C’était le moment ou jamais pour kidnapper le fameux Milo. Le soir, il était bien trop occupé, le midi aussi d’ailleurs, le matin était donc le meilleur moment pour agir. Il allait l’emmener quelques heures et ils rentreraient à temps pour que les clients soient merveilleusement servis à déjeuner. Un plan parfait, n’est-ce pas ? En attendant, Rufia s’occuperait de la taverne, elle avait quelques esclaves avec elle, on ne remarquerait même pas leur absence. Bon, il restait à convaincre Milo de l’accompagner, bien sûr. Niger ne se préoccupait pas trop de cela, à vrai dire. Si jamais le jeune homme ne voulait pas l’accompagner dehors pour recevoir son enseignement, Niger aurait une technique bien à lui pour le faire sortir. Il l’attraperait par la peau du cou et le ferait sortir de sa cuisine et lui donnant quelque coups de pieds au cul. Mais quelque chose lui disaient qu’ils n’auraient pas besoin d’en arriver à un tel point. Milo était un garçon raisonnable, peut-être même intelligent. Il devait se douter que ce n’était pas en gardant les yeux sur ses sandales qu’il allait se faire une place à la taverne.
Il faudrait néanmoins qu’ils essayent de ne pas croiser Kerta. Si Niger ne savait pas quelle relation elle et son fils entretenaient, il se doutait qu’elle ne serait pas ravie d’apprendre qu’il allait tenter de le transformer en parfait petit loup pour Kaeso – et donc qu’il allait le pervertir un petit peu.

Niger marchait à pas vifs vers les cuisines de la taverne. Bientôt, il en poussait la porte, et chercha du regard le blondinet. Il était là-bas, dans un coin, paraissant aussi mal à l’aise que possible. Dégainant son sourire le plus grand et le plus naturel possible, il s’approcha de Milo, avant de faire, d’une voix vive et enthousiaste :

« Allez Milo, sort de cette cuisine, je t’emmène avec moi, tu as des choses à apprendre et ce n’est pas en restant ici que ça va se faire ! »

Niger avait plongé ses yeux noirs dans ceux de Milo, et il lui lançait un regard persuasif. Allez, Milo, vas-y, n’ai pas peur, jette-toi dans la gueule du loup …

© charney


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Mar 16 Sep - 9:41
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Il n'aimait pas Pompei. Il n'aimait pas Kaeso. Il n'aimait pas l'auberge. Il n'aimait pas sa nouvelle vie tout simplement. Chaque matinée était un autre effort à donner, chaque journée était une autre journée insupportable et chaque nuit était une autre épreuve. En effet, comment fermer les yeux sur les affaires des plus louches de son dominus ? Comment taire cette petite voix quand il voyait avec quelle facilité sa mère se mouvait dans ce milieu ? Comment ignorer à quel point sa nouvelle "maison" n'était en rien honnête et correcte ? Si son mentor avait été là... si seulement il avait été là, il pourrait peut-être lui dire comment agir dans une telle situation.

Actuellement, il ne savait pas. Il se contentait d'observer son entourage, d'écouter les ordres donnés, d'obéir docilement en bon esclave et d'éviter tout contact visuel trop prolongé. A croire qu'il avait peur qu'on se rende compte à quel point il n'aimait pas ce lieu, à quel point il était déçu de son nouveau quotidien.

- Une nouvelle journée ... faut se lever, se disait-elle, s'encourageant à quitter sa couche de fortune. Marmonnant, boudant et baillant, il finit par quitter ses minces couvertures, à se passer un peu d'eau fraîche sur le visage et se rendit aux cuisines.

Il fallait préparer quelques éléments du petit déjeuner, s'assurer qu'il y avait assez de provisions pour le repas du midi et du soir et préparer évidemment le tout correctement et dans les temps. Cette activité allait occuper une grande partie de sa journée et allait lui permettre d'oublier son apathie pour ce lieu. Définitivement, la cuisine était l'une des rares choses à rendre le pitoyable beau ou du moins supportable.

- Hey le cuistot ...

