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 INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore



POMPEII, TERRA DEORUM ₪ :: Ludi :: Archives RPs
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Empire
Jeu 21 Aoû - 14:52
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Ausonius Niger
₪ Arrivée à Pompéi : 18/10/2013
₪ Ecrits : 3202
₪ Sesterces : 400
₪ Âge : 21 ans
₪ Fonction & Métier : Au service de Kaeso Ausonius Faustus. Voleur à ses heures perdues, vacant entre une auberge et un lupanar.

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₪ Côté Coeur: Plusieurs femmes l'habitent, mais une seule a su le kidnapper.
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Le banquet de Flore
Niger avait le mérite de pouvoir dire que le grand gladiateur Priam était son ami. Bon, peut-être n’était-ce pas exactement le cas, après tout ils se connaissaient vraiment depuis peu, mais c’était le genre de chose dont l’affranchi aimait se vanter, même si ce n’était pas vrai. Néanmoins, ça ne serait difficile pour personne d’y croire, n’est-ce pas ? Ils étaient assis ensemble aux fêtes de Flore, partageaient la nourriture, encore un peu et ils buvaient dans le même pichet. Digne de vrais amis ! Pourtant, Niger n’en profitait pas comme il en aurait profité en temps normal. Il ne se sentait pas si bien que ça, comme si, à nouveau, il avait bu trop d’alcool. Pourtant, ce n’était pas le cas, il en était certain. A peine quelques verres de vin, il était loin de son compte habituel pour ce genre de fête, mais sa tête tournait, quelque chose semblait vouloir marteler son crâne, bref, ça n’allait pas. Bien sûr, il ne dit rien, faisait semblant que tout allait ; il se sentait malgré tout glisser vers un terrain sur lequel il n’était jamais allé…

***

Priam semblait contrarié. Il regardait ses bras, caressait ses poils d’un doigté léger. Niger se sentait oppressé, comme si quelqu’un le regardait. Il ne cessait de lancer des regards furtifs derrière lui, tentant de se rassurer. Il finit par se claquer l’arrière du crâne, pensant qu’une bête était en train de le piquer et que cette piqure pouvait le tuer – ce qui n’était évidemment pas le cas. Pour une fois, il se taisait, trop préoccupé par tous ces gens qui le regardaient et ces insectes qui tentaient de le tuer. Il fut coupé dans sa recherche d’un coupable par la voix d’un Priam efféminé :

« Salut à toi, bel éphèbe… Voudrais-tu faire préparer un bain au lait d’ânesse à la divine Venus? »

Par Isis, ou plutôt par Venus, était-ce seulement possible ? Venait-il de dire qu’il était Venus ?! Venus, dans le corps de Priam ? Pourquoi choisir cet humain à habiter, alors qu’il y en avait tant d’autres, particulièrement de l’autre sexe ?! Que lui voulait cette Venus descendue de l’Olympe pour habiter le corps d’un grand combattant ? Et quelle était cette demande, pourquoi lui préparerait-il un bain ? Et comment était-il supposer trouver du lait d’ânesse ?! Tout cela était un piège, certainement ! Venus voulait l’isoler pour mieux pouvoir l’attaquer, et peut-être avait-elle cru qu’il serait impossible de battre l’affranchi qu’il était dans un corps féminin ! Néanmoins, dans celui de Priam, c’était bien plus simple, n’est-ce pas ? Ah, par Isis, que cette déesse était intelligente, elle cachait bien ses talents ! Qui disait que Minerve était la plus intelligente, hein ? Venus était bien plus machiavélique, c’était certain ! Vouloir faire du mal au pauvre tavernier qu’il était, mais pourquoi ?!
Et voilà que la déesse en rajoutait une couche en passant la main sur le torse de Niger, espérant certainement mieux l’attirer dans ses filets par cette technique. Elle ajoute même :

« Tu pourras m’y rejoindre si tu veux… »

L’y rejoindre ?! Mais qu’était-ce que cette demande encore plus farfelue ? C’est pour mieux te noyer, mon enfant ! Mais bien sûr, c’était cela !! Elle profiterait de ce bain pour le noyer ! Néanmoins, comment refuser quoi que ce soit à une déesse ?! Par Isis, il était bloqué ! Soit il lui préparait un bain, l’y rejoignait et elle le noyait, soit il refusait et elle abattait sa colère divine sur lui ! Ô, par tous les dieux, comment se sortir de ce merdier ? Et puis bon, peut-être que prendre un bain avec Venus dans le corps de, mettons, … Licinia Domitia, ne devait pas être si désagréable. Néanmoins, prendre un bain avec Priam, cet homme velu et inélégant ? Quelle horreur, c’était trop, même pour l’enfant élevé par des louves qu’il était !  Et où trouver un bain ? Ah ! C’était comme ça qu’il gagnerait du temps ! Aux fêtes de Flore, pas de baignoire ! Il pourrait faire semblant d’aller chercher de quoi en fabriquer une, et en profiter pour s’enfuir aux fin fonds de la Campanie ! Peut-être pourrait-il trouver celui qu’on appelait « le fils de l’Etna », et l’accompagner dans sa mission de piller les plus grands patriciens de l’Empire. Avec un nom pareil, il ne pouvait qu’être descendant des dieux, et quoi de mieux pour se protéger de la Colère Divine ?

Malheureusement, son plan tomba à l’eau à la seconde où il entendit la voix de Jupiter derrière lui. Jupiter avait choisi d’habiter le corps de son meilleur ami, Numerius ! Par Isis, il était encerclé de dieux ! Tous venaient pour l’attaquer ! Qu’il était malin, ce Jupiter ! Se mettre dans le corps de son meilleur ami pour avoir sa confiance ! Ah, mais ils ne l’auraient pas, ces dieux ! Il savait quels étaient leurs plans, ils voulaient le tuer, le pendre, ce furcifer qu’il était ! Mais il ne se laisserait pas faire, un Ausonius ne laissait pas tomber sans avoir essayé de se battre. Il s’éloigna alors un peu de Venus, et bluffa, l’air presque séducteur :

« Ô grande Vénus, regardez qui je vois-là, c’est votre frère, le grand Jupiter ! Profitez ensemble de votre présence sur Terre, ne vous embarrassez pas du pauvre mortel que je suis, aussi bel éphèbe que je sois ! »

S’autocomplimenter au passage : fait ! Il se tourna alors vers Jupiter, auquel était étrangement collé sa sœur. Par Isis, voulait-il la tuer, elle aussi ?! Le frère et la sœur, pris en otages par les plus grands dieux de l’Olympe, pour leurs multiples péchés. Jupiter avait-il été envoyé par Junon, énervée que cette petite louve ait osé tomber enceinte en dehors du mariage ?  Mais qu’avaient-ils fait pour mériter cela ? Lucia semblait en plus ne pas se rendre compte de la supercherie, elle ne voyait pas que Jupiter ne lui voulait que du mal ! Elle lui tournait plutôt autour comme une chatte en chaleur, par Isis, mais quelle horreur, il l’avait ensorcelée ! Niger accouru chercher sa sœur pour l’arracher aux bras de Jupiter, ou presque, et fit :

« Ô grand et bon Jupiter, vous n’êtes plus seul dieu sur cette Terre remplie de mortels, votre sœur est là ! La pauvre s’ennuie, allez vous entretenir avec elle, elle vous attend ! »

Ah ! Qui a dit que Kerta était la meilleure entremetteuse, hein ?
 
© charney

 


Brother & Sister
Lucia et Niger
Jeu 21 Aoû - 20:02
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




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Invité

le banquet de flore

Affectez du moins l'apparence de la vertu.
.


Mes doigts parcourent avec tendresse la joue de ma fille endormie. A 22 mois, Cara est encore dans l’âge où rien ni personne ne semble pouvoir la tirer de son sommeil profond, même pas les bruits de la rue qui, aujourd’hui, ne sont que trop audibles dans sa chambre. Pompéi fête les Floralies et le fait savoir, et moi aussi je ne vais pas tarder à rejoindre les festivités, mais pour le moment, je suis bien incapable de détourner le regard de mon petit ange. Ce n’est finalement que lorsque la voix d’une esclave, à peine plus fort qu’un murmure, se fait entendre : « Domina, votre époux vous attend dans l’atrium. » Un soupire à peine audible s’échappe de mes lèvres. « Dis-lui que j’arrive. » Derrière moi, j’entends les pas de l’esclave s’éloigner, et, après que mes lèvres aient pour la dernière fois effleurées le front de ma fille, je finis par quitter la pièce. Il est temps de mettre de côté mon rôle de mère pour endosser celui d’épouse. « Je vous demande pardon de vous avoir fait attendre. » Un sourire timide est dessiné sur mon visage lorsque j’ai enfin rejoint l’atrium et fais face à mon époux. Lui qui a tant l’habitude de sous-estimer les femmes ne voit en moi qu’une petite sotte semblable à sa dernière épouse… plus belle et plus jeune certainement, mais pas dotée de plus d’intelligence. Et jamais je n’ai tenté de le contredire sur ce point, ou encore de lui faire remarquer qu’il n’est pas mariée à n’importe quelle femme, mais bien à une Vettia. Non, qu’il me croie ignorante, s’il le désire, ainsi ma soi-disant sottise cachera mes véritables intentions. Le regard de mon époux s’illumine au fur et à mesure qu’il parcourt mon corps. Mon apparence semble être à son goût. Ma stola bleu azure richement ornée est parfaitement accordée à la couleur de mes yeux, mes bijoux capables de faire pâlir plus d’une personne d’envie. Je ne suis peut-être pas née patricienne, mais je n’ai pas grand-chose à leur envier, si ce n’est le fait qu’elles peuvent s’élever bien plus que moi. Et je n’ai pas besoin de la confirmation de mon époux pour savoir que mon apparence aujourd’hui fait honneur aux miens. « Allons-y. Nous avons déjà que trop tardés. » Sur ces mots, les portes de la villa s’ouvrirent, et ensemble nous en tardons pas à nous mêler à  la foule qui arpente les rues en grand nombre et nous laisser entraîner par elle en direction des festivités.

₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪ ₪

Entourée de rires et de discussions joyeuses, je me laisse bercer par les doux sons qui proviennent de la lyre de Merula. Une fois de plus, le talent de mon protégé me fait oublier le temps, et je suis bien incapable de dire combien de temps je suis restée assise ici. A en juger de par ma coupe qui est désormais presque vide, pas mal de temps. Assise légèrement à l'écart de l'assemblée en compagnie de quelques plébéiennes, je me contente de la place d'observatrice. Près de nous se tient notre duumvir, dans ce qui semble une discussion joyeuse avec le legatus Murena. Qui aurait cru quelques mois auparavant qu'il existerait une telle entente entre leurs deux familles ? Pas moi en tout cas, et je suis persuadée que mon oncle n'y croyait pas non plus. Ce dernier se trouve d'ailleurs un peu plus loin, en vive discussion avec un autre membre de sa guilde. Même les fêtes de Flore ne semblent pas l'empêcher de s'occuper des affaires. Le seul qui manque au tableau est mon époux qui semble s'être éclipsé de la fête, sans doute pour se livrer à un de ses passe-temps favoris. Après tout, il ne manque pas de catins à cette fête, ce qui a ses yeux doit certainement être un avant-goût des champs Elysée. Soudainement, je me crispe lorsque mon regard se pose sur un autre visage familier. Lui. Les dieux se jouent-ils donc de nous pour que nos chemins se recroisent de la sorte ? Comme s'il vient de sentir qu'on l'observe, il tourne la tête. Le bref instant où nos regards se croisent suffit pour me faire monter le rouge aux joues. L'après-midi au bord du Vésuve, et le souvenir de l'ivresse qu'avaient provoquées ses lèvres sur les miennes, tous ces souvenirs que j'ai tenté si ce n'est d'oublier au moins à les enfermer au plus profond de mon esprit, me revienne et rapidement, je détourne la tête, honteuse. Moi, une femme de la gens Vettia, m'était fait avoir par un simple esclave ! Et même deux années plus tard, je ne sais toujours pas si j'en voulais plus à lui pour m'avoir menti, ou à moi pour avoir été assez naïve pour me laisser charmer par un beau visage et des paroles agréables. Tentant de ne plus y penser, je vidais ma coupe d'un seul trait, avant de la faire re-remplir, me concentrant de nouveau sur la musique de mon protégé et la discussion de mes amies qui ne semblent heureusement pas s'être aperçues de mon petit moment d'absence.

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J’ai à moitié vidé ma deuxième coupe de vin de la soirée lorsqu’une voix masculine attire mon attention. « -Oh noble Apollon descendu parmi nous que tu inondes de lumière, je suis ton humble serviteur. » Le Dieu de l’Art serait-il donc parmi nous ? Curieuse, je me redresse, cherchant qui a invoqué le plus beau des Dieux. Mon regard finit par se poser par le tandem harmonieux et pourtant si étrange que forment Publicola et me nouvel édil de Pompéi. Le dieu de la musique se serait-il donc mêlé à nous sous la forme de celui communément surnommé l’ami du peuple ? Je ressens une légère impression d’ivresse lorsque prise d’une impulsion soudaine je me lève et m’empare de la lyre de Merula, bien déterminée à honorer moi aussi ce Dieu que je vénère tant. M’asseyant sur une table un peu plus, je pince doucement quelques cordes, faisant retentir des notes des plus pures. Un sourire se dessine sur mes lèvres alors que j’entame un des airs que Merula à souvent joué pour moi. Mes doigts parcourent les cordes avec une délicatesse digne d'Apollon en personne. Jamais n'a-t-on entendus des sons aussi doux, aussi pures. Et bientôt le regard des Dieux de la Musique se posera sur moi, lui qui est le seul spectateur digne d'une telle prestation. Toujours dans le but d'honorer le Dieu de la Musique, je me mis à chanter, avec une voix aussi mélodieuse et cristalline qu'elle aurait fait pâlir Echo de jalousie.

Je viens de finir la deuxième strophe lorsqu'une voix s'élève, gâchant ma représentation. D'un air mi-boudeur, mi-outré, je finis par reposer la lyre : il était tout simplement hors de question qu'une artiste comme moi ne joue dans de telles conditions . A présent, il est impossible d'ignorer les rires provenant d'une table voisine, ni l'homme qui se tenait au centre du groupe, parlant haut et fort. Lui. Encore. Mais voilà sans doute rien d'étonnant. Comment un simple esclave pourrait-il être en mesure d'apprécier la musique digne des Dieux ? Sans vraiment réfléchir, je m'approche de lui, bien décidé à lui faire payer cet outrage. « Toi. L'esclave. N'as tu donc pas honte d'interrompre une telle représentation ?»  A peine ai-je prononcé ces mots que mes yeux s'écarquillent. Que me prenait-il donc pour me comporter de la sorte ?
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Patricien
Ven 22 Aoû - 11:39
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Lucius Pompeius Publicola
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₪ Fonction & Métier : Duumvir

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Le dernier sursaut de conscience que j'aurai ce fameux soir me dit que je risque de perdre quelques doigts dans l'aventure. D'où me vient cette irrépressible envie d'aller tâter la ceinture de mon pire ennemi ? S'il dégaine son glaive et me tranche les phalanges, je ne pourrai honnêtement pas prétendre que je ne l'ai pas cherché. Puis soudain, tout cela n'a aucune importance, ce qu'il faut savoir, c'est où est passé mon glaive d'apparat. Ma voix tonne, ou plutôt tonitrue, tandis que j'harangue voisins de tables, souriants ou fourbes. Ils me semblent tous cacher quelque chose et ce quelque chose, c'est ce glaive. Je l'ai hérité de mon père, les pierres précieuses noient sa garde déjà bien chargée en or. En bref, c'est une pièce de bon goût dont chacun voudrait s'emparer, c'est certain. Je compte alors me remettre en quête de l'objet de mon coeur quand, sans perdre ni phalanges ni mains au passage, Caius m'a asséné un coup sec, du genre précepteur austère en colère. Je hausse les épaules et mon interlocuteur semble tomber littéralement à la renverse. Je le dévisage un instant : ça y est ? Est-il mort enfin ? Mais non, le voilà qui se prosterne, comme je ne l'ai jamais vu se prosterner et si j'ai rêvé cette scène un paquet de fois, je dois l'avouer, je ne m'attends pas à sa tirade.

