« La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger



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Empire
Lun 31 Mar - 18:20
« La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Ausonius Niger
₪ Arrivée à Pompéi : 18/10/2013
₪ Ecrits : 3204
₪ Sesterces : 402
₪ Âge : 21 ans
₪ Fonction & Métier : Au service de Kaeso Ausonius Faustus. Voleur à ses heures perdues, vacant entre une auberge et un lupanar.

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J'suis juste curieux de savoir ...
L’aube approchait tandis que la taverne Fausta se vidait. Niger baillait derrière son comptoir, récurant quelques assiettes qui jonchaient l’endroit. C’était calme, à présent. La plupart des gens qui restaient discutaient tranquillement dans leur coin, ou dormaient sur leur table. Bientôt, tous les ivrognes seraient virés de l’endroit, quitte à être jetés dans la fange devant l’auberge, pour accueillir les clients du matin dans une ambiance plus « propre ». Tous ses clients qui arriveraient étaient pour la plus grande majorité des gens qui avaient passé la nuit avec une ou plusieurs louves du lupanar d’à côté, ils auraient alors bien besoin de reprendre des forces. Les tables ne devraient pas être occupées inutilement. Niger s’était occupé de la taverne toute la nuit, il serait bientôt l’heure pour lui de retourner dans son insula pour, enfin, se reposer. Avant cela, il avait néanmoins une petite livraison, disons, à faire. Un client comatait seul au fond de la taverne, dans un coin. Niger l’avait placé là quand il était arrivé, et ne l’avait que très rarement lâché des yeux au cours de la nuit, surveillant ses moindres mouvements. Mais disons qu’aujourd’hui, il avait été calme, relativement tout du moins. Il s’était contenté de boire une bouteille d’hydromel à lui seul, ne dérangeant personne. Il avait même payé, chose rare. La dernière fois qu’il était venu – il y avait trois ou quatre jours – il avait causé un scandale parce qu’il n’avait soit disant pas assez à boire, gueulant debout sur sa table qu’il voulait qu’on lui apporte cervoise, filles et nourriture. Niger avait été obligé de l’escorter lui-même dehors, pour finir par le raccompagner chez lui. Rassurez-vous, il ne joue pas au gardien d’enfant avec chacun de ses clients, juste avec celui-là, et bien sûr, il ne le fait que parce qu’il y gagne quelque chose. Les choses avaient débordé la fois dernière, mais ça n’arrivait que rarement. Niger devait veiller à ce que ce client-là se montre discret et bien élevé. S’il était un habitué de la taverne, il devait être un habitué discret qui ne posait pas de problème et qu’on ne remarquait pas. C’était un homme au physique classique, qui ne semblait ni pauvre ni riche, mais terriblement usé par le temps. C’était un plébéien qui s’appelait Tiberius, mais ça, peu de gens le savaient, encore une fois Niger y veillait. Pour la plupart des clients, c’était un homme esseulé qui venait noyer sa solitude dans son vin. Pour Niger, c’était un paquet d’argent sur pattes. En effet, ce n’était pas n’importe quel plébéien : c’était le frère de Titus Cornelius Servilius. Mais si, si, vous voyez qui c’est ! C’est le mécène de cette troupe de théâtre en vogue à Pompéi. C’est ce plébéien à l’image parfaite qui semble gérer ses affaires à la perfection. Oh, il le fait, sans doute. Fort heureusement pour lui, certaines personnes sont là pour l’aider à maintenant cette image propre et nette. Ausonius Niger faisait partie de ces personnes, et bien sûr, ce serait mal connaître un Ausonii que de croire qu’il ferait cela gratuitement. Lui, il s’occupait du frère, ce fameux Tibérius. Ce dernier aurait en effet bien été capable de tâcher ce magnifique tableau familial par ses frasques et ses beuveries légendaires. C’était un habitué de la taverne qui une nuit sur trois ne parvenait pas à rentrer dans un état décent dans la villa familiale. Ces jours-là, c’est Niger qui lui servait de béquille, et qui en échange, recevait une petite bourse.

La famille des Cornelii était très intéressante, selon Niger tout du moins. On disait que cette branche-là de la famille tout du moins descendait d’un esclave affranchi. Pas que Niger s’identifiait à tous les esclaves affranchis de la ville, mais il fallait l’avouer : celle-ci était particulièrement intéressante. En quelques générations, quatre tout au plus, ils étaient parvenus à devenir des plébéiens puissants, des marchands reconnus et des hommes riches. Ça donnait de quoi rêver, non ? Pour un affranchi comme Niger, carrément. Il ne pouvait donc s’empêcher d’être curieux quant à la réussite de ces Servilii. Ça faisait quelques temps qu’il se disait qu’il pourrait certainement en parler au patriarche de cette famille, Titus, mais c’était un homme assez austère qui ne paraissait pas très ouverts. Bien souvent, leurs rapports se contentaient des politesses nécessaires, avant que Niger ne retourne chez lui les poches pleines. Mais ça ne faisait qu’en rajouter au mystère, n’est-ce pas ? En tous cas, il tenterait de lui en parler, quitte à se faire rembarrer. Il n’avait rien à perdre (Titus ne pouvait pas se passer de ses services, de toute façon) et pas mal à gagner. Pas qu’il allait se mettre à imiter cette famille, de toutes façons il s’était engagé sur un tout autre chemin que celui sur lequel étaient les Cornelii, mais bon, tout était bon à savoir.

Bref, le jour arrivait, il était temps de faire sortir ce frère encombrant et de le ramener chez lui. Il fit donc réveiller un esclave de la famille pour qu’il vienne le remplacer à son poste, puis il s’approcha de la table de Tiberius. Il tenta de le secouer un peu, mais comme prévu, celui-ci dormait profondément, tout en ronflant paisiblement, bien sûr. Il souleva alors le corps inerte de l’homme de sa chaise avec l’aide de l’esclave, le posa sur son épaule, puis sorti par la porte de derrière. Là l’attendait quelques chariots ; il en choisit un, sur lequel il laissa tomber l’homme assez brusquement. Il avait ouvert les yeux une demie seconde mais n’avait pas semblé pour autant réveillé, et les avait refermé tranquillement. Par Isis, qu’est-ce qu’il était sage, aujourd’hui. Avec un peu de chance il ne ferait même aucun grabuge sur la route qui le ramènerait chez lui ! Niger prit un grand linge en toile qui trainait par-là et recouvrit avec ça le corps de Tiberius, et bientôt, il se mit en route. Il poussa le chariot à main nues au travers du dédale des rues de Pompéi, évitant les grandes voies dans lesquelles il risquait de croiser la garde. Il avait plusieurs excuses sous la main pour expliquer ce qu’était cette livraison, dont quelque chose qui sonnait comme « c’est le corps mort de ta mère », mais s’il pouvait tout simplement réussir à éviter de croiser quiconque, ça serait vraiment mieux.

Apparemment, les dieux étaient avec lui. Le soleil se levait définitivement quand Niger et son paquet arrivèrent à la villa des Cornelii, et ils n’avaient croisé personne sur leur route, hormis quelques rats. Il lâcha le chariot devant la porte de derrière de la villa, les mains en feu mais un air satisfait voguant sur son visage. Laissant le linge sur Tiberius, il alla d’abord frapper à la petite porte. Il attendit quelques instant qu’un esclave vienne lui ouvrir. Les deux se connaissaient vu le nombre de fois où Niger était venu déposer le frère. Ils portèrent ensemble Tiberius jusque dans la villa, qui était dans un état de déchet, la route ne lui ayant apparemment pas fait du bien puisqu’à peine avait-il été sorti du chariot qu’il avait vomit tout ce qui semblait rester dans son estomac. Les deux esclaves (ou ancien esclave, mais qu’est-ce que ça change vraiment, au fond ?) avaient déposé l’homme dans un lit, et Niger était retourné dans la cuisine, attendant que le maître des lieux vienne le payer. Il cherchait une phrase d’approche, parce que maintenant, il était décidé : si les dieux avaient été aussi cléments aujourd’hui, c’était bien pour quelque chose, n’est-ce pas ? Il devait vaincre ses appréhensions quant au Cornelii, et assouvir sa curiosité assoiffée. Comment amener le sujet, donc ? Il réfléchissait à cette question quand l’homme pénétra dans la pièce.

