[Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]



POMPEII, TERRA DEORUM ₪ :: Ludi :: Archives RPs
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Plebe
Mar 24 Juin - 10:48
[Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




Manius Oppius Corvus
₪ Arrivée à Pompéi : 15/06/2014
₪ Ecrits : 386
₪ Sesterces : 2
₪ Âge : 28 ans
₪ Fonction & Métier : Masseur aux thermes

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Novembre 724 AUC ~ Lupanar de Faustus


La pluie tombe depuis des heures et ne semble pas vouloir s’arrêter. Je n’ai jamais aimé la pluie et pourtant, je suis bien dehors, le sourire aux lèvres. Tous les passants qui me saluent alors que je traverse les ruelles boueuses de Pompéi ont ce demi-sourire figé sur les lèvres. Ils savent où je me rends. Après tout, cela ne doit pas être une surprise pour grand monde, et mon rictus parle pour moi.

Avec un peu de chance, Faustus aura déjà préparé pour moi deux pichets de ma piquette préférée et une de ses plus belles catins termine en ce moment même de recoiffer ses cheveux pour être bientôt prête à m’accueillir avec toute la chaleur que je viens naturellement chercher dans cette bâtisse défraichie. Il y a quelques avantages à être un bon client. Les commerçants avisés savent agir toujours avec plus d’application pour nous satisfaire et nous garder dans leurs filets. Et je sais jouer avec bien des excès de cet avantage.

Alors que je continue de me rapprocher du bordel, je me demande qui viendra prendre soin de moi ce soir. Il y a Lucia, évidemment, si elle ne travaille pas encore ; j’ai toujours adoré cette gamine… Il y a aussi la jolie brune que Faustus m’avait conseillée la dernière fois. Douée avec ces mains, celle-ci, mais trop sérieuse. Je déteste m’ennuyer… Non. Pas celle-là. Il y a la blonde de Germanie aussi, pourquoi pas. On dit que les femmes des pays froids sont souvent les plus compétentes quand il s’agit de nous réchauffer et cette pluie glaciale qui semble traverser tous les pores de ma peau m’inciterait bien à mettre cette réputation à l’épreuve ce soir ! Mais je suppose qu’une nouvelle fois, ce sera la chef de cette meute de louves qui m’indiquera avec qui je passerai la nuit…

Je souris à cette pensée. Kerta, ma douce Kerta… Derrière ces traits durs, je suis persuadé que tu m’aimes bien et que tu refuses de l’admettre. Je ne saurais dire ce qui m’attire chez toi, pourquoi j’ai ce besoin constant de chercher une ouverture, une faille dans cette lourde carapace que tu t’es forgée avec le temps. Je sais simplement que j’ai envie de percer ton secret et que j’y arriverai. Oh, oui ! J’y arriverai… Après tout, j’ai tout mon temps pour cela et tu es une des raisons pour lesquelles je viens de plus en plus fréquemment chez Faustus ces temps-ci. Ma bourse le remarque, d’ailleurs.

Oh, tiens ! Déjà, je remarque la façade d’une bâtisse que je connais bien. Je réalise d’un coup à quel point je suis trempé et transi de froid. Une belle raison pour aller s’abandonner dans les bras des catins. Sans hésiter, je pousse la porte et pénètre dans le lupanar.

Cet endroit pue la mauvaise vinasse et le vice, et pourtant je ne peux m’empêcher de l’adorer. Enfin à l’abri, je passe une main dans mes cheveux noirs et fait tomber quelques gouttes sur le sol. Il fait tout de même meilleur ici. Je me redresse alors et jette un coup d’œil autour de moi. Il semblerait que peu de Pompéiens aient décidé de braver la pluie ce soir. Le lupanar est plus vide qu’à l’accoutumée. Je souris : Faustus doit être d’une humeur massacrante avec si peu de clients entre ses murs. Quelques-uns sont là pourtant ; les sons provenant de l’étage que j’entends aussi distinctement que si j’étais dans la chambre ne laissent aucun doute à ce sujet. Alors, je remarque une longue chevelure de lionne un peu plus loin. Te voilà, ma belle. Je fais alors un pas en avant, en prenant soin de faire claquer un peu plus fort mon talon pour attirer son attention. Elle se retourne et, un sourire taquin aux lèvres, j’ouvre grand les bras et lui lance :

- Cesse de te morfondre, ma Beauté, me voici !

Je me rapproche d’elle en gardant les bras bien ouverts et m’arrête à quelques mètres d’elle.

- Alors, je t’ai manqué, ma belle ? Tu sembles si triste quand je suis absent… Ne pleure plus, ton Corvus est arrivé.

Je mime une révérence bien trop appuyée et, penché en avant, le lève les yeux vers elle pour lui offrir mon regard le plus charmeur.

Je suis ravi de te revoir, reine des Louves.
Mar 24 Juin - 18:21
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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La Reine des Louves

Ma main se crispe sur la peau de son dos et mon cri emplit bientôt la pièce alors que je le sens se tendre de tout son être. Si mon attitude lui donne l'impression que ce qu'il a fait me donne du plaisir, mes yeux eux sont vides. Ils fixent le plafond et fort heureusement, l'homme a son visage plongé dans mon cou, sa mâchoire refermée sur ma peau. Il est certains hommes qui parviennent à me donner réellement du plaisir lorsque je m'offre à eux mais ceci est malgré tout assez rare. Tout ceci n'est que de la comédie. Tout est calculé, chaque mouvement, chaque gémissent, rien n'est dû au hasard : je suis là pour leur donner du plaisir, pour leur faire croire qu'ils m'en donnent, pour leur faire croire qu'ils sont uniques et pourtant, ce sont tous les mêmes. Enfin, à quelques exceptions près. Avec certains, je parviens à réellement me perdre, je parviens à vraiment aimer leurs mains, leurs caresses, tout. Lui, cependant, il fait partie de ceux qui ne m'apportent rien, de ceux qui me donnent l'impression que le temps est terriblement long parce qu'à vouloir trop bien faire ils font mal, ils m'ennuient. Je m'ennuie, mais quand il relève son visage vers moi, je ne fixe plus le plafond, je le regarde lui d'un regard brûlant bien que teinté de cette froideur qui est la mienne presque en toute circonstance. Sa main glisse sur ma joue et bientôt, ses doigts se referment autour de mon cou avant de serrer doucement : celui-ci fait également partie de ceux qui aiment se montrer dominateurs et violents afin de gonfler leur ego. Cependant, il n'est pas tombé sur n'importe quelle louve : il est tombé sur leur Reine et ses doigts peuvent serrer mon cou que je ne me crisperai pas, que je ne le supplierai pas. Je le fixe, je ne cille pas et bien vite il sent, il comprend et il sait. Ses doigts se relâchent et il roule sur le côté. Je fais de même et entreprends de me rhabiller : c'est dans ma pièce privée assez agréablement aménagée que je vais aller me rafraîchir. Certaines louves jalousent ce privilège que j'ai parmi d'autres et j'aime attiser leur jalousie : j'aime qu'elle sachent que je leur suis supérieure et si je le suis c'est parce que j'ai tout fait pour y parvenir. Voilà qu'il me demande de rester alors que je m'approche de lui pour récupérer ce qu'il me doit. Ma main reste tendue vers lui et je hausse un sourcil.

« D'autres clients m'attendent. »

Ce qui est parfaitement faux. Au milieu de ce masque de froideur qu'est mon visage, un sourire se dessine.

« Mais il y a d'autres louves si tu le souhaites et elles seraient ravies de s'occuper de toi. »

Je me penche vers lui, mes lèvres viennent effleurer ses lèvres puis je viens murmurer quelques mots au creux de son oreille.

« Je leur louerai tes louanges. » dis-je dans un souffle.

Quand je m'avance dans le couloir la bourse en cuir à ma ceinture bien remplie, je m'essuie la bouche parce qu'il a voulu m'arracher un dernier baiser. C'est rapidement que je vais me laver et me recoiffer de façon à être présentable. Lorsque je descend à l'étage inférieur, mon visage fermé le devient d'autant plus lorsque je m'aperçois que la pièce est presque vide. Je soupire et secoue la tête avant d'aller prendre place sur un siège. La pluie... Cette pluie qui tombe encore et encore et qui décourage les clients de venir. Comme si nous avions besoin de cela... Kaeso est déjà assez sur notre dos et je sais qu'il ne faudrait pas grand chose pour qu'il décide de fermer le Lupanar. Nous devons continuer à lui rapporter de l'argent sinon il se débarrassera de nous et il est absolument hors de question que cela arrive. Moi qui n'ai pas prié les dieux depuis des décennies, voilà qu'intérieurement Ops vient habiter mes pensées : que les clients bravent la pluie, qu'ils viennent dépenser leur argent ici et qu'ils nous sauvent, moi et mes louves. Je ferme les yeux et prie donc pour que la richesse et l'abondance soient nôtres ce soir. C'est parce que je suis perdue dans mes pensées, parce que je suis sincère dans cette prière (ce qui est véritablement hors du commun dans mon cas) que je n'entends pas la porte s'ouvrir. Ce n'est que lorsqu'une voix s'élève que je rouvre les yeux mais déjà je suis exaspérée parce que la voix, je l'ai reconnue. J'ai prié pour l'abondance et la richesse et voilà que les dieux m'envoient ce Corbeau de malheur. Je me retourne et voilà qu'il ouvre les bras comme pour m'inviter à m'y blottir avant de me dire qu'il est temps que je cesse de me morfondre puisqu'il est là. Vient-il de m'appeler sa beauté ? Il a osé ? Bien sûr qu'il a osé. Il ose toujours. Il s'avance finalement vers moi en gardant ses bras ouverts avant de s'arrêter. S'il m'a manqué ? Est-il vraiment aveugle ou alors est-il simplement stupide ? Peut-être les deux en fait. S'il ne m'exaspérait pas autant, je pourrais rire en l'entendant me dire que je n'ai plus aucune raison de pleurer et de baigner dans la tristesse puisque « mon Corvus » est arrivé et finalement, malgré l'exaspération, je ne peux en fait empêcher un rire moqueur de s'échapper de mes lèvres quand il fait sa révérence bien trop appuyée avant de me lancer un regard qui se veut charmeur mais qui à mon sens ne l'est pas du tout. Oh, n'allez pas croire qu'il me déplaît car il faudrait être bien difficile pour ne pas trouver cet homme à son goût. Ses cheveux d'un noir de jais, son regard si clair qu'on pourrait se damner juste pour pouvoir se perdre dedans... C'est sans doute pour ça qu'il m'exaspère autant : parce qu'il est à mon goût justement. Quoique, physiquement il l'est oui mais le reste, c'est une toute autre histoire tout simplement parce que, comme d'habitude, il en fait trop.

« Ne vois-tu pas ? Je me meurs sans toi. » dis-je d'un ton où l'ironie est impossible à ne pas saisir, portant la main à mon coeur d'un geste surjoué comme sa révérence l'a été.

Je croise ensuite les jambes et le toise de toute ma hauteur. Dans mon regard il n'y a pas de dégoût mais plutôt un certain mépris teinté de lassitude parce qu'il me fatigue.

« Ta présence ne m'est pas indispensable contrairement à ce que tu sembles croire. » ajouté-je d'un ton cinglant puis je poursuis : « Lucia est occupée avec un client. Tu vas devoir attendre. » en affichant un sourire véritablement carnassier.

Sa petite favorite est en train de s'offrir à un autre, il n'a pas l'exclusivité et j'aime qu'il le sache. J'aime que là, tout de suite, en cet instant, il ne puisse se sentir supérieur aux autres.

Là, il n'est qu'un Corbeau parmi tant d'autres.



© charney

Plebe
Mer 25 Juin - 21:02
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




Manius Oppius Corvus
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Je te regarde, je t’étudie, je te cherche, je te traque… Chacune de tes fuites ne fait que m’inciter davantage à poursuivre cette quête étrange que je me suis fixée et chaque fois que tu me repousses, tu attises cette envie de triompher qui demeure en moi quand je croise ton immense chevelure dorée. Pourtant, tu me rejettes encore, avec ces yeux méprisants que j’ai appris à adorer avec le temps. Je te vois porter la main à ton cœur et toute l’ironie de ce geste ne me fait que sourire. Tu me résistes encore, belle Kerta ? Je suis presque surpris de n’en nourrir aucune déception, car quelque part, je crains de gagner un jour. Quel jeu nous restera-t-il une fois que celui-ci aura disparu ? Quelle relation entretiendrons-nous ? J’aime ces joutes verbales auxquelles nous nous livrons à chacune de mes visites et je sais que toi aussi. Tu le sais aussi bien que moi, reine des Louves, tu aurais pu mettre mille fois fin à ce jeu. Un refus trop appuyé de ta part, une simple réaction véritablement brutale, et je t’aurais laissée à ton ouvrage sans plus te solliciter ainsi. Je suis un joueur, Kerta, pas un tyran, et il faut toujours être deux pour jouer. Tu le caches bien, je ne peux le nier, mais tu joues avec moi. Peut-être même est-ce toi la maîtresse du jeu et moi le pion qui suit tes humeurs. Cela te plairait, n’est-ce pas ? Quelle merveilleuse louve, cette Kerta…

Doucement je me redresse sans la quitter des yeux. Alors, j’exagère une mine terriblement déçue et laisse tomber mes bras.

- Ton dédain me désole, moi qui ne souhaite que ton bonheur… Mais je sais qu’il y a du bon en toi, Kerta, même si ce ton que tu n’as pas qu’avec moi en fait douter plus d’un. Allons… Cesse cet affront et viens profiter de bras aimants.

Je les ouvre à nouveau avec un regard bien plus taquin qu’amoureux. Mais sa réponse souligne un fracassant échec. La louve semble d’un bien mauvais poil ce soir. La tâche sera difficile… Le fait qu’elle évoque Lucia ne fait qu’appuyer davantage cette théorie. Tu n’es pas d’humeur joueuse ce soir, ma Beauté ? Cela est bien dommage, car cette journée exécrable ne m’a donné envie que de plus m’amuser ce soir. Dans sa remarque sifflante, je décèle un rappel de ma condition en ces lieux : je ne suis pas un roi, encore moins un invité de marque. Je ne suis qu’un client venu payer son dû pour profiter d’un trésor que les femmes d’ici partagent avec tous ceux assez fortunés pour les payer. Et ils sont nombreux. La remarque en elle-même ne me blesse nullement : jamais je n’ai oublié cette réalité. Elle fait partie intégrante du monde des putains et des auberges depuis que j’ai décidé d’y entrer à mon tour. Certains hommes aiment à se noyer dans les mensonges qu’ils s’inventent, à croire ces femmes attachées, amoureuses même peut-être. Ce n’est pas un fantasme que je partage avec eux et je ne suis jamais entré dans ce piège. Ce sais ce que je suis ici, je sais ce que je suis pour elle. Pourtant, j’aspire à avoir un statut différent avec Kerta, aussi étrange que cela puisse paraître. Sa distance m’attire, sa résistance m’attire, peut-être encore plus que son corps, et Venus sait l’estime que j’ai pour lui ! Peut-être est-ce la raison pour laquelle cette remarque me touche plus que je ne le voudrais : je ne veux pas n’être rien d’autre qu’un client pour elle. Trop banal. Trop petit. Trop insignifiant. Je veux qu’elle m’attende et qu’elle soit déçue par mes absences. Je veux non pas qu’elle m’aime, mais qu’elle m’apprécie, ou qu’elle finisse par l’admettre. Je veux être un petit rayon de soleil, qu’importe sa nature. Juste être attendu quelque part, pour une raison ou pour une autre. Pas d’amour, seulement de l’intérêt. Oui, c’est cela. De l’intérêt de la part de la louve la plus distante de tout ce lupanar infecte que j’adore. J’adorerais cela…

Je détourne le regard et me déplace avec une lenteur étudiée vers une des tables auxquelles les clients s’installent lorsqu’ils ont besoin d’attendre. Alors que je lui tourne le dos, j’ajoute d’un ton doux :

- Ta froideur glacerait le sang de la plus hivernale des créatures ce soir, Kerta… T’aurais-je blessée de quelque manière que ce soit ? Car si tel est le cas, ce n’était certainement pas mon attention.

Je m’assois sur une des chaises et croise les jambes en posant ma cheville sur mon genou. Je pose mon coude sur la table et fait reposer ma tête sur mon poing alors que mes yeux retrouvent ceux de la louve. Je la fixe un instant, puis lui dit d’un ton taquin.