Apollon ?! Je jette nerveusement un coup d'oeil derrière mon épaule, car si Apollon est descendu parmi nous, la génuflexion obligatoire que j'aurai à effectuer me permettra de me remettre en quête de mon glaive d'apparat, ce qui, comme chacun sait, est un peu la quête universelle de tout homme en ce bas monde. Mais non, pas de dieu à l'horizon et Caius semble bel et bien s'adresser à moi. Je saute aussitôt sur l'occasion car on m'a appris depuis tout petit à ne pas contrarier les fous. Et puis je ne vais quand même pas le contredire quand il reconnait enfin l'évidence : je suis en effet l'égal d'un dieu et je suis aussi beau qu'Apollon, cela va sans dire !

- Voilà de bien douces paroles à mon oreille, mortel, et tu peux m'être agréable, en effet. Plutôt que mon char, mets-toi aussitôt en quête de mon glaive d'apparat, que j'ai égaré par mégarde et surtout ouvre l'oeil : les fourbes sont partout et c'est un objet de grand prix.

Je lui tapote l'épaule, comme si je lui accordais ma bénédiction suprême, me prenant au rôle avec plus d'aisance que je n'aurais cru. Ce n'est pas bien d'usurper l'identité des dieux, mais quand il s'agit d'une affaire d'état comme celle qui m'occupe, rien ne peut m'arrêter !
C'est sous une musique assortie d'une voix féminine que je me remets à l'assaut du sol, digne d'un cerbère à une tête se prenant pour un chien de chasse et cheminant à quatre pattes sous la table, ce qui n'est guère digne de mon illustre grandeur, je cherche l'objet de mon tourment actuel. A-t-on jamais vu Apollon en pareille posture ? Je crois me souvenir que ma soeur Artemis... hum... comment s'appelle-t-elle déjà, Praedita, m'a jadis fait chercher partout un petit objet dans le jardin et que j'ai dû passer chaque caillou bordant nos champs d'oliviers au peigne fin.

- Ah te voici donc Artemis, Prae... Octavia ?

Je cligne des yeux un instant, peinant à comprendre qu'Octavia m'agrippe comme si j'étais son seul secours et elle me parle d'assassin, de meurtre, complètement affolée. Je manque de lui conseiller d'aller quérir l'aide de Mars, qui s'y connait un peu mieux en manoeuvre guerrière que moi après tout, quand je comprends soudain le complot : l'assassin a dû voler mon glaive d'apparat pour tuer Octavia, c'est donc cela ! Je lui réponds, avec toute l'assurance du dieu des arts descendue sur mes épaules en cette soirée :

- Octavia, l'heure est grave, car l'assassin a en sa possession une arme des plus précieuses et il compte s'en servir ! Ouvre l'oeil et le bon, c'est un glaive d'apparat, vraiment beau vois-tu, avec des pierreries incrustées...

Et me voilà l'inondant de moult détails que seul l'oeil amoureux peut discerner, avant de passer mon chemin, de lui dire de faire attention, que Mars ne doit pas être loin ou qu'au pire, elle peut se tourner vers Jupiter, dont on entend au loin la voix tonner sur la fête de Flore, à quatre pattes. Soudain, je sors de mon antre pour me retrouver auprès de Vettia, toujours armée de sa lyre, dont la chanson semble être à mon honneur. Oh mais c'est trop demoiselle, je vous ai connue plus farouche lorsque je venais régler des affaires avec votre oncle manquais-je de lui dire. Mais je ne peux malgré tout que la remercier d'un sourire des plus enjôleurs quand soudain, elle s'interrompt et alors qu'elle s'adresse à je ne sais qui, j'ajoute :

- Dis-moi, Terpsichore - car c'est sûrement elle, cela tombe sous le sens - ne pourrais-tu pas entonner ton fameux chant, qui t'a rendue célèbre de par le monde, sur la quête du glaive d'apparat ? Cela pourrait fort m'aider dans mes recherches...

Et je continue à l'adresse de l'importun :

- Comment oses-tu il est vrai interrompre une telle musique qui aurait pu enfin me dévoiler l'endroit où git l'objet de tout mon amour ?



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Ven 22 Aoû - 11:42
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




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Invité



    Avoir une soeur comme Epidia Tullia Ravilla était une chance; Caeso Epidius Statius en était parfaitement conscient. Grâce à cette douce présence dans sa vie, le jeune homme avait repris confiance en lui. Enfant, Caeso en manquait cruellement, de confiance. En effet, il avait été souvent moqué à la fois par son père et son frère qu'il avait fini par croire qu'effectivement, il ne valait pas mieux que ce qu'on disait de lui. Epidia avait participé gentiment à son renouveau. Tel un phénix, le jeune homme avait peu à peu appris à nouveau à croire en ses voeux de bonheur et d'ambitions. Sa soeur, de fait, avait eu beaucoup à souffrir, elle aussi. Bien malheureusement … Caeso Epidius Statius regrettait de ne pas avoir su la protéger mieux que cela, car il sentait bien que sa soeur aînée avait du passer au-dessus de circonstances tristes et désolantes.

    L'amener au Banquet de Flore avait pour but de l'amener à dépasser certaines choses mais également de la soutenir devant cette fête qu'elle n'appréciait que très moyennement. Caeso serait là pour elle, toujours. Tout comme il pensait que Epidia Tullia Ravilla serait là pour lui, dans les semaines, mois et années à venir. Il avait confiance en elle et savait qu'elle allait lui ouvrir des portes. Notamment avec Lucretia Ilithyia, l'aide de Epidia Tullia Ravilla était tout à fait bienvenue et le resterait... Caeso devrait agir stratégiquement.
    Une coupe à la main, Caeso Epidius Statius observait autour de lui la fête qui battait son plein. Les maîtres de la Cité n'avaient pas hésité à en mettre plein la vue de tous ses participants. Caeso appréciait réellement ce qui avait été organisé, mais cela ne lui ferait pas oublier non plus la réalité de la vie à Pompei. Le tremblement de terres n'avait pas arrangé grand-chose au niveau de vie des citoyens. Pis, même, cela avait causé des dégâts qui ne seraient pas réparés totalement avant longtemps, même avec la largesse des Pompeii ou des Licinii. Certes, Caeso avait vu passer la soeur de Caïus Murena mais cette femme n'avait envoyé que de la poudre aux yeux, la plupart du temps. Une petite bourse d'argent et rien derrière … Lui ne se laissait pas prendre aux délices cachés dans les yeux de la jolie rouquine, toute patricienne qu'elle soit.

    Soudainement, un homme se mit à débiter des phrases qui n'avaient que peu de sens. A ses côtés, Epidia Tullia Ravilla semblait totalement effrayée par un homme qui se prenait visiblement pour Jupiter. Sa soeur semblait totalement fascinée par les sandales de cet homme-dieu. Elle ne paraissait pas loin de paniquer et si elle s'exprimait à voix basse, cela n'empêchait pas de voir qu'elle n'était pas loin de se laisser effrayer. Le jeune homme ne savait que lui répondre. Car lui aussi, soudainement, se sentait toute chose. Non point paniqué ou inquiet. Mais tout autre chose.

    Caeso Epidius Statius se sentait soudainement pris d'une émotion nouvelle. Il regardait sa jolie soeur, un léger sourire aux lèvres, béat. Il n'écoutait plus ce qu'elle disait, ne prêtait plus attention à qui que ce soit d'autre. Prenant la main de sa soeur entre ses deux paumes, Caeso mit un genou à terre. Avec douceur, il se mit à parler à Tullia Ravilla. “-Comme tu es belle ma soeur. Les Dieux t'ont créé à l'image de leur perfection, le sais-tu ?” Au bord des larmes, le jeune homme se sentait terriblement ému par la beauté de sa soeur. Pourquoi ne s'en était-il jamais rendu compte auparavant ? “-T'ais-je déjà dit combien tu comptes pour moi ?” Les larmes ne coulaient pas encore mais le jeune homme n'en était pas loin, en vérité. Quelle beauté faite femme!

Arene
Ven 22 Aoû - 14:28
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Ulysse
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₪ Citation: La dignité une fois perdue ne se récupère jamais.
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₪ Côté Coeur: Tout va bien, merci.
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Mes doigts parcourent la chevelure de Rosalina, la louve de la Félix. Ses cheveux soyeux détiennent en eux le pouvoir d’un monde enivré… Et je sens mes phalanges se faire plus pressantes sur son crâne à mesure que le fat qui se trouve devant moi la complimente de paroles grasses...

« Je t’ai trouvé toute à ton avantage tout à l’heure dans l’arène, un bien ravissant spectacle… Tes tarifs ont quelque peu augmenté depuis la dernière fois non ? »

Je grogne, Priam et moi seront donc toujours en compétition -si tant est que l’on peut être en compétition pour quelque chose qu’on paye-  et je ne suis pas le seul ce soir à considérer la louve comme une déesse tombée du ciel. Un basané, à la barbe juvénile, la regarde aussi avec des yeux friands de désirs… Je le reconnais c’est le frère de Lucia, mon autre louve de choix, moins chère mais tout aussi copieuse.

« Où est ta soeur le plébéien qu’on s’amuse un peu ce soir? »

Mon visage se fend d’un sourire, ce soir je savoure ma liberté! Trop longtemps j’ai été privé du parfum charnel : il me faut me remettre dans la course à défaut de voir mon endurance se détériorer! Le vin coule à flot et ce soir, je suis à nouveau un homme libre pour quelques heures! Entre Ulysse et Caeso je suis. Pour cacher cette sensation étrange que mon coeur éprouve : je me désaltère sans vergogne!

Autour de moi, l’image des participants commencent à onduler et leurs actes et paroles paroles ne doivent déjà plus me parvenir car je perçois des choses étranges… Des hommes hurlent d’horreur, des femmes rampent au sol, et les dieux … les dieux sont partout… Devant moi, Priam a troqué sa virilité pour se transformer en une Venus poilue et puant la vinasse.

« Et cette peau rugueuse ? Velue ? Quelle horreur ! C’est encore cette mégère de Junon qui m’a jeté un sort ! J’en parlais l’autre jour avec Minerve, rien d’étonnant à ce que mon frère préfère des nymphes et des mortelles à cette garce mal-baisée… »

Un rictus se forme au coin de ma bouche, il s’oublie! Je me penche vers la belle qui ce soir finira dans mes bras et je lui susurre d’une voix assurée : « tu m’avais caché que notre ex champion était une femme… »

Et tandis que notre nouvelle Venus propose au frère de Lucia -comment il s’appelle ce bougre déjà?! aaaah Niger!-, tandis que notre nouvelle Venus propose à Niger des propositions indécentes, disais-je, j’entends mon rire parcourir notre petit groupe. Ma main vient claquer ses fesses robustes : « allons, ma belle, déhanche nous un peu tout ça, je pousse ses hanches dans un jeu pervers, on veut voir tes courbes se balancer! ». Je fais signe à Rosalina d’encourager mes paroles qui n’ont aucun sens… Le vin doit avoir eu raison de moi pour que je m’abaisse à la stupidité du gladiateur... Je ne peux retenir ce rire incompréhensible qui sort de mon être.

« Toi. L'esclave. N'as tu donc pas honte d'interrompre une telle représentation ? »

Je sursaute et mes yeux se portent sur la voix qui vient d’interrompre ma procédure pour ridiculiser Priam. Je reste pétrifié un instant, trop long, devant la vision qui s’offre à moi. Mes mains se délaissent de la louve, elle. Je la reconnaîtrais entre mille, celle pour qui j’avais agis étrangement voilà plus d’un an maintenant…

« Vett… »

« Comment oses-tu il est vrai interrompre une telle musique qui aurait pu enfin me dévoiler l'endroit où git l'objet de tout mon amour ? »

Ma tête me fait mal, elle tourne et je porte une main à ma tempe gauche qui me lance soudainement. Priam, Vettia, le duumvir… Il était impossible que tous agissent ainsi… Je regarde le sol un instant, je vais vomir, je vais vomir tout ce vin que j’avale depuis des heures. Mais mon coeur ne se soulève pas et je reste là, penché, les mains sur mes genoux. Le monde fou qui m’apparaissait semble soudain être d’un tout autre genre. Naturel, parmi mes semblables je me relève doucement et un sourire vainqueur aux lèvres j’ajoute :

« Mais il est là l’objet où tout gît l’amour. »

Je pointe la belle plébéienne d’une main qui zigzague quelques instants avant de trouver sa cible. Je me sens pousser des ailes, comme si soudain un autre monde se révélait sous mes pieds. Je porte ma main agile sur l’épaule de notre duumvir : « tu seras mon premier spectateur mon brave! »

Un sourire ravageur s’empare de mes lèvres, quelques pas et j’attrape la main de la muse Terpischore. Elle va m’accompagner, tous deux nous allons montrer notre tallent à tout le monde! Je saute agilement sur une tablée -qui tremble un instant sous mon poids-, je hisse la belle à mes côtés : ce soir Pompeii qui nous a tout refusé, est à nous!

« FRERES -oui le monde était soudain très familier, comme si tous ici réunis partagions une même fièvre- POMPEIENS! A défaut d’être Vénus, je la désigne à quelques mètres de moi qui se palabre avec son bel éphèbe les mains baladeuses, oui à défaut d’être cette plantureuse et voluptueuse déesse, je vais vous faire découvrir les personnalités de notre cité à travers un petit jeu. Je regarde Terpischore, joue maestro! »

Une étrange folie s’emparait de moi, une folie débordante, et malgré les doigts de la plébéienne qui n’étaient pas des plus mélodieux, ma bêtise ne s’arrêtait pas, déjà le visage de la victime que j’apprêtais à faire deviner à mes semblables se dessinait à l’horizon. Oh perversité quand tu nous tiens!

Aux joueurs:
 


Ne parie jamais contre moi,
à moins d'envier mon sort.





