POMPEII fait un break jusqu'à début novembre pour se refaire une santé >>> Plus d'infos ici

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 Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus

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Message(#) Sujet: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Mar 1 Juil - 23:32



Le corbeau et les yeux gris.


717 depuis la création de Rome.

Il y avait beaucoup de chose qu’Epidia Ravilla n’aimait pas faire. En fait, il y avait peu de choses qu’elle aimait faire pour son père. Tant qu’elle restait dans l’enceinte familiale cachée du regard de tous, elle obéissait avec le sourire aux lèvres, mais quand il s’agissait de sortir et de se montrer aux regards extérieurs c’était une autre histoire. Une carapace de glace se glissait lentement sur sa peau et refermait tous ses pores, la pétrifiant instantanément. L’extérieur, elle en avait peur.

Sa mère, bonne matrone romaine, l’avait toujours à l’oeil et préférait quand cette dernière restait à l’abris. Non qu’elle s’inquiéta réellement de sa santé trop chétive, mais plutôt qu’elle ne voulait pas qu’un drame arrive à l’extérieur : un malaise ou une crise de panique aurait été du plus mauvais effet pour l’entreprise de son époux. Elle lui laissait donc les tâches invisibles la plupart du temps.

Oui, Ravilla restait la majorité du temps auprès des esclaves de son père, ne se risquant jamais à mettre le bout de son nez dehors. Heureusement pour elle, nombreuses avaient été les années où ses soeurs avaient pu effectuer les transactions et besognes extérieures. Mais ces douces années en sept cent dix-huit étaient révolues : toutes ses soeurs s’étant mariées et ses frères s’étant lancé dans des négoces bien plus respectueux.

Ravilla allait devoir apprendre.

En se levant ce matin là, la jeune fille avait trouvé son frère encore sur sa paillasse, endormi d’un mauvais rhume. Elle avait tenté de le réveiller en le secouant gentiment, puis plus vigoureusement. Rien avait fait : Caeso n’ouvrait les yeux que pour les refermer lourdement. Leur mère avait pris sa défense : le pauvre était fatigué, il devait se reposer aujourd’hui. Evidemment. Si le cas avait été inverse : fatigue ou pas Ravilla aurait du se lever. Ici tout le monde devait travailler pour que le pater puisse continuer de bien gagner sa vie. Tout le monde avait la main à la patte, mais pour Caeso, pour Caeso c’était parfois différent. Il y avait quelque chose qu’il partageait avec la mère que la fille cadette n’avait jamais eu et n’aurait jamais. C’était comme ça, et ce matin là toutes les tâches du frère revinrent à la soeur. Et aujourd’hui, il s’agissait d’aller dehors.

Dehors.

Le pater confia sa marchandise à sa fille, elle n’avait qu’à traverser quelques rues et se rendre chez Lucretius. Ce n’était pas vraiment compliqué. Trois futurs gladiateurs, c’était aussi simple que ça. Quand les esclaves du ludus arrivèrent pour escorter les esclaves en leur futur demeure, Ravilla croisa le regard de l’un d’entre eux, pourquoi avait-elle aussi peur? Eux étaient conduits à la mort et ne semblait pas en être pétrifié pour autant…

Malgré la chaleur étouffante, elle s’enveloppa d’une couche de glace, un mur invisible qui était là pour la protéger des autres, de ce monde qui lui faisait si peur.

Le ludus n'était qu'à quelques rues, mais quand les portes se refermèrent derrière elle, elle soupira d’aise et pris de nombreuses secondes pour retrouver son souffle. Elle regarda de ses grands yeux gris les lieux, elle n’était encore jamais rentré par cette porte… Ce n’était pas le même monde vu d’ici… C’était étrange… cela n’avait rien avoir avec la vue qu’offrait le balcon de la villa… Elle se sentit soudain toute petite, écrasée et elle ne quitta pas son manteau de glace.

Elle attendit de nombreuses minutes avant qu’un homme apparaisse.

La fille du marchand d’esclave se mord un instant la lèvre supérieure, son frère devrait être ici. Elle ne sait pas vraiment ce qu’il faut faire, elle n’a qu’une liste de règles à respecter que Caeso lui a fait répéter à de nombreuses reprises quelques heures plus tôt.

Oui, mais ça il ne le sait pas lui. Alors la chétive se redresse et ajoute d’une voix plus froide que neutre : « tu es Paullus? »




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Dernière édition par Epidia Tullia Ravilla le Sam 29 Nov - 13:42, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Mer 9 Juil - 23:39

Une goutte de sueur tombe de mon front et d’un geste, je passe mon poignet pour essuyer ma peau qui ne cesse de perler à mesure que je me concentre sur ma tâche. Le medicus, bien attentif au-dessus de mon épaule, contrôle chacun de mes faits et gestes. C’est un nouvel art qu’il tente de m’apprendre depuis quelques jours maintenant : recoudre des plaies. Mes doigts tremblent à chaque fois que je m’apprête à piquer la chair du gladiateur dont je suis chargé. L’esclave ne bouge pas d’un millimètre, ce qui me facilite évidemment la tâche. Je ne pourrais jamais contredire cette réalité : les gladiateurs sont de loin les meilleurs patients que l’on puisse avoir. Leur acceptation de la douleur m’étonnera toujours. Il est vrai tout de même qu’au vu de la plaie que je répare sur la clavicule de cet homme, la morsure de mon aiguille doit être pour lui aussi douloureux qu’une simple piqûre de moustique… En revanche, leurs exigences sont certainement parmi les plus exacerbées. Chaque jour de convalescence semble être pour eux une torture indéniable, bien plus que la souffrance physique qu’ils semblent éprouver. Etre chargé de la santé des gladiateurs, c’est accepter d’être victime de leurs sautes d’humeurs et de leurs reproches quotidiens. Cela ne me dérange pas outre mesure : je sais pourquoi ils agissent ainsi. Je devine l’importance que peut avoir la gladiature pour un homme qui ne possède plus que ses propres mains pour changer le cours de sa vie. Alors je ne prends pas directement ces reproches pour moi et me concentre sur ma tâche.

Reprenant mon aiguille bien en main, je m’apprête à piquer une nouvelle fois. Alors, je sens la main du medicus derrière moi se poser sur la mienne. D’un coup, je sursaute et je l’entends murmurer :

- Cesse de trembler, Manius. Tu t’en sors bien.

Je prends une grande inspiration. Le medicus retire sa main et j’enfonce mon aiguille d’un geste plus sûr et plus rapide, certainement moins douloureux pour le gladiateur aussi. Je ne peux voir le visage de celui qui m’enseigne son art de la médecine, mais je sens un sourire se poser sur moi. Je continue alors mon ouvrage sur la même lancée et, ayant recousu l’intégralité de la plaie, je viens mordre le fil avec mes dents pour le sectionner enfin.

Sans plus attendre, le gladiateur se lève, frais comme un gardon. Il me tape légèrement l’épaule avant de quitter la pièce sans un mot. Il semblerait que l’entrainement reprenne déjà pour lui… Mon épreuve terminée, je ne peux m’empêcher de lâcher un soupir de soulagement.

- Tu t’en es bien sorti.

Je me retourne vers le medicus qui vient poser une main amicale dans mon dos.

- Fais-toi confiance, Paullus. Tu fais du bon travail.

Un garde pénètre alors dans la pièce et nous lance sans autre forme de présentation :

- Paullus, quelqu’un pour toi à l’entrée.

Je me tourne vers le medicus qui m’encourage à sortir d’un petit signe de tête. Je lui souris et me lève pour emboiter le pas du garde. En sortant de la pièce, je prends soin de plonger mes mains dans un récipient en terre cuite rempli d’eau claire laissé à la disposition du medicus et moi. Un esclave me tend immédiatement un linge propre et j’essuie mes mains pour en enlever les dernières traces de sang. Le garde me guide sans dire un mot et m’emmène jusque dans la cour à l’entrée. Là, j’y aperçois une jeune fille. Une très jeune fille perdue au milieu de trois hommes qui semblent immenses autour d’elle. Ce n’était pas cette fille que j’attendais aujourd’hui. Mes sourcils se froncent sans que je n’y fasse vraiment attention et je me rapproche jusqu’à ce qu’elle me remarque et vienne croiser mon regard.

