La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA



POMPEII, TERRA DEORUM ₪ :: Ludi :: Archives RPs
Partagez | 
Lun 7 Avr - 23:28
La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




avatar
Invité




" La fin de l'hiver enterre le passé "

Dans le ciel ombrageux, la lumière du soleil déclinait peu à peu. Au dessus des têtes, à des dizaines de kilomètres, une progression d'oies sauvages survolait les abords de Pompéi. La migration des volatiles donnait lieu chaque jour à de nouveaux présages et de nombreuses terreurs. Ilithyia ne les regardait plus. Le glas de sa liberté avait sonné une semaine auparavant, et rien -ou presque- ne lui importait plus désormais.

Lasse de voir les journées s'enchaîner sans la possibilité d'y prendre goût, elle s'installait des après-midis entiers sur le balcon de la villa et contemplait amèrement son propre domaine et quelques pans de la cité. Un peu plus loin, en contrebas, se dessinait la caserne des gladiateurs et leur terrain d'entraînement. Ce n'était pas depuis là qu'on possédait la meilleure vue sur les combats, la hauteur des murs et leur disposition entamant nettement cet horizon ; mais malgré la distance et ces désagréments, elle pouvait les entendre et poser ses yeux clairs sur leurs silhouettes mouvantes. S'infliger à répétition le spectacle de ce qu'elle n'avait pu maîtriser lui rappelait sans cesse tout ce qu'elle n'avait pu accomplir. Une façon pour le moins pertinente de se punir...

« Domina... » L'intéressée tourna vaguement la tête en soupirant ; « Quoi, encore» Son humeur était massacrante depuis la défaite, et après avoir passé les trois premiers jours à broyer du noir dans sa chambre, Lucretia s'était mis en tête de hanter la villa avec son air renfrogné ; ses esclaves évidemment faisaient les frais de sa colère désemparée. « Lucius Pompeius est arrivé. Il demande à vous voir... »
A la mention de ce nom, l'expression de la jeune femme se figea. Elle blêmit un instant en songeant que ce moment redouté devait bien finir par arriver, puis reprit contenance. « Par tous les Dieux... » Le ton de sa voix revint à l'exaspération, et la Maîtresse des lieux se hissa péniblement sur les accoudoirs de son fauteuil en maugréant : « Pas moyen de trouver la paix, dans cette maison... »

Pour une demeure plébéienne, la villa Lucretia était vaste et parsemée de dédales au sein desquels, enfant, la jolie blonde aimait se perdre. Elle aimait profiter de la moindre occasion pour garder un oeil sur la totalité des pièces et ce qui s'y tramait ; cette fois là ne fit pas exception : attirée par un amas d'esclaves agités en direction des cuisines, elle emprunta un trajet plus long jusqu'au vestibulum, mais s'autorisa une halte avant de traverser l'atrium.

« Qu'est-ce que... » Une grimace de dégoût vint déformer les traits déjà tendus de la jolie blonde. « Celia ! Ca pue le poisson pourri ici ! » Bras ballants, elle contemplait l'étroit couloir en provenance duquel se propageaient les effluves nauséabondes. « Mes excuses, Maîtresse. Les provisions se sont perdues sans banquet après le Primus » La sœur du laniste, couverte sous un pan de sa stola, serra les dents ; « Eh bien, c'est infect. Envoie immédiatement un esclave consulter ce boutiquier du marché... Quel est son nom, par Vesta...  ! » « Touplindastus, Domina ? » « Rah, peu importe ! Qu'il lui donne de quoi se débarrasser de l'odeur. Je vous ferai tous crucifier si ce n'est pas parti demain à l'aube ». Comme à son habitude légère et affable, Ilithyia fit volte-face et s'en alla à contrecœur accueillir le Duumvir.

Le premier regard qu'ils se jetèrent suffit à donner le ton de la conversation à venir. L'aînée des Lucretii savait qu'elle n'échapperait pas à la fureur de son Mécène et cela la mettait d'une autant plus mauvaise humeur qu'elle ne se sentait pas prête à recevoir la moindre visite. La seule vision de cet être -pourtant aimé- suffisait aujourd'hui à amplifier par mille son intime sentiment de médiocrité.

« Père », osa-t-elle le saluer comme elle le faisait chaque fois avec la plus grande pudeur et un profond respect, sans toutefois parvenir à masquer l'amertume et la lassitude qui la rongeaient... « Je vous en prie, marchons »
Nul besoin de feindre l'étonnement au sujet de sa venue et de tergiverser des siècles durant ; elle savait précisément ce qui l'attendait, et en finir au plus vite était tout ce qu'elle pouvait espérer...