Récompenses aux Césars:
 
Patricien
Lun 1 Sep - 16:15
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Aulus Caelius Ahenobarbus
₪ Arrivée à Pompéi : 18/06/2014
₪ Ecrits : 589
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₪ Âge : 25 ans
₪ Fonction & Métier : Patricien, en formation pour devenir Flamine

Cogito ergo sum ₪
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Le banquet de Flore
La truffe humide, Ahenobarbus, désormais renard, s’appliquait à lisser ses moustaches de sa main humaine. Puisqu’il n’avait plus barbe, autant profiter de ses moustaches, n’est-ce pas ? Les dieux lui avaient enlevé aujourd’hui la possibilité d’être un homme à la barbe rousse, alors il relativisait, et se disait qu’il pouvait à la place être un excellent renard. Beaucoup disaient que c’était un animal rusé, malicieux, qui vivait un courte mais belle vie. Maintenant qu’il en était à moitié un, il devait apprendre à vivre ainsi. Il n’était pas sûr d’avoir la capacité de chasser pour se nourrir, mais ses frères pourraient certainement lui apprendre. Où étaient-ils d’ailleurs, ces deux-là, et en quel animal avaient-ils été changés ? Certainement en bécasse, ou en cochon ! Oui, cochon, ça leur correspondait bien …
Alors qu’il écumait des yeux l’endroit à la recherche du reste de sa famille, Ahenobarbus … ou plutôt non, ne l’appelons plus Ahenobarbus, il était un renard à présent, appelons-le Vulpes, et reprenons : alors qu’il écumait des yeux l’endroit à la recherche du reste de sa famille, Vulpes sentit quelque chose lui toucher les pieds. Sursautant, et remuant des orteils, il porta son regard perçant sur ses pieds … Par Minerve, une femme lui touchait les sandales ! Enfin une femme, bien sûr elle aussi était une hybride, et pas de n’importe quel animal ! Elle avait une tête de corbeau ! Un corbeau lui picorait les pieds, murmurant de belles paroles sur la qualité du cuir à l’adresse d’un certain Caeso, qui lui avait une tête de crocodile (ou tout du moins, ce qu’il s’imaginait être un crocodile puisqu’il n’en avait jamais vu un de ses propres yeux ; la chose était donc verte, avant une mâchoire puissante et de longues dents, mais le reste était un peu vague). Lui semblait particulièrement ému, agenouillé devant la femme-corbeau, et alors que cette dernière se relevait (enfin, elle arrêtait de lui renifler les pieds !), il tentait de lui murmurer des belles paroles à l’oreille. Des larmes de crocodile menaçaient d’arriver aux coins de ses yeux, pauvre garçon.
Néanmoins, Vulpes n’était pas vraiment préoccupé par ce pleurnicheur parce que la femme au bec noir s’était décidée à lui demander d’où venait le cuir de ses sandales. Il esquissa un mouvement de recul, effrayé par cette femme qui avait visiblement perdu la tête – quasiment littéralement. Peut-être s’en rendait-elle-même compte, puisque son visage se tordit d’horreur à l’ouïe de ses propres mots ; ainsi, il n’était plus seul à la trouver un peu folle. Comment se débarrasser d’elle s’en paraître trop brusque ? A vrai dire, Vulpes était rarement aussi malpoli quand il était Ahenobarbus, jamais il n’aurait tenté de se défaire de la présence d’une femme, mais il avait changé, maintenant ! Il devait apprendre à être rusé et malin, et ce n’était pas en écoutant un corbeau faire tout un fromage de la couleur de ses sandales qu’il allait s’en sortir ! Dominus Vulpes, par la situation énervé, lui tint à peu près ce langage :

« Hé, bonjour, Madame Corva. Que vous êtes jolie ! que vous me semblez belle ! Sans mentir, si votre stature se rapporte à vos chaussures, vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »

Il pointait du doigt ses sandales à elle, espérant qu’elle soit assez distraite par la tirade pour se concentrer sur ses propres calcei, et le laisser en paix. Par Jupiter, voilà que ce nouveau renard venait de recevoir sa première leçon de ruse ! Est-ce que ça allait fonctionner ? Ça devait, parce qu’il avait une mission importante maintenant : il fallait qu’il trouve parmi les invités une chèvre, et la sacrifier aux dieux sur l’autel d’un Temple de la Triade ! N’était-ce pas une bonne idée, pour qu’ils pardonnent aux mortels toutes ces fautes qu’ils avaient commises, et leur rendent leur apparence humaine ?
 
© charney

 


Aulus Caelius Ahenobarbus
Wannabe-Flamine à la barbe d'airain.
Plebe
Ven 5 Sep - 18:42
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Manius Oppius Corvus
₪ Arrivée à Pompéi : 15/06/2014
₪ Ecrits : 386
₪ Sesterces : 2
₪ Âge : 28 ans
₪ Fonction & Métier : Masseur aux thermes

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: C'est la femme qui choisit l'homme qui la choisira.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: j'ai bien trop d'amour pour une seule femme !
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Le Banquet de Flore


Campagne pompéienne ~ Fin avril 725 AUC


Quelle journée ! J'adore les fêtes de Flore...

Pour rien au monde je n'aurais raté cette "pieuse" célébration. Le vin, la bouffe et les putes : toutes mes amours célébrées ensemble ; vingt-quatre heures de débauche pardonnées d'avance et offertes par la ville afin de célébrer notre belle déesse. Si telle est la tradition, je crois être le plus fervent religieux de tout Pompéi en ce jour.

Une douce créature pendue à mon bras, assis sur les gradins de l'amphithéâtre bondé, je crie à pleins poumons en regardant toutes les femmes aux cuisses les plus légères de Pompéi nous donner leur langoureux spectacle. Beaucoup d'entre elles me rappellent des nuits plutôt brûlantes et alcoolisées. J’aperçois Lucia et mes hurlements redoublent comme si elle pouvait distinguer ma voix au milieu de celles des milliers de Pompéien venus "célébrer la déesse Flore" avec moi. Puis, je cherche Kerta et sa longue chevelure blonde. Mais alors que mes yeux scrutent chacune des prostituées, je sens les lèvres de ma compagne d'un jour se poser sensuellement sur mon oreille. Je sursaute et me retourne immédiatement vers elle pour ne la sentir qu'à quelques centimètres de moi, ses yeux ne permettant aucun doute quant à la nature de ses intentions. J'ai un sourire gêné et tente de passer au-dessus de cette sensation d'oppression qui commence à me prendre. Il semblerait que mon baratin de cette nuit ait eu plus d'effet qu'espéré et je ne parviens plus à me défaire de cette fille. Ce n'est pas qu'elle soit particulièrement laide ou affreusement possessive. Mais, simplement, cette journée semble me faire beaucoup trop de promesses pour me cantonnes à une femme dont tous les secrets m'ont déjà été dévoilés cette nuit. Evidemment, je ne prends pas "dévoiler" qu'au sens figuré...

La main de ma compagne vient se glisser dans le col de ma tunique pour venir parcourir mon torse et un frisson désagréable me prend tout le dos. Je ne tiens plus, il faut que je me libère de cette pieuvre qui ne cesse de chercher à m'emprisonner dans ses tentacules. Le défilé des prostituées se termine et je pense ne pas rater grand-chose en m'éclipsant maintenant. Je me lève donc sans attendre, attrapant les bras de cette jeune fille pour m'en libérer et prendre aussitôt une grande inspiration, comme si je respirais enfin après une longue apnée. Les yeux de la belle me regardent avec incompréhension et je me baisse vers elle en essayant de garder un ton des plus avenants.

- Attends-moi là, ma belle, je reviens tout de suite...

- Mais où vas-tu ? me demande-t-elle d'une voix déjà enrouée par l'alcool.

Je me penche alors vers elle et lui murmure en tentant d'être assez convainquant pour qu'elle... me lâche la grappe.

- Faire la seule chose que tu ne sauras jamais faire debout...

J'entends son rire gras de femme éméchée raisonner à mes tympans et sa main attrape ma tunique pour m'attirer à elle. Elle plaque ses lèvres sur les miennes avec gloutonnerie et l'espace d'un instant je me demande même comment j'ai pu trouver cette nuit agréable... Lorsque son étreinte se desserre, je me retire aussitôt alors qu'elle me marmonne de faire vite. Je lui souris alors et me faufile dans le public pour disparaître et surtout ne jamais revenir.

Une fois à la sortie, un petit rire me prend car j'ai la sensation d'avoir échappé à Méduse en personne. Dans quelques heures, si l'alcool ne l'aura pas déjà faite sombrer dans un sommeil profond, elle commencera à se douter que je ne risque pas de la retrouver de si tôt. Elle me maudira certainement, ou m'oubliera aussi facilement que je l'oublierai... Qu'importe ! Je ne souhaite que m'amuser ce soir, et les fêtes de Flore viennent tout juste de s'ouvrir à moi...

₪ ₪ ₪

La nuit tombe à présent et le banquet bat son plein. Des montagnes de nourriture sont apparues dans la campagne pompéienne et le vin coule dans nos veines peut-être plus que notre sang. Comme un assoiffé, j'avale d'un trait une nouvelle coupe sous les encouragements de mes camarades venus comme moi profiter de tout ce que la cité nous offre de meilleur et je reçois plusieurs tapes sur le dos et les épaules comme pour me féliciter de toujours être capable de tenir un semblant de conversation malgré ce que j'ai englouti depuis le début de la fête. Il y a longtemps que je ne compte plus mes pichets de vin et je me sens déjà plus… Comment dire… « Libéré » qu’au début de cette fête délicieuse.

J’arbore avec une ridicule fierté une couronne de fleurs blanches sur ma tête que m’a donnée une jeune fille avant de disparaître. Et je bois, je ris et je chante à en perdre la voix… Avec cette couronne végétale, je veux être le roi de cette fête, et surtout le roi des femmes…

En parlant de cela, j’aperçois non loin un groupe de sublimes créatures visiblement seules… Je les fixe un instant et un de mes compagnons, devant mon hésitation, me tape dans le dos en me conseillant d’une voix clairement ivre d’aller tenter ma chance. Je lui souris et me laisse assez facilement convaincre. Une dernière gorgée de vin et je vais pour me rapprocher d’elles.

Soudain, alors que je fais un pas, je suis à deux doigts de m’étaler sur le sol. Je retrouve difficilement mon équilibre et demeure alors statique, comme si la terre pompéienne était devenue instable. Mon cœur tambourine étonnamment dans mes tempes et j’ai un curieux mal de tête. Ma main gauche toujours cramponnée à mon pichet de vin, je mène doucement ma main droite sur mes yeux pour les protéger de la lumière pourtant très faible qui m’entoure. Qu’est-ce qui m’arrive ? …

Derrière moi, j’entends les rires ivres de mes camarades et leurs beuglantes rauques : « Hé, tu l’as vu ? Le grand Corvus commence à voir trouble ! Ha ha ha… » « Alors, le Corbeau, où est passée ta résistance légendaire aux fourberies du vin ? Mwa ha ha ha… » Et là est bien le problème ! Je ne sais pas du tout où elle a pu passer… Je pense avoir bu plus que tous ces bougres, c’est même certain. Mais je connais ma résistance à l’alcool autant que la leur et je sais que je les ai tous couchés plus d’une fois lors de soirées comme celles-ci, même en buvant davantage et plus vite. Suis-je en train de perdre mon précieux talent ? Voilà qui serait bien fâcheux, car si je ne peux plus saouler une femme pour la mettre dans ma couche sans devenir aussi ivre qu’elle, ma réputation risque de vite se ternir !

Ma bouche devient pâteuse et je fronce les sourcils face à cette sensation. Je mène mon pichet directement à mes lèvres et verse du vin dans ma bouche avant de le recracher. Cela atténue le mal mais sans le faire disparaître totalement. Mais quelle est cette nouvelle farce ? Je n’y comprends rien…

Soudain, je crois entendre mon nom derrière moi. Immédiatement, je fais volte-face, et je n’ai alors rien le temps d’éviter. Le bas de mon visage vient de cogner le plateau d’une donzelle passant à côté de moi pile au mauvais moment. Tout ce qu’elle transporte s’écrase au sol et une vive douleur me prend. J’entends un cri sourd s’échapper de ma gorge et mes doigts viennent instinctivement à ma bouche. Quelque chose me lance derrière mes lèvres et je crois que je saigne. Putain, mais qu’est-ce que ça fait mal !

Je m’entends jurer comme un diable et proférer des insultes que je ne savais même pas que je connaissais ! Je fais passer le bout de mes doigts sur mes dents et… Mais… Qu’est-ce que…

- Oh ! Merde !

J’accours vers mes camarades et je hurle :

- Vé une dent caffée ! Regardez ! Regardez ! Vé une dent caffée, hein ?

Tous mes compagnons se tournent vers moi et éclatent de rire. Je ne comprends pas alors qu’ils n’entendent déjà plus ce que je leur dis, car ils sont dans la même transe étrange que moi. Et surtout, je ne comprends pas que cette dent cassée ne vient que de ma pure imagination. Pourtant, quand je les vois se tordre de rire ainsi, je suis persuadé qu’ils ne peuvent que se moquer du désastre qui m’accable. Mes doigts triturent cette dent que j’ai l’impression de sentir fendue en diagonale d’un coup sec. Mon sourire… Mon sourire de Corvus… Perdu ! A jamais ! Et comment arriver à mes fins avec ces filles maintenant ? Impossible !

Et Kerta ?! Par Jupiter… Elle ne voudra jamais de moi avec un sourire pareil ! Et je…

MAIS JE ZOZOTTE EN PLUS !!!

C’EST…

C’EST…

- FF'EST AFFREUUUUUX !

Je me prends alors la tête dans les mains, abattu. Quelle soirée ! C’est vraiment la merde…

Je me retourne alors de nouveau vers cette voix que j’ai entendue. C’est de sa faute si je suis dans cet état-là ! Et je vais lui faire payer la monnaie de son denier !

Ma démarche est décidée et je me rapproche à grands pas d’un petit rouquin aux gestes étranges. Je remarque à peine la disparition de mon mal de tête de tout à l’heure et ce sol qui me semble alors bien plus stable.

Une fois à sa hauteur, je ne prends même pas la peine de me présenter et je m’écrie :

- Effe que t’as vu ffe que t’as fait ?

Je lui fais mon plus grand sourire (aux dents évidemment impeccables) en montrant mon incisive fendue imaginaire.

- Effe que t’as vu ffa ? FF’est… FF’est de la faute ! Pourquoi tu m’as appelé comme ffa, pauvre crétin ?

Devant ses yeux ébahis, j’ai l’impression qu’il me prend pour un fou. Mais je ne suis pas fou, bordel ! Il n’y a qu’un seul Corvus à Pompéi et c’est moi ! Et je suis sûr d’avoir entendu mon nom ! Il a dit Corv-quelque chose ! Il l’a dit !

- Ah ! Fais pas ffemblant, ff’il-te-plaît !

Doucement, ma colère redescend et je remarque alors que je rouquin n’était pas seul. Je reconnais soudain Epidia et Caeso et je les prends immédiatement à témoins.

- Vous faites bien d’être là vous deux ! Regardez ! Regardez ma dent ! Dites-le que ff’est ffa faute ! Vous avez vu mon fourire ? Fiffu ! Complètement fiffu ! Il a dit Corvus ! Hein, qu’il a dit Corvus ?
lumos maxima


La blonde a écrit:
Désolée mais... Je sais pas faire des post couuuuurts ! Pleure


Laisse le corbeau se nourrir de ta charogne et prie les dieux qu'il ne sache pas traverser le Styx.

You and I:
 


Dernière édition par Manius Oppius Corvus le Mar 21 Oct - 19:46, édité 1 fois
Sam 6 Sep - 14:54
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




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le banquet de flore

Affectez du moins l'apparence de la vertu.

