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 Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger]

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Message(#) Sujet: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Mar 24 Juin - 15:24

Avril  725 AUC ~ Lupanar de Faustus


Un dernier mouvement. Un dernier grondement. Un dernier regard vers elle, alors que je sens toute mon énergie me quitter d’un coup, comme aspirée dans ses deux grands yeux verts de chat. Une goutte de sueur coule le long de mon dos, ce qui m’arrache un ultime frisson. Je me sens happé par ces deux yeux qui me fixent avec une expression que je ne saurais décrire. La louve a ce regard chaque fois que je m’abandonne dans ses bras et je ne parviens toujours pas à décrypter ce message qu’elle m’envoie. Ce soir non plus, je ne comprendrai visiblement pas… Doucement, je me retire et me laisse tomber sur le côté, allongé sur le dos, près de cette merveilleuse créature qui m’a été confiée cette nuit. A moins que ce ne soit l’inverse ? Après tout, n’est-ce pas moi qui viens me faire chouchouter dans ce lupanar ?

Les yeux fixés au plafond, je reprends doucement mon souffle. Il est des soirs où l’on regrette son argent, mais jamais je ne suis sorti déçu d’une chambre avec Lucia. Je n’aime pas considérer cela comme une simple prouesse technique de sa part. Oh ! La belle est douée avec ses mains, il n’y a aucun doute. Mais bien d’autres catins le sont et pourtant, je ne lui trouve aucune égale. Quelque chose en elle fait naître en moi un instinct de mâle que j’ai moi-même du mal à décrire. Mais je sais ce qu’il me fait, et je sais que j’adore cette sensation. Alors je reviens la voir, paye mon dû et profite allègrement de ses bras jusqu’à en être épuisé, comme je le suis à présent. Epuisé, mais repus.

Alors que je la sens bouger de l’autre côté du lit, je passe une main sur mon visage avant de me lever et d’attraper mon pallium en laine déposé avec négligence près du lit quand nous avons commencé notre danse fiévreuse. D’un geste rapide, je le noue autour de ma taille. J'ai toujours eu ce sursaut de pudeur avec mes partenaires, ce qui a semblé cocasse a plusieurs d'entre elles, moi qui venait de m'offrir tout entier dans leurs bras. Nous avons tous nos rituels, je crois, tous nos manies. Tel est mon rituel de mâle..

Je me dirige vers l’unique fauteuil de la pièce à côté duquel est déposé un pichet de vin sur un vieux meuble poussiéreux. J’attrape sa anse et verse la boisson dans une coupe ébréchée fournie avec le plateau. Quelle pince ce Faustus ! Incapable de fournir une coupe digne de ce nom à son meilleur client… Je secoue doucement la tête et boit le tout d’un trait avant de me resservir aussitôt. Je prends alors place sur le fauteuil et jette un œil sur la couche qu’occupe toujours Lucia. Je cherche son regard et finit par le trouver.

Un instant, je crains de voir une petite moue se dessiner sur son visage. Je n’aime pas ces élans d’affection qu’ont systématiquement les femmes après l’amour. Je les ai toujours fuis. De nombreuses Romaines s’en offusquent, mais je réalise que jamais je n’y avais prêté attention concernant Lucia. Sa condition de prostituée y est certainement pour quelque chose. Après tout, qui se soucierait des états d’âme d’une putain ? Je l’observe pourtant, avec ce soupçon d’inquiétude dans le regard. Je sais qu’elle ne me fera pas de scène. Son métier le lui interdit. Mais je crains la froideur qui pourrait avoir conquis ses bras.

Je ne sais pas comment cette idée m’est venue en tête. Pourtant, je me surprends à tendre ma coupe vers elle et à lui murmurer de ma voix grondante :

- Du vin ?

L’alcool a toujours su délier les langues et dérider les femmes. Peut-être m’aidra-t-il à lui faire oublier cette petite distance que j’ai mise entre nous ?


Dernière édition par Manius Oppius Corvus le Mar 22 Juil - 0:02, édité 2 fois
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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Mer 25 Juin - 12:26


Au pays du vice, seul le vin est roi


Lucia
Covus & Niger




Je m'accroche à son regard comme une désespérée. Je dois rester avec lui à ce moment précis. Je sens ses mains qui s'agrippent, son corps qui se tend. Il est à moi. Il n'est jamais plus beau qu'à cet instant. Ses yeux sont fixés sur les miens, j'ai l'impression qu'ils me parlent. Un dernier frisson, il se retire.

C'est comme si je redevenais moi-même. Ma chambre se reconstruit autour de moi, à mesure que mon cerveau se remet en marche. « Il est à moi »?! Non mais sérieusement, ça ne va vraiment plus là ! Et puis quoi encore ! Rappelle toi qui tu es Lucia et où tu te trouves. Il paye pour ça comme tous les autres.

Je le sens se calmer à côté de moi. Je me focalise sur son souffle sans oser bouger. Je me mets à respirer en même temps que lui. Comme si nous étions encore unis. Mais qu'est-ce qui m'arrive sérieusement ? Je me mets à m'agiter un peu. Une autre position pour garder les idées claires. On a pas le droit de quitter le lit en première et sûrement pas de se rhabiller. Nous devons être à la disposition de monsieur. Il passe sa main forte et douce sur mon visage. Rien d'étonnant à vrai dire : Il est masseur et étant donné la douceur de ses mains il doit être vraiment doué. J'ouvre la bouche pour lui demander de me masser mais la referme tout de suite. Non mais ça va pas non !

Il se rhabille encore si vite. Ça m'avait étonné la première fois, maintenant c'est une habitude adorable. J'ai beaucoup de clients, tous différents, beaucoup ont leurs petites habitudes après « le travail ». Beaucoup boivent un verre de vin, certains dorment, d'autres parlent. J'aime beaucoup leur parler s'ils sont agréables. Et puis avec les filles les potins sont les seules distractions de nous ayons. Mais lui est différent, je le regarde différemment. Il vient très souvent ici. Les rumeurs vont bon train sur son compte, et sur lui et Kerta.... Je n'y crois pas, avec moi il a toujours été adorable, il joue avec elle. Elle, n'a jamais partagé son lit et son orgueil la poussera à ne jamais le faire. C'est toujours moi qu'il veux. Dès fois je me dis que.... Non c'est idiot. D'autres clients me demandent aussi. Je suis douée. Enfin si se donner au premier venu est considéré comme une prouesse. Je lui donne ce qu'il veux à chaque fois. Mais avec lui c'est spécial. Son regard... Oh oui ce regard, il me tétanise et me rend folle tout à la fois. Des fois il me parle. Je pourrais l'écouter pendant des heures. Mais ça ne dure jamais des heures. Je me dis parfois que je devrais lui dire...

Et s'il ne venait plus. Je ne peux courir le risque. Je n'ai rien à espérer de mieux après tout. Je suis coincée ici. Et puis pendant ma grossesse il a été avec d'autres louves, plusieurs fois avec Lepida d'ailleurs. Oui mais il est revenu maintenant. Oh et puis mince je dis n'importe quoi. Mais il est si beau même quand il boit du vin. Je détourne les yeux et regarde vers la fenêtre. Le soleil est couché. Je ne peut dire quelle heure il est, ni même combien de temps il restera avec moi. Il reste rarement la nuit. Je retourne mon regard vers lui. Nos regards se croisent. Son regard....

Je vois la coupe ébréché dans sa main. Et tout d'un coup je le déteste. J'ai envie de lui crier de partir ! Je ne veux plus de ton argent ! Bon vent ! Vas voir cette chère Kerta ou Lepida ! Mais je n'en ai pas le droit. Je ne peux rien dire. Les putains n'ont pas d'états d'âme c'est bien connu. Depuis tout ce temps il ne s'est aperçu de rien ! Comment s'en douter après tout ?

Puis quelque chose change, je sens qu'il me scrute, ses yeux semblent percer les secrets de mon âme. Il tends sa coupe vers moi.

_Du vin ?

Que cherche-t-il ? J'essaye à mon tour de le scruter. Je ne connais personne de plus mystérieux que cet homme. Et cela m'attire terriblement, je veux être la seule à le connaître réellement, connaître tous ses secrets. Et je suis sûr qu'il n'en manque pas.

Je me lève doucement et avec grâce. Je suis désirable et je suis consciente de mes atouts, en jouer est mon métier. Je m'approche de lui, me mets à genoux devant lui, m'approche pour qu'il me fasse boire. Je suis assise par terre devant lui qui il continu sa recherche. Je ne tiens plus.

_ Pourquoi est-ce toujours vers moi que tu viens ?

Tout de suite, je me ressaisis. Je me lève précipitamment sans chercher à être désirable. Je vais chercher ma robe par terre. Je l'enfile vivement. J'ai l'horrible impression d'être pudique tout d'un coup. Je ne me sens plus une louve au travail, je me sens moi, Lucia, et toute petite devant lui. J'ai osé. Je meurs de voir sa réaction. Je vais le perdre. Je ne peux pas le perdre. C'est hors de question. J'arrive à me perdre à imaginer que …. peut-être.... Je me retourne, m'approche de lui, prends son verre et le finis d'une traite. La soirée risque d'être longue je ne peux plus reculer.

_ Tu sais j'attends vraiment une réponse.

C'est trop tard maintenant autant y aller franchement. Je sais que je ne suis pas à ma place. On dira de moi que je suis encore la vilaine louve. Celle qui s'emporte et hurle dans tout le lupanar. Niger me dit même parfois qu'il m'entend de l'auberge quand je m'emporte contre les filles. Mais contre un client c'est une première. Si on perd un client, ce client, Fautus me tuera si Kerta ne l'a pas fait avant. Mais je veux qu'il réponde. Je m'assoie par terre prête à l'écouté. Je lève les yeux et avec la faible lumière les ombres de sur son visage le rendent encore plus mystérieux et attirant.


Dernière édition par Lucia le Sam 9 Aoû - 13:45, édité 3 fois
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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Lun 30 Juin - 23:44

Je n’aime pas ce silence étrange qui s’est installé entre nous. Le silence en lui-même ne m’effraie pas : j’ai toujours aimé les moments de calme après l’amour. Mais cette tension qu’il entretient… Je sens bien que quelque chose est différent. Non pas qu’elle ait été plus froide ou moins… Expressive. Non. Mais il y a cette distance que je n’ai pas l’impression d’être le seul à imposer. L’aurais-je blessée de quelque manière que ce soit ?

Je la sens perdue dans ses pensées ce soir, sans savoir si j’en suis ou non au centre. Si j’aimerais qu’elle ne pense qu’à moi ? Bien évidemment. Quel homme n’aimerait pas être au centre des pensées d’une femme ? Mis à part un prêtre… Et encore ! Je pourrais certainement raconter quelques bonnes histoires sur plusieurs d’entre eux. Mais je ne sais pas ce qui la préoccupe, ce qui devient à la longue de plus en plus difficile à gérer.


Parfois, une voix en moi me souffle « Mais pourquoi t’en soucies-tu, Corvus ? Ce n’est qu’une putain après tout… » Oui, c’en est une. Mais une belle, une attirante, une joyeuse. Je suis loin d’être un grand cœur éperdu capable de dire que je ne veux que son bonheur. Mais disons que je me soucie quelque peu de notre relation, contrairement à celles que j’entretiens avec les autres filles de ce lupanar miteux. Peut-être est-ce cela, le privilège d’être ma préférée… Je ne sais pas si cela la satisfait. Je ne me suis pour ainsi dire jamais posé la question, maintenant que cette idée me traverse l’esprit. La sagesse voudrait qu’elle s’en satisfasse car elle n’est pas en position d’exiger quoi que ce soit de la part de ses « clients », pas même de celui qui la préfère.

Je ne sais pas ce qui l’a emporté. Certains l’appelleraient la curiosité, d’autres la prudence. Mais je lui ai tendu ma coupe comme une invitation à s’exprimer et à tuer ce silence qui, je pense, commence à nous peser tous les deux. En réponse à mon appel, je la vois se lever et marcher telle une reine d’Egypte, toute en grâce et en séduction. J’admire les ondulations de ses formes que je sais sciemment provoquées et l’espace d’un instant, je sens monter en moi l’envie de la prendre à nouveau sans attendre, sans tendresse, simplement pour assouvir cette pulsion de mâle qu’elle sait parfaitement faire naître dans mon âme. Je me retiens pourtant, il n’est plus l’heure de jouer, et il semblerait que nous ayons quelque chose à régler ce soir pour retrouver cette légèreté que nous partageons depuis que je fréquente l’établissement de Faustus.

Je la suis des yeux alors qu’elle s’assied près de moi, sur le sol. Son visage se rapproche et je m’apprête à déposer délicatement le bord de ma coupe sur ses lèvres pour lui faire goûter cet âpre breuvage, mais soudain, sa voix rompt le silence. Je cligne des yeux, surpris par ce que je viens d’entendre. Visiblement, elle l’est elle-même. Vient-elle de laisser ses pensées prendre le contrôle sur tout le reste ? Je la vois qui s’échappe, ce qui tend à confirmer mon hypothèse. Elle se lève et ramasse sa robe qu’elle enfile à la hâte. Lucia, ma belle Lucia… Viens-tu de te rhabiller avant que je ne te le demande ? Faustus serait furieux de l’apprendre, tu sais ? Je ne lui fais pourtant aucune remarque et l’observe toujours du coin de l’œil, sentant un léger rictus naître sur mes lèvres. Quand son visage s’offre enfin de nouveau à moi, je la vois se rapprocher d’un pas décidé et s’emparer de ma coupe pour la vider d’un trait. Je ne peux empêcher un léger rire s’échapper de ma gorge en la voyant agir ainsi, dans la maladresse et la gêne la plus totale. Il m’a rarement été donné de la voir dans cet état. Peut-être même jamais…

Mais alors que je m’attends à ce qu’elle se rétracte, la petite insiste, ce qui me fait froncer les sourcils. Mon sourire s’accentue et je passe mon pouce sur mes lèvres. Voilà qui devient intéressant. Intéressant car perturbant, très perturbant. Je laisse un silence étudié s’installer avant de prendre une légère inspiration et de lui souffler sur un ton très bas :

- Ce sont les louves qui posent les questions, maintenant ?


Je ne cherche pas à lui faire de reproche, elle et moi savons comment l’autre se comporte et je ne suis pas de ceux qui aiment rabaisser les esclaves uniquement pour s’élever davantage. Sa remarque ne me semble nullement déplacée. Surprenante, cependant… Et j’aime la taquiner. Beaucoup.

Prenant une grande respiration, je m’enfonce davantage dans mon siège et dis alors d’une voix pensive.

- Pourquoi je viens toujours vers toi…

Plusieurs réponses me viennent en tête, à commencer par la rondeur parfaite de ses seins que je devine encore sous sa robe légère… Mais je suppose que ce n’est pas le genre de réponse qu’elle souhaite entendre, et j’avoue moi-même que le physique n’y est pas pour tout dans l’affection que je lui porte. Même si…

- Ton merveilleux fessier pour commencer…

Oups ! C’est sorti tout seul… Je l’observe alors quelques secondes, attendant sa réaction que j’imagine loin d’être enjouée. Alors, un lourd rire me prend et je regrette un instant que ce soit elle qui tienne la coupe de vin car j'en aurais bien bu une gorgée. Mais je ne lui fais aucune remarque à ce sujet. Je calme mon rire et reprends en la regardant bien dans les yeux.

- Faut-il avoir une raison concrète, rationnelle, pour aimer passer du temps avec quelqu’un ?

Je la regarde un moment avant de secouer lentement la tête et de reprendre d'un ton plus posé :

- J’aime cet air enfantin que tu as toujours avec toi et que tu ne perds qu’une fois que je t’enlève cette petite robe. J’aime cette tigresse qui se cache derrière ces deux grands yeux verts et…

Je me penche vers elle comme pour lui murmurer un secret.

- … tu es une des plus douées quand il s’agit de faire parler tes mains.

Si elle veut vraiment une réponse, je lui parle sur ce point en toute franchise. Je crois qu’elle ne pouvait que s’y attendre, depuis le temps qu’elle me fréquente. Je n’y vais jamais par quatre chemins et ce point, bien que loin de tout romantisme, possède toute son importance dans la relation qui nous unit, tout simplement parce qu’elle ne saurait exister sans lui. Quiconque fréquente les lupanars n’y vient pas simplement pour profiter d’une bonne conversation, à moins qu’il soit possible de converser avec le corps, ce qui ne me semble pas complètement ridicule maintenant que j’y pense. Mais cela n’est pas le propos ! Qui vient chez Faustus amène avec lui une bourse pleine de pièces qu’il laisse à l’entrée d’une chambre alors occupée par une des esclaves du proxénète. Lucia est une des mieux placées pour le savoir : ici je suis un client, moi aussi. Mais un client choisi sa compagne d’une nuit, et il est vrai que je la choisis très souvent elle. L’une des meilleures raisons que je puisse trouver, Lucia la connaît aussi bien que moi : elle sait s’y prendre avec moi. Elle comble mon instinct de mâle et c’est ce que je viens chercher en premier. Tout le reste est un bonus dont je profite allègrement et qui offre à cette magnifique créature son statut de « préférée du Corbeau ». En est-elle fière ? En est-elle heureuse ? Y tient-elle ? Les questions me viennent à mesure que son regard interrogateur continue de se poser sur moi et je finis par moi aussi chercher des réponses.