© Rider 0n the Storm
Patricien
Jeu 10 Avr - 17:41
Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
₪ Ecrits : 2402
₪ Sesterces : 63
₪ Âge : 42 ans
₪ Fonction & Métier : Duumvir

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: Verba volant, scripta manent.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Époux de la louve et amant de la vipère.
Voir le profil de l'utilisateur


Et il n'y a pas que le ciel qui est ombrageux. Mon visage aujourd'hui n'est pas le plus avenant que je puisse afficher, parce que l'heure est grave ou plutôt j'ai bien l'intention de signifier qu'elle l'est. Je me fais annoncer à la villa des Lucretii sans avoir prévenu que je viendrai. Ai-je voulu réellement ménager un effet de surprise ? Pas totalement, je passe souvent voir Ilithyia et son frère, et ce depuis des années, de façon non officielle car je les considère comme mes enfants. Toutefois, cette visite est différente. Plusieurs jours se sont écoulés depuis l'échec pathétique du Primus et je n'ai donné aucune nouvelle. Lucretia et moi nous sommes quittés sur ce regard qui signifiait à quel point ma rage était grande. Depuis, ma rage s'est éduquée, elle est tapie dans un coin mais ne menace plus d'exploser à chaque instant. C'est la principale raison qui a motivé mon silence. Ça et l'envie de bouder ma jolie fille blonde qu'elle comprenne ce qu'elle risque d'encourir. Je n'aime que peu la mettre au tourment mais la honte pour le ludus est grande. Je me dois de sanctionner cela, d'une façon ou d'une autre.

J'ai revêtu ma toge, me voilà donc drapé dans tous mes atours de Duumvir, cette sorte de superbe qui en impose dans la rue. Et pourtant, j'entends les pépiements de mes subversives ouailles, qui ont peur de voir soudain le vent tourner et de se fracasser à mes pieds, dans ma chute. Je ne chute guère ai-je envie de leur crier, je suis et demeure. Ce n'est pas une petite défaite lors des jeux que j'ai organisés qui va entraver ma course au pouvoir, incroyants ! Juste quelques petites choses à recadrer d'un côté et à dégrader de l'autre, et tout sera parfait dans le meilleur des mondes, comme il en a toujours été.
Un esclave, notant ma mine sombre et mon ton se précipite afin d'aller avertir sa domina de ma présence et j'entends claquer ses sandales sur les dalles pendant quelques minutes jusqu'à ce que le bruit s'étouffe. Un autre esclave me mène près d'un lit de repos, placé dans le vestibule et je me demande un instant s'il me prend pour un vieillard sénile. Je ne m'assieds pas, rien que pour entériner là ma mauvaise humeur et préfère contempler le décor de mes yeux froids. Bientôt, c'est Ilithyia qui apparaît, belle comme le jour, comme à son habitude, mais avec une mine peut-être un peu figée. Elle est consciente de mon courroux tout comme je suis conscient de ses manquements. Nos yeux se jaugent, je ne souris guère. Le silence nous entoure et nous engourdit presque jusqu'à ce qu'elle me salue du nom qu'elle me donne depuis longtemps. "Père" dit-elle. Je suis sensible à cette désignation, mais je ne peux me risquer de l'être en cette fin de journée. Sa voix semble lasse, en retenue. La mienne sonne comme une sorte de glas. Rien qu'à parler, je rafraichis l'atmosphère :

- Lucretia. Me contentais-je de répondre.

J'incline la tête à sa requête et je la suis dans la villa, remarquant à peine l'odeur de poisson qui flotte dans l'air. Bientôt, nous sommes à déambuler autour du péristyle. Mon regard la toise, tandis que je marche d'un pas égal à ses côtés et je me décide enfin à laisser tomber une réplique :

- La déception... c'est un sentiment avec lequel je devrais avoir l'habitude de frayer et pourtant, il me pèse d'autant plus que la confiance est grande. Tu sais ce qui m'amène, j'irai droit au but. La défaite de Priam alors que mon argent l'engraisse depuis des mois et des mois n'était pas envisageable. Pas envisageable du tout Lucretia, surtout en cette période délicate. Mais vu que je me fie en ton jugement, malgré tout, j'imagine que tu as su réfléchir à ce que cette défaite impliquerait ?

Je m'anime au fur et à mesure de mon discours, sortant de ma froide réserve pour être plus enflammé et pour le coup, beaucoup plus menaçant, bien que la menace ne soit pas entièrement dirigée sur la personne de ma fille spirituelle. C'est également pour moi l'occasion de jauger son sang froid, de juger si elle sait réagir de façon cohérente à ses actes.
Tandis que nous parlons, nous voilà bientôt sur les coursives qui surplombent le terrain d'entraînement des gladiateurs. Mon regard morne se pose sur eux mais je cherche l'objet de cette déception, ce fat par trop dorloté pour être encore capable d'envoyer au tapis un Remus sorti de nulle part...



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Arene
Mar 15 Avr - 23:39
Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




Priam
₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4315
₪ Sesterces : 275
₪ Âge : 29 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: The Gods have no mercy, that's why they're Gods
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Gauche...
Voir le profil de l'utilisateur




La Fin de l'Hiver enterre le Passé
Lucretia Ilythia, Lucius Pompeius Publicola & Priam




An 725 depuis la Fondation de Rome, mi-mars.




-Je sais pas vous les gars, mais j’ai plus d’appétit qu’un barracuda !*


Mon ventre creux donne raison au frère qui me précède tandis que nous nous alignons en file afin de remettre nos armes d’entraînement au jeune esclave préposé à leur nettoyage et rangement. Tandis que nous avançons lentement, tous avides de remplir nos panses d’une ration méritée, j’essuie mon front suant d’un revers de main nerveux. J’aurais aimé poursuivre l’entrainement jusqu’à la nuit tombée, il me semble être bien tôt. Tout à mon obsession belliqueuse depuis ma déchéance quelques semaines auparavant, j’en oublierai presque que nous sommes encore en hiver pour quelques jours encore et qu’il en a toujours été ainsi. Ce geste instinctif m’arrache par ailleurs une grimace de douleur et ne me rappelle qu’une fois de trop ma dégradation : la plaie infligée par Remus est encore loin d’avoir cicatrisé.