J’entends alors sa voix de jeune fille, sa voix à la fois aigue et terriblement glaciale. Je cligne des yeux, surpris par le ton qu’elle emploie tout en le supposant légèrement incontrôlé. Un léger sourire vient étirer mes lèvres alors que je termine de m’essuyer les mains. La vérité est que cette drôle de situation m’amuse. Je tends le linge tâché à un esclave qui se presse pour venir me le reprendre et je me rapproche davantage de cette jeune fille qui semble avoir se sacrées responsabilités sur ses frêles épaules aujourd’hui.

- Ma notoriété me surprendra toujours, dis-je d’un ton taquin.

Je lui fais alors un respectueux signe de tête.

- Manius Oppius Paullus, pour vous servir, ma belle dame.

Mes yeux sont alors immédiatement attirés par les trois esclaves que la petite a avec elle. Il était prévu que Caeso me présente trois nouvelles recrues potentielles du ludus aujourd’hui. Mon travail est de les examiner et de vérifier qu’aucune tare physique ne puisse perturber leur entrainement avant de laisser Lucretius et ses conseillers négocier un prix convenable pour ce nouvel arrivage.

- Ce sont donc eux… dis-je d’une voix pensive en me rapprochant du premier.

Doucement, j’approche ma main que je pose sur son épaule. J’appuie sur l’articulation tout en fixant son visage pour y déceler le moindre tressaillement pouvant prouver que cette pression lui fait mal et qu’il possède donc une épaule fragile. Il n’en est rien et je continue alors sans bruit en passant dans son dos et en manipulant un à un chacun de ses bras à la recherche de la moindre douleur, de la moindre raideur, du moindre dysfonctionnement qu’aucun traitement ne pourrait résoudre à court terme. Je guide alors sa tête pour la faire tourner doucement, guettant un problème quelconque à la nuque, et continue en palpant sa colonne vertébrale jusqu’aux lombaires.

- J’attendais ton frère, dis-je alors simplement, toujours afféré à ma tâche.

Je ne connais pas cette jeune fille. Mais un certain air de famille et ce rendez-vous que vient de manquer Caeso me fait penser que cette petite créature fragile ne peut être que sa petite sœur. Dans le cas contraire, cela l’incitera à briser la glace dans laquelle elle semble s’être figée, tout comme son mutisme assez pesant, finalement, ce qui ne serait pas non plus une si mauvaise chose.

Je risque un regard furtif vers elle avant d’examiner les jambes de l’esclave, puis je continue :

- Il n’a pas pour habitude de manquer un de nos rendez-vous.

Alors, ma belle. Vas-tu retrouver ta langue ?
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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Jeu 31 Juil - 23:19



Le corbeau et les yeux gris.



 « Ma notoriété me surprendra toujours. »

Son ton se veut taquin, mais il lui semble déplacé et elle pince discrètement les lèvres pour souligner que ce genre d’attitude qui amuse peut-être les filles de bas étages, ne l’attire guère. L’homme est plutôt bien de sa personne, nul doute qu’il doit avoir l’habitude de récolter mille soupirs sur son passage.

« Manius Opius Paullus, pour vous servir ma belle dame. »

Ravilla laisse ses lèvres se détacher sous la surprise de ses derniers mots tandis que ses grands yeux gris le scrutent cherchant dans les pupilles de son interlocuteur le moindre signe de moquerie…Heureusement, cet instant ne dure pas car déjà les grands yeux noirs du dénommé Paullus sont attirés vers la marchandise.

Elle l’observe -toujours silencieuse-, elle observe comment l’homme s’y prend pour juger la marchandise. Heureusement, elle n’aura pas à les marchander ou à les vendre, jamais aucune marchandise de son père n’a été refusé. Elle devait bien lui reconnaître ça… Si le métier de son père n’était pas digne et qu’il était sujet à beaucoup de moquerie : il avait l’oeil et toujours les recrues qu’il proposait étaient sélectionnées…

Son attention se porte sur les esclaves que les mains habiles du plébéien parcourent à la recherche de la moindre imperfection -qu’il n’y évidemment pas-. La manoeuvre fascine Ravilla qui toujours réfugiée derrière son masque de glace ne perd pas un instant de la scène. C’est … intéressant et peut-être encore plus de voir à quel point il pourra chercher il ne trouvera pas d’imperfections! Un -très- léger sourire se dessine sous sa lèvre inférieure, qui oscille légèrement vers le haut.

« J’attendais ton frère. »

Son sourire disparaît tout aussitôt. Oui il attendait son frère, elle aussi attendait qu'il se lève ce matin. Mais voilà, le fait est qu'elle est là, elle et lui non. Et puis, elle ne s’est certainement pas déplacée jusqu’ici pour rien! Non, elle n’a pas bravé le monde extérieur et ses dangers pour un simple « j’attendais ton frère ». Pendant un moment, son être se pétrifie sous le mécontentement. Comme si de toute façon Statius pouvait faire quelque chose de plus qu’elle… C’était un petit homme gâté qui ne s’était même pas levé ce matin protégé par la matrone. Un mal de tête, un mal de tête! Si elle échouait : le voilà qui serait protégé par les mots doucereux de la mère tandis qu’elle serait encore rabaissée à être la cadette trop frêle pour faire quoique ce soit… Et puis le père, pour la punir il la ferait sortir dehors pour faire des petites courses de ci et là…

Malgré ses yeux baissés, elle sent le regard de l’homme se poser quelques instants sur elle.

« Il n’a pas pour habitude de manquer un de nos rendez-vous. »

Toujours en proie à la colère, Ravilla ne peut s'empêcher de soulever un sourcil, étonnée. Elle ne savait pas que Caeso venait souvent… Elle pensait que ses aînés étaient plus à même d’accomplir la tâche… Il était rare que leur père donne à Caeso une tâche qu’il tenait tout particulièrement à coeur. Très rare… Elle ne pouvait donc pas laisser cette chance lui filer entre les doigts. Cependant, elle ne pouvait pas dire que son frère était souffrant, cela ne donnait pas une bonne image de la famille. Et si une fièvre était chez les Epidii les esclaves auraient pu la contracter à leur tour… Elle n’avait pas le choix.

« Moi non plus. »

Un éclair passa dans les yeux de la jeune plébéienne, un air de défi qu’elle réussit à maintenir quelques instants avant que sa couverture de glace ne reprenne le dessus. Si elle revenait sans ces esclaves, son père la considérerait peut-être un peu plus, tout comme sa mère… Peut-être qu’ils reverraient leur décision de la marier à ce napolitain… Mais ça, il n’a pas besoin de le savoir lui, il doit juste comprendre qu'elle n'a pas l'habitude d'échouer dans les tâches qu'on lui incombe. Il attendait son frère, très bien mais c'était elle quai était là et il allait devoir faire avec.

D’un pas elle s’approche d’un des esclave et pointe son index sur le torse de la marchandise en poussant légèrement. Ses yeux gris glacés se posent sur Paullus et elle ajoute, à mi mot : « alors ... dois-je les examiner pour toi ? »




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Dernière édition par Epidia Tullia Ravilla le Sam 29 Nov - 13:42, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Sam 9 Aoû - 22:37

Mes mains palpant toujours les muscles du potentiel gladiateur, je ne quitte pas la jeune fille du regard. Son attitude fuyante m’amuse et je suis bien décidé à lui délier la langue. Alors que j’évoque celui que j’imagine être son frère, je vois ses sourcils se froncer et je crains un instant d’avoir touché une corde sensible. Mes yeux la fuient quelques secondes et je fais mine de me reconcentrer sur ma tâche alors que visiblement, cet homme n’a aucun défaut, je me dois de l’admettre. J’insiste une dernière fois dans l’espoir de la voir ouvrir le bouche et sa réponse me percute plus durement que je ne l’aurais cru. Décidément, quelle froideur ! Glaciale…

Doucement je me redresse en cherchant son regard et quand je le recroise, je crois y déceler une lueur de défi qui fait naitre en moi une délicieuse excitation. Il disparait comme il est venu et un lourd silence s’installe alors. Je suis soudain un peu perdu entre le désir de la taquiner davantage et une voix aiguë dans ma tête qui me recommande la prudence. Il ne serait pas bien vu par Lucretius que j’irrite trop ses fournisseurs. Les Epidii sont de plus de bons marchands d’esclaves et la qualité de leurs hommes est reconnue. Je ne peux pas risquer de refroidir les relations entre les deux familles, j’y risquerais ma place… Je m’apprête donc à ravaler mon ton railleur et à reprendre mon travail avec professionnalisme.