D’une main, j’attrape son bras et la tire doucement vers moi pour l’aider à se lever et la faire s’asseoir sur mes genoux. Ma main gauche vient tenir ses jambes pour lui faire tenir l’équilibre alors que ma main droite vient de nouveau quérir le pichet posé sur le meuble pour remplir la coupe qu’elle tient toujours. Je dépose alors mes lèvres sur le bord et laisse la louve faire couler le vin dans ma bouche. J’avale doucement, puis lui dis avec un intérêt non dissimulé :

- Et depuis quand tu préoccupes-tu des sentiments de tes clients, ma belle ? Ton professionnalisme m’intrigue autant que je l’admire.

L’ironie de ma dernière phrase est bien facile à déceler et j’espère bien qu’elle donnera une réponse à la hauteur de mes interrogations. Les confidences vont toujours dans les deux sens, sinon le jeu est inégal et je n’ai jamais aimé être le joueur lésé, même si être l’avantagé ne m’a jamais dérangé… Son changement soudain d’attitude m’étonne et m’intrigue même si je feins la nonchalance. Qu’arrive-t-il donc à ma belle Lucia ce soir ?
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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Sam 9 Aoû - 14:51


Au pays du vice, seul le vin est roi


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Des cris. J'aurais sûrement préférée des cris. Une réaction normale, de personne normale. Le genre de réaction que tout le monde a avec moi quand je ne suis plus à ma place. Mais lui non. Forcément pas lui. Car il n'est pas comme tout le monde. Le petit corbeau. Il esquisse un magnifique sourire. La situation l'amuse bien entendu. Je suis assise à ses pieds prête à tout entendre. J'ai parlé maintenant c'est à lui. Il a cette manie, il passe son pouce doucement sur ces lèvres. Quand il fait sa j'ai très envie de lui. Bizarrement pour une louve, mais oui j'ai envie de lui. Ce n'est plus mon travail quand c'est lui. J'ai très envie qu'on fasse l'amour. « L'amour »... C'est la première fois que j'utilise ce mot. Ça va vraiment mal... Le silence me rends malade. J'ai très envie de boire d'une traite le reste de vin dans la coupe mais ce serai très mal venu.  Parles. Parles ! PARLES !

_Ce sont les louves qui posent les questions, maintenant ?

A quoi est-ce que je m'attendais ? Beaucoup de choses en réalité. Cette scène je l'avais déjà écrite dans ma tête des centaines de fois avant d'aller me coucher. Et cette réaction là. Cette phrase j'aurais pu facilement la deviner. Mais depuis quand est-on rationnel quand on rêve ?

Il prends une grande respiration pour me répondre enfin. Mon cœur va sortir de ma poitrine...

_Pourquoi je viens toujours vers toi...

Super le voilà qui veux faire durer le suspense. Comment peut-on adorer et détester quelqu'un en même temps ?

_Ton magnifique fessier pour commencer...

Ça aussi c'était prévisible ! A chaque fois qu'il ouvre la bouche je m'attends à entendre ses mots que j'espère depuis longtemps. Mais c'est Corvus. Il ne sera jamais sérieux. Et en même temps à quoi bon l'être avec moi. Je ne suis qu'une louve. Une louve avec une belle paire de fesse c'est ce que veulent les clients. Il se met alors à rire. Un de ces merveilleux rire qui me font tout oublier. Mais pas aujourd'hui et pourtant j'aurais aimé que tous deux nous oublions tout maintenant. Comme si je n'avais jamais ouvert la bouche. Il se calme pourtant peut-être parce que lui aussi s'attendait à un sourire de ma part comme d'habitude.

_Faut-il avoir une raison concrète, rationnelle, pour aimer passer du temps avec quelqu'un ?

Il ne répondra pas. S'il partageait mes sentiments il aurait répondu tout de suite.

_J’aime cet air enfantin que tu as toujours avec toi et que tu ne perds qu’une fois que je t’enlève cette petite robe. J’aime cette tigresse qui se cache derrière ces deux grands yeux verts et…

Il s'approche doucement de moi. Ces lèvres sont à une distance bien dangereuse des miennes.

_ … tu es une des plus douées quand il s'agit de faire parler tes mains.

Ça je le savais. Je le sais depuis longtemps d'ailleurs. On a rien sans rien ici. Rien ne différencie une louve d'une autre au premier abord. Mais on sait que si on veux des privilèges il faut savoir se faire remarquer et si c'est parce qu'on participe à la prospérité du maître c'est encore mieux forcément. Seulement il n'y a pas que ça. Dès le début je le savais Corvus était pour moi. J'ai très vite été possessive avec lui vis-à-vis des autres louves. Je sais exactement comment le satisfaire et ce n'est pas un hasard. Je voulais que lui aussi me remarque.

C'est, il est vrai, la première raison qui nous unis. Je ne la renierai pas, j'ai tout fait pour qu'il en soit ainsi. Mais aujourd'hui je veux plus. J'attends plus. Je continue à lui jeter mes regards interrogateur. Je suis déjà allée trop loin, je ne vais pas en plus le harceler de question. Il me tire pour me mettre sur ses genoux. Remplis la coupe que je tiens encore dans ma main. Je le fait boire doucement.

_Et depuis quand tu préoccupes-tu des sentiments de tes clients, ma belle ? Ton professionnalisme m’intrigue autant que je l’admire.


Mon professionnalisme. Bien sûr. Mon petit corbeau veux jouer bien entendu. Cela n'a rien d'un jeu pour moi bien au contraire.

C'était bien une question et il attend une réponse de ma part. Un client me pose une question. Il est donc normal que je lui réponde en toute honnêteté. C'est tout à fait logique. J'ai le droit de tout lui dire. Il n'est pas du genre à aller raconter ça à Faustus. Faustus non... Mais Kerta ? Non, non, bien sûr que non il sait qu'il n'obtiendra jamais rien d'elle. C'est moi qu'il préfère forcément. Je peux lui parler. Je dois lui parler même.

Je lève les yeux. Étant sur ses genoux je suis très proche de son visage. Les images de nos étreintes de ce soir me reviennent par flash. Ces mains dans mon dos qui me serre... Son regard de fauve... La force de son corps contre le miens. Sans plus réfléchir je m'approche rapidement de lui et je l'embrasse fougueusement ma main libre dans ses cheveux le plaquant contre moi.

Je desserre mon étreinte. Et le regarde dans les yeux. Je ne fuirais pas. Je ne peux plus maintenant il doit avoir enfin compris. Mais au cas où, je risque une explication.

_Ne fait pas comme si tu ne l'avais pas deviné. Je... enfin... Tu sais.... Mais je sais aussi que je ne... enfin nous ne pouvons pas.... Parce que ….. enfin tu sais bien....

Ce n'est vraiment pas très claire. Pour moi aussi de toute manière. Je ne sais pas vraiment quoi dire. Les mots semblent se bousculer dans ma tête mais ne veulent pas sortir.

_Tu paies pour ça je le sais. Mais p'tête que... Enfin tu m'aimes bien puisque tu viens me voir à chaque fois. Et je ne suis comme ça qu'avec toi. Parce que tu n'es pas comme lui autres clients. Je ne trouve pas que je travaille avec toi.

Je le regarde enfin d'y déceler quelque chose un indice. Je me lève doucement et commence à faire les cents pas dans ma petite chambre. Il doit avoir compris là. Et s'il ne.... Il va le dire à tout le monde. Non pas mon petit corbeau.... Les filles l'appellent « le corbeau de Lucia ». C'est bien que... Elles me disent sans cesse « Un jour il t’achètera peut-être ». Il pourrait me sortir de là. Non il ne faut pas penser à ça. Penser à ça m'énerve ! Je déteste avoir de faux espoirs et elles ont fait exprès de m'en mettre plein en tête !

_A quoi joue-tu exactement ? Tu te figures peut-être que parce que je suis une louve je n'ai aucun sentiment ?! Tu pense pouvoir venir, me demander à chaque fois sans que je m'interroge sur tes sentiments à mon égard.

Je suis que je ne suis plus du tout à ma place. J'ai haussé le ton et les filles ne vont pas tarder à venir voir ce qui se passe. Mais c'est trop tard je ne peux pas reculer. Je veux savoir et surtout je veux qu'il sache !

_Et mes sentiments à moi, hein ! Qui s'en préoccupe ?! Toi, peut-être ?! Non sûrement pas !!! Ça fait des mois ! Des mois et tu n'as rien vu. Tu viens aussi souvent que tu le peux, tu me demandes, MOIII ! Alors quoi ?

Je jette à terre la coupe que j'avais encore dans les mains. Elle vient se fracasser à côté de lui. Elle pourrait l'avoir toucher je m'en contre-fiche ! La vilaine Lucia qui ne fait que crier sur tout le monde ? Et bien la voilà mesdames et messieurs ! Sur les client ? Et bien pourquoi pas je viens tout juste de vous montrer que c'était possible. Je me retourne enfin vers lui, je lui lance un regard sévère qu'il ne me connaît pas encore. Cette fois je veux une réponse directe sans tourner autours du pot, ni ironie. Mais Corvus en est-il capable ?  

__________________________

Louve à jamais.


Césars:
 


Dernière édition par Lucia le Jeu 2 Oct - 18:27, édité 2 fois
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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Mer 20 Aoû - 23:15

Quelque chose d’étrange plane dans l’air de cette chambre miteuse, je le sais, je le sens, et pourtant, je suis incapable de comprendre de quoi il s’agit. Je le remarque dans les gestes de Lucia, dans les tremblements de sa voix que je ne connais pas, dans sa façon maladroite de se déplacer et d’éviter mon regard… Cette situation, à la longue, commence à m’inquiéter car j’imagine mal de petits soucis mettre une Louve dans un état pareil et j’ai soudainement peur de ne pas être capable de faire face à ce que ma petite Lucia va m’annoncer. Pourtant, je me force à ne rien laisser paraître car je dois rester maître du jeu, de mon jeu.

En la faisant se poser sur mes genoux, je me veux rassurant et confiant, sûr de moi. J’ai l’air de jouer assez bien la comédie car la Louve ne s’engouffre dans aucune de mes brèches et il me semble donc qu’elle ne parvient pas à les voir. Pendant quelques secondes, un lourd silence s’installe entre elle et moi et je ne la force pas à le briser tout de suite, peut-être par lâcheté, car j’avoue quelque part avoir peur de ce qu’elle me révélera.

Quand elle se tourne de nouveau vers moi, je crois lire dans son regard la même expression qu’à la fin de notre étreinte, à la fin de toutes nos étreintes peut-être même… Et je me sens étrangement désarmé. Je ne comprends pas ce qu’il signifie, je ne parviens toujours pas à trouver la solution de cette énigme et je me retrouve incapable de réagir. Alors, la Louve répond pour moi.

Un frisson me parcourt quand je sens sa main passer dans mes cheveux à l’arrière de ma tête, un frisson d’incompréhension, de surprise. Ce baiser qu’elle m’offre, je ne pense pas l’avoir déjà vécu avec elle. J’y ressens une intensité étrange, comme un mélange de colère, de désespoir, et de quelque chose de plus fort encore que je ne parviens pas à reconnaître. Face à lui, je suis absolument impuissant, à tel point que je ne parviens pas à fermer les yeux ou à le savourer de la manière qui me viendrait pourtant naturellement. Je suis immobile face à la Louve, complètement perdu. Mais lorsqu’elle rompt le contact et que ses yeux retrouvent les miens, je comprends que je ne suis pas le seul.

Mon expression a perdu toute sa taquinerie et je l’écoute maintenant avec toute l’attention dont je peux faire preuve. Quand sa voix mal assurée parvient à mes oreilles, je n’en perds pas une miette. Pourtant, mes sourcils se froncent car je ne comprends pas ce qui se cache derrière ces bribes de phrases. Elle, semble persuadée que je sais et je ressens un instant comme la honte du mauvais élève qui comprend qu’il n’a pas remarqué quelque chose de capital. Je ne sais pas si Lucia a su lire toutes mes difficultés dans mon regard, mais elle a continué et en une phrase, tout s’est éclairci.

- Je ne trouve pas que je travaille avec toi.

Mon cœur semble rater un battement et je crois que j’ai plusieurs fois cligné des yeux sans vraiment le vouloir. Est-ce bien ce que j’ai compris ? Est-elle en train de me dire… Qu’elle est tombée amoureuse de moi ?

En quelques secondes, je me sens comme assailli par des dizaines d’émotions contradictoires : l’abasourdissement le plus total du client qui n’avait jamais pensé cela possible auprès d’une fille que l’on paie pour chaque nuit passée avec elle, la fierté de l’homme qui signe là une nouvelle conquête, et pas des moindres, puis la peur de l’incertitude, de l’ombre qui entoure désormais mon futur avec elle car cette simple phrase vient de faire tomber à terre tout notre savant et rassurant équilibre basé sur une relation presque banale entre une prostituée et un client. Face à son regard insistant, effrayé peut-être aussi, je ne peux rien et je reste inerte, aussi immobile que je l’aurais été en recevant de sa part le plus violent des coups de poing. Et finalement, comme avant qu’elle m’embrasse, c’est elle qui réagit la première.

Je la sens se lever et ne fais rien pour l’en empêcher. Mes yeux la suivent sans pour autant lui délivrer la moindre expression. Trop de questions, trop d’impressions contraires se pressent dans ma tête pour me permettre de laisser l’une prendre l’ascendant sur l’autre et mon manque de réaction semble décupler en elle une rage que je ne soupçonnais pas.

Sa voix vient s’acharner contre mes tympans et je fronce alors les sourcils, reprenant contenance, comme après un brusque réveil. Chacune de ses phrases a sur moi l’effet d’une gifle en plein visage. Je l’entends me parler de ses sentiments, de mois d’attente sans que rien ne se passe parce que non, je n’ai rien vu de ce que j’aurais apparemment du voir. Car je n’ai rien cherché à voir, sans l’ombre d’un doute.

Je réalise ce peu de considération de ma part qui a rythmé toutes nos retrouvailles depuis qu’elle profite de ce statut privilégié avec moi et pourtant, je n’en ressens toujours aucune honte, malgré l’injustice que semble ressentir Lucia. Au plus profond de moi, la limite entre nous a toujours été claire. J’apprécie chacun des moments que je passe avec elle et n’en regrette pas le moindre. Mais elle est une catin, une simple catin venue d’un bordel crasseux de Pompéi. Est-ce son simple état de prostitué qui m’a toujours inconsciemment interdit de lui donner plus de valeur que celle que je lui octroie aujourd’hui ? Peut-être. Mais Lucia n’est toujours restée qu’une putain à mes yeux, aussi délicieuse puisse-t-elle être. Cet espoir, cette illusion à laquelle elle s’est attachée, je n’ai cessé de m’en protéger depuis que je suis tombé dans le monde du vin, des paris et des putes. Et jamais je n’aurais pu penser que l’une des actrices de ce monde nocturne ait pu se laisser prendre à ce piège… Se garder de tout, de ces sentiments factices et de ces rêves trop tentateurs, tel est le prix de la survie pour quiconque s’engage sur la route d’un lupanar. Ici, on n’aime pas. On goûte, on brûle, on joue, on profite, on se rassasie jusqu’à s’en faire éclater la panse, mais sans jamais de sentiment, aucun. Les sentiments ici sont destructeurs, vicieux et mesquins. Les côtoyer, c’est s’assurer blessure et rancune, sans autre échappatoire que celle qui consiste à s’inventer une nouvelle chimère plus folle et dangereuse encore que la précédente.

Cet engrenage infernal, j’ai tout fait pour l’éviter. Et ce soir, face à Lucia, alors qu’elle m’ouvre son cœur, je comprends que j’y suis parvenu.

Car je ne suis pas amoureux d’elle, je le sais, je le sens. Je n’ai rien vu pendant toutes ces semaines, ces mois, parce que je n’ai jamais voulu voir quoi que ce soit. Parce que dès le départ, je voulais que Lucia ne reste que la putain qu’elle est. Parce que s’attacher davantage serait souffrir davantage. Parce qu’elle n’est qu’une prostituée avec qui j’aime passer du temps. Parce que les choses doivent être ainsi. Parce qu’elles ont toujours été ainsi.

Le bruit clair de la coupe venue se fracasser près de moi me tire de mes pensées. J’observe Lucia, les yeux rougis par la colère, une colère que je comprends mais à laquelle je ne veux pas prendre part. Car, malgré cette scène pénible à laquelle je pourrais aisément mettre un terme du simple fait qu’en ces lieux, nos places font que j’ai un pouvoir qu’elle ne pourra jamais ne serait-ce que frôler, je ressens une certaine compassion pour cette louve, attachée au mauvais corbeau. J’apprécie Lucia et ne veux pas la blesser plus qu’elle ne l’est déjà. Je garde donc pour moi les sursauts d’orgueil masculin ou les ordres du client outré par l’attitude de celle qui devrait lui être soumise.

Mais au moment où le calme revient enfin, la porte de notre chambre s’ouvre avec fracas et deux autres catins que je reconnais apparaissent. Les cris de la Louve ont attiréé la meute… Ces attentions, je les ai toujours trouvées admirables. Dans ce lupanar, les clients avinés et violents sont fréquents, et les incidents tout aussi réguliers que leurs venues. Mais à chaque cris d’une des Louves, les autres lui viennent immédiatement en aide, créant une sorte de lien à la fois voulu et forcé par leur condition précaire. Pourtant, quand elles me voient, toujours assis face à Lucia, dressée fièrement devant moi, elles comprennent que je ne suis certainement pas à l’origine, du moins directe, de ses cris.