Un des esclaves l'avait interpellé, et avait par la même occasion brisée la douce illusion. Aussitôt, l'aisance de Milo laissa place à un malaise. Le langage des esclaves, leur tenue, leur manière ... tout le dérangeait ici et il avait l'impression d'être le point noir, d'être l'étranger. Et il ne comprenait pas pourquoi. N'était-il pas poli et docile ? Etait-ce ces traits honnêtes qui faisaient de lui un être si différent des autres esclaves ? Il semblerait, à son grand malheur.

D'ailleurs ce dernier semblait davantage s'acharner sur lui. Les portes s'ouvrirent sur une chevelure noire et déjà Milo baissait les yeux. Il n'aimait pas plus ce Niger, sa manière de regarder, sa manière de parler ... Il lui inspirait les mêmes sentiments que Kaeso et voilà une chose bien douteuse aux yeux de l'esclave. Malheureusement, sa pauvre technique n'eut aucun effet. Niger était là et lui parlait, l'appelant bien "Milo".

- Je ... Je cuisine. C'est mon rôle ... et, je cuisine assez bien selon le maître, répondit-il d'une petite voix.

Il ne voulait pas le suivre et il ne voulait rien apprendre de cet homme. Son mentor avait fait l'essentiel aux yeux de Milo, et de plus, sa mère était à ses côtés maintenant. Il n'était pas sans "tuteur" à ses yeux. Cependant, et il le savait, si Niger insistait, il devra le suivre. Il n'en restait pas moins un Ausonius, un sorte de dominus à qui il fallait obéir également. Et Milo était un esclave docile.

- Hum ...

Son malaise grandissait au fur et à mesure que le Niger restait là. Il allait insister. Il allait le faire. Milo n'allait pas y échapper. "Intelligent" qu'il était, il eut la bonne présence d'esprit d'ajouter quelque chose pour calmer l'orgueil peut-être blessé de Niger. N'avait-il pas un peu refusé l'offre en travers une stupide explication sur ses talents de cuisinier ?

- Si ... c'est nécessaire pour travailler à l'auberge ...

Le "Je vous suis" n'a pas pu franchir ses lèvres. Ces pauvres paroles étaient déjà bien amères.
Empire
Mar 30 Sep - 13:33
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Milo & Niger
Le gosse avait du potentiel, Niger en était certain. S’il en avait été autrement, Kaeso ne l’aurait jamais acheté, se fichant pas mal que sa Reine des Louves ait son fils à ses côtés ou non. Si son maître l’avait acheté, il y avait une raison, et l’affranchi se devait de l’aider un peu à se faire une place au sein de l’organisation de la taverne. Autant faire de cet investissement quelque chose de fructueux, n’est-ce pas ?
Il allait falloir que Milo revoie son argumentaire, puisque le coup du « je suis très bon cuistot » ne fonctionna pas du tout avec Niger, qui resta planté face à lui, haussant un sourcil. C’est vrai, les clients étaient ravis du changement qu’il y avait eu en cuisine ces derniers temps, et trouvaient les mets de la taverne Fausta succulents (ou en tout cas meilleurs qu’avant). Ça ne semblait pas monter à la tête de Milo, mais Kaeso en était particulièrement ravi. Evidemment, l’auberge ne deviendrait jamais un lieu où on se bousculerait depuis tout l’Empire pour déguster des plats délicieux, mais ça ne lui faisait que du bien que de servir une meilleure nourriture aux clients. Mais là encore, ce n’était pas la priorité de Niger. Lui voulait que Milo arrête de regarder ses pieds et sache toujours à quoi s’attendre en se levant le matin pour prendre sa place en cuisine, et c’était encore loin d’être le cas. Sa mère devait vouloir le protéger, lui cacher les yeux devant tout ce qu’il se passait ici, mais elle ne se rendait visiblement pas à l’évidence : s’il voulait survivre, Milo devait comprendre qui étaient ses maîtres, et ce n’était pas en s’enfermant dans ses quartiers qu’il y arriverait.