- Apporte-moi donc un pichet et deux coupes et parlons de ça. Je ne voudrais surtout pas rester sur un malentendu. Allez, viens…

Ma main vient tapoter sur mon genou pour l’inviter à venir s’y assoir. Oui, c’est de la pure provocation et au fond de moi, je suis presque persuadé qu’elle refusera, mais je ne suis pas d’humeur à lui faciliter la tâche ce soir. Trop facile et ennuyant. Je suis bien décidé à l’obliger à jouer avec moi et je suis certain de parvenir à lui en donner l’envie. Je ne sais pas exactement pourquoi elle ne met toujours pas fin à ces joutes que je lui impose presque, mais une chose est sûre : elle y trouves son compte quelque part. Peut-être aime-elle simplement cette sensation de pouvoir remettre un homme à sa place tous les soirs ? Oui, voilà qui lui irait bien… Mais dans cette nouvelle partie qui s’annonce, je sais que je conserve un avantage depuis toujours. Dans ce temple de luxure, je suis un client, et Faustus n’est pas du genre à accepter que l’on offense un client. Elle ne peut donc pas me refuser ce pichet. Pour le reste, j’aviserai…

Mon regard ne la quitte pas et s’est teint d’une lueur de défi. Kerta sait ce que j’amorce, elle sait ce que je cherche et elle sait qu’elle ne peut pas tout me refuser. Que la lutte commence, ma belle.
Mar 8 Juil - 15:00
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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La Reine des Louves

Les mots il sait les utiliser, il sait en jouer, il sait les trouver. Il en est sans doute conscient et sa suffisance n'a d'égale que la confiance démesurée et grotesque qu'il a envers lui-même. Grotesque car si certaines filles du lupanar boivent ses paroles, les absorbent et s'en imprègnent au point de les croire, certainement pas moi. Je ne suis pas du même acabit qu'elles : j'ai trop d'années derrière moi pour me laisser confondre de cette façon. Alors je l'observe, je le fixe, je reste silencieuse et bouillonne intérieurement tant son assurance éveille colère et mépris. Si seulement elle n'éveillait que cela mais malheureusement, il existe une toute autre chose qui s'éveille face à lui mais cette chose je l'ignore, je la balaye d'un revers de la main : hors de question, jamais. J'ai joué la carte de Lucia, j'ai cherché à blesser d'une certaine façon, à le vexer au minimum mais j'ignore si j'ai réussi à frapper car il ne laisse rien paraître. Il baisse ses bras, me raconte qu'il ne souhaite que mon bonheur avant d'affirmer qu'il y a du bon en moi ce qui me laisse perplexe, tellement perplexe que je laisse échapper un très bref rire teinté d'une réelle ironie. Puis, il me demande de cesser cet affront et de venir profiter de ses bras qu'il qualifie d'aimants. Mes bras à moi se croisent, je hausse un sourcil et secoue brièvement la tête de droite à gauche : non. Non, je n'irai pas me glisser dans ses bras, aussi attirants soient-ils. Il aura beau les ouvrir et m'y inviter, il n'aura jamais que du vide à serrer et rien d'autre. Il ne m'aura pas, moi. Sans doute suis-je trop noyée dans ma propre confiance tout comme lui l'est également. En ce point nous sommes semblables.

Il se déplace le corbeau, lentement. Il déploie suffisamment ses ailes pour se détourner de mon regard et me tourner finalement le dos tout en se rapprochant des tables. J'observe son déplacement qui semble étrangement calculé, dénué de naturel : à quoi joue-t-il donc encore ? Sa voix s'élève de nouveau et son ton se fait plus doux, plus caressant : est-il pour autant sincère ? Permettez-moi d'en douter. Ses mots disent pourtant la vérité : ma froideur est affolante ce soir, je le sais, je le sens. Il ne s'agit juste pas d'un bon jour et si d'ordinaire je suis distante, ce soir je le suis encore plus car je suis inquiète pour le lupanar, inquiète pour les filles, inquiète pour mon propre futur. En fait, cette inquiétude me ronge de l'intérieur et ma froideur n'est jamais que le masque qui me permet de cacher cela. En réalité, ma froideur est le masque qui me permet de tout cacher : absolument tout. Le corbeau se demande s'il m'a blessée et l'espace d'un instant, je sens le mépris déserter mes traits pour laisser la place à la curiosité et l'intérêt : est-il possible qu'il s'inquiète réellement de ce que je ressens ? Heureusement qu'il a le dos tourné et qu'il ne peut pas voir le trouble se lire sur mes traits et surtout, heureusement que je me reprends rapidement : mensonge éhonté. Des mots, des paroles, rien de plus. Il fera tout pour arriver à me faire céder et je ne dois pas le croire. Pourtant, il a l'air sincère... Non. Il suffit. Je ne peux pas me permettre de le laisser avoir cette emprise sur moi, qu'il soit sincère ou non : je refuse de tomber. Il s'installe sur une chaise, je me redresse sur mon tabouret. Il croise les jambes, pose sa cheville sur son genou et me voilà debout à l'observer davantage encore. Voilà que sa tête vient reposer sur son poing et quand il croise de nouveau mon regard, j'ose espérer avoir réussi à remettre en place le masque de froideur qui est mon unique protection.

Je ne veux pas qu'il décèle la moindre faiblesse.

L'ordre tombe : il veut à boire, il veut que je l'accompagne dans la dégustation du vin et il veut parler de « ça ». De quoi donc veut-il parler ? De la blessure supposée qu'il ne m'a en réalité pas infligée ? Apparemment oui puisqu'il refuse de rester sur un malentendu. Que son ton soit taquin ou non, je cherche à lire en lui pour savoir s'il est sincère ou non, je cherche à voir où est le piège mais ne distingue rien. Cela m'ennuie, cela me fait un peu peur car je n'aime pas avancer à l'aveuglette et à présent, j'ai l'impression que c'est cela qui m'attend avec le corbeau : l'inconnu. « Viens » me dit-il et je lève légèrement le menton tout en le fixant : les ordres.... Les ordres que je ne peux pas refuser de par ma condition... Si je lui ai rappelé où était sa place dans ce lupanar, il n'hésite pas à me rappeler où est la mienne. Son regard est teinté d'une lueur de défi qui m'exaspère. Il sait bien que je ne peux pas lui refuser ce vin ni ma compagnie, dans une certaine mesure en tout cas. Pour ce qui est de venir se faufiler entre mes cuisses, j'arrive pour l'instant à ne pas le laisser faire mais si Kaeso se fatiguait de mes refus ? Et si Kaeso décidait qu'il était temps que je me plie aux volontés de Manius puisqu'il est un client et que le client doit être satisfait quoi qu'il advienne ? Ce n'est pas ce que le corbeau souhaite, je le sais bien, il veut que je cède, moi, il ne veut pas m'avoir dans ses bras parce que mon maître m'en aura donné l'ordre. Ce jeu qui est le nôtre n'inclut pas Kaeso mais cela ne sera peut-être pas toujours le cas.

En parlant de jeu... Voilà qu'il tapote sur son genou pour m'inviter à m'y asseoir et je lève les yeux au ciel avant de me détourner de lui pour aller quérir le vin et les deux coupes qu'il m'a demandés. Il ne me faut guère de temps pour arriver jusqu'à la table. Je pose les coupe, les remplis toutes deux et l'observe un instant en hésitant : prendre la chaise en face de lui ou venir s'asseoir sur sa cuisse ? L'espace d'une seconde, j'ai bien envie de venir prendre place sur lui, près de lui, j'ai bien envie de jouer avec le feu de cette manière mais très vite je me reprends. Non. Comme d'habitude, non. Je me penche vers lui, un geste fait pour lui faire croire qu'il a gagné cette manche, que je suis prête à venir m'asseoir sur sa cuisse mais en réalité, lorsque mon geste arrive au bout, il me permet de me saisir de ma coupe avant de me redresser. Je fais ensuite un pas en arrière, puis un deuxième avant de prendre place sur la chaise et ainsi lui faire face. Non mon corbeau, je ne te laisserai pas gagner si facilement.

« Il n'y a aucun malentendu entre nous. » dis-je alors d'un ton tout aussi froid qu'à l'accoutumée. « Ne t'inquiètes pas, tu ne m'as pas blessée. Aucunement. Pour que tu me puisses me blesser il faudrait que tu m'inspires autre chose que du mépris. Tu n'as donc aucun inquiète à te faire à ce sujet. Tes mots glissent sur moi. » ajouté-je en le fixant droit dans les yeux.

Menteuse. Je mens comme je respire. Ses mots ne glissent pas sur moi au contraire mais il m'est si facile de le lui faire croire. Je l'observe un instant en silence : dois-je aller plus avant ? Dois-je poursuivre ? Peut-être qu'il serait judicieux de le faire oui pour éviter qu'il ne continue à s'imaginer je ne sais quoi.

« Je suis de mauvaise humeur ce soir. » finis-je donc par dire même si cette mauvaise humeur n'est sans doute pas une nouvelle pour lui étant donné qu'il a bien vu et senti que j'étais pire que d'habitude. « Le lupanar est bien trop vite et cela ne me plaît pas. »

Ces mots, à peine sont-ils sortis de mes lèvres que je les regrette : c'est une faille que je viens de laisser paraître, cette inquiétude qui me ronge il la perçoit maintenant, c'est certain car je sais que mon regard n'est pas resté de marbre lorsque je lui ai parlé de ma mauvaise humeur. Je porte la coupe de vin à mes lèvres, me cache derrière. Il ne faut pas qu'il s'engouffre dans cette petite faille que je viens de laisser paraître. Il me faut agir vite. Je bois une gorgée de vin et abaisse rapidement ma coupe.

« Ton arrivée n'est que l'épine qui s'enfonce dans un pied déjà blessé. » terminé-je par dire en lui adressant un sourire méprisant.

Voilà qui est parfait. Me cacher derrière cette façade est ma meilleure arme. Et s'il voyait au travers ? Et s'il avait déjà vu ? Seul la suite me le dira.



© charney

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Dim 20 Juil - 1:03
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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J’observe chacun de ses mouvements et joue avec minutie de chacun des miens. Cette joute que nous entamons n’est pas que verbale, oh non… Chaque regard, chaque geste, chaque mimique, jusqu’au ton que nous employons tous les deux, chaque partie de notre être peut être une arme ou une faiblesse et sur ce terrain, nous jouons peut-être à armes égales. J’ai confiance en mes capacités. Je sais sur quelles cordes je peux jouer et la finesse avec laquelle je peux le faire. Mais je connais Kerta aussi, et je sais qu’à ce jeu, elle est une adversaire de taille. Chacune de mes visites me l’a prouvé. Je n’ai encore jamais gagné avec elle, tout comme je n’ai jamais vraiment perdu. Elle connaît les hommes, elle en a peut-être même trop connu. Elle possède sa fierté et une détermination sans borne. Et je suis là, moi, le petit Corbeau qui tourne autour de ce qu’il convoite, attendant un seul moment d’inattention pour attraper sa proie. Chacun de nous continue à avancer ses pions sur l’échiquier. Je poursuis la Reine alors qu’elle veut faire tomber le Roi…

Alors que je lui tourne le dos pour me diriger lentement vers les tables, je profite de cette petite pause pour réfléchir à la suite des événements, au prochain pion que je vais avancer. A l’abri de son regard de louve, je peux me laisser aller à la plus profonde des réflexions sans craindre de lui laisser voir les difficultés qu’elle m’impose. Car oui, chacune de ces parties est compliquée pour moi, et il est hors de question qu’elle le sache. Je cherche ses failles et elle les dissimule avec un talent que je n’ai jamais trouvé que chez elle. Elle m’impressionne et me fascine. Alors je cherche, je cherche et je cherche encore, avec l’espoir d’enfin trouver la bonne arme pour briser cette armure qu’elle s’est forgée. J’ai la prétention, certainement typiquement masculine, d’être le seul à peut-être pouvoir y parvenir un jour. Et je ne suis pas de ceux qui abandonnent facilement.  

Quand je m’assieds et que je croise de nouveau son regard, j’ai retrouvé cette expression confiante qu’elle doit à présent connaître par cœur. Je tente une nouvelle stratégie et cherche à la déstabiliser par une question qu’elle ne pouvait normalement pas prévoir. La vérité et que je ne pense pas avoir fait quoi que ce soit capable de la blesser, en supposant bien évidemment que Kerta puisse être blessée par quoi que ce soit en ce bas monde, ce dont certains douteraient aisément… Mais cette interrogation toute simple a le mérite de favoriser les confidences et j’ai gagné au moins un pari : elle fait quelque peu avancer les choses.

Le vin est une autre aide précieuse dont j’abuse sans vergogne. Il délie les langues, calme les ardeurs et réchauffe les âmes. Ce pichet, elle ne peut me le refuser, et je vois sa froideur durcir davantage ses traits lorsque j’insiste pour qu’elle vienne me rejoindre. Je sens ce duel intérieur qui bouillonne en elle et avec lequel je joue à chaque fois : elle aimerait certainement pouvoir me dire non, refuser de but en blanc chacune de mes exigences pour provoquer en moi une lassitude capable d’enfin me faire taire ; mais elle n’est qu’une esclave, malgré sa position de matrone. Elle n’est qu’une pauvre femme à la merci des sautes d’humeur de son maître, risquant sa position et son train de vie à chaque fois qu’elle contrarie Faustus. Et me contrarier moi, c’est prendre le risque de contrarier son dominus. Kerta est bien des choses, mais elle n’est certainement pas stupide. Risquer le peu qu’elle possède pour moi ? Pour me vaincre ? J’imagine que ce triomphe serait délicieux pour elle, mais je ne peux croire un seul instant qu’elle risquerait autant pour le simple plaisir de me voir mordre la poussière. Ce vin, je le sais donc gagné d’avance, et malgré le manque d’honneur que m’apporte cette petite victoire, je la savoure avec un rictus délectable au coin des lèvres.

J’observe les ondulations de la robe de Kerta alors que celle-ci se rapproche avec le vin. Doucement, je la regarde verser le breuvage dans les deux coupes et alors, je sens mon cœur accélérer légèrement la cadence. Vient pour elle le moment d’un choix, et je suis curieux de savoir si la Reine des Louves compte céder à l’appel ma cuisse qui n’attend qu’elle. Mes yeux sont plantés fermement dans les siens, j’attends qu’elle agisse, avec l’espérance secrète de la voir céder à la tentation, à ma tentation. J’attends, je trépigne et la soupçonne de ralentir chacun de ses mouvements pour jouer avec ma patience, mais je demeure sans ciller. Le dernière goutte d’alcool tombe du pichet et m’arrache un frisson d’excitation. Alors, je la vois se rapprocher et je sens mon cœur manquer un battement. Vient-elle enfin, après toutes ses luttes pour qu’elle ploie ? Son visage se rapproche du mien et je sens se dessiner les prémices d’un sourire triomphant sur mes lèvres.

Soudain, elle se recule et je comprends son stratagème. La louve vient de prendre place sur la chaise en face de moi et je sais l’effort qu’elle vient de faire pour me faire croire à une première victoire. Je fronce légèrement les sourcils et lui adresse un sourire. Oui, ma belle, j’ai bien compris ton petit jeu. Un point pour toi. Je réprime même un léger rire, heureux d’avoir été victime de ce petit rappel : Kerta est une putain, mais pas n’importe laquelle. Elle est la seule à pouvoir agir de la sorte, à en avoir la force et le courage, et je l’admire pour cela. Peut-être est-ce ce frisson d’inconnu que je viens chercher avec elle, ce frisson dont je suis privé avec les autres prostituées, toutes ces autres filles qui agissent avec talent, mais également toujours de la manière dont on s’y attend…

Sa voix grave parvient à nouveau à mes oreilles et elle m’assure qu’aucune blessure ne lui a été causée par ma faute, ce que je savais déjà. La pique qu’elle me lance par la suite m’arrache un rictus et je mime alors une douleur, comme si elle m’avait pincée le cœur.

- Ouuuh…

Mes mots qui glissent sur elle… L’espace d’un instant, je crains que ce ne soit réellement le cas, que je ne sois que le poids méprisant qu’elle m’accuse d’être. J’espère que non… Certaines de ses réactions m’incitent à le croire.

Pendant quelques secondes, je cherche une réplique bien sentie à lui lancer, mais une étincelle dans les yeux de la louve me fait hésiter. Comme une envie de parler de quelque chose, quelle qu’en soit la raison : pour meubler un silence, se confier vraiment ou m’empêcher tout simplement de l’attaquer à mon tour. Alors j’attends un bref instant et Kerta s’exprime à nouveau.

Je n’ai pas l’habitude d’entendre le ton qu’elle emploie. Je ne peux m’empêcher de penser qu’elle me lance sur ce terrain pour m’empêcher de l’emmener vers un autre où elle serait moins à l’aise, mais je ne cherche pas lui faire changer de sujet, bien au contraire. Cette petite confession apparaît pour moi comme une porte entrouverte sur son monde, une porte que j’ai cherchée très longtemps et trouvée rarement. Alors qu’elle me souffle qu’elle est de mauvaise humeur, je ne peux m’empêcher de lui répondre avec une douce ironie :

- Ah oui ?