Mais alors que je m’approche du deuxième gladiateur, je vois la jeune Epidia (qui ne peut se prénommer qu’ainsi puisqu’elle semble bien être la sœur de Caeso !) m’imiter et venir poser son doigt sur le torse de l’esclave. Son regard bleu me transperce alors qu’elle me lance une pique avec une arrogance finalement bien plus convaincante que je ne l’aurais cru.

Je crois être resté plusieurs secondes immobile tellement ce changement de comportement m’a pris de court. Je n’aime pas être désarçonné lors d’une joute, mais j’aime assez les surprises, ce qui me permet de reprendre assez rapidement contenance. Doucement, je me redresse, un rictus irrésistiblement dessiné sur les lèvres, et je contourne l’esclave pour revenir du même côté que la jeune marchande. Plusieurs solutions s’offrent à moi, et le plus simple et attendue serait certainement de s’avouer vaincu et de reprendre mon ouvrage dans plus de cérémonie. Mais ce regard qu’elle m’a lancé fait vibrer en moi une tentation bien trop grande pour être muselée. Si elle veut se lancer dans un jeu, elle ne doit pas oublier que nous serons deux à en rédiger les règles.

Alors, après un silence étudié, j’écarte les bras en signe de reddition et fais deux pas en arrière pour lui laisser tout l’espace nécessaire.

- Je comptais te ménager cette peine, car après tout il me semblait avoir été recruté pour cela, mais…. Tu sembles bien partie après tout. Je t’en prie. Epate-moi.

Mes mains viennent se poser sur mes hanches une seconde et je la regarde à mon tour avec cette lueur de défi qu’elle avait tout à l’heure. Un esclave de la maison Lucretius passe alors et je lui demande un verre d’eau qu’il s’empresse de m’apporter. Je ne quitte plus la petite Epidia du regard, trop fier de la situation que je lui impose et à laquelle elle s’est elle-même exposée. Devant mon petit spectacle improvisé, je savoure une gorgée d’eau fraiche et attend qu’elle me montre l’étendue de ses talents. Ou de sa colère. L’inconnu m’a toujours excité et en l’occurrence, cette petite est tellement hermétique que je ne peux rien prévoir.

Une deuxième tentation me vient alors, comme une envie de corser encore davantage la partie. Dans un jeu, déstabiliser son adversaire est toujours une stratégie payante. Comme cette petite a cherché à me donner du fil à retordre, je ne suis pas prêt de la ménager pour ce début de partie. Elle doit savoir à qui elle a affaire. Levant un sourcil, je lui dit alors de ma voix la plus sérieuse.

- Mais je ne doute pas que tu auras déjà remarqué cette raideur sur le genou gauche du premier…

Mensonge. Pur mensonge. Pur amusement. Cet esclave n’a rien, il est parfait. Et cette petite en a vraisemblablement la certitude. Lui donner ne serait-ce qu’une seconde de doute serait pour moi une victoire trop savoureuse et je ne compte pas m’en priver maintenant que ce mur de glace semble se fissurer quelque peu…
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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Mar 12 Aoû - 18:06



Le corbeau et les yeux gris.



 Ses bras se croisent sur sa poitrine. Un jeu semble commencer, un jeu que la cadette des Epidii n’avait pas prémédité. Son doigt recule lentement de la peau soudain brûlante de l’esclave. Touchée.

« Je comptais te ménager cette peine, car après tout il me semblait avoir été recruté pour cela, mais…. Tu sembles bien partie après tout. Je t’en prie. Epate-moi. »

Un court instant ses grands yeux gris cherchent un refuge invisible. Frémissante elle pose son regard sur les esclaves, qui les regards baissés ne semblent accorder aux deux protagonistes qu’une attention lointaine. Ce manteau hivernale dont elle se couvre lui pique les pores. Prise à son propre jeu. Que n’a-t-elle tenue sa langue?

Elle observe les mains de l’homme se placer sur ses hanches, un air de défi trop peu dissimulé. Un défi qui semble atteindre tout son paroxysme quand le plébéien, se fait servir une coupe d’eau… C’est elle qui devrait se prélasser! Mais déjà les mains de la jeune fille glissent vers la peau dure de l’esclave. Ses yeux ne quittent pas le dénommé Paullus, elle peut le faire. Comme les autres, la prend-t-il pour une incapable?

Mais ses mains ne sont pas aussi souples et habiles que l’homme, et il suffirait d’un oeil -même discret- pour se rendre compte qu’elles sont inexpérimentées. Alors elle prend un air concentré, et les yeux scrupuleux se mord la lèvre inférieure. Il faut qu’elle face bonne impression. Elle ne peut pas ridiculiser sa famille… Son esprit, tente de réchauffer les vagues images qu’il garde des quelques instants précédents. De ces instants où son armure de glace n’avait aucune faille. Elle essaye vainement d’appuyer aux mêmes endroits que lui quelques instants auparavant : sur les épaules, dans le creux de leurs nuques -que ses frêles mains tentent d’incliner-, puis enfin ses mains glissent dans leur dos, où la sensation des dizaines de bosses qui doivent appartenir à la colonne vertébrale la font frémir. La vérité c’est que toutes ces sensations sont nouvelles à la jeune fille qui porte encore la stola, et elle ne serait avancer si ce qu’elle sent sous ses mains est dut à une malformation ou si c’est, au contraire, naturel.

Pourtant, Ravilla est bien certaine d’une chose c’est que ses esclaves sont parfaits. Ils n’ont aucun défaut. Ce sont de futurs champions. Et alors qu’elle s’apprête à dire ces quelques mots à ce Paullus, celui-ci -qui n’avait, sans doute, rien perdu du désarroi de la jeune femme- ajoute d’un ton sérieux :

« Mais je ne doute pas que tu auras déjà remarqué cette raideur sur le genou gauche du premier… »

Son premier réflexe est de se baisser dans un nuage de coton pour observer le genou en question. Elle porte sa main droite dessus pour tenter de palper la moindre raideur. Et ses joues s’empourprent, non qu’elle se retrouve gênée de sa soudaine position, mais bien plus encore de s’être laissé prendre au jeu.  

Son père, son frère et son père à nouveau le lui ont dit : la marchandise est parfaite, elle n’a qu’à la remettre à son destinataire.

Cachée derrière le colosse, ses yeux pétillent d’un soudain malice. Ce malice craintivement tenu secret des regards étrangers, ce malice qu’elle perçoit comme une faiblesse de l’esprit et que toutes ces années durant elle a tenté de maîtriser. Jouer, Epidia aimait ça et plus encore quand elle avait le dernier mot. Alors, toujours accroupie face au genou gauche du gladiateur, elle fait signe à l’homme d’approcher.

« Tu as raison. »

Oh non il a tord et ces mots lui coûtent beaucoup... Mais quelque chose en elle lui dit qu’il le sait autant qu’elle.

Elle va lui rendre la monnaie de son denier. Elle porte son index sur une partie du genou du futur gladiateur, elle ignore le nom de l’os si tant est qu’il en porte un nom. Elle prend son air le plus sérieux, quoique déjà, joueuse, elle a laissé ses prunelles se réchauffer d’une douce chaleur.

« Montre-moi le mal que je puisse le montrer à mon père. »

La tête de l’esclave oscille légèrement vers le bas, Il ne comprend pas tous les mots, mais Ravilla sent qu’il commence à s’inquiéter. Tant pis, pour une fois qu’elle à l’occasion de s’amuser un peu … et d’apprendre.




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Dernière édition par Epidia Tullia Ravilla le Sam 29 Nov - 13:43, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Mar 26 Aoû - 18:31

Mes yeux bleus fixant la jeune Epidia sans ciller, j’observe chacun de ses gestes avec la délectation du joueur qui sent qu’il prend l’avantage. La petite est volontaire et la façon dont elle tente de faire illusion démontre un grand sens d’observation, car j’y retrouve une imitation maladroite de mes gestes, mais que seuls les yeux d’un connaisseur pourraient percevoir. Elle palpe doucement les muscles de l’esclave, dans l’ordre exact que je l’avais fait quelques secondes plus tôt. Pourtant, je la sens angoissée, incertaine, et je sais que je la déstabilise sans savoir si elle agit ainsi pour la première fois ou si sa maladresse est due au simple fait d’être observée par un inconnu.