Est-ce que mes oreilles me jouent des tours, ou le Dieux de l’art venait-il vraiment de m’appeler Terpsichore ? Une comparaison certes méritée, puisque même la muse de la danse ne saurait mieux  jouer la lyre, et pourtant, mais il n’y a certainement pas de compliment qui aurait su me toucher d’avantage. D’un geste bienveillant,  j’abaisse ma tête, acceptant ainsi la requête du plus beau des Dieux. De toute manière, quelle muse ferais-je si j’osais refuser une telle requête à Apollon ? Ce que Dieu veut, Dieu l’obtient.  
« C’est avec plaisir que je ferais tout mon possible et même plus pour vous venir en aider, noble Apollon. »
Le vin doit avoir embrumé mon esprit, car ce n’est finalement qu’une fois que j’ai déjà prononcé ces mots, et qu’il est bien trop tard pour y revenir dessus que je me rends compte que je n’ai pas la moindre idée de ce dont parle le duumvir… enfin, le Dieu. Une chanson sur un glaive d’apparat ? Pendant un bref instant, mon regard cherche celui de Merula dans l’espoir que le barde puisse m’aider à percer le mystère, mais, plongé dans une conversation, il ne le remarque même pas. Pendant un bref instant, mes doigts restent posés sur la lyre, immobiles. Que dois-je donc faire? Je ne puis rester sans rien faire... j'ai donné ma parole au Dieu de la poésie. Je déglutis, tentant de rassembler mon courage. Je ne connais peut-être pas l'air de la chanson qu'il désire entendre, mais je suis persuadée que j'arriverais à en composer une autre, bien plus belle, plus digne des oreilles du Dieu que je vénère. Mais avant que je ne puisse jouer plus de quelques notes, des voix peu mélodieuses parviennent à mon oreille, m'interrompant dans mon inspiration.


C'est avec les mains posées sur les hanches que je fais face une fois de plus face à cet homme qui s'était joué de moi bien des années auparavant. Lui qui m'avait fait bien des promesses si douces à mes oreilles, semble désormais faire de même avec une autre femme à ses côtés. Pendant un bref instant, mon regard se pose sur la catin. Qu'a-t-il promis à elle ? Et lui a-t-elle cru ne serait-ce qu'un instant ? Mais pourquoi des affaires d'esclaves m’intéresseraient-elles ? Au moins cette fois, il semble avoir choisi quelqu'un de son statut... Lorsque mon regard effleure celui du gladiateur, je ressens tout à coup l'envie de me retirer pour ne plus être exposé aux souvenirs que son seul regard fait remonter à la surface. Sauf qu'avant que ne puisse faire un seul pas en arrière, sa voix s'élève de nouveau, et je vois son doigt pointé sur moi. Ma mâchoire se crispe. Comment peut-il se permettre une telle insolence en me parlant de la sorte ? Et de plus, en présence des Dieux ? Pendant un bref instant, je crains qu'il n'expose notre échappée à l'ombre du Vésuve, et me dépêche de couper court à toute éventuelle conversation à ce sujet :
« Tu oub... »
'...lies ta place.' Sauf qu'il ne semble pas accorder la moindre importance à ma protestation, étant donné qu'il me coupe avant même que je ne puisse finir ma phrase pour se permettre une autre insolence, et cette fois-ci sa cible est le duumvir. De toute évidence, je n'étais pas la seule à qui le vin montait un peu trop à la tête ce soir.


Incapable de décoller mon regard de lui, mes yeux s'écarquillent d'avantage quand je le vois sauter sur la table avec agilité. Son sourire malicieux ne peut indiquer qu'une seule chose : il a quelque chose en tête. Et une petite voix semble me souffler que ce quelque chose ne va pas me plaire... Quelques instants plus tard à peine, je sens ses mains se poser sur moi et le rouge me monte au joues. Rougis-je par honte des émotions que la proximité avec cet esclave provoque en moi, ou par honte d'être mêlée à une de ses farces et risquer d'être au centre de rumeurs déshonorantes ? Je préfère croire que la deuxième réponse est la bonne, mais je ne saurais le dire avec certitude. Du moins pas tant qu'il se tient toujours si proche de moi, et que ma main gît toujours dans la sienne.
« A quoi joues-tu ? » murmure-je, de manière à ce que lui seul puisse m'entendre.
A peine ces paroles ont-elles quittées mes lèvres que je m'écarte de lui, tentant de mettre au moins assez de distance entre nous pour ne pas encourager d'avantages les pensées malsaines de notre entourage. Heureusement pour moi, mon époux semble être absent, sans doute toujours "occupé" ailleurs... Puis je hausse les épaules. Que m'importe Malucinensis ? S'il n'est pas présent pour écouter une représentation que même le Dieux de l'art admire, ce n'est pas mon problème, mais bien le sien.
« Joue maestro! »
La voix du beau brun me tire de mes pensées, et me fait pincer les lèvres. Comment lui, un simple esclave - certes, un esclave charmant, mais un esclave tout de même - pouvait-il se permettre de me donner un ordre ? A moi, la nouvelle Terpsichore ? Pendant un instant, j'hésite avant de me montrer miséricordieuse et de laisser mes doigts parcourir les cordes de la lyre. Après tout, n'ai-je désormais pas le piédestal et l'audience que je mérite ? Que Caeso - ou plutôt Ulysse - parle tant qu'il le désire, personne ne fera attention à lui si on m'entend jouer... A peine ai-je pensé cela que j'entends une note peu mélodieuse, ainsi qu'une douleur à un de mes doigts. Une des cordes de mon instrument vient de se casser, sans doute l'oeuvre de la vraie Terpsichore, jalouse de mon talent. Levant le menton, je continue de jouer sur les cordes qui me restent, bien décidée à montrer qu'une grande artiste telle que moi peut faire sortir les notes les plus pures même d'un instrument cassé. La jalousie de la muse ne m'empêchera pas de jouer, au contraire, elle ne fait que me pousser encore d'avantage vers l'excellence.

made by LUMOS MAXIMA
Mer 10 Sep - 0:28
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




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Tant de travailleurs, courbés sur la terre nourricière, écrasés par le soleil, les doigts meurtris, le dos brisé par les travaux des champs… Quelles étaient toutes ces ombres, portaient-elles mêmes des noms ? Ce n’étaient que des silhouettes fugaces, des corps décharnés, recueillant précieusement les offrandes de Cérès, nées de leur travail patient, inlassablement soignées… C’étaient toutes ces mains, ces mains rustres, ces mains tannées par les travaux des champs, calleuses,  crevassées, qui donnaient naissance, avec une tendresse insoupçonnée, à cette Flora, qui s’épanouissait pleinement sous le soleil d’Avril, et inondait les greniers de ses premiers bienfaits, de toutes ses promesses florales. C’était ces mains menues qui, guidées par les muses les plus obscures, divinités rustiques depuis longtemps oubliées, faisaient fleurir le sol nu, faisait fleurir la terre pompéienne, et avec elle la cité toute entière, joyau de brique, déposé là, entre terre et mer, entre les pétales de l’écume et celles de la fleur sauvage, frêle papillon végétal, portant, du bout de ses ailes, tant de promesses de prospérité… Et on l’appelait Flora, le fruit de la sueur et du sang, le fruit du travail des hommes, et de l’exploitation des esclaves… Il fallait bien cette déesse, pour magnifier ces peines rustiques, depuis trop longtemps oubliées par le peuple pompéien… Il fallait bien ces Floralies pour faire oublier au peuple pompéien ses propres peines, imbibant ses plaies quotidiennes d’alcool et de désirs charnels…

Quelles mains géantes, quels titans avaient donc labouré ce sol, traçant ces larges sillons entre les bâtiments de brique ? Patiemment, ils avaient fait grandir cette ville, ils l’avaient cultivé à la sueur de leur front, semant mille graines dans cette terre labourée, protégeant leur future moisson malgré les caprices de la terre et du ciel, parfois même de la mer…  Et voilà que les efforts portaient leurs fruits, voilà que la cité Pompéienne fleurissait… Partout, on voyait ces guirlandes de fleurs, tendues en travers des plus sombres ruelles, jaillissant en profusion au travers des plus grands axes. Il pleuvait, il neigeait de ces mille et mille pétales chatoyants… Et surtout, on voyait surgir du sol toutes ces pousses sauvages, toute cette ivraie, saisie d’une ivresse folle, de cette ivresse printanière… Il en jaillissait de chaque appartement, de chaque ruelle, et toutes ce mêlaient follement, encore vertes, frissonnantes à la sortie de ces temps difficiles qui les avaient vu ployer tristement, mais de nouveau vives, saisies de cette passion de vivre, de cette passion de croître sous le soleil de Campanie… Toutes ces vies, à la sortie de cet hiver pénible, florissaient pleinement, et il semblait qu’au pied du mont Vésuve, c’était Pompéi qui s’épanouissaient doucement, tendrement, comme une fleur s’offrant enfin au vaste monde, montrant sans pudeur aucune tous ses charmes, tous ses attraits à ce vaste monde qui s’étendait à ses pieds… Oui, Flora veillait bel et bien sur la cité…

Cnaeus s’était mêlé à la foule bigarrée, revêtu d’une simple toge de laine. Il n’avait pour seule compagnie que ces deux esclaves, choisis beaucoup plus pour leur stature imposante que pour leur discussion. Mais ces deux là se tenaient en arrière, prêts seulement à intervenir qu’en cas de problème, et le patricien, silencieux, se mêlait à la foule, seul. Il n’aimait guère la débauche et la luxure de ces festivités, à vrai dire, se contentant de supporter passivement ces spectacles impudiques qui s’offraient à ses yeux. Peu lui importaient les danses sensuelles de toutes ces louves, maîtresses pour un instant de la cité, peu lui importaient les invitations sulfureuses de leurs corps ou les promesses de leurs regards salaces. Qu’elles se dévêtent autant qu’elles voulaient, reines de cette orgie libidineuse, qu’elles gonflent leurs poitrines de cette gloire éphémère… Qu’elles fassent couleur à flots ce vin écarlate, dans les gorges assoiffées de la plèbe pompéienne… Qu’elles allument la ville entière de cette floraison de folie, et apportent l’ivresse destructrice… Cnaeus avait soif de cette démence.

Il voulait voir le chaos éthylique s’emparé de la cité, il voulait voir s’abolir toutes les frontières, toutes les normes… Ils voulaient voir les hommes mis à nus dans leur délire, il voulait voir Pompéi faire tomber ses masques trompeurs, et la voir livrer son vrai visage.  Il voulait voir cette chair nue, non pas celle des louves, mais celle du peuple… Il voulait voir ces muscles tressaillir, il voulait voir ces tendons mis à nus, se tendre brusquement pour trahir la moindre émotion, le moindre sentiment… Il voulait voir ces orbites dépecées de leurs yeux sournois, pour lire directement dans ces cervelles sanglantes les pensées secrètement tues… Et il voulait voir ces cœurs, ces cœurs écarlates, sanguinolents, palpiter, faiblement, doucement… Ces cœurs mis à nus, dépecés de tous leurs mensonges, de toutes les dissimulations, ces cœurs battants, là, juste sous vos yeux, juste à portée de main… Toute une vie, exposée là, sans le moindre artifice… Cnaeus voulait voir ces corps écorchés par le rabot de l’alcool… Il attendait, patiemment, se contentant d’échanger de simples salutations d’usage avec les plus hauts dignitaires, avec quelques proches de leur gens, réfugié derrière sa façade de marbre. Bois Pompéi, bois… Absorbe donc de tes yeux les corps dénudés de tes catins, absorbe le vin de tes vignes, et oublie toi… Je serai toujours là pour penser à toi, sois en certain… Allez, abandonne-toi à Flore, à la volupté de l’alcool… Mes bras seront là pour accueillir ton corps sans vie…

L’amphithéâtre laissé derrière eux, Cnaeus aperçut avec une froide satisfaction les promesses du banquet dressé là, offrande à la lie pompéienne, pour s’attirer ses bonnes grâces. A moins que tout cela ne soit adressé qu’aux dieux. Peu importait. L’alcool serait présent en bonnes quantités. Bien. Bois, peuple pompéien, buvez esclaves, et vous, grands patriciens, du haut de vos trônes de marbre, goûtez un peu à l’ivresse, et venez vous rouler sur ce sol mortel, vous mêler à l’infâme produit de vos régurgitations… Toute cette fête se transformait déjà en parade pour les politiciens, heureux de ce bonheur éthylique, qu’ils offraient au peuple. Publicola et Murena paradaient, l’un face à l’autre, comme deux amants se retrouvant en public, et n’osant déclarer leur amour, sans pour autant cacher leurs affinités… Jouez, jouez donc… Et que l’ivresse de vos électeurs soit communicative… Laissez-vous donc aller, voyons, ne daignez-vous pas honorer les dieux, voulez-vous vous montrer méprisant envers ce peuple, qui rêve de vous voir partager ces simples plaisirs ? Vous qui êtes si prompts à vous abaisser au niveau du plébéien le plus veule… Peu importait après tout, à vrai dire. Cnaeus ne les connaissait que trop, ces infâmes-là, et il lui paraissait peu probable que l’alcool vienne faire choir ces politiciens félins, ces félons si prompts à se rétablir sur leurs pattes… C’était ce peuple rustre, c’était les plus misérables ivrognes qu’il voulait rencontrer, qu’il voulait faire parler… Il n’était encore qu’un inconnu à leurs yeux, et il voulait en profiter… Il s’installa à ces longues tables, à proximité des clients de sa gens, attentifs à ce spectacle qui commençait tout juste à se dessiner sous ses yeux… Bois Pompéi, bois, bois à t’en tordre les boyaux, et à en vomir tes propres tripes… Je veux voir tes entrailles maudites au grand jour…

Ils étaient là, ces rustres vétérans, amis de son père, à l’encercler, prenant ces mines supérieures qu’ils affectent face à la recrue novice. Il n’était rien d’autre que cela à leurs yeux, il le savait… Il était le fils au main encore fines, encore vierges de tout sang… Il était le fils de leur commandant, avec qui ils avaient partagé tant de morts, et tant de vies… Ils empestaient déjà l’alcool, et pressaient de toutes part leur nouveau patron, cet être si étrange, désespérément mutique…  Ils ne pouvaient s’exprimer autrement que par ces mouvements amples, presque menaçants ; ils ne pouvaient parler autrement que par ces violents éclats de voix, et ces rires tonitruants… « Aux absents ! » Tonnaient-ils de concert. «Et que leurs prochaines amphores vidées le soient en bonne compagnie ! » Ils parlaient ainsi de son père, et en son for, Cnaeus savait que c’étaient là les vœux de rétablissements parmi les moins hypocrites. Il leva sa coupe avec eux. Ceux là étaient fiables, et s’il pouvait gagner leur respect, ils le suivraient jusqu’aux Enfers, s’il le fallait. « Que leur glaive pénètre le foie de leurs ennemis comme le vin en fait de même pour nous » ajouta-t-il sobrement. Et il vida d’un trait sa coupe, lentement, mais sans ralentir un seul moment son débit. L’alcool coulait à large flots, inondant sa gorge. Il sentait le liquide râpeux passer sur sa langue, il sentait ce goût aigre l’agresser violemment, tandis que les fortes effluves du vin l’enserraient. Il lui fallait respirer, il sentit qu’il allait régurgiter, parvint à prendre quelques brèves bouffées d’air, finit enfin sa coupe.  Autour de lui, ses clients l’observaient, s’esclaffant. Il lui fallait conquérir sa garde prétorienne… Il rejeta au loin sa coupe, salua les vétérans, esquiva les dernières accolades, put enfin s’enfuir de la foule agglutinée.