Qu’elle cherche à m’attendrir ou non, je reste Corvus. J’ai une réputation à défendre, que diable ! Pourtant, je ne cherche pas à la vexer, et, après l’avoir taquinée ainsi, je joins mes deux poings ensemble et y dépose ma tête pour lui faire comprendre que derrière ce masque, je suis prêt à l’écouter. Ce regard qu’elle a posé sur moi, qui n’a duré que quelques secondes, je ne crois pas l’avoir déjà vu auparavant. Je ne sais ce qu’il représente, s’il représente même quelque chose. Mais je sais que je ne peux pas faire comme si de rien n’était. Si une ouverture m’est proposée ce soir, il est hors de question que je la laisse filer.

L’absence de client, la pluie qui ne cesse de tomber et décourage les moins aventureux, la peur de la fermeture, la menace de la revente… Je ne connais aucune de ces peurs mais imagine ce qu’elles peuvent créer dans l’esprit de ceux qui risquent de perdre le peu qu’ils ont d’un instant à l’autre. Ce que me confie Kerta me touche, mais je suis conscient de mon impuissance. Je me redresse doucement pour me poser sur le dossier de ma chaise et lui dit en faisant un léger mouvement de bras :

- Je sais que je suis difficilement fatigable quand il s’agit de passer du temps avec vous, les louves, malheureusement, je crains que ma bourse ne puisse suivre très longtemps un jeu pareil. Je ne pourrai pas sauver ton lupanar à moi seul, même avec toute la bonne volonté du monde !

Un bon client ne suffit pas à  sauver un établissement, même le pauvre lupanar de Faustus. Alors, puisque je n’ai aucune solution à donner à Kerta, je tente d’apaiser ses tourments par le rire, ou au moins de lui donner quelqu’un sur qui passer ses nerfs si aucune de mes taquineries ne parvient à fissurer le mur de glace derrière lequel elle s’est cachée ce soir.

Rapidement, je sens siffler une deuxième attaque à mes oreilles et cette fois, je ne retiens pas mon rire. Je la regarde un instant en plissant légèrement les yeux, puis me lève doucement et me déplace vers elle en murmurant :

- Kerta, Kerta, Kerta…

J’arrive derrière la louve en quelques pas et pose délicatement mes mains sur ses épaules. Doucement, je fais pression de mes pouces sur ses muscles et fait rouler sa peau sous mes doigts.

- Ne sois pas si cinglante, ma Reine… Sens-tu à quel point tu es tendue ? Du calme…

Kerta connait mon métier, même si elle n’en a jamais vraiment profité. Derrière elle, ne la touchant que du bout des doigts, je ne peux voir son visage, et suis ainsi incapable de savoir si mon geste la soulage ou l’exaspère. Quelque chose me dit que je le saurai bientôt…

D’une voix un peu plus sérieuse, je lui murmure malgré tout :

- Il existe une période creuse pour tous les commerçants à cette période de l’année. Les dieux nous imposent toujours cette pluie immonde et glaciale. Les frileux attendent pour le moment qu’elle cesse, mais n’aie crainte, un homme ne peut laisser dormir trop longtemps ses pulsions et tôt ou tard, ils reviendront tous vider leurs bourses dans vos bras. Je te le garantis.

Je suis alors intimement persuadé de ce que je lui dis. Trop de Pompéiens fréquentent le lupanar de Faustus pour que ce dernier ferme prochainement, même avec un temps aussi triste que celui que nous subissons depuis maintenant plusieurs semaines. Mais ce soir, puisqu’aucun client plus aisé que moi n’est là pour m’arracher Kerta, je suis à vrai dire plutôt heureux de savoir que cette pluie continue de tomber. Qu’il pleuve, bonté divine, pourvu que cela me laisse la Reine des Louves !

Dans un élan témérité, je me rapproche de Kerta jusqu’à frôler son oreille. Alors, je chuchote :

- Tu aurais tellement besoin de te détendre… Je suis certain que nous pouvons même inverser les rôles ce soir. Et si cette fois, c’était toi qui payais pour mes mains en or ?
Sam 2 Aoû - 20:05
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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La Reine des Louves

Je ne m'attends pas à ce qu'il sauve le Lupanar et au fond, je préfère autant qu'il n'essaie pas. Je ne veux rien lui devoir. D'ailleurs, pourquoi donc lui ai-je fait part de mes inquiétudes ? Parce qu'il a cru que je l'avais blessé, voilà pourquoi mais c'était stupide de me confier de la sorte, c'était stupide car cela risque de lui laisser voir au-delà du masque qui me protège et bien pire, cela risque de lui permettre de comprendre qu'il ne m'est pas indifférent car tout le problème est là et c'est pour cela qu'il m'insupporte autant : parce qu'au fond, c'est un homme dont j'ai envie et ce n'est d'ailleurs pas pour rien que Lucia m'insupporte également. Je sais qu'elle est sa favorite et cela me dérange : il ne le saura jamais, mais cela me dérange oui. C'est pour cela que je me montre aussi méprisante envers lui car le repousser m'est vital si je ne veux pas m'enfoncer un peu plus dans ce désir qui s'est niché au creux de mon corps et peut-être un peu de mon cœur également. Le mépriser c'est me protéger, c'est protéger tout ce pour quoi je me suis battue depuis que je travaille ici. Je ne peux laisser paraître la moindre faille sinon, je ne serai plus qu'une carcasse sur laquelle des fauves se jetteront. Je ne suis pas idiote : certaines filles sont ambitieuses et attendent le moindre faux pas de ma part pour essayer de prendre ma place et montrer de la faiblesse serait le début d'un faux pas. J'ai donc été bien idiote de me confier à ce Corbeau de malheur... C'est parce que je sais que j'ai été idiote que je l'attaque à nouveau et voilà que cette fois-ci il se met à rire et cela ne me plaît pas. Son assurance ne me plaît pas car elle me met en danger. En réalité, ce jeu auquel nous nous adonnons me met en danger mais je n'ai pas d'autre choix : ce sera bien pire si je choisis l'autre option. Ainsi, quand il me fixe en plissant les yeux, je hausse les sourcils en le foudroyant du regard, plus méprisante que je n'ai pu l'être jusqu'à présent. En apparence, ma haine à son encontre atteint donc un nouveau sommet. Puis, il se lève et je me fige : je ne veux pas qu'il s'approche de moi et pourtant, c'est bien cela qu'il fait. Il s'approche en murmurant mon nom à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il ne se glisse derrière moi.

Je suis telle une statue sur ma chaise, mes mains crispées sur mes genoux, mes yeux fixés droit devant moi : je ne cillerai pas. J'en ai décidé ainsi. Il en sera ainsi. Cela sera cependant difficile puisque voilà que le Corbeau glisse ses mains sur mes épaules et ce simple contact suffit à me serrer les entrailles non pas par crainte : c'est une toute autre chose que la peur qui m'étreint mais je me dois de lui tourner le dos. Il m'est cependant vraiment difficile d'y parvenir quand le Corbeau fait soudain pression avec ses pouces sur les muscles pour faire rouler ma peau sous ses doigts. Il en profite... Il profite de ce don qui fait de lui un masseur renommé et tendue comme je le suis, crispée comme je le suis, il ne peut que me faire du bien mais il est cependant absolument hors de question qu'il ne le sache. Mais il me perce à jour, il sait, il sent que je suis plus crispée que je ne l'ai jamais été en sa compagnie et pourtant, ses gestes me soulagent et cela me rend folle de rage si bien que finalement, je ne parviens pas à me détendre mais c'est sans aucun doute beaucoup mieux comme ça. Je refuse qu'il ait ce pouvoir sur moi et pourtant, il l'a bel et bien. Il l'a oui parce que je finis par fermer les yeux, ne pouvant m'empêcher de savourer ces gestes dont il me fait profiter. Par tous les Dieux, comment peut-il avoir de telles mains ? Je l'entends me parler, ses mots me parviennent et ce sont ses gestes alliés aux mots qu'il m'offre dans un murmure, d'une voix rassurante qui me calment. La pluie éloigne les clients mais elle finira par cesser et à ce moment-là, les clients reviendront et rempliront les bourses trop vides de Kaeso et ainsi, je n'aurai plus à m'inquiéter de mon avenir. Là, sous ses doigts, je parviens à croire ce qu'il dit, je parviens à croire que les choses vont terminer par s'arranger et je sens mes épaules s'affaisser doucement, le poids qui jusque là me faisait courber le dos s'évaporant progressivement. C'est lui qui fait cela. Je soupire et quand je sens ses lèvres frôler mon oreille, l'espace d'une seconde, ma volonté vole en éclats. L'espace d'une seconde, j'ai bien envie de laisser tomber mon masque, de me retourner et de lui offrir ce qu'il veut pourvu qu'il m'offre ce que je veux moi.

L'espace d'une seconde seulement.

Je ne craque pas. Je ne craquerai pas. Je ne lui ferai pas ce plaisir. Il a beau éveiller mon désir et bien d'autres choses, je ne me plierai pas à sa volonté. Jamais. Cette force, cette fierté, ce pouvoir, j'en ai besoin plus que jamais et je ne peux pas le lui laisser sinon c'en est terminé de moi. Alors, je redresse doucement les épaules, ferme mon visage à toute émotion autre que le mépris et tourne doucement le visage vers lui. A cet instant, nos visages sont proches, nos lèvres se touchent presque puisque je peux sentir son souffle sur ma bouche et il me suffit de tendre le cou pour céder à cette tentation qu'il représente. J'en ai envie mais je ne le fais pas. A la place, je rapproche légèrement mes lèvres des siennes sans pour autant les toucher puis, un sourire mauvais étire mes lèvres.

« Non merci. » dis-je de cette voix froide qui est à présent familière à Corvus. Je recule alors légèrement le visage, remettant une distance raisonnable entre ses lèvres et les miennes et c'est de ce regard méprisant que je lui réserve que je le fixe. « Et pour inverser les rôles, il faudrait déjà que j'accepte ton argent pour que tu puisses profiter de mes propres mains et il n'est pas dans mes intentions de changer d'avis à ce sujet. »

J'aimerais pourtant pouvoir me permettre de changer d'avis mais cela m'est impossible. C'est un détail qu'il ne doit pas savoir, qu'il ne saura jamais.

« Tu devrais donc plutôt réserver tes massages pour celles qui en ont véritablement envie. » dis-je en roulant légèrement des épaules pour l'inciter à retirer ses mains sans pour autant le forcer. Il reste un client du Lupanar et je risquerais gros si je venais à avoir un geste agressif envers lui. « D'ailleurs, pourquoi perds-tu autant ton temps avec moi ? » finis-je par lui demander, sincèrement curieuse en réalité. Après tout, cela fait un moment que je le repousse et pourtant il insiste alors quoi : qu'a-t-il à y gagner ? « Il me semble avoir été claire avec toi, je le suis davantage à chacune de nos rencontres et pourtant tu es là, à rôder autour de moi en tirant la langue... » siffé-je entre mes dents, ne pouvant guère me montrer plus méprisable mais justement, il a l'habitude. « Aurais-tu parié de l'argent à mon propos ? » finis-je par lui demander, mon regard froid toujours plongé dans le sien.

Après tout, ce n'est pas impossible, surtout pas venant de lui. Je sais de lui qu'il aime parier sur les combats de gladiateurs alors, il peut tout aussi bien avoir parié qu'il allait réussir à faire tomber dans ses filets la Louve du Lupanar Faustus qui lui résiste, non ? En fait, maintenant que j'ai émis ce doute à voix haute, je ne vois même pas d'autre explication possible car pour quelle autre raison aurait-il autant insisté ? Il a forcément quelque chose à gagner et à part l'argent, rien d'autre ne peut valoir qu'il se donne autant de peine. Si c'est bien de cela dont il s'agit, je vais d'apparence en rire, m'en amuser et même le repousser davantage encore pour lui éviter de remplir sa bourse. A l'opposé, je vais intérieurement en être blessée dans ma fierté et dans mon cœur. Un pari... Si je ne suis que ça pour lui, ce sera douloureux oui. Alors j'attends, j'attends qu'il m'avoue enfin ses véritables intentions et qu'il me fasse mal. Notre jeu continuera quoi qu'il advienne mais si je ne représente qu'un peu d'or supplémentaire pour lui, ce jeu deviendra sans doute plus froid encore, plus agressif, plus violent mais pas plus dangereux finalement. Ce qui serait plus dangereux serait que je puisse encore me laisser tenter par lui et cela ne pourra arriver que s'il ne cherche pas à gagner de l'argent grâce à moi. Cruel dilemme... La souffrance ou la tentation ? Que vaut-il mieux pour moi ? Aucune des deux me direz-vous, aucune des deux. Cependant, avec le Corbeau, je ne peux y échapper, je vais devoir faire face à l'une des deux. A lui de me faire savoir laquelle.



© charney

Plebe
Mar 12 Aoû - 1:06
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




Manius Oppius Corvus
₪ Arrivée à Pompéi : 15/06/2014
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₪ Sesterces : 2
₪ Âge : 28 ans
₪ Fonction & Métier : Masseur aux thermes

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: C'est la femme qui choisit l'homme qui la choisira.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: j'ai bien trop d'amour pour une seule femme !
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Le bout de mes doigts sur cette fine parcelle de peau nue que je semble avoir le droit de toucher sans qu’elle ne me saute à la gorge, j’ai la délicieuse sensation de caresser la peau du fruit défendu. Alors que je suis dans son dos et qu’elle ne peut pas me voir, je laisse mes yeux caresser le contour de ses épaules avec avidité, sans ce masque taquin qui incite tout le monde à croire que je prends tout à la légère. A l’abri de son regard inquisiteur, je dévore des yeux chacune de ses formes avec la naïve prétention de pouvoir toutes les apprendre par cœur rien qu’en ces quelques secondes volées à notre bataille de tous les instants. Sous mes pouces, je sens ses muscles durs comme la pierre. Kerta est tendue et je ne parviens pas à savoir si je dois m’en féliciter ou m’en inquiéter. A-t-elle peur de céder à ma tentation ou ne fait-elle que contenir sa colère pour éviter de me gifler comme jamais elle ne pourra gifler un plébéien venu vider sa bourse dans ce taudis ?

J’aimerais pourtant qu’elle se détende, quelque soit la raison de cette tension que je sens dans ses épaules, et alors que je tente de la rassurer, j’ai la brève impression d’y parvenir. Un sourire sincère nait sur mes lèvres, mais demeure aussi éphémère que l’est le relâchement de la reine des Louves. Doucement, je l’observe se redresser et tourner vers moi un visage aussi froid que les vents du Nord. Sa bouche tentatrice me semble pourtant à une distance dérisoire et l’espace d’un instant, j’ai en moi l’espoir fou de la voir s’avancer davantage et enfin me céder. Mon cœur martèle dans mes tempes, affolé par cette excitation qu’elle seule sait faire naitre en moi. Elle se rapproche encore et je suis comme pendu à ses lèvres, mes yeux perdus dans les siens. Et ma chute n’en est plus que brutale lorsqu’elle me repousse une nouvelle fois.

Fermant les yeux et baissant légèrement la tête je m’entends souffler en souriant face à ma nouvelle défaite. La voix de Kerta siffle à nouveau à mes oreilles et je l’entends parler d’argent, cet argent qu’elle refuse de ma part malgré toutes mes tentatives. Un seul mot à Faustus et la reine des Louves n’aurait eu d’autre choix que celui de me céder. Je le sais mais ne le veux pas. Je veux l’avoir pour moi, toute entière, parce qu’elle l’aura voulu et non parce qu’elle y aura été forcée. Seul deux concurrents entrent dans notre jeu et Faustus ne fournit que les murs de notre arène. Mais alors que j’entends cet argument dans la bouche de Kerta, je suis soudainement gêné par cette réalité qu’elle me rappelle et j’ai la sensation amère d’être insulté en même temps que la Louve par l’existence de cette monnaie d’échange. Je réalise une nouvelle règle de mon défi que je n’avais pas soupçonnée jusqu’à lors : dans cette lutte qui nous oppose, je ne veux pas d’argent. Ou plutôt, je n’en veux plus. Peut-être est-ce même ce statut de client que je refuse avec Kerta. Je ne veux pas la payer. Je ne veux pas risquer qu’elle m’accepte pour cela. Je veux qu’elle ne me veuille que pour moi, aussi orgueilleux que cela puisse paraître. Sans attendre, je retrouve donc mon regard de défi et lui murmure :

- Tu as bien raison, Kerta. Tout l’or du monde ne te vaudrait pas.

Je me rapproche alors, avec tout le sérieux de l’homme en chasse.

- C’est pourquoi je ne t’en proposerai plus. Un jour tu me céderas, Kerta, non pour l’argent, ni par obligation. Mais parce que tu me voudras.