Je porte mon regard vers le ciel, aussi tourmenté que peut l’être mon humeur et je pousse un soupir rauque lourd de sens. L’atmosphère pesante de celui-ci semble influer d’ailleurs sur tout un chacun. A moins que la faute ne soit à imputer plutôt aux récents événements ? Quoiqu’il en soit, il règne en ce moment, et aujourd’hui n’a pas fait exception, une tension permanente entre les hommes.
Les instructions de Voroncius se font plus abruptes, les coups échangés à l’entrainement à l’extrême limite de la simulation, les regards se font plus insistants, tout ici-bas dans le ludus est d’une lourdeur pénible et presque insoutenable. J’en viens à espérer que le ciel, enfin, éclate et se déchire, déversant sur le monde toute la colère qui brûle nos cœurs.

Le sort semble vouloir me donner raison, quand un coup de coude me fait brusquement avancer de trois pas. Sans m’en rendre compte, je me suis arrêté quelques instants, suffisamment pour exciter l’impatience de mes camarades. Je me retourne alors l’œil sombre vers l’impudent qui m’a bousculé. Cataeris, Thrace dont la réputation n’est plus à faire dans l’arène comme parmi notre communauté, le soutient sans ciller et aboie en désigne du menton le devant de la file :

-T’avance oui ou merde… ?

Son ton me hérisse le poil. A sa question, la réponse qui me vient instinctivement à l’esprit et aux lèvres serait la seconde poposition. Cela ressemble fort à un ordre. Passe encore que je tolère ceux de nos maîtres, ceux de Voroncius, mais je ne suis pas disposé à en recevoir davantage et encore moins d’un de ceux qui partage ma condition. Je grogne, d'une voix sourde, pleine de menace:

-Garde tes bras le long de ton corps, où je te jure que tu pourras à peine t’en servir pour tenir ta queue et pisser...

Ma langue s’est toujours trouvée d’être vive, trop sans doute, à l’égard de mes frères d’armes. Mais il ne m’a pas fallu longtemps ici pour comprendre qu’elle était une arme bien meilleure que les sicae ou les poings à l’intérieur de ces murs. Si nos affrontements se doivent d’être sans merci dans l’arène, la vie au cœur d’une fraternité de gladiateurs n’en est pas moins une lutte permanente dans laquelle pourtant aucun débordement n’est permis. Comme si notre violence ne devait et ne pouvait s’exprimer que dans le cadre bien précis du combat. En dehors, et bien il nous reste toujours les mots pour s’assurer le respect et la crainte de ses frères…
Face à mes menaces pourtant, Cataeris hausse un sourcil et esquisse un sourire goguenard. Cela fait plusieurs jours que j’ai bien deviné ses intentions à mon égard. J’ai chuté du piédestal de Champion de Pompéi, il espère en outre me faire chuter de celui de Lucretius. Son instinct primaire lui intime de devenir le chef de meute, tandis que le mien entend bien défendre les reliquats de grandeur qu’il me reste. Il s’avance de toute sa masse imposante et déterminé à ne lui céder aucune once de terrain, je fais de même.

-Tu crois ? Pourtant il me semble que le tien n’est bon qu’à réclamer grâce, Champion

A peine ses mots ont-ils fusé que je sens l’orage éclater. Pas dans le ciel non, mais dans mon esprit ombrageux. La rage envahit chacune de mes veines comme la sève monte dans l’arbre. Ma raison vole, emportée par la bourrasque, en même temps que mon sang s’échauffe jusqu'à atteindre le point de bouillonnement.

J’aurais toute les peines du monde à me souvenir avec exactitude de la manière dont se déroulent les événements ensuite. Je vois encore mon poing crispé venir rencontrer la mâchoire de Cataeris. Puis sans lui laisser le temps de se ressaisir, mes mains enserrent sa nuque et mon front vient heurter le sien avec une violence que je sais inouïe au sang poisseux et chaud qui s’écoule de ma plaie au sourcil rouverte, mais que je ressens pourtant à peine.
Enfin, je nous revois à terre, moi par-dessus lui et mes poings qui s’abattent méthodiquement sur son visage dans un déchaînement non contrôlé de haine et de férocité. Je crois qu’il a perdu conscience. Quant à la mienne, j’ignore où elle est allée. Je vocifère toutes les insultes que mon langage fleuri de gladiateur me permet, je crois même en avoir inventé de nouvelles, pour l’occasion....
Je sens les mains de mes frères venir retenir mes coups et tenter d’éloigner mon corps de celui, pantelant, de Cataeris. Rien n’y fait pourtant, tandis que je suis amené hors d'atteinte, je n’ai toujours que cette seule idée lancinante en tête. Je vais le tuer.