« - Si ... c'est nécessaire pour travailler à l'auberge ... »

Milo avait apparemment finit par se rendre à l’évidence : l’affranchi de Kaeso ne lui laissait pas le choix. Et il avait en effet raison : le suivre était nécessaire. Le pauvre blond devait se rendre compte qu’il n’était pas à l’image des autres esclaves qui travaillaient pour Kaeso, il était d’ailleurs presque même leur opposé. Ça chuchotait beaucoup sur lui, tout le monde se demandait ce qu’il foutait là, ce qui était passé par la tête du maître quand il l’avait acheté. Niger n’avait pas encore matière à les contredire, il ne pouvait pas leur balancer à la gueule qu’ils feraient mieux de se la fermer parce qu’ils ne connaissaient pas le jeune homme, et ne savaient pas de quoi il était capable. Mais Niger n’était pas du genre à mentir aux siens, et ça aurait clairement été un mensonge que de prétendre que Milo était autre chose qu’un livre ouvert. Juste un garçon qui voulait tout sauf être ici, un garçon qui aurait préféré que son maître ne meure pas et que sa mère ne pousse pas Kaeso à l’acheter. N’était-ce pas détestable que de vivre en préférant que sa vie soit différente ? Une chose était sûre : Niger allait faire en sorte d’avoir quelque chose à répondre aux esclaves. Il allait les convaincre que Milo avait sa place dans cette cuisine, et ça passait par l’entraîner aujourd’hui dans les rues de Pompéi. Oh, ne vous y trompez pas, Niger avait clairement entendu la mauvaise volonté qui résonnait dans la voix du fils de Kerta, mais il avait décidé de passer outre. Il ne cherchait pas à faire de Milo un ami, il voulait le former, et rares étaient les élèves qui adoraient leur maître, il le savait. Ça serait d’autant plus difficile que Milo avait déjà dix-sept ans, alors que les nouvelles recrues de Kaeso avaient d’ordinaire quatre ou cinq ans ; là, c’était facile : à défaut d’avoir des amis, les petits avaient un modèle. Niger doutait que Milo puisse vouloir un jour faire de lui son modèle. Mais telle était la vérité : qu’il l’adore ou qu’il le haïsse, l’affranchi n’en avait pas grand-chose à faire. Niger lui adressa un grand sourire, assez hypocrite si on veut être franc, puis passa une main derrière son dos, et le poussa doucement vers la sortie. Nos deux hommes traversèrent silencieusement la cuisine, l’affranchi ouvrit la porte de derrière et ils atterrirent dans la cour. Un peu plus tard, ils étaient arrivés dans les rues Pompéiennes. Niger, continuant de marcher en direction du quartier de l’Abondance, glissa à son camarade :

« Alors dit-moi, Milo. Qu’est-ce que tu as appris, qu’est-ce que tu as vu, entendu, compris, de tes quelques semaines à la taverne ? Qui sont pour toi les Ausonii ? »

Bientôt, ils seraient au milieu de la populace pompéienne, et le spectacle pourrait commencer. Niger pourra lui montrer ce que c’est que d’être un Ausonius.


© charney


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Lucia et Niger
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Mar 30 Sep - 21:19
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- Alors dit-moi, Milo. Qu’est-ce que tu as appris, qu’est-ce que tu as vu, entendu, compris, de tes quelques semaines à la taverne ? Qui sont pour toi les Ausonii ?

Kaeso était un fieffé menteur et voleur, Niger n'en menait pas plus large, sa propre mère semblait plus être un bourreau qu'une victime dans son lupanar et la seule qui semblait non tâchée dans ce cadre sinistre était Rufia et encore, avec un tel entourage, l'innocence de cette dernière était encore à prouver. Voilà ce qui lui arrivait de penser mais voilà ce qu'il ne dira jamais.

D'une Milo était encore trop naïf et prude, incapable de dire du mal d'autrui. De deux, le jeune garçon n'était pas encore habitué aux us et coutumes de Pompei et aimait se dire qu'il exagérait un tantinet et que si son actuel maître était encore debout, c'était qu'il ne faisait rien de mal. Les autorités tombent sur le méchant après tout, n'est-ce pas ?

Une vision idéaliste et simpliste du monde mais c'est ainsi que le medicus de son précédent maître l'avait éduqué. Il avait tout fait pour que l'enfant soit sincère, loin des intrigues des maîtresses de maison, loin des horreurs des hommes. Il pensait protéger le jeune homme. Il pensait qu'en le maintenant loin des chemins boueux et sombres, l'enfant ne sera pas tenté par le vice et la déchéance.