Je bois une nouvelle gorgée d’eau alors que ses mains frêles progressent sur la peau de l’esclave. L’occasion est trop belle, la tentation trop grande, et alors que je la sens déjà mal à l’aise, je ne peux m’empêcher de chercher davantage à la mettre en danger. Je ne sais pas quelle mouche me pique, si c’est dans le seul but de la dégivrer un peu ou pour lui faire ravaler son orgueil de jeune plébéienne pour lui montrer qu’il vaut mieux se méfier davantage des inconnus que l’on vient taquiner dans le milieu où ils sont le plus à l’aise. Les lions ne viennent pas importuner les requins. Et les jeunes marchandes ne doivent pas venir importuner les unctoris !

La petite semble pourtant se laisser prendre à mon piège pendant quelques secondes et sa main revient vers le genou gauche du premier esclave pour l’examiner de nouveau. J’ai l’impression qu’un combat terrible a lieu en elle. Si sa famille l’a laissée venir seule, si peu expérimentée, c’est que la marchandise doit être excellente. Et je pense que la petite le sait. Ma remarque ne peut que la déstabiliser car elle doit mettre en doute la parole des hommes de sa famille ou la mienne. Un sourire triomphal vient illuminer mon visage alors que je la sens pendant quelques secondes en proie au doute.

Pourtant, la jeune marchande semble vite reprendre contenance et je l’entends me souffler avec un aplomb incroyable que j’ai raison. Mon sourire satisfait se fane pour laisser place à une mine plus intriguée. J’ai du mal à savoir si la petite est sincère ou si elle rentre tout bonnement dans mon jeu. Son esprit me semble totalement imperméable et je ne parviens pas encore à trouver de faille assez large pour m’y engouffrer. La petite me donne du fil à retordre et je dois avouer que c’est quelque chose que j’apprécie assez.

Immédiatement, je fais appel à mon esprit fertile pour lui sortir une subtile réplique bien choisie. Soudain, son regard se reporte sur moi et je crois y déceler l’étincelle du jeu sans pour autant savoir si elle y est réellement ou si cela ne m’apparaît que parce que j’ai envie de l’y voir. Le doute demeure et la jeune fille me presse de lui répondre en me demandant de lui montrer le mal imaginaire dont souffre ce pauvre esclave qui ne doit pas bien comprendre ce qui se trame autour de lui et de son genou.

Les idées s’entrechoquent dans ma tête et je prends le temps d’aller reposer ma coupe pour réfléchir davantage à ce que je peux répondre à la petite Epidia. Le risque est présent mais le jeu m’appelle davantage et quitte à m’avouer finalement vaincu, je préfère m’être battu quelque peu.

Lorsque je reviens vers Epidia, je suis donc décidé et je me rapproche d’elle pour venir m’accroupir à ses côtés, face à ce genou malchanceux. Je passe distraitement mon pouce sur ma lèvre inférieur, puis lui dit d’une voix que j’essaye de rendre la plus détachée possible.

- Pose deux doigts sous le métatarse et demande à ton esclave de plier sa jambe. Tu le sentiras.

J’ai évidemment pris garde à ne faire aucun mouvement pour ne certainement pas lui indiquer l’emplacement de cet os… du pied. Je veux voir si la petite connait quoi que ce soit à la tâche qu’on lui incombe ou si sa famille l’a volontairement jetée dans la fosse aux lions en espérant qu’elle n’ait à ouvrir la bouche que pour m’annoncer le prix de sa marchandise. La vente aurait effectivement pu se passer ainsi si Epidia ne m’avait pas elle-même guidée sur ce terrain. Mais maintenant qu’elle a pris ce risque, je veux voir jusqu’où va son répondant et si elle sait au moins reconnaitre une rotule. Si tel est le cas, je mettrai peut-être fin à cette petite mise à l’épreuve qui, rappelons-le, risque tout de même de m’attirer quelques ennuis si la jeune marchande en vient à se plaindre. Mais si elle agit comme je le crains et repose sa main sur le genou, je ne me priverai pas de lui faire cette petite leçon : toujours s’attaquer à un ennemi dont on connait les atouts et les faiblesses.

Toujours.
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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Jeu 6 Nov - 21:29



Le corbeau et les yeux gris.



 Son pouce passe sur ses lèvres et les yeux de la jeune fille s’attardent sur cet homme étrange… Ses yeux bleus paon semblent déjà s’être perdu dans leur jeu un brin enfantin… Ses pupilles miroitant d’une lumière nouvelle annonce silencieusement que ce ne sera pas facile de se confronter à lui. Et pourtant… Et pourtant, elle commence à trouver le temps intéressant. 


« Pose deux doigts sous le métatarse et demande à ton esclave de plier sa jambe. Tu le sentiras. »



Le méta… le métata… le métatarse! Elle articule silencieusement le mot plusieurs fois en boucle comme une enfant qui apprend l’inconnu. L’inconnu… comment le toucher? Comment poser ses doigts dessus? Ses yeux se portent instinctivement vers le genou gauche de l’esclave. Inutile de porter ses doigts sur sa jambe ferme et qui appelle à de grands exploits… elle est parfaite. Même son regard qui vient de glisser de droite à gauche est inutile. Elle est prise au piège d’un jeu dont elle est l’investigatrice et qui vient de commencer.


Porter sa main sur la raideur, tâter l’inconnu sans être certaine qu’il se trouve ici? Si elle avance sa main, ne serait-ce qu’un doigt, qu’une infime partie de son être : elle dévoilera son ignorance et perdre les cartes. Faute à Caeso pense sa fierté piquée au vif… Et pourtant, la faute elle ne la doit qu’à elle, alors elle doit trouver une façon de s’en sortir. Sinon que diront-ils d’elle, tous? Ils diront que la chétive à peine sortie de chez elle leur a porté préjudice et à ternis leur image. Un soupçon de liberté, même ingrat qu’elle devrait déjà le voir s’échapper de ses mains? Non. Cette vente, d’une manière ou d’une autre, sera scellée. Elle reviendra fièrement, plus encore que d’accoutumée vers les siens et le regard froid, souriante intérieurement, elle lâchera la somme que les esclaves leur a rapporté. Et seule, elle pourra laisser un sourire de satisfaction s’échapper de ses lèvres… revivant ce soupçon de liberté qu’elle n’a pas gaspillé.



Ses yeux glissent vers le pouce du plébéien toujours posé sur ses lèvres. Accroupis côte à côte, elle le toise un instant de plus, la testerait-il réellement? La testerait-il qu’il lui aurait avancé une fausse poste ou pire un faux nom? Le méta… métachose existait-il réellement?

Alors, après ces instants de silence, elle porte finalement son pouce à ses lèvres et comme lui, le regard songeur, ajoute sans s’avouer vaincue : « je t’en prie, je suis meilleure observatrice ».

Après tout, elle venait de lui demander de lui apprendre et quelle meilleure façon d’apprendre sinon d’observer? Et nul doute qu’elle allait l’observer. Soudain elle était curieuse de voir où il allait porter ses doigts… Elle était curieuse de voir sa réaction se dessiner sur son visage sur serein et sur de soi. Ses yeux continuent de briller un peu plus, c’était si bon de pouvoir goûter à autre chose que la léthargie du quotidien… Si doux et amusant… Si on passait le fait qu’elle se trouvait relativement sotte de ne pas avoir tout ce vocabulaire de savant et si sa fierté ne l’enveloppait pas dans une prison transparente, elle se serait laissé allée à lui demander où il avait appris tout ce vocabulaire.



« Je répéterai tes gestes. »



Elle lui présente sa main droite. Cette main que d’habitude elle n’ose pas montrer, de honte, oui car toutes les marques qui traversent ses paumes montrent au monde auquel appartient. Mais ce monde en cet instant lui semble infini… Car s’il ne fait pas comme les autres qui la laissent de côté, elle pourra rentrer chez elle le coeur léger. Une première.

Ses yeux pétillent d’un malice bien dissimulé, le métatarse n’attend pas.




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Dernière édition par Epidia Tullia Ravilla le Sam 29 Nov - 13:41, édité 1 fois
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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Jeu 20 Nov - 17:20

Mes yeux brillent d’une excitation que je cherche toujours à dissimuler, sans savoir jusqu’où ma comédie parvient à convaincre la petite envoyée des Epidii. Je la toise sans dévier mon regard une seule seconde, j’attends qu’elle agisse, qu’elle me montre par inadvertance ce qu’elle tente visiblement de me cacher, ou qu’elle me prouve simplement que j’ai tort et qu’elle connait au contraire tout de la tâche qu’on lui a incombée. Qu’importe. Je veux simplement continuer le jeu, persévérer sur ce terrain dangereux autant pour elle que pour moi. Son hésitation ne dure qu’un instant et je crois pourtant la percevoir. Je respire lentement et je l’observe alors amener son pouce sur ses petites lèvres.