L’alcool passait mal. Il n’aurait su expliquer pourquoi, mais cette coupe avait du mal à passer. Oh, certes, il l’avait bu un peu trop rapidement, et l’alcool n’était pas de très bonne qualité… Mais ce n’était qu’une coupe, par Hercule… Il sentait le sol se renverser sous lui, se sentit pris de nausée… Tout basculait, tout basculait autour de lui, alors que son esprit s’embrumait. Il avait si mal au crâne… Que se passait-il, qu’y avait-il donc dans ce vin pour que… Il fut pris d’un spasme violent, pensa régurgiter son dernier repas, sa dernière coupe… Il lui semblait que son esprit s’embrasait, comme si un éclair fulgurant, lumineux et douloureux, traversait son esprit. Respirer. Il lui fallait respirer. Respirer un bon coup. Il balança la tête en arrière, inspira une large goulée d’air. Tout allait mieux, tout allait tellement mieux… Il se sentait si… léger…


Il y avait eu cet homme, un peu perdu, qui l’avait bousculé. Il portait ces étranges souliers de feutre, et puis surtout, cette longue serviette colorée, à laquelle il s’agrippait, comme si ça vie en dépendait… Et il avait eu cette phrase, qui avait marqué l’esprit de Cnaeus. « Le truc, pour voler, c’est de se jeter au sol et de rater son coup. » Il ne savait pas à qui ces propos s’adressaient. Peu importait. Les mots l’avaient marqué, comme le fer rouge marque l’épaule de l’esclave marron. C’était une illumination. Il voyait nettement les lettres s’imprimer dans son esprit, en grands caractères dorés. « Le truc, pour voler, c’est de se jeter au sol et de rater son coup. » Il le murmura, doucement, pour voir l’effet que cela faisait dans sa bouche, ferma les yeux, pris une seconde longue inspiration.

Et puis il rouvrit les yeux.

Il y avait eu ce cri, presque aigu.

- Silence misérables mortels ! Prosternez-vous devant Jupiter, roi des dieux si vous ne voulez pas subir sa colère !


Et là, Cnaeus compris que quelque chose n’allait pas. Son premier réflexe fut de jeter un coup d’œil rapide à Publicola et Murena. Toujours rester proche de ses ennemis. Toujours veiller sur eux. Le premier semblait trépigner de désarroi, le second s’agenouillait de déférence face à lui. Et Cnaeus restait là, interloqué, à les regarder. Tout cela n’était pas possible. Tout cela était formellement impossible. Quelle folie les prenait donc ? Avaient-ils été punis par les dieux, quel troupeau solaire s’en étaient-ils allés dévorer ? Il prenait conscience des cris, de ces mouvements improbables. Cela sautait, cela gesticulait, cela roulait par terre, cela rampait, cela trépignait… Et puis tous ces éclats de voix, tous ces noms de divinités lancés en l’air… Il lui fallait voir ça, il lui fallait se mêler à cette folie. Enfin, enfin le chaos s’emparait de la cité… Il prit conscience que rien de tout cela, au final, n’était impossible. C’était seulement… Improbable. Et dès lors, tout devenait possible, tout devenait envisageable. La furie s’était emparée de la cité… La foule bigarrée n’était plus qu’une masse informe, une barrière de corps entremêlés, à laquelle il suffit de donner une force, une impulsion, pour en faire une masse dévastatrice, révolutionnaire…  Peu importait de trouver une explication à cette folie. Un sourire de froide satisfaction, de plaisir mauvais, se dessina sur les lèvres du patricien, sans qu’il ne pense à le réprimer. Son heure était venue. D’un bond, il s’élança dans les airs.

Il n’avait pas prévu la chute. Pas du tout. Il retomba sur ses jambes, qui , estimant qu’il pouvait très bien voler, décidèrent brusquement de ne plus accomplir leur fonction première, préférant battre l’air. Ses pieds s’en allèrent à tire d’aile, se disant qu’il n’y avait au final que Mercure qui savait s’y prendre. Le corps entier bascula de l’avant. Ses bras battirent un instant dans le vide, il se sentit devenir Icare, se ramassa complètement par terre.  Il était outragé. Comment avait-il pu se laisser déconcentrer ainsi ? Certes, c’était la première fois qu’il essayait, mais c’était si simple ! Il suffisait de rater le sol après tout, n’importe quel imbécile pouvait le faire…  Alors il se mit à courir. Il fendit la foule à petites foulées, prenant son élan.  

« Citoyens Pompéiens ! »

Il lui fallait attirer l’attention de tous, il lui fallait donner forme à cette masse informe, avant de transformer cette furie en révolution.  Et il s’envola. Il quitta le sol, fendit l’air, libre, libre enfin, libéré de toutes ces contraintes bassement humaines, bassement terre à terre… Il se laissa griser par la sensation extatique, il se sentait libéré, délivré… Plus jamais il n’aurait à mentir, il était enfin libéré, délivré…  Il s’était enfin décidé, il s’en allait, il s’en allait loin de la charogne de son père, il se défaisait des mensonges que Blaesus avait tissé autour de sa gens, et qui l’entravaient toujours… Mais plus maintenant, plus maintenant, il quittait enfin les murs étroits de la cubicula paternelle pour respirer l’air libre, cet air pur, cet air grisant qu’il fendait à toute allure… Il se rendait compte qu’en prenant de la hauteur, tout semblait insignifiant… Tristesse, angoisse et peur, tout cela l’avait quitté à présent, depuis bien longtemps… Le vent hurlait en lui, sirène stridente qui ne faisait que l’enivrer… Plus de lendemain… Il volait, il volait… Son pouvoir venait du ciel, envahissait l’espace… Depuis trop longtemps il s’était réfugié derrière cette façade de marbre, il luttait en vain, s’abritant derrières ses sombres pensées, fleurs de cristal gelées… Face aux quolibets des patriciens envers sa gens, le froid était pour lui le prix de la liberté… Mais qu’importait tout cela à présent ? Il volait, et le passé était passait… Il volait, les étoiles lui tendaient les bras, désormais plus rien ne l’arrêtait, plus rien… Si ce n’était ce maudit sol, contre lequel il s’écrasa assez misérablement.

Sa toge s’était en partie défaite, il saignait, abondement, ses avants bras, ses genoux écorchés par la violente chute. Mais rien, rien ne pouvait égaler la violence de l’humiliation subie, de ce coup porté à son estime… Une fois de plus, il n’avait pas été capable de s’envoler… Une fois de plus, il n’avait pas réussi à tomber à côté du sol. Ce n’était pourtant pas compliqué… Il était sûr de lui-même, cela ne pouvait que marcher… Pourquoi n’en était-il pas capable… C’était si simple… Louper le sol, c’est si simple… Il y en avait bien qui manquaient à leur devoir, songea-t-il en observant ses adversaires en proie à la folie collective. Qu’est un misérable morceau de sol face au devoir…

- Sire … Sire ! On veut me tuer ! Un assassin ! Un assassin à Pompeï, à la fête de Flore !

Brusquement, se remettant sur ses appuis de piéton, il redressa la tête. Il connaissait cette voix. Octavia Licinia. L’épouse même de Murena…  Il tenait enfin le moyen d’être lié, de par la femme de celui-ci, à Caius Licinius de manière éternelle…  Il lui suffisait… Oui. Tout était tellement simple. Tout était clair dans son esprit. Pour rater le sol, il fallait qu’il soit accaparé par son devoir. Ce devoir, c’était de sauver la femme de Murena, de la façon la plus éclatante qui soit, pour marquer à jamais leurs esprits. Et pour cela, il lui fallait courir. Passer sur ce banc. Sauter sur cette table. Se jeter sur Octavia Licinia. L’enlever en volant, la mettant hors d’atteinte du criminel, le temps que celui-ci soit appréhendé. Tout s’enchaînait parfaitement. Tout devrait fonctionner normalement… Ses jambes tremblaient encore, marquées – un peu trop selon leur jugement, mais que vaut le jugement d’une jambe – par les expériences précédentes. Mais bientôt, elles seraient libres, libres de batifoler librement au gré des courants d’air, comme le jeune chiot encore un peu fou s’en va batifoler au gré des vagues, dans ses jeux innocents. Qu’elles tremblent plus tard si elles le voulaient. Il les lui fallait solliciter une dernière fois ! Qu’importe le courroux, qu’importe la haine, il volerait, il volerait loin au dessus de cette masse informe, de cette masse veule, de ce peuple tout entier à sa frénésie éthylique… Alors il courut. Il monta sur ce banc. Un bond de plus, et il était sur cette table, balayant au passage les plats qui s’y trouvaient. Comme une vache, il sauterait au dessus de la lune. Il se le jurait. La patricienne était là, juste à quelques coudées de lui. Cela pressait. Déjà, Publicola se jetait vers elle, à sa rescousse rameutant au service de sa protection, semblait-il, cette musicienne fort maladroite, ainsi que… Oui. C’était Murena, qui le suivait servilement. Cnaeus ne réfléchit pas. A l’intention de la patricienne, il cria :

« Camilla ! Venez, nous allons nous envoler loin d’ici ! »

Et il sauta sur elle.

Par le plus grand des hasards, et tous alors l’ignoraient, Cnaeus Loreius Tacitus venait de prédire exactement ce qui allait se passer. Du moins, dans l’esprit d’Octavia Licinia.
Patricien
Mer 10 Sep - 18:21
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Claudia Rufia
₪ Arrivée à Pompéi : 26/09/2013
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₪ Âge : 19 ans
₪ Fonction & Métier : Patricienne de la maison Claudii, et future épouse de Marcus Pompeius

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₪ Côté Coeur: Fiancée
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La tête lui tambourinait. Encore et encore. Progressivement. Comme lorsque Sertoria, la petite-fille de l'un des très proches de son père, s'amusait à frapper sur une petite bassine en métal lorsque son cher grand-papa venait parler politique et affaire avec Marcus Claudius Urbicus. Elle était insupportable, plus jeune qu'elle, et tellement parfaitement dans le rang des gentilles gamines modèles. Rufia lui aurait bien collé des claques, sauf qu'elle savait très bien que Sertoria se serait empressée de pleurer à chaudes larmes, et d'aller baver dans la stola de la propre mère de Rufia. Oui, la tête lui tambourinait. Elle crut, un instant, que c'était à cause de cette couronne de fleurs sauvages qu'on lui avait posé sur la tête, alors que, mêlée à cette foule, on la lui avait déposée sur la tête, à l'approche de ce grand buffet dressé pour tous. Il y avait certains branchages entremêlés, mais pas d'épine qui lui aurait perforé la peau. De toute façon, le tout s'était plus ou moins mêlé à ses cheveux, attachés en une longue dresse flottante et quelque peu relâchée, sur le côté, alors elle n'était pas parvenue à se défaire de cette auréole florale. Et cela ne pouvait de toute façon pas être une épine, ou un branchage taquin, qui pouvaient lui causer une migraine. A moins qu'il ne s'agisse pas d'une migraine ... Un instant, Rufia se demanda si elle avait bien eu raison de fausser compagnie à Ystos et Diona, chargés par son frère Marius de veiller sur elle, pendant que lui prétendait être parti régler quelques affaires dans les campagnes environnantes. Il avait ce côté surprotecteur avec elle, usant et abusant, à ses yeux, de son statut de seul membre de sa plus proche famille encore présent à Pompéi. Il avait aggravé la chose depuis ses fiançailles avec le fils du Duumvir Lucius Pompeius Publicola, et avait donné un nouveau tour de vis depuis la blessure de Rufia lors des derniers évènements léonins. Le visage de la jeune patricienne était encore tuméfié, après avoir vécu quelques désagréments avec un fuyard un peu parano, qui avait dû se répandre en excuses d'avoir chargé ainsi, sur elle, en la prenant pour une bête échappée. Marius n'avait pas été dupe quand elle avait plutôt prétendu avoir fait une mauvaise rencontre avec une porte, mais il n'avait pas cherché à l'exaspérer encore plus qu'elle l'était. Sa lèvre inférieure finissait elle aussi de cicatriser, et ... Et sortir des murs de la villa, pour respirer, c'était la chose à faire, au final, pour elle, usée d'être enfermée dans sa chambre et traiter comme une petite chose toute cassée, alors que seul son visage avait été touché, pas ses bras, ni ses jambes.

Vidant sans s'en soucier plus cette coupe de vin au sol, atterrée par l'arrière goût au mauvais relent, Rufia plissait les yeux, en cherchant du regard une échappatoire, à savoir, une connaissance auprès de qui se poser, enfin, pour pouvoir respirer. Mais, pour l'instant, ses maux de crâne, un peu récurrent depuis son choc frontal à la tête, la torpillait, et les effets malsains s'étaient amplifiés avec ce vin. Ou cette mixture. Enfin, ce quelque chose qu'elle avait eu la mauvaise idée d'ingurgiter. Se massant les tempes, elle renfrognait son petit nez, en faisant la moue. Certainement ne présentait-elle actuellement pas le profil habituel de la jolie patricienne calme et toujours souriante, mais elle partait du principe que, habituelle, elle n'était sans doute jamais vraiment. De toute façon, si même sa bourrique de frère aîné était incapable de résister à ses petites mimiques, c'était qu'elles devaient restées bien charmantes, et mignonnes, non ? Le problème n'était de toute façon pas là. Le souci principal, c'était que Rufia s'était posée à une table au sein de laquelle elle ne connaissait personne, et qu'elle ne se sentait donc très rassurée de se sentir dans cet état là, avec une tête qui l'oppressait, et un goût amer, ou acide, sur les lèvres. Elle avait voulu se mêler à la foule, mais au final, c'était raté. Ce qui la sortit de ses pensées un peu horripilantes, ce fut ce cri, au milieu du brouhaha.
    « Sire … Sire ! On veut me tuer ! Un assassin ! Un assassin à Pompeï, à la fête de Flore ! »
Cela la fit réagir, bien sûr, même si elle n'était pas exactement capable de reconnaître cette voix, là, comme ça, tout de suite. A quelques mètres de là, un autre convive sembla lui aussi réagir, en renversant ses tripes au sol. Se lever pour s'éloigner, dans ces conditions là, cela oblige donc à regarder où l'on met les pieds. Quitte à ne pas forcément déambuler vers cette potentielle victime d'assassinat. Rufia se prit les pieds dans un autre convive, allonger au sol et semblant se prendre pour un poisson hors de l'eau, à moins qu'il ne s'agisse d'un faux crustacé affublé de pinces qui, présentement, cherchèrent à la défaire de sa stola, dont un pas se déchira. L'obligeant à lui administrer un bon coup de pieds dans la figure, comme elle avait vu bien des fois l'un des chevaux de la domus éloigner un félin un peu trop aventureux. La jeune patricienne continue d'avancer, avant de manquer de se faire percuter par deux acrobates qui grimpent sur une table, chose à laquelle elle ne comprend rien, elle qui se faufile pour éviter toute nouvelle main baladeuse. Mais, alors apostrophée, en même temps que foule d'autres, elle se stoppe dans sa progression, regardant, un regard mi-songeur, mi-dubitatif, ce petit spectacle qui semble prendre forme sous ses yeux. Elle sent cependant un petit vent frais lui effleurer les gambettes, là où tissu il y avait, et où tissu il n'y a plus.
    « Tout ceci n'est que pure folie ... Est-ce là l’œuvre d'Eros ou bien de Dionysos ? ... » Des propos plus pour elle-même que pour les autres, alors que son front se fronce : la voilà qui se la jouerait donc poète, prise dans la tourmente de ce spectacle artistique ? Croisant un regard bien connu, elle se dit qu'il est toujours son bras sauveur, dès lors qu'elle est en fâcheuse position. Voilà donc encore Rufia peu fort aise ! « Cher Duumvir ... Pourriez-vous m'expliquer ce qui est en train d'advenir ? Je n'y comprends rien, et ma tête semble être aussi lourde que de l'airain. »



« SPOILED, SELFISH LITTLE CHILD, WENT OUT TO PLAY OUT IN THE WILD. FOUND YOU SHAKING LIKE A LEAF UNDERNEATH YOUR FAMILY TREE. YOU COULD NEVER LIVE OUT IN THE OPEN, REGRETTING EVERY WORD YOU'VE SPOKEN. YOU KEEP BEGGING FOR FORGIVENESS, BUT YOU DON'T THINK YOU'VE DONE WRONG. YOU'VE BEEN OUT CRYING OUT FOREVER, BUT FOREVER'S COME AND GONE. »
Sam 13 Sep - 13:56
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Il fait soudainement plus chaud. Je sens la sueur perler sur mon front. Ma gorge est si sèche qu’elle ressemble à un désert, mais malheureusement ma coupe de vin est vide. Je cherche du regard un pichet pour m’y abreuver, mais par politesse envers la dame qui se trouve devant moi, je ne bouge pas. Des sensations bizarres m’envahissent et tout ce dont j’ai envie tout à coup est de toucher le corps de cette femme. Lui montrer que je suis bienveillante vis-à-vis d’elle. Je me rapproche donc d’elle tout doucement pour ne pas l’effrayer et qu’elle croit que je veux l’attaquer. Je lui caresse doucement la main dans un geste lascif.