Un nouveau danger plane alors au-dessus de Lucia, car les deux autres viennent de comprendre que la Louve vient d’hurler sur un client, ce qui ne peut être toléré au vu de sa condition. Et si je peux être compréhensif après ce que je viens d’entendre, je sais que Faustus le sera bien moins.

Je ne laisse pas aux filles une seconde de plus pour réfléchir et les pointe immédiatement du doigt de sorte qu’elles me regardent bien dans les yeux. Je leur lance alors d’une voix ferme :

- Un seul mot à Faustus et ma prochaine visite sera pour vous…

Les deux catins se redressent alors, comme prises en faute. Puis, après un dernier coup d’œil à Lucia, elles rebroussent chemin et referment la porte derrière elles. Je ne connais pas tous les bruits qui courent sur moi, mais j’ai une certaine idée de ma réputation dans ce lupanar et je sais que peu de ses catins auraient le cran de venir s’opposer à moi. Je n’ai aucun doute sur le fait que les deux-là tiendront leur langues et pour le moment, Lucia est donc tranquille.

Sans le vouloir, les filles viennent de nous offrir quelques secondes de répit, à la Louve et moi. Elle a pu reprendre ses esprits après avoir libéré ce qu’elle avait sur le cœur, et je profite désormais de ces quelques instants de silence pour réfléchir à ce que je vais lui répondre.

Je mets quelques secondes avant de détourner mon regard pour retrouver le sien. Je vois bien qu’elle est bouleversée et ne veux certainement pas qu’elle voie la même chose en moi. Je me veux fort, confiant, et quand je me lève doucement pour me rapprocher d’elle, je veux lui imposer toute ma stature d’homme.

Je dois pourtant prendre une décision et ces quelques instants qu’il me reste me semblent bien peu face à toute l’étendue de ma tâche. Le choix est cornélien, l’issue tentatrice, et je me retrouve face à deux portes avec l’obligation d’en ouvrir une. La première est celle de l’honnêteté, la plus difficile, certainement. Lui dire que de nous deux, elle seule ressent ce qu’elle vient de me décrire. Lui dire que je ne suis peut-être qu’un client comme un autre, mais avec cet attachement qui n’en est pas moins réel car elle demeure ma préférée, indéniablement, et que pour cela, elle a su s’octroyer ma plus belle considération. La deuxième est celle du mensonge, celle du confort, mais celle du frisson également. Lui faire croire que je l’aime, et profiter de la passion que décuplera sa certitude. Parce qu’il n’y a pas meilleure amante qu’une femme amoureuse, chacune de nos nuits deviendrait sans nul doute le théâtre de mes meilleurs souvenirs ici-bas. Profiter de ce statut intouchable que nous confère une femme éprise d’amour, savourer chacune de ses étreintes avec cette saveur nouvelle de se savoir amour et non plus client. Qu’importe la fourberie ! Qu’importe la menace de la douleur ! Après tout, la vérité peut lui rester cachée tant que je le voudrais…

Je ne suis plus à présent qu’à quelques centimètres d’elle et j’imagine les battements lourds de son cœur comme s’ils résonnaient dans l’air. Doucement, je viens effleurer sa joue du bout de mes doigts sans jamais dévier mon regard du sien. Je la sais pendue à mes lèvres et cette sensation m’enivre. En ce moment, j’ai tout pouvoir et le choix me revient.

Alors, lentement, je viens renouer le contact qu’elle a rompu tout à l’heure. Je l’embrasse avec toute la tendresse dont je n’ai jamais fait preuve avec elle. Cette femme amoureuse, je la veux, je la désire. Je veux cette exclusivité qui n’est permise que par l’amour et cette passion qu’elle ne laissera s’exprimer que si elle me croit aussi épris d’elle qu’elle l’est de moi. Cette comédie, je la jouerai pourvu qu’elle m’apporte ce qu’elle semble me promettre. Par ce baiser, je veux la conforter dans son illusion, qu’elle y croit plus qu’en la réalité qui s’affirme pourtant à elle chaque jour. Je veux qu’elle en soit certaine au point d’oublier tout le reste, qu’elle ne voit que par moi. Et mon hypocrisie veut qu’aucun mot ne soit sorti de ma bouche.

Si rien n’est dit, il ne peut y avoir mensonge !

Doucement, je nous sépare et la regarde alors, plongeant mes yeux dans les siens. Une partie de moi me traite de lâche, l'autre de salopard. Mais la plus forte de toutes me traite de génie et je savoure ma décision avec d'autant plus de satisfaction. Une nouvelle pulsion me prend et ma main attrape la nuque de Lucia pour la ramener à moi. J'embrasse ses lèvres avec une intensité nouvelle, plus appuyée, qu'elle prendra, je l'espère, pour celle de l'amant libéré. Je joue avec mes limites plus qu'avec ses propres sentiments. Mon but n'est pas de la faire souffrir, même si le résultat final ne risque guère d'en être différent. Je n'ai simplement jamais servi personne mieux que moi et ce que je convoite à cet instant, c'est elle.

Entre deux baisers, je me surprend à lui souffler :

- Lucia, si j'avais su...

La comédie commence à peine et je suis pourtant déjà happé par mon rôle. Je la serre davantage contre moi et intensifie notre étreinte. A ce moment-là, plus aucune morale ne vient perturber mon ambition.

Et je me laisse aller à ma victoire.
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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Ven 5 Sep - 18:29


Au pays du vice, seul le vin est roi


Lucia
Covus & Niger





Je me tiens là devant lui, comme souvent nous l'avons été. Très souvent même peut-être tout les jours. Ma vie commence quand il est là. J'avais eu peur de lui la première fois. Maintenant je le connais. Je sais ce qu'il aime mais lui aussi. Il me connaît. Il connaît tout de moi à vrai dire. Sans qu'il ai demandé quoi que ce soit je me suis donnée entièrement à lui, corps et âme, sans retenu.

Je suis haletante et bousculée de spasme. J'ai envie de pleurer ou j'ai déjà pleuré. Je ne sais pas. A vrai dire je ne sais même pas depuis combien de temps on est là dans cette chambre que j'aime autant que je déteste. Ma petite chambre à moi, mon havre de paix et en même temps ma prison. Lui est toujours au même endroit assis sur cette chaise. Il n'a pas bougé d'un pouce. Égale à lui-même Inébranlable. Inatteignable.

Je ne fait pas du tout preuve de force en hurlant. Cette force dont je sais très bien me vanter devant les autres louves. Il n'y a aucune force à être incapable de se retenir, à tout déballer sans retenu. Je me plais à penser qu'il n'est pas n'importe qui. C'est vrai pour moi en tout cas dans son cas je ne sais pas. Je ne sais rien de ce qu'il pense. Je suis devant un mont infranchissable. C'est maintenant ou jamais, alors ouvre la bouche s'il te plait ! Dit quelque chose !

A ce moment là un groupe de louves entrent dans la chambre. Elles ont l'habitude de m'entendre hurler, sur Niger, sur d'autres louves, mais sur un client... Sur ce client, celui de je préfère. Elles viennent pour me protéger ou me dénoncer ? Je dirais que la frontière entre les deux est très fine. On s'aime comme on se déteste et la concurrence n'est jamais loin, surtout si comme moi on a quelque privilège. Kerta aime qu'il y ai cette concurrence entre nous elle sait qu'elle nous rend productive si je puis dire. La scène doit être bien étrange. Moi debout, rouge de colère,  mouillé de larme et encore sanglotante ; lui assis immobile, aucune expression sur son visage. Loin de moi, très loin, beaucoup trop loin.

Mais tout d'un coup et contre toute attente sa voix retentit, et je sens mon cœur se serrer.

_Un seul mot à Faustus et ma prochaine visite sera pour vous…

Je ne fait plus du tout attention aux filles. Je ne comprends pas très bien d'abords. Mais il me défend. Je ne serais pas blâmer pour ce que j'ai fait... A  moi qu'il s'en charge lui-même. Non il n'est pas comme ça. Enfin après tout je ne sais pas comment il est...

L’ambiance est plus calme. Je me sens plus calme. Je vais m’asseoir sur le petit lit au milieu de la pièce. Je me sens bizarre. Vidée à vrai dire. Je suis fatiguée comme si j'avais explosé après m'être retenu trop longtemps. Mes nerfs ont lâchés et je ne tenais debout que grâce à eux.

Nos regards se croisent, je n'ai même plus la force de détourner les yeux. J'ai l'impression que c'est la dernière fois qu'on sera si près l'un de l'autre je ne veux, je ne peux pas gâcher ses derniers moments. Alors il se lève et s'approche de moi. Il est beau, tellement beau, qu'une beauté terrifiante mais tellement attirante. Les rôles s'inversent alors, je n'ai plus aucune force et lui est comme d'habitude rempli de cette beauté que lui confère justement cette force et cette puissance d'homme. Il reste là. Et malgré moi, bien que je sois sûr et certaine qu'il n'y a plus aucun espoir, j'espère encore. Je ne peux faire que ça. J'y une infime chance et je ne peux que m'y attacher comme une désespéré.

Il me semble que des heures passent, des heures où je ne pense à rien, où mon esprit est étrangement vide. Il a tout les pouvoir sur moi à cette instant, j'attends son ultime décision. Puis contre toute attente, il se baisse doucement vers moi, prend mon visage dans ses mains fortes et m'embrasse avec une tendresse qu'il n'avait jamais eu. Je suis troublée. Je ne sais pas ce que je dois ressentir à vrai dire. C'est bon ? Est-ce que c'est une réponse ? Je suis submerger par la joie mais aussi par la peur... Cette chose là. Cette tendresse qui n'a rien à voir avoir celle d'un frère je ne l'a connais pas. C'est tout nouveau, ces sentiments font partie de l'inconnu. Je ne sais même pas ce que je dois comprendre par ses baisers.
Plus ça va et plus ses baisers deviennent pressant et fougueux. J'ai l'impression de sentir une urgence. Et cette urgence je l'a partage. Je le veux tout entier. Je veux qu'il me montre ce que je veux. Puis je l'entends me dire dans un souffle, presque un soupir :

_Lucia, si j'avais su...

Je ne me retiens plus. Ces mots je les ai tellement attendu. Je l'aime, je l'ai. Je connais Corvus, il ne parle pas inutilement, il choisit ses mots. C'est tellement ce que j'attendais. Ce que j'ai toujours attendu. J'ai l'impression d'avoir passé ma vie à attendre ça. A l'attendre lui. Je ne connais pas ça cette amour, ces sentiments qui me submerge mais je suis prête à me donner sans retenu. Plus rien ne me retient. Peu importe qui nous sommes. Je veux être lui et qu'il soit moi. Ni Corvus, ni Lucia, ni esclave, ni plébéien. Je l'aime, je l'aime tellement. Je veux que le temps s'arrête et ne plus savoir qui je suis.

Je ressent alors encore cette urgence. Je veux lui montrer que quelque chose à changer que je ne suis plus la prostitué qu'il a payer. Je suis celle qui veux être tout pour lui. Je me permet toute les audaces. Je le serre contre moi aussi fort que je peux. Cette fois-ci cette étreinte je veux qu'elle vienne de moi. Je veux choisir comment lui montrer mon amour. Comment lui faire du bien. Je ne suis plus une louve qui donne son corps. Je suis une femme éperdument amoureuse.

Je me laisse aller à faire ce que j'ai envie. Je m'étonne même ! Je m'écarte de son éteinte pour lui enlever son pallium aussi vite que je peux je veux le sentir et sentir sa peau comme jamais je ne l'ai sentis comme ça. Tout ce que je ressent semble plus fort que jamais. Ce soir je serais moi-même contre son corps. Je suis heureuse, si heureuse que je ne peux retenir mes larmes. Mais je n'en ai pas envie je veux qu'il n'ignore rien de moi et du bonheur qu'il me procure. Je ne pense pas à ce qui se passera demain, après, quand il rentrera. Je pense à lui, à ce nous qui existe maintenant.

_Je t'aime Corvus.

__________________________

Louve à jamais.


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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Mar 23 Sep - 19:00

Je sens sa peau brûlante passer sous mes doigts et chacun de ses gestes fait naître en moi un frisson puissant qui me parcourt tout le corps. D’abord, je la sens tremblante, incertaine sous mon étreinte en laquelle elle ne croyait peut-être plus. Et lorsque de ma bouche s’élève un murmure, c’est son être tout entier que je sens se libérer dans mes bras.

La sensation est enivrante alors que sa métamorphose s’amorce. La prostituée disparaît, et, sous mes mains de masseur, je ne tiens plus qu’une femme amoureuse, imprévisible et brûlante… Ses baisers se font aussi profonds que les miens et je réponds à ses appels par une ardeur que je ne cache plus. Car l’excitation est là, plus que jamais, et Lucia n’a jamais été aussi belle. De ses actions, je ne peux plus rien prévoir, je suis comme un amant perdu qui retrouve sa belle après des années d’absence. Elle s’affirme, se fait aventureuse. Ses gestes sont vifs et ses regards pénétrants. Je pensais connaître la femme, mais je ne connaissais que la pute et mon erreur me ravit à un point que je n’imaginais guère. Je retrouve dans notre étreinte le frisson de la première fois, comme si toutes ces nuits passées ensemble n’avaient été qu’illusions. Comme si nous nous découvrions enfin, dans cette chambre que nous avons pourtant occupée tant de fois.

Je sens Lucia me serrer soudainement dans ses bras et je rouvre les yeux pour croiser les siens. Ce regard qu’elle pose sur moi… Dès lors, je ne doute plus du succès de ma manœuvre. Je la tiens, ici, cette femme amoureuse, cette fille que la folie fait tout oublier, jusqu’aux signes les plus évident d’un attachement qui n’est pas partagé. Elle est là, collée à moi, ses mains s’enfonçant dans mon dos comme si elle tenait là sa propre vie. Et je la garde contre moi, prêt à tout pour que l’illusion continue jusqu’à ce que nos deux volontés lâchent d’elles-mêmes, épuisées par une intensité qu’elles n’auront encore jamais eu à affronter. Je veux être transporté si loin que la nuit ne sera pas assez longue pour me faire revenir de ce rêve, de ce désir violent qui nous aura emportés tous les deux.

Je l’embrasse encore et je sens ma barbe légère griffer sa peau de toute jeune femme. Ma main droite vient quérir sa joue pendant que l’autre parcours lentement le bas de son dos. Je la sens trembler et chacune de ses respirations saccadées fait vibrer en moi une sensation plus puissante encore que je ne l’aurais cru. Je sens les doigts de Lucia se glisser jusqu’à ma taille et m’arracher mon pallium. Je respire profondément sans me contrôler véritablement et je fais un effort surhumain pour reprendre contenance et ne pas perdre pied, pas encore. Mes baisers redoublent pendant que ma main remonte le long de son dos pour venir retrouver l’épaule. Doucement, j’attrape le haut de sa fine robe du bout de mes doigts pour la faire glisser le long de son bras. La deuxième bretelle ne tarde pas à imiter la première et le corps de Lucia qui se dévoile ainsi sous mes yeux me semble pourvu d’un charme que je ne lui avais alors jamais connu. Mes yeux suivent avidement chacune de ses courbes que je pense connaître déjà par cœur et mes mains les parcourent comme autant de provinces à redécouvrir. Le temps d’une seconde, je la sens trembler davantage et je lève les yeux vers son visage pour le trouver mouillé de larmes. J’hésite un instant, soudain impressionné par ce flot d’émotions qui semble envahir la louve. Une voix dans ma tête me rappelle l’immoralité de ce que je lui fais subir alors, car je sais qu’elle est tombée amoureuse d’un mythe, d’une chimère que j’ai moi-même créée. Mais je balaye cette idée aussi vite que sa larme que je viens écraser de mon pouce, un geste qu’elle prendra je l’espère pour un accès de tendresse. Je l’embrasse encore et je la serre contre moi. Et, comme une incantation, sa voix me pénètre et irradie tout mon corps. Vient-elle vraiment de prononcer ces mots ? Je n’y tiens plus. J’attrape ses jambes et la soulève pour la prendre dans mes bras. En quelques pas, je la ramène sur la couche que nous avions quittée quelque instants auparavant et l’y dépose doucement.

Je la surplombe ainsi de toute ma stature, une position que j’ai toujours appréciée dans mon instinct masculin. Je sens pourtant un changement dans le comportement de Lucia, une ardeur, une urgence, une envie de prendre une sorte de contrôle qui lui a toujours été refusé, celui d’être elle, de la façon la plus pure et la plus spontanée. Cet inconnu me fascine et je la laisse agir sans entrave, glissant sur le côté pour qu’elle puisse prendre une place de premier plan qu’elle n’a jamais eue avec moi. Et dans cet océan d’émotions, perdu dans ces bras plus aimants que jamais, je m’abandonne complètement à cette femme magnifique, à cette femme amoureuse.

₪ ₪ ₪

Mes yeux s’ouvrent pour m’offrir la vue de cette jeune louve profondément endormie contre moi. Je suis un instant surpris de me trouver là, moi qui n’était jamais parvenu à rester avec une femme après lui avoir fait l’amour. Puis, je me remémore cette nuit, et un sourire carnassier vient se dessiner sur les lèvres pendant que je dépose négligemment ma main droite sur mon front. Je réprime un rire d’homme satisfait car je ne veux pas réveiller ma belle Lucia, mais le cœur y est. Quelle nuit… Par Jupiter, quelle nuit !