Je plonge mes yeux dans les siens quelques secondes, aucun sourire ne vient fendre mes lèvres. Je ne sais si cette attitude cherche à la convaincre davantage elle ou moi, mais je demeure impassible avant de me reculer et de revenir dans son dos, près à reprendre les ondulations de mes pouces. Pourtant, cette fois, ce n’est pas sa voix qui m’arrête mais le mouvement de ses épaules. Je ne cherche pas à lui imposer mon contact et retire mes mains d’un geste lent mais sans attendre. Elle ne peut me voir, pourtant, mon visage se crispe légèrement, soudain pris d’inquiétude. Ce soir est particulier. Je ne parviens pas à trouver la faille. Chacune de mes tentatives me fait finalement mordre la poussière et j’ai l’impression que chaque pas que je fais vers elle ne la fait que reculer davantage. Kerta m’échappe et je n’aime pas cela.

Doucement, je me déplace alors et vais me placer près d’elle pour m’accroupir à côté de la table, bien en face de la Louve, un bras sur la table, l’autre posé sur mon genou. Mon visage est légèrement plus bas que le sien, comme si inconsciemment, je voulais me faire pardonner une faute quelconque, une maladresse, en lui donnant cette position de force. La vérité est que je doute et que j’ai peur qu’elle mette réellement fin à notre jeu ce soir. Est-ce la soirée qui est mauvaise ou sa patience qui cède après ces semaines de luttes répétées ? S’ennuie-t-elle de moi ? Je ne le veux pas. Je ne peux pas abandonner notre joute. Je m’en voudrais trop. Je lui en voudrais trop. Je ne sais pas si l’inquiétude se voit sur mes traits, mais elle est bien là, sifflante, cinglante.

Alors, comme un coup de grâce, j’entends ces termes qui m’empêchent de soutenir son regard quelques secondes et je le dévie sur le côté, le temps de trouver quoi lui répondre. Un « pari »… Je « perds mon temps avec elle »… Chacune de ses phrases me fait désormais l’effet d’une gifle en plein visage. Dois-je me réveiller, réaliser quelque chose que mon désir m’empêche de voir ? Utilise-t-elle ces mots pour me forcer à ouvrir les yeux ? Non. Impossible. Je n’ai pas pu être le seul à jouer pendant tout ce temps. Je refuse de le croire. Je perds mon temps avec elle… Non, je n’y crois pas. Je ne peux pas le croire.

Un pari. Serait-il possible que…

Mes souvenirs me ramènent plusieurs semaines en arrière, lorsque mon combat pour Kerta a commencé. Le ludus Lucretius, Priam immobile sous mes mains, et le nom de cette Louve qu’il ne cesse de répéter comme une incantation. La curiosité, l’envie, l’excitation, l’arrogance du Corbeau trop habitué à obtenir ce qu’il convoite. Et le désir du jeu, la promesse de la chasse. Si j’ai parié que Kerta me cèderait ? Oui. Mais je ne me souviens pas avoir parié de l’argent pour ma victoire. Ce jour-là, j’ai parié ma fierté avec le gladiateur et chacun était persuadé de remporter la mise. Priam lui aurait-il raconté ? Kerta l’aurait-elle appris ? Si oui, alors j’imagine que plus aucune de mes armes n’aura jamais d’emprise sur elle. Je suis fini.  

Quand mes yeux retrouvent ceux de Kerta, j’ai peut-être perdu un peu de cette brillante confiance en moi que je lui ai montré jusqu’à lors. Je suis en mauvaise posture, et je sens qu’elle le sait. Je ne peux pourtant pas reculer et, d’une voix bien moins assurée, je finis par lui confier :

- Pas d’argent, non. Mais ma fierté.

Pendant quelques secondes, je me demande si j’aurai le courage d’être franc jusqu’au bout et de lui avouer mon pari avec Priam. Mais je balaye rapidement cette idée. Je ne peux pas. L’issue est trop incertaine pour s’y risquer.

- La plupart des paris auxquels je participe, je ne les fais qu’avec moi. Appelle cela comme tu le veux : des défis personnels, des mises à l’épreuve… Je sais simplement que j’ai décidé quelque chose et que je veux tout faire pour y parvenir.

Je laisse un court silence s’installer et plonge mon regard dans le sien.

- La seule chose que j’ai jamais pu parier te concernant est tout mon orgueil. Je me suis promis de parvenir à te faire céder. Si j’échoue, seule ma fierté sera blessée, pas ma bourse.

J’essaye de lui transmettre toute ma sincérité à travers mes yeux. Rien de tout ce que je viens de lui dire n’est un mensonge, même si je sais que je lui cache ce pari fait avec Priam. Un pari que je regrette presque tellement il me semble dangereux désormais. Pourtant, je ne sais pas si elle parvient à me croire. Ce regard glacial qu’elle pose sur moi, elle l’a toujours et l’inquiétude me prend davantage. Peut-être ai-je réellement perdu. Je baisse les yeux une nouvelle fois, en proie à un léger vent de panique que je fais disparaître aussitôt. Dans cette partie, je dois demeurer maître de moi. Je suis l’homme, je suis le plébéien ! Elle n’est qu’une esclave, une putain de chez Faustus, je ne peux pas me laisser prendre à mon propre jeu ainsi !

Pourtant, quand je recroise son regard, mon regain d’arrogance masculine s’envole comme il est venu. La question qui me vient en tête m’effraie, car j’ai peur de la réponse qui viendra me claquer au visage. Mais je ne parviens pas à la faire sortir de ma tête et je sais que je n’ai d’autre choix que de la lui poser. Le moment est trop dangereux, les conséquences trop grandes. Il faut que je sache. Je prends donc une inspiration comme une dernière bouffée de courage et lui souffle à mi-voix :

- Veux-tu que je m’en aille ?

Mon ton s’est fait plus sérieux que je ne l’ai voulu. Mais je ne parviens pas à retrouver cette taquinerie à laquelle j’ai pourtant habitué Kerta. Je suis inquiet. Perdu. Je ne veux pas que notre jeu s’arrête, mais je sais une chose : je ne peux forcer Kerta à jouer avec moi, je ne le veux pas, et si elle me demande ce soir d’y mettre fin, je ne l’obligerai pas à continuer.

Intérieurement, je prie pour qu’elle me réponde « non ».

Mais je ne fais pas face à une Louve ce soir. Je fais face à leur reine.
Mar 12 Aoû - 11:31
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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La Reine des Louves

Le contact est rompu, son regard est détourné, ma peur est silencieusement confirmée. Pourquoi détourne-t-il le regard s’il n’a rien à se reprocher ? Pourquoi fuir de cette façon si j’ai tort ? J’ai raison et comme j’aimerais que ce ne soit pas le cas. Ainsi donc, il a parié. Il a osé. Oh je sais que je ne suis qu’une putain et je sais que l’on me paye pour que j’offre mon corps mais un pari est une chose bien différente dont l’idée même me révolte. Je ne suis donc qu’une marionnette entre ses mains, ce jeu auquel nous nous adonnons depuis quelques semaines n’est que fumée et illusion. Je ne suis rien, je ne représente rien pour lui. Mais à quoi m’attendais-je ? Bien sûr que je ne suis rien pour lui et d’ailleurs, cela m’est égal. Comme cette pensée sonne faux même si elle n’est pas dite à voix haute. Comme je me mens à moi-même. Il est clair que cela ne m’est pas égal, il est clair que même si je le repousse de tout mon être, j’aime qu’il essaye de me convaincre de céder, j’aime imaginer qu’il me veut moi et non pas la putain que je suis et d’ailleurs, avant que je n’évoque le pari, il l’a dit : je céderai non pas parce qu’il paiera mais parce que j’en aurai envie. C’est une idée qui n’est pas si éloignée de ce qu’il pourrait se produire car je me fais intérieurement violence pour lui résister. Cette suffisance et cette confiance en lui dont il fait preuve m’exaspère mais en réalité, cela m’exaspère parce que je crains qu’il ne soit dans le vrai : je crains de finir par être faible et comme je préférerais ne pas l’être, comme je préférerais qu’il n’ait pas cette emprise sur moi, comme je préférerais qu’il me soit totalement indifférent. Ce serait tellement plus facile car je pourrais le repousser de façon naturelle, sans avoir besoin de me forcer. Et, finalement, le fait qu’il admette silencieusement que je suis dans le vrai va sans doute m’aider à le repousser davantage. Puisque je ne suis rien pour lui, il ne sera rien pour moi et le jeu va pouvoir continuer sauf qu’il me sera plus facile d’y jouer puisqu’il n’aura plus cette emprise sur moi.

J’ai mal mais cela va me permettre de ne plus craindre de céder.

Je devais choisir entre la douleur et la tentation et c’est Corvus qui vient de faire ce choix pour moi. C’est aussi parce que j’ai mal que je suis capable de garder mon visage fermé, que je peux en cet instant le foudroyer du regard avec tout le mépris voire même la haine qu’il m’inspire en cet instant. J’ai toujours été froide avec lui mais jamais je n’ai vibré de cette rage interne qui est en train de se frayer un chemin dans tout mon être, jamais. Ce corbeau, je l’exècre en cet instant et quand il reporte son regard vers moi, il a beau me fixer droit dans les yeux, le mal est fait : il a détourné son regard par une fois, il a fui par une fois et ça a été la fois de trop. La colère froide que j’éprouve à son égard ne m’aveugle cependant pas et il me semble percevoir une étrange ombre dans son regard. Quelque chose a changé et quand il prend finalement la parole pour me dire qu’il n’a pas parié d’argent mais sa fierté, mes lèvres se pincent et ma mâchoire se crispe. A présent, il avoue. Au moins, il a le courage de ne pas me mentir même si cela ne fait qu’attiser ma haine pour l’instant contrôlée et enfermée. Le fait que sa voix soit bien moins assurée que d’habitude me confirme que quelque chose a bel et bien changé : où est donc passé le corbeau si sûr de lui, persuadé qu’il va réussir à me mettre dans son lit sans devoir se servir de sa bourse pour cela ? Où est-il donc ? Il semble avoir fui tout comme son regard fuit encore. Je croise les bras quand il poursuit et m’explique que les paris auxquels il participe, il ne les fait finalement qu’avec lui-même. Je fronce les sourcils, doutant plus que jamais de ses mots : ainsi donc, il s’agit d’un défi personnel, d’une mise à l’épreuve ? Il n’a rien à y gagner. Permettez-moi d’en douter mon cher corbeau. Il ajoute finalement qu’il a décidé quelque chose et qu’il veut tout faire pour y parvenir.

Il veut me faire sienne et est prêt à tout pour cela ? Est-ce bien cela qu’il vient de me dire ?

Pas mot pour mot mais c’est bien cela oui et l’effet que ses mots ont sur moi, je me dois de les cacher car ce n’est plus le pari auquel j’ai pensé, cela est bien différent de ce que j’ai pu croire, et j’en éprouve un certain soulagement. D’ailleurs, ce soulagement est tel que je sens la tension me quitter doucement et la colère se faire moins brûlante. Elle finit même pas disparaître complètement quand Corvus plonge de nouveau son regard dans le mien après marqué un court silence. Comme il m’est tout à coup difficile de garder mon masque de froideur en place. Je tiens pourtant, je ne flanche pas, et plus il parle, plus cela m’est difficile. Comme j’ai envie de sourire quand il m’avoue que s’il ne parvient pas à me faire céder, seule sa fierté sera blessée et pas sa bourse. J’ai envie de sourire parce que je vois dans ses yeux qu’il est sincère : il n’y a aucun doute là-dessus et je sais à présent ce qu’il veut, pourquoi il le veut et je ne peux nier que j’en suis sincèrement flattée, peut-être même bien plus encore. J’en suis… Heureuse. Un mot banni de mon vocabulaire et pourtant, intérieurement je suis heureuse d’être son défi. Fière aussi. Pourtant, rien ne transparaît, absolument rien. Je reste de marbre car si je lui montre ce que je ressens maintenant, tout sera terminé pour moi. Cet orgueil dont il parle je ne le connais que trop bien même si jusqu’à présent, j’ai pensé qu’il s’agissait de pouvoir. Je comprends maintenant qu’il s’agit bel et bien d’orgueil pour moi également. Alors je ne bouge pas, je reste immobile, mes bras toujours croisés, mon regard le toisant avec toute la froideur qui lui est réservée et voilà qu’il détourne une nouvelle fois le regard. Encore une fois, j’ai envie de sourire et cette fois-ci, j’en ai envie parce que le voir dans cette mauvaise posture m’amuse, je ne peux m’en cacher. Lui qui jusqu’à présent a fait preuve d’une telle arrogance, voilà qu’il à genoux, le regard détourné : voilà que pour la première fois, je lui suis vraiment supérieure et au-delà du désir et des sentiments qu’il éveille en moi, je profite de ce bref instant où les rôles sont inversé : j’ai le pouvoir.

Rien que pour cela, j’ai remporté la partie aujourd’hui et j’en jubilerais si j’en avais la possibilité mais je me dois de garder mon masque.

Heureusement d’ailleurs que je garde mon masque puisqu’il se risque de nouveau à reporter son regard sur moi qui ne cille pas. Il y a un silence puis, lorsque sa voix s’élève elle n’est qu’un souffle : « veux-tu que je m’en aille ? » me demande-t-il et aussitôt, j’ai envie de lui répondre « non ». Non, je ne veux pas que tu t’en ailles. Je ne dis cependant rien, je pince davantage mes lèvres et crispe un peu plus la mâchoire car les mots sont là, prêts à sortir et il ne faut absolument pas qu’ils sortent. Je dois me montrer forte, je ne dois pas céder même si j’en ai terriblement envie. Cela m’est si difficile de ne pas me pencher vers lui, de ne pas glisser ma main sur sa joue, ne pas enfin découvrir le goût de ses lèvres. Cela m’est si difficile de ne pas le rassurer mais cela ne m’est pas impossible puisqu’y parviens. Certes, j’y parviens en puisant toute la force que je possède pour lui résister mais le résultat est le même et c’est le seul que je peux accepter : ne pas me laisser aller. Je ne vais donc pas lui dire que je ne veux pas qu’il parle mais je ne peux pas non plus lui dire que je veux qu’il parte puisque je ne le veux pas et également parce qu’il reste un client du Lupanar. D’ailleurs, ce qu’il est va m’être très utile pour tourner la réponse à mon avantage sans me trahir. Mon regard est plongé dans le sien et je prends une profonde inspiration avant de lui répondre, en espérant que ma voix va être tout autant assurée que mon attitude car sinon, je risque là aussi de me trahir.

« Je peux me refuser à toi mais je ne peux pas te demander de partir. Ce serait franchir une limite qui m’est interdite. »

Je suis tout de suite rassurée de m’entendre parler d’une façon aussi calme et distante. C’est exactement ce que je veux être vis-à-vis de lui : calme et distante. De plus, je reste évasive et ainsi, je ne lui avoue pas que je ne veux pas qu’il s’en aille. Il ne sait pas : il ne saura jamais. Je finis par décroiser les bras et par joindre mes mains sur mes genoux tout en continuant à observer Corvus. Le sérieux dont il a fait preuve semble m’avoir touchée également puisque lorsque je poursuis, ma voix est plus basse et je sais mon visage légèrement moins froid car plus sincère. Il y transparaît un calme et une certaine douceur auxquels Corvus n’a pas été habitué mais il m’est cette fois-ci impossible de faire autrement.

« Je te remercie pour ta sincérité. Je n’en attendais pas autant venant de toi. » Un bref silence et je reprends en détournant le regard, songeuse. « L’orgueil… C’est une chose bien puissante. » dis-je avant que mes lèvres ne s’étirent pour esquisser l’ombre d’un sourire. « Voilà au moins une chose que nous avons en commun. » ajouté-je en reportant mon regard sur lui.

Je repense soudain à ce qu’il a dit avant que la conversation ne prenne cette tournure un petit peu trop sérieuse et mon sourire se fait alors plus malicieux.

« Le problème est que ton orgueil va causer ta perte. » dis-je avant de me pencher doucement vers lui, réduisant une nouvelle fois de façon assez dangereuse la distance séparant nos deux visages mais maintenant que le jeu peut reprendre, je ne vais pas me priver de nous pousser tous les deux dans nos retranchements. « Ta défaite est inévitable. » La distance est encore réduite. « Si je dois me retrouver dans tes bras, » dis-je tout bas, de cette voix langoureuse qui peut être la mienne lorsque je suis avec un client, « si nos lèvres doivent se toucher, » continué-je en plongeant un regard brûlant dans le sien, « si nos corps doivent se toucher et se mêler… » Un nouveau silence puis, je me recule soudainement avant de reprendre place sur ma chaise. « Cela ne pourra arriver que si tu décides de payer. » terminé-je par dire en affichant un sourire mauvais, mon regard étant redevenu aussi froid qu’à l’accoutumée. Je me surpasse aujourd’hui dans l’art et la manière de passer d’un état à un autre. « Ou bien si Kaeso m’en donne l’ordre mais même si cela arrive, tu auras perdu. Quoi qu’il arrive, tu vas perdre. »

Je sais et sens mon regard brûler d’une lueur de défi. Oh oui, je le défie mon corbeau d’essayer encore et encore de me mettre dans son lit sans débourser le moindre denier.