« Ave ! Votre frère a été sage, aujourd’hui, mais comme il  comatait je vous l’ai ramené, en mains propres, disons. On n’a croisé personne, sur le chemin. »

Petit résumé en simplifié de la situation. Il n’avait certainement pas besoin d’avoir tous les détails, mais il préférait néanmoins le tenir au courant de la situation. Bref, après ça, le plébéien lui tandis une bourse remplie de sa rémunération habituelle. Niger sourit et le remercia, plantant ses yeux dans les siens. Puis, il fit, ses pupilles toujours accrochées aux siennes :

« Dites, je peux vous prendre encore quelques minutes de votre temps ? Disons que faire tous ces aller-retour m’ont rendu curieux quant à votre famille, j’aimerais en savoir plus … »

Niger avait gardé ses iris dans les siens, sondant son regard, espérant jusqu’à en prier les dieux. Il devait accepter, il fallait qu’il accepte.

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Dim 13 Avr - 15:45
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Titus Cornelius Servilius
₪ Arrivée à Pompéi : 07/01/2014
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Laeto vient le chercher avec cet air qui augure toujours les affaires délicates et personnelles. Titus s'est levé avant que l'aube paresseuse n'en fasse de même. Les comptes n'attendent pas et il évite ainsi soigneusement de croiser sa jeune épouse. Il tapote un instant son calame sur le parchemin qu'il griffonne, gardant son regard froid sur l'esclave. Il a l'habitude de soutenir ce regard si bien qu'il ne détourne plus les yeux. Il sait que le maître des lieux est en train de contenir sa colère, de la rentrer loin, à l'intérieur, afin qu'elle ne soit plus qu'un souvenir dérangeant lorsqu'il se lèvera. Cornelius déglutit et finit par lâcher le calame puis il se passe une main sur le visage, l'air un peu las avant de s'acheminer vers la cuisine. Laeto n'a pas eu à expliquer que comme souvent, en pleine semaine, on vient de ramener Tiberius, ivre mort, dans la villa de son frère afin qu'il ronfle tout son saoul à l'abri des oreilles indiscrètes. Rien que d'y penser, Titus en a la nausée, comme s'il s'était autant enivré que son dégénéré de frère. Il devrait pourtant être habitué à cette conduite licencieuse mais il n'y arrive pas. À chaque fois, il aimerait avoir la force de condamner son sang et de se débarrasser de l'importun qui chaque jour menace la réputation qu'il a mis si longtemps à établir. Mais il ne s'y résous pas. Il a toujours détesté son frère, tout comme il n'avait jamais eu aucune once d'admiration pour son père. Mais de là à s'attirer la fureur des dieux en organisant un fratricide...

D'un pas raide, Titus s'achemine jusque dans la cuisine où flottent déjà les odeurs du petit déjeuner et des fruits fraichement coupés. Il n'a pas faim mais il est sûr que celui qui l'y attend aura un petit creux et ne refusera pas une coupe de vin ainsi que de quoi grignoter. D'un geste, il congédie Laeto et sa figure ombrageuse passe bientôt le pas de la porte. Il avise Niger de son oeil froid mais un léger sourire de salutation se peint sur son visage :

- Tu m'excuseras cette formule, mais j'avais espéré te revoir moins vite que cela...

Servilius jette un oeil vers l'aile de la villa qui contient les chambres d'amis. L'une d'elle doit contenir son imbécile de frère, ou plutôt sa dépouille avinée. Il se retient de hausser les épaules et revient à son interlocuteur. Il le considère des pieds à la tête, sans mépris aucun, afin de voir s'il y a sur lui une quelconque trace de course effrénée. Mais non, il a l'air d'avoir fait le chemin de l'auberge jusqu'ici dans une relative sérénité. Pas d'ennui en chemin donc. Il hoche la tête puis saisit une bourse et lui envoie d'un geste, afin qu'il la réceptionne. Titus s'acquitte toujours de ses dettes en temps et en heure. Niger lui confirme qu'il n'y a eu aucun problème :

- Tu m'en vois ravi. Bien que sagesse ne soit pas ce qui le caractérise.

Tandis que Titus s'apprête à tourner les talons là-dessus, en lui indiquant d'un geste qu'il peut manger ce qu'il veut dans la cuisine, les yeux de l'affranchi l'accrochent et le regard froid de Servilius se plonge dans le sien. La question le surprend autant qu'elle flatte son orgueil. Il aurait bien envie de lui dire qu'il n'a pas le temps de tracer ici son arbre généalogique mais en vérité, il est bien trop fier de ce qu'il a su construire pour ne pas répondre. Il lui désigne une chaise et il prend place en face de lui, continuant de le jauger :

- Pourquoi aujourd'hui cette question ? Ma famille est plébéienne, comme tant d'autres familles de Pompéi.

Il a maintenant un léger sourire, de celui qui amène la discussion plus avant. Mais Servilius au fond aime se laisser prier. Et puis il tient à juger d'abord de la pertinence de la question et de la motivation de Niger. Il n'a pas de temps à perdre avec les évaporés. Il continue donc :

- Tu sais que des patriciens portent mon nomen également ? Cornelii... Nous sommes la branche moins en lumière, des clients appliqués, voilà tout, n'est-ce pas ?


Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé.
Empire
Mar 22 Avr - 13:20
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Ausonius Niger
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J'suis juste curieux de savoir ...
Niger avait été un enfant bien trop rêveur. Souvent perdu dans ses mondes parallèles où il était prince d’une contrée étrangère ou encore bras droit de César, il s’était pris plusieurs claques à l’arrière du crâne pour lui rappeler qu’il n’était rien d’autre qu’un gamin bâtard qui servait une famille de truands pompéienne. Il avait alors appris à mieux cacher ses épisodes de rêveries, parce que pour rien au monde il ne les aurait abandonnés. Argent et famille, voilà ce qui revenait le plus souvent. Niger rêvait de libérer sa sœur de ses chaînes, d’avoir une épouse, de voir le commerce des Ausonii prospérer, d’avoir une descendance qui bénéficierait de la citoyenneté romaine. Il rêvait de nager dans l’or et de bénéficier d’une réputation, d’une bonne réputation. Il rêvait de ne plus seulement être l’affranchi des Ausonii, mais le patriarche d’une lignée de plébéiens dignes de ce titre. Oh, oui, Niger rêvait de beaucoup de choses, et le pire était certainement qu’il pensait pouvoir exaucer chacun de ces souhaits. C’est beau, de rêver, n’est-ce pas ?

En tous cas, c’était dans cette optique de réalisation des souhaits qu’il était parti ce matin-là chez les Cornelii. Pas n’importe quels Cornelii, pas les patriciens mais les plébéiens, ceux qui portaient aussi le nom de Servilii. Ceux qui étaient issus d’un esclave affranchi et qui pourtant avaient la main mise sur une portion très intéressante de l’économie de la ville : les Arts, et le théâtre plus particulièrement. Un modèle, pour Niger, n’est-ce pas ? Tout ce à quoi il aspirait se tenait juste devant lui. Bon évidemment, s’il était lui il aurait un plus grand sourire aux lèvres et un air moins renfrogné (comment ça, ça va ensemble ?), mais qu’importe ? Maintenant, il fallait qu’il assure. Il fallait le brosser dans le sens du poil sans non plus l’effrayer ou se ridiculiser, et peut-être qu’il pourrait avoir des informations. Que voulait-il, précisément ? Il n’en savait trop rien, en réalité. Un récit, sûrement, sur le pourquoi du comment ils en étaient arrivés là où ils en étaient. Mais il le savait, si Titus se lançait, alors Niger poserait mille et une questions, parce que ce serait un sujet qui, à coup sûr, le passionnerait. C’était pour ça qu’il fallait qu’il joue bien son coup, peut-être était-ce son unique chance, il ne devait donc pas rater son coup.