Mais je ne peux pas rester là, m’endormir sur cette couche est déjà quelque chose que je n’ai jamais fait avant. Je ne maîtrise que les pratiques du client et certainement pas celles de l’amant, et j’ai surtout peur de ne pas réussir à tenir mon rôle face à Lucia quand celle-ci se réveillera. Alors que mes yeux viennent se redéposer sur elle, je regrette un instant de devoir la laisser là. Mais cette impression étrange disparaît aussi vite qu’elle est venue et doucement, je fais glisser son bras pour me libérer de sa douce étreinte. J’appuie sur la couche pour déplacer mon corps sur le côté et, lentement, je m’extirpe des draps et des bras de ma plus belle conquête.

Rapidement, je retrouve mes affaires et m’habille sans bruit. Le pallium sur mes épaules, je jette un dernier regard à Lucia et hésite à partir. Comment entretenir mon rôle si je ne suis pas là pour l’incarner chez elle ? Je réfléchis à une manière de lui faire croire que j’ai été pressé par le temps et que la laisser seule dans cette chambre m’a arraché le cœur… Doucement, je me rapproche et m’accroupis près d’elle. Elle remue un peu et j’ai peur de la voir ouvrir les yeux, mais le calme revient et elle redevient calme. Rassuré, je laisse mes doigts taquiner une de ses mèches de cheveux. Puis, avec une simplicité qui m’étonne presque, je remonte discrètement le drap sur son dos nu, en espérant qu’elle s’en rendra compte en se réveillant un peu plus tard…

Alors, le corbeau que je suis retourne chercher l’ombre de la nuit et je quitte le lupanar, des souvenirs plein la tête.

Mon voyage ne me mène pourtant pas très loin et la lumière qui provient de la taverne juste à côté m’attire irrésistiblement. Si donner encore quelques deniers à Faustus n’est pas chose à me réjouir, la présence de ce brave Niger est quelque chose d’autrement plus alléchant. Lui et moi, c’est comme… deux provocatores en piste au milieu d’une arène : le public nous empêche de perdre la face et nous nous combattons à coupe de piques et de répliques bien senties. Je ne dirais pas que je n’aime pas ce gosse, je lui trouverais même plusieurs qualités attachantes. Mais je trouve un plaisir délectable à être celui qui lui pourrit ses journées, et en cela, je crois que le temps m’a donné une certaine expérience.

Avec le sourire satisfait de l’homme qui vient de passer une nuit dont il se souviendra, je passe une main dans mes cheveux noirs et pousse la porte de la taverne en m’écriant :

- Sers-moi ta meilleure piquette, Niger !

Je me dirige d’un pas sûr vers une table posée non loin de sa place de serveur et m’assieds nonchalamment sur la chaise en posant mes deux talons sur la table pendant que Niger s’affaire à me préparer mon pichet de vin. Je ne le lâche pas du regard, et quand il vient poser le tout sur la table, je viens placer mes deux mains à l’arrière de ma tête et lui lance avec un sourire de renard :

- Aaaah… Est-ce je t’ai déjà dit à quel point j’aime ta sœur ?

__________________________

Laisse le corbeau se nourrir de ta charogne et prie les dieux qu'il ne sache pas traverser le Styx.

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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Jeu 2 Oct - 18:28


Au pays du vice, seul le vin est roi


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Je ne tiens plus. Je suis remplis d'une joie et d'une ferveur immense. Je n'ai plus l'impression d'être moi même. Ou bien pour la première fois de ma vie je le suis justement. Je ne peut être moi que grâce à lui. Il est ce qu'il me manquait. Comme une partie de moi pour que je sois complète. J'ai envie de nous soyons à nouveau réunie mais cette fois ce sera la première fois que nous seront ensemble corps et âme. Car à partir de cette instant plus rien n'existera, plus rien n'aura d'importance, mise à part l'union de nos deux corps qui ne formeront plus qu'une tout.
Je me sens tellement bien dans ses bras. Ces gestes nous les avons fait milles fois, cette chambre nous la connaissons par cœur. Mais tout semble tellement nouveau. Je me sens moi-même, nouvelle.
Alors pour la première fois avec lui je me laisse aller à faire ce dont j'ai envie, à prendre possession de son corps. Il me l'a montrer, il est miens et il le sait, je suis sienne. Je sens son corps devenir brûlant, et je ne sais plus si c'est lui ou moi qui dirige. Je suis mélangée entre l'envie d'être entièrement à lui et de prendre les devant. Je suis en plein rêve. J'ai mille fois rêve de tout cela, maintenant c'est vrai.
Je l'aime, j'ai eu bien le temps d'y réfléchir, d'en être sûr. Je peux dire que j'en suis sûr aujourd'hui. Je veux que cette instant dure pour toujours. J'ai longtemps rêvé de vivre avec lui, lui faire des enfants, aller au marché. Je ne voudrais rien de plus. Ce serais simple, rien de bien clinquant, juste nous.
Je sens nos corps se tendre, j'arrête alors de penser. Ma tête n'est plus capable de penser. Je m'enivre. Je m'accroche à lui comme si ma vie en dépendait.

*
Nous tombons littéralement l'un à côté de l'autre, haletant. Je ne pourrais expliquer avec des mots la force de ce qui vient d'arriver. Nous avons faire l'amour, au sens propre du mot. Je me sens tellement bien, tellement entière. Je viens me blottir contre lui, je ne supporte pas d'être loin de lui ne serais-je qu'une seconde. Je sais qu'il finira par partir, encore une fois il me laissera seul. Mais je ne préfère pas y penser. Ici contre lui je me nourris de son odeur. Et sa chaleur contre moi, sa main dans mes cheveux me bercent doucement. Je me bats contre le sommeil qui veux me prendre doucement. Je me sens si bien que la bataille est perdue d'avance. J'ai pourtant tellement envie de profiter de lui. Je ne veux pas reprendre ma vie qui n'a aucun sens sans lui.
Après quelque minutes je l'entends respirer plus fort. Je bouge un peu pour le regarder : il est endormi. Je le regarde, il est encore plus beau une fois endormi. Cette douceur qu'il m'inspire je suis la seul à la connaître. J'ai du mal à me dire qu'il me faisait si peur avant. Quand on ne le connaît pas forcément il peut faire peur, il est tellement mystérieux. C'est pour cela que les filles ont peur de lui. Je sais qu'il n'y a que lui qui puisse décider qui peut rentrer dans sa bulle. Il a décidé qu'il n'y avait que moi. Rien n'est plus important que cela.
Petit à petit je sens que le sommeil m'attire avec plus de force cette fois-ci. J'ai assez lutté. J'ai envie de me laisser aller contre lui bercé par sa respiration. Je resserre un peu mon étreinte. Et finis par m'endormir.

*

_ « Lucia ! Lucia ? Tu fais quoi ? »
Je me réveille brusquement. Je ne sais même pas quelle heure il est n'y même où je suis, ce que je fais. Je suis complètement perdue. Je regarde autours de moi pour retrouver un peu la mémoire. Je suis encore nue dans le lit les draps étaient sur moi avant que je ne me lève d'un bond. Je ne dors jamais avec la couverture sur moi.
_Corvus ?
Je regarde autour de moi, il n'y a plus aucune trace de lui, de ce qui nous est arrivé comme si tout était un rêve. J'ai peur d'avoir rêver tout ça.
_Il est partie à l'aube, ça fait un moment maintenant, je l'ai croisé en allant me laver.
Je sors du lit complètement nue sans même y penser. La pudeur n'existe pas dans un lupanar.
_T'as-t-il dit quelque chose ? Il a parlé à quelqu'un ?
Clea me regarde sans rien comprendre je le sens à son regard.
_Bah non rien comme d'habitude. C'est quoi ton problème ? Il t'as empoissonner ? C'est pour ça que tu as dormi si longtemps ?
Cette fois-ci c'est moi qui ne comprends plus rien.
_Mais quelle heure est-il ?
_Un peu plus de midi. S'il a fait quoique ce soit tu dois nous le dire Lucia, vraiment je le dirais à Kerta moi. Et crois moi que Faustus fera quelque chose c'est sûr tu lui rapporte trop d'argent. Les filles m'ont dit qu'elles t'avaient entendu crier hier.
Tout me reviens en tête, la douceur, l'amour mais aussi la colère avant et les pleurs. Ma voix qui lui avoue enfin que je l'aime. Alors c'est une joie immense qui me prends toute entière. Je sais maintenant. Je n'ai aucune raison d'avoir peur !
_Mais non Clea ! C'est bon, enfin ! Je lui ai dit ! Il m'aime Clea ! On s'aime c'est bon j'ai plus à avoir peur !!!
Malgré mon bonheur, elle me regarde sans sembler soulagé. Comme si tout cela n'était pas évident ! Je lui en ai tellement parlé, elle connaît tout, elle devrait se réjouir pour moi.
_Il est partie Lucia. Sans rien te dire. C'est Corvus je veux pas que tu ais de faux espoir.
_Mais tu comprends rien ! Il est a moi ! Il m'aime il me l'a dit !
_Ah parce qu'il te parle ton corbeau c'est nouveau ça !
Je ne peux plus en supporter d'avantage. Elle ne comprendra jamais. Elle ne peut pas comprendre même son paysan ne l'aimait pas autant que moi. Je sors de la chambre sans même lui lancer un regard. Il n'y a qu'à elle que je peux en parler et elle ne comprends rien. Tant pis je garderais ça pour moi. Ce sera notre secret. Je sais qu'il reviendra. Il ne me laissera pas.

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Louve à jamais.


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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Sam 25 Oct - 15:27




Corvus, Lucia & Niger
Beaucoup de non-dits flottaient en ce moment entre Niger et sa sœur, Lucia. Il avait l’impression que tout n’allait pas comme avant, qu’il ne pouvait pas partager autant qu’ils le faisaient avant. Tout avait certainement commencé quand il lui avait annoncé qu’il s’était lancé dans la quête de ses vrais parents. A vrai dire, il n’avait jamais compris qu’elle ne se soit jamais intéressée à l’identité de son géniteur ; peut-être était-elle intriguée d’ailleurs, mais elle ne lui en avait jamais parlé. Niger se disait qu’elle n’avait pas dû comprendre ce qu’il entendait par « chercher ses géniteurs ». Jamais il ne considérerait quelqu’un d’autre que la femme qui l’avait nourrit, élevé et éduqué comme sa mère. Et Lucia, même s’il n’avait pas de sang commun avec elle, était plus sa sœur que n’importe qui avec qui il pourrait partager un parent. C’était peut-être ce que Lucia craignait : qu’il les oublie, elle et leur mère, au profit d’autres gens. Evidemment que ça n’arriverait jamais, mais têtue comme elle était, une fois qu’elle se mettait une idée dans le crâne, il était impossible de la lui en défaire. Quand il lui avait annoncé la nouvelle, il pensait qu’elle allait sauter de joie pour lui, l’encourager, lui donner des idées de pistes, même. C’était certainement trop espérer, elle n’avait pas du tout sauté de joie, elle s’était même renfrognée, et avait souhaité couper leur entretien qui venait de commencer. Les autres fois où ils s’étaient vus avaient été tendues, surtout qu’en ce moment, il ne passait plus très souvent, pris par différentes responsabilités et par cette fameuse quête. Finalement, une dispute avait éclaté. Il lui avait reproché de ne pas le soutenir, et elle de l’oublier. Comme deux enfants têtus, ils n’avaient rien lâché jusqu’à ce que Niger claque la porte de la chambre de sa sœur au lupanar, pour se perdre dans les rues de Pompéi, une bouteille de vin et une autre d’hydromel dans les deux mains. Ce soir-là, il avait terminé raide mort devant l’entrée du lupanar de Julia Felix ; ça avait été une soirée étrange, puisqu’il avait été amené à l’intérieur de ce lupanar ennemi, qu’il avait rencontré une louve de là-bas, une certaine Arria, qui l’avait réveillé à coups de seaux d’eau, et qui n’avait fait que lui hurler dessus alors qu’il avait déjà mal au crâne. Soirée bien étrange.
Mais il n’y avait pas que cette histoire de famille recherchée, il y avait aussi le fait que Niger voulait se trouver une épouse. Il entendait que ces deux éléments associés étaient peut-être un peu trop pour sa grande sœur. Mais ça ne l’avait pas empêché, au moment où il lui avait annoncé qu’il allait chercher une femme à marier, de penser aussi qu’elle allait se réjouir pour lui. Il avait été stupide et naïf, bien sûr qu’elle ne se réjouirait pas, elle était enchaînée au Lupanar et elle n’aurait jamais la possibilité d’épouser un homme. Il n’avait pas été plein de tact sur ce coup-là, mais en même temps, il n’arrivait pas à lui cacher quoi que ce soit. Niger était un fieffé menteur, mais sa sœur semblait toujours savoir quand il lui cachait quelque chose, en particulier la vérité. En tout cas, tout n’était pas au mieux dans la relation de ces deux bâtards, et Niger le regrettait. Il voulait que tout redevienne comme avant, ou plutôt, puisqu’il détestait l’idée de revenir en arrière, que tout évolue au mieux. Il devrait faire des efforts. Mais pour l’instant, il était à la taverne, et l’heure n’était pas à la déranger. La nuit était déjà bien entamée, elle était certainement avec un client, peut-être son deuxième ou son troisième de la soirée, et il détestait songer à cela. Il se concentrait sur ses clients à lui, ces ivrognes affamés. La plupart d’entre eux revenaient du bordel vidés de toute force, et quémandaient un petit plat pour retrouver leur énergie, afin de rentrer tranquillement chez eux, pour se coucher près de leur épouse. Les Ausonii offraient à ces hommes une vie de rêve ; leur appétit à la fois de nourriture et de sexe étaient assouvis, et ils avaient le droit par-dessus ça à quelques gorgées d’alcool. Peut-être pas une vie, mettons une soirée ; mais pour les habitués qu’on retrouvait à la fois dans la taverne ainsi que dans le lupanar tous les soirs, on pouvait dire une vie. En échange, Niger et les siens avaient bien le droit de prendre quelques sesterces, n’est-ce pas ? Et puis que ces hommes affamés les aident aussi en alimentant leur réseau d’informations n’était que légitime, tout se paye, dans ce monde, et particulièrement à Pompéi.

Niger venait de jeter dans l’arrière-cour un client un peu trop éméché, et un peu trop bagarreur. Il tenait à ce que tout se passe dans une ambiance festive, à la taverne, et ce n’était certainement pas avec un client qui s’amusait à écraser des bouteilles sur le crâne de son voisin que ça allait fonctionner. Néanmoins, il ne s’inquiétait pas. Le plébéien avait beau avoir été jeté dehors comme un malpropre, certainement s’endormirait-il dans son vomi, mais il reviendrait. C’était l’effet que provoquaient la taverne et le lupanar sur les clients : ils revenaient toujours, un jour ou l’autre. Bref, il revenait maintenant vers son bar ; il y trônait. Tout le monde le connaissait, plus le degré d’alcool augmentait moins ils le respectaient, certes, mais il n’en était pas moins le maître des lieux en l’absence de Kaeso. A cause de l’absence de soleil, il était impossible de savoir quelle heure il était. Néanmoins, la nuit était bien entamée, Niger estimait à son niveau de fatigue qu’il devait être autour de trois heures du matin. Il n’était pas d’excellente humeur, à vrai dire. Habituellement, il buvait quelques coupes avec ses clients, n’hésitait pas à aller s’assoir avec eux pour échanger quelques rumeurs et jouer au dé, mais pas ce soir. Il était derrière son bar, à songer à sa sœur en essuyant quelques assiettes. Les seuls clients qui arrivaient maintenant étaient ceux qui sortaient du lupanar, au grand bonheur de Niger : ce n’était plus l’heure de pointe, il était tranquille pour le reste de la nuit. Du moins, c’était ce qu’il croyait, puisqu’un client qu’il ne voulait définitivement pas voir passa la porte de la taverne, s’apprêtant à lui ruiner le reste des heures qu’il devait encore passer à la taverne.

L’homme s’appelait Manius Oppius Corvus, et Niger, soyons clairs, le détestait. Vraiment, réellement, de tout son corps et de toute sa tête, il le haïssait. Il n’aimait aucun client de sa sœur, mais il arrivait à supporter la plupart d’entre eux, à faire semblant. Le problème avec Corvus, c’était que Lucia l’avait choisi comme client favori. Et ça, le foutu masseur le savait. Et comme tout le monde, il savait aussi que Lucia et Niger étaient frères et sœur, et il se délectait d’en jouer. Niger avait entendu dire qu’il avait lui aussi des sœurs, était-il alors incapable d’un peu d’empathie ? Ne ressentissait-il pas cette haine envers tous leurs prétendants ? Pourquoi alors venir narguer l’affranchi en lui vantant à chaque fois qu’il le voyait les mérites de Lucia ? Pourquoi s’amusait-il autant de sa colère ? Foutu corbeau, Niger ne comprenait définitivement pas ce que sa sœur lui trouvait. C’était un être haïssable, qui avait pourtant une famille digne. Niger se disait qu’il aurait préféré avoir un de ses frères comme client régulier plutôt que lui. L’aîné semblait rempli d’honneur, et le second, Lucanus, n’arborait pas de sourire carnassier à la fin de chaque phrase. Les Oppii étaient des plébéiens respectables, tous autant les uns que les autres, mais il avait fallu que le seul membre déchu de cette famille, celui à qui on donnait un surnom aussi sombre que celui de Corbeau, soit le favori de sa sœur. Niger pouvait parier qu’à un moment ou à un autre de la soirée, il viendrait taquiner son cher et tendre Ausonius au sujet de sa sœur. Il n’y avait plus qu’à espérer qu’il n’ait pas été avec Lucia ce soir. Néanmoins, Niger en doutait : si Lucia avait choisi Corvus comme client favori, ce dernier l’avait choisie comme louve préférée. N’était-ce pas génial ? Une telle communion de goûts, hein ? Ça donnait envie de vomir à l’affranchi, à vrai dire.