Cependant, peut-être s'était-il trompé en lui donnant une éducation stricte et vertueuse ? Peut-être l'a-t-il rendu que bien trop vulnérable au Mal même ? Malgré tout, même s'il avait su que l'enfant allait être entouré d'un vile aubergiste, d'un petit espion fouineur et d'une matrone de lupanar, aurait-il agi différemment ? Peut-être pas. Peut-être aurait-il gardé espoir dans le bien, et croire que ce dernier pourrait survivre dans le plus vile des environnements ? Toujours est-il qu'il était inutile de commenter le passé. Seuls le présent et le futur comptaient dorénavant.

Et l'un comme l'autre se présentait mal. Milo n'était guère heureux de suivre Niger et ce dernier se fichait royalement du ton amer ou des suppliques du regard de l'esclave. Le premier courbait l'échine à contrecœur et le second se donnait à cœur joie de profiter de sa position d'affranchie. Par contre, pour combien de temps ? Combien de temps avant que Milo ne dise "suffit" ? Combien de temps avant que Milo ne devienne un autre pion changeant des Ausonii, c'est-à-dire tantôt allié, tantôt ennemi ? Combien de temps encore ce petit esclave allait-il être docile et silencieux ? Guère longtemps.

- Mon maître s'occupe principalement de l'auberge. Les clients sont ... de basses conditions principalement. Souvent ils paient plus qu'il ne faut et on ne leur rend pas la monnaie. Les esclaves disent que c'est pour la peine qu'ils se donnent à supporter leur mauvais humour ou encore leur mauvais haleine.

Grosso modo, il avouait là que les esclaves n'hésitaient pas aussi à voler et à garder pour leur pomme quelques sous. Le maître était-il au courant ou pas ? Voilà la question. Mais à nouveau, Milo ne voyait pas de cette optique. Cependant, ce n'était pas le point important. Il lui restait encore une question à laquelle répondre : qui sont les Ausonii ?

- Les Ausonii ... Eh bien ... des commerçants, conclut-il, peu sûr de lui. Je ne sais pas. C'est compliqué. Mon ancien maître était un commerçant de plantes par exemple, c'était facile de savoir son affaire, ce dont il avait besoin. Je ne comprends pas vraiment le commerce des Ausonii, les besoins de l'auberge, les besoins du maître, termina-t-il en haussant les épaules.

La glace s'était-elle brisée pour autant ? Absolument pas. Milo gardait ce ton amer et ces traits indiquant clairement qu'il n'aimait pas la compagnie de Niger.
Empire
Sam 18 Oct - 23:22
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Ausonius Niger
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Milo & Niger
« Mon maître s'occupe principalement de l'auberge. Les clients sont ... de basses conditions principalement. Souvent ils paient plus qu'il ne faut et on ne leur rend pas la monnaie. Les esclaves disent que c'est pour la peine qu'ils se donnent à supporter leur mauvais humour ou encore leur mauvais haleine. »

Niger sourit dans sa barbe ; quelle excellente description ! Pas si naïf, alors, le gosse ? Par contre, il n’avait toujours pas l’air de bonne humeur, et encore moins fier d’avoir réussi à amasser ces informations … Tant pis, Niger serait fier pour deux, ça ne le dérangeait pas. Il ne voyait pas en Milo une once de la personnalité de Kerta, mais il se persuadait qu’il saurait faire naître ce côté-là en lui. Petit à petit, le blond devrait finir par accepter qu’il n’était plus un petit esclave dans une villa au bord de Pompéi. Il était l’esclave de Kaeso Ausonius Faustus, et ce n’était pas rien. Niger allait l’accompagner dans ce voyage vers cette contrée plus sombre que ce qu’il avait vécu jusqu’ici. Il allait redécouvrir Pompéi, redécouvrir les gens autour de lui, redécouvrir la vie. Niger avait tendance à penser qu’il fallait un peu forcer les choses, le pousser vers le vice, mais peut-être qu’avec lui, ce n’était pas la bonne solution. Malheureusement, la lenteur n’était pas caractéristique de l’affranchi. Il préférait quand les choses bougeaient vites, avançaient dans la direction qu’il le souhaitait, et il ne s’en rendait pas compte, mais Milo lui donnerait certainement du fil à retordre … Mais pour l’instant, il souriait, écoutant d’une oreille attentive tout ce que l’esclave avait à lui dire :