Il avait d’abord choisi de faire bonne figure. Bonne idée, n’est-ce pas ? Il avait ramené son frère hors d’état de nuire en toute discrétion, s’était arrangé pour qu’il ne fasse aucun scandale mais qu’il s’humilie encore une fois en se vomissant dessus, tout cela ne pouvait que plaire au plébéien, Niger en était sûr. Il avait d’ailleurs dit qu’il était « ravi »,  on était donc sur la bonne voie. Niger tentait d’interpréter tous les signes, même ceux qui n’en n’étaient pas. Il était tôt dans la journée, alors le Cornelius ne devait pas être fatigué, même en pleine forme, rempli d’énergie ? De plus, rien n’avait eu le temps encore de l’énerver, il n’était pas épuisé par une journée bien remplie, il n’était que sept heures. Peut-être était-ce trop tôt ? Non, non, c’était le meilleur moment pour attaquer. Niger avait néanmoins pris la précaution de demander de lui accorder quelques minutes de plus. Il ne voulait pas le mettre en retard à un rendez-vous important, ou quelque chose comme ça. Mais apparemment, l’homme n’avait rien de prévu. Un léger sourire se dessina sur les lèvres du garçon. Discret, néanmoins, il ne voulait pas être pris pour un malade qui attaquerait sa famille dès qu’il aurait le dos tourné. Mais apparemment, son interlocuteur ne le prend pas pour un fou puisqu’il lui propose même de s’assoir sur une chaise, dans la cuisine, là, face à lui. Par Isis, cette fois c’est sûr, il a une chance de réussir. Niger se sent examiné par l’homme tandis qu’il dit :

« Pourquoi aujourd'hui cette question ? Ma famille est plébéienne, comme tant d'autres familles de Pompéi. Tu sais que des patriciens portent mon nomen également ? Cornelii... Nous sommes la branche moins en lumière, des clients appliqués, voilà tout, n'est-ce pas ? »

Un air narquois naquit sur le visage de l’affranchi. C’était comme si le plébéien appelait les compliments, comme s’il mendiait pour qu’on vante les mérites de sa famille. C’était tout ce que Niger comptait faire, alors ça ne lui posait aucun problème, évidemment.

« Mais qu’en ai-je à faire, de la branche patricienne des Cornelii ? Ils ne sont que des patriciens parmi tant d’autres. Vous, Titus, êtes à la tête d’une des familles de plébéiens les plus influentes de Pompei, voilà ce qui m’intéresse. C’est votre branche qui fait la gloire des Cornelii. »

Niger baissa la tête un instant, en signe de respect. Il n’en avait pas fini, néanmoins, il lui restait un bon paquet de compliments en stock. Le mieux, dans ces tirades, c’était certainement que Niger les pensait. Il n’en n’avait rien à faire, des patriciens, ils n’étaient même pas des meilleures familles de Pompei, alors, quel intérêt ? Les plébéiens étaient ceux à qu’il voulait ressembler, ceux vers qui il aspirait être. Les patriciens étaient hors de sa portée alors que les plébéiens étaient bien mieux que des « clients appliqués », comme Titus le disait si bien.

« On murmure en plus que vous ne comptez pas vous arrêtez là, que vous voulez montrer votre troupe à Rome, vous êtes bien plus que des clients appliqués, vous êtes des puissants plébéiens. Mon maître me tuerait s’il m’entendait dire ça, vanter les mérites d’une autre gens que la nôtre, et pourtant … »

Oh oui, Kaeso le tuerait. Même si ce n’était plus exactement son maître, pour lui aucun plébéien n’était plus puissant qu’un Ausonii. Il n’avait certainement pas tout à fait tort, mais n’empêche que pour le moment, Niger s’intéressait plus particulièrement aux Cornelii, même si toutes ces questions, en réalité, il les posait pour les Ausonii. Il voulait des informations pour former sa branche de sorte à rendre la famille entière encore plus puissante. Au final, ce serait toujours les Ausonii avant tout, même si pour cela il fallait passer par du graissage de pattes de Cornelii.


« On ne se ressemble pas, tous les deux. Vous avez un métier honorable, une famille de bonne réputation, vous êtes citoyen romain, pas moi. Et pourtant, j’en suis au même point  que celui de votre branche quand elle a débuté ; je suis un affranchi qui ne souhaite que mieux pour les siens. Alors dites-moi, comment êtes-vous arrivez aussi haut, aussi loin ?»

Les yeux de Niger brillaient de curiosité, maintenant. Par Isis, le Servilius devait répondre, absolument.

© charney



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Lucia et Niger
Plebe
Mer 14 Mai - 13:08
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Titus Cornelius Servilius
₪ Arrivée à Pompéi : 07/01/2014
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Les yeux du serpent suivent ceux du gamin tandis qu'il réfléchit... Il y a des étincelles d'éther dans ces yeux-là, des prunelles de doux rêveur, des iris qui ne sont pas encore lavées par le désespoir du trop plein d'échecs accumulés. Le rêve, Servilius peut bien comprendre cela, car il a rêvé lui aussi à l'âge de Niger. Il a rêvé des nuits entières, il a pourchassé des chimères, main dans la main avec Senianix, jusqu'à oublier le pragmatisme de l'ambition, parfois... parfois seulement. Mais aujourd'hui, il ne rêve plus, non. Il projette, il concrétise, il se tient dans les coulisses du monde, observant la lente valse de corps qui croient encore à leur libre arbitre alors qu'ils ne sont que dans la main des dieux et des ambitieux. Niger l'est lui aussi à sa façon, et il suit le mouvement imposé sans qu'il s'en rendre compte encore. Servilius oscille... Doit-il ternir là les prunelles du doux rêveur ou l'encourager plus avant ? Après tout, à cet âge là, on peut encore se permettre d'espérer et de courir les chimères comme certains courent les gueuses. S'il ne s'était pas lui, attaché à ses rêves, il serait aujourd'hui un petit marchand de vin comme un autre, toujours aux basques de la gens Cornelii.

Penser aux patriciens qui lui donnèrent son patronyme froisse un instant le nez de Servilius mais il ne dit rien à ce propos. Il n'est pas prêt à s'ouvrir si facilement, même si celui qu'il a en face de lui lui rend bien des services. Gérer son imbécile de frère n'est pas une mince affaire et sans des gens doués comme Niger, peut-être eut-il décidé d'envoyer Tiberius aux frontières de l'empire pour qu'il y meure bien loin. Mais il a encore suffisamment de respect dans le concept de la famille pour n'en rien faire. Son épouse n'aimerait guère cela, elle si gentille avec tout le monde. C'eut été pourtant si facile de débarrasser l'horizon de la silhouette si détestée... Tandis qu'il se tait, le petit le scrute, ses milliers de questions au bord des lèvres. Cela se voit, cela se sent. Servilius se demande combien de temps il lui faudra pour se lancer tandis que lui même statue sur les réponses qu'il lui donnera ou non. Il a des comptes à faire, il doit aller voir ce qui retarde tant la commande de vin de Falerne qu'il a promis de faire livrer à la villa Diomède pour une petite sauterie et puis il doit passer voir si Senianix concocte un quelconque spectacle pour fêter la victoire de Remus au primus. Murena a le vent en poupe en ce moment et il faut en profiter. Mais, devant l'avidité à peine masquée du garçon, le serpent sent en lui sa froide nature fléchir. Il ne veut pas tourner les talons et le planter là au milieu de la cuisine.

Alors il répond à sa question par une remarque faussement empreinte d'humilité. Il teste la vivacité d'esprit de son interlocuteur avant de s'étendre. Il ne va pas condescendre à éduquer un sot. Mais son air trahit sa pensée, il a bien compris le sous-entendu. Peut-être fera-t-on quelque chose de ce petit... En entendant les patriciens se faire ainsi dénigrer, Titus sourit en coin :

- C'est agréable à entendre mais ce n'est malheureusement pas tout à fait vrai. Nous sommes influents mais cette influence ne retombe guère sur la branche patricienne. Nous sommes chacun dans notre rôle, bien séparé, et en vérité, c'est là notre force. Ils n'ont transmis que leur nomen à ma famille, depuis nous transmettons bien plus à notre descendance qu'un nom.