Alors que je croyais qu’elle allait me remercier de ma gentillesse à son égard, voilà qu’elle me lance un regard étrange. Dans ses yeux, je vois d’abord la peur et ensuite une grande frousse. Cette femme a peur de moi pour une raison que j’ignore. Je retire donc ma main au moment ou elle crie :

- Ah! Lâchez-moi!

Soudain c’est à mon tour d’avoir peur d’elle et je me recule d’un pas alors qu’elle pointe vers moi un doigt menaçant me disant de ne pas m’approcher d’elle. Elle semble totalement terrifiée et je me demande alors ce que j’ai pu lui dire ou faire pour la mettre dans cet état. Voyant qu’on nous observe, je tente avec quelques mots de la calmer, mais voilà qu’elle se met à courir en direction d’une table située à quelques pas de nous en criant de nouveau.

- Caïus!

À mon tour d’être tétanisée par la peur. Si cette femme croit que j’ai voulu lui faire du mal ou viendra m’arrêter et je serai sans doute puni après tout c’est une patricienne et je ne suis qu’une esclave. Je devrais sûrement fuir et retourner auprès de Marcus, mais je suis paralysée sur place et je ne peux la quitter des yeux alors qu’elle s’approche de la table ou se trouve son époux. Et puis soudain je le vois lui. Il est là. À quelques pas de moi. J’ai soudain la nausée. Sa seule vue me retourne l’estomac, mais ce n’est pas suffisant pour que je le quitte des yeux. Pour le moment, il ne semble pas m’avoir vue donc je m’avance d’un pas pour voir ce qui va se passer. La femme semble toujours effrayée. Alors que je crois qu’elle ira se blottir dans les bras de son époux la voilà qui demande de l’aide à mon ancien maître.

- Sire … Sire! On veut me tuer! Un assassin! Un assassin à Pompéi, à la fête de Flore!

Il fait de plus en plus chaud et maintenant je sens mes mains moites. J’ai une telle envie de vin que je m’approche de la table tout près de moi pour y boire a même la carafe, mais je manque de m’étouffer lorsque j’entends les paroles de la patricienne. Quoi? Moi un assassin, mais cette femme est folle. Je ne l’ai nullement menacée. Pendant une fraction de seconde mon cœur cesse de battre. Je me sens perdue alors je décide d’implorer la clémence de cet homme qu’elle a interpellé un peu plus tôt. Cet homme que je sais être le pire ennemi de mon ancien Dominus. Je cours vers lui et me prosterne à ses pieds.

- Oh mon Seigneur prenez pitié de moi. Votre dame croit que j’ai voulu l’attaquer, mais il n’en est rien. Voyez comme je suis petite et inoffensive. Je ne lui veux aucun mal bien au contraire. Je lui ai offert mon aide et pour une raison que j’ignore elle croit que je veux la tuer.  

Mes yeux sont alors remplis de larmes. Je l’implore de venir à mon secours, mais il semble pendant un moment totalement sourd à mon appel.  Alors que je suis toujours à ses genoux, je relève doucement la tête pour croiser son regard. Et ce que je vois alors me chavire à la fois le cœur et disons-le … le corps. Quel homme. Quelle stature. Il dégage une telle aura de force et de puissance que je me sens automatiquement attiré vers lui et je n’ai alors qu’une seule envie … le toucher. Le toucher partout et le caresser. Je prends alors une profonde inspiration et tout doucement, je prends dans mes mains ses pieds afin d’enlever le sable qui s’y trouve et je lui dis encore :

- Ayez pitié de moi mon Seigneur … je suis votre humble servante.  
Arene
Dim 28 Sep - 10:04
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Priam
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Le banquet de Flore



Tandis que je continue de caresser de manière lascive le torse du jeune éphèbe à la peau mate et aux yeux sombres, je suis tirée de mes douces rêveries par les braillements d’un grossier personnage :

Ulysse : « Allons, ma belle, déhanche nous un peu tout ça, on veut voir tes courbes se balancer! »

Ses mains impudiques s’égarent sur ma croupe de déesse, et je les chasse d’un geste vif, outrée :

-Non, mais… Mais… Comment osez-vous ! Si cette furie de Junon ne m’avait pas privé de mes pouvoirs, je vous changerais en pourceau sur le champ !

Un peu plus et je lui aurais bien décoché un soufflet, oubliant que la force de mon enveloppe masculine risquait de la transformer en sérieuse mandale.  Fort heureusement, le charmant petit jeune homme aux yeux sombres vient à ma rescousse:

Niger : « Ô grande Vénus, regardez qui je vois-là, c’est votre frère, le grand Jupiter ! Profitez ensemble de votre présence sur Terre, ne vous embarrassez pas du pauvre mortel que je suis, aussi bel éphèbe que je sois ! »

Devant ses manières fort courtoises et aimables, ainsi qu’il sied à une divinité, mon courroux retombe quelque peu :

-Jupiter ? Etonnante peau qu’il a choisi pour honorer les mortels de sa présence… Mais allons, tu as raison, il pourra me débarrasser de quelques importunes rencontres…

J’assène à Ulysse un regard qui se veut foudroyant et le dépasse avec un air savamment hautain. Jamais un mortel ne m’a traité de la sorte ! Jamais ! Mon frère saura y mettre bon ordre et le griller sur place, assurément !


Ainsi j’avance d’un pas majestueux et décidé, relevant ma stola –qui ne se trouve d’être en réalité qu’une tunique- pour mieux marcher et dévoilant, en lieu et place de jambes délicieusement fuselées, une jungle hirsute de poils sombres. Je grimpe sur le promontoire de fortune de mon roi des Dieux de frère :

-Ah te voilà ! Je suis très mécontente mon frère ! Très mécontente ! Ces humains sont des malpropres !

Puis alors que j’attrape son bras pour qu’il prenne mon parti, une voix se fait entendre et mon regard se porte vers la jeune créature à la lyre non loin.

Vettia : « Toi. L'esclave. N'as tu donc pas honte d'interrompre une telle représentation ?»

J’ouvre des yeux ravis et ébahis en entendant le nom de la Muse de la musique et m’exclame d'une voix haut perchée :

-Terpsi ?! Oh mais cela faisait si longtemps ! –et me voilà à interrompre sa représentation quelque peu calamiteuse (elle nous a habituée à mieux…) pour la saisir par les épaules et lui planter deux bises sur les joues- Oh je crois bien depuis la dernière orgie de Dionysos! Tu te rappelles cet humain que l’on avait changé en singe ? Qu’est ce qu’on a rit !

Et me voilà de rire en en évoquant le souvenir. Puis voilà Apollon tout proche, je respire, heureuse et soulagée de ne pas me savoir seule au milieu de tous ces mortels… Cependant, comme dirait l’autre, souvent femme varie, et en oubliant mon aversion pour le gladiateur impudique, je m’écris en battant des mains face à sa proposition de jeu :

-Oh oui ! Un jeu ! J’aime tellement les jeux ! –puis je m’adresse à mes compagnons divins à mi-voix- On en fait si peu sur l’Olympe… Oh oui bien sûr, tout le monde y va de sa petite métamorphose, mais c’est devenu tellement commun et rébarbatif, reconnaissez-le…

Ah oui, ces humains sont beaucoup plus frais et imprévisibles que nous autres ! En témoigne cette orgie splendide de frivolité. L’immortalité, que voulez-vous, nous a empâté…  


Spoiler:
 



Priam brings sexy back:
 



Dernière édition par Priam le Sam 4 Oct - 10:48, édité 1 fois
Lun 29 Sep - 15:51
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




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Stupéfaite, Octavia Licinia Camilla resta sur place. Elle aurait pu le frapper pour cette impertinence. Il se fichait totalement de l’assassin qui se promenait et souhaitait la tuer. La Domina porta un regard en arrière pour s’assurer que Caria ne s’y trouvait pas … Encore. Serrant les poings, elle allait très certainement frapper le Duumvir là, ici et maintenant. « Il n’était qu’en possession d’une épée bâtarde. » « Il ne fallait pas s’en faire de cet assassin pour rien ! » Puis, elle le vit retourner sous la table, farfouillant dans l’herbe comme si cet assassin n’était rien, comme si elle n’était rien.

- Qu’aurais-je donné pour que Murena soit le Duumvir de Pompéï. Vous vous fichez totalement de vos citoyens. Vous ne méritez pas votre poste.

Marmonna-t-elle entre ses dents assez fort néanmoins pour qu’il l’entende. Elle était prise d’une colère furibonde dont la distance sauva très certainement Publicola d’un coup de poing monumental donné par … Une femme. Une femme bénie par Mars toutefois. - Bon, passons. - Aussitôt ceci passé, Octavia tâcha de trouver un autre homme capable de la protéger, lui, contre cet assassin. Quand on parlait du loup, elle manqua de suffoquer apercevant Caria venant dans sa direction. Heureusement pour notre Domina, des cris provenaient d’une bande de gladiateurs … Seulement, Ulysse semblait plutôt pris de folie se prenant pour Venus.

- Quoi ?

Resta-elle bouche bée un instant ayant, évidemment, tout compris de travers : ce n’était pas Ulysse Venus, mais bien Priam. Statufiée un instant, Octavia fut prise de frayeur lorsqu’elle s’aperçut de Caria approchait dangereusement de son époux. Elle ne fit qu’un geste dans cette direction voulant agripper les vêtements de l’assassin … Non ! Elle ne ferait pas de mal à Caïus ! Jamais ! Certes, peut-être, étaient-ils deux ? Octavia Licinia Camilla fit volte-face et s’aperçut d’un homme debout sur la table la plus proche de sa personne. Il semblait ivre. Il souhaitait ne pas la voir bouger … Qu’ils resteraient ici !

- Qu … Qu’est-ce que vous … Reculez !

Cria-t-elle de toute la force de ses poumons malgré la peur qui enchevêtrait son cœur. Subitement, ce fut comme si le monde lui tombait dessus à bras raccourcis. Ses jambes, son corps la lâchèrent sous le poids de Cnaeus pour s’effondrer dans la terre en en avalant par mégarde. Un instant ses oreilles bourdonnèrent terriblement. Elle n’entendait plus rien … Sa tenue devait être déplorable, mais elle avait mal. Si mal. Elle avait le souffle court sous le choc et il lui était impossible de bouger un membre pendant ces quelques instants. « Il veut me tuer » songea-t-elle tâchant de se mouvoir au sol pour échapper à cet homme. Quoiqu’il semblait aussi vouloir la déshabiller … Eh ! Il veut la violer avant de la tuer ! Jamais ! En un souffle, de toute la force de son bras droit et malgré sa position peu avantageuse, la Domina tâcha de frapper son assaillant.

- Caïus … ! Attention … Ils veulent nous … tuer.

Cria-t-elle à ce dernier apercevant encore Caria et l’Édile de sa position dans la terre. Certes, bien vite, elle sentit son visage mordre à nouveau la poussière. Octavia n’avait plus qu’une seule solution. Ramper. Elle agrippa le plus solidement possible le sol de ses doigts et de ses ongles pour tâcher de ramper au-dehors de l’étreinte agressive de cet homme. Il était plus fort … Bien plus fort cependant. On voulait tuer les Licinii. Son cœur battait la chamade alors que des larmes coulaient inlassablement de ses beaux yeux.
Patricien
Jeu 2 Oct - 13:30
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Lucius Pompeius Publicola
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Je ne sais pas qui m'a fourré une coupe pleine dans la main mais alors que j'interpèle l'importun qui coupe ma conversation hautement capitale avec Terpsichore - il va sans dire que de retrouver mon glaive d'apparat va de paire avec la raison d'état - je sirote tranquillement le breuvage. Mes papilles m'indiquent que ce vin a quelque chose de presque tourné, comme si les saveurs en étaient affadies par un quelconque réarrangement. Mais parfois, les épices sont mal dosées et je ne me formalise pas plus avant. Puis la muse me promet chant mystérieux pour dévoilement soudain de l'énigme. Si bien que j'attends, j'attends, j'attends encore qu'une mélodie parvienne à mes oreilles et je crois que j'en serai resté là, médusé par l'espoir, si l'importun n'avait point répondu.
Il semble vouloir indiquer l'objet de ma quête et mon coeur s'emballe, j'en perds le souffle, j'en perds la voix, je balance la coupe par dessus mon épaule qui atterrit dans un bruit sonore sur la table juste à côté d'Ahenobarbus et de sa famille, sans que je m'en rende compte. Mon regard transcende l'air lui-même et va se poser dans la direction indiquée par Ulysse, jusqu'à ce que mes pupilles, dilatées de prédateur, voient Terpsichore, et se transforment en deux puits emplis de déception... Cruelle. Ce n'est pas là l'objet de tout mon amour.

Lorsqu'Ulysse ajoute, à mon air désabusé, l'outrecuidance en me mettant la main sur l'épaule, comme si j'étais son aide de camp, j'avoue que mon orgueil blessé recouvre soudain tout son lustre et je balaye ses doigts comme s'il s'agissait là d'une insulte. Et c'en est une... en quelque sorte. Ne suis-je pas Duumvir... non que dis-je Apollon ?

- Comment oses-tu essayer de tromper Ap... le Duumvir lui-même manant ? Je te ferai bien rosser pour ce crime mais le devoir m'appelle. Sois certain...

Mais il ne m'écoute pas et déjà harangue les foules. Je hausse les épaules, le cruel manque de mon glaive me tiraillant de nouveau les esprits et je repars, comme quelque limier. Je n'ai pas besoin de ce rustre pour faire mon portrait : je suis le plus beau, le plus riche et le plus aimé. Quoiqu'en dise Octavia. Octavia... tiens, cela rime avec apparat. Peut-être tiens-je là une piste conséquente et que l'assassin a réellement dérobé l'arme afin de me faire accuser alors je tonne :

- Qui est donc armé de mon glaive d'apparat par Jupiter ! Je lui lance d'ailleurs un regard affable au passage... Venus... est-ce toi qui me joue un vilain tour ? Serais-tu vexée de la beauté d'Octavia pour lui vouloir du mal ? Il est vrai que nous manquons de jeux au milieu de tout notre luxe.