« Les Ausonii ... Eh bien ... des commerçants. Je ne sais pas. C'est compliqué. Mon ancien maître était un commerçant de plantes par exemple, c'était facile de savoir son affaire, ce dont il avait besoin. Je ne comprends pas vraiment le commerce des Ausonii, les besoins de l'auberge, les besoins du maître »

Au moins, le garçon avait envie d’apprendre ; en esclave bien élevé, il voulait satisfaire son maître. Il ne se rendait certainement pas compte de ce que ça signifiait, puisqu’arracher un sourire à Kaeso était loin d’être une chose aisée, mais valait mieux ne pas briser ses rêves tout de suite. Niger accéléra le pas pour se placer devant Milo, tout en continuant de marcher, en arrière. Il ne regardait pas derrière-lui, connaissant tellement bien la rue de l’abondance qu’il était plus ou moins certain de ne rien bousculer.
Niger hésitait sur la réponse qu’il donnerait à Milo. Fallait-il être complètement honnête, ou était-il préférable de le ménager encore un peu en ne lui disant pas toute la vérité ? Pendant quelques secondes, le sourire de Niger s’était effacé, et son regard c’était placé dans le vide. Il fit quelques pas en marche arrière, Milo marchant face à lui, puis il finit par plonger ses yeux dans les siens, raccrochant sur son visage son classique air un peu arrogant. Il fit :

« Ce que cherche le maître, Milo, c’est l’argent. Tu veux le satisfaire ? Ramène lui tous les soirs une bourse bien remplie, et il sera content. Toi, à la limite, tu es tranquille, enfermé dans ta cuisine. Moi, je suis dans les rues toute la journée, et je cherche des moyens de remplir cette fameuse bourse, à court ou à long terme. Tous les moyens sont bons, Milo, ne l’oublie pas ! »

Il était temps de mettre en pratique ses dires, n’est-ce pas ? La théorie c’était joli, mais Niger ne jurait que par la pratique. Il s’arrêta un peu brusquement, parce qu’ils arrivaient devant le vendeur de tissus Caïus Lateranus. Il s’approcha de Milo, pour dire, un peu moins fort qu’avant :

« Kerta — ou plutôt … ta mère ! … Par Isis ça me fera toujours étrange, enfin bref, oui, ta chère mère a besoin de nouveaux draps pour ses louves, elle m’a envoyé passer commande. C’est ici qu’on va les récupérer, mais tu sais quoi Milo ? J’ai pas très envie de payer, ce matin … »

Un sourire malicieux aux lèvres, il se retourna vers le stand de Caïus. C’était sa fille, Prima, qui se tenait devant les tissus, alors Niger, d’une voix assurée et sympathique, fit :

« Ave, Prima ! J’ai passé commande hier pour quelques draps, tu pourrais aller me les chercher, et me ramener ton père du même coup, s’il te plaît ? »

La jeune fille que Niger connaissait bien – trop bien ? – lui adressa un sourire respectueux, mais une lueur interrogatrice brillait dans son regard. Pourquoi Niger voulait-il parler au paternel, se demandait-elle sûrement ? En tout cas, elle partit rapidement dans l’arrière-boutique, et c’est son père qui revint avec les draps neufs entre les mains. Lui souriait beaucoup moins que sa fille. Niger, d’une voix forte et assurée, fit :

« Lateranus ! Comment tu vas, ce matin ? Regarde qui j’emmène avec moi – Niger tira Milo vers lui : c’est Milo, le nouveau cuisinier de Faustus, il te plaît ? En tout cas, lui et moi, on ne tient pas à payer, ce matin … On n’a pas de sous, tu vois ? Mais c’est pas grave, hein, Lateranus ? Tu nous donnes les draps quand même et moi j’oublie ce que j’ai vu la dernière fois ? »

Niger parlait tellement fort que des personnes se retournaient en passant à côté de lui, le regard inquisiteur. Lateranus, lui, semblait fondre sur place. Il était tout vers et s’était complètement recroquevillé sur lui-même. Niger lui adressait un grand sourire, et le plébéien finit par lui mettre les draps entre les bras. Il ajouta avec, la voix un peu tremblotante :

« Allez, dégage, vermine ! Ton maître entendra parler de ça, c’est moi qui te le dit !! »