* Vous m'excuserez, j'avais déjà commencé hier, j'ai pas eu le coeur de l'enlever! PTDR



Priam brings sexy back:
 

Dim 27 Avr - 9:44
Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




avatar
Invité




" La fin de l'hiver enterre le passé "

Le fait était qu'elle allait payer pour les erreurs passées de son frère. Allons bon, n'était-ce pas la vérité ? Elle ne cessait d'entendre que les affaires d'un ludus ne devaient pas se trouver entre les mains d'une femme. Que la situation était inappropriée. Et pourtant, voilà qu'on lui reprochait sa gestion...
Peu de choses la mettaient autant en colère, à bien y penser. Mais malgré tout, elle avait toujours préféré se renfrogner que de se départir de toutes les fautes. Assumer cet échec était une façon de rester forte et de prouver que l'endroit avait bel et bien eu besoin d'elle. Elle avait fait de son mieux, et il était injuste de la rendre responsable de la défaite de Priam. Mais à quoi bon le préciser ? Elle était lasse, amère, et n'éprouvait aucune envie de se justifier. Autrefois, assurément, elle l'aurait fait. Avec la vigueur caractéristique des comédiens. Désormais, beaucoup de choses avaient changé.

« Du vin ». Comme les deux protagonistes stoppaient leur avancée sur le balcon depuis lequel on distinguait la caserne en contrebas, la plébéienne envoya son esclave en réserve. Elle doutait fortement que son hôte soit d'humeur à boire, mais cela restait la moindre des politesses. « Avez-vous déjà vu, mon père, un nourrisson qui, tout juste né, vient à tenir sur ses deux jambes et à marcher ? » Agrippée à la rambarde, le regard perdu dans le vide, elle n'avait pas répondu tout à fait à la question qu'il lui avait été posée. Encore une fois, le ton employé était celui de la fatigue ; la sœur du laniste affichait un air morose, elle semblait susceptible, agacée. Mais pas un instant elle ne se montrerait désolée. Et cela, le patricien pouvait déjà le lire dans son regard azuré et le relever par son attitude. Ilithyia n'avait pas la moindre intention de s'excuser.

« Je suppose que non, car nous sommes des Hommes, non pas des Dieux ». Elle ne lui laissa pas vraiment le loisir de répondre. « Je n'ai jamais prétendu tout connaître du monde des affaires ni de celui de la gladiature. Plus que quiconque, en étant restée si longtemps isolée, j'ai encore bien des choses à apprendre. » Comme l'esclave revenait, elle fit servir deux coupes de vin miellé sans même le proposer à son mécène. C'était là une gourmandise que nombre de romains appréciaient. « Heureusement pour vous, mon père, et pour votre argent si précieux... mon frère devrait se remettre sous peu ».
Elle l'espérait, du moins. Toutefois, Titus avait si souvent rechuté depuis son accident, et les médecins semblaient si peu enclins à s'accorder sur son état, qu'il était vrai, elle s'inquiétait. Plus qu'elle n'avait pris l'habitude de le montrer. « Il vous faudra patienter quelques semaines encore et vous contenter de mon incompétence, je le crains ». Son verre porté à ses lèvres tendres, elle avala sa première gorgée de vin.

Il était certain qu'elle n'avait jamais osé s'adresser à Pompéi de cette façon par le passé. Pourtant, il n'était pas question de lui manquer de respect ; à sa manière, Lucretia s'était défendue. Elle avait exprimé son agacement et montré qu'elle acceptait les critiques. Bien que ces dernières soient injustes à son avis, et cela aussi elle l'avait fait comprendre. Ainsi donc, elle était prête à renoncer.
L'ennui, pour Publicola et pour d'autres, c'était que sans son frère, Ilithyia était seule à pouvoir représenter la Maison Lucretius. Si elle s'en détournait maintenant, les Dieux n'auraient plus la moindre raison de bénir le ludus à nouveau...

En contrebas, était servi le repas des gladiateurs sous l'appentis. Engloutis dans la caserne depuis la fin de l'entraînement, ils ressurgissaient les uns après les autres pour s'installer autour d'une vaste table, afin d'y dévorer leur ration. Lucretia et son hôte observaient sans grand intérêt leurs va-et-vient, quand l'agitation attira finalement leur attention. Un tel attroupement laissait pressentir un affrontement, hors-cadre des entraînements. Depuis la terrasse, ils étaient trop loin pour discerner les principaux concernés, et la jolie blonde ne manifesta pas le moindre intérêt pour la situation. Elle soupira, haussa légèrement les épaules, et marmonna que Voroncius se chargerait de leur remettre les idées en place.
Qu'ils s’entre-tuent, ces incapables, si cela leur chantait. Sur le moment, c'était tout ce qu'elle pensait.

© Rider 0n the Storm
Patricien
Dim 11 Mai - 13:25
Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
₪ Ecrits : 2402
₪ Sesterces : 63
₪ Âge : 42 ans
₪ Fonction & Métier : Duumvir

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: Verba volant, scripta manent.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Époux de la louve et amant de la vipère.
Voir le profil de l'utilisateur


Du coin de l'oeil, tandis que je fais mine de me pencher au balcon et de suivre la vie passionnante des gladiateurs en mal de gruau, je suis attentivement les expressions de Lucretia, qui se succèdent comme la marée sur son fin visage. Ma fibre paternelle vibre déjà au son de sa silencieuse souffrance mais ma colère m'intime de n'en rien faire. Il n'est pas encore l'heure de céder à mes instincts protecteurs et je me fais violence pour demeurer de marbre, comme la rambarde sur laquelle je m'appuie. D'ailleurs, je constate que mes mains s'y agrippent tellement fort que mes jointures sont bientôt de la couleur de la pierre. Je me concentre pour lâcher prise et soupire légèrement, en repensant à l'amère défaite que vient de vivre le ludus.
Sa voix me semble fluette à mes oreilles et je tourne mon visage froid vers elle. Un visage qui ne demeure froid pas bien longtemps lorsque je lui réponds, la fixant :

- Je ne vois pas un nourrisson, je vois quelqu'un qui a su braver le sort bien des fois et qui arrive encore à se tenir droit sur ses jambes. Et j'attends d'elle qu'elle prenne à présent les décisions qui s'imposent.