La fièvre me reprend, mon rôle divin également, car Apollon c'est moi, ne l'oublions pas. Et ça rime aussi avec apparat, voilà la preuve. Je mets mes deux mains sur les épaules si musclées de Venus, car faute de jeu, il faut croire qu'elle s'est mise au pugilat pour entretenir son moral et lui susurre à l'oreille :

- Dis-moi donc quel genre de jeu est-ce là ma belle ? Où est donc mon glaive d'apparat ?

J'ai toujours aimé tripoter Venus, que voulez-vous... Surtout sur une musique si enivr... eh bien... enfin... une musique quelle qu'elle soit dirons-nous ! Il faudra que je relance les auditions pour mes muses, car ça ne va pas du tout. Dans le fond, un bruit de chute sonore vient ajouter aux discordances de la lyre abîmée alors dans un geste protecteur, j'enlace un peu plus la déesse contre moi.

- N'aies crainte, personne ne viendra te menacer, ni chien volant, ni renard à rouflaquettes... À part moi si tu ne me donnes pas ce que tu m'as honteusement dérobé, petite.

Tandis que j'affermis encore l'étreinte pour la faire parler, car personne n'a jamais résisté à mon charme,  l'on m'interpèle et une nymphe assez dénudée me regarde de ses grands yeux. Une nymphe qui me parle un langage si harmonieux que je me dis que c'est elle qu'il me faut pour nouvelle muse. Apollon n'a jamais repoussé l'appel de tels yeux, ni de telles paroles aussi bien tournées. Je n'ai jamais repoussé cet appel non plus... Et puis, je connais ce visage, je connais cet appel apeuré et le patriarche protecteur, Duumvir de Pompeii, semble se rebeller un instant contre les enchantements qui planent sur la fête de Flore. Je cligne des yeux et lâche aussitôt Priam, me demandant un instant ce que je fais là et pourquoi une voix ne cesse de me rappeler qu'il me faut mon glaive. Mon. Glaive. Je repousse un instant cette rengaine, secouant la tête et offre un bras salvateur à ma belle-fille :

- Nymph... hmm... Rufia, que fais-tu donc ici dans cet accoutrement ? Ce n'est pas... correct voyons. Ma tête va bien pour ma part. Je confirme en la hochant, comme s'il fallait que je le dise à haute voix pour en être certain. Mais j'ai perdu quelque chose et j'en suis ennuyé. Je fronce le sourcil et mes yeux glissent sur ses jambes nues avant de revenir à son visage, afin de constater qu'elle n'a rien : Je ne sais ce qu'il se passe et pourtant je sais toujours tout Rufia ! Surtout où sont mes affaires mais stoppons-là... Il semble que le bougre là-bas qui se croit dans une Rostre, va forcément nous en apprendre plus, il a l'air volontaire.

Et je désigne Ulysse, perché, non pas sur une branche mais sur une table...



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Empire
Lun 20 Oct - 23:46
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Cornelius Maestus
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In vino veritas

Maestus. Le Triste. En te détaillant dans le bronze poli tu ne peux que penser en soupirant que ce nom te sied vraiment à merveille. Peut-être aurais-tu du choisir autre chose que cet habit bleu sombre qui semble rendre encore plus sinistres tes traits déjà maussades. Tu ne veux pas te rendre à ce banquet, tu n’as aucune envie de voir défiler les louves te rappelant que toi aussi en tant qu’affranchi, en tant que dominus gregis, tu n’es qu’une prostituée infâme dont les paroles deviennent cendres avant même d’atteindre les oreilles de tes interlocuteurs. Et pourtant tu n’as pas voulu refuser l’invitation de ton patron, tu n’as pas voulu prétexter n’importe quelle faiblesse pour ne pas l’accompagner. Ces fêtes vous y avez été jeunes, et il t’en reste des souvenirs joyeux que toute ta rancœur ne pourrait te faire oublier. Qu’importe Licinii et Pompeii, tu es un Cornelii, et ton devoir (autant que ton cœur et ton ambition) t’attire vers Servilius. Le voilà d’ailleurs, tu esquisses à son attention un de ces sourires tristes qui ton valu ton cognomen et après avoir offert à tes comédiens et autres esclaves d’occuper tes soirées comme ils le voudraient, tu le suis dehors.

Tu sens pourtant un certain malaise s’installer entre vous au fur et à mesure que le silence dure, pendant que chacun perdus dans vos pensées les mots désertent vos bouches. Pourquoi lui en veux-tu déjà ? Ah oui, Publicola. Tu n’as que trop peu d’amis pour te remettre bien vite de la perte de l’un d’eux. Mais les cinq années de labeur dans des travaux divers à la suite de ton affranchissement te reviennent en mémoire et tu ne peux t’empêcher de songer à ton rêve, à Rome, à ce métier que tu as toujours voulu faire et cette aventure que ton ami t’a permis de tenter. Dans tes heures sombres, tu penses à ton père à qui tu avais pourtant promis de mener une autre vie que celle-ci. Tu te demandes s’il est toujours vivant et ce qu’il pourrait dire en voyant son fils ainsi. Tu n’as jamais demandé de ses nouvelles à Servilius, tu t’es toujours refusé de retourner sur les lieux où tu avais été esclave après être devenu libre. « Te souviens-tu lorsque nous nous sommes échappés un soir, pour assister à cette même fête ? Mère disait "ce n'est pas pour les enfants, quoiqu'on en dise aujourd'hui ! C'est si... licencieux". Et père ne disait rien comme toujours. » Tu réponds à ton ami par quelque chose qui semble être ton premier sourire sincère depuis des mois. Il dit père et mère, comme à cette époque où vous vous aimiez comme des frères sans jamais vous le dire – par convenance tout autant que parce que vous n’en aviez pas besoin. Ce temps est-il révolu ? Malgré toutes ces années et vos derniers différents, tu ne peux le croire. Tu continues à adorer tout ce que le plébéien apprécie, tu continues à rêver de votre gloire commune, même si les rêves se font moins nombreux ces derniers temps. Tu feins un enjouement presque enfantin si vrai que tu te presque à y croire. « Si je m’en souviens ! Il me semble que nous ne l’avons pas fait qu’une fois d’ailleurs. Je me souviens aussi avoir bu pour la première fois à l’une de ces fêtes, un vin que tu avais pris à ton père – très mauvais dans mes souvenirs ! Mais il nous avait rendu on ne peut plus euphorique. Mais tiens, nous avons raté la procession. Hâtons pour voir la fin du défilé hors de la ville ! »


Vous êtes en retard, le défilé est déjà fini au moment de votre arrivée. Tu ne peux t’empêcher de songer avec un sourire presque mélancolique que cela est déjà arrivé par le passé, quand il vous fallait tout votre génie pour vous échapper à la mère de Servilius et à tes propres parents pour venir en cachette vous joindre à cette fête et  vous saouler trop jeunes avec du mauvais vin au milieu des louves. Ces souvenirs réveillent en toi une tendresse joyeuse depuis trop longtemps disparue sous l’amertume et la peur, et tu attrapes bien vite deux coupes. « Buvons ami, à la concrétisation de nos rêves d’enfants ! » Sitôt la coupe portée à tes lèvres elle est à moitié vide. Tu ris de cette ivrognerie et jette un coup d’œil alentour. La Murène est ici, et tu sais bien qu’à un moment où à un autre il te faudra aller le saluer. Publicola est d’ailleurs à ses côtés. Le tableau des rivaux côte à côte réveillent en toi ce mal être pour lequel tu es connu, et il ne suffit que d’une autre grosse gorgée pour que le vin disparaisse parfaitement de ta coupe. « Comme quand nous étions gosses ! Allons, il faut que je retrouve à nouveau à boire. » Vous traversez la foule compacte, et à chacun de tes pas il te semble que ta tête devient lourde et que tes doigts s’engourdissent – tu n’as pourtant pas tant bu que cela ? Quand tu trouves enfin ce que tu cherches et que tu peux à nouveau plonger tes lèvres dans le liquide capiteux, l’assemblée a sombré dans la démence.

Là bas, Jupiter a pris forme humaine devant l’adoration générale, tu entends quelqu’un saluer Venus qui a accepté de combler l’assistance de la grâce de sa présence mais que tu ne parviens pas à voir. Les paroles insensées qui s’échangent autour de toi prennent un sens nouveau à mesure que ton sang s’échauffe. Tout te semble à la fois parfaitement logique et incroyablement stupide. Tu fais un pas en arrière, surpris par les cris de détresses poussés par Octavia Licinia Camilla, regardant rapidement alentour pour trouver l’assassin qu’elle dénonce. Ton regard se pose alors sur Cnaeus Loreius Tacitus qui s’adresse alors à la patricienne. S’envoler ? Mais il ne bat pas assez vite des bras pour cela ce sinistre crétin ! Sans surprise, tu le vois s’écraser sur la femme de la Murène dont la panique augmente à chaque instant.

Alors que tu assistes à cette scène étrange, un rouquin barbu que tu crois reconnaître comme Aulus Caelius Ahenobarbus passe devant vous apparemment à la recherche quelque chose. Dans sa hâte, il te chahute un peu et tu laisses échapper ta coupe de toute façon à présent à nouveau presque vide – mais cet acte déclenche en toi une rage indicible. « P’tite pucelle ! » Tu le retiens par la manche, brûlant d’une colère nouvelle. Tu ignores si verser le sang en présence des dieux de ta mère est quelque chose de puni ou non, mais le patricien a bien cherché ton courroux. « Je m’en vais te découper le gras du cul, ça t’fera ça de moins à trimbaler ! » Ton emprise sur le citoyen ne faiblit pas, et tu lances un regard à ton ami d’enfance bien plus au fait que toi de l’art de se battre, et dont le regard te semble d’ailleurs particulièrement brillant. « Aide-moi Servilius, à moins que tu préfères que l’on dise partout que tu es une petite pédale qui pisse dans son froc à l’idée de se battre ! » Tu ne peux t’empêcher de songer que quand vous aurez réglé le compte du rouquin, il vous faudra vous occuper de cette horrible musicienne là-bas dont les notes maladroites te brisent les tympans, mais d’abord tu comptes bien faire payer ta coupe renversée au pieux Ahenobarbus. « Tu as fait tomber ma coupe, quelques mots pour te défendre, fils d’unijambiste ?! »

code by biscotte




Pour aucune raison assez valable pour que je les explique ici, j'ai choisi de ne pas inventer d'insultes, mais de reprendre celles du maîtres d'arme de Kaamelott. Voilà. XD


C’est Electre qui parle. Au cœur de l’obscurité. Sous le soleil de la torture. Aux métropoles du monde. Au nom des victimes. Je reprends le monde auquel j’ai donné naissance. Je l’ensevelis dans ma honte. A bas le bonheur de la soumission. Vive la haine, le mépris, le soulèvement, la mort.
le contraire de un


Dernière édition par Cornelius Maestus le Mar 9 Déc - 0:36, édité 1 fois
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Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Titus Cornelius Servilius
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Si Maestus a son regard triste tandis que les deux compères d'autrefois déambulent dans les rues chargées de joyeux drilles, le Serpent a le sourire jusqu'aux oreilles, au point que cela en est un peu terrifiant. Toutes ces personnalités en vue qui ne manqueront pas d'être avinées, ou de s'oublier quand leur regard caressera des courbes par trop avenantes... Il s'en réjouit d'avance car il sera là, comme toujours, tapis dans l'ombre, prêt à les observer. À noter dans sa mémoire abyssale leurs petits écarts, leurs regards lubriques, leurs fantaisies inavouables. Alors il se pourlèche de sa langue bifide : une soirée qui s'annonce parfaite, surtout s'il a son ami à ses côtés. Son ami qu'il n'a pas l'impression de trainer, pas une seule seconde, tandis qu'il se drape dans l'égoiste joie d'être avec lui. Il a sans problème laissé sa jolie épouse à la maison, car il voulait profiter de Senianix en aparté. L'emmener dans l'ombre sans doute, lui murmurer ses projets, allumer quelqu'étincelle dans son regard triste... si triste. Pour un seul sourire comme celui-là, il aurait pu même vendre sa femme. Il n'a pas de mal à le croire.

Mais l'ombre dans laquelle il veut le trainer, cette ombre est malheureusement déjà là, à planer au-dessus d'eux deux. Titus sait qu'il a commis une erreur, c'est son péché originel à lui, dans cette amitié presque sans faille. Et à chaque fois qu'il se dit qu'il n'aurait pas dû le forcer par arrivisme, il se rappelle l'abandon que son ami lui a fait subir. Cet abandon qui l'a rendu dur comme pierre et qu'il ne semble jamais être à même de lui pardonner tout à fait. Alors qu'importent les chaines, à présent Senianix est sien et il doit lui obéir. Un instant, Cornelius se dit qu'il pourrait tout de même se forcer à avoir l'air heureux, alors que le silence les englue. Ce silence il le vomit, il l'abjure. Il cherche les souvenirs pour les excaver, et rappeler entre eux deux les liens qui furent jadis. Les rires aussi. Et le jeu s'installe doucement... un jeu pas tant oublié que cela. Car il lui répond sur un ton qui le ravit, qui lui fait aussitôt adopter le même, détaché et presqu'heureux. Autant qu'un Serpent peut l'être en tous cas :

- Ah ! Il est certain que père ne vendait pas à l'époque que du meilleur vin...

Ce père inutile mais qu'il n'insulte pas en pensées ce soir-là, car il n'en a nul besoin au milieu de toutes ces festivités. Il se hâte à la suite de Maestus, autant pour voir le défilé que pour commencer à saisir cette grande fresque de débauche humaine. Il ne ressent guère de déception lorsqu'il s'aperçoit qu'ils ont raté la longue procession, car après tout, le véritable spectacle est ici, sous leurs yeux. Il trinque de bon coeur :

- À nos rêves d'enfants Senianix. Et à tous les autres...

Mais il ment... Il n'y a plus de rêves une fois adulte. Il n'y a plus que l'ambition dévorante qui vous porte jusqu'à la grande Rome, la cité éternelle où les Muses siègent. Il boit pour faire passer son mensonge qui semble vouloir rester coincé dans sa gorge. Puis bois une longue gorgée encore. Le vin est âpre mais il ne va pas se formaliser pour si peu. Il cherche des yeux Murena et le voit attablé avec Publicola. Ce détail lui déplaît aussitôt, car c'est à la fois l'avenir et le passé qui lui est rejeté en pleine tête. À la tête de Senianix aussi d'ailleurs... Qui s'enivre plus que de raison. Il ne va quand même pas l'abandonner dans cette course effrénée à la boisson si bien qu'il lui sert d'escorte. Il a d'ailleurs bien moins bu que lui car des bruits d'altercations lui parviennent aux oreilles alors que son ami ne semble même pas s'en rendre compte. Il y a Loreius qui vient d'ailleurs de sauter sur l'ennemi et Titus se dit aussitôt qu'il faut faire attention, que la bataille fait rage et que les dieux n'aident jamais véritablement les pauvres mortels qui se rentrent joyeusement dans le lard. Après tout, est-ce que ces vaines querelles les regardent vraiment ? Non pas... Apollon tripote Venus, Jupiter tonne, les Muses jouent mais on ne voit pas le danger. Les ennemis ont encerclé leur position, il faut absolument se préparer à la défense de la clairière, par Mars !