Bref, le plébéien était rentré dans la taverne, Niger se renfrogna donc encore plus. D’une voix forte, joyeuse, le corbeau réclama une coupe de vin alors qu’il s’asseyait sur une table beaucoup trop proche du bar. Un voile noir était passé devant le visage du jeune affranchi. Ses yeux noirs se remplissaient d’une lueur colérique, tandis qu’il serrait les dents. Il attrapa une coupe et y versa une bonne dose de vin. Il n’avait pas choisi le pichet de sa « meilleure piquette », étonnamment, il en avait choisi un vin fort et au goût trop prononcé pour être agréable en bouche. S’il s’étouffait avec sa gorgée, Niger ne le pleurerait pas. Il releva la tête, et vit que le Corvus avait mis ses pieds sur la table. Comme un roi dans sa maison, hein ? Il avait passé la nuit avec Lucia, Niger en était certain ; elle produisait cet effet-là sur le masseur, au grand regret de son frère.
Alors qu’il s’approchait de la table, Corvus fit, de sa voix arrogante et insupportable :

« Aaaah… Est-ce je t’ai déjà dit à quel point j’aime ta sœur ? »

Niger en était certain : cette réplique, le Corbeau l’avait préparée. Il déglutit, tentant de garder son calme qui lui filait entre les doigts. Il finit par relever les yeux vers le plébéien, posant sa coupe de vin sur la table en bois. Il arborait son classique sourire qui donnait à tout le monde envie de lui foutre un poing entre les deux yeux – ou était-ce seulement un effet qu’il provoquait sur Niger ? Plongeant ses iris noirs dans les siens, se redressant de manière à pouvoir le regarder d’un peu plus haut, l’affranchi lâcha d’une voix qu’il voulait froide :

« Pas ce soir, Corvus, je suis pas d’humeur à t’entendre déblatérer sur Lucia »

Quelque chose disait à Niger que malgré sa requête, le plébéien ne s’arrêterait pas là. Il semblait d’humeur joueuse, ce soir, au grand malheur de son interlocuteur.


© charney


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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Mer 29 Oct - 18:09

L’odeur du vin et de la déchéance est omniprésente et je l’inspire à pleine bouffées, un sourire amusé aux lèvres. Je vois à quel point le petit affranchi me déteste, je sens sa colère depuis mon trône sur cette chaise en bois rongée par les mites. Je ne le lâche pas du regard, le mettant au défi de me lancer tout ce qu’il brûle certainement de me dire, lui dont la place ne l’autorise qu’à me servir docilement ma coupe et à faire bonne figure. Je joue sans vergogne de ce statut en théorie intouchable car je sais que Niger est un garçon intelligent, ce qui diminue d’autant plus la probabilité de le voir me mettre son poing dans la figure car il y risquerait sa place, et peut-être plus encore. Alors que je lui lance ma pique, certain de mon effet, il se rapproche avec mon vin et le pose sur ma table sans plus de cérémonie. Il me transperce alors d’un regard assassin que je soutiens pourtant sans la moindre difficulté tant je sais que mon comportement l’insupporte. Quelques mots sifflent entre ses dents et j’y réponds en laissant mes lèvres s’étirer doucement, dévoilant toutes mes dents. J’amène alors la coupe à mes lèvres, toujours sans le quitter des yeux un seul instant et laisse le breuvage couler dans ma gorge. Je suis soudain surpris par son goût démesurément prononcé et manque d’être pris par une désagréable quinte de toux. Détournant un instant le regard, j’avale difficilement le vin, prenant sur moi pour ne pas le recracher dans l’instant. Et quand enfin la gorgée passe, mes yeux reviennent à ceux de Niger et j’affiche un air amusé car je me doute bien que cette pisse d’âne n’est pas arrivée par mégarde dans ma coupe. Avec un air de défi, je reprends pourtant immédiatement une gorgée, cette fois sans faillir, mes yeux solidement plantés dans les siens.

Puis, je repose nonchalamment la coupe sur la table et gronde d’une voix grave :

- Quel égoïsme que le tien, mon brave Niger ! Moi qui ne suis là que pour lui faire mes meilleurs compliments. Je pensais que tu en serais enchanté…

Ma satisfaction me fait mordre distraitement ma lèvre inférieure car je jubile intérieurement. Dans ces moments-là, je suis un corbeau, plus que jamais, et c’est un rôle que je me plais à rappeler à ceux qui en valent la peine et malheureusement pour le pauvre serveur, il est une des proies que je m’amuse le plus à pourchasser.

Ce soir pourtant, son humeur est trop sombre et sa défense trop brusque pour que je sois le seul à l’origine de ce visage crispé. A moins que mes talents soient devenus plus efficaces encore que je ne l’ai soupçonné… Ce qui serait au fond une autre raison tout à fait légitime pour me complaire dans ma fierté cette nuit ! Formidable...

Mais ma curiosité est piquée au vif et comme je sais que Niger aimerait tant me voir finir mon vin dans mon coin et disparaître aussitôt, je ne résiste pas à l’envie de mettre le doigt sur cette moue des mauvais jours.

- Que se passe-t-il, Niger ? Tu sembles tiraillé par des soucis bien au-dessus de ton contrôle… Raconte-moi tout…

Je me doute bien être pour l’affranchi la dernière personne à laquelle il voudrait confier ses problèmes, ce qui me conforte dans l’idée de le lui proposer avec toute la mauvaise foi du monde. Je bois à nouveau et lui fais signe de me resservir avant de reprendre.

- Tu as ta tête des mauvais jours. Après tout, en tant que beaux-frères… ou quasiment… nous sommes presque intimes. Qu’est-ce qui te tracasse ?

Je lève deux fois mes sourcils pour appuyer ma dernière attaque et le bout de ma langue se fraye un chemin entre mes lèvres à la manière d’un chasseur tenant une pauvre petite bestiole entre ses pattes.

- A moins que tu ne préfères aller te confier directement à ta sœur ? Elle semblait… plutôt en forme, ce soir.

Un sourire fend de nouveau mes lèvres et je refuse toujours de lui laisser la moindre seconde de répit. Mes yeux le scrutent, analysant chacune de ses réactions dans l’espoir de trouver une faille où je pourrais m’engouffrer. Niger me hait, c’est une certitude. Mais il ne sait peut-être pas que j’adore qu’on me haïsse…

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Laisse le corbeau se nourrir de ta charogne et prie les dieux qu'il ne sache pas traverser le Styx.

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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Dim 21 Déc - 0:25




Corvus, Lucia & Niger
De ce que Niger en savait, Lucia était décrite comme une louve efficace. Quoi de plus normal, en même temps ? Sa mère avait été une prostituée, elle a grandi au sein du lupanar toute sa vie, et s'est convertie au métier dès son plus jeune âge. A vingt ans passés, elle avait ses clients réguliers et permettait à Faustus de se constituer une petite fortune. Lucia avait de l'expérience, on disait qu'elle était douée dans ce qu'elle faisait, bref, c'était une excellente louve. Comment était-ce alors possible qu'elle soit si peu professionnelle quand il s'agissait de Manius Oppius Corvus ? Kerta n'enseignait-elle pas à ses filles qu'on ne devait pas s'amouracher des clients ? Quand il était question de cet homme, Niger ne reconnaissait plus sa sœur ; pourtant, il était celui qui la connaissait le mieux, mais il ne savait expliquer comment elle pouvait éprouver autre chose que du dégoût pour ce Corbeau. Peut-être avait-il le regard biaisé, certainement même, il le reconnaissait. Après tout, il ne se renseignait que rarement auprès de sa sœur sur ses affaires de cœur, et encore plus rarement sur Corvus. Il n'avait sur cette relation que le point de vue de l'homme, en réalité, homme qui ne cessait de se vanter des nuits passées avec la louve. Ne vous méprenez-pas, Corvus n'était selon Niger ni le plus sombre, ni le plus vil, ni le plus menaçant des clients qu'il avait pu rencontrer à la taverne. Loin de là même, c'était un plébéien issu d'une bonne famille, et bien qu'il essayait de le cacher, il n'était "Corbeau" que depuis peu. Niger aimait son travail, aimait son maître, aimait ses clients, même les plus sombres, les plus vils et les plus menaçants. Corvus faisait partie de ce cercle restreint de clients qu'il ne pouvait supporter. Cette élite était largement constituée des clients de Lucia, à vrai dire. En même temps, quel frère apprécie particulièrement les hommes qui couchent avec sa sœur contre de l'argent ? Pas Niger, en tout cas. Mais tous les clients de Lucia savaient qu'elle avait un frère dans la taverne, et tous les clients de Niger savaient qu'il avait une sœur au lupanar. Tout le monde savait que Lucia et Niger avaient eu la même mère, qu'ils avaient été élevés ensemble, la gaffe était quasi impossible. C'est pourquoi, la plupart des clients étaient assez discrets et surtout polis pour ne pas parler de Lucia et particulièrement de ses exploits sexuels devant son frère. Ce n'était qu'une question de respect, puisqu'après tout, même s'ils le faisaient, rien ni personne ne pourrait leur tomber dessus. Cela, Corvus l'avait bien compris ; il pouvait discuter des heures de Lucia, vanter ses capacités gymnastiques et partager souvenirs et conseils avec d'autres clients, tout cela devant Niger, et rien ne lui arriverait. Il le savait très bien, Niger aussi, tout le monde, en réalité. Si Corvus n'avait pas envie de respecter cette limite de discrétion que tout frère imposerait, ça ne tenait qu'à lui. Kaeso était très clair là-dessus : le client était roi, particulièrement un bon client tel que Corvus. Niger n'avait pas intérêt à mal se tenir avec le plébéien, ou il risquait quelques représailles de son maître. Ça aussi, Corvus le savait : il poussait Niger à bout, le provoquait, très au courant que la situation ne se retournerait pas contre lui. Il lui suffisait de toucher un petit mot au patron, et voilà, l'affranchi baisserait de nouveau le crâne.

Corvus pouvait librement faire monter tension et colère chez Niger, et il y était très doué. Alors qu'il provoquait une fois de plus l'égyptien, celui-ci tentait de faire résonner la voix de son maître dans son esprit. Il se rappelait des menaces qu'il avait pu lui faire à ce sujet-là, et il fallait avouer que, pour le moment du moins, c'était plutôt efficace. Kaeso avait beau ne plus être littéralement parlant son maître, la seule différence était que maintenant, il le payait. Autrement, Niger lui était dévolu comme s'il était toujours son esclave, et si Kaeso n'avait plus le droit de vie et de mort sur lui, Niger craignait toujours les représailles.
Mais Niger n’était pas prêt non plus à se laisser fustiger par Corvus ; certes, ce dernier avait les pleins pouvoirs, mais ça n’empêchait pas Niger de tenter quelques coups bas, comme lui servir une coupe de vin dégueulasse. Ça devait rendre le jeu plus amusant pour Corvus, puisque ça ne faisait que plus transparaître le fait que Niger n’était pas indifférent à toutes ses remarques ; néanmoins, l’égyptien considérait que ça faisait un moment que le Corbeau savait qu’il ne supportait pas qu’on parle de sa sœur, et que donc ça ne servait à rien de prétendre que ses remarques lui passaient au-dessus de la tête. Le voir manquer de s’étrangler en goûtant au vin était une maigre compensation, mais ça arrachait un sourire à Niger. Il fallait l’admettre, Corvus était très doué à ce jeu que Niger aurait tout fait pour quitter, certainement parce qu’il lui plaisait beaucoup. Il manquait de s’étouffer avec la première gorgée de vin, mais buvait la seconde avec ce qui paraissait presque être une délectation. C’était insupportable. Ce jeu était injuste, parce que Niger perdait toujours, et Lucia aussi. Lucia perdait plus, même, puisque c’était elle qui était tournée en ridicule, elle qui était moquée ; Corvus jouait avec ses sentiments à elle, et c’était ce qui faisait mal à Niger. Sa sœur était une personne qui méritait d’être respectée, particulièrement par ses clients les plus réguliers. Ils lui devaient bien ça, dans l’optique de Niger, en tout cas ; pas dans celle de Corvus, apparemment.

« Quel égoïsme que le tien, mon brave Niger ! Moi qui ne suis là que pour lui faire mes meilleurs compliments. Je pensais que tu en serais enchanté… »

L’affranchi balança à son client un sourire forcé ; de nouveau, il laissa résonner la voix de Kaeso dans son crâne. Il était tard, il était fatigué, mais il devait garder son sang-froid. Il concentra son attention sur l’ordre informulé de Corvus qui suivit sa phrase : il voulait que le serveur lui resserve du vin. Avec grand plaisir, chéri. Niger versa une nouvelle coupe au masseur, les sourcils presque froncés de concentration. Valait mieux porter son attention sur sa qualité de serveur plutôt que sur son envie de frapper Corvus au visage, n’est-ce pas ? Apparemment, Corvus le connaissait bien – pas très étonnant puisqu’ils étaient tous les deux à la taverne quasiment tous les soirs … – car il remarqua son air concentré, et il ne put s’empêcher de continuer :

« Tu as ta tête des mauvais jours. Après tout, en tant que beaux-frères… ou quasiment… nous sommes presque intimes. Qu’est-ce qui te tracasse ? A moins que tu ne préfères aller te confier directement à ta sœur ? Elle semblait… plutôt en forme, ce soir. »

Niger sentit son sang quitter son crâne tandis qu’il baissait les yeux vers le sol. Il ne savait pas quelle couleur avait pris la peau métissée de son visage, mais elle devait être soit complètement blanche, soit entièrement rouge. Dans les deux cas, ça exprimait son actuel sentiment : colère, dégoût et haine contre cet homme. Imaginer sa sœur aux bras de Corvus lui donnait envie de vomir, et l’idée que cet homme et lui puissent être beaux-frères était encore pire. Ce soir, Corvus y allait fort, il était d’ordinaire plus prudent, plus lent dans sa torture. C’était pire, cette rapidité d’action, en fait ; Niger ne s’était pas préparé à recevoir ces coups, et il ne savait pas comment réagir. Renverser la carafe de pisse d’âne sur les cheveux noirs du Corbeau ? Merveilleuse idée, mais évidemment, absolument irréalisable. C’est en se disant cela que Niger se rendit compte que sa main tremblait ; il avait rempli à ras bord la coupe de Manius, et il tenait encore le pichet au-dessus. Ça main tremblotante trahissait sa colère, mais il ne servait plus à rien de la cacher à Corvus, il savait qu’il était là. Ce qu’il devait – lui – prouver, c’était qu’il était capable de la maîtriser. Il reposa donc le pichet sur la table, appuya la paume de sa main droite sur sa tempe du même côté, avant de porter son regard sur le plébéien, de nouveau. Il plongea ses yeux noirs dans les siens qui étaient beaucoup plus clairs, mais pas plus innocents pour autant. Corvus, malgré ses beaux yeux bleus qui en faisaient tomber plus d’une, n’avait ni l’air doux ni l’air gentil. Au contraire, il arborait une apparence menaçante, carnivore. Peut-être était-ce cela qui plaisait autant aux femmes, car Lucia était loin d’être la seule à succomber à son charme : elles tombaient toutes comme des mouches.

« Pourquoi est-ce que Lucia est ta préférée, Corvus ? Je sais bien qu’elle est douée, on me le répète tous les jours, mais elles ont toutes des qualités, au lupanar, crois-moi je le sais, j’ai grandi entre leurs pattes. Tu veux faire plaisir à ton futur beau-frère ? Change ton jeu, élève-le, ne va pas à la facilité en choisissant encore et toujours ma sœur. On l’a tous compris ici, tu es enfin parvenu, après mille et un essais, à lui faire prendre un peu de plaisir. Essaye de voir si tu peux faire la même chose avec une autre louve. Tu sais quoi ? J’ai une idée ! Il se murmure que Kerta s’arrange toujours pour ne jamais se retrouver à moins de quinze mètres de toi. Tu veux que j’en touche un mot au maître ? Il n’y a aucun souci, je peux faire ça pour toi. En un clin d’œil, toi et elle partagerez une chambre ! Ça te dit ? Buvons à cela, Corbeau ! »

Niger quitta un instant son « camarade », laissant son pichet sur la table en bois. Il alla se chercher une coupe, dans laquelle il versa quelques gouttes de vin, bien meilleur que celui qui gisait sur la table du Corbeau. Un instant, il leva les yeux vers Corvus. Si seulement il pouvait se désintéresser de Lucia, par Isis, si seulement. Niger était néanmoins persuadé qu’il ne se désintéresserait pas de la jeune femme simplement pour faire enrager son égyptien préféré.