Le jeu est loin d’être terminé.



© charney

Plebe
Mar 26 Aoû - 16:48
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




Manius Oppius Corvus
₪ Arrivée à Pompéi : 15/06/2014
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₪ Âge : 28 ans
₪ Fonction & Métier : Masseur aux thermes

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: C'est la femme qui choisit l'homme qui la choisira.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: j'ai bien trop d'amour pour une seule femme !
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Un genou à terre face à elle, je me sais vaincu ce soir, sans véritablement savoir si je dois ma défaite aux crocs de la Louve ou si j’ai déposé les armes sans même avoir essuyé un coup. Mais le résultat n’en demeure que bien peu changé, j’imagine. Cette bataille, je l’abandonne sans hésitation pourvu que notre précieuse guerre continue. Etrangement, je confie une partie de moi à Kerta ce soir, une partie que je n’avais certainement pas prévu de lui révéler en poussant les portes du lupanar. Mais la vérité est que j’ai peur, j’ai peur de la perdre et j’ai l’impression qu’elle s’échappe en se drapant dans ce dédain acide qu’elle me jette au visage depuis que je suis entré dans sa tanière. Dire qu’elle ne m’a jamais fui serait mentir. Mais quelque chose est différent ce soir et je sens monter en moi une inquiétude toute aussi nouvelle pour moi car pour la première fois, j’ai réellement l’impression de tout perdre à notre jeu.

Quand je lui murmure cette question, cette supplique, je me remémore son regard acerbe lorsqu’elle a compris que oui, j’avais parié. Et j’ai alors senti cette honte du mauvais garçon pris en faute, celle de l’homme décevant, du corbeau qui blesse… Encore. Mais aussi cette impuissance terrible qui fait que je demeure incapable de lutter contre certains de mes démons. Cette passion du pari, cette quête du jeu, elle fait partie de moi autant que mon amour des thermes et ce talent pour les soins du corps. Kerta devrait le savoir, puisqu’elle fait elle-même partie d’un de mes jeux. Elle est peut-être même au centre de mon favori. Pourtant, sa réaction m’effraie car je réalise qu’elle se croyait peut-être au centre d’autre chose. A vrai dire, je ne sais plus moi-même la réelle teneur de notre joute, jusqu’où va le jeu et où notre drôle de compétition revêt un caractère plus sérieux. Et ce regard de Kerta… Peut-il être aussi froid si réellement mon intérêt pour elle est le dernier de ses soucis ?

Je ne sais plus. Je ne sais plus rien. Et je suis là, agenouillé face à elle, son adversaire en déroute, pendu à ses lèvres, attendant le coup de grâce ou la main tendue. Mon cœur tambourine dans mes tempes jusqu’à en être assourdissant. Le jeu peut s’arrêter ce soir et je suis surpris de ne penser qu’à la perte que représenterait Kerta si jamais tout cela s’achevait aujourd’hui. Pas une seule seconde je ne pense à Priam et à ce pari fait sur un coup de tête, un coup d’orgueil. J’ai soudainement peur de la solitude, peur de l’ennui. Combien de fois ai-je retrouvé Kerta dans ce lupanar ? Combien d’heures avons-nous passées ensemble ? A quel point cela me manquerait-il si jamais tout devait disparaître là, maintenant ? Doucement, je déglutis. Mais mon regard ne la quitte pas. Même vaincu, je reste un homme attaché au peu d’honneur qui lui reste. Et je sais que la Louve ne détournera pas le regard non plus en m’annonçant ma sentence.

Sa mâchoire se décrispe enfin et la Louve garde un ton si calme et froid que j’ai beaucoup de mal à le soupçonner forcé de quelque manière que ce soit. Un espoir murmure cependant en moi que Kerta aurait eu le courage, si elle l’avait voulu, de me siffler « Oui, pars. ». Et j’espère ainsi pouvoir prendre cette résignation comme une invitation à rester avec elle. Mais les certitudes ne sont pas des alliées fidèles ce soir, et sans aucun indice pouvant m’inciter à croire à cette folle hypothèse, je la laisse tomber dans l’oubli, non sans tirer un certain soulagement dans cette phrase glaciale que vient de me lancer Kerta. Car, malgré le peu d’enthousiasme qui a teinté sa voix, je peux rester là et le jeu n’est donc pas terminé. Pas tout de suite. Pas encore.

Je pense alors devoir reprendre la parole, devoir dire quelque chose. Mais dire quoi ? Merci ? Pardon ? Rire ? Je ne sais plus quelle tactique adopter pour remonter en selle et reprendre notre joute et j’ai la très désagréable sensation de n’être plus lié à mon cheval que par un étrier coincé à mon pied qui me laisse traîné lamentablement par mon destrier. Kerta, face à moi, en armure rutilante, me fixe avec un sourire en coin, prête à venir me taquiner une nouvelle fois de sa lance… Mais cessons là la métaphore ! Ce vin me fait décidément dire des choses qui ont de moins en moins de sens !

La voix grave de Kerta revient à mes oreilles et j’ai alors la douce impression de la sentir moins tranchante. Mes sourcils se froncent quelque peu face à ce ton des plus inattendus et je l’observe avec attention pour déceler sur ses traits le moindre signe d’une comédie quelconque. Pourtant, je n’y trouve rien et suis alors à la fois intrigué et soulagé par cette étonnante sincérité qui vient de s’ouvrir à moi. Les yeux baissés, elle semble étrangement songeuse et je ne me permets pas de briser ce moment précieux. Car enfin, derrière notre jeu, je crois entrevoir un semblant de confidence.

L’orgueil. Une chose que nous avons en commun… Alors qu’elle reporte son regard sur moi, je la fixe quelques instants avant de détourner les yeux à mon tour en souriant. J’acquiesce silencieusement avant de revenir à elle et de lui murmurer sur un ton tout aussi sincère :

- Peut-être nous ressemblons-nous plus que tu ne l’imagines…

Plusieurs choses me font affirmer ceci, à commencer évidemment par le fait qu’aucun de nous deux n’ait encore mis fin à ce jeu. Est-ce par fierté, pour ne pas arrêter le premier ? Par amusement, car nous y trouvons certainement tous les deux quelque chose ? Qu’elle que soit la raison, je sais que quelque chose nous rapproche. Quelque chose l’empêche de me repousser véritablement. Et je me retrouve en plusieurs réactions qu’a pu avoir Kerta.

Un sourire vient alors fendre les lèvres de la Louve et mes sourcils se froncent car je sais qu’elle prépare quelque chose. Toujours agenouillé face à elle, elle conserve cette position dominante et je crois qu’elle s’apprête à en jouer. Sa menace éclate alors et m’arrache le sourire que je garde pour les moments du jeu les plus intéressants à jouer. Mon orgueil causera ma perte… Et comment, puisqu’il est ce qui me fait continuer la lutte chaque soir ?

Mais Kerta s’avance alors et un intense frisson me parcours car je crois comprendre à quoi elle veut jouer, ce qui fait naître en moi des pulsions qu’elle connait par cœur, j’en suis certain. A chaque morceau de phrase, je la sens se rapprocher davantage et je sens cette excitation typique de l’inconnu car je ne sais pas où elle s’arrêtera. La fierté masculine veut toujours que les femmes nous cèdent et j’ai encore ce soir l’espoir que ce sera le cas. Qu’elle ploie, enfin.

Soudain, elle se recule, me laissant seul dans mes attentes et je comprends qu’elle m’a piégé une nouvelle fois. Je me trouve bien ridicule : celle-là était facile à deviner… Ma langue passe entre mes lèvres alors que je regarde mes chaussures de nouveau, m’avouant touché une nouvelle fois. Puis, je lève la tête et la regarde un moment sans rien dire. Cette étincelle qu’il y a dans ses yeux, je la connais trop bien pour ne pas la distinguer. Elle me défie, elle rentre dans mon jeu et cette fois, elle en prend une partie des rênes. L’excitation monte en moi car je sais que la partie en deviendra encore plus intéressante. Et, bien plus que le simple fait de ne pas me repousser car elle n’en aurait en partie pas le droit, c’est elle qui attaque de nouveau, c’est elle qui relance notre jeu et cette fois je sais, je sais qu’elle y trouve son compte, qu’elle l’apprécie, au moins en partie, et qu’elle est devenue une joueuse à part entière.

Et je ne peux me laisser attaquer sans riposter.

Doucement, je me relève en gardant mes yeux plantés dans les siens. Alors, j’écarte mes bras en lui montrant mes paumes en signe de reddition. Puis, un rictus taquin au coin des lèvres, je lui lance :

- Très bien, Kerta, tu as gagné ce soir…

Cette vérité n’est plus un secret pour aucun de nous deux, et je m’incline légèrement pour accepter ma défaite. Mais quand je croise son regard de nouveau, mon sourire n’est que plus appuyé encore.

- Je suis peut-être un voyou, un tricheur, bourré d’orgueil et avec peu de morale… Mais je suis bon joueur ! Laisse-moi donc t’aider à savourer ta victoire…

Je vais me rasseoir et remplis ma coupe de vin avant de remplir celle de Kerta. Puis, posant mon coude sur la table, je positionne ma coupe bien face à la Louve comme pour attendre qu’elle y fasse teinter la sienne. Je plonge alors mes yeux dans les siens.

- Je t’offre mes mains…

Je laisse un léger silence le temps d’observer sa réaction, puis je reprends avec tout le naturel dont je peux faire preuve.

- Laisse-moi te faire profiter de mon don ce soir. Pas le moindre denier en jeu, aucune incidence sur nos défis respectifs. Juste une célébration de ta victoire du jour… Et un avant-goût de ce que tu rates !

J’imagine ce qu’elle peut craindre et tente alors de mettre vite à terme aux idées qui pourraient naître dans son esprit. Alors, tout en gardant l’air taquin qu’elle me connait, j’ajoute :

- Je te promets de ne rien tenter, et les dieux savent à quel point cette promesse peut être difficile à tenir ! Mais je m’en tiendrai à un travail strictement professionnel… Je t’assure.

Ma main gauche vient s’appuyer contre mon cœur pour appuyer mes dernières paroles et le défi qui a brillé dans les yeux de Kerta quelques secondes auparavant vient alors occuper les miens. Je la mets au défi de refuser autant que je la mets au défi d’accepter.

- Trouve-moi juste une chambre et de l’huile…

Je crois savoir que les Louves ont à leur portée quelques fioles d’huile pour satisfaire les exigences de certains clients plus amateurs de sensualité que d’autres. Peut-être en restera-t-il quelques gouttes pour Kerta ce soir ?

Doucement, ma main gauche vient chercher une petite pièce à ma ceinture pour montrer à la Louve que j’ai évidemment les moyens de nous offrir cette chambre pour quelques temps. Et alors que je la fais rouler entre mes doigts, ma voix ronronne :

- Alors, qu’en dis-tu, reine des Louves ?
Jeu 28 Aoû - 19:47
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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La Reine des Louves

Il est à mes genoux le Corbeau et j'aime le voir là, j'en jubile intérieurement. Enfin, sans doute cela se voit-il un peu car malgré mon masque habituel, mon sourire peut me trahir un peu mais cela m'est égal sur le moment : j'ai remporté la partie aujourd'hui, j'en suis fière, j'en suis satisfaite et le montrer fait un petit peu aussi partie du jeu, non ? Alors me voilà adossée contre le dossier de ma chaise, alors que je toise Corvus de toute ma hauteur, un sourire mauvais étirant mes lèvres : je savoure chaque seconde. Je savoure cela bien plus encore quand je vois la flamme se remettre à briller dans ses yeux à lui aussi, quand cette lueur de défi qui l'anime et qui jusque là avait disparu refait soudain surface : il veut poursuivre le jeu lui aussi et il en est ravi. Parfait. Nous y trouvons apparemment notre compte tous les deux et quand je le comprends réellement, je réalise à quel point les mots qu'il a prononcés sont amplis de vérité : nous nous ressemblons beaucoup à bien des égards. Sans doute n'avons-nous pas que l'orgueil en commun mais cela, je ne lui avouerai pas, tout comme je n'avouerai pas un tas d'autres choses. Il se passe quelques instants durant lesquels il se contente de me regarder sans bouger, sans rien dire, puis le voilà qu'il se redresse, sans détourner son regard du mien et moi de suivre ses mouvements, décidée à ne pas ciller non plus. Le voici debout à présent : que c'est dommage, être à genoux lui va si bien... Cependant, il se relève pour écarter les bras en me montrant ses paumes en signe de reddition. Bon... Je dois bien avouer que de le voir se rendre de la sorte n'est pas mal non plus. C'est même très, très agréable si bien que je laisse échapper un soupir de satisfaction en croisant les bras. Mon sourire quant à lui se fait encore plus victorieux quand il admet volontiers que j'ai remporté la victoire ce soir. Il va même jusqu'à s'incliner et je ne peux cacher que je me sens puissante et véritablement gonflée d'orgueil, encore plus qu'à l'accoutumée face à lui. Le fait que j'ai réussi à gagner contre lui et également contre moi-même, puisque je dois également faire face à un combat intérieur quand Corvus est là, font décupler cet orgueil.

C'est parce que cet orgueil est un peu trop puissant que je suis tout de suite intéressée par la proposition de Corvus. Il est prêt à m'aider à savourer ma victoire ? Et de quelle façon ? Me voilà curieuse à présent, curieuse et impatiente de savoir ce qu'il a derrière la tête. Il marque un silence, semble profiter de l'effet qu'il réussit à provoquer chez moi et si je n'étais pas autant aveuglée par l'orgueil et par ce qu'il a éveillé, je me giflerais pour oser montrer un quelconque intérêt aux mots du Corbeau. Après ces quelques instants de silence, la proposition tombe enfin : il propose de me profiter de son don. Bien malgré moi, mon sourire victorieux se fane progressivement car je suis tout à coup bien moins intéressée. Enfin, cela n'est pas tout à fait vrai, c'est même en réalité à l'opposé de la vérité mais c'est justement parce que je suis intéressée que mon sourire se fane. Ce qu'il me propose... J'en ai envie. Je ne peux le nier. Avoir eu la possibilité quelques minutes auparavant de goûter à son don m'a donné envie d'en avoir plus et j'ai déjà dû me battre violemment contre moi-même pour réussir à le repousser et le faire arrêter. Et là, il me propose plus. Mon sourire finit par complètement disparaître, je me crispe et me ferme : je dois me montrer forte. Je dois refuser. Alors je reste silencieuse, la bouche fermée, craignant que le moindre mot que je pourrais prononcer ne se joue de moi. Corvus arbore un air taquin qui ne me rend pas les choses faciles et le fait qu'il me promette de ne rien tenter, même si d'après lui cette promesse sera difficile à tenir, ne change strictement rien pour la bonne et simple raison que ce n'est pas lui que je crains, mais bien ma propre personne. Les sensations qu'il a réussi à éveiller en me massant légèrement les épaules tout à l'heure risquent fort de se réveiller si je le laisse recommencer, et si je le laisse faire plus... Non. Il va m'aider à savourer ma victoire autrement, à moi de trouver de quelle façon. A moi de réfléchir, de chercher, mais comment suis-je censée accomplir un tel miracle alors que Corvus m'observe, son regard rayonnant davantage encore de cette lueur que je lui connais et qui me plaît ? Comment suis-je censée trouver un moyen de refuser alors qu'il me dit qu'il me suffit de lui trouver une chambre et de l'huile ? Je fronce les sourcils, je sens et sais que ma poitrine se soulève sous le coup de ma respiration qui tout à coup se fait moins évidente : il est en train de me pousser dans mes retranchements mais pas ceux auxquels j'avais pensé.

J'ai voulu jouer, j'ai gagné la première partie mais voilà que je suis sur le point de perdre la seconde.