Niger manqua de pouffer, les draps fermement tenus entre ses paumes. Il inclina la tête en avant, incitant le vendeur de tissu à exécuter sa menace. Niger était certain que Kaeso n’écouterait pas la plainte de l’homme, ou alors il l’entendrait et féliciterait son affranchi. Son sourire en était devenu presque moqueur, et il reprit son pas vers le centre de la Rue de l’Abondance, Milo toujours derrière lui. Une fois un peu éloigné de la boutique qu’ils venaient presque de voler, Niger tenta de s’expliquer :

« Est-ce que tu es un peu curieux, Milo ? Parce que c’est ça, qu’il te faudra, si tu veux bien bosser à la taverne : de la curiosité. Il faut avoir les oreilles et les yeux qui traînent, et je te le garantis, tu réussiras aisément. Grâce à ça, j’ai par exemple appris que notre cher vendeur de tissus aimait particulièrement, disons, gracier le cul de ses moutons de son propre membre, si tu vois ce que je veux dire… Il est venu un jour à la taverne, et après quelques verres, il a m’a murmuré ce secret à l’oreille. Apparemment, il ne tient pas à ce que tout Pompéi soit au courant, ce que je peux comprendre, et ce qui me ravit : j’offre grâce à cela de magnifiques draps immaculés à nos très chères louves ! Et tu sais ce que c’est que le mieux, dans cette histoire, Milo ? C’est que Lateranus reviendra à la taverne. On sait aussi fidéliser la clientèle, et outre les moutons, notre très cher plébéien a aussi sa louve préférée… Je sais que je le verrai jeudi, comme toutes les semaines, et je sais même quel plat il te commandera. Je le connais, il me connaît, et pourtant, il revient, encore et toujours. Il nous aime, Milo, il nous aime ! N’est-ce pas fantastique ? »

Niger souriait sincèrement. Pour lui, c’était la belle vie. Connaître tous les potins de Pompéi, savoir les secrets les plus sombres de ses voisins, il s’en délectait. Il n’avait aucun remord à user de cela contre eux, et s’arrangerait toujours pour qu’on ne puisse rien user contre lui. Contrairement à ces idiots, jamais il ne lui viendrait à l’idée de murmurer d’étranges penchants sexuels à l’oreille d’un tavernier : quelle stupidité ! Particulièrement quand le tavernier en question est un Ausonius.



©️ charney


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- Comment suis-je censé apporter une bourse pleine tous les soirs? Mon rôle est de travailler dans ses cuisines... Je veux dire, comment récolter des pièces dans un tel lieu? Mendier directement auprès des clients du maître même? Pourtant ce qu'ils paient vont déjà dans les poches du maître.

Sans surprise, Milo ne comprit pas immédiatement les dires de Niger. Il était encore dans l'optique de n'être qu'un petit esclave destiné à servir de bons petits plats chauds à ses clients, à sa personne, à sa petite famille et à ses employés. En somme, il ne s'imaginait pas un instant faire autre chose.

- Oh! Remplir les bourses, c'est-à-dire travailler pour les autres? Par exemple servir de cuisiner à de riches patriciens ou de serveurs le temps de grandes soirées?

Sa naïveté et stupidité devaient vraiment exaspérer ou choquer Niger cependant, à qui la faute? Kerta l'avait vendu à la campagne, son mentor l'avait tenu éloigné de toutes les intrigues des maîtresses et avait éduqué l'enfant dans une grande moralité. Une moralité qui jurait beaucoup avec le milieu Pompei et cette époque antique, il faut l'avouer.

- Isis... ?

A nouveau, son mentor n'avait pas pris la peine de lui apprendre les divinités égyptiennes. A ses yeux, l'apprentissage des divinités romaines était amplement suffisant. Quant aux autres esclaves, peu parler réellement religion, fatigué et harassé de travailler la terre en journée.

- Ne pas payer? Comment peut-on obtenir quoi que ce soit sans payer dans cette ville? A la campagne, nous pouvons compter sur la générosité de certains maîtres mais ici, je n'ai guère l'impression que la générosité existe.