Niger pouvait prendre des mesures drastiques pour empêcher Corvus de voir Lucia, mais elles menaçaient toutes le futur de sa sœur. Il pouvait justement aller dire à Kaeso que Lucia tombait sous le charme de Corvus, et que si ça continuait comme ça, ça allait dégénérer. L’amour faisait faire des choses folles, après tout. Il était indubitable que Kaeso serait dérangé par cette situation dans laquelle il risquait de perdre une louve et un client, il s’arrangerait donc pour séparer les deux. Néanmoins, c’était trop risqué pour Lucia, elle risquait de se faire lyncher par son maître, déçu qu’elle ait pu tomber dans cet idiot piège qu’est l’amour. Niger pouvait aussi en parler à Kerta, mais elle était forcément déjà au courant, elle savait tout ce qu’il se passait dans son bordel. Le fait qu’elle ne fasse rien était d’ailleurs terriblement énervant. Si elle pouvait s’arranger pour ne jamais avoir Corvus pour client, elle pouvait aussi s’arranger pour que Lucia ne le voie jamais, non ? Peut-être que Niger pouvait présenter les choses sous ce jour-là à Kaeso : « Cher maître, regarde-ça : Corvus n’a droit à aucune diversité, Kerta la lui interdit pour on ne sait qu’elle raison, refusant jusqu’à lui offrir son propre corps, pourtant disponible à tous les autres hommes de Pompéi. Je sais que là n’est pas mon domaine, mais n’est-ce pas risqué de le laisser tout le temps aux bras de la même louve, il pourrait se lasser, et elle, elle pourrait s’attacher ! Ne faut-il pas faire quelque chose ? ». Il se mettrait Kerta à dos, c’était certain, mais est-ce que ça fonctionnerait ? Niger ne préférait pas y penser, car il devait d’abord se décider à parler à sa sœur. Elle devait lâcher Corvus, le faire d’elle-même, de son propre gré. Il ne pouvait pas agir derrière son dos, mais s’il arrivait à la ramener à la raison, il pourrait peut-être la convaincre de le laisser argumenter auprès de son maître.

Il verrait ça plus tard, pour l’instant, il devait se concentrer sur le Corbeau. Il retourna près de la table, son verre de bon vin entre les mains. Il sirota une gorgée, laissant au plébéien la coupe dégueulasse. D’une voix presque joyeuse, il fit :

« Je crois que tu devrais boire un peu plus de vin, Corvus, ma sœur ne t’en a apparemment pas fait boire assez. Je tiens à ce que tu t’écroules raide mort d’ici à la fin de la nuit, comme ça je pourrai moi-même te foutre dans la charrette qui transporte d’ordinaire les déchets de la taverne, et je te jeterai devant la porte de tes chers thermes, la tête dans ta gerbe. Puis, j’irai, dans ma grande mansuétude, prévenir ton cher frère que tu es là-bas, agonisant. Il me filera quelques sesterces pour l’avoir prévenu, et ira, comme d’habitude, sauver la réputation de l’établissement de famille que tu mets si souvent en péril. Allez, Corvus, bois le bon vin de Faustus. »

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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Jeu 15 Jan - 17:27

Je ne quitte pas Niger des yeux, je me repais de sa colère avec mon sourire de chacal. Je ne le ménage pas ce soir, je le sais et cela m’amuse. Pourtant, l’Egyptien ne cède pas au désir bestial que j’imagine naître en lui et je sais que ses centaines de soirées en ma douce compagnie n’y sont pas pour rien. Je l’ai entrainé. Sans dire un mot, je le vois verser le vin dans ma coupe. Encore. Encore. Sa main tremble et je crains qu’il ne regarde le vin couler sans le voir. S’il n’arrête pas bientôt, de jolies taches rouges vont lui atterrir sur les sandales. Pourtant, je me force à ne rien lui dire car je sais qu’il lutte intérieurement pour ne pas me mettre son poing dans la figure. Il s’arrête au dernier moment et repose ma coupe, sa main tremblante faisant chuter quelques gouttes sur la table. Je feins de ne rien remarquer et me contente de prendre une nouvelle gorgée de ce vin infâme. Alors, le regard de Niger se plante sur moi et il rompt enfin son silence :

- Pourquoi est-ce que Lucia est ta préférée, Corvus ? Je sais bien qu’elle est douée, on me le répète tous les jours, mais elles ont toutes des qualités, au lupanar, crois-moi je le sais, j’ai grandi entre leurs pattes. Tu veux faire plaisir à ton futur beau-frère ? Change ton jeu, élève-le, ne va pas à la facilité en choisissant encore et toujours ma sœur. On l’a tous compris ici, tu es enfin parvenu, après mille et un essais, à lui faire prendre un peu de plaisir. Essaye de voir si tu peux faire la même chose avec une autre louve. Tu sais quoi ? J’ai une idée ! Il se murmure que Kerta s’arrange toujours pour ne jamais se retrouver à moins de quinze mètres de toi. Tu veux que j’en touche un mot au maître ? Il n’y a aucun souci, je peux faire ça pour toi. En un clin d’œil, toi et elle partagerez une chambre ! Ça te dit ? Buvons à cela, Corbeau !

La surprise d’un tel discours me laisse pantois un instant pendant lequel l’Egyptien me tourne le dos pour aller se chercher une coupe. Le silence plane quelques secondes entre nous et quand Niger se retourne enfin, mon sourire s’étire davantage et un rire sadique s’échappe de ma gorge.

- Tu ne comprends rien… dis-je alors qu’il se rapproche.

Il fait deux derniers pas vers moi et je me penche sur la table en y posant mon coude.

- Crois-tu que seul son talent m’attire ? Toutes les louves l’ont ; tu l’as dit toi-même. Non. Ta sœur  a bien plus que cela. J’ai créé en elle bien plus que cela. Et tu le sais, parce que c’est cela qui t’enrage.

Je me tais pour observer sa réaction, mais s’il est fébrile, il fait malgré tout preuve d’un sang-froid impressionnant. Mon cœur accélère la cadence tant le moment est jouissif.

- Je lui fais prendre « un peu de plaisir », mon brave Niger, mais je lui procure bien plus que cela. Voilà pourquoi je la demande toujours. Parce que je ne suis plus un client pour elle et que cela la fait devenir une louve bien plus douée que toutes celles de ce lupanar ou de la maison de Felix. Cela lui fait faire des merveilles, et c’est tout ce que je viens chercher ici.

Je mords inconsciemment ma lèvre inférieure en me remémorant la chaleur de cette nuit, et je ne quitte toujours pas l’affranchi des yeux. Mon sourire ne faiblit pas, tout comme mon envie de répondre dignement à son grand discours. Corvus je suis et Corvus je resterai.

- Tu comprendras donc que je refuse ta proposition, même si elle concerne cette chère Kerta. Je ne veux pas d’une fille qui agit sans y penser, qui ne réfléchit même plus à ses gestes tant elle les a répétés. Cette chose qui les anime dès qu’elles s’attachent… Cela vaut tout l’or de Rome et le prix qu’en demande Faustus me semble bien dérisoire. Je ne veux plus une pute, Niger. J’ai goûté à la saveur de l’amante dans les bras de ta sœur et j’en suis, comme qui dirait, tombé amoureux… Qu’en dis-tu, Niger ? Buvons à cela !

Je lève ma coupe pour soutenir mes mots et prends une gorgée de vin sans l’attendre. Cette nuit apparaît décidément mémorable de bout en bout et voir Niger dans un état pareil me la sublime davantage… Je n’oublie pas pour autant sa remarque concernant Kerta qui, même si elle est intervenue dans un moment tout sauf dicté par la raison, ne me semble pas être faite de mensonges. Ce pourrait-il que cela soit vrai ? Mon esprit divague un instant, bercé par le souvenir d’une nuit indescriptible il y a quelques mois de cela, tellement forte, tellement déroutante, que je n’ai plus osé me comporter véritablement de la même façon avec elle depuis. Je pensais que ma passivité depuis tout ce temps nous avait éloignés. Peut-être finalement qu’il n’en est rien…

Mais je reviens vite au serveur, essayant de garder mon regard fermement ancré au sien malgré mon esprit qui s’embrume légèrement. Voilà plusieurs heures que je sirote le vin de Faustus entre la chambre de Lucia et l’auberge et je ne compte plus mes coupes depuis longtemps. Cette vinasse que me sert Niger depuis tout à l’heure ne m’aide pas non plus à garder les idées claires tant il me semble plus fait d’alcool pur que de jus de raisin. Pourtant, je ne ferai pas à l’affranchi le plaisir de changer de piquette. J’ai un genre de fierté mal placée en ce qui concerne notre rivalité perpétuelle, et quoi qu’on en dise, notre joute ne repose pas que sur les mots et même une coupe de vin peut être une attaque sournoise. Celle-ci en est une et je la parerai avec brio.

La voix de l’Egyptien me revient alors aux oreilles, teintée d’un enthousiasme étrange qui tranche clairement avec son précédent discours :

- Je crois que tu devrais boire un peu plus de vin, Corvus, ma sœur ne t’en a apparemment pas fait boire assez. Je tiens à ce que tu t’écroules raide mort d’ici à la fin de la nuit, comme ça je pourrai moi-même te foutre dans la charrette qui transporte d’ordinaire les déchets de la taverne, et je te jeterai devant la porte de tes chers thermes, la tête dans ta gerbe. Puis, j’irai, dans ma grande mansuétude, prévenir ton cher frère que tu es là-bas, agonisant. Il me filera quelques sesterces pour l’avoir prévenu, et ira, comme d’habitude, sauver la réputation de l’établissement de famille que tu mets si souvent en péril. Allez, Corvus, bois le bon vin de Faustus.

Le garçon a du répondant, je n’en ai jamais douté. Je lui réponds d’un sourire carnassier et je pousse la chaise en face de moi d’un coup de talon sous la table. Je lui murmure alors d’un air de défi :

- Prends donc une chaise, beau-frère.

Mes pupilles noires traversent les siennes alors que nous nous jaugeons tous les deux. Je fais mine de ne pas en être affecté, mais la pique de Niger est bien envoyée. Quoi que j’en dise, il me connait bien et est au fait de tous les ragots me concernant, ainsi que ma famille. Après  tout, l’auberge Fausta est le lieu d’émergence de la plupart des rumeurs de Pompéi. Les ivrognes ont la fâcheuse tendance à divulguer les secrets avec leurs compagnons de vinasse quand l’alcool leur fait perdre tout discernement, et l’oreille de Niger n’est jamais bien loin. Le fait qu’il connaisse mon statut au sein de ma famille, tout comme celui de mon frère, ne me surprend donc nullement. Pour autant, même si je ne me cache plus ma place de frère indigne depuis longtemps, se l’entendre dire est toujours aussi douloureux et rester impassible m’est difficile. Peut-être trop difficile pour ne pas y répondre…

- Sache que j’apprécie ta « grande mansuétude », mais je m’en passerai, comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent. Aussi bas que je puisse être tombé, je ne suis pas encore réduit à m’appuyer sur l’épaule d’un rat de chez Faustus pour me relever de mes gueules de bois, malgré toute l’affection que je porte à ces petits mustélidés. Je ne m’attache qu’à peu de choses, mais je tiens à garder le peu de dignité qu’il me reste…

J’avale encore une gorgée âpre de cette boisson et je me permets à quitter les yeux de l’affranchi pour me noyer dans l’admiration de mon vin d’un air distrait. Le silence dure un certain moment. Quelques secondes ? Quelques minutes ? Je ne saurais dire. Mais je me surprends à gronder d’une voix grave :

- Me détestes-tu, Niger ?

Je ne recroise son regard qu’après avoir posé la question, comme pour me convaincre que les mots ont réellement franchi la barrière de mes lèvres. Son air m’en persuade, en effet, et je me demande alors si le vin n’achève pas là mes dernières bribes de raison. Je ne crois pas m’être un jour posé la question ; à vrai dire, l’affection de l’Egyptien m’importe peu. Mais je suis curieux de savoir, pourtant, comme si la révélation de Lucia il y a quelques heures me faisait désormais réfléchir à la réalité de ma relation avec son frère.

Mais maintenant que la question est posée, je suis plutôt impatient d'entendre mon "beau-frère". Je retrouve alors mon sourire de prédateur et plante mon regard dans ses prunelles noires. Eh bien, Niger ? Dis moi tout...


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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Mer 11 Fév - 0:00




Corvus, Lucia & Niger
Niger n’était pas un garçon très compliqué. Il en fallait peu pour le satisfaire, un rien le faisait rire, trois paroles échangées avec un étranger faisait de lui un ami, deux baisers le rendaient amoureux, une cuisse de poulet lui donnait l’eau à la bouche. Pas qu’il soit idiot ou naïf, il avait simplement vécu en tant qu’esclave assez longtemps pour savoir qu’il valait mieux savoir reconnaître les bonnes choses de la vie pour ne pas être malheureux trop souvent. L’exception à la règle était sûrement le vin, il pouvait boire quelques verres avant d’en sentir les premiers effets. Néanmoins, c’était aussi à nuancer, il ne maîtrisait pas l’alcool comme son maître. Kaeso était vraiment doué dans l’art de boire, faire semblant de boire, être saoul, et faire semblant d’être saoul. Pour tout amateur de cet art, c’était vraiment très impressionnant. La vraie exception était donc peut-être Corvus. Avec cet Oppius-là, rien n’y faisait, il n’y arrivait pas, même un peu, c’était impossible. Il avait passé des centaines de soirées en sa compagnie, et c’était de pire en pire. Vraiment, réellement. Il y avait une explication, ce n’était pas complètement déraisonné. La relation qu’il entretenait avec Lucia avait changé, évolué, avec toutes ces nuits passées en sa compagnie. C’était de mal en pire, elle l’aimait, c’était certain, ou en tout cas pour elle, c’était certain. Niger n’essayait même plus de s’entendre avec lui, ça faisait un certain temps qu’il avait décrété que ça serait impossible. Il s’appuyait seulement sur son talent d’acteur, forgé avec les années. Néanmoins, le masque tombait, petit à petit, découvrant ce qu’il ressentait vraiment. Et ce soir, Niger le sentait, le masque terminerait au sol. Il était fatigué, physiquement et mentalement, et Corvus semblait de son côté en pleine forme. Bientôt, la voix de Kaeso dans son crâne ne suffirait plus à le retenir, et il lui sauterait dessus comme un chien enragé. Il fallait que cette conversation cesse.

« Crois-tu que seul son talent m’attire ? Toutes les louves l’ont ; tu l’as dit toi-même. Non. Ta sœur  a bien plus que cela. J’ai créé en elle bien plus que cela. Et tu le sais, parce que c’est cela qui t’enrage.  Je lui fais prendre « un peu de plaisir », mon brave Niger, mais je lui procure bien plus que cela. Voilà pourquoi je la demande toujours. Parce que je ne suis plus un client pour elle et que cela la fait devenir une louve bien plus douée que toutes celles de ce lupanar ou de la maison de Felix. Cela lui fait faire des merveilles, et c’est tout ce que je viens chercher ici. Tu comprendras donc que je refuse ta proposition, même si elle concerne cette chère Kerta. Je ne veux pas d’une fille qui agit sans y penser, qui ne réfléchit même plus à ses gestes tant elle les a répétés. Cette chose qui les anime dès qu’elles s’attachent… Cela vaut tout l’or de Rome et le prix qu’en demande Faustus me semble bien dérisoire. Je ne veux plus une pute, Niger. J’ai goûté à la saveur de l’amante dans les bras de ta sœur et j’en suis, comme qui dirait, tombé amoureux… Qu’en dis-tu, Niger ? Buvons à cela !»