Il joue les modestes mais lorsque sa langue effleure les mots "bien plus", les accents de fierté ressortent dans le ton qu'il emploie. Oui Servilius a réussi le tour de force de faire de sa famille une famille importante, alors que son pater n'en a même pas rêvé une seule seconde. Niger incline sa tête et cela donne presqu'envie de rire au serpent car il a toujours rêvé qu'on se prosterne devant lui. Mais il ne songeait guère à des affranchis dans ce genre de chimère. Surtout, ce petit geste montre qu'il est convaincu de ce qu'il avance et cela plaît au plébéien. Il est toujours heureux de constater que son nomen est connu dans tout Pompéi, ainsi que son commerce et son mécénat. Il sourit tout à fait lorsque Niger évoque son projet grandiose :

- On murmure beaucoup de choses... des vérités et des mensonges. Mais qui ne rêve pas de la grande Rome et de ce qu'elle peut offrir n'est-ce pas ?

Les Ausonii, Servilius les surveille de loin, mais il les surveille malgré tout, bien que cette famille ne joue pas du tout sur ses plates bandes. Il compte même affirmer une alliance commerciale avec eux vu qu'il faut bien faire transiter les productions viticoles et ce d'abord dans la cité. Et puis ils sont une source intarissable de renseignements, ce qui fait d'eux des alliés potentiels très puissants... Mais Titus n'est pas idiot, le petit veut connaître les ficelles pour grimper et il peut respecter cela. Oui, peut-être peut-il en effet lui raconter quelques histoires familiales, rassasier pour un temps sa curiosité débridée. Servilius sert une coupe de vin à son interlocuteur puis se décide enfin à causer, à se raconter un peu :

- Comme tu t'en doutes, on y arrive pas en claquant simplement des doigts et en le souhaitant très fort... C'est mon grand-père qui fut affranchi par les Cornelii, il a acheté sa liberté, il avait bien servi la famille. Mais l'argent pour son rachat, il lui a fallu le trouver. Il y a beaucoup de fables à ce sujet qu'on racontait à la nuit tombée mais celle qui a le plus de succès, c'est celle qui dit qu'il gagna un pari simplement par la ruse, parce qu'il avait l'aplomb, beaucoup de bagout et un don pour narrer les histoires. Je n'en sais rien et à vrai dire je m'en fiche, mon grand-père était quelqu'un d'ambitieux, il voyait loin, et c'est ce qui compte car c'est cela qui nous a permis d'être aujourd'hui libres et citoyens. Après, je n'ai fait que développer plus avant le commerce qu'entretenait mon père, j'ai su changer de patron lorsqu'il était temps et surtout j'ai trouvé le théâtre ou plutôt, le théâtre m'a trouvé.

Il s'interrompt un instant, repensant à l'émerveillement de gamin qu'il avait ressenti alors. Puis, il regarde les yeux sombres de Niger, si brillants tandis qu'il semble écouter chaque mot :

- Alors tu vois, s'agit-il de destinée ou de talent, certainement un subtil mélange des deux. Il faut trouver ce que tu maîtrises et t'y tenir. Ne pas renâcler devant les nuits blanchies par le travail. Mais tu n'es pas paresseux, je le sais. Et si tu dois retenir une chose : ne laisse jamais personne abaisser ton ambition. Si tu n'y prends pas garde, il ne restera alors que les rêves les plus banals et bientôt, ce ne seront même plus des rêves ou des buts, seulement des ombres quotidiennes contre lesquelles tu ne sauras même plus te battre.

Il le scrute alors intensément, cherche à déterminer s'il doit ou peut lui en dire plus, et va chercher tout au fond des iris du jeune homme :

- Quels sont donc tes talents Ausonius Niger, hormis celui de savoir mater les frasques de mon frère ?


Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé.
Empire
Sam 14 Juin - 15:59
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Ausonius Niger
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J'suis juste curieux de savoir ...
Titus était apparemment un homme modeste. Encore un peu et il refusait les compliments que lui adressaient l’affranchi. En même temps, celui-ci aurait été déçu s’il les avait gobés avec un sourire satisfait aux lèvres, en en redemandant plus. Au fil des semaines, il s’était fait une image du plébéien : il voyait en lui un homme secret et froid, mais aussi extrêmement intelligent. Pas du genre à réclamer ouvertement des compliments, il faisait plutôt parti de ceux qui les demandaient en faisant mine de ne pas les mériter. Ça collait bien avec qui il était. Il argua sur la différence entre la branche patricienne et la branche plébéienne des Cornelii, différence qui faisait selon lui leur force. Niger ne l’écoutait que d’une oreille, se concentrant plutôt sur sa manière de parler, le ton de sa voix. Il ne parlait pas trop fort, comme le faisaient ces patriciens insupportables qui voulaient toujours être entendus, il avait une voix calme et posée, mais sûre. Servilius avait confiance en lui, confiance en ses capacités. Néanmoins, aucune arrogance ne sortait de ses paroles, ou alors elle était très bien masquée par cette modestie. Là-dessus, Niger avait encore du chemin à faire. Le fait d’avoir été élevé chez les Ausonii et d’avoir été affranchi très jeune avaient gonflé sa fierté et souvent on lui reprochait son arrogance. Il ne s’en rendait qu’à peine compte. Il devrait apprendre à brider ça.

Finalement, Titus commença son histoire. Il avait servi une coupe de vin à Niger qu’il porta quasiment immédiatement à ses lèvres, pour en boire une grosse gorgée avant de laisser son regard se poser sur le visage calme du patricien. Chacun de ses sens étaient en alerte, particulièrement sa vue et son ouïe ; il était à l’affut du moindre signe pour être certain de bien comprendre tout ce que le mécène lui racontait. Quand il était petit, Lucia et lui avaient parfois le droit à un verre de lait chaud. Alors qu’ils le buvaient, assis côte à côte dans leur paillasse ils écoutaient leur mère leur raconter des histoires de princes et de princesses, les yeux brillants. La situation qui se produisait ici était drôlement ressemblante à cela. Niger avec son verre de vin – allez, quelle différence entre vin et lait ? – assis sur une chaise, racontant l’histoire merveilleuse d’un homme parti de loin, et qui à l’arrivée, était plus puissant qu’il ne l’avait jamais été.

« … mon grand-père était quelqu'un d'ambitieux, il voyait loin, et c'est ce qui compte car c'est cela qui nous a permis d'être aujourd'hui libres et citoyens. Après, je n'ai fait que développer plus avant le commerce qu'entretenait mon père, j'ai su changer de patron lorsqu'il était temps et surtout j'ai trouvé le théâtre ou plutôt, le théâtre m'a trouvé. »

Tout partait de l’ambition d’un homme, alors ? Ça Niger en avait. Etait-ce possible d’en avoir trop ? Si c’était possible, alors Niger en était le parfait prototype. Néanmoins, il doutait que ce soit possible. Comment être trop ambitieux ? C’est une qualité nécessaire à la vie d’un homme s’il ne veut pas se laisser doucement glisser vers la misère. Il ne fallait juste pas que cette qualité se transforme en défaut. Titus s’exprimait bien, il arrivait à choisir ses mots de manière à ce que ça sonne de manière parfaitement juste mais aussi digne de son rang. Niger était comme hypnotisé. Peut-être était-ce un peu risible, mais il n’en avait pas vraiment grand-chose à faire. Rira bien qui rira le dernier, comme disait l’autre. Il ne fallait juste pas que Titus le prenne pour un bêta admiratif, qui n’avait rien dans le crâne, mais ça, Niger en faisait son affaire. Il en avait quand même assez dans le crâne pour que Titus le voie comme intéressant plutôt qu’idiot.