Immédiatement, mes sourcils se froncent car je réalise ce que la petite manigance. Je ne peux m’empêcher un petit sourire amusé alors que nous nous retrouvons tous les deux ainsi face à l’autre dans des positions strictement identiques. J’imagine aisément l’incompréhension qui pourrait naître chez un observateur extérieur qui nous épierait discrètement. Nous nous regardons comme deux enfants qui se lancent un étrange défi et qui refusent de baisser les yeux les premiers. Et alors que j’attendais qu’elle cède, justement, Epidia me relance encore une fois et le bout de ma langue passe distraitement sur ma lèvre inférieure à l’imagine d’un fauve devant une petite créature sans défense. « Meilleure observatrice », dit-elle…

- Ça, je l’avais remarqué… murmuré-je immédiatement en lui lançant un regard entendu. Oh oui, elle sait observer, elle sait imiter, elle repère les détails dans les gestes et les attitudes qui font toute la différence. Ce pouce sur ses lèvres qu’elle maintient comme une douce arrogance le démontre à lui seul.

La petite est intelligente, le nier serait mentir. Derrière son air renfermé, elle a ce caractère de battante qui ne peut être donné que par l’orgueil, celui qui empêche d’accepter la moindre défaite, même celle d’un simple jeu rhétorique. Je dois admettre qu’elle ne s’en sort pas mal, ce qui lui donne un côté intéressant. Mais sa confiance en elle m’agace et je sens monter en moi l’envie de la faire ployer pour la simple satisfaction que cela m’apporterait. Soyons honnêtes, il est toujours jouissif de faire ravaler sa fierté à quelqu’un d’un peu trop pédant. Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, mais cette fille de magon est fière, cela est certain, et un tel orgueil aurait dû lui faire poser le doigt sur ce pied, simplement pour pouvoir me jeter le sourire triomphal de celui qui relève un défi haut la main… si seulement elle savait ce qu’était un métatarse. J’en suis presque certain, elle ne sait pas de quoi je parle et se protège derrière ce visage sûr de lui. Je brûle d’une envie de plus en plus prenante car la sœur de Caeso a eu le tort de me provoquer sur le terrain que je maîtrise le mieux et il serait si facile de la faire tomber de ce piédestal sur lequel elle s’est confortablement installée. En quelques secondes, je peux lui enlever cet air confiant et la faire devenir plus blême que le marbre qui orne la villa des Lucretii.

Pourtant, je sens cette petite voix raisonnable me revenir en tête. Elle piaille d’un cri strident, m’incitant à la prudence. Je ne veux pas l’entendre et encore moins l’écouter. Pourtant, cette fois, elle se fait plus convaincante et si je suis joueur, je ne suis pas fou. Les risques deviennent de plus en plus pesant à mesure que le jeu s’intensifie et si je perds ma place au ludus pour une simple arrogance avec la fille d’Epidius, je mourrai bientôt de faim aux portes de la ville si mon père ne me tue pas avant. La pente devient trop glissante pour s’y engager, je le sais, et alors qu’Epidia m’assure qu’elle est prête à imiter mes gestes de nouveau, me montrant sa main comme un engagement solennel, je baisse les yeux en poussant un très léger soupir avant de me relever et de lui tourner le dos pour reprendre mon examen du deuxième esclave.

- Je n’ai pas le temps de te faire un cours, ma belle.

Et toujours sans lui accorder un regard, j’ajoute avec nonchalance :

- Et il est inutile de préciser que tu n’as pas les moyens de te payer mes services…

Mes mains recommencent à tâter les épaules du deuxième esclave et j’évite volontairement le regard de la sœur de Statius car rien n’est plus douloureux pour les fiers que l’indifférence. Je ne sais si je dois attendre un silence ou un orage, mais, malgré ma dernière pique, je ne me considérerai pas comme celui qui aura attaqué. J’aime le danger mais pas les risques inconsidérés alors autant se dédouaner tout de suite auprès de Fronto d’un scandale éventuel avec la fille de son meilleur fournisseur.

Comme pour le premier, je m’apprête à tester chacune de ses articulations avec minutie. J’attends le courroux de la petite vendeuse d’un jour ou un silence amer que mes oreilles apprécieraient certainement bien plus. Mais qui peut prétendre savoir prévoir les réactions d’une femme ?

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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Sam 29 Nov - 13:40



Le corbeau et les yeux gris.



 « Ca je l’avais remarqué… »



Son air est entendu, peu mesuré et pourtant… Et pourtant… Ce regard ne sonne pas le glas de la victoire. Le pouce entre les lèvre, déjà vainqueur de la jeune femme s’affaisse doucement. Son orgueil, déplacé, se fige quelques instants tandis que ses yeux tentent de ne pas perdre la joute. Ses yeux qui pendant un instant maintiennent le regard de Pollus dans une tension silencieuse. Quelle sera-t-elle la suite des événements? Sa main toujours tendue, elle attends dans ce silence terrifiant. Elle sent qu’à la moindre respiration la situation pourrait basculer, un faux pas, une mauvais geste… Etait-elle allée trop loin?

Le bout de ses doigts frémis dans l’attente impossible du regard de feu et de glace du plébéien. Si brûlant, si tenace et pourtant déjà lointain et détaché… Le fil s’est rompu, la fiancée le sent, sa main restera dans le vide… Et, le malice s’évapore déjà quand résonnent les paroles détachées de l’impossible plébéien.

« Je n’ai pas le temps de te faire un cours, ma belle. »


Il s’est relevé, il continue son examen soucieux et minutieux de l’esclave dont le regard, fixe ne déloge pas d’un horizon caché. Toujours accroupie elle l’observe pendant un instant, confuse. Le dos tourné, il vient de la rejeter dans un mouvement d’indifférence quasi totale. L’indifférence… Que n’était pas restée comme à son habitude calme et effacée? Finalement, les chaînes du quotidien, de ce quotidien, étaient indestructibles. Invisibles mais présentes. Attachée à sa condition, cette condition insupportable, elle se relève lentement dans un semblant de dignité. Elle avait déjà accordé trop de temps à cet homme.

« Et il est inutile de préciser que tu n’as pas les moyens de te payer mes services… »



Sa bouche s’entrouvre sous le coup des paroles nonchalantes et si piquantes de l’homme. Pendant un instant, ses yeux se durcissent, gaies, ils grondent d’un tonnerre acide… Mais la colère n’éclate pas, elle stagne un instant derrière le dos du plébéien… Elle stagne doucement et le déluge ne vient pas. Il est chassé par la tête de Ravilla qui se secoue légèrement. Elle l’avait piqué.


« Et c’est bien dommage. »

Elle soulève ses frêles épaules sous le poids de ses paroles qui lui arrachent le coeur. Sa condition… C’était bien sa faiblesse la plus grande, celle qui la faisait douter, celle qui la faisait rager, celle qui l’avait enfermée dans un manteau de glace. C’était peut-être la première fois qu’elle avouait face à quelqu’un, un étranger de surcroit, qu’elle n’avait pas les moyens. Elle n’avait pas d’argent. Elle était la fille du magon.

Dans une lente marche, elle se place derrière l’esclave examiné. Derrière la tête du futur gladiateur elle scrute silencieusement le visage de Pollus, les traits tirés, appliqué qui s’adonne à sa tâche. Et lui, avait-il les moyens de jouer à ce jeu? Pas plus qu’elle n’avait les moyens de vouloir y prétendre. Ils étaient deux fous. Alors son visage retrouve quelques couleurs, condensées sur ses pommettes soudain vivifiées tandis que ses lèvres se mouvant dans une moue amusée et moqueuse. Moquerie de leurs personnes aux élans démesurés et freiné par le même maux : une condition.



« C'est bien dommage car tu n’aurais jamais eu élève plus émérite... »

Ses commissures s’étirent doucement, un peu plus, un peu plus longuement. Sans artifices, son pouce rangé le long de son corps, elle semble sourire.