Il termine par sortir une pièce et la fais rouler entre ses doigts. Je sais bien ce qu'est cette pièce : c'est l'achat du temps passé avec moi dans cette fameuse chambre. « Alors, qu'en dis-tu Reine des louves ? » Je détourne, et c'est bien rare, mon regard du sien, me crispant davantage. Ce surnom qu'il me donne et auquel je suis habituée, auquel je réponds bien volontiers... L'entendre de sa bouche en cet instant rend la situation encore plus difficile à contrôler. Je ne dois surtout pas céder. Je ne dois pas reporter mon attention sur lui, laisser courir mon regard sur ses doigts qui font rouler la pièce encore et encore, je ne dois pas fixer ses mains dont j'ai tellement envie. Je ne dois pas me laisser dicter ma conduite ni par mon désir ni par mon orgueil car tous deux sont en train de murmurer dans ma tête, tous deux m'incitent à dire oui : le désir veut que j'accepte pour pouvoir être en partie assouvi, l'orgueil veut que j'accepte parce que j'ai mérité cette récompense pour avoir gagné. Non. Il me faut les ignorer. Il me suffit de détourner le regard et pourtant, je fais l'inverse. Mes yeux cherchent ceux du Corbeau, les trouvent, et je ne peux  dès lors plus me détourner de lui. Je le déteste... Je le déteste d'avoir un tel pouvoir sur moi...

« Ce que j'en dis... » dis-je tout bas dans un souffle.

Je prends une profonde inspiration : je vais dire non.

« J'en dis que j'ai effectivement mérité une récompense et puisque j'ai besoin de me détendre, il serait stupide de refuser tes services alors qu'ils me sont offerts. » dis-je en esquissant un sourire, encore une fois victorieux.

Je voulais vraiment dire non mais en l'espace de quelques secondes, le désir et l'orgueil l'ont emporté : cette fois-ci, ils ont été plus forts que moi. Le désir me dit que j'ai envie de ses mains et l'orgueil me dit que j'ai envie de poursuivre le jeu parce qu'en acceptant, c'est un défi supplémentaire que je me lance. Je veux jouer. Je veux pousser le jeu. C'est dangereux et une partie de moi en a conscience mais l'autre partie semble avoir pris le pouvoir et ont tout fait basculer. Alors, je me redresse puis je me penche pour récupérer les coupes et le pichet de vin que je repose sur le plateau avant de m'en saisir. Oh, je n'ai pas l'intention de le ramener en cuisine mais plutôt de le monter : ça aussi c'est plutôt dangereux car l'alcool peut monter à la tête mais que voulez-vous ? J'ai envie de prendre des risques. J'ai envie de me pousser à bout et de le pousser à bout.

« Allons-y. »

Aucune hésitation, bien au contraire. Je dépasse Corvus et monte les marches, ce même sourire satisfait sur le visage. Sur le chemin, nous croisons une louve qui nous observe avec un peu trop d'insistance à mon goût. Mon sourire disparaît, mon regard qui je le sais vibre alors d'une colère sourde la fige sur place et lui fait baisser les yeux : bien, parfait. On ne me fixe pas comme ça. On ne fixe pas un homme qui est avec moi comme ça. C'est au bout d'un long couloir que se trouve ma chambre et c'est là que nous allons : hors de question que j'aille m'enfermer ailleurs. Nous arrivons bien vite, je pousse la porte, entre, et laisse Corvus entrer après moi et refermer derrière lui. Il a l'habitude des chambres des autres louves, plus particulièrement de celle de Lucia qui est assez spacieuse mais la mienne l'est encore plus : un privilège pour être la fameuse Reine des louves. Je m'avance à l'intérieur de la pièce et dépose le plateau sur un petit meuble qui se trouve non loin de ma couche avant de me retourner vers Corvus. C'est quand je le vois debout au milieu de ma chambre que je réalise soudain toute la dangerosité de la situation. Mon sourire satisfait se fait moins large sans pour autant disparaître mais, encore une fois, je détourne le regard, craignant qu'il ne décèle un sentiment venant de moi : s'il n'entrevoit ne serait-ce qu'un once de désir à son égard je suis fichue. Ce détournement de regard, je le cache en m'avançant prêt d'une petite armoire que j'ouvre, à la recherche de la fameuse huile dont il a besoin. Alors que j'ai la tête cachée derrière la petite porte en bois, je prends une profonde inspiration. Je veux jouer mais là, je risque bien de me faire prendre à mon propre jeu. Il me faut absolument réunir la force et la volonté dont j'ai besoin pour rester celle que j'ai toujours été en présence du Corbeau. Je trouve l'huile vite mais je prends encore quelques instants pour me faire violence avant de me détourner de la petite armoire et de m'approcher de Corvus. Je sais que mon masque est en place : il n'y a plus qu'à espérer que je parvienne à le garder.

« J'espère que cela te suffira, je n'ai rien d'autre. » dis-je de ce ton détaché auquel il est accoutumé.

Bien. Très bien. J'ai le contrôle. Je vais garder le contrôle. Je dois garder le contrôle. Je me détourne de Corvus, m'approche de ma couche en lui tournant le dos et alors que j'en suis tout prêt et que je glisse ma main sur ma robe pour au moins découvrir le haut de mon corps, je me fige, hésitante. Moi, hésitante. C'est bien la première fois que cela m'arrive. Allons, on se reprend Kerta. Ce n'est jamais qu'un homme parmi tant d'autres. Si seulement je croyais moi-même en cette affirmation... Je ne peux cependant pas reculer, je ne peux pas lui dire que j'ai changé d'avis, je ne peux pas lui demander de sortir car ce serait me trahir pour de bon. Il m'en revient de faire face alors j'abaisse le tissu et bientôt, je me retrouve allongée sur le ventre. D'un geste de la main, j'attrape ma longue chevelure pour la glisser sur le côté et ainsi laisser mon dos apparent. Ma robe est descendue jusqu'au creux de mes reins, peut-être trop mais à présent que je suis installée, je ne peux guère changer ce qui est fait. Et si lui recule ? Et si lui préfère ne pas me toucher par crainte d'être incapable de tenir la promesse qu'il m'a faite à l'étage en dessous ? Pour être tout à fait honnête, une partie de moi espère qu'il préférera reculer : la partie qui a peur de perdre définitivement le contrôle.

Foutu désir. Foutu orgueil. Voilà où j'en suis à cause d'eux.



© charney

Plebe
Jeu 11 Sep - 19:24
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




Manius Oppius Corvus
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Absolument muet, mon regard planté dans le sien, j’observe la louve réagir à ce que je viens de lui proposer. Ce massage que je viens de lui offrir gagne davantage de valeur encore lorsque je vois Kerta détourner les yeux car à cet instant, je comprends toute l’étendue de son pouvoir. Si elle accepte, j’aurais enfin l’occasion de la toucher, de découvrir son corps et d’effleurer sa peau, ce que je n’ai encore jamais eu le droit ne serait-ce que d’espérer. Mon excitation grandit davantage quand je remarque le trouble de Kerta car, dans son silence, elle me crie qu’elle hésite, et ce doute pour moi vaut de l’or : si elle ne m’a pas encore rejeté, c’est que ma chance existe bel et bien, ce dont j’étais loin d’être certain. Dans mon esprit, j’imagine déjà des dizaines de scenarii différents, tous plus fous les uns que les autres. Mais ma raison reprend rapidement le dessus car je lui ai fait une promesse avant même qu’elle n’ait desserré les lèvres. Je sais que je ne peux que respecter ma parole, sous peine de la perdre à jamais si je cède.

Le silence dure si longtemps qu’il m’oppresse comme si tout son poids pesait sur mes épaules, mais je refuse le moindre mouvement. Je conserve cet air taquin et cette lueur de défi dans les yeux car je dois jouer ce rôle jusqu’au bout si je veux quitter le lupanar ce soir avec la vague impression d’avoir remporté un semblant de victoire à mon tour. Le sourire de Kerta disparaît petit à petit et j’ai la nette impression qu’une véritable lutte dont je ne connais pas exactement la nature bouillit en elle. Les battements de mon cœur se font plus puissants à chaque seconde car j’ai la drôle d’impression de ne pas maîtriser moi-même les conséquences de mon propre choix. Ai-je assez de contrôle pour résister à Kerta si jamais elle accepte de me prêter son corps ? Vais-je trop loin dans nos retranchements pour que la louve se permette d’accepter ? Me fait-elle assez confiance pour se risquer à s’enfermer dans une chambre avec moi, le Corbeau ?

Je continue de jouer avec la petite pièce qui tourne entre mes doigts. Je suis incertain, peut-être inquiet aussi. Mais l’excitation que cette situation fait naître en moi est bien plus puissante que tout le reste. Ce contact avec sa peau, je l’attends depuis des semaines, je le désire plus que tout au monde à cet instant. Trop de curiosité entoure cette femme, trop de fantasmes aussi, sans nul doute. Et maintenant que l’occasion m’est offerte, me la voir arrachée serait pour moi une si douloureuse injustice... Alors, je ne la quitte pas du regard, comme si je pouvais l’hypnotiser, la convaincre par un quelconque moyen qu’elle ne doit pas refuser. Qu’elle ne peut pas refuser. Pas ce soir.

Sa voix gronde soudain à mes oreilles, pensive, et je sens une vague d’adrénaline monter en moi. Tout mon corps se tend et je crois qu’elle peut le sentir mais cela n’a plus guère d’importance car elle a déjà le pouvoir depuis que la décision lui est revenue. Je prends une dernière inspiration, puis, comme un gladiateur qui attend d’entrer dans l’arène, je me prépare à voir s’ouvrir la grille…

« J'en dis que j'ai effectivement mérité une récompense et puisque j'ai besoin de me détendre, il serait stupide de refuser tes services alors qu'ils me sont offerts. » Je ne peux cacher un sourire satisfait ainsi qu’un soupir de soulagement qui se fraye un chemin le long de ma gorge. La reine vient de sceller notre sort commun et pour la première fois avec elle, je ressens en moi cette excitation de l’homme qui sait qu’il s’apprête à vivre un moment qu’il n’oubliera pas, un moment qu’il a attendu trop longtemps et préparé avec trop d’application pour le gâcher. Ce soir, pour la première fois, je poserai mes mains sur elle. Enfin…Une étrange bouffée de chaleur me parcourt le corps lorsque je la vois se lever avec le vin pour m’inviter à lui emboiter le pas car je comprends que notre jeu devient bien réel, concret. Je me lève lentement et reste quelques secondes en arrière, le temps de réaliser le chemin que prend ce nouveau défi que nous nous lançons mutuellement. Ce tournant, je le chéris, je le bénis. Kerta conserve sur les lèvres ce sourire de victoire, mais, alors que je la suis, je sais que j’ai le même. Nous partageons cette victoire cette nuit et nous le savons tous les deux. Peut-être que toutes ces semaines auront été nécessaires pour nous apprendre comment nous accorder. Mais la récompense qui nous attend me semble dépasser toutes mes plus folles espérances. Mes yeux la fixent alors que je devine déjà ses formes sous sa fine robe de matrone. Je tente de me faire violence et de bannir toutes les pensées brûlantes qui viennent envahir mon esprit lorsque je la vois ainsi me montrer les marches vers les chambres. Mais comment refouler le désir qu’elle a su éveiller en moi durant toutes ces semaines ?

Doucement, nous nous enfonçons dans le lupanar et au détour d’un étroit couloir, nous croisons une jeune louve que je vois baisser le regard. La matrone est-elle à ce point respectée ou bien est-ce la crainte qui musèle ainsi les filles de Faustus ? Peut-être inspire-t-elle les deux à la fois, ce qui ne me surprendrait guère. En passant, sans lui adresser un regard, je glisse la pièce avec laquelle je jouais jusqu’à lors dans la paume de la petite et je lui murmure d’un ton détaché :

- Personne ne vient la chercher ce soir. Vous vous débrouillez sans elle…

Ce soir est trop singulier pour moi, sa promesse trop enivrante. Je veux demeurer perdu dans mon fantasme aussi longtemps que la louve me le permettra, sans jamais être rappelé à cette réalité trop morne et prévisible. Qu’importe le prix, je le paierai. Et je ne partirai qu’à la seule condition que Kerta me renvoie ou que le risque de rompre ma promesse devienne trop grand. La catin ne répond pas et j’imagine qu’elle ne peut qu’acquiescer. Je ne lui laisse de toute manière pas le choix.

Lentement, je suis Kerta et nous passons quelques portes avant qu’elle n’ouvre la dernière et pénètre dans la chambre. Et alors qu’elle m’invite silencieusement à entrer, je prends une grande inspiration pour calmer quelque peu mes ardeurs car en passant le seuil, je sais que la partie commence. Lorsque pour la première fois je foule le sol de l’antre de la louve, je me sens étrangement impressionné par cette chambre, par ce qu’elle représente. Je me plais à croire que peu d’hommes ont eu le privilège d’entrer ici, même si la raison me crierait aisément aux oreilles que bien des deniers ont dû être dépensées pour ouvrir les portes de la chambre de la Reine des louves. Doucement, je referme la porte derrière moi et le bruit claquant qu’elle fait me semble assourdissant comme une mise en garde. Puis, quand je relève les yeux vers elle, je demeure un instant interdit.

Elle est là, dressée comme la Reine qu’elle a toujours été pour moi, seule au milieu cette chambre, le sourire aux lèvres. Je ne sais si elle tente de jouer la comédie autant que moi, si son sourire est difficile à maintenir, ou s’il n’est que le témoin d’une véritable confiance au fond de son cœur ; mais je sais que si ce visage satisfait n’est qu’un masque, elle doit être à cet instant bien meilleure actrice que moi car je sens que mon rictus à moi s’est fané au moment où j’ai refermé cette porte. Un instant, je reste incapable de faire le moindre mouvement, de prononcer le moindre mot, étrangement hésitant face à cette situation que j’ai rêvée mille fois et qui, alors qu’elle s’offre enfin à moi, m’impressionne plus que je ne l’aurais cru.

Heureusement pour moi, Kerta tourne rapidement les talons pour aller ouvrir une petite armoire. Enfin à l’abri de son regard, je passe en silence mes mains sur mon visage pour reprendre mes esprits. Où sont donc passées cette confiance sans borne et cette arrogance protectrice au moment où j’en ai le plus besoin ? Plus que jamais, je dois être cet homme taquin et sûr de lui qu’elle connaît, au risque de lui faire comprendre à quel point mon désir pour elle peut brouiller mon esprit. Cette nuit doit être aussi précieuse qu’elle en a l’air. Je ne peux reculer maintenant, je ne me le pardonnerai pas. Et surtout, je ne lui laisserai pas cette victoire, au risque de ne plus jamais retrouver cette petite aura que je semble avoir auprès d’elle.

Alors, je prends une grande inspiration et, quand elle se redresse, je suis bien droit, campé sur mes deux jambes comme l’aurait été mon frère. Cette comparaison me plaît assez et être Pansa juste pendant ces quelques secondes me donne l’impression d’être plus fort. La Reine des louves se retourne et mon regard est immédiatement attiré par la petite fiole qu’elle tient dans la main. Alors qu’elle me la tend, je l’attrape pour la placer entre mon pouce et mon index et je la mets à la lumière pour l’observer quelques instants.

- C’est parfait… murmuré-je d’une voix grondante.

Alors, après un dernier regard, je vois Kerta s’éloigner pour venir près de sa couche. Sa main vient doucement frôler le haut de sa stola et mon cœur accélère immédiatement l’allure lorsque je réalise la situation dans laquelle nous sommes tous les deux. Je ne parviens pas à détourner mon regard d’elle, je suis comme envoûté par ce que je suis en train de voir. Cet instant, je le pourchasse depuis des semaines et alors qu’il s’offre à moi, j’ai l’impression de ne réaliser que maintenant tout ce qu’il représente. Je ne ferai que masser Kerta ce soir, je le lui ai promis. Et plus important encore : je me le suis promis. Pourtant, lorsque le tissu glisse sur son dos, j’ai le sentiment inattendu de ne pas en vouloir plus, ce qui ne fait que me troubler davantage. Cette louve a sur moi un pouvoir étrange et j’aime être ainsi happé par lui…

Elle va jusqu’à sa couche et s’y allonge lentement. Je laisse un délicieux silence s’installer quelques secondes, juste le temps de la voir déplacer sa chevelure pour m’offrir son dos. Seule sur les draps, les ombres des lampes à huile dansant sur sa peau, elle est…. magnifique.

Mais je ne peux l’admirer ainsi plus longtemps. J’ai lancé cette nouvelle partie et Kerta vient d’avancer son premier pion. C’est à moi désormais d’entrer dans le jeu. Doucement, je me rapproche d’une chaise et y laisse sur le dossier mon pallium lourd et trempé pour être enfin libre de tous mes mouvements. Chacun de mes pas me semble produire un vacarme assourdissant. En me rapprochant d’elle, j’ouvre la petite fiole qu’elle m’a remise et l’approche de mes narines pour en humer le parfum, chose que je fais avant chaque massage sans vraiment me l’expliquer. De douces notes florales viennent emplir mes poumons en m’arrachant un discret sourire. Elle sera parfaite.