Ce fut une sensation de dégoût qui envahi petit à petit Niger. Finalement, il put sentir la nausée lui monter à la gorge. Il avait baissé les yeux, ravalant sa salive et sa haine avec.  Imaginer sa sœur avec un client, il avait été forcé à le faire maintes et maintes fois par des hommes sans vergogne. Mais là, ça dépassait ce qu’il avait déjà vécu ; l’œil pervers, Corvus lui racontait comment il jouait du fait que Lucia soit amoureuse de lui de la manière la plus cruelle possible. Si seulement Lucia pouvait entendre cette conversation … Elle serait peut-être assez secouée pour aller en parler à Kerta, ou en tout cas pour que ses sentiments pour Corvus soient remis en jeu. Malheureusement, elle n’était pas là, elle n’entendait rien, ne voyait rien. Elle ne voyait pas qu’il se moquait d’elle, ne l’entendait pas dire qu’il se fichait d’elle, et que tout ce qu’il cherchait, comme tous les autres, c’était l’accession à la jouissance. S’il pouvait faire du mal au passage, c’était du bonus, n’est-ce pas ?
Alors que le Corbeau lui proposait de boire en l’honneur son amour pervers pour Lucia, Niger se retournait vers son bar. Il avait besoin d’un verre, définitivement. Il saurait maîtriser l’alcool de sorte à ce que ça ne dérape pas, ou tout du moins, il se persuada qu’il y arriverait. Il eut presque envie de prendre un verre du même vin que celui qu’il avait servi à Corvus, pour que ça lui brûle la gorge et qu’un instant, il oublie où il était, et surtout avec qui il était. Néanmoins, il opta pour une bien meilleure piquette, plus sûre. Il s’en servit un verre, à ras-bord, avant de tenter de répondre à Corvus. Il changea de sujet, feignant l’enthousiasme, nuançant le tout par une certaine méchanceté. Néanmoins, il fallait l’admettre, il n’arrivait pas à la cheville du masseur. Corvus était capable d’une cruauté digne de peu d’hommes ; pas très étonnant qu’on lui ait donné un cognomen aussi sombre. Niger savait qu’il l’avait touché en lui parlant de sa famille, de son grand-frère, de sa réputation. Corvus avait beau ne jamais parler de lui, l’affranchi n’avait pas besoin de ça. Il avait des oreilles partout, et particulièrement autour des gens qu’il n’aimait pas ; on se demande pourquoi. Néanmoins, le masseur ne laissa rien paraître, et il était plus doué que Niger à ce jeu-là. Corvus lui adressa en effet son classique sourire que Niger aurait aimé étirer par deux coups de rasoir, et il sembla plus que sincère. Avec ça, il poussa du pied la chaise en face de lui, et proposa à l’affranchi de s’assoir avec lui, l’apostrophant du mot « beau-frère » qui fit grésiller ses oreilles. Niger ne pouvait que se blâmer lui-même, il avait été le premier à l’avoir employé. A force de provoquer le Corbeau, on finissait par le trouver, n’est-ce pas ? L’affranchi but une nouvelle gorgée de son verre, évitant le regard de son interlocuteur, fixant la chaise. Il hésitait. Il n’était pas supposé s’assoir avec les clients, mais est-ce que Corvus comptait vraiment ? Il n’y avait personne dans la taverne, ou tout du moins ceux qui restaient sont en train de cuver leur vin le nez sur la table. L’Oppius était le dernier bien vivant, et si le vin avait pu agir un peu plus rapidement sur lui, Niger en aurait été ravi ; néanmoins il semblait paré pour emmerder l’affranchi pour encore un bon moment.
Finalement, les regards des deux hommes se croisèrent ; Niger cru y lire une lueur nouvelle, plus énervée. Peut-être que sa pique l’avait touché, finalement ? Il aimait se dire que oui, en tout cas, ça le rassurait. Il tira alors un peu plus la chaise, l’éloignant de celle du Corbeau, et s’y assit, nonchalant. De nouveau, il porta la coupe à ses lèvres, et laissa descendre une maigre goulée le long de sa gorge. Il ne quitta néanmoins pas très longtemps les yeux clairs du masseur, qui recommença à déblatérer :

« Sache que j’apprécie ta « grande mansuétude », mais je m’en passerai, comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent. Aussi bas que je puisse être tombé, je ne suis pas encore réduit à m’appuyer sur l’épaule d’un rat de chez Faustus pour me relever de mes gueules de bois, malgré toute l’affection que je porte à ces petits mustélidés. Je ne m’attache qu’à peu de choses, mais je tiens à garder le peu de dignité qu’il me reste… »

Niger sourit, ou plutôt son visage sembla se décrisper. Je vous l’ai dit, il n’a pas besoin de beaucoup, et il faut l’admettre, ce Corvus était un homme plutôt charismatique. De plus, Niger n’avait pas vraiment de problème avec l’autodérision ; que Corvus se moque de lui autant qu’il le souhaite, il pouvait passer au-dessus. Mais que Corvus tourne sa sœur en ridicule … c’était ça, le nœud du problème. Le fait était que maintenant, avec tout ce que Corvus lui balançait à la minute, il finissait par ne plus vraiment supporter le moindre rabaissement de sa part. D’où le sourire qui n’était pas vraiment un sourire. Niger accepta d’être traité de mustélidé, mais il se promit en contrepartie qu’un jour, Corvus l’appellerait à l’aide. Un jour, il aurait l’occasion de prouver sa grande mansuétude auprès de lui.

« Je crois Corvus que tu es tombé plus bas que moi, à ce niveau-là. Je pensais que je n’étais vraiment pas très haut dans l’échelle de la dignité, mais c’était avant de te rencontrer. Crois-moi, ça n’a pour une fois rien à voir avec ma sœur, ou pas directement. C’est … je sais pas. Tu pues l’indignité, tu la transpires, ce n’est pas pour rien qu’on t’appelle Corvus, croit-moi. Tu es tellement indigne que tu penses sûrement que c’est un compliment, ce que je te dis là. En tout cas, c’est ce qui me rassure. Je suis sûr qu’un jour tu auras besoin de quelqu’un comme moi, quelqu’un de tellement plus digne que toi. Et je serai là, comme un rat, à attendre dans l’ombre, ne t’inquiète pas. »  

Niger but une nouvelle gorgée de vin ; il ne savait pas vraiment si ça fonctionnait, si ça le calmait ou si au contraire, ça lui faisait pousser des ailes. En tout cas, il y eut un silence. Corvus quitta son regard pour le plonger dans son vin, pendant quelques minutes. Le temps passait à une lenteur aberrante quand le plébéien ne parlait plus, à tel point que c’en était inquiétant. Etait-ce possible qu’il se soit pris au jeu de cette conversation ? Impossible. Corvus brisa heureusement ses réflexions :

« Me détestes-tu, Niger ? »

Cette fois, c’est l’égyptien qui chercha le regard du corbeau. Qu’est-ce qui lui prenait, devenait-il sentimental ? Les paroles de Lucia avaient-elles fait chavirer son cœur ? Cette question fit remonter l’impression de dégoût qui avait fini par disparaître de sa gorge. Il finit son vin d’une traite – il ne lui restait que deux ou trois gorgées – avant de se lever de sa chaise pour la pousser de nouveau contre la table. Il s’approcha alors de Corvus, plantant de nouveau ses iris noirs dans les siens. Si Corvus les regardait correctement, il pouvait y lire toute la haine que Niger éprouvait contre lui. Impossible de mentir, alors :

« Je te déteste, Corvus. Autant que ma sœur t’aime, je te déteste. Mais tu sais, je connais Lucia par cœur ; encore une fois, c’est ma sœur, on est les mêmes. Un jour, elle finira par voir quelle raclure tu es vraiment, quel être indigne tu es, plus bas que rat, plus bas que louve. Et là, elle te détestera. Et moi, autant qu’elle te haïra, je t’aimerai. »

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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Mer 11 Mar - 23:41

« … le peu de dignité qu’il me reste… »

Ces derniers mots résonnent douloureusement dans mon esprit que je sens désormais plus qu’embrumé par l’alcool, comme si au fond de moi, je savais combien cette affirmation n’est qu’une vaste illusion. Tous s’accordent à dire combien je suis descendu trop bas pour prétendre ne serait-ce qu’à la dignité d’un corbeau. Je sais ce que je suis, je sais ce que j’ai fait et un homme ne peut jamais faire taire sa conscience. Alors que je me tiens là, devant ce bon frère qui défend la petite Lucia avec tous les honneurs, la voix pincharde de cette conscience moralisatrice ne cesse de me tourmenter et je crois que le vin ne fait que la rendre plus présente. L’ivresse éveillerait-elle mon peu de sérieux ? Seulement en présence de l’Egyptien en ce cas. Ou seulement ce soir…

Je tente de maintenir sur lui mon regard confiant que je veux qu’il garde bien ancré au fond de sa mémoire. Je sais que je l’insupporte et combien j’en jubile. Pourtant, ce soir, ce brave Niger se montre bien plus incisif qu’à l’accoutumé et la douleur qu’entraîne sa voix étonnamment forte dans ma tête n’est pas pour me rassurer car je sens que je tombe lentement dans les limbes de l’ivresse et qu’il n’est pas plus difficile en ce monde que de tenir une joute de cette nature avec trois grammes d’alcool dans chaque œil.

- Je crois Corvus que tu es tombé plus bas que moi, à ce niveau-là. Je pensais que je n’étais vraiment pas très haut dans l’échelle de la dignité, mais c’était avant de te rencontrer. Crois-moi, ça n’a pour une fois rien à voir avec ma sœur, ou pas directement. C’est … je sais pas. Tu pues l’indignité, tu la transpires, ce n’est pas pour rien qu’on t’appelle Corvus, croit-moi. Tu es tellement indigne que tu penses sûrement que c’est un compliment, ce que je te dis là. En tout cas, c’est ce qui me rassure. Je suis sûr qu’un jour tu auras besoin de quelqu’un comme moi, quelqu’un de tellement plus digne que toi. Et je serai là, comme un rat, à attendre dans l’ombre, ne t’inquiète pas.

Je pouffe légèrement et lui réponds avec nonchalance :

- Heureux de pouvoir te servir à t’élever de ton bourbier, mon brave… Tu vois ? Je ne te suis pas entièrement désagréable.

Je hausse mes sourcils dans un mouvement suintant d’arrogance et me force presque à reprendre une gorgée de vin pour tenter de cacher les vapeurs d’alcool qui montent en moi. La stratégie ne sera payante qu’un instant très court et alors que je m’apprête à reprendre notre délicieuse bataille de verbes, je cherche déjà une façon élégante de mettre fin à notre délicieuse soirée.

- Raconte-toi toutes les conneries que tu veux pour oublier ton quotidien merdique, le tavernier. Si je peux endosser le rôle de l’ordure responsable de tous tes malheurs, grand bien t’en fasse. Je considérerais alors cela comme une bonne action de ma part à balancer à Pluton quand il me demandera de lui embrasser les sandales. Mais je te rassure, la seule chose pour laquelle j’aurai jamais besoin de toi, c’est pour aller me chercher mon pinard, ce qui est peut-être tout ce dans quoi tu excelles. En parlant de ça, ma coupe est vide…

Je la pousse vers lui d’un revers de main avant de m’affaler sur le dossier de ma chaise qui émet un craquement sinistre. Je sens que mon cœur a accéléré la cadence, je sens le sang bouillir dans mes oreilles. En plus de l’alcool, je sais qu’une colère sourde s’agite en mois depuis que Niger a évoqué mon frère. Je suis plus agressif, moins posté sur la taquinerie que sur l’attaque franche. Et alors que le vin traitre prend le dessus sur la raison une fraction de seconde, je m’entends demander :

- Me détestes-tu, Niger ?

Je relève le regard vers lui, convaincu qu’il n’est plus question pour moi de reculer après lui avoir fait pareille déclaration. Je sens l’Egyptien au moins aussi surpris que moi et me force à garder les yeux fermement ancrés dans les siens. Alors, il porte sa coupe à ses lèvres et la termine d’une traite puis se lève pour se rapprocher de moi de sorte qu’avec une largeur d’épaule moins risible, il aurait tout à fait pu me paraître inquiétant. Sa voix siffle alors à mes oreilles avec la douceur de l’acide :

- Je te déteste, Corvus. Autant que ma sœur t’aime, je te déteste. Mais tu sais, je connais Lucia par cœur ; encore une fois, c’est ma sœur, on est les mêmes. Un jour, elle finira par voir quelle raclure tu es vraiment, quel être indigne tu es, plus bas que rat, plus bas que louve. Et là, elle te détestera. Et moi, autant qu’elle te haïra, je t’aimerai.

Je ne retiens pas un rire arrogant, seule arme valable que je parviens à interposer dans mon état. Puis je lui lance entre deux inspirations :

- Ne sois pas si prétentieux, l’Egyptien. Tu es loin d’avoir son cul… Alors même si « vous êtes les mêmes » je te promets que t’es pas du tout mon genre.

J’inspire une seconde pour me laisser un peu de temps pour lui répondre et laisser passer ma vanne ridicule. Puis j’ajoute enfin :

- J’sais pas combien de temps tu crois que ça durera. Sois gentil et fais-moi en encore profiter un peu, tu veux bien ? Si je dois un jour tomber plus bas que rat, à tel point que tu auras peut-être un semblant d’affection pour mon petit museau, assure moi d’abord d’avoir baigné dans mon indignité au point d’être pétri de débauche jusqu’aux oreilles. Beaucoup de gens me détestent. Rare sont ceux qui m’aiment. Mais pour le plaisir d’avoir une telle considération de ta part, je serais peut-être capable un jour d’accepter la haine de ta frangine. Et tu sais quoi ? …

Je laisse mon index dressé vers lui quelques secondes, laissant ma phrase en suspens. Puis, je gronde :

- … j’ai comme une envie de pisser.

Maladroitement, je m’extirpe de ma chaise, conscient de n’avoir pas été des plus éloquents après un tel discours. Mais je n’ai plus les idées claires et je peine à trouver mes répliques cinglantes habituelles. Alors que je me mets debout, le sol me semble étrangement instable et ma main droite demeure un instant fermement agrippée au dossier de ma chaise qui me paraît être le seul véritable point d’appui de toute la taverne. Mais maintenant que je l’ai dit, je suis bien obligé de bouger de là, sans quoi les piques du frangin de la louve vont pleuvoir sur moi avec une facilité presque déloyale. Prenant une bonne inspiration et mon courage à deux mains, j’élance en avant une jambe terriblement lourde qui retombe sur le vieux parquet avec la légèreté d’une guibolle attachée à un boulet. Le premier pas étant lancé, j’avance sans plus m’arrêter de peur de ne pas réussir à repartir après une pause. De l’extérieur, mon état ne doit désormais plus faire aucun doute. M’appuyant sur tout ce qui m’arrive à portée de main, je parcours les quelques mètres jusqu'à la sortie puis pousse la porte pour m’adosser sans tarder sur le mur côté rue, laissant le battant largement ouvert pour continuer ma conversation avec Niger, et je relève ma tunique pour dignement soulager ma vessie. Un agréable silence plane quelques secondes, uniquement perturbé par le bruit du produit de ma picole que je déverse gentiment dans la ruelle. Mes pensées circulent difficilement dans mon crâne terriblement lourd et je sens alors combien j’ai abusé de la piquette cette nuit. Je sens déjà le regard foudroyant de Lucanus demain matin à mon arrivée aux thermes, frais comme un vieux hareng échoué sur la plage. Et si c’est mon père que je croise, je risque de voir trembler les murs de tout le quartier de Stabies. Mais le mal est fait et de toute façon, je n’ai jamais été très doué pour culpabiliser une fois ivre. Toujours accroché à ma virilité, je lance d’une voix un peu plus forte de sorte que l’Egyptien m’entende de l’intérieur :

- Je ne te déteste pas, Niger. T’es pas le plus marrant de cette ville, mais t’es un bon gars, je le sais… T’es juste tombé sur la mauvaise sœur.

Lorsque j’y pense, nos relations auraient été radicalement différentes si la mère de Lucia n’avait jamais choisi de prendre soin du chiard d’une putain égyptienne. Les relations entre hommes tiennent parfois à peu de choses.  

- T’es un pauvre mec paumé dans une taverne paumée qui sert du vin à d’autres mecs paumés qui viennent ici oublier leurs problèmes. T’as pas choisi d’être là. T’y es et c’est tout. Ton problème à toi c’est que j’y suis aussi et crois moi j’en suis le premier navré. En partie du moins…

Je pense pouvoir dire que j’ai passé dans cette taverne répugnante plusieurs des moments les plus agréables et les plus inoubliables de ma vie, que ce soit autour d’une table avec d’autres mauvais bougres ou entre les cuisses d’une catin. Pourtant, je sais également que je préfèrerais ne jamais avoir eu à ouvrir la porte de chez Faustus car ceux qui s’y rendent ont toujours quelque chose à oublier et l'on ne veut oublier que ce qu’aucun homme ne peut jamais désirer…

Je fais tomber les dernières gouttes avant de réajuster mes vêtements et de faire un effort surhumain pour parvenir à me retourner et chercher l’Egyptien du regard. Je lui dis alors d’une voix qui sonne terriblement lasse :

- Allez… Je crois que je t’ai assez dégoûté pour aujourd’hui, beau-frère. Je vais te laisser récupérer le vomi de l’ivrogne au fond de la salle en réfléchissant à notre petite conversation. Tu l’as bien mérité. Embrasse ta sœur demain matin pour moi, tu veux ?

Je parviens encore à mimer un baiser en sa direction avant de lui adresser un insupportable clin d’œil, un sourire jusqu’aux oreilles. Puis, donnant une impulsion sur mon bras, je me redresse pour me camper de nouveau sur mes jambes et tenter l’exercice périlleux de marcher jusqu’à l’insula au quartier de Nola. Les rues sont désertes. Il est tard. Trop tard. Mais je n’ai plus aucune notion du temps depuis longtemps et ne pense plus à rien d’autre qu’à mon équilibre que je tente de garder tant bien que mal.

Je suis incapable de me souvenir de la distance que j’ai réussi à parcourir. Cent mètres ? Vingt mètres ? Cinq mètres ? Je ne me souviens que d’une pierre déposée là par une maudite entité égyptienne venue défendre son protégé, une irrégularité traîtresse sur le chemin que mon esprit embrumé n’a évidemment pas réussi à distinguer. Puis, je me souviens d’un bruit sourd, mon corps entier, tête la première, s’affalant sur le sol froid des ruelles pompéiennes. Et enfin, le trou noir et les ténèbres. Plus rien que les ténèbres.

Hrp:
 

__________________________

Laisse le corbeau se nourrir de ta charogne et prie les dieux qu'il ne sache pas traverser le Styx.