Il n'avait jamais vu autant de pauvres hommes et femmes dans les rues ou encore d'enfants mendiants. De ce point de vue là, dans la campagne, chacun avait son travail - ingrat ou pas - et peu avait le loisir de rester assis et mendier toute la journée. Il ne manquait jamais de travail dans la campagne et à priori, il n'en manquait guère en ville. Cependant, pourquoi tant de pauvres et de déchéances alors?

Déchéance, voilà un mot dont il ne voyait pas toute l'ampleur. Un mot qui allait définitivement prendre toute sa signification au fil de la journée, en commençant par le vendeur de draps. L'unique fils de Kerta écoutait attentivement les dires de Niger, prêt à entendre quelques paroles d'excuse sur un éventuel manque d'argent, et du vendeur, qui répondrait donc avec empathie. Cependant, rien de ce qu'il avait imaginé ne s'était passé.

Certes, Niger avait bien commencé en indiquant à ce Lateranus qu'il n'avait pas d'argents - alors qu'il en avait, Milo était sûr d'avoir vu une bourse bien remplie !- et enchaîna immédiatement sur une véritable négociation où il se posait en situation de force. Au fur et à mesure qu'il avait parlé, le visage morne et peu heureux du commerçant devint vert puis rouge. Milo avait observé ce changement facial avec stupéfaction, étonné qu'un humain puisse adopter autant de couleurs.

Ils finirent par quitter la boutique. Avec les draps propres. Aussitôt après, Niger expliqua la situation, l'objet du chantage et tant d'autres choses.

- Gracier le cul des moutons... avec son membre? Et ... venir auprès d'une "louve"?

Le visage du petit Milo était interrogateur. Le jeune homme n'imaginait pas un instant qu'un homme puisse s'accoupler avec un animal. A ses yeux, c'était seulement un homme et une femme et absolument rien d'autre. Autant dire qu'il tentait de comprendre naïvement ce que Niger sous-entendait par "membre".

- Je ne comprends pas, conclut-il. Je veux dire... il semblerait que le membre... s'accoupler avec quelqu'un. Mais c'est impossible avec un animal... n'est-ce pas?

Milo ou l'art de montrer qu'il était encore un jeune homme ignorant de ce monde, et d'une grande partie de son corps ou de celui des autres. Il y avait définitivement du travail, beaucoup même. Niger saura-t-il se montrer patient?

Toujours est-il qu'il avait rendu le petit curieux.

- Donc...il suffit d'entendre? Une fois entendu, on peut très bien le garder pour soit ou non, l'utiliser comme monnaie d'échange ou non? N'est-ce pas... indiscret comme acte? demanda-t-il timidement.
Empire
Dim 23 Nov - 1:19
Re: « Nourissez les louveteaux pour qu'un jour ils vous mangent » || Milo & Niger   




Ausonius Niger
₪ Arrivée à Pompéi : 18/10/2013
₪ Ecrits : 3206
₪ Sesterces : 404
₪ Âge : 21 ans
₪ Fonction & Métier : Au service de Kaeso Ausonius Faustus. Voleur à ses heures perdues, vacant entre une auberge et un lupanar.

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation:
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Plusieurs femmes l'habitent, mais une seule a su le kidnapper.
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Milo & Niger
« Gracier le cul des moutons... avec son membre? Et ... venir auprès d'une "louve"? »

Définitivement, il fallait tout lui apprendre, à ce gosse, des relations charnelles au boulot de sa génitrice – soit dit en passant, ces deux sujets ne font souvent qu’un. Néanmoins, il paraissait curieux, et volontaire. Niger se félicitait d’avoir réussi à attiser cette fameuse curiosité ; en même temps, rien de bien étonnant, à dix-sept ans on aime bien tout ce qui se rapporte à ces thèmes-là. Il faudrait néanmoins qu’il explicite, sinon Milo allait s’imaginer que le pauvre homme s’était amusé à aller gâter le cul de la femelle du loup dans le Lupanar de Faustus, et là, ça n’irait plus. Bien trop crédule, en même temps, cet enfant. A croire qu’il avait été élevé sur une terre déserte et éloignée de toute perversion… Niger ne s’imaginait pas une seconde que ça puisse être l’inverse : lui qui aurait grandi sur une terre bien trop pervertie, communément appelée Pompéi, plus précisément « Taverne De Kaeso Ausonius Faustus ».