Une fois près de sa couche, je viens m’asseoir à sa droite sans la moindre hésitation. Je suis de nouveau maître de moi et j’espère que Kerta n’a pas remarqué le trouble qui m’a pris auparavant. Assis ainsi près d’elle, face à son dos nu, je suis confiant et je la regarde avec un sourire à la fois satisfait et admiratif. De ma main gauche, je viens attraper une mèche de cheveux oubliée pour la ramener près des autres et je sens le dos de la louve se tendre légèrement sous mon contact. Mon sourire se fait carnassier mais je feins de ne rien avoir remarqué. Sans attendre, je fais couler l’huile dans mes mains et les frotte doucement l’une contre l’autre pour la réchauffer. Je prends soin d'en laisser tomber une goutte sur la peau de la magnifique Kerta qui la prend par surprise, toujours en mimant de n’y prêter aucune attention.

Je suis alors fin prêt, mais avant de découvrir enfin son corps, j’aurais aimé lui lancer une dernière pique, une taquinerie quelconque, vive et délicatement placée au moment où la tension est certainement la plus extrême. Pourtant, rien ne me vient… Moi d’habitude si éloquent, je suis là, si près d’elle, les mains immobiles au-dessus de son dos… Et rien. Un sourire fend mes lèvres lorsque je me rends compte de ma propre impuissance. Puis, récupérant tout mon sérieux, je viens enfin rencontrer sa peau.

Mes mains viennent se poser doucement sur ses hanches et remontent le long de son dos jusqu’à atteindre ses épaules. Sans appuyer, j’étale l’huile sur tout son dos, puis je passe sur sa nuque pour finir sur ses épaules et le haut de ses bras. Chaque mouvement sur sa peau est pour moi comme une récompense et je savoure ce contact avec délectation.

Lentement, mes mains se font plus fortes et j’appuie progressivement sur ses muscles. Mais je me sens légèrement tremblant, ce qui me surprend d’abord, puis m’inquiète quelque peu car je ne voudrais pas que Kerta s’en rende compte. Ce massage est loin d’être aussi banal que les centaines que j’ai pu faire aux thermes des Stabies et les tremblements qui me prennent me le prouvent bien. Je ne pensais pas être à ce point bouleversé. Lorsque je m’en rends compte, je prends une grande inspiration pour retrouver mon calme. Puis, tentant de ne plus me concentrer que sur ma tâche, je retrouve l’assurance de ces gestes que je connais par cœur. Mes pouces jouent entre chacune de ses côtes en montant lentement jusqu’à sa nuque, puis, je prends sa colonne vertébrale en étau entre mon index et mon majeur et descend en appuyant fort. Je viens faire rouler les muscles de ses omoplates, je passe sur ses épaules, puis masse sa nuque. Avec cette assurance qui me revient, je me fais plus aventureux : mes gestes sont plus amples et plus appuyés. La tentation demeure, plus forte que jamais, mais je sais me contrôler et je n’ai pas peur de jouer. En feignant l’indifférence, je viens taquiner le bas de son dos, à la naissance de ses fesses, et je remonte sans rien dire, mais avec un sourire merveilleusement satisfait de mon effet. Je m’amuse, clairement. Mais j’aimerais que Kerta y trouve également son compte et, en y faisant attention, je remarque à quel point son dos résiste sous mes doigts. La belle est tendue, je le sens… D’une certaine manière, cela me ravit, car cela indique bien qu’elle n’est pas indifférente à ce qu’il se passe. Mais d’une autre, une femme angoissée ne peut prendre pleinement part au jeu. Or ce soir, je ne veux pas satisfaire qu’une partie de mon fantasme, et l’autre moitié, c’est elle.

Alors, pendant que je remonte le long de son dos, je lui murmure :

- Relâche tes muscles, Kerta… Laisse-moi faire.

Je sais qu’elle est tendue. Un masseur ressent ces choses-là. La raideur de son dos me crie à quel point elle se freine, et je voudrais pourtant qu’elle se détende, qu’elle profite, sans arrière-pensée, aucune. Simplement parce qu’elle en a le droit et parce que je lui offre cette partie de moi sans conséquence.

Ma voix gronde doucement et j’insiste :

- Lâche prise…

Et mes mains partent de sa colonne pour aller vers ses flancs, l’enserrant comme si le voulais la prendre dans mes bras.


Laisse le corbeau se nourrir de ta charogne et prie les dieux qu'il ne sache pas traverser le Styx.

You and I:
 
Mer 17 Sep - 19:06
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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La Reine des Louves

J'entends ses pas et mon cœur se met à battre plus vite alors que j'essaye de rester figée dans ma position qui devrait être confortable mais qui ne l'est finalement pas véritablement car je suis tendue. Cette tension ne fait que grandir encore lorsque je sens Corvus s'asseoir à ma droite. Je prends de profondes inspirations et expire également très lentement de façon à contrôler ma respiration : s'il voit que ma respiration s'emballe, il y verra la faille et je refuse que cela arrive. Comme cela m'est difficile lorsque je sens les doigts de Corvus me frôler alors qu'il vient se saisir d'une mèche de cheveux qui semble avoir décidée de ne pas rejoindre ses sœurs juste pour me forcer à me trahir. Bien sûr, je me raidis quand il me touche même si le contact est bref et je ferme les yeux tout en crispant la mâchoire, me giflant intérieurement : du contrôle Kerta, il te faut du contrôle si tu ne veux pas que la situation ne te glisse entre les doigts. Je me concentre, me focalise une nouvelle fois sur ma respiration et je garde les yeux ouverts : tant que je ne les fermerai pas, je ne me perdrai pas. Je l'entends se frotter les mains et je sens une goutte d'huile couler sur ma peau et cela me surprend. L'ayant entendu se frotter les mains je pensais qu'il allait les glisser sur ma peau. Finalement il en est mieux ainsi : cela me permet de me montrer davantage concentrée, davantage alerte. Le temps semble soudain suspendu : j'entends ma respiration toujours contrôlée mais le silence règne tandis que je suis immobile et Corvus lui... Que fait-il ? Pourquoi n'a-t-il pas encore posé ses mains sur mon dos ? A-t-il changé d'avis ? Va-t-il reculer ? Non. Il ne recule pas, il prend juste son temps.

Ses mains viennent enfin rencontrer la peau de mes hanches.

A ce moment-là, ce simple contact qui est le premier contact véritable entre nous provoque un déluge de sensations qu'il m'est vraiment difficile d'ignorer. C'est agréable, savoureux, envoûtant, enivrant comme le sont ensuite chacun de ses gestes. Pourtant, me voilà plus tendue que jamais alors que je sens ses mains remonter le long de mon dos puis glisser sur mes épaules jusqu'à atteindre ma nuque. C'est parce que j'aime ce que je ressens, parce que j'aime ce que ses gestes éveillent que je me ferme à ces sensations, que plutôt que de les accueillir à bras ouverts et de me laisser aller je les refuse et les repousse avec force. Plus les secondes passent, et plus il en va ainsi. Plus ses doigts pressent ma peau avec plus de force, et plus je me tends. Plus ses mains glissent sur ces muscles qui sont d'une dureté incroyable, plus ces muscles deviennent plus durs encore que du bois. Mes yeux sont résolument ouverts et je fixe le mur devant moi, mes poings se ferment, se crispent et je serre les dents : j'éprouve tant de plaisir sous ses doigts que je n'éprouve en fait aucun plaisir grâce à son massage. Très contradictoire, il est vrai et bien dommage car ses gestes sont précis, justes et parfaits. Je sens et sais qu'il a le parfait contrôle de chaque geste, qu'il sait où presser, où frôler et je finis même par me rendre compte qu'il prend confiance en lui, non pas qu'il en manque d'ordinaire mais je sens malgré tout une différence entre les gestes qu'il a maintenant avec ceux qu'il a eu quand il a commencé à étaler l'huile sur mon dos et cette assurance-là me fait chavirer davantage. Je chavire oui quand je sens ses mains glisser dans le bas de mon dos à la naissance de mes fesses. Je chavire mais ne coule pas. Je continue à fixer le mur, je continue à me concentrer sur ma respiration. Il suffirait d'une seconde pour que je cesse d'être vigilante, une seconde durant laquelle je pourrais perdre le contrôle, me laisser aller et alors, c'en serait terminé. En cet instant, je m'en veux véritablement d'avoir voulu jouer avec le feu à ce point-là car je suis prise à mon propre piège : je voudrais pouvoir profiter de ses mains mais si je le fais, je risque de vouloir plus et de le lui montrer.

J'ai perdu mais je ne veux pas qu'il le sache. Cependant il sait. Le Corbeau sait tout, n'est-ce pas ?... Alors que ses mains remontent le long de mon dos je l'entends soudain murmurer quelques mots : il m'intime de relâcher mes muscles, de le laisser faire. Par tous les Dieux non, je ne te laisserai pas faire. « Lâche prise... » gronde-t-il avant de glisser ses mains vers mes flancs. Ce geste est le geste de trop : je ne peux plus résister. Je ferme les yeux. Je cède. Je plie. J'abandonne. Je m'abandonne à lui. Je prends une profonde inspiration avant de lâcher prise comme il vient de me dire de le faire. Mes épaules s'affaissent d'elles-mêmes et alors que les mains de Corvus glissent de nouveau sur mon dos, je laisse la détente s'emparer petit à petit de mon être. Comme il l'a fait quelques instants auparavant, il parcourent mon dos, fait rouler mes muscles qui jusque là étaient terriblement tendus et plus ses doigts travaillent ma peau, plus je parviens à laisser derrière moi la tension pour ne plus laisser que le plaisir de ses mains sur ma peau. Détendue, je me laisse complètement aller aux sensations qu'il éveille en moi, je laisse mon cœur s'emballer, je laisse ma peau frissonner, je laisse mes lèvres s'entrouvrir pour laisser échapper un soupir de plaisir. Doucement, ce plaisir grandit et s'éveille à ma conscience. Doucement, je sens la chaleur se former puis m'envahir. Ses doigts parcourent ma peau et mes lèvres s'étirent en un sourire. Ses mains s'en retournent vers le bas de mon dos et je rouvre soudain les yeux.

« Assez. » soufflé-je.

Ses mains s'arrêtent et je tourne mon visage pour pouvoir le regarder.

« Cela suffit. » ajouté-je encore une fois dans un souffle.

Nos regards se croisent et lorsque je sens qu'il retire ses mains, ma main droite vient s'enrouler autour de son bras. Je l'arrête ainsi dans son geste. Mes doigts se pressent doucement contre sa peau et je le fixe droit dans les yeux mais mon regard n'a rien de froid, bien au contraire : il est brûlant. Ma bouche s'entrouvre mais aucun autre son n'en sort. A la place, je tire doucement sur son bras pour l'inciter à se pencher et je tends le cou vers lui. Je n'ai finalement plus besoin de tirer sur son bras car il se penche de lui-même vers moi et cette fois-ci, quand son visage se rapproche dangereusement du mien, je ne m'éloigne pas, je ne me recule pas en affichant un sourire malicieux : non. Je le laisse approcher, je le laisse me toucher, je le laisse poser ses lèvres sur les miennes. En réalité, ceci n'est pas tout à fait vrai : c'est moi qui pose mes lèvres sur les siennes. Aussitôt, la chaleur qui s'est déjà emparée de moi devient plus brûlante encore et très vite, notre baiser s'enflamme tout comme mon corps tout entier s'enflamme lorsque Corvus pose ses mains sur mes joues pour m'attirer un peu plus à lui. J'agis sans réfléchir à présent : j'entreprends de me redresser tout en noyant Corvus sous des baisers plus fougueux les uns que les autres et bientôt, je me retrouve assise sur ma couche, mes bras enlaçant Corvus comme une anguille s'enroulerait autour d'un morceau de bois. J'en veux plus : je veux plus de lui. Je me laisse retomber doucement en arrière et l''attire à moi et je n'ai nullement besoin de lui dire quoi que ce soit : de lui-même, il grimpe sur ma couche pour se glisser au-dessus de moi et nos corps se frôlent, se touchent, se pressent l'un contre l'autre. J'ai du mal à respirer. J'ai le vertige. Je ferme les yeux. Je me laisse porter. Il a promis de n'avoir aucun geste déplacé mais finalement c'est bel et bien moi qui ait craqué. J'ai retenu son bras, je l'ai penché vers moi, je l'ai embrassé, je l'ai enlacé... Je veux que lui aussi m'enlace. Je veux qu'il me serre contre lui. Je veux qu'il me fasse sienne. Je veux... Je le veux...

Je le veux plus que je n'ai jamais voulu aucun homme.

Ses mains s'en retournent vers le bas de mon dos et je rouvre soudain les yeux. Mon cœur bat à tout rompre. Ses doigts remontent finalement le long de ma colonne vertébrale et je suis pétrifiée : pétrifiée parce que je réalise ce qu'il vient de se passer. Pétrifiée parce que j'ai cédé, parce que j'ai franchi une limite que je m'étais pourtant refusée à franchir. La tension s'empare de nouveau de moi et c'est brutal, tellement brutal en fait que même Corvus cesse ses mouvements.

« Assez. » dis-je dans un souffle mais ce mot-là ne sonne pas du tout comme il a sonné tout à l'heure. « Cela suffit. » Ma voix vibre quelque peu mais elle n'est pas moins froide.

Il me faut quelques instants pour reformer mon masque d'indifférence et c'est quand il est en place que je tourne mon visage vers Corvus. Mon regard plonge dans celui du Corbeau et je tente de faire abstraction du désir brûlant que je ressens toujours pour lui. J'ai peur qu'il ne parvienne à voir à travers mon regard. J'ai peur oui mais je ne détourne pas les yeux.

« Tu peux retirer tes mains. Je suis assez détendue maintenant. »

Foutaises. Mensonges. Je suis tout sauf détendue en fait et je ne pourrai plus l'être, c'est certain : pas tant qu'il aura ses mains posées sur moi. Des mains qu'il ne bouge pas pour le moment. Sans doute ne comprend-il pas ce revirement soudain de situation mais il n'a pas besoin de comprendre, juste de faire ce que je lui demande : il a promis après tout, non ? Je hausse un sourcil.

« N'as-tu pas compris ? Je n'ai plus besoin de tes mains. »

Et pourtant si, j'en ai besoin, je les veux et parce que je les veux je me dois de les repousser. Et s'il n'abdique pas ? Et s'il décide de se pencher vers moi pour tenter l'impensable, pour tenter ce qu'il a promis qu'il ne ferait pas ? Et s'il m'apporte la tentation ultime vais-je être capable d'y résister ? Mon corps me hurle que non. Mon esprit me dit que j'en suis capable. Et mon cœur lui ? Oh lui, qu'il reste dans son coin et ne me dise rien : ce sera parfait. Je veux juste que tout ceci cesse. Le jeu est allé trop loin et je ne veux plus jouer pour ce soir. Pas aussi dangereusement en tout cas.



© charney



Dernière édition par Kerta le Dim 16 Nov - 16:53, édité 1 fois
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Sam 25 Oct - 11:54
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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- Lâche prise...

Mes mains appuient sur ses muscles et j’enserre tout son corps comme un dernier appel, une dernière main tendue à son esprit qui se refuse à moi. Je ne veux pas qu’elle se referme, je veux qu’elle s’ouvre, qu’elle me laisse entrevoir une faille. Je veux qu’elle m’offre son vrai visage, juste un instant, aussi involontaire soit-il, un instant de faiblesse ou d’inattention. Je ne me concentre plus sur le parcours de mes doigts ; je ne regarde que la moitié du visage de Kerta qui m’est offert, allongé sur cette couche, et j’attends, fébrile, qu’il abandonne cette crispation qui emprisonne tous ses traits. Je ne masse plus son corps, je l’effleure, je le caresse, j’attends qu’il abandonne cette tension, qu’il me laisse le libérer de ce poids qu’il s’inflige constamment en ma présence. Et quand enfin je vois la louve fermer les yeux, je sens sa volonté jusqu’à lors inébranlable ployer sous mes doigts.

La sensation est enivrante et je me bats contre moi-même pour ne rien laisser paraître, pas même le plus léger soupir de satisfaction. Mes mains continuent leur ouvrage, imperturbables, et chaque seconde voit le corps entier de la matrone céder lentement. Toute cette tension accumulée depuis que je me suis assis à côté d’elle s’évapore à chaque passage de mes mains sur sa peau et je savoure chaque mouvement comme s’il était le dernier que m’autoriserait la louve. Mes yeux suivent chacune de ses courbes avec une avidité nouvelle car, maintenant qu’elle s’abandonne sous me doigts, j’ai en moi cette excitation de l’homme qui sent qu’il approche de son but et jamais Kerta ne m’a paru aussi désirable qu’en cet instant. Mes mains continuent de glisser dans le bas de son dos et je suis à l’affût de la moindre de ses réactions pour répondre à chacune de ses sensations. Sa bouche s’entrouvre, sa nuque se repose et ses respirations deviennent plus profondes. Je sais que je suis sur la bonne voie et insiste encore sur les quelques muscles réfractaires pour que les dernières barrières dressées entre nous cèdent. Je monte le long de sa colonne vertébrale et redescends sur ses flancs, puis je dirige mes mains vers ses lombaires à nouveau et soudain, je me tétanise.