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Message(#) Sujet: Re: Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger] Ven 15 Mai - 23:06




Corvus, Lucia & Niger
Niger était parvenu à rester calme ; la voix de son maître qui résonnait dans son crâne l’avait bridé, il n’avait pas planté un couteau dans la jambe du Corbeau, ne lui avait pas renversé tout le pichet de vin sur la tête, ne l’avait pas traîné dans la boue jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un tas de fange indéterminé. Mais ne parlons pas trop vite : Manius Oppius Corvus était toujours dans la taverne Ausonia, il risquait encore de faire des siennes, et d’énerver l’affranchi. L’alcool qui coulait dans leurs veines à tous les deux pouvait encore faire déraper la chose, alors Niger tentait de maintenir son palpitant à un rythme lent. Encore un peu, il en était certain, et le plébéien allait s’effondrer. Il le connaissait, après une soirée avec les louves il était déjà bien cuit, mais maintenant qu’il avait goûté à cette vinasse … Ce n’était qu’une question de minutes.

« Ne sois pas si prétentieux, l’Egyptien. Tu es loin d’avoir son cul… Alors même si « vous êtes les mêmes » je te promets que t’es pas du tout mon genre. »

Si la situation avait été différente, si Corvus avait été un client qu’il appréciait, si Lucia n’avait pas été sa sœur … Niger aurait ri, et très franchement, même, à la réponse du Corbeau. Les dieux avaient rendu une quelconque relation amicale entre eux absolument impossible, et pourtant, Niger ne put s’empêcher de se faire cette réflexion. Oh, bien sûr, il ne rit pas du tout, il garda les dents serrées et lâcha un sourire cynique, sans grande valeur, pas aussi impressionnant que celui de son interlocuteur, d’ailleurs, qui était particulièrement doué pour ce genre de déformation du visage. Mais il se dit tout de même que ça aurait pu être drôle. Corvus était typiquement le client apprécié par les Ausonii. Il avait les bourses bien remplies (les deux sortes de bourses, celles qui permettent de payer, et celles qui permettent de baiser), mais n’avait pas pour autant la fâcheuse tendance à vouloir racheter toutes les louves ou de leur faire des loupiots, et il avait l’alcool plutôt heureux. Rien de plus terrible pour Niger qu’un client qui passait la soirée à pleurnicher et à se plaindre de sa minable vie. L’Oppius ne se lamentait jamais, pas même de l’alcool dégueulasse qu’on lui servait, et mêmes dans ses moments les plus sombres, ou les plus arrosés, il parvenait toujours à faire rire toute la taverne. Par Isis, s’il avait choisi n’importe quelle autre louve, il aurait probablement été l’un des clients préférés de Niger.
Il y en avait très peu, des « préférés ». C’était ceux qui avaient droit à des vins un peu meilleurs, et auxquels on ne vidait pas la bourse (celle pour payer, l’autre, ils pouvaient en faire ce qu’ils voulaient) tous les soirs. Corvus aurait pu faire partie de cette élite de privilégiés, plutôt bien traités par tous les employés et esclaves de Kaeso. Mais malheureusement, il avait choisi Lucia, et malheureusement aussi, ce n’était pas vraiment Kaeso qui gérait ce qu’il se passait dans la taverne. Alors si Niger décidait que jamais Corvus n’aurait droit au meilleur pichet ausonien, il n’aurait jamais droit au meilleur pichet ausonien. C’était une maigre revanche, mais pauvre Niger, laissez-la-lui. C’était la seule qu’il aurait contre l’un des meilleurs clients du lupanar.

« J’sais pas combien de temps tu crois que ça durera. Sois gentil et fais-moi en encore profiter un peu, tu veux bien ? Si je dois un jour tomber plus bas que rat, à tel point que tu auras peut-être un semblant d’affection pour mon petit museau, assure moi d’abord d’avoir baigné dans mon indignité au point d’être pétri de débauche jusqu’aux oreilles. Beaucoup de gens me détestent. Rare sont ceux qui m’aiment. Mais pour le plaisir d’avoir une telle considération de ta part, je serais peut-être capable un jour d’accepter la haine de ta frangine. Et tu sais quoi ? … j’ai comme une envie de pisser ! »

Enfin ! Cette conversation était éreintante, Niger en oubliait la moitié à chaque fois qu’une minute s’écoulait, et il était obligé de faire travailler son esprit pour qu’elle revienne. C’était la faute de l’alcool et de la fatigue, sûrement, ou l’envie de tout effacer de ce Corbeau, de le faire disparaître. Niger hésita à lui répondre alors qu’il se levait. Bien sûr qu’il le laisserait se noyer dans sa boue d’indignité avant de l’en sortir, bien sûr qu’il l’y enfoncerait même encore plus. Mais surtout, qu’il accepte la haine de Lucia, par Isis, qu’il l’accepte! Il ne serait que ravi de l’aimer en retour, il serait même capable de danser avec lui dans la boue, de rire à toutes ses blagues et de lui servir un verre du meilleur vin de la taverne absolument gratuitement. Pour peu que sa sœur le déteste autant que lui détestait actuellement, et Corvus deviendrait le client le mieux traité de la taverne.
Mais Niger ne répondit pas. Il préféra regarder le spectacle : Corvus qui titubait sur le sol de la taverne, comme s’il n’était composé que de braises brulantes et de pics acérés. Ses bras faisaient des mouvements circulaires, l’aidant à garder son équilibre, et sa tête valsait à droite à gauche. Cette fois, Niger ne put s’empêcher de sourire. Au moins, il avait pu retirer quelque chose de cette nuit : un Corvus absolument et complètement saoûl, qui faisait honte à tous les plébéiens de Pompéi, et particulièrement à sa famille. Une fois qu’il eut passé la porte, Niger poussa un soupir, avant de se resservir une ultime coupe de vin. La dernière ! Il la méritait bien …
Une voix forte s’éleva néanmoins jusque dans l’intérieur de la taverne, résonnant sur les murs de la ruelle. Pourquoi ce foutu Corbeau n’était-il pas déjà allongé dans la fange ? Y’avait-il une bonne raison pour que les dieux ne l’aient pas déjà fait s’effondrer sur le pavé pompéien ?

« Je ne te déteste pas, Niger. T’es pas le plus marrant de cette ville, mais t’es un bon gars, je le sais… T’es juste tombé sur la mauvaise sœur. »

Niger, la coupe toujours en main, quitta ses clients pour quelques minutes, et sortit à son tour de la taverne. Etrange comme nos deux créatures nocturnes, aussi différentes que possible, s’étaient fait la même réflexion. En effet, si Lucia n’avait pas été la sœur de Niger, leur lien aurait été complètement différent. Mais Lucia était sa sœur, alors Niger le détestait, le haïssait, le méprisait, tout ce que vous voulez. Les dieux avaient voulu les choses ainsi, et ça n’était pas prêt de changer. Lucia avait toujours les yeux brillants dès qu’elle parlait de son cher et tendre Manius, et ça ne changerait pas de sitôt. D’ici à ce qu’elle change d’avis, d’ici à ce qu’elle réalise quelle enflure son Manius était, il le haïrait.
Niger était fatigué, et il ne savait plus quoi répondre à cet homme. Une chose était sûr, il ne pouvait pas lui retourner le compliment, il n’était pas un « bon gars », il en était persuadé. Il n’avait pas écopé de ce surnom de Corbeau pour rien. De toute façon, il était apparemment trop lent pour le plébéien, qui lui emboîtait la parole encore une fois :

« T’es un pauvre mec paumé dans une taverne paumée qui sert du vin à d’autres mecs paumés qui viennent ici oublier leurs problèmes. T’as pas choisi d’être là. T’y es et c’est tout. Ton problème à toi c’est que j’y suis aussi et crois moi j’en suis le premier navré. En partie du moins… »

Niger roula des yeux. Si quelque chose dans cette histoire était certain, c’était que Corvus n’était pas du tout navré. Il était ravi, même, de toute l’influence qu’il pouvait avoir au sein de la taverne, du lupanar, mais aussi au sein de la vie de Lucia et donc, de son frère. Il se délectait de cette position, il l’avait prouvé toute la soirée. Si Niger était un paumé, s’il avait atterri par hasard à la taverne, Corvus, lui, avait poussé sa porte avec toute sa volonté. Il était entré, certes par hasard dans la vie du frère et de la sœur Ausonii, mais il avait choisi de suivre un chemin précis à partir de là, celui de mépriser tout ce qui se mettrait sur la route de son bon plaisir.

« Pisse et ferme ta gueule, Corvus. Nos voisins n’ont pas envie d’être réveillés par ta voix mielleuse. »

Honnêtement, c’était surtout lui qui ne voulait plus l’entendre parler, mais les voisins avaient bon dos. Il avait envie de secouer ce foutu corbeau pour qu’il tombe sur le sol, écrase sa tête contre le pavé et s’endorme pour quelques heures. Par Isis, cet homme lui donnait des envies de meurtres. Il but une nouvelle gorgée de vin, et enfin, il admira Corvus replacer sa tunique. Il allait partir. Pour cette fin de soirée, pas de Corvus.

« Allez… Je crois que je t’ai assez dégoûté pour aujourd’hui, beau-frère. Je vais te laisser récupérer le vomi de l’ivrogne au fond de la salle en réfléchissant à notre petite conversation. Tu l’as bien mérité. Embrasse ta sœur demain matin pour moi, tu veux ? »

Niger ne parvient même pas à vraiment se satisfaire de cet adieu. Corvus y joint un insupportable baiser, rapidement suivit par son insupportable sourire, et par un insupportable clin d’œil. Il n’allait certainement pas réfléchir à cette conversation, il allait terminer cette coupe de vin assis sur une chaise au fond de sa taverne, allait tenter de garder les yeux ouverts jusqu’au lever du soleil, heure où il pourrait enfin rentrer chez lui pour dormir quelques heures, et il allait tout faire pour ne plus penser au Corbeau. Il songerait à la prochaine connerie dans laquelle il entrainerait Petronius, aux cuisses de ses amantes préférées ou même aux cheveux roux de son maître s’il le fallait, mais il ne songerait pas au corbeau.

Corvus lui tourna le dos, et Niger s’apprêtait à retourner dans la taverne, humant une fois de plus l’air nocturne, et buvant une autre gorgée de son vin. Puis soudain, un bruit sourd s’éleva, celui de quelqu’un qui s’effondre sur le sol. L’affranchi releva les yeux, mais myope comme il était, il ne distinguait qu’une forme indistincte à une trentaine de mètres de lui, à peine éclairée par le petit croissant de Lune qui brillait ce soir. Mais l’espoir que ce soit Corvus le poussa à avancer vers la forme floue. Niger ne se disait même pas que c’était quasiment impossible que ça ne soit pas lui, il n’y avait pas quatre mille ivrognes qui auraient pu s’effondrer dans cette précise ruelle à cette heure, il avançait simplement. Bientôt, il distingua la forme, et bientôt, un sourire éclatait sur son visage. Le Corbeau, pauvre Corbeau, n’avait pas eu la force de marcher jusque chez lui. Du bout de sa sandale, Niger le fit rouler, de sorte à ce qu’il soit sur le dos, et que son visage soit un peu mieux éclairé. Par Isis, il était bien plus agréable à regarder quand il n’avait pas son rictus accroché aux lèvres. Niger, presque sans s’en rendre compte, renversa la fin de sa coupe sur ce fameux visage qui faisait trembler sa sœur. Le vin coula sur sa joue, et Corvus laissa échapper un petit grognement, mais demeura endormi. C’était presque trop facile. Mais accordez à Niger une vengeance facile. Le pauvre, c’était la seule qu’il aurait.

Presque automatiquement, il se pencha vers sa bourse (celle pour payer, je me sens obligée de préciser, coquin de lecteur), et la vida entièrement. Il ne restait plus grand-chose, à vrai dire, mais pour un Ausonius, le moindre sesterce comptait. Il glissa donc les quelques pièces dans sa propre bourse, jeta un coup d’œil aux autres objets de valeur du plébéien, comme ses sandales en cuir presque neuf, ou son énorme bague qui trônait sur l’un de ses doigts. Celle-ci, il allait la lui laisser ; qu’est-ce qu’il pourrait bien faire d’un bijou comme celui-ci ? Par contre, les sandales, il les prenait ! Bientôt, il s’asseyait sur le pavé à côté de son corbeau préféré, délaçait les lanières en cuir de ses chaussures, complètement détruites par les années, puis de celles de Corvus, presque brillantes. Elles étaient même un peu huileuses. L’échange pris plus longtemps que prévu, les gestes de l’affranchi étaient ralentis, alcool, fatigue, heure avancée. Niger vaquait à ses pensées, les yeux plissés, dans l’espoir de réussir à faire un nœud correct. Il était si concentré qu’il ne se rendit pas compte que bientôt, ses fameuses pensées n’étaient plus aussi silencieuses que prévu.

« Qu’est-ce qu’elle te trouve, ma sœur ? Tes yeux sont plutôt globuleux, tu pues toujours l’alcool, et tu as tellement de poil qu’on pourrait se perdre dedans… »

Il accrochait maintenant l’une des sandales sur le pied du plébéien. Il en profita pour soulever sa tunique et son subligaculum, et tourna la tête pour avoir une meilleure vue.

« Un peu dégueulasse, vu comme ça, mais qui sait, ça peut donner un truc pas mal… Mais nan, ma sœur ne t’aime certainement pas pour ça, non, il doit y avoir autre chose … »

La deuxième sandale accrochée – elles étaient un peu petites pour le grand corbeau, mais qui s’en préoccupe ? – Niger tenta de se relever, mais trébucha sur une de ses lanières qu’il avait probablement mal accrochées et se laissa mollement tomber par terre, ses mains prévenant sa chute de sorte à ce qu’il ne s’écrase pas sur le sol. Néanmoins, sa main rencontra quelque chose alors qu’elle tenta de se poser sur le pavé : la coupe de vin qu’il avait oublié là. La terre cuite se brisa sous la pression, et ébrécha sa paume. Niger laissa échapper un juron, et sentit le sang couler le long de son poignet, alors qu’il tentait de se lever de nouveau. Il tenta de voir la taille de la plaie, mais la nuit était trop sombre. Il donna un coup de pied dans les côtes du Corbeau, s’exclamant :

« Ah, mais regarde ce que t’as fait, sale fils de chienne, maintenant en plus d’être saoul je suis infirme ! Manquerait plus que je te crève sur les bras, maintenant, tu serais bienheureux, n’est-ce pas ? »

Evidemment, l’ivrogne ne lui répondait pas, Niger le secoua de nouveau de son pied (il envoya valser un nouveau coup de pied dans son ventre) pour tenter de le faire répondre, mais ça ne fonctionna pas… Les deux mains maintenant ensanglantées, l’affranchi s’accroupit de nouveau au-dessus du Corbeau, et fit :

« T’as bien du te cogner la tête en tombant, par Isis … Mhh, c’est peut-être ça que ma sœur apprécie, ce que t’as là-dedans. »

Il planta un doigt ensanglanté sur son front ; voir le sang coller sur la peau blanche du corbeau l’amusa. Il traça une lettre, puis une autre, jusqu’à écrire « AUSON » sur tout son front ; il n’y avait plus de place pour écrire plus, et tout le sang sur sa paume avait fini par sécher.

« Tu lui dis des mots doux ? Tu lui lis de la philosophie grecque ? Ah, Corbeau, tu m’dégoûtes … »

Cette fois, et définitivement, Niger se leva. Ça faisait bien trop longtemps qu’il était parti de la taverne, il devait y retourner, maintenant. Mais il avait bien le temps pour une dernière chose, n’est-ce pas ? Niger releva sa tunique délavée et urina sur le corps à demi-mort du plébéien. Il fit attention à ne pas atteindre son visage car il ne voulait pas abîmer son œuvre d’art, et surtout parce qu’un visage, ça se lave aisément, surtout quand on habite dans des thermes. Pour les vêtements, par contre, il faut un peu plus de patience pour faire partir l’odeur de pisse. S’il avait eu un peu plus de force, il serait allé le porter jusqu’à l’entrée de la demeure des Oppii. Mais le voir là, sur le pavé boueux de Pompéi, lui suffisait amplement.

Le Rat s’écarta du Corbeau, et se retourna pour retrouver sa taverne chérie – ‘chérie’ parce que désormais désertée par un certain masseur. Il était saoul, mais infiniment soulagé, et pas seulement parce qu’il avait vidé sa vessie. Il était soulagé parce qu’il l’avait vidée sur une certaine personne, qui lui paraissait désormais infiniment loin. C’était une petite vengeance, une vengeance facile, qui lui vaudrait peut-être quelques représailles, mais à cette heure de la nuit, il ne parvenait pas à y réfléchir. Comme prévu, il s’assit à une table dans un coin de la taverne, et pour ne pas s’endormir, il songea à la prochaine connerie dans laquelle il allait entraîner Petronius, aux cuisses de ses amantes préférées et même aux cheveux roux de son maître. Certes, une pensée pour le Corbeau tentait souvent de s’immiscer au sein de ce joli tableau, mais il parvenait à la bloquer ou à la repousser. Pour cette fin de nuit, pas de Corvus, par Isis, pas de Corvus. Il était déjà omniprésent dans la vie de sa sœur, et donc dans la sienne, manquait plus maintenant qu’il ne s’incruste dans ses plans avec Petronius, entre les jambes de ses amantes, ou derrière les cheveux de Kaeso. Non non, pas de Corvus.

Plus jamais de Corvus.

Crève, Corvus.


© charney


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Au pays du vice, seul le vin est roi [Corvus, Lucia & Niger]

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