Il perd de vue un instant Senianix, mais pas suffisamment longtemps pour oublier de lui crier :

- Ton casque règlementaire Maestus, voyons, mets ton casque. Une flèche peut être si vite fichée dans un crâne. Où est le legatus qui commande cette légion désorganisée ?

Il cherche en tous sens, il lui faut trouver Murena car après tout, c'est bien lui qui commande des hommes d'armes. C'est lui qui saura ce qu'il faut faire pour entamer les hostilités. Les jurons de son ami lui parviennent étouffés, et il fait quelques pas, se baissant très régulièrement, faisant des écarts comme pour éviter le tranchant d'un glaive. Il arrive auprès du légat qui semble aux prises avec une esclave. Il déclare aussitôt, incrédule :

- Mais les femmes n'ont rien à faire sur les champs de bataille voyons ! Puis se tourne vers Caius Licinius, esquissant un salut militaire, lui qui n'a jamais fait ses classes : Ave Legatus Licinius. Je viens vous annoncer que les troupes ennemies se rassemblent. Un éclaireur a été mis à terre par le vaillant Loreius mais ils sonneront certainement bientôt la charge. Il vous faut donner vos instructions au plus vite.

C'est à ce moment là qu'Ulysse monte sur la table pour haranguer les foules. Le Serpent qui se veut soldat d'un soir dit alors, s'exclame même :

- Par tous les dieux ! Ils attaquent ! En tortue, en tortue !


Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé.
Patricien
Jeu 13 Nov - 21:45
Re: INTRIGUE ₪ Le banquet de Flore   




Helvia Claudia Scaevola
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Le Banquet de Flore



Seule sur son balcon, les yeux rivés au-delà des remparts, la gauchère écoutait les bruits de la fête qui planaient dans l’air. D’un trait, elle vida une nouvelle coupe de vin avant de la tendre à Nasica sans un mot pour se la faire remplir.

Sa main demeura en l’air plusieurs secondes et Helvia sentit l’hésitation de son esclave. Soupirant sans le cacher, elle lui dit d’une voix lasse :

- Pas de leçon de morale aujourd’hui…

- C’est votre cinquième coupe, domina.

- Et si je te demande de vider une à une toutes les amphores de ma réserve, tu le feras sans discuter car tel est ton rôle, répliqua-t-elle sèchement. Maintenant, sers-moi ce vin.

L’esclave se tut et remplit la coupe non sans montrer une certaine désapprobation à laquelle la veuve répondit par une remarquable indifférence. Elle but une nouvelle gorgée, puis reprit sa passive observation…

Lucius était passé quelques heures auparavant. Comment le duumvir aurait-il pu manquer une telle célébration ? Du haut de son promontoire, Helvia avait cru remarquer un regard de sa part, discret et rapide. Le regard secret de l’amant à sa maîtresse. Il était étrange de haïr ces instants toujours trop courts et trop lourds de risques, et de les désirer pourtant, avec toujours plus d’ardeur, pour combler ce manque perpétuel de l’autre. Le duumvir avait été suivi par des milliers d’anonymes, tous partis profiter de ce que la ville offrait de mieux pour rompre leur quotidien d’une morbide monotonie. De loin, la veuve avait entendu l’amphithéâtre gronder comme une bête repue. Le spectacle des prostituées avait certainement eu son effet sur la virilité pompéienne… Braves filles.

Et puis, les clameurs s’étaient éloignées, sans jamais s’éteindre pourtant, pour aller se réfugier au-delà des remparts, au milieu des champs illuminés par des centaines de torches et de lampes à huile, là où se dressaient sans aucun doute des montagnes de nourriture et d’amphores de vin. En parlant de vin…

- Nasica… murmura la veuve en tendant à nouveau le bras.

Un silence plana de nouveau quelques secondes avant que la voix de la servante ne le brise.

- Le pichet est vide, domina…

Scaevola ferma les yeux, tentant de contenir son irritation grandissante.

- Eh bien ? Va donc le remplir ! Tu as les compétences nécessaires pour cela, non ?

L’esclave ne réagit pas à la pique de sa maîtresse et se contenta de répondre :

- Quelle amphore dois-je ouvrir, domina ?

Enfin une question emplie de sens ! La gauchère, toujours sans lui porter un regard, resta muette quelques instants, le temps de laisser une idée séduisante se frayer un chemin dans son esprit déjà quelque peu embrumé par l’alcool. Alors, un discret sourire étira ses lèvres et on l’entendit prononcer avec un certain enthousiasme :

- Procure-toi une des amphores de la fête… Si l’ambiance et la musique de la déesse Flore me sont interdites, j’aimerais au moins profiter de son vin.

Voilà qui suffirait certainement à lui mettre du baume au cœur. Et après tout, la ville semblait avoir fait de nombreux efforts pour rendre cette fête somptueuse, certainement pour faire oublier le fiasco de la dernière venatio et les rencontres fortuites des Pompéiens avec quelques fauves qui avaient soudainement décidé de faire une excursion clandestine en ville. Ce ne serait peut-être pas le meilleur vin de la création, mais il ne serait certainement pas la pire des piquettes et même un vin juste honorable suffirait à la gauchère en de pareilles circonstances.

- Prends l’argent qu’il te faut, tu sais où le trouver. Et veille à ne pas te faire embobiner par un marchand trop sûr de son pouvoir un soir arrosé comme doit l’être celui-ci.

Nasica laissa échapper un dernier soupir puis disparut en silence alors que sa maîtresse conservait ce mystérieux sourire sur les lèvres.

₪ ₪ ₪

Près d’une heure plus tard, Helvia savourait en silence sa troisième coupe de ce nouveau vin. Sa première impression avait été plutôt décevante. La patricienne n’était pas parvenue à expliquer cet arrière-goût âpre et désagréable. Le palais des goûteurs perdait-il à ce point de ses capacités ? La veuve n’aimait pourtant pas le gâchis et un pichet servi se devait d’être terminé ! Elle ramena sa coupe à ses lèvres et avala une nouvelle gorgée.

Son esclave se rapprocha pour venir remplir la coupe dont elle surveillait constamment le niveau, ayant compris qu’il ne servait à rien ce soir d’inciter sa maîtresse à être raisonnable. Pourtant, lorsqu’elle chercha le regard de sa domina, elle le trouva étrangement vide et arrêta son geste.

- Domina ? murmura-t-elle d’une voix craintive.

Les yeux de la veuve croisèrent lentement les siens.

- Domina, vous allez bien ?

- Merveilleux… gronda la gauchère. Merveilleusement bien…

L’esclave s’agenouilla à côté de sa maîtresse et posa sa main sur son bras.

- Domina…

La veuve la regarda affectueusement et lui sourit.

- Tu es très jolie, Nasica. J’ai de la chance de t’avoir, tu sais ?…

Cette fois, plus aucun doute n’était permis.

- Domina, vous êtes ivre.

- Oh ouiiii… répondit Helvia d’une voix lente. Ivre de bonheur. Et regarde… Elle indiqua du doigt sa cheville douloureuse qu’elle bougeait désormais avec une souplesse inattendue. Je n’ai plus mal à la cheville.

Nasica cligna des yeux, perdue entre surprise et incompréhension. Sa maîtresse ne pouvait pas avoir été guérie par ses coupes de vin, à moins que les dieux n’aient décidé de donner au breuvage des propriétés curatives tenant du miracle. Et en effet, elle n’était point guérie ! Seulement, par un phénomène inexplicable, ce nouveau vin avait fait disparaître toute douleur, donnant l’illusion à cette pauvre dame ivre que son pied était en parfait était de marcher.

- Je veux aller au banquet, lança alors la veuve d’une voix plus forte.

- Domina ? Mais… Vous n’y pensez pas !

Mais déjà, Helvia se hissait sur ses jambes avec une maladresse évidente. Prise de court, son esclave lui offrit son appui et la patricienne se mit debout, un souvenir béat figé sur les lèvres.

- Regarde ! Tu vois ? Je marche !

- Mais domina, enfin… Ne remarquez-vous pas que vous boitez ?

- Balivernes ! S’il n’y a pas de douleur, il n’y a point de mal ! Qu’on m’amène un cheval ?

L’esclave écarquilla les yeux.

- Un… Un cheval ?! Mais… Mais vous n’avez plus monté depuis des années !

- C’est comme le vélo la couture ! Cela ne s’oublie pas ! Mon cheval !

Titubant sur sa patte folle, la veuve traversa sa chambre, puis toute la villa pour rejoindre l’arrière-cour. Les serviteurs cessèrent leurs activités, observant avec incompréhension leur maîtresse qui n’avait jamais paru aussi joyeuse (prenez bien tous les sens du terme !) et sa suivante qui lui emboitait le pas en essayant de parer à tous les accidents qui pourraient survenir sur son chemin, sauvant là un vase, ici un buste, attirant l’attention d’une esclave trop occupée pour remarquer qu’elle se trouvait sur la trajectoire d’une drôle de bête avinée ou évitant une chute de sa maitresse en lui offrant son épaule de temps à autres.

Une fois dans la cour, Helvia s’écria avec enthousiasme :

- Eh bien ! Où est mon cheval ?

- Mais… Domina…

- Oh ! Cela suffit ! Je n’ai jamais aimé les mômes, ce n’est pas pour être traitée comme l’un d’entre eux ! … Tiens, regarde ! Celui-ci sera parfait !

Elle montra du doigt un jeune esclave africain à la peau noire qui la regarda, soudain pris de panique.

- Domina ! Mais attendez !

Trop tard ! Pauvre esclave… Déjà, la veuve prenait ses jambes à son cou (imaginez ce que cela peut donner avec une cheville réfractaire !) et se jeta sur le dos de l’esclave qui poussa quelques cris étouffés dans sa langue natale (je vous fais grâce de leur véritable signification !). S’accrochant à son cou, les jambes ancrées autour de sa taille, elle commença à talonner ses flancs comme une cavalière de deux ans et demi chevauchant son premier poney.

- Qu’attends-tu, bourrique ? En avaaaaannt ! Aux remparts !

L’Africain regarda Nasica, complètement perdu. Poussant un long soupir, la suivante secoua la tête de droite à gauche avant de faire un signe de la main indiquant qu’elle abandonnait la partie. Montrant la sortie, elle indiqua à l’esclave de faire ce que lui disait sa maîtresse, en priant pour qu’elle ne tombe pas de son « destrier » avant d’arriver aux remparts.

₪ ₪ ₪

A petites foulées, faisant rebondir sur son dos la patricienne estropiée, l’Africain de dirigea vers les remparts en entendant résonner dans ses oreilles des mots latins dont il ne comprenait guère le sens tant ils étaient marmonnés, hurlés, ris et chantés. Suant à grosses gouttes (car, sans aucune animosité, admettons tout de même qu’une domina pèse son poids !), il la conduisit jusqu’aux remparts, suivant les bruits de la fête qui ne cessaient de gagner en force. Les ruelles sombres de Pompéi laissèrent alors leur place aux centaines de lumières ocres qui parsemaient les champs et à la populace ivre d’humour et d’alcool qui terminait les derniers plats possédant encore la moindre miette de nourriture.

Se dirigeant naturellement vers un groupe qui semblait davantage appartenir à l’élite de la ville, l’esclave sentit la gauchère tirer en arrière de toutes ses forces, manquant de l’étrangler.

- Oooooooh ! Brave bête…

D’un bond, elle descendit de sa monture, se trouvant étrangement déséquilibrée sur sa cheville mal en point. Tiens, mais que lui arrivait-il à celle-là ? Bah ! Cela passera !

Sans attendre, elle donna alors une vive tape sur la croupe de son courageux destrier.

- Allez, file !

L’esclave sursauta, de nouveau pris de court. Mais déjà, la Romaine s’éloignait pour rejoindre ses comparses patriciens. Autour de lui, le vin semblait avoir embrouillé tous les esprits. Un sourire énigmatique se dessina sur ses lèvres et il disparut dans l’obscurité, s’enfonçant dans les champs pour ne jamais y revenir.

Mais Helvia ne remarquait plus rien, rien que cette merveilleuse soirée à laquelle elle pouvait enfin se rendre. Parmi les centaines de visages qui l’entouraient, elle ne reconnut pourtant personne véritablement car tous lui paraissaient étonnamment flous. Mais peu importait ! Elle avait le visage illuminé d’une petite fille qui participait à sa première grande soirée. Doucement, elle divaguait, passant entre les Pompéiens sans les interrompre, observant seulement avec une étrange fascination ces hommes et ces femmes aux allures si passionnément habitées par un bonheur enivrant et enivré.

Soudain, on la heurta.

- Pardonnez-moi, s’empressa-t-elle de dire, confuse. Je ne vous avais pas vu. Vous ai-je blessé ?

Elle se retourna et tomba nez-à-nez avec un arbre immense, au tronc large, dont les branches s’élevaient vers le ciel telles autant de mains implorantes (c’est beauuuuuu…), un arbre solitaire perdu au milieu de la plaine, autour duquel on avait placé plusieurs des tables de la soirée. Un homme en pleine possession de ses facultés, ce qui semblait, soyons sérieux, assez difficile à trouver dans ce champ à ce moment-là de la nuit, aurait certainement considéré l’éventualité d’envoyer la veuve chez le premier medicus venu pour vérifier si elle n’avait pas perdu la raison car, comme devant un bel éphèbe, Scaevola se mit à pâmer comme une demoiselle de vingt ans.

- Bonsoir... Vous aurais-je déjà vu auparavant ?

D’un geste faussement négligé, elle effleura la peau de son éphèbe l’écorce de l’arbre et elle ne put réprimer un air de surprise :

- Cher ami, votre peau…

Elle lui lança alors un sourire admiratif.

- Vous avez la peau si sèche… Une peau de travailleur acharné, j’en suis certaine. Si jamais vous cherchez de quoi remédier à cela, je de très bons produits de chez Flaccus qui sauraient sans aucun doute … aider à vous rendre… doux.

Elle lui fit un clin d’œil aguicheur. Soudain, quelques notes de musique étranges lui parvinrent aux oreilles. Elles n’étaient pas vraiment harmonieuses, ni pourvues d’un rythme soutenu.

- Quelle musique est-ce donc que cela ?

Elle aperçut alors, perdue dans la foule, une petite brune avec un instrument à la main. Elle se redressa alors.

- Qu’importe le style, après tout. J’ai une folle envie de danser.

Elle se tourna alors vers son ami l’arbre.

- Me feriez-vous l’honneur ? murmura-t-elle à l’oreille à la feuille.

Et doucement, elle se mit à tournoyer autour de lui, manquant d’un instant à l’autre de s’effondrer entre les vapeurs d’alcool et sa cheville qui ne savait plus quoi faire pour lui faire comprendre qu’elle n’était pas prête à se lancer dans une salsa… Un boléro ? Une valse ? Un tango ? Enfin ! Une danse quelle qu’elle soit ! Laissant onduler sa chevelure détachée, Helvia lança d’un ton rieur :

- Libérez-vous ! Vous êtes tout raide ! Dansez avec moi, dansez !

Profitez de cet instant, Pompéiens ! Vous ne verrez pas la Vipère ainsi tous les jours…
lumos maxima


Si mon sexe me refuse les ambitions qui me dévorent, laisse ma haine et ma soif de pouvoir servir ton ascension. Que ma rage te hisse aux sommets qui me sont interdits et fais qu'en ta réussite je trouve ma consécration. Deviens homme de lumière, je reste femme de l'ombre. Mais brille pour nous deux car la vipère gronde... Son venin te servira tant que tu tiendras parole.  

(c) crackle bones
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