« Alors tu vois, s'agit-il de destinée ou de talent, certainement un subtil mélange des deux. Il faut trouver ce que tu maîtrises et t'y tenir. Ne pas renâcler devant les nuits blanchies par le travail. Mais tu n'es pas paresseux, je le sais. Et si tu dois retenir une chose : ne laisse jamais personne abaisser ton ambition. Si tu n'y prends pas garde, il ne restera alors que les rêves les plus banals et bientôt, ce ne seront même plus des rêves ou des buts, seulement des ombres quotidiennes contre lesquelles tu ne sauras même plus te battre. Quels sont donc tes talents Ausonius Niger, hormis celui de savoir mater les frasques de mon frère ? »

Niger se redressa un peu, empli de fierté. Titus lui faisait assez confiance pour lui administrer de précieux conseils, tout en le complimentant. Non, en effet, Niger ne faisait pas partie de cette catégorie de personnes paresseuses qu’il méprisait. On aurait pu pensait que c’était parce qu’il avait été élevé comme esclave, mais les esclaves paresseux, ça existait aussi. Le jeune homme était certain qu’on avait la paresse dans le sang ou non. Dans son cas, il la tenait le plus éloigné de lui que possible. Dormir était ennuyeux, traîner dans sa paillasse était une perte de temps, flâner était pour les faibles.
Cornelius était assez philosophe dans son genre. Niger était très loin d’avoir lu ne serait-ce que la plus basique des œuvres philosophiques, mais il trouvait définitivement qu’il parlait bien, qu’il faisait sens. Rien d’étrange à ce que le théâtre l’ai trouvé, comme il le disait si bien : il était fait pour ça. Et lui alors ? Pour quoi était-il fait ? Titus lui posait la question et Niger ne savait que répondre. Il but une nouvelle gorgée de son vin avant de se lancer, les yeux plongés dans ceux du plébéien :

« Je ne saurais choisir une seule voie. En grandissant comme un esclave dans la maison de mon maître, j’ai appris à maîtriser beaucoup de choses. Je suis certain que vous connaissez mes domini, au moins de réputation, et si je dois être honnête avec vous, les rumeurs sont parfois plus proches de la vérité qu’on ne pourrait le penser. Je sais vider un poisson comme je sais négocier le prix de chacun de mes achats, je sais bourrer la gueule d’un homme comme je sais lui soutirer jusqu’aux derniers de ses secrets. Que choisir, alors ? Qu’est-ce qui me rapportera le plus, qu’est-ce qui amènera mes descendants à Rome ? L’honnêteté ou la malice, je me pose la question. Que choisir ? Me ranger ? Trouver une voie licite ou continuer dans celle qui me convient le mieux mais qui l’est beaucoup moins ? Je me le demande, je vous le demande. »

Niger but une nouvelle gorgée de son vin en se repassant dans la tête ce qu’il venait de dire. Rien d’étonnant, ce n’était pas un secret, tout comme personne n’avait été étonné de voir les mots FURCIFER recouvrir le mur de l’établissement des Ausonii en ce fameux et funeste jour – rajoutez à la liste de ce qu’il savait faire : nettoyer les murs de mauvaise publicité. Néanmoins, peut-être faudrait-il qu’il éclaire un peu plus un de ses dires. Un sourire se dessinait lentement sur ses lèvres tandis qu’il se justifiait :

« Rassurez-vous, votre frère n’a pas besoin de moi pour descendre tout l’hydromel de la taverne… Néanmoins, ce n’est pas juste parce que vous me payez bien que je savais que c’était vous, parmi tous les plébéiens, que je devais venir voir pour parler de mes desseins. Il se peut que ce soit votre frère qui ait glissé que vous étiez le meilleur en la matière … Mais ne vous en faites pas, c’est précisément la raison pour laquelle je ne vous trahirai pas. Ce n’est plus l’argent désormais. C’est vous. »

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Lucia et Niger
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Dim 3 Aoû - 15:54
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Titus Cornelius Servilius
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Il a surtout travaillé son apparence et sa façon d'être à un tel point... Pour qu'on ne devine pas l'autre qui s'y tapit, pour ne pas montrer l'avidité dégoulinante de ses poisons mortels. Savoir paraître tout en n'étouffant pas l'être à jamais. Tout en se rappelant d'où l'on vient. Ce n'est pas facile lorsqu'on cherche à tout prix à effacer les marques des chaines de l'asservissement et le peu de fierté qu'un père trop faible a longtemps remisée jusqu'à l'oublier tout à fait. Rien que de penser à ce père, les poings de Titus se serrent mais aussitôt qu'il songe à sa disparition, il se sent étonnamment libre.

Il regarde alors le petit affranchi qui est assis en face de lui, dans sa propre cuisine, comme s'il s'agissait d'un égal et ce qu'il devine dans ses yeux le convint que d'avoir concédé la confession n'est pas un mal. Les yeux noirs du petit le suivent comme s'il avait devant lui quelque fresque épique, n'en ratant pas une miette, se pourléchant presque les babines de la curiosité qui creuse en ses prunelles deux grands puits sombres. Les filles se noient-elles dans ces deux yeux là ou bien y sont-elles indifférentes ? Voilà peut-être un talent qu'Ausonius Niger devrait parfaire s'il souhaite grappiller quelque audacieux secret. Titus n'use que rarement de ces ruses là, parce qu'il n'a jamais trop compris ce que veulent les femmes. Ni celles qui furent siennes, ni celles qu'il croise.

Il termine ses phrases d'un petit rictus emprunt de modestie, rictus qu'il a brossé pendant des heures devant quelque miroir. L'ambition fait peur, il la faut sans cesse déguiser pour qu'elle n'aiguise pas les appétences de ceux qui travailleraient alors à votre perte. Une subtilité dont son frère est dépourvu, lui qui croit que l'argent tombe du ciel et qu'il n'est là que pour se plonger dans le sang des bagarres et le vin des auberges. Ses lèvres trempent dans la coupe qu'il a gardé pour lui même pour n'y boire qu'à peine, tandis qu'il regarde s'il a su satisfaire la curiosité de l'affranchi ou pas. Il se retrouve un peu en lui et cette abime ouvert sur le passé, lui qui ne veut pas se payer le luxe de regarder en arrière, le fait presque frissonner.

Lorsqu'il voit que Niger ne peut décrocher son regard de lui, il sait cependant qu'il l'a touché, qu'il a su lui délivrer ce qu'il attendait et cela le satisfait d'une façon assez inconnue. Car se prêter à ce ce petit jeu de la question et de la réponse ne lui rapporte rien en définitive. À part cette étrange satisfaction qui se peint sur le visage de l'affranchi. Est-ce cela, ressentir le contentement produit chez autrui ? Le serpent s'interroge un instant, lui si souvent tourné sur lui même... Il est loin en vérité de le prendre pour un imbécile ayant avalé sa langue, il se retrouve juste soudain sous les feux de la scène, alors qu'il trouve si bien sa place en coulisses et cette nouvelle sensation, ne le dérange certes pas, mais le déstabilise un instant.

Alors il s'intéresse à lui, veut le faire parler pour mieux l'étudier à son tour, voir ce qu'il est en droit d'en attendre, si une sorte de partenariat peut se créer entre eux, plus que de jouer à la nourrice avec Tiberius. Le petit l'étonne car il n'a jamais essayé de profiter de l'avantage qu'il a acquis sur lui, en masquant les frasques déshonorantes du frère honni. Jamais il n'a essayé de le faire chanter, d'en tirer un quelconque avantage autre qu'aujourd'hui, où il semble lui quémander d'être une sorte de mentor. Titus n'a jamais dirigé que lui même car même Senianix, il n'a pas suffisamment d'ascendant sur lui pour lui souffler sa voie. Cette voie théâtrale, qu'ils ont emprunté de concert, ils ont su la trouver ensemble, sur le chemin de leurs rêves et non parce que l'un a influencé l'autre.

Le petit se ménage un temps pour réfléchir, il boit à son tour de l'excellent vin que Titus produit ou fait transiter et la réponse qu'il lui donne, à force de patience, est loin de le décevoir. Titus sourit cette fois-ci, approbateur et il renchérit :

- Voilà qui est fort sage, Ausonius, que de ne se restreindre en rien. Tu es jeune, parfait tes talents et utilise-les au bon moment mais n'en néglige aucun. Je connais en effet les Ausonii et leur légendaire roublardise. Ce trait de caractère ne peut que forcer le respect et on le reconnait aisément en toi. Quant à faire un choix de voie et de vie, petit, voilà une grande responsabilité qui t'incombe mais si tu penses que je peux t'éclairer, je peux m'efforcer de le faire. Je ne crois pas qu'il faille poser les termes de ton problème ainsi, probe ou pas, qu'importe tant que tu sais arguer avec ta conscience. Ce qu'il te faut, c'est cibler les bons atouts au moment opportun. La vie est chose désarmante tu dois déjà le savoir et tu ne peux prévoir ce qu'il adviendra au fil de tes pas. Ce que tu peux faire en revanche, c'est toujours choisir ce qui pourra te servir, alors tirailler les secrets et t'en servir ensuite, à bon ou mauvais escient, à ta guise. Ce qui est le plus précieux en ce bas monde, Niger, ce sont les informations qu'on peut collecter sur chacun et travailler dans une auberge, pour cela, c'est déjà une bonne base, ne penses-tu pas ?