Oui je la bouscule mais je veux qu'elle se relève de cet échec plutôt qu'elle se laisse balader par lui. Ma fille spirituelle se doit d'être aussi forte que ma fille naturelle. Je penche la tête tandis que je continue de la jauger mais son regard se dérobe. Ses prunelles semblent si lasses qu'elles en perdent un instant l'éclat enfantin qui s'y niche bien souvent. Toutefois, cet état n'aura qu'un temps, la Lucretia que je connais ne se laisse pas faire par le sort car ce dernier l'a frappée au coeur dès sa naissance. Lorsqu'elle reprend la parole, ce n'est pas sur le ton de la faute et j'apprécie qu'elle ne quémande pas un pardon que je lui refuserais, de toute façon. Je hoche la tête :

- Savoir reconnaître que l'on ne maîtrise pas tout et que l'apprentissage est encore long est une preuve de grande intelligence. Je suis heureux de te l'entendre constater.

Je n'ai fait qu'une seule fois preuve d'arrogance face à mon père lorsque je débutais mon cursus honorum et je me souviens encore du regard qu'il me lança alors. Jamais plus je n'ai voulu le subir et je me suis acharné nuit et jour pour comprendre les arcanes du pouvoir. Le visage de mon père furibond s'efface comme une sorte de mirage tandis que je bois la première gorgée de la coupe qu'elle me tend. Je fais un geste péremptoire de la main :

- Il ne s'agit pas de ton frère Lucretia, ni de mon argent en vérité. Ma visite, aujourd'hui, te concerne toi et uniquement toi.

Si l'échec subi ne découle sur aucun apprentissage, alors il sera vain. Je ne relève donc pas la suite de sa phrase concernant son incompétence et je la laisse quelques instants en proie à sa morosité tandis que je m'abîme dans mes pensées qui sont à présent moins enroulées autour de ma juste colère. Je sais que c'est pour elle une manière de garder ses positions et de ne pas s'avouer vaincue que de faire mine de s'auto-flageller sur le doux ton de l'ironie. Mais je ne veux pas non plus de sa fatuité, je veux la splendeur du ludus, comme son père l'a souhaitée. Splendeur apportée à mon sens et par le frère, et par la soeur, que ce soit dans leur alliance ou chacun leur tour.

Bientôt, l'agitation en contre-bas attire mon regard sans que, comme Lucretia, je ne puisse distinguer d'aussi haut, ce qui se déroule exactement. Toutefois, ces prémisses de chaos sont pour moi intolérables dans un tel établissement et quand mon hôte signifie négligemment que le doctore n'aura qu'à s'en occuper, je crois qu'un petit grondement de mécontentement m'échappe malgré moi. Je suis un sanguin, quelqu'un qui a l'habitude de mener d'une main de maître et sa maisonnée et ses sous-fifres et j'entends à ce que Lucretia en fasse de même. Je la toise donc de toute mon impétuosité retenue et la sermonne aussitôt sur un ton tranchant :

- Il me semble que c'est encore toi qui gère ce Ludus Ilithyia et non ton frère alité. Laisseras-tu donc ces chiens dilapider et leur santé et leurs précieux muscles que tu engraisses avec précision depuis des semaines, les laisseras-tu enterrer l'honneur qui reste à cette maison dans des querelles qui valent bien les rixes dégénérées des bas-fonds et ce sans intervenir ? Ou descendras-tu, avec moi, montrer que depuis que tu as les rênes en main, tu prends les bonnes décisions lorsque cela s'impose ? J'aimerais beaucoup assister à cela.

Et je n'attends pas son accord, me dirigeant d'un pas volontaire vers l'escalier, suivant de mon oeil assombri les attroupements vociférants. Je crois distinguer, tandis que j'entame ma descente, ma coupe en main, que le groupe s'est réuni autour de deux acharnés qui s'évertuent à se rouler dans la terre au rythme de leurs poings vengeurs. Et bientôt, c'est l'un qui prend le dessus sur l'autre, une silhouette que je ne peine pas à reconnaître... Priam... Mon sang ne fait qu'un tour et mes yeux se plissent, tandis que je lance tout haut, dès que Lucretia m'a rejoint :

- S'il n'a plus aucun empire sur lui-même, ce Perse, que la punition lui rappelle de ne pas oublier d'en avoir la prochaine fois. Peut-être pourra-t-il ainsi ranger son orgueil et triompher de son adversaire comme il le fait aujourd'hui de son camarade ? Bien que cela manque cruellement de style...