« Je ne comprends pas, je veux dire... il semblerait que le membre... s'accoupler avec quelqu'un. Mais c'est impossible avec un animal... n'est-ce pas ? »

Niger éclata de rire. Ce n’était pas moqueur – enfin, un peu, mais ce n’était pas le principal – c’était un rire franc devant tant d’innocence de la part du blond. Ils continuaient d’avancer au sein de Pompéi, s’enfonçant dans la foule, et alors que Niger croisait le regard de certains hommes, il associait à leur image toutes les informations qu’il avait sur eux. Leur vin favori, leur bouffe haïe, la louve pour laquelle ils dépenseraient le plus de sesterces. C’était étonnant de se rendre compte quelle proportion d’hommes Pompéiens s’étaient rendus au moins une fois dans le Lupanar Faustus ; pour les autres, ils étaient certainement allé dans le Lupanar de Julia Felix, ou encore chez ses courtisanes. Le niveau de débauche de cette cité atteignait des plafonds immesurables, et c’était étonnant que Milo ne s’en rende pas compte. Son innocence était belle, mais elle n’était pas intouchable. Petit à petit, avec ou sans l’intervention de Niger, elle serait entachée. Valait mieux qu’il soit prévenu dès maintenant de ce dont il pourrait être témoin.

« Tu ne peux pas savoir combien de moyens différents les hommes ont pour pouvoir se satisfaire, Milo … Pour certain, gracier le cul d’un mouton ou celui d’une louve, c’est du pareil au même. Et quand je dis louve, je ne parle pas de celle qui a élevé les fondateurs de notre Patrie, Remus et Romulus, la femelle du loup. Je parle de celle qui, comme ta mère, écarte les cuisses contre de l’argent. Ne t’es-tu jamais demandé pourquoi on appelle le bordel un ‘lupanar’ ? »

Il était au courant, au moins ? Quelqu’un avait pris la peine de lui dire que sa mère était une prostituée ? Niger finissait par en douter, peut-être qu’on avait tenté de le préserver … C’était stupide, en tout cas, et ce n’était pas lui qui allait le lui cacher. Peut-être n’était-ce pas le meilleur moyen de lui plaire, mais ce n’était pas son but ; il n’était pas là pour le brosser dans le sens du poil, mais plutôt pour l’éduquer aux manières de faire des commerces Faustus. Ça passait par le confronter à ce qu’il se passait sous ses yeux.

« Donc...il suffit d'entendre? Une fois entendu, on peut très bien le garder pour soit ou non, l'utiliser comme monnaie d'échange ou non? N'est-ce pas... indiscret comme acte? »

Futé, le gosse. Oh, pour l’instant il n’osait pas ne serait-ce que songer à utiliser les informations qu’il récolterait, mais ça viendrait. Bientôt, il serait un Ausonius, bien digne de sa mère, qui était une des plus fières représentantes de cette maison, quoi qu’elle puisse en dire.
Niger tira par le bras le jeune Milo, vers une rue moins fréquentée du Quartier de l’Abondance. Il y avait un autre endroit où ils devaient se rendre.

« Tu sais, Milo, tu as deux moyens de survivre chez Faustus. Le premier, c’est de rester dans l’ombre des autres. Certes, tu ne te mouilleras pas, tu seras très discret, mais ce n’est pas ce que le maître préfère ; tu encours le risque d’être sa cible préférée, même. Peut-être que le fait que tu sois le fils de Kerta te protégera un moment, mais je doute que ça dure. Puis, le second moyen, c’est de te créer ta propre lumière. Kaeso a l’air avare, Milo, il l’est, même, la plupart du temps. Mais il a m’a offert ma liberté, n’est-ce pas l’acte d’un homme généreux ? Alors oui, tu devras être indiscret, tu devras tendre l’oreille et rapporter ce que tu penses être pertinent au maître. Peut-être pas toute suite, mais tu finiras même par savoir exactement comment utiliser chacune de ces informations. »

Niger ralentit sa marche quelques instants. Il tourna le visage vers le jeune Gaulois, et ajouta finalement :

« Alors Milo, qu’est-ce que ça sera ? L’Ombre ou la Lumière ? »

Ironique, de la part d’un jeune affranchi qui s’appelle Niger – le Noir.

© charney



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