Il le laisse digérer l'information. Ce qu'il a toujours détesté, ce sont ceux qui posent en parangons de vertu, alors qu'il faut se débarrasser au plus vite de ces concepts encombrants. Bien ou mal, aux dieux de décider la juste punition, mais en attendant, à chacun de savoir survivre. Il dit plus haut ce qui complète sa pensée :

- Pour survivre, il te faut être le plus malin, toujours. Et pour être le plus malin, les informations et ce que tu peux en déduire, c'est là la clef. Toute la puissance gît dans ce que tu sais sur les autres et comment tu souhaites l'utiliser, que tu sois esclave ou patricien Niger.

Alors qu'ils discourent, le petit a soudain une étonnante remarque et le dessin qui prenait vie dans la tête de Titus se confirme alors. Mentor donc... Il le sera, cela va de soi et il n'y a même plus à se poser la question, car le petit en a l'étoffe et il est venu le trouver. Titus sait se fier à son instinct et aux diverses informations qu'il a sur Ausonius. Il demande, prenant l'air surpris :

- Moi, dis-tu ? Et pourtant, tu as certaines informations, comme tu l'as souligné... Souhaites-tu donc que je sois ton guide Niger ? Si c'est le cas, sache que j'en serai honoré et que j'espère que tu ne me décevras en rien. J'ai beaucoup d'estime dans ce que je devine en toi. Sauras-tu donc percer les noirs secrets détenus par tes concitoyens et venir en débattre ici, avec moi ? Peut-être qu'alors, nous rencontrerons de l'inattendu et que nous saurons en faire ce qu'il convient au moment opportun ?

Il a intérêt à ne pas le trahir, cela est un fait. Car il ferait alors en sorte de le balayer une bonne fois pour toute de la scène où il se plaît de tirer les ficelles. Mais il croit à sa déclaration, il croit que le petit l'admire et cela a le don de faire vibrer son orgueil comme jamais. Cette sorte d'association oui... pourrait les mener très loin l'un et l'autre.


Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé.
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Ven 15 Aoû - 17:30
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Ausonius Niger
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J'suis juste curieux de savoir ...
« … les Ausonii et leur légendaire roublardise »

Servilius n’aurait pu mieux le dire. Niger n’aspirait pas à changer sa famille, il aimait ce qu’elle était, ce qu’elle représentait, les valeurs qu’elle montrait devant Pompéi. Etrange ? Pas vraiment. Il assumait qui il était et ne se posait pas des dizaines de questions. Ça faisait longtemps qu’il avait accepté d’être un Ausonius, et ça n’allait pas changer maintenant. Il s’était lancé à cinq ans à peine sur la route de la roublardise, et ce n’était pas maintenant qu’il allait en sortir. Aujourd’hui, Servilius lui disait que ce fameux trait de caractère le rendait respectable. Qu’espérer de plus ? Peut-être que d’autres personnes le pensent, beaucoup disaient que ce Titus était un véritable serpent, sûrement qu’un compliment de sa part ne valait pas grand-chose. Mais c’était ce que Niger était venu chercher ce matin, en ramenant son frère. Il voulait que Titus l’aide, aille dans son sens, comprenne ses desseins. Apparemment, il était sur la bonne voie, puisqu’il acceptait de l’aider, et lui fournissait même un premier et précieux conseil :

« Ce que tu peux faire en revanche, c'est toujours choisir ce qui pourra te servir, alors tirailler les secrets et t'en servir ensuite, à bon ou mauvais escient, à ta guise. Ce qui est le plus précieux en ce bas monde, Niger, ce sont les informations qu'on peut collecter sur chacun et travailler dans une auberge, pour cela, c'est déjà une bonne base, ne penses-tu pas ? »

Niger hocha la tête d’avant en arrière, fermement. C’était ce que son maître s’était appliqué à lui faire comprendre pendant de longues années, aiguisant sa capacité à amasser ces fameuses informations et à savoir quel était le moment le plus judicieux pour les faire ressortir. Ce n’était pas facile, l’équilibre entre le mauvais et le bon moment pour user d’une information est fragile. Quelques jours trop tôt ou quelques semaines trop tard, et les efforts qu’on avait faits pour collecter ce secret et le garder précieusement dans sa mémoire, comme un apothicaire garde ses fioles, étaient réduits à néant. Entre ce qu’il avait appris en dix-huit ans de service à Kaeso Ausonius Faustus et les conseils que Titus pourrait lui administrer … Niger sentait qu’il s’approchait de son but. Etre reconnu à Pompéi pour qui il était, pas seulement l’affranchi des Ausonii. Faire briller sa branche, ses Ausonii – encore inexistants, le pauvre rêvait mais était pour le moment le seul membre de sa fameuse famille.
Niger n’interrompait pas le plébéien dans son discours. C’était rare qu’il se taise aussi longtemps, mais si c’était pour écouter Titus, il était prêt à ce qu’on lui coupe la langue (mais seulement si on lui recousait après !). Il le regardait avec toujours ce même air curieux accroché au visage, et buvait le délicieux vin qu’on lui avait servi en de lentes gorgées. Il se délectait de ce qu’il était en train de vivre. Par sa phrase suivante, Servilius plaça sur la même marche esclaves et patriciens. L’idée d’avoir les mêmes possibilités qu’un patricien donnait à l’affranchi l’eau à la bouche, et pourtant son interlocuteur ne semblait avoir aucun doute sur ce qu’il avançait. Telle était et telle serait certainement toujours la grande crainte de Niger : sa naissance et son statut sociétal pouvait l’empêcher d’avancer. Mais Titus semblait persuadé du contraire. Avait-il une chance, alors ? Il espérait qu’il ne lui mentait pas. Kaeso avait appris à son esclave à se méfier de tout le monde comme il lui avait appris à lire. Niger avait la sensation que les seuls en lesquels il pouvait avoir confiance étaient les siens, et là encore, peut-être n’était-ce pas quelque chose de bien judicieux. Mais mettre une entière confiance en celui que beaucoup appelaient serpent n’était définitivement pas une chose qu’il était capable de faire dans l’immédiat. Niger se dit que l’inverse était certainement vraie aussi : Titus ne devait pas croire tout ce qu’un roublard lui racontait, c’était certainement mauvais pour les affaires.

« Souhaites-tu donc que je sois ton guide Niger ? Si c'est le cas, sache que j'en serai honoré et que j'espère que tu ne me décevras en rien. J'ai beaucoup d'estime dans ce que je devine en toi. Sauras-tu donc percer les noirs secrets détenus par tes concitoyens et venir en débattre ici, avec moi ? Peut-être qu'alors, nous rencontrerons de l'inattendu et que nous saurons en faire ce qu'il convient au moment opportun ? »

Niger sentit d’un coup la pression que Titus lui mettait sur les épaules, peut-être sans qu’il le réalise. Etait-il capable d’être ce fameux découvreur de secrets, faiseur de scandales ? Ça, à la limite, il n’avait pas trop de doutes. Mais était-il certain qu’il ne trahirait jamais Titus ? Niger était habitué à penser pour lui seul, à la limite pour Kaeso, mais qu’en serait-il quand viendrait le temps de songer aux intérêts de cet allié en devenir qu’était Servilius ? Lui qui faisait tout pour l’argent et pour son futur, pourrait-il faire quelque chose en faveur de son « guide » ? Avec l’argent, tout était plus simple, Niger se donnait simplement au plus offrant. Il avait été élevé dans un lupanar, rien d’étonnant à ce qu’il réfléchisse comme cela. Mais il arrivait aujourd’hui à un moment de sa vie où il devait choisir. Continuer seul ou avancer avec quelqu’un à ses côtés. Par exemple, si un jour quelqu’un lui proposait une belle somme d’argent pour lui rapporter des informations sur Titus, il lui faudrait refuser. S’il arrivait à une conclusion après ces fameux débats que Titus lui proposait, il ne devrait vendre cette conclusion à personne. Il savait ce que cet accord impliquait, et tout à coup, il hésitait. Etait-il certain d’y arriver ? Niger se tût pendant quelques secondes, alors que le plébéien attendait visiblement une réponse. Néanmoins, il se dit que ça faisait des semaines qu’il y réfléchissait, et justement, il savait ce que cet accord impliquait. Il était temps de grandir, de mettre de l’ordre dans ses alliances. Titus lui offrait un moyen de le faire et il devait accepter sa proposition.