Sa voix m’est parvenue comme un souffle si bref que je me demande un instant si je ne l’ai pas seulement rêvée. Je sens Kerta se tourner vers moi et je suis happé par son regard de louve alors qu’elle confirme ce que j’ai cru entendre. Pris de court, je suis moi-même surpris par ma docilité et j’enlève doucement mes mains de son dos sans la quitter un seul instant des yeux. Mais je vois alors ce geste, ce geste que j’ai l’impression d’avoir attendu toute une vie. La main de Kerta m’arrête dans ma retraite et un frisson puissant me parcourt toute l’échine. Je demeure immobile, mon regard ancré au sien, dans l’attente. Mon cœur s’emballe et j’ai l’impression de retenir mon souffle. Alors, je sens la louve m’attirer doucement à elle. L’excitation m’empêche tout discernement et des centaines de voix semblent hurler à l’intérieur de ma tête autant d’ordres que je ne suis plus à même de comprendre. Sommes-nous encore dans le jeu ? Où s’arrête notre comédie ? Quelle est cette chaleur inexplicable que je crois apercevoir dans les yeux de la louve ? N’est-elle que l’invention de mon simple fantasme ? Perdu dans ces interrogations aussi floues qu’éphémères, je ne réponds que par une passivité qui ne me ressemble pas et la laisse me guider entièrement. La distance entre nous ne cesse de se réduire et Kerta ne se détourne pas. Et alors que je ferme finalement les yeux, c’est moi qui m’abandonne désormais à elle.

Le flot d’émotions qui irradie immédiatement en moi est aussi puissant qu’inattendu. Emporté par un élan que je ne parviens pas à contenir, je ne tarde pas à lui rendre ce baiser qu’elle m’offre avec toute la vigueur de ce désir qu’elle fait naître en moi. Moi qui l’ai pourchassée sans relâche depuis toutes ces semaines, qui ai essuyé ses sarcasmes et ses rejets depuis tout ce temps, je savoure cette victoire plus riche encore que je n’aurais jamais su l’espérer car ce n’est pas moi qui lui ai donné ce baiser et pour la première fois avec elle, c’est moi qui suis séduit. Sans y réfléchir, je prends son visage entre mes mains de masseur et le couvre de baisers. Une voix dans ma tête me hurle de garder le contrôle sur moi-même, mais je crois l’avoir perdu au moment même où Kerta a posé sa main sur mon bras. Je sais que je lui ai promis de ne rien entreprendre, mais alors qu’elle se redresse, je croise de nouveau son regard de comprends que je ne suis pas celui qui a la main ce soir. La louve guide chacun de mes gestes et je ne fais que répondre à ses appels, ce qui tend à m’enlever de l’esprit tout sentiment de culpabilité. La louve me prend dans ses bras et j’inspire profondément, incapable de faire illusion. Je la veux, je la chasse depuis des semaines, et je brûle à l’idée d’enfin la faire mienne. Doucement, je sens Kerta retomber en arrière et ses mains dans mon dos me guident encore vers elle. Prenant appui sur mes bras de chaque côté de son corps, je me glisse au-dessus d’elle et vais blottir mon visage dans le creux de son cou. Chaque battement de son cœur semble résonner dans ma poitrine et un léger tremblement me prend lorsque je réalise le déchainement qui s’est emparé de nous. Ma main droite vient rejoindre sa hanche et passe dans son dos. J’appuie ma paume sur sa peau brûlante et remonte lentement le long de sa colonne vertébrale et je sens son souffle saccadé soulever sa poitrine à chaque inspiration. A cet instant, je comprends que je peux gagner, enfin, et jamais, je crois, je n’ai autant désiré une femme.

Soudain, je sens le corps entier de Kerta se crisper dans mes bras et la surprise me fait cesser immédiatement le moindre mouvement. Je lève les yeux pour croiser son regard. Mon cœur continue de tambouriner dans mes tempes et mon souffle est fort et rapide. Pourtant, l’inquiétude et l’incompréhension me tiraillent et je demeure immobile, attendant qu’elle réponde à mon angoisse. Le mot qu’elle prononce me semble alors aussi douloureux qu’un coup de masse sur le crâne. Je reste interdit plusieurs secondes, toujours au-dessus d’elle. Mais lorsque sa voix parvient de nouveau à mes oreilles, c’est avec cette froideur dont elle ne s’est visiblement séparée que pour ces quelques instants qui me semblent maintenant s’apparenter aux plus vicieux des mirages. Un dernier espoir me force pourtant à garder mes mains ainsi sur sa peau, comme si mon contact pouvait la convaincre de ne pas mettre fin à cet emportement déraisonnable, mais ô combien libérateur. Mais les yeux qu’elle pose sur moi ne laissent plus planer le moindre doute sur la fermeté de ses intentions et je ne tente plus rien pour la dissuader de me repousser. Ces semaines de traque m’ont appris à connaître certaines facettes de la reine des louves et sa force de caractère n’est plus un secret pour moi depuis longtemps. Alors qu’elle hausse un sourcil et me demande une dernière fois de retirer mes mains, je reste encore quelques secondes immobile, plongé dans son regard, si proche d’elle que son souffle continue de courir sur ma peau à chacune de ses respirations. Puis, j’ai une mine vaincue qui me fait baisser les yeux un instant. Lorsque je ramène mon regard au sien, je gronde d’une voix grave :

- Une promesse est une promesse, n’est-ce pas ?

Et sans attendre la moindre réponse, je laisse lentement mes mains se retirer en un frôlement, profitant de ces derniers contacts avec sa peau si tentatrice. Doucement, je me redresse, lui montrant mes paumes en signe de reddition. Puis je me glisse hors du lit et lui tourne le dos pour remettre convenablement mes vêtements, profitant de cet instant à l’abri de son regard pour lâcher un discret soupire et reprendre rapidement contenance. Ma présence ici me semble alors terriblement déplacée et, comme cela m’arrive pourtant rarement, je ne sais quelle attitude adopter face à la louve. Peu d’idées me viennent à l’esprit et je suis rapidement séduit par la simple solution de la fuite.

Je me retourne enfin pour lui lancer un sourire carnassier que je tente de rendre le plus convainquant possible car si elle a replacé son masque, je dois rapidement retrouver le mien. D’un pas léger, je me dirige vers le pichet de vin sur le petit meuble près de sa couche et en attrape la hanse, laissant là les coupes à moitié vides, et je murmure à Kerta :

- Tu ne m’en voudras pas si j’emporte ce pichet avec mon désespoir ?

Je lui lance une triste moue naturellement sur-jouée et vais d’un pas plus rapide que je ne l’aurais voulu vers la sortie. La main sur la poignée, je me surprends à hésiter une seconde, puis j’ouvre finalement la porte que je prends soin de refermer derrière moi.

Mes pas se font alors terriblement lourds et ne me mènent que deux ou trois mètres plus loin. Les images du corps de Kerta se libérant sous mes mains ne cessent d’envahir mon esprit et je m’adosse au mur, laissant le pichet de vin pendre mollement à mon bras. D’un geste distrait, les doigts de ma main libre viennent rencontrer mes lèvres encore humides et je ferme les yeux, espérant garder à jamais en mémoire le souvenir de ces sensations indescriptibles, envoutantes, qui vous font vous sentir réellement vivant. J’hésite, je suis perdu, et je ne sais si nous avons franchi une limite qu’il aurait mieux valu garder sacrée. Lâchant un profond soupire, je passe une main dans mes cheveux et souffle d’une voix lasse :

- Un jour ou l’autre, un va falloir que j’arrête de poursuivre cette femme…



Laisse le corbeau se nourrir de ta charogne et prie les dieux qu'il ne sache pas traverser le Styx.

You and I:
 
Dim 30 Nov - 16:09
Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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La Reine des Louves

Je sais mon masque en place, je sais mon regard froid et merveilleusement bien travaillé en ce sens. Je sais que je suis celle que je suis censée être ou plutôt, je sais que je suis celle que je suis censée paraître et le paraître est tout ce qui compte en cet instant. Peu importe ce que mon cœur et mon corps crient de façon brutale à l'intérieur de mon esprit, je me dois de paraître distante, sûre de moi et ne laisser la place à aucun doute. Il doit absolument croire que je ne veux plus qu'il me touche et il doit y croire vite car plus longtemps il laissera ses mains sur moi, et plus difficile il me sera de garder le masque en place. Plus longtemps il laissera ses mains sur moi, et plus difficile il me sera de lui résister et si maintenant je cède à nouveau, c'en sera définitivement terminé : je ne pourrai plus le repousser comme je viens de le faire. Nous sommes proches, très proches, trop proches, et il garde son regard plongé dans le mien ce qui ne m'aide vraiment pas. Qu'il fasse vite. Je parviens à souffler légèrement lorsqu'il détourne son regard car cette rupture de contact est un excellent début : maintenant, il faut que ses mains suivent le même mouvement et se détachent de moi également. Il termine par relever de nouveau son regard vers moi et je sens ma mâchoire encore plus crispée, mon corps encore plus tendu : ce contact retrouvé est très déstabilisant mais fort heureusement, c'est là qu'il me dit dans un grondement qu'une promesse est une promesse. Effectivement, il m'a donné sa parole et il a l'air de vouloir la tenir ce qui m'arrange grandement. Et comme c'est difficile de ne pas l'inciter à rompre sa promesse quand il retire ses mains non sans frôler ma peau. Je dois être maîtresse de moi-même pour ne pas laisser échapper un soupir alors que je frissonne une nouvelle fois sous ses doigts et lorsque ses mains se sont enfin retirées, je devrais me sentir soulagée mais je me sens nue.

Terriblement et effroyablement nue.

Alors qu'il se glisse hors du lit, je me redresse pour m'asseoir tout en replaçant le tissu de ma robe sur mes épaules afin de lui cacher ma poitrine et mes doigts se resserrent autour du tissu avec force alors que Corvus est de dos en train de se rhabiller. Mon regard se perd sur le bas de son dos puis va jusqu'à se poser sur ses larges épaules et je détourne le regard afin de réussir à conserver mon masque : qu'est-ce que ceci ? Pourquoi cette réaction ? Pourquoi cette étrange sensation ? C'est bien la première fois qu'un tel sentiment m'étreint alors qu'un homme s'éloigne de moi à ma demande. Je ne comprends pas et je ne suis pas certaine de vouloir comprendre. Quand je relève mon regard vers lui, et que je le vois en train de me regarder avec un sourire carnassier sur les lèvres, je travaille mon regard pour qu'il reste constant : chacun a repris sa place habituelle apparemment, tant mieux. Tant mieux... Je devrais le penser, je devrais en être satisfaite mais c'est loin d'être le cas. C'est même bien loin d'être le cas quand je vois Corvus s'approcher du pichet de vin pour s'en saisir avant de me demander si je ne vais pas lui en vouloir d'emporter le vin avec son désespoir. Joue-t-il ? Est-il sincère ? Y-aurait-il un fond de vérité dans ce qu'il vient de dire ou est-ce là simplement le jeu qui a véritablement repris ? Dans le doute, je me dois de jouer aussi.

« Fais comme bon te semble. » je lui réponds d'une voix qui fort heureusement ne tremble pas.

Il me tourne le dos, s'approche de la porte et mon cœur se met à battre plus vite : non. Je ne veux pas qu'il s'en aille. C'est clair.  C'est limpide même et bien que ce soit parfaitement limpide, je ne bouge pas. Je le laisse sortir et refermer la porte mais une fois que je me retrouve seule, je sens mon cœur cesser de battre vite pour simplement se serrer. Par tous les Dieux, qu'est-ce qui m'arrive ? Je ne me reconnais pas. Je ne veux pas que notre entrevue se termine de cette façon, je ne veux pas que l'on se quitte de cette manière mais quel autre choix ai-je ? J'ai déjà été trop loin et ce qu'il se passe là, dans tout mon être, je dois le repousser, je ne dois pas me laisser dicter ma conduite par... Par quoi exactement d'ailleurs ?

« Ne sois pas stupide, tu l'as suffisamment été ce soir... » je murmure pour moi-même afin de me convaincre de rester sagement assise.

Je fronce les sourcils, ferme les yeux un bref instant et serre les poings avant de me redresser. Je sais bien que je ne dois pas faire cela, je sais bien que je ne dois pas aller ouvrir cette porte pour rattraper le Corbeau et pourtant, c'est bien ce que je fais. Je ne m'écoute plus ou plutôt, je n'écoute plus la raison qui essaye d'animer mes gestes mais le reste : j'écoute mon envie de ne pas laisser Corvus partir de cette façon, j'écoute mon envie de croiser une nouvelle fois son regard. Ma main se pose sur la poignée, j'ouvre la porte et me fige dans mon geste quand j'entends la voix de Corvus dans le couloir. J'ai l'oreille tendue, je suis aux aguets et quand j'entends vraiment ses mots, quand je les comprends, un sourire se dessine sur mes lèvres : « Un jour ou l'autre, il va falloir que j'arrête de poursuivre cette femme... » Femme. C'est le mot qu'il a employé et cela peut paraître banal mais ça ne l'est pas. Avant d'être femme je suis une louve et je croyais l'être à ses yeux également mais il a bien dit femme : il n'a pas dit louve, ou matrone, il a dit femme. Alors, à ce moment-là, j'abandonne. Je cède et tant pis : j'ignore où cela va me mener, où cela va nous mener mais je n'en ai que faire. Je sors de ma chambre et me place dans le couloir. Mes pas sont entendus par le Corbeau qui se retourne. Il semble surpris de me voir là ou peut-être est-ce mon air qui le surprend car mon masque a disparu presque totalement. J'ai beau ne pas sourire, je ne le regarde plus avec aucun mépris mais plutôt avec envie, désir. Je ne tiens plus à me cacher.

« N'arrête pas. » je lui intime puis je fais un pas vers lui. « N'arrête pas de me pourchasser. » j'ajoute en parcourant la courte distance qui me sépare de lui.

Lorsque j'arrive à sa hauteur et que nous sommes de nouveau très proches, j'esquisse un sourire empreint d'une certaine malice mais cela n'a plus rien à voir avec les sourires que j'ai pu lui offrir dans nos jeux. Ce sourire-là est bien différent.

« Il se peut qu'un jour prochain je sois prête à être attrapée. » je termine par lui dire plus bas, mon regard plongé dans le sien.

Je viens d'allumer un feu. Je pose ma main sur sa joue, approche mon visage du sien et vient déposer un baiser empreint d'une réelle sensualité sur sa joue, au coin de ses lèvres. Puis, j'approche mes lèvres de son oreille.

« Ce jour pourrait même arriver plus tôt que tu ne le penses... » je souffle à son oreille avant de me reculer.

Là, j'ai attisé le feu et je risque bien de me brûler mais sincèrement, qu'est-ce qu'une brûlure à côté de ce qu'il m'a fait ressentir alors qu'il me tenait dans ses bras quelques instants auparavant ? Je me recule, cesse tout contact avec lui mais là où mes doigts ont touché sa joue, j'ai l'impression de sentir encore la chaleur de sa peau.

« Bonne nuit Corvus. » je termine par lui dire.

C'est sans aucun doute la première fois que je prononce son nom avec autant de chaleur et de révérence dans la voix. Je me retourne, m'en vais vers ma chambre mais au moment où j'ouvre la porte j'ai un dernier regard pour lui qui est resté planté dans le couloir. Le sourire malicieux qui étire mes lèvres se fait plus large encore mais je sais que mes yeux parlent plus que mon sourire : je sais que pour la première fois depuis très longtemps, je respire la sincérité. Je romps le contact et retourne dans ma chambre. Je reste adossée contre la porte un moment, à réfléchir à ce que j'ai fait. Je finis par secouer la tête en soupirant avant de laisser échapper un rire. C'est idiot. C'est idiot et dangereux mais c'est fait : j'ai ouvert une porte, j'ai laissé Corvus entrer et me voilà à espérer qu'il ne va pas refermer la porte de si tôt. Est-ce que cela va finir par se retourner contre moi et contre tout ce pour quoi je me suis battue jusque là ? C'est possible oui mais en cet instant, je n'y pense pas. En cet instant, ne subsiste que les caresses et les baisers de Corvus.

Ce soir, un jeu s'est terminé pour laisser la place à un autre bien plus dangereux certes mais tellement plus enivrant et excitant.



© charney

Re: [Flashback] La Reine des Louves [Corvus & Kerta]   




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