« ... même si le méta..tarse lui est inconnu… »

Son oeil pétille au milieu ce jeu tortueux aux enjeux bien trop grands pour eux. Sans pour autant s’avouer vaincue, elle avoue son ignorance et tant pis pour l’image de son père ou encore son frère qui l’ont tous deux, laissés à son sort en cette matinée. Non, elle ne savait pas où se trouvait cette chose… même si son orgueil, si grand parfois, aurait pu lui inventer tout un monde. Raison inexpliquée, elle cesse de jouer à chat. Les enjeux étaient bien trop grands. Les enjeux étaient bien trop grands.

En s’attaquant à elle, il avait été le premier à lui accorder autant d’intérêt… A elle, à sa misérable personne. C’était aussi simple. Aussi simple qu’amer.




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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Mer 10 Déc - 22:02

Alors que je la sais dans mon dos, je sens son regard qui ne me quitte pas et qui m’empêche de me consacrer pleinement à ma tâche. J’attends sa réaction, car je sais qu’il y en aura une, quelle qu’elle soit. Le silence dure un moment et mes sens sont aux aguets. Mes doigts palpent toujours les muscles de l’esclave dans un mouvement irréfléchi tant je ne pense plus qu’à la jeune fille de marchand et à ce que ma dernière pique a dû faire naître en elle.

Et lorsque sa petite voix revient à mes oreilles, mes gestes s’arrêtent un instant.

Mes sourcils se froncent alors que je crois discerner dans sa voix un faible tremblement, comme si j’avais touché une corde en elle plus sensible que je ne l’avais prévu. Je mets une petite seconde à réaliser que la petite vient d’avouer une de ses faiblesses, ce qui détruit presque instantanément l’idée que je m’étais fait d’elle. J’hésite un instant à me retourner pour recroiser son regard, mais je n’en fais rien car j’entends ses pas se rapprocher et son petit minois apparaître dans le dos de l’esclave. Elle me regarde et je me force à garder les yeux rivés sur le futur gladiateur pour conserver cette distance que je cherche à installer désormais. Mais son regard est lourd et ma conviction s’effrite. Je ne résiste pas bien longtemps à l’envie de lire la portée de cet aveu dans ses yeux et, lorsque je les recroise enfin, presque à la dérobée, sa voix me parvient de nouveau : « C’est dommage car tu n’aurais jamais eu élève plus émérite. » Je la regarde en silence, fronçant légèrement les sourcils, bien malgré moi. Et alors que je m’apprête à lui rétorquer mes quelques doutes, ce qu’elle ajoute me fait garder mes dernières piques pour moi.

Je ravale mes attaques en même temps que mon orgueil et la soudaineté du choc me désarçonne un instant. La vérité est que de toutes les réactions que j’avais imaginées, celle-ci était pour moi la moins probable, de sorte que je ne m’y étais nullement préparé. Si la petite Epidia pouvait cesser la joute, rien ne l’obligeait à faire ce dernier aveu et ce choix m’intrigue autant qu’il m’attendrit car je sens tout mon agacement disparaître alors avec une facilité désarmante. Si mes mains continuent imperturbablement leur ouvrage, mon esprit reste centré sur la fille du magon car je sais qu’elle attend une réponse que je tarde maintenant à lui donner. Sans que je sache si mon trouble était le but véritable de sa manœuvre, je me sens dans une position étrange, entre le gagnant de la dernière bataille et le perdant de la prochaine. Epidia me fixe et ses yeux brillent d’une lueur nouvelle que j’ai plus de mal à comprendre.

Doucement, je baisse les yeux alors que mes mains terminent leur inspection. Je me dirige lentement vers le dernier esclave et alors que je m’apprête à examiner ses épaules, j’arrête mon geste. J’hésite une dernière seconde avec de lâcher un soupir. Un sourire étrange prend alors place sur mes lèvres et je sais ma résolution prise. Je fais un pas en arrière pour m’éloigner de l’esclave et retrouve les yeux gris d’Epidia. D’une voix dépourvue de toute arrogance, de toute animosité, je lui dis alors :

- Viens par là…

Je la sens hésiter un instant, peut-être parce que ma réaction la prend de court, tout comme la sienne m’a dérouté quelques secondes plus tôt. Mes yeux ne quittent plus les siens et j’attends qu’elle me rejoigne, ce qu’elle se décide finalement à faire.

Alors, avec délicatesse, je pose le bout de mes doigts sur ses petites épaules et la fait pivoter pour qu’elle soit face à son gladiateur. Puis je prends sa main, cette main symbolique que j’avais laissée tendue sans y répondre quelques minutes auparavant et je la guide jusqu’à l’épaule droite de l’homme. Alors, placé ainsi juste derrière elle, je lui murmure.

- Si tu es vraiment cette élève émérite, prouve-le moi…

Je dépose ses doigts sur l’articulation.

- Pour reconnaitre les défauts de tes esclaves, tu dois apprendre à sentir…

Doucement, je relève sa main pour que seul le bout de ses doigts soit en contact avec la peau de l’esclave et je continue ma manœuvre, les yeux fixés sur sa main novice, guidant ses gestes de ma voix grondante.

- N’hésite pas à appuyer sur l’articulation. Tu dois être précise.

Ma main appuie doucement sur le bout de ses doigts que je place dans le creux de l’épaule, près de la clavicule, jusqu’à trouver la bonne pression, puis je relève ma main, laissant Epidia appuyer seule.

- L’index est ton doigt le plus sensible. Utilise-le.

Me décalant sur le côté, je viens attraper le bras droit de l’esclave et le guide pour qu’il le lève sur le côté, parallèlement à la jeune fille aux yeux gris. Il suit mon ordre silencieux sans broncher et je murmure à Epidia.

- Tu dois chercher la moindre imperfection. Un claquement ou un crissement. Tout ce qui traduirait une épaule fragile et inapte au combat intensif des gladiateurs. Le mouvement doit être fluide, souple et sans à-coup.

Si cet esclave est de la même qualité que les deux premiers, je ne doute pas qu’elle ne distingue rien de tout cela. Je cherche alors du regard un des esclaves de la maison plus maigre et plus marqué par la vie que je sais « abîmé » par d’anciens travaux difficiles dans une ferme de Campanie. Alors que je le vois qui traverse la cour, je l’appelle et le fait nous rejoindre. Le plaçant à côté des autres, je me place derrière lui.

- Pose tes doigts comme je te l’ai montré, intimé-je à Epidia.

Comme pour le précédent, je déplace l’épaule de l’esclave, mais cette fois d’avant en arrière. Je répète le mouvement plusieurs fois et je demande alors :

- Le sens-tu ? Ce crissement… Comme du sable dans l’articulation ?

Je ne sais pas réellement ce que je suis en train de faire ni pourquoi je le fais. Est-ce une rédemption ou un simple instinct ? Rien n’est moins sûr. Je suis pourtant là, face à cette fille de magon, à lui expliquer comment examiner correctement une épaule, sans autre répartie aucune… Me suis-je perdu dans ses yeux gris au point d’en oublier tous mes précieux principes de chacal ?

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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Dim 8 Mar - 17:08



Le corbeau et les yeux gris.



 « Viens par là… »



Ses yeux surpris s’arrêtent un instant dans ceux de Paulus. Pouvait-il réellement avoir accepté? Les instants précédents lui avaient parus une éternité et ces trois mots, si soudains, se heurtèrent à son incrédulité. Ses pas, toujours dans la même surprise s’avancent vers le savoir. Elle sent toute la force du jeune homme lorsque que de ses doigts il la tourne silencieusement vers le gladiateur.  

Sans qu’elle puisse le retenir, un frisson la parcours. Son frêle corps se trouve comme écrasé entre les deux hommes. Il est trop tard pour reculer, trop tard pour regretter de ne pas être restée à sa misérable place. Leurs mains se déposent sur l’épaule du gladiateur. Déjà, elle sent son corps se redresser tandis que ses pieds se hissent pour la porter à hauteur.

« Si tu es vraiment cette élève émérite, prouve le moi… Pour reconnaitre les défauts de tes esclaves, tu dois apprendre à sentir… »



Sa voix passe du murmure à un tonnerre lointain dans une plaine. Dans l’intimité de son apprentissage, ses yeux se plissent. Elle tente de sentir… C’est la première fois qu’elle touche la peau nue d’un homme. Et même s’il ne s’agit que d’un esclave ses pommettes s’enflamment à l’idée que quelqu’un puisse la surprendre dans cette situation étrange. Son regard virginal tente de se fermer à cette pensée tandis que ses doigts recherchent une sensation… inconnue.