« Je vous remercie de voir toutes ces choses en moi, et je ferai mon possible pour ne pas vous décevoir, Titus. Vous savez, j’ai beaucoup de clients. J’espionne pour l’un et le lendemain ça sera lui que j’espionnerai, au service de la personne que la veille il m’aura demandé d’espionner. Je n’ai aucun scrupule, seul m’importe l’argent et celui qui sera capable de m’en offrir le plus. Néanmoins, si je travaille avec vous, une toute autre dimension entre en jeu. Je saurai faire en sorte de ne jamais vous trahir, de mettre nos intérêts à tous les deux avant les uniques miens.  Je n’ai pas souvent réfléchi ainsi, mais avec vous je serai prêt à le faire, car je vois un futur qui pourrait nous satisfaire tous les deux. Néanmoins, si je viens vous transmettre tout ce que je sais, pour que nous en discutions tous les deux, et pour que nous usions des conclusions que nous construisons ensemble, il me faut la garantie que vous non plus, vous ne me trahirez pas. »

Niger le savait, dans le cas contraire, si Titus le trahissait, il n’aurait aucun mal à revenir à ses anciennes habitudes. Il aurait pu lui préciser cela, mais ça aurait pris la forme d’une menace, et Niger ne voulait pas que son plébéien préféré se braque. Pour l’instant, il était toujours question d’abonder dans son sens pour être certain que ça serait avec lui qu’il jouerait, et personne d’autre.


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Lun 8 Sep - 16:54
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Titus Cornelius Servilius
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L'atmosphère matinale, la rencontre fortuite, la question lancée et la conversation qui s'ensuit, le tout prenant des allures légères... Mais à présent que le coeur du sujet est là, que les bases d'apprenti et de mentor sont posées, plus rien n'est laissé au hasard. Ni les yeux froids de Servilius et sa langue acérée qui semblent hypnotiser le gamin, ni la posture attentive et aux aguets de Niger. Roublard le petit l'est, comme son maître. Le serpent n'a pourtant aucune hésitation lorsqu'il propose cette alliance. On pourrait croire qu'il n'a pas vraiment l'habitude de s'entourer, lui qui compte peu d'amis, peu d'esclaves, peu de famille. Bien au contraire, il a pris la décision, lorsque son père ne cessait de le décevoir dans sa jeunesse, de toujours choisir un entourage qui lui soit favorable. Tout jeune, il ne pouvait se débarrasser de son frère, il a alors choisi comme frère d'adoption Senianix, son porteur de rêves. Lors de son précédent mariage, aucun fruit n'a su prendre naissance dans le ventre trop maigre de son épouse, pourquoi ne pas choisir comme fils spirituel ce petit aux yeux sombres qui a oublié d'être idiot ?

Niger a le bon goût de venir quémander des conseils. Et si au début de la conversation, Titus a été à deux doigts de l'envoyer paître pour retourner à ses affaires et aux colonnes de chiffres qui tracent plus sûrement chaque jour la route dorée qui le mènera vers Rome, il ne regrette en rien de s'être attardé dans cette cuisine à présent. L'ambition qu'a Niger, celle qui le meut aujourd'hui même, c'est une nouvelle source où se repaître, c'est un nouveau miroir où trouver forme. Car l'ambition de Servilius est trop grande pour les murs de la villa, ou pour ceux de son échoppe. Il la lui faut canaliser au sein même de ces autres qui l'entourent. Pour trouver enfin le costume qui lui siéra mieux que le corps et la naissance qui lui ont été donnés. Pour que des coulisses se jouent devant ses yeux avides la grande geste de la vie qu'on arrache, de la vie qu'on subjugue, de celle qu'on vole, qu'on jalouse ou qu'on mérite, et qu'on obtient enfin.

Il n'a à proprement parler pas le dessein de manipuler Niger, mais il sait que se lier à lui sera bénéfique d'une façon ou d'une autre. Que modeler le garçon lui en apprendra encore plus sur l'âme humaine et que le serpent, tapis au fond de lui, vivra ainsi quelques éternités de plus. Jusqu'à ce qu'il puisse planter ses crochets dans la proie qui le mènera à son but ultime et aux arcanes du véritable pouvoir. Le théâtre est déjà en soi fascinant mais il n'y a rien de mieux que les pièces que se jouent ses semblables, chaque jour et chaque nuit que les dieux tissent pour les mortels. Quel rôle joues-tu aujourd'hui Servilius ? Aimes-tu celui du gentil mentor ?

Visiblement, il lui plaît d'aider Niger car les conseils quittent sa bouche sans qu'il n'en consente le regret désagréable d'avoir trop parlé. Le visage empli de curiosité du petit lui suffit. Il pourrait discourir ainsi des heures et cela est nouveau. Suffisamment nouveau pour que sa propre curiosité en soit attisée. Servilius a depuis tout jeune une curiosité sans limite pour ce qui l'entoure. On ne peut être un bon ambitieux sans avoir envie de tout dévorer, tout écouter, tout voir et tout apprendre. Niger a cette flamme dans ses yeux, et elle ne vacille point, bien au contraire, elle danse tandis que les mots pénètrent son esprit. Voilà qui distingue un homme d'un autre. Pas le rang, pas la naissance, pas la fortune. Non pas seulement. C'est l'esprit acéré qui pourfend les réticences, récolte les lauriers et affecte les vertus. Encore faut-il toutefois que la flamme de cet esprit survive dans les moments délicats.

Celui qui se joue à l'instant en est un. Titus vient de poser le premier jalon d'un lien entre eux et il se demande franchement si Niger saisira cette opportunité. Est-il un faux ambitieux, un peureux déguisé en loup ? Bien entendu, ce ne sont pas les capacités du petit qu'il interroge, mais bien ses réactions. Sait-il choisir ses alliés lui aussi ? Servilius se tait, il ne souhaite pas l'influencer ou le forcer comme il le fait d'habitude avec ses pions. Non, Niger doit prendre cette décision seul, car il s'agit de partenariat et s'il y aura forcément un rapport d'ascendance entre eux, le serpent ne projette pas de le mordre lui. Mais il connait les autres liens de Niger. Il sait qu'il renseigne parfois ce fat de Publicola, qu'il espionne pour son patron, qu'il est régulièrement payé par les Loreii pour diverses tâches. En bref, il est à la solde de celui qui l'emploie, le temps qu'il fasse sonner les sesterces. N'est-il pas cela aussi pour Servilius, lorsqu'il doit couvrir les frasques de son frère aviné ? Mais s'il ne sait être que cela, c'est à dire l'instrument de multiples mains, alors il ne mérite pas le mentorat que le serpent est prêt à lui proposer. Titus ne peut se permettre de perdre son précieux temps. Les informations, il peut les avoir autrement, ce n'est pas ce qui l'intéresse vraiment. Ce qu'il veut, c'est une allégeance, un soutien supplémentaire, un avenir à observer, et des complots à monter. On ne monte guère les complots tout seul. Et encore moins avec les petites mains. Quel est donc le rôle que tu vas choisir Niger ?

Lorsque le petit ouvre la bouche, Titus sait qu'il a fait le bon choix, qu'il a vu ce qu'il fallait dans les yeux sombres et non une chimère de plus. Qu'une fois encore, si les premiers rêves enfantins sont morts, c'est pour la naissance rude et difficile de ce sens qui lui permet de jauger à présent les gens.