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Arene
Lun 26 Mai - 16:42
Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




Priam
₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4315
₪ Sesterces : 275
₪ Âge : 29 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: The Gods have no mercy, that's why they're Gods
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Gauche...
Voir le profil de l'utilisateur




La Fin de l'Hiver enterre le Passé
Lucretia Ilythia, Lucius Pompeius Publicola & Priam



Tandis que la carcasse sanguinolente de Cataeris est trainée hors de portée et de ma vue vers les quartiers du medicus, nulle voix m’appelant à la raison et au calme ne parvient à se frayer un chemin à travers mon crâne épais et la rage bouillonnante qui anime mon sang si prompt à s’échauffer. Tout entier à ma fureur, tel une bête aux abois, couvert de poussière et de sang mêlés, emporté par l’ennemi intérieur indéniablement plus fort que moi, la noirceur me submerge : profonde, abyssale, proche de la folie.
Possédé par les Furies, je manque de m’en prendre aux gardes lorsque leurs mains se substituent à celles de mes frères pour me maintenir. Un coup de pommeau de leur glaive dans l’estomac qui me coupe le souffle suffit à m’intimer le calme et l'obéissance.

Tandis que je reprends douloureusement ma respiration, je n’ai rien perdu de ma hargne. Trop longtemps contenue et étouffée, je m’en nourris comme d’une ambroisie, me réjouissant presque qu’elle ait pu trouver là son expression la plus pure et viscérale. Il est si bon, si libérateur, de retourner la haine dirigée vers soi contre autrui. Cataeris a été la flamme pour embraser la mèche et je suis prêt à recommencer avec quiconque qui me manquera ainsi de respect. J’en ai tout oublié de notre enseignement, de nos règles, je me crois plus que jamais invincible.
A tort. Je n’ai jamais été plus prêt de tout perdre. Mon honneur et ce respect de mes frères qui m’est pourtant si cher. Ma vie compris, même la lame de Remus sous la gorge, le public pour dernier recours. Lui aussi je l’ai perdu. Nulle âme charitable pour lever le pouce.

Je ne les ai pas vus.
Ni le duumvir, ni Domina. A quelques mètres seulement de nous, alertés par nos grognements sauvages. Je n’ai rien suivi de leurs palabres dans l’obscurité de mes ressentiments. Je n’ai pas cherché à comprendre non plus lorsque les gardes m’ont escorté de gré ou de force au centre de la cour sous le regard mi-médusé, mi-contris de mes confrères. Ni quand j’ai été aliéné fermement et solidement entre deux palus.

Le fouet s’élève en sifflant et flotte un instant dans les airs avant de s’abattre et de venir claquer contre le cuir de ma peau. La douleur me surprend d’abord et mes pupilles se dilatent tandis que mes poumons s’emplissent d’air comme pour me tirer de mon état de torpeur, comme l’on s’éveille d’un rêve.
Je laisse échapper un cri alors qu'elle m’irradie le corps et l'âme. Cela faisait si longtemps que je l’avais oublié, cette douleur qui mord et brûle la peau et qui semble seule être à la mesure de celle que je m’inflige et qui me torture intérieurement.
Je l’avais si bien oubliée que je pensais que je ne la subirai plus jamais. Mais quel esclave peut se targuer d’être à l’abri des coups ? Champion, je l’étais sans doute, à présent déchu je le suis encore moins qu’un autre.  

Le second sifflement et je ferme les yeux le temps que dure l’attente avant le coup, étouffant mon cri dans le pli de mon bras. Mes yeux s’égarent et trouvent finalement les silhouettes qui émergent de celles de mes frères : Pompeius et Lucretia.
Ce que je lis dans leurs yeux me saisit d’effroi presque autant que de honte. Et alors qu’ils se tiennent à quelques mètres de moi, je les sens aussi étrangers à mon sort que je le suis à moi-même. Pourquoi ? Question résolument stupide, pour qui s’en tiendrait aux faits, pourtant je sais bien qu’il me faut chercher la réponse ailleurs.
A ce soir-.

J’ai été bien sot de ne penser qu’aux conséquences immédiates et personnelles de ma chute, mais c’était oublier bien vite que je ne suis pas seul dans la victoire ou dans la défaite. Je les ai lésé, indéniablement, et enfin ils viennent réclamer juste paiement de ma dette à leur égard. De la reconnaissance de Lucretia ou de Publicola pour mes services et victoires passées, il ne reste plus rien.  Nulle fierté, nulle admiration, nulle considération dans les yeux qu’ils posent désormais sur moi.

Un troisième coup et je sens ma vue se brouiller. Sous l’âpreté de la douleur qui me cisaille, sous l’humiliation qui me déchire. Le flot de mes sens me revient et avec lui la honte du spectacle que je viens d’offrir à tous. Le miroir que le duumvir et la maîtresse des lieux me renvoient me brûle et je ne peux pas prétendre ignorer plus longtemps cette réalité que j’honnis pourtant de toutes mes forces : à leurs yeux, ce soir et peut-être pour longtemps, je ne suis qu'un esclave, rien de plus.