« N’hésite pas à appuyer sur l’articulation. Tu dois être précise. »

Intimidée, elle appuie un peu plus fort, un peu plus longtemps. Mais elle ne sent que la peau moelleuse sous ses doigts. Il n’y a rien. Elle ne sent rien. Qu’y avait-il à sentir de si important?

« L’index est ton doigt le plus sensible. Utilise-le. »

Dans un geste méticuleux, son index s’enfonce à l’endroit exact où Paulus a posé sa main, quelques instants auparavant. Il s’appuie sur cette musculature prochainement célèbre. En vérité il s’agit d’une douce pression que ne semble même pas ressentir l’esclave. Alors le bras commence à bouger et Epidia perçoit un mouvement sous la peau. Son index est bientôt rejoint par son majeur afin de tenter de percevoir un peu plus ce qui se moue invisiblement.

« Tu dois chercher la moindre imperfection. Un claquement ou un crissement. Tout ce qui traduirait une épaule fragile et inapte au combat intensif des gladiateurs. Le mouvement doit être fluide, souple et sans à-coup. »


Mais ses doigts, aussi appuyés soient-ils ne ressentent rien de tout ça. Elle se hisse un peu plus haut sur la pointe des pieds, plus haute elle tente de cacher sa déception. Elle pensait que le mouvement qu’elle sentait mouvoir sous la peau était une trouvaille. Elle hésite à avouer qu’elle ne ressent rien… Mais à la place, son pouce prend appui un peu plus bas de son index. Désespérément elle tente de trouver un crissement, le moindre mouvement retissant, le moindre petit bruit qui lui paraîtrait suspect. Elle réitère son geste plusieurs fois, mais il n’y a rien. Ses chevilles commencent à lui faire mal, alors elle redescend. Monstrueuse réalité. Elle n’a rien trouvé, elle aurait mieux de garder sa langue dans sa poche, de vendre la marchandise et de rentrer chez elle.

Finalement sans qu’elle ne s’aperçoive réellement du changement de situation, il lui intime de poser ses doigts comme il lui a montré sur l’épaule d’un esclave. L’homme est moins robuste, moins grand, il lui est plus accessible. Elle inspire profondément, elle va réussir. Concentrée, elle pince légèrement sa lèvre inférieure, la privant de son sang. Elle ne ratera pas cette seconde chance.

« Le sens-tu ? Ce crissement… Comme du sable dans l’articulation ? »

Il lui semblait qu’elle le sentait… Il lui semblait qu’il y avait comme un contre mouvement… Quelqu’un chose qui empêchait de rien sentir. C’était donc ça, cette petite sensation de blocage dans le mouvement. Si légère… mais présente. Elle en était désormais certaine : quelque chose résistait à l’intérieur. La sensation paraissait vivante… Quand elle comprend qu’elle a perçu la sensation, son être se réchauffe. Sa lèvre inférieure libérée, elle sourit, rayonnante.



« C’est comme si sous la peau il y avait quelque chose de vivant… Quelque chose qui résistait. »



Elle secoue la tête, en laissant échapper un premier rire. C’était impossible. Et pourtant, ses doigts ne lui avaient pas procurés les mêmes sensations sur les deux esclaves. Ni la même chaleur… C’était étrange et à cette pensée, elle cru rougir.

« C’était plus chaud… comme si la friction que j’ai sentie pouvait faire brûler la peau… Mais il n’y a que l’astre solaire qui peut nous procurer cette sensation, n’est-ce pas? »



Elle était certaine, l’épaule du futur gladiateur était restée hermétique aux mouvements intimés par Paulus. Pas celle de l’esclave.




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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Sam 28 Mar - 19:01

Alors que les yeux de la jeune Epidia sont fermés sous la concentration qui est la sienne, les miens ne la quittent pas, étudiant la moindre de ses mimiques, chacune de ses crispations. Alors que je lui ai demandé de me rejoindre, ses yeux gris se sont grand ouverts, de surprise, sans aucun doute, et peut-être même d’excitation, et j’ai cru me revoir, enfant, surplombé de Scapula, mon père, qui me faisait pour la première fois poser les mains sur le dos d’un client pour m’apprendre. Ce à quoi je me livre aujourd’hui n’est pas un passage de flambeau, je le sais bien. Mais je ne peux m’empêcher de sentir cette puissance du maître face à l’élève qui me donne autant de responsabilités que de fierté. Les sourcils légèrement froncés, je me concentre alors, moi aussi, prêt à lui fournir tous les conseils que j’ai un jour entendus, grondés par la voix paternelle.  

Epidia ne dit rien, appuie doucement sur la peau de l’esclave qui demeure immobile, se demandant certainement ce que la jeune fille de magon vient faire à ma place. Ses doigts palpent, se déplacent, étudient, suivant chacun de mes conseils sans émettre la moindre objection. Je remarque son application dès les premières secondes mais je lis également sa déception qui devient peu à peu irritation sourde sur son visage crispé. Je sais qu’elle aimerait trouver ce dont je lui parle et qu’elle ne le peut pas, simplement parce que son esclave montre une épaule parfaite, tout comme son genou et le reste de son corps qui semble forgé même pour la vie de gladiateur. Je réalise alors que je ne peux pas la laisser sur cet échec qui n’est nullement de son fait et, alors que le vieil esclave traverse la cour, je lui fais signe de nous rejoindre car je sais que sous cette enveloppe de peau brune et rêche se cache cette imperfection que je veux lui faire sentir.

D’une voix ferme mais encourageante, je lui intime de recommencer, certain cette fois que ce défaut dont je lui parle est bien présent chez cet ancien agriculteur au corps abîmé par le travail. Epidia prend une inspiration avant de remettre ses doigts en position. Son soin me surprend presque autant que l’anxiété que je crois percevoir dans ses traits. Serait-elle en effet cette élève dévouée et perfectionniste qu’elle m’a décrite tout à l’heure ? Trop tôt encore pour le dire. Je suis pourtant tenté d’y croire.

Lentement, je fais se mouvoir le bras de l’esclave de sorte à faire crisser cette articulation endommagée. Je répète le mouvement. Encore. Je sais qu’elle doit le sentir et que si elle n’y parvient pas, elle ne pourra alors plus que prier pour être liée à un époux loin du commerce d’esclaves, car elle ne sera jamais capable d’estimer leur valeur. Les sourcils d’Epidia se froncent, frémissent. Alors, je la sens tressaillir et son visage s’illumine. Ca y est. Elle a senti.  

- C’est comme si sous la peau il y avait quelque chose de vivant… Quelque chose qui résistait.

Alors, elle s’éloigne de l’esclave et laisse échapper un rire. Je ne peux empêcher un sourire de satisfaction étirer mes lèvres fines alors que je la regarde, comblée par cette seule sensation.

- C’était plus chaud… comme si la friction que j’ai sentie pouvait faire brûler la peau… Mais il n’y a que l’astre solaire qui peut nous procurer cette sensation, n’est-ce pas?  

J’ai un soupire attendri alors que je me dirige lentement vers le troisième esclave que je n’ai pas encore examiné. Alors que mes mains parcourent ses articulations comme pour les deux autres, je lance à Epidia avec un certain amusement :

- La seule chaleur que tu as pu ressentir c’est celle de ton excitation, ma belle. Laisse donc Apollon où il est !

J’ai un léger rire et je termine mon inspection rapidement. Je ne suis pas aussi méticuleux que pour les deux premiers esclaves, mais je sais que la marchandise est bonne et je ne souhaite pas perdre mon temps. Ces esclaves sont parfaits. Epidia le sait, et j’en suis convaincu.

- Je n’ai rien à dire sur ces trois là… finis-je par lui dire. Ils sont très corrects.

J’insiste sur le terme « corrects », bien plus par jeu qu’autre chose. Je hausse les sourcils à son attention avec un sourire provocateur. Elle sait ce que mon « corrects » veut dire. Ils sont parfaits. Alors que je m’éloigne, j’appelle un esclave pour qu’il m’apporte une tablette de cire avec un stylet. Une fois que je l’ai, je passe une main distraite dans mes cheveux noirs. Puis je lui demande d’une voix toute professionnelle :

- Alors, combien tu en veux ?