- Je sais Niger, je sais qui tu es. Dit-il simplement en plongeant son regard dans le sien. Oui je sais qui tu es. Et ce que je vois me plaît. Il reprend : Et je vois que tu as compris ce que j'étais prêt à offrir. Je ne te demande pas ta confiance en échange, elle se tissera avec le temps et tu gagneras la mienne difficilement. Quant à te trahir, quel intérêt aurais-je à cela ? Ce que je veux Niger, c'est te parfaire. Que tu ne sois plus un outil, petit, que tu sois la main qui le mène. Bien entendu, les informations que tu me rapporteras, je les utiliserai, ou tu en useras toi, tout dépendra, mais je ne me retournerai pas contre toi. Et tu sais pourquoi dans un premier lieu ? Parce que tu as un moyen de pression sur moi Niger, un moyen non négligeable qui se nomme Tiberius et qui s'évertue à gangrener tout ce que je construis. Prends garde d'avoir toujours un tel moyen dès que tu t'associes avec quelqu'un, les mots sont trop peu en comparaison. Mais je te les donnerai également vu que tu les demandes : je ne te trahirai pas Niger et je sais pertinemment que tu en feras autant. Car je sais qui tu es et surtout, je vois ce que tu peux devenir.

Titus se lève. L'alliance est conclue, il le sait. Et il attendra à présent que le petit revienne avec son escarcelle pleine de détails sur ceux qui croient mener la danse alors qu'il ne faut qu'une seule volonté pour les faire trébucher.

- Reviens me voir, tu trouveras toujours la porte de ma domus ouverte. Le chemin ne paye pas de mine, mais ce sont les routes les plus escarpées qui mènent aux plus grandes destinées. Celles dégagées que croient arpenter tous ces politiciens, elles ne mènent qu'à l'échec, petit, et à l'oubli.

C'est sur ce ton sinistre et un sourire sibyllin qu'il le quitte, sa silhouette austère rejoignant bientôt le petit bureau et les colonnes de chiffres. Reviens Niger et nous ferons jouer les fils du destin. Souviens-toi, tu ne seras plus l'instrument, mais bien la main qui le mène.

Spoiler:
 


Tout a l'air si compliqué. Tout est si simple pourtant. Si j'avais eu la lune, si l'amour suffisait, tout serait changé.
Empire
Sam 11 Oct - 21:29
Re: « La faiblesse humaine est d'avoir des curiosités d'apprendre ce qu'on ne voudrait pas savoir. » || Servilius&Niger   




Ausonius Niger
₪ Arrivée à Pompéi : 18/10/2013
₪ Ecrits : 3204
₪ Sesterces : 402
₪ Âge : 21 ans
₪ Fonction & Métier : Au service de Kaeso Ausonius Faustus. Voleur à ses heures perdues, vacant entre une auberge et un lupanar.

Cogito ergo sum ₪
₪ Citation:
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Plusieurs femmes l'habitent, mais une seule a su le kidnapper.
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J'suis juste curieux de savoir ...
Niger ne s’était pas douté que l’entrevue avec le plébéien se déroulait ainsi. Certes, il avait ramené son frère avec dans l’idée de lancer une telle discussion, mais la tournure qu’elle avait prise n’avait pu que l’étonner. Servilius était décidément un homme plein de surprise. Derrière son apparence froide et solitaire se cachait apparemment quelqu’un capable de s’allier avec un Ausonius, et l’affranchi était ravi d’avoir découvert cette facette de sa personnalité. Si cette première réelle entrevue avait été pleine de retenue et d’hypocrisie, elle ouvrait la porte à une dizaine d’autres entretiens, qui se révèleraient tous plus faciles et vrais les uns après les autres, le jeune homme en était persuadé. En attendant, il continuait à sourire un peu naïvement, les yeux pleins de curiosités.

« Prends garde d'avoir toujours un tel moyen dès que tu t'associes avec quelqu'un, les mots sont trop peu en comparaison. »

C’était un conseil que Niger rangea bien précieusement dans un coin de sa tête, de manière à l’avoir à portée de main dès qu’il en aurait besoin. Son maître et Servilius n’étaient pas bien différents, en réalité ; Kaeso demandait à ses esclaves de ramener des dizaines d’informations chaque jour sur chaque habitant de Pompéi. En effet, tout comme son collègue plébéien Titus Cornelius Servilius, il souhaitait avoir plus que des mots pour discréditer quelqu’un s’il en avait besoin. Il voulait des moyens de pressions concrets, réels, qui pourraient faire trembler les plus grands. Niger ferait au mieux pour se fonder sa propre collection de noirs secrets, qui était déjà constituée de plusieurs éléments ; il y avait donc pour Titus son fameux Tiberius alcoolique dont il fallait régulièrement effacer les frasques, et puis il y avait le secret de son maître, secret qui lui avait valu sa liberté. L’affranchi sourit légèrement en songeant à cela ; en effet, rien ne valait un moyen de pression quand on voulait obtenir ce qu’on voulait. S’il faisait le compte, il pouvait remplir de beaucoup remplir cette jarre de secret, et il en était plutôt fier.

« Mais je te les donnerai également vu que tu les demandes : je ne te trahirai pas Niger et je sais pertinemment que tu en feras autant. Car je sais qui tu es et surtout, je vois ce que tu peux devenir. »

Niger redressa sa poitrine dans une certaine fierté, mais effaça son sourire. Il prit plutôt un air neutre, sérieux. Si Servilius voyait quelque chose de grand pour son futur, il tâcherait de ne pas ruiner sa vision par sa naturelle insouciance. Il devait être mature, adulte. Il saurait s’y plier, après tout il avait déjà bien entamé sa vie, il était temps de s’y mettre sérieusement.
Titus se leva de sa chaise et Niger fit du même. Le plébéien avait toujours cet air austère et taciturne au visage, mais le jeune égyptien croyait lire dans son regard une lueur cette fois un peu différente, se rapprochant de la flamme qui brillait dans ses yeux à lui, curieuse. L’homme fit :

« Reviens me voir, tu trouveras toujours la porte de ma domus ouverte. Le chemin ne paye pas de mine, mais ce sont les routes les plus escarpées qui mènent aux plus grandes destinées. Celles dégagées que croient arpenter tous ces politiciens, elles ne mènent qu'à l'échec, petit, et à l'oubli. »

Cette fois, Niger sourit, tout en inclinant le crâne vers l’avant, en signe de respect. Titus Cornelius Servilius se dessinait un chemin brillant. Il semblait certain de lui, certain de son futur, certain de ses choix. Et si Niger pouvait faire partie, de près ou de loin, de ce brillant futur, il tenterait d’attraper au vol quelques paillettes. Après tout, puisqu’il aurait aidé depuis son ombre, il aurait droit à un peu de lumière, n’est-ce pas ?
Déjà, le plébéien se retournait vers son antre, mais Niger eut le temps de glisser quelques mots :

« Quel intérêt à fouler des pavés déjà recouverts d’or ? Il vaut sûrement mieux que nous soyons plutôt de ceux qui mènent la voie. »

A son tour, Niger se retourna, sans vraiment se retourner avant de sortir de la cuisine, dans l’arrière-cour. Une fois-là, devant son chariot qu’il devait maintenant pousser dans l’autre sens, vers la taverne, il regarda la façade de la maison du plébéien, et la vit différemment. Elle n’était plus celle d’un étranger qui lui payait quelque sesterces pour service rendus, elle n’était plus celle d’un inconnu. C’était désormais la maison d’un allier, ou tout du moins de quelqu’un qui le considérait différemment que comme l’affranchi de Faustus. Les yeux de Niger brillaient toujours autant ; il était maintenant curieux de savoir quel tournant leur relation allait prendre, et était pressé qu’à nouveau, le frère de Servilius s’effondre sur une table de sa taverne. Ainsi, il pourrait le ramener dans cette maison, et demander à ce qu’on fasse venir le maître des lieux, auquel il aurait sûrement des choses à rapporter. Il fallait qu’il s’attelle à la tâche, qu’il prouve à Servilius qu’il était à la hauteur de ses espérances. Mais il l’était, il le sentait. C’était certainement son arrogance qui parlait, mais en tout cas, il s’en croyait capable.
Niger empoigna alors la charrette, et laissa la maison derrière lui ; pour le moment tout du moins.

© charney



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Brother & Sister
Lucia et Niger
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