Priam brings sexy back:
 

Lun 14 Juil - 12:53
Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




avatar
Invité


gif freya mavorgif freya mavor

La Fin de l'Hiver enterre le Passé

« Je ne vois pas un nourrisson, je vois quelqu'un qui a su braver le sort bien des fois et qui arrive encore à se tenir droit sur ses jambes. Et j'attends d'elle qu'elle prenne à présent les décisions qui s'imposent. Savoir reconnaître que l'on ne maîtrise pas tout et que l'apprentissage est encore long est une preuve de grande intelligence. Je suis heureux de te l'entendre constater. »

Ces moments dans lesquels on reconnaissait sa juste valeur étaient précieux. Ilithyia savait qu'elle pouvait compter sur le Duumvir pour faire remonter son estime ; jamais trop, mais juste assez pour qu'elle garde confiance. Car avec son propre père, jamais il n'avait été question du moindre compliment. Fronto également, s'était engagé dans cette lignée. Mais si lui ne disait pas les choses, il savait les montrer. Ou plutôt, sa sœur savait deviner, ce qui se cachait derrière ce masque que beaucoup d'autres jugeaient impassible. Aussi avait-elle pris l'habitude d'observer plutôt que d'écouter, et si le ton de la voix de son père spirituel semblait s’être adouci, la sœur du laniste savait qu'il n'avait pas fini. Des reproches feraient suite à ces éloges, afin qu'elle n'ait pas l'idée logique de se reposer sur ses acquis.

Les bras croisés sur sa poitrine, un soupir au bord des lèvres, Lucretia contemplait l'agitation en contrebas sans sourciller. Elle n'avait pas réalisé que le moment était choisi pour faire ses preuves. Aveuglée par l'amertume, elle allait se détourner du spectacle lorsque la voix de Publicola se détacha à nouveau des cris et du bruit lointain des coups.

« Il me semble que c'est encore toi qui gère ce Ludus Ilithyia et non ton frère alité. Laisseras-tu donc ces chiens dilapider et leur santé et leurs précieux muscles que tu engraisses avec précision depuis des semaines, les laisseras-tu enterrer l'honneur qui reste à cette maison dans des querelles qui valent bien les rixes dégénérées des bas-fonds et ce sans intervenir ? Ou descendras-tu, avec moi, montrer que depuis que tu as les rênes en main, tu prends les bonnes décisions lorsque cela s'impose ? J'aimerais beaucoup assister à cela. »      

En avait-elle seulement les moyens... ? L'énervement gagna rapidement la demoiselle et cette dernière ne prit pas aussitôt conscience de l'opportunité qui s'offrait à elle. Agacée, elle occulta une bonne partie de la réplique de Pompéi et reposa sa coupe avec violence sur le plateau que l'esclave tenait toujours. Elle savait que le Duumvir était ici comme chez lui, qu'il finançait le ludus et qu'elle n'avait rien à lui dire, mais qu'il se permette de descendre sans même attendre son approbation lui donna matière à penser. Elle se précipita à sa suite, alors bien décidée à montrer qu'en effet, elle était maîtresse des lieux en l'absence de son frère, et apte à décider.

Une fois la caserne atteinte, le spectacle qui s'offrit à leurs yeux créa chez Lucretia une nouvelle palette de sentiments. Son champion déchu, son précieux garde du corps, l'homme auquel elle devait sa vie, maculé de terre comme un vulgaire animal... Aux prises avec un autre gladiateur, il se roulait allègrement par terre, piétinant un peu plus son honneur déjà bafoué par sa défaite dans l'arène...

Pitoyable. Ainsi donc, voilà que ses hommes se battaient entre eux ! N'aurait-il pas pu user de cette énergie au théâtre afin d'assurer la Victoire à ses maîtres ?! Petit à petit, les paroles du romain faisaient sens et la honte que fit naître cette lutte clandestine chez la sœur du laniste eu raison de sa passivité. La lassitude qu'éprouvait la jeune femme jusqu'alors se mut en une colère effroyable. Par quel agrément des Dieux ce moins-que-rien se permettait-il encore de lui causer du tort?

Tandis que les gardes séparaient les deux importuns sur ordre tacite de la Domina, le feu crépitant des torches acheva d'alourdir l'atmosphère. Pour la première fois peut-être, Ilithyia garda ses émotions pour elle, et son visage impassible se tourna vers le mentor de ses gladiateurs.

Bien sûr qu'elle était capable de prendre les bonnes décisions, et qu'elle avait les moyens de s'imposer. Elle comprenait désormais le message que Publicola avait voulu lui faire passer, et se rendait compte qu'elle n'avait pas que son respect à gagner. C'était là l'écart de trop à ne pas accepter. Puisqu'on se moquait d'elle et de sa faiblesse, elle allait agir en conséquence et montrer d'elle une toute autre facette.

Il le méritait. Elle tâchait de s'en convaincre, de sorte que bientôt, Priam ne fut plus rien pour elle. Un esclave, tout au plus. Un animal qui lui appartenait et sur lequel elle avait tous les droits. Oubliées, l'affection et la reconnaissance qu'elle avait eues pour lui, alors qu'il avait empêché ce syrien du marché de lui trancher la gorge... Lucretia reconnut qu'elle devait se montrer ferme et ne plus accepter d'être mal considérée. Cela devait commencer par ses hommes. Ensuite, seulement, elle pourrait prétendre au respect de ses pairs...

« Voroncius » ; et quelle pire punition pour un ancien Champion que celle du fouet. Avec autorité, elle somma son Doctore de s'atteler à la tâche tandis qu'on attachait solidement Celui qui avait pêché.