Je note le prix qu’elle m’annonce, puis je rends la tablette à l’esclave en lui disant de l’apporter à Lucretius. Mon travail s’arrête ici. Alors que l’esclave s’éloigne, mon regard revient sur la fille du magon, dénué de tout le ressentiment qu’elle m’inspirait en arrivant dans cette cour. Le silence plane entre nous quelques instants. Puis, sentant notre séparation proche, je gronde alors.

- Entraine-toi avec la marchandise de ton père, petite Epidia. J’attends encore d’être pleinement convaincu.

Puis, après une seconde d’hésitation, je lui propose :

- Reviens un de ces jours. Je t’apprendrai d’autres mouvements à faire sur tes esclaves. Trouve un prétexte pour convaincre ton père de te laisser accompagner Caeso. Ce n’est pas une proposition que je te ferai deux fois.

Je pense faire une heureuse aujourd’hui sans bien comprendre encore pourquoi je m’encombre d’une jeune ignorante venue avec trop de fierté et qui repart avec trop de connaissances pour sa condition de femme. Serais-je devenu l’adorable petit Paullus ? Je souris à cette idée.

Prenant une dernière inspiration, je fais deux pas en arrière, prêt à repartir à mes occupations.

- Lucretius va venir lui-même discuter le prix avec toi. Pour le reste, je n’ai plus ici aucun rôle. Alors, je te laisse.

M’inclinant légèrement, je lui jette un dernier regard de défi en la gratifiant d’un clin d’œil volontairement provocateur.

- A bientôt, j’espère, fille de magon.

Et je tire ma révérence, abandonnant cette jeune fille au monde des négociations qui me sied bien moins. De retour dans l’enceinte du ludus, près du medicus, je reprends mon travail là où je l’ai laissé.

- Comment sont-ils ? me demande-t-il.

- Parfaits, dis-je d’une voix pensive. Tous les quatre, parfaits.

Un sourire intrigué prend place sur le visage du medicus, convaincu que les esclaves n’étaient qu’au nombre de trois, mais je ne le remarque pas, encore plongé dans mes pensées. Le regard gris d’Epidia demeure ancré un long moment dans mon esprit. Une voix en moi me dit que la petite a goûté ici à un savoir dont elle redemandera bientôt une nouvelle leçon et je ne sais encore si cela m’enchante ou m’agace. Ma proposition envers elle m’apparaît comme une folie, mais une douce folie, du genre de celles auxquelles je ne suis nullement habitué. Qui sait ? Peut-être cette folie ne m’apportera que fortune, quelle qu’en soit la nature…

Le medicus ne me pose plus de question, gardant sa curiosité pour lui. Pourtant, quatre êtres étaient bien parfaits dans la cour des Lucretii. Et parmi eux se trouvaient une pauvre fille de magon.

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Laisse le corbeau se nourrir de ta charogne et prie les dieux qu'il ne sache pas traverser le Styx.

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Message(#) Sujet: Re: Le corbeau et les yeux gris ₪ Corvus Mar 19 Mai - 13:38



Le corbeau et les yeux gris.



 « La seule chaleur que tu as pu ressentir c’est celle de ton excitation, ma belle. Laisse donc Apollon où il est ! »



A son léger rire elle répond par des joues enflammées, mais elle ne tente pas de les cacher. Au contraire, elle laisse sa peau se réchauffer d’une étrange sensation. Tandis que Paullus continue ses dernière secondes d’inspection, ses doigts se portent discrètement à cette nouvelle chaleur. Elle caresse discrètement ses pommettes rebondies. La glace est brisée.



« Je n’ai rien à dire sur ces trois là… Ils sont très corrects. »

 Son regard provocateur fait danser les rousseurs de Ravilla. Evidemment qu’ils sont parfaits. Ils le sont … tout autant que ces moments partagés. Ses grands yeux aimeraient pouvoir le remercier. Le remercier avant que tout ceci ne soit qu’un souvenir, mais ses lèvres se sellent. Même pour sa nativité on ne lui avait jamais offert plus beaux cadeaux que la considération du plébéien. 
« Alors, combien tu en veux ? »



Voilà. C’est la fin. Rien n’était éternel, elle le savait et pourtant secrètement elle avait espéré… Elle avait espéré qu’il ne la renvoie pas dans ce monde qu’elle n’aimait pas. Et si le ludus était encore un monde trop lié aux esclaves, elle aurait préféré y rester. Oui, elle aurait préféré y rester. Alors, ravalant sa joie soudaine, elle s’hisse sur la pointe des pieds pour indiquer le prix sur la tablette. Ses mots sont restés dans sa gorge, noués. Et il était étrange d’observer que Paullus avait eu autant d’importance dans son existence en seulement  une poignée de minutes… Etrange qu’il soit en mesure de faire naître dans son coeur de la déception. Elle était misérable. Et ça ne changerait jamais. La tablette de cire repars, le prix scellé. Ses yeux observent l’esclave s’en aller. Aurevoir. 



« Entraine-toi avec la marchandise de ton père, petite Epidia. J’attends encore d’être pleinement convaincu. »

 Allons, ce n’est pas si terrible. La moue pincée elle hoche la tête. A l’intérieur, elle tente de ne pas laisser la déception l’envahir. Après tout, ses paroles sont sincères et douces. Il était sot de penser que les leçons pourraient se continuer et qu’une amitié aurait pu naître de leurs deux personnes, diamétralement opposées. Elle s’entrainera, elle le promet. Elle se le promet à elle-même comme le serment de toujours se souvenir que l’amitié pouvait surgir dans les recoins les plus inattendus. Et peut-être, tout simplement, pour se donner une lueur d’espoir dans ce monde qu’elle appréhendait, une force silencieuse. On s’était intéressé à elle ouvertement. Rien n'était plus merveilleux.



« Reviens un de ces jours. Je t’apprendrai d’autres mouvements à faire sur tes esclaves. Trouve un prétexte pour convaincre ton père de te laisser accompagner Caeso. Ce n’est pas une proposition que je te ferai deux fois. »



Sa vue s’embrume légèrement et un rire soulagé s’échappe de sa gorge. Il n’avait pas besoin de le lui dire deux fois, elle trouverait des prétextes. A l’avenir son imagination devait déborder d’idées. D’un coup de cils, elle chasse des larmes traitresses et elle hoche un peu plus vivement la tête. 

« J’essaierai. »



«  Lucretius va venir lui-même discuter le prix avec toi. Pour le reste, je n’ai plus ici aucun rôle. Alors, je te laisse. »

 Il se recule, mais elle n’a plus peur qu’il disparaisse de son champs de vision. Elle sait qu’un jour prochain, il lui accordera à nouveau ses attentions et qu’il lui apprendra le chemin de la confiance. 

« A bientôt, j’espère, fille de magon. »

Deux pas. Parle petite, avant qu’il ne soit trop tard!

« Paullus! » 

Sans s’en rendre compte, elle a avancé d’un pas. Une suspension, un léger sursaut de son corps. 

« … merci. »

 A cet instant, elle ne savait plus véritablement pourquoi elle le remerciait. Elle le lui avait dit à coeur ouvert. Cinq lettres. Cinq lettres. Cinq simples lettres qui lui semblaient être tout un parchemin à écrire. 

Il est parti. Il est parti, mais il reviendra. Elle reviendra. Dans quelques instants, elle franchira les portes du ludus pour rentrer chez elle. Ooh l’angoisse la pétrifiera tandis qu’elle traversera les rues, après tout nous parlons toujours de la même enfant, mais elle ressortirait plus calme qu’elle ne l’avait jamais été. Quelque part au fond d’elle, un sentiment inespéré était né… Une essence rare qui ne devait que s’épanouir au fil des ans. Un soupçon d’amitié. Un soupçon d’amour. Un soupçon de douceur dans ce monde froid. Des années plus tard, elle ne saurait toujours pas expliquer ce qu’il s’était passé entre ces murs. Elle ne savait toujours pas comment Paullus en était venu à s’intéresser à elle, et comment elle lui avait accordé toute sa confiance. 

Pourtant, quand Lucretius arriva, le ciel était plus haut, plus majestueux.



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You shut me down but I won't falll ∆
You shout it loud, but I can’t hear a word you say. I’m talking loud not saying much. I’m criticized but all your bull is ricochet. You shoot me down, but I get up. I’m bulletproof nothing to lose fire away, fire away. Ricochet, take your rain fire away, fire away. You shoot me down but I won’t fall. I am titanium. You shoot me down but I won’t fall. I am titanium. I am titanium...
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