Bien sûr qu'elle en était capable. Et pour le prouver à tous, elle fit sa place devant la fraternité, et sans accorder le moindre regard au Duumvir, se posta face au bourreau et sa victime. Une main tenue en l'air, venue fendre la nuit autant de fois que les coups étaient jugés nécessaires, Ilithyia fit naître la stupeur à mesure que sa détermination se prononçait. Qui l'aurait cru suffisamment forte pour contempler jusqu'au bout cette souffrance dont elle était l'auteur ?
Quelques jours auparavant, elle n'aurait pas pu. Son visage n'aurait pas su s'ancrer dans l'indifférence la plus totale sans trahir la moindre émotion comme c'était le cas présentement.

Sa métamorphose était en progression.

© Rider 0n the Storm
Patricien
Mar 19 Aoû - 10:55
Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




Lucius Pompeius Publicola
₪ Arrivée à Pompéi : 11/05/2013
₪ Ecrits : 2402
₪ Sesterces : 63
₪ Âge : 42 ans
₪ Fonction & Métier : Duumvir

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: Verba volant, scripta manent.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Époux de la louve et amant de la vipère.
Voir le profil de l'utilisateur


Le fouet qui mord la chair dans un bruit sec. Le sang qui perle au bord de la plaie, jusqu'à rougir le sol. C'est un tableau bien plus cru que les blessures reçues dans l'arène. Il y a un arrière goût d'humiliation ici, dans la cour du ludus, qui teinte l'air et le rend lourd, prêt à couper court aux paroles malheureuses. Les autres gladiateurs ont été invités à s'écarter, mais les regards pèsent, les oeillades sont lancées par dessus les épaules et on peut saisir du coin de l'oeil, comme des éclairs de stupeur, voire d'angoisse pure. Celle qui vous étreint les tripes. Ces hommes là ne connaissent pas cette peur profonde, sur le sable de l'arène, qui est leur domaine. Mais ici, ils ne sont plus que des esclaves. Et chaque coup de fouet vient raviver les blessures de ce passé volé par leurs maîtres, aussi sûrement qu'il marque le dos à présent lacéré de Priam.

Tandis que la punition est donnée, je glisse un regard vers le visage d'Ilithyia, si ferme, si déterminé. Ce visage ferait presque peur et je me délecte un instant de la transformation. Mes paroles ne sont pas tombées dans l'oreille d'une sourde. J'ai ressentis sa fureur, lorsque lui tournant le dos sans attendre son aval, je suis descendu comme le maître incontesté de ce qui lui appartient. Elle n'a pu saisir mon léger sourire en coin mais j'ai vraiment espéré qu'elle me suivrait et qu'elle prendrait les choses en mains. Elle vient ici de surpasser mes attentes, comme la digne fille spirituelle qu'elle est. Si elle rencontrait mon regard à cet instant, elle pourrait y cueillir les soubresauts de mon admiration.

Je reporte alors mon attention sur le champion déchu et ma colère envers sa défaite m'empêche de ressentir la moindre empathie envers lui. Qu'il se souvienne que son corps appartient uniquement à ses domini, que lorsqu'il vainc, il vainc en leur nom, que lorsqu'il perd, il éclabousse de honte sa maison, que rien ne lui est acquis. Rien. Les premiers coups, il les encaisse sans presqu'un grognement, mais les derniers lui font quasiment perdre connaissance. Je ne cille pas une seule seconde, mes pupilles froides glissant sur sa douleur de feu. Je t'avais silencieusement promis que tu te souviendrais de cette défaite Priam. Je ne supporte pas de perdre la face.
La punition se termine et d'un geste presqu'agacé, je me détourne de ce chapitre désormais clos. Les comptes sont réglés pour l'instant, Lucretia a su se sortir de sa torpeur et le gladiateur se souviendra qu'il n'a jamais été un dieu et à quel point l'arrogance dont il fit preuve ce jour-là était déplacée. Je me retourne vers celle que je considère comme ma protégée, saisit sa main et porte ses doigts à mes lèvres, afin de la saluer :

- Ce que j'ai vu ce soir Ilithyia est si splendide que les regards de tous les fourbes qui ont pu te blâmer s'y seraient aveuglés jusqu'à en souffrir. N'oublie jamais ta place, domina, ni la leur, ajoutais-je en désignant les gladiateurs qui gagnent à présent leur quartier. Je suis fier de toi.

J'incline la tête en signe de déférence et lui sourit légèrement, avant de tourner les talons. Mon devoir ici est achevé, la leçon est retenue, et pour elle et pour lui. La rage que je portais au coeur comme un monstre affamé est repue pour un temps. Jamais, non jamais, nous ne ploierons sous la défaite. Le passé est oublié.

Spoiler:
 



Césars:
 

Mes enfants me font tourner en bourrique...:
 





Re: La Fin de l'Hiver enterre le Passé ♦ PRIAM & PUBLICOLA   




Contenu sponsorisé

Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [ Passé ]La bataille du Mont Gundabad
» Le reflet du passé [Terminé]
» Pour l'histoire , que s'est-il passé en 1994 entre le Dr Theodore et Lavalas
» L'amour sans philosopher C'est comme le café : très vite passé. [Les Shepard && Gibbs]
» Que s'est-il passé le 12 janvier 2010? Un ultimatum au peuple irréductible?

Sauter vers: