POMPEII fait un break jusqu'à début novembre pour se refaire une santé >>> Plus d'infos ici

Partagez | 
 

 UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Dim 30 Mar - 18:34




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




An 725 depuis la Fondation de Rome, soir des Kalendes d'Avril
Un grognement étouffé. Un éclat de pièce en terre cuite tombée sur le sol. Le mur vibre. Un rire cristallin suivit d’un gémissement. Un peu plus tard un second, d’une voix toute aussi perchée mais différente. Un râle masculin. Pas de doute. Nous sommes bien le 1er jour du mois : jour de gains, de vin et de putes au ludus Lucretius comme dans probablement tous ceux de la République. Et, plus certain encore, ma cellule jouxte celle de Celadus, le bien surnommé « Soupir des jeunes filles ». J’ignore s’il fait soupirer le cœur de ces deux-là, m’est avis que ce n’est pas ce soir l’organe qu’il leur préfère… Je le connais par ailleurs suffisamment pour prédire qu’il doit mettre toute son énergie à faire en sorte que j’entende tout de ses ébats, pour mieux me faire sentir le fait que, a contrario, j’en suis exclu.

En effet, si les filles d’Ausonius viennent ce soir combler les désirs de mes frères, aucune ne m’est destinée. Elles viennent récompenser les efforts du mois passé, payés par quelques pièces aussitôt dilapidées dans la perspective de la chaleur de leurs cuisses.  Des efforts que je n’ai pas fournis, car je n’ai pas combattu en duel officiel depuis… Depuis le mois précédent. Reclus dans l’enceinte du ludus, j’ai repris l’entraînement, malgré mes blessures, dès le lendemain de mon affrontement  –je n’arrive toujours pas à poser dessus ce mot de « défaite » qui conviendrait pourtant- contre Remus. Le medicus m’a pourtant savamment examiné et n’a jugé aucune d’entre elles être une entrave à la reprise de l’entraînement. Il faut dire que je l’ai pressé à cette conclusion… Hors de question pour moi de subir la même période de convalescence que lors de mon affrontement contre Fortius. Je crois que j’en serais devenu fou. J’ai donc empoigné mes sicae d’entraînement, la rage aux tripes avec la ferme intention de me surpasser dans l’unique but de reprendre ce que je venais tout juste de perdre. Cela fait un mois que je me lève plus tôt que l’aurore et m’entraîne jusqu’à la nuit noire cette seule pensée en tête. Chaque geste, chaque souffle, n’existe que dans ce but unique. Retrouver le chemin de l’Olympe.

Aussi, si je n’ai jamais rechigné à l’idée de partager un quelconque réconfort avec les catins et s’il me reste bien quelques gains de mon temps de Champion, mais soigneusement gardés pour payer une tout autre service, les exploits virils de mon voisin de cellule me semblent bien loin ce soir. Son animosité envers moi s’est adoucie depuis que j’ai perdu le titre qui nous avait séparés, pourtant demeure et demeurera toujours cette perpétuelle compétition entre nous, dans n’importe quel domaine que ce soit. Je lui laisse cette victoire là, qu’il en profite donc pour deux !, car j’ai ce soir bien trop de pensées en tête.


Mon manque de victoires seul ne suffit pas à expliquer ce changement de traitement soudain des mes maîtres à mon égard. J’ai récemment franchi une limite que je n’avais pourtant plus entrevue depuis des années, depuis que la discipline imposée par les Lucretii avait fait de moi un combattant discipliné et loyal à merci.
Il s’en était fallu de peu, un regard de travers, une parole malheureuse et mon poing avait trouvé la mâchoire d’un de mes compagnons gladiateurs. Puis les coups avaient volés, décuplés par la fureur qui me consume depuis ce soir maudit, si Voroncius ne m’avait pas arrêté je lui aurais assurément fait la peau. Je ne saurais pas dire si je le regrette aujourd’hui, j’en ai en tout cas reçu le juste châtiment… Le fouet.
Cela fait déjà dix jours et mes plaies guérissent bien grâce au baume de medicus, pourtant j’ai dû encaisser en quelques semaines plus de coups à mon orgueil qu’il ne peut en supporter. Assis sur ma couche, adossé contre le mur, un bras passé derrière mon crâne, mon regard se perd le vide. Ce soir, j’ai bien du mal à passer outre ce nœud qui me serre la gorge.

Un bruit inattendu de clé dans ma serrure me fait tressaillir et la porte de ma cellule s’ouvre avec fracas.  Le garde s’efface aussitôt pour laisser passer une silhouette bien familière. Son port altier et sa démarche inonde ma cellule miteuse d’une grandeur qu’elle n’a que rarement connue. Ses boucles blondes ruisselant sur son corps, la Reine pose son regard perçant sur moi.
Si je ne peux nier qu’une autre blonde hante depuis peu bon nombre de mes pensées, la présence amie de celle-ci est pour tout dire inespéré et ne pouvait pas mieux se présenter. Derrière elle, la porte se referme et le verrou également. Je détourne le regard, maussade :

-On t’a méconduit… Je n’attends personne ce soir.

Nulle raideur dans ma voix, mais une pâleur à laquelle elle doit être peu accoutumée de ma part, cette amie de dix ans…

-Et je ne suis pas d’humeur…

A cette phrase là non plus elle ne doit pas l’être car notre amitié ne s’est pas scellée que dans l’échange de banalités… Nous avons maintes fois partagés des moments d’une chaleur exquise, dans lesquels je laissais rarement mon « humeur » primer. Pourtant, il en est ainsi ce soir. J’ai l’âme sombre et le cœur lourd et je ne peux les ignorer. Je connais son tempérament et comme elle exècre la faiblesse, mais j’ose espérer que ce soir, elle voudra bien comprendre.

La Reine des Louves, c’est ainsi que je la surnomme.

 

__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Mar 1 Avr - 12:18




Unbent, Unbowed, Unbroken



La nouvelle était tombée si brusquement que j’aurais pu en être assommée : Priam avait été vaincu dans l’arène. Ce soir-là, Niger était revenu hors d’haleine à la taverne et nous avait finalement annoncé la défaite de celui qui avait été, jusque-là, le Champion en titre. Accoudée au comptoir de la taverne, j’avais entendu et accepté cette nouvelle comme je l’avais pu autrement dit avec beaucoup de difficultés puisque Priam était un ami sincère et cher à mon cœur. Des années que nous nous connaissions et jamais je n’avais douté de sa victoire, jamais. Il était tombé. Fort heureusement, il avait demandé et obtenu la grâce mais, malgré tout, il avait beaucoup perdu. Ce soir-là, j’avais dû faire mon travail, j’avais dû m’occuper des clients mais mon esprit n’avait été tourné que vers Priam. J’aurais voulu pouvoir le voir, j’aurais voulu pouvoir lui parler, j’aurais voulu pouvoir le soutenir dans la mesure du possible, lui apporter un réconfort, lui apporter ce dont il aurait eu besoin que ce soit des étreintes charnelles comme nous en avions échangées par de nombreuses fois par le passé, ou une simple oreille attentive à ses plaintes car des plaintes serraient forcément son cœur et son âme : il n'était plus le Champion.

Le mois suivant, je n’avais malheureusement pas eu la possibilité de pouvoir le voir à ma guise mais j’avais malgré tout réussi à obtenir quelques informations en questionnant  certains clients au moment où ces derniers étaient le plus bavards soit après les ébats.  Me donner plus que d’ordinaire ne me dérangeait pas tant que cela me servait à en savoir plus sur la situation de Priam et j’avais fini par savoir qu’il n’avait plus combattu en duel depuis sa défaite. Fort heureusement, il avait repris l’entraînement ce qui signifiait qu’il était décidé à se relever et à récupérer son titre. Les informations dont je disposais s’arrêtaient malheureusement là. Aussi, lorsque je sus qu’il était prévu que des filles soient envoyées au Ludus Lucretius pour satisfaire les gladiateurs, je demandai à Kaeso de les accompagner. Bien sûr, Kaeso ne fut pas dupe car il était devenu rare que je fasse une pareille demande mais il fut satisfait à l’idée que je sois prête à donner toujours un peu plus de ma personne, au sens propre du terme bien entendu. Il ne manqua cependant pas de me faire remarquer que favoriser Priam n’était plus de mise : mon maître était parfaitement au courant que Priam avait toujours été le gladiateur auquel je m’étais le plus offerte, peut-être avait-il même eu vent de notre amitié. J’allai dans le sens de Kaeso, ayant de toutes les façons un plan déjà bien en tête.

Voilà comment je me retrouvais au sein du Ludus, affichant cet air distant et froid que tous connaissaient parfaitement mais, intérieurement, étant véritablement rassurée à l’idée de pouvoir enfin voir Priam. Cependant, avant d’en arriver là, avant de le rejoindre lui dans sa cellule, je dus d’abord aller satisfaire un autre gladiateur : c’était pour moi la seule façon de pouvoir ensuite me retrouver auprès de Priam. Je ne pouvais pas me rendre au Ludus et me contenter d’aller voir celui que je n’étais plus censée satisfaire. Fort heureusement, celui qui se glissa entre mes cuisses ce soir-là fut particulièrement rapide. Brutal certes (je  n’étais pas étrangère à ces comportements bestiaux et je les acceptai) mais rapide ce qui me permit de m’éclipser rapidement de sa cellule. Je  m'approchai ensuite d'un garde et en le voyant, je fus prise d'une soudaine envie de rire, non pas que la situation fusse très drôle mais son nom lui par contre l'était : Grobalourgus Caïus. J'avais entendu un autre garde l'appeler avant que je ne pénètre dans la cellule du gladiateur auquel je venais de m'offrir. Je me retins de rire, n'ayant pas le choix, avant de lui demander de me conduire auprès de Priam. Il me toisa longuement de toute sa hauteur et je plantai mon regard dans le sien, le foudroyant littéralement du regard (tout en essayant toujours de ne pas sourire) : avait-il quelque chose à redire ? Je venais de donner du plaisir à un gladiateur et j’étais prête à recommencer avec un autre. Cet échange silencieux dura encore quelques instants (trop longtemps à mon goût) avant qu'il ne décide d'abdiquer et de me conduire à la cellule de Priam.

Lorsque je l'aperçus derrière les barreaux, mon cœur se serra bien malgré moi car jamais je ne lui avais vu une mine pareille. Le garde m'ouvrit la grille et me laissa entrer à l'intérieur. Mon regard trouva celui de Priam et nous nous observâmes un moment. Quand la grille fut renfermée, Priam détourna finalement le regard, affichant une pâleur que je ne lui connaissais pas avant de dire tout bas que l'on m'avait éconduit car il n'attendait personne en cette soirée. Il ajouta rapidement qu'il n'était pas d'humeur, contrairement à ses frères qui laissaient libre cours à leurs envies sans aucune retenue : nous pouvions clairement les entendre. J'esquissai un sourire plus chaleureux qu'à l'ordinaire et rares étaient les personnes à pouvoir entrevoir un tel sourire : Priam faisait partie de ceux qui éteint capable d'éveiller des choses plus douces en moi, il en était ainsi.

« Je me doute bien que tu n'es pas d'humeur Priam, même si te divertir l'esprit et le corps te ferait grand bien : ta mine pourrait faire trembler un défunt. »

Ma voix fut aussi douce que mon sourire et je m'avançai jusqu'à lui avant de venir prendre place à côté de lui. Je penchai la tête cherchant à capter son regard avant de glisser ma main sur sa nuque. Une caresse furtive et pourtant sensuelle. Mon corps, parfois, parlait pour moi et si je pouvais offrir une oreille attentive à Priam, je pouvais surtout lui offrir mon corps pour lui faire oublier sa douleur si tel était son désir. Avant cela cependant...

« J'ai été très peinée d'apprendre ta défaite. » Avouai-je d'une voix calme mais quelque peu serrée. Le souvenir du retour de Niger à la taverne était encore désagréablement brûlant. « J'aurais voulu pouvoir venir à ta rencontre plus tôt mais cela m'était impossible. Quand j'ai su que les filles avaient été demandées ce soir, j'en ai donc profité. »

Ce fut finalement dans ses cheveux que mes doigts se perdirent, essayant ainsi de l'apaiser. Son corps tout entier criait sa douleur et la noirceur de son cœur. Je serrai la mâchoire, n'appréciant guère le voir dans cet état.

« C'est une défaite oui mais une seule défaite. Ton titre te reviendra. »

Ces mots ne furent pas simplement prononcés pour rassurer celui qui était à la fois un ami et un amant. Ces mots furent sincères : j'avais confiance en lui, en sa force, en son talent et j'étais prête à tout pour l'en convaincre.



© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Dim 6 Avr - 23:16




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Kerta s’approche et prend place à mes côtés. Il n’existe entre nous aucune gêne, ni retenue, nous nous connaissons bien trop pour cela. Elle m’a connu d’une ou deux têtes moins grand et de quelques muscles moins épais, à cet âge ingrat de l’adolescence qui rend tous les hommes gauches et je n’ai pas échappé à la règle malgré mon tempérament de feu et ma langue si pleine d’aplomb. Pourtant lorsqu’elle avait ôté ses vêtements devant moi, je n’avais étrangement plus trouvé rien à répliquer.
Nous avons bien changé tout deux, et nul n’aurait prédit que nous nous retrouvâmes plus de dix ans plus tard, en ce lieu, à avoir cette conversation. Pourtant, toute louve qu’elle soit, toute hiératique qu’elle soit, je sais qu’elle ne m’a jamais considéré comme un client comme un autre. Tout comme je ne l’ai jamais considéré comme une putain comme une autre. Je l’ai souvent payé son prix d’une nuit entière –ce bougre de Faustus ne comprend guère d’autres arguments que ceux qui trébuchent dans sa paume- simplement pour  passer un peu de temps en gracieuse et chaste compagnie, à me laisser choyer, causant de tout, de rien. Il existe entre nous cette tendresse affective qui s’est tissée et nous apporte, je crois, du réconfort à tout deux.  Parfois un réconfort du corps, parfois un réconfort du cœur, parfois un peu des deux.  
Au même titre que quelques uns de mes frères, Kerta fait partie de cette sorte de famille que je me suis bâti, ici à Pompéi. Elle est une référence, un point d’appui et elle vient me le prouver encore ce soir alors que tout me semble s’effondrer autour de moi.

« Je me doute bien que tu n'es pas d'humeur Priam, même si te divertir l'esprit et le corps te ferait grand bien : ta mine pourrait faire trembler un défunt. »

J’esquisse un sourire faible, j’en ai étiré de plus radieux.  Cela ressemble fort à tout ce que je peux faire de mieux pour le moment pour lui témoigner ma gratitude d’être venue, d'être elle. Elle sait toujours comment faire mouche. Je suis heureux de ne pas lui inspirer de la pitié au point qu’elle tienne sa langue pour me ménager.


Si je parviens à donner le change le jour, aux yeux et à la face du monde, le soir et la solitude venus, mon âme s’obscurcit comme mon esprit rejoue sans cesse ce combat qui m’a vu chuter de mon piédestal. Tentant de comprendre pourquoi, comment. Ce que je n’ai pas fait, ce que j’aurais dû faire. Je crois devenir fou. Pourquoi sinon me suis-je acharné sur mon camarade de la sorte il y a quelques jours ? Seul le fouet est parvenu à me faire reprendre mes esprits, alors que cela faisait bien des années que je n’y avais pas goûté. J’avais si bien réussi à dompter ma nature pour m’élever et me rendre digne de l’estime des Lucretii, du duumvir, de tous ceux qui plaçaient leurs espoirs en moi. Une estime que je pouvais entrevoir dans leurs regards. Qui me faisait me sentir si important.
Depuis, je ne me sens que l’ombre de moi-même. Enfermé dans ce personnage taciturne et ce rôle de fantôme qui ne me correspondent pas. Kerta, avec toute la ténacité que je lui connais, essaye de me retrouver sous cette carapace. Ses gestes sont faits pour m’apaiser, pourtant ce soir, j’aurais voulu qu’elle soit dure avec moi, qu’elle me juge sévèrement, qu’elle ne me laisse pas m’enfermer dans cette cage que je viens surajouter à celle qu’on m’impose déjà.
C’est ce qu’elle parvient à faire pourtant en fin de compte, sans même peut-être le vouloir. Trois fois. Trois fois, elle répète ce mot que je tiens en horreur. Alors enfin, le sang semble tout d’un coup retrouver le chemin de mes veines gelées.  Je me dégage d’un mouvement de tête de ses doigts emmêlés dans ma chevelure, comme un gamin vexé et revêche et je me lève pour faire quelques pas, tel un fauve en cage.

-Tu ne comprends pas… Ce n’est pas qu’une défaite, c’était mon combat!  Je ne devais pas perdre! Je ne pouvais pas perdre!

Ce que je laisse éclater là, sans doute fort maladroitement comme de coutume, est ce qui me rongeait depuis tant de temps sans jamais trouver la personne pour les écouter.  Et c’est peut-être parce qu’elle ne m’a pas toujours vu comme le dieu de l’arène que je suis devenu que j’ose tout déverser de ma frustration devant Kerta.
Ce combat ne devait être qu’un détail dans ma longue liste de faits de gloire. Pour ce titre, je me suis imposé une discipline, une stature, insoupçonnées il y a encore quelques mois. De fait j’ai acquis une maitrise technique de mes armes que ne pas fait défaut. Elle n’a jamais été meilleure d’ailleurs, même contre Fortius. Quoi alors ? Le temps passant, je pense m’en être fait une opinion assez précise et franche. Ce Remus… Ce type là avait des tripes. Et je peux bien m’entraîner, jour, nuit, hiver comme été, avoir une technique irréprochable, ça ne comblera pas la différence…
Mon titre ne me reviendra pas  si je ne vais pas le chercher. En suis-je seulement capable?  Tout recommencer depuis le néant? Ce qui m’attend est pire encore : reconquérir ce que j’ai déjà tenu entre mes doigts, les faveurs de la foule qui sont si changeantes… C’est comme réclamer de nouveau les caresses d’une femme que l’on a durement trahi…


Ce coup de sang passé, mon visage se décrispe peu à peu. Je sens le regard scrutateur de la louve sur moi et je ne suis pas en mesure de le soutenir. J’étouffe dans ce rôle de perdant. Je tourne la tête et ma voix s’enroue :

- Je crois bien avoir tout foutu en l’air… -auprès du public, de mes maîtres, de mes frères, de… Mes entrailles se nouent. La honte m’étreint avec autant de fougue que la victoire m’a grisé jadis- Je ne peux pas être personne, Kerta…

Etre Champion, voilà ce qui peut me rendre les chaines et l’anonymat de la vie d’esclave à tout le moins supportables. Depuis que j’en suis privé je me sens mourir à petit feu, entravé par ce destin d’ombre alors que j’ai tant besoin de lumière et je ne vois, pour le moment du moins, rien à l’horizon qu’une existence plus étriquée encore que ces quelques murs. Est-ce pour cela que j’ai finalement tourné le dos à la mort alors que j'aurais pu l'embrasser de ma pleine volonté? Cette existence-là?
Je veux plus. J’ai besoin de plus. J’ai besoin d’être quelqu’un


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Jeu 10 Avr - 12:09




Unbent, Unbowed, Unbroken



Il me fallait être là pour lui. A quoi donc aurais-je été bonne si je n'avais pas pu lui apporter mon soutien en de telles circonstances ? Je me vantais d'être son amie, je devais agir en tant que telle. Ces gestes tendres que j'avais, ce ton apaisant que j'avais employé, c'était bien là le comportement d'une amie, le comportement que je devais avoir et que j'avais envie d'avoir. Je n'aspirais qu'à le consoler, qu'à apaiser cette douleur qui l'étreignait d'avoir tant perdu. Je pensais agir au mieux mais j'avais tort car tout à coup, d'un geste vif, Priam se dégagea de mes doigts avant de se relever tout autant brusquement et de faire quelques pas. Très bien, j'avais donc mal interprété ce qu'il avait dégagé ? Ou peut-être avais-je bien interprété mais avais-je mal agi en conséquence. Alors, s'il ne voulait pas de ma tendresse, que pouvait-il donc vouloir de moi ? Simplement mon corps ? Même pas non puisque si tel avait été le cas, il aurait dégagé ma main mais aurait entrepris une toute autre chose. Non, là, il s'était dégagé de moi avec une certaine forme de violence, une certaine forme de colère. Allons-bon, peut-être n'avait-il pas besoin d'être consolé mais peut-être avait-il juste besoin de purger son cœur de la noirceur qui l'habitait et si je devais être celle qui devait absorber cette noirceur, soit : je le serais.

En le voyant ainsi marcher, Priam me donna l'impression d'être un animal enfermé dans une cage, bouillonnant de rage, dépérissant à petits feux dans cet endroit exigu et lorsque sa voix s'éleva, elle fut à l'image de son corps : tension et colère trop longtemps enfermées. D'après lui, je n'avais pas bien compris l'enjeu de tout ceci car il ne s'était pas agi d'une simple défaite : ce combat avait été le sien et il ne devait pas le perdre, il ne pouvait pas le perdre. Je restai de marbre, l'écoutant avec attention, absorbant chacun de ses mots. Comme il souffrait d'avoir perdu ce combat qu'il n'aurait pas dû perdre, et pourtant... Je fronçai les sourcils, imaginant ce que je pouvais ressentir Priam. Il avait été tant persuadé qu'il lui était impossible de perdre... Peut-être était-ce justement cela qui avait entraîné sa défaite, peut-être qu'à trop avoir confiance en lui, il n'avait pas su se montrer assez méfiant et ce Remus, ce chien du Ludus Naevius en avait profité. La défaite de Priam n'était pas due au hasard et pour pouvoir avancer, il lui fallait l'accepter et la comprendre. Il ne devait pas repousser cette défaite mais l'embrasser, l'enlacer, ne faire plus qu'un avec elle car s'il continuait à lutter contre elle, il allait finir par être complètement et entièrement rongé par elle et du Priam que je connaissais, du Priam qui vivait dans mon cœur il ne resterait plus qu'un vague souvenir.

Mon ami sembla se calmer quelque peu et je vis son visage de détendre doucement. Il posa brièvement son regard sur moi, moi qui le fixait depuis tout à l'heure, moi qui ne bougeait pas un seul cil, mais il se détourna rapidement de moi. Comme il était rare que Priam ne soutienne pas mon regard. Quoi ? Se sentait-il donc si honteux pour ne pas réussir à me regarder en face ? Pourtant, face à moi, il n'avait pas à baisser les yeux car à moi, il ne devait rien : c'était à lui qu'il devait prouver des choses et à personne d'autre. Bien sûr, les regards extérieurs comptaient, le jugement des praticiens et surtout de la foule comptait mais, à la fin de la journée, quand Priam était seul avec lui-même, c'était son propre jugement sur sa personne qui importait, son propre regard sur celui qu'il était et là, sa vision de lui était sans aucun doute affreusement médiocre. Comment aurait-il pu en être autrement ? Bien sûr qu'il avait baissé dans sa propre estime puisqu'il avait échoué là où il n'aurait pas dû échouer. Ce fut finalement son visage qu'il détourna de moi avant de murmurer d'une voix enrouée qu'il croyait avoir tout foutu en l'air. Il ajouta ensuite d'une voix un peu plus éteinte qu'il ne pouvait pas être « personne ».  Je soupirai, mon cœur se serrant quelque peu en l'entendant prononcer de pareils mots. Avant de ne pas pouvoir être « personne », il ne voulait pas être « personne ». On pouvait être « personne », n'être qu'un esclave parmi d'autres, n'être qu'un gladiateur parmi d'autres mais ce qui faisait la différence, c'était ce que l'on désirait du plus profond de nos entrailles et le désir de Priam était clair : briller, ne pas rester dans l'ombre.

Il avait goûté à cette joie, à cette ivresse et après l'avoir perdue, il ne s'imaginait pas ne pas la retrouver. Je pouvais aisément me mettre à sa place et le comprendre.

« Je peux comprendre ce que tu ressens Priam. » finis-je par dire avant de me relever. « Tu t'es battu pour devenir plus que ce que les autres attendaient que tu sois. J'ai fait pareil. Je me suis battue pour en arriver là où j'en suis aujourd'hui et si je devais tout perdre comme toi tu... »

Je m'arrêtai dans ma phrase et fronçai davantage les sourcils en voyant le corps de Priam se crisper. Oui, j'avais bien vu ses muscles se tendre en m'entendant prononcer le mot « perdre » et c'était bien de là que venait le problème : il n'acceptait pas. Je m'avançai vers lui et si ma voix a été douce lors de nos premiers échanges ce soir, elle avait tout à coup pris une toute autre couleur.

« Ce mot... Ton corps tout entier tremble quand il l'entend. Pourtant il va bien falloir que tu l'acceptes : tu as perdu Priam. » Il devait l'entendre, accepter de l'entendre pour l'accepter véritablement. « Ce combat qui était ton combat, ce combat que tu ne devais pas perdre, que tu ne pouvais pas perdre , tu l'as perdu. Tu as perdu. » répétai-je encore une fois et tant pis si cela devait lui cause un peu plus de souffrances mais c'était le seul moyen pour qu'il parvienne enfin à avancer. « Et plutôt que de penser au fait que tu aurais dû gagner ce combat, tu ferais mieux d'utiliser le temps que l'on t'offre pour réfléchir aux raisons qui ont entraîné cette défaite. Pourquoi ce Remus a réussi là où tant d'autres ont échoué ? Que s'est-il passé pour que tu ne sois pas à la hauteur de cet homme ? Tu dois te poser les bonnes questions si tu veux pouvoir récupérer ce qui te revient de droit. » finis-je par dire. Puis, repensant soudain à ce qu'il avait dit, j'ajoutai sur un ton assez sec : « Tu ne veux pas être personne ? Bien, sois quelqu'un, mais cela ne dépend que de toi. Personne ne pourra se battre pour briller à ta place, personne. » Je marquai un silence. « Personne ne se battra pour nous... » finis-je par ajouter d'un ton plus las.

Il était le seul à pouvoir changer son destin comme j'étais moi-même seule pour m'assurer du mien. Au bout du compte, nous étions seuls.




© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Sam 19 Avr - 21:39




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Kerta ne s’avoue jamais vaincue. Je devrais le savoir. Après ma rebuffade, elle se relève et se rapproche de nouveau.
Mon corps se tend comme elle évoque ma défaite. Puis comme elle continue et persiste à marteler ce mot, je la dévisage avec douleur, incrédule. Est-ce donc pour cela qu’elle est venue ? Pour me tourmenter ? Je passe une main nerveuse dans mes cheveux. Qu’elle arrête, par tous les Dieux… Qu’elle arrête avec ce mot… Chaque fois qu’elle le prononce, c’est une gifle qu’elle m’assène, un coup de plus à mon honneur. Pourquoi m’inflige-t-elle cela ? Ne comprend-t-elle pas combien c’est douloureux ? Si douloureux…

Après la douceur et la tendresse dont elle m'a entouré, voilà que son ton se fait plus dur, plus cinglant. Je devais me trouver satisfait qu’elle préfère l’abrupte vérité à la pitié doucereuse, pourtant face à ses propos, mon cœur se soulève de révolte. Me battre ?! Pour qui me prend-t-elle? Pour un faible, un lâche et un couard? Comme si j’avais toujours renié à la tâche… Je sais ce que j’ai à faire! J’ai peut-être supplié cette fois, mais je ne supplierai pas toujours. Je suis peut-être vaincu mais je reste indompté.


Comme je la sens se détacher de moi, laissant une phrase en suspens, j’attrape son poignet d’un geste vif pour la retenir. Elle ignore ce que ses paroles ont réveillé. Cette force sourde, venue des tréfonds de mon être, qui me dépasse et me submerge. Je la force à faire volte-face pour me regarder. Mes dents se dévoilent comme des crocs prêts à l’attaque et je grogne enfin :

-Ca suffit…

Sais-tu seulement ce qu’il en coûte à l’âme, Kerta, de se soumettre comme je l’ai fait, toi que je n’ai jamais vu baisser les yeux devant quiconque ? Toi dont le regard à présent, semble me dévisager, me défier, me jauger. Et bien, vois, je ne le fuis plus.
Oui, regarde-moi bien, je te prouverai. Jamais plus je ne veux avoir à plonger dans les ténèbres après avoir côtoyé de si près le soleil. Jamais plus tu ne me verras ainsi, ombre parmi les ombres. Je ne suis plus le garçon que tu as déniaisé. Je suis Priam et je suis fait pour briller, pour vaincre. Je ne serais jamais « personne ».

J’ai besoin de la convaincre. Peut-être plus encore de me convaincre moi-même. Son souffle chaud vient effleurer mon cou dans notre face à face devenu belliqueux. Cette caresse fugace hérisse ma peau. Je veux tout, sans compromis. Et je la veux elle aussi. Ici et maintenant.


Mes lèvres plongent pour s’emparer des siennes, charnues et soyeuses. Je lâche son poignet pour l’attirer plus près de moi jusqu’à ce que nos corps se rencontrent. Je l’embrasse d’un baiser sans amour, ni tendresse. Je l’embrasse comme je pourrais la mordre, la dévorer. En cet instant où la bête prend empire sur l’homme, je ne songe qu’à la posséder.
Cette nature n’est pas la mienne, je ne suis pas ainsi, je ne suis pas cet animal dénué de toute limite, je ne veux pas le croire. Je veux pourtant me perdre ce soir dans cette condition. Perdre toute conscience de mon mal-être, de ma déchéance, de la douleur. C’est plus facile… Tellement plus facile que de devoir supporter la réalité. Je veux avoir empire sur quelque chose, quelqu’un, et ce sera elle.

Mues par un désir urgent et impatient, mes mains s’égarent le long de ses courbes tandis que ma langue trace un sillon le long de la veine palpitante de son cou avant que mes dents ne se referment sur le lobe de son oreille. Je remonte sa tunique les doigts brûlants pour dévoiler ses cuisses blanches dans lesquelles tant d’âmes en perdition sont venues trouver chaleur et réconfort.
Je crois l’avoir habituée à plus de considération et de délicatesse. Mais ce soir, il n’est pas question de ces sentiments, il s’agit d’un combat. Un combat pour oublier celui qui a vu ma défaite. J’ai besoin d’une victoire, aussi déloyale soit-elle. Peut-être le comprendra-t-elle…


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Dim 27 Avr - 11:03




Unbent, Unbowed, Unbroken



La solitude. Nous en revenions à cela, encore et toujours. J'étais seule pour prendre en main mon destin. Priam était seul pour prendre en main le sien. Nous ne pouvions compter que sur nous-mêmes, nous n'avions pas d'autre choix. Est-ce que cela rendait les choses plus faciles ou plus difficiles ? Plus facile sans doute car à ne compter que sur soi-même, on avait forcément moins de risques d'être déçu. Quoique... En y réfléchissant plus avant, Priam avait été déçu par ce qu'il avait fait ou plutôt par ce qu'il n'avait pas réussi à faire c'est à dire remporter le combat. Seul face à lui-même il l'était mais finalement, cela ne rendait pas sa situation plus facile. Alors quoi ? Nous étions donc condamnés à toujours nous battre contre nous-mêmes, contre tous les autres également pour pouvoir nous en sortir ou au moins essayer de nous en sortir ? Apparemment oui, il en était ainsi. Cela n'avait rien de très encourageant et ce fut pour cela que je me sentis m'éteindre doucement, que mes épaules s'abaissèrent progressivement. Je ne pouvais pas avoir d'autres mots pour Priam que ceux que j'avais prononcés à l'instant. Je me détournai donc de lui, préférant le laisser réfléchir à ce que je lui avais dit, préférant le laisser trouver les réponses à ses questions seul quand je sentis sa main se refermer avec force autour de mon poignet avant de me forcer à faire volte-face dans un geste brusque. Je fronçai les sourcils avant de planter mon regard dans le sien : à quoi jouait-il ? C'est alors que les mots claquèrent comme un fouet. « Ça suffit » grogna-t-il, plantant un regard sombre et déterminé dans le mien.

Oh, l'avais-je contrarié ? Apparemment oui car son ton et son regard ne pouvaient laisser aucun doute. Pourtant, je n'avais jamais fait que dire la vérité mais c'était sans doute pour cela qu'il réagissait d'une façon aussi violente. La vérité faisait souvent très mal mais elle était préférable au mensonge, c'était en tout cas ainsi que je voyais les choses et dans ce cas, il était vital qu'il accepte cette vérité sinon il ne pourrait jamais apprendre de ses erreurs. Alors, certes, je l'avais mis en colère mais si cela pouvait finalement l'aider, j'étais prête à accepter son courroux. Mon regard planté dans le sien, je restai là sans bouger à le fixer. Ses doigts serraient mon poignet avec tant de force que j'en avais des fourmis dans la main mais je ne dis rien, me contentant de laisser mon regard totalement plongé dans le sien, le fixant, ne cillant à aucun moment. Ce fut là mon erreur car à le regarder de cette façon, à le laisser plonger dans mon âme sans aucune retenue, ce fut le désir qu'il éveilla tout à coup en moi. Ce désir qui nous avais poussés à nous mélanger à tant de reprises auparavant. J'hésitai un instant puis penchai légèrement la tête jusqu'à ce que mes lèvres ne viennent effleurer la peau de son cou : après tout, j'étais venue pour lui apporter mon soutien et finalement, après lui avoir jeté des vérités difficilement acceptables à la figure, je pouvais bien lui donner autre chose, n'est-ce pas ? Je voulais le soulager car je savais qu'en lui disant toutes ces choses j'avais ouvert une blessure et il me fallait la panser de la seule façon dont j'étais capable de le faire.

Tout bascula ensuite.

Je sentis les lèvres de Priam s'écraser avec force sur les miennes dans un baiser charnel et bestial au moment où sa main lâcha mon poignet pour finalement laisser ses bras entourer mon corps et me serrer avec force contre lui. Même dans cette étreinte il n'y avait que violence et rage, tout ce qui était en train de le consumer petit à petit. Cela ne lui ressemblait pas car même si nos ébats avait été plein d'ardeur et de passion, il ne s'était jamais montré violent et là, c'était bel et bien cela qui ressortait de cette étreinte : de la violence. Allais-je l'empêcher d'avoir un tel comportement avec moi ? Non. En cet instant, j'étais là pour lui. En cet instant, j'étais à lui. Il pouvait donc bien faire ce qu'il voulait de moi : je m'étais offerte à lui en connaissance de cause et s'il avait besoin d'une telle étreinte, alors j'allais la lui offrir. S'il avait besoin de violence, j'allais aller dans son sens. Je refermai mes bras autour de son cou, le pressant un peu plus contre moi, cessant finalement de réfléchir et me laissant porter par le désir éveillé aux tréfonds de mon corps. Je sentis ses mains se mettre à parcourir mon corps avec une urgence et une impatience qui ne lui ressemblaient pas mais le laissai faire, préférant savourer chacune de ses caresses plutôt que de continuer à me poser mille et une questions. Je laissai échapper un soupir de plaisir lorsqu'il laissa finalement glisser sa langue dans mon cou avant qu'il ne vienne mordiller le lobe de mon oreille. Mes doigts se crispèrent dans les cheveux de Priam quand je sentis ses doigts relever ma tunique, découvrant ainsi pleinement mes jambes, mes cuisses, cette partie de moi que j'avais déjà offerte à tant de reprises, à tant d'hommes. Ses doigts glissèrent sur ma peau, me caressant sans ménagement, éveillant le volcan qui sommeillait en moi et je le laissai faire.

Je me laissai faire.

Certains hommes aimaient avoir le contrôle, d'autres préféraient ne rien contrôler du tout et là, en cet instant, je savais que Priam faisait partie de la première catégorie et j'avais l'intention de lui donner ce dont il avait besoin : le contrôle, le pouvoir, la puissance. Tout ceci était sien car j'étais sienne. Cependant, mon instinct était parfois difficile à contrôler et voilà pourquoi je finis par glisser mon visage dans son cou, laissant ma langue glisser sur sa peau, mes mains quittant finalement ses cheveux pour aller se balader ça et là sur son torse puis vers son bas-ventre. Je fus cependant stoppée dans mes gestes car Priam glissa ses mains sur mes poignets avant de nous faire glisser rapidement au sol de sa cellule. Mes poignets emprisonnés furent plaqués au sol de part et d'autre de mon visage et Priam plongea quelques instants son regard brûlant dans le mien, un regard que je soutins encore une fois sans ciller. « Je suis à toi. » lui criai-je ainsi par la pensée. « Fais ce que tu veux de moi. » lui hurlai-je ainsi par la pensée et la façon dont je soulevai légèrement mon corps à ce moment-là pour me mouvoir contre lui lui cria tout ceci également. A ce moment-là, ses lèvres retrouvèrent les miennes dans un baiser tout autant urgent et violent qu'il l'avait été quelques instants auparavant et je le lui rendis sans aucune retenue.

Mets fin à tes souffrances et aux miennes.




© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Mer 7 Mai - 21:47




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Ses doigts retrouvent le chemin de mes cheveux d’une manière bien moins maternelle qu’un peu plus tôt au cours de notre échange. Je sens son désir qui les électrise et mon audace s’en trouve libérée. Comme je les sens ensuite s’égarer le long de mon corps, je les repousse : nous n’en avons pas le temps aujourd’hui, il ne s’agit pas de ça… D’ailleurs, si ça avait le cas, nous n’avions qu’à faire un ou deux pas au plus, pour trouver le chemin de ma couche. Au lieu de ça, je l’entraîne à même le sol. Entre nous ce soir, ce sera semblable au reste de nos existences : poussiéreux, rude et sans confort. Je ne recherche à vrai dire pas le plaisir en lui-même, et je crois que Kerta l’a compris, seulement la liberté de l’esprit, celle-là même que je connais en combattant. La délivrance.

Une part de moi, celle que je connais, ne trouve rien d’autre à faire qu’à se terrer face à cette noirceur qui semble transpirer par chaque pore de ma peau. Qui est cet homme qui veut et qui prend, sans aucun état d’âme ? J’ai fréquenté des femmes de tous âges et de toute condition, mais je ne crois pas, jamais, avoir agi de la sorte avec aucune d’entre elle. Pourquoi le faire alors avec celle-ci pour laquelle j’ai d’ordinaire tant de considération et respect, toute pute soit-elle ? Peut-être parce qu’en cet instant, je crois qu’elle est la seule à mesurer l’abîme de mon désespoir et de ma solitude que je n’ai pas le courage de dissimuler plus longtemps, et à être en mesure de l’affronter.

Kerta est un roc, inébranlable, je lui suis supérieur par la force de mon corps mais je sais son esprit invincible. Elle a dû en subir des hommes comme celui que je deviens ce soir, mais sa tête est toujours demeurée haute. Là encore, en cet instant où je me tiens au dessus d’elle, emprisonnant ses mains des miennes, elle ne détourne pas son regard. Ce regard qui n’a rien d’une proie face au prédateur. Ce regard qui me presse d’en finir et d’expier tous ces tourments qui me rongent.


Je dénoue à la hâte mon subligarium, puis laisse ma main courir sa cuisse veloutée avant de s’en saisir et de l’enrouler autour de mes reins. Et enfin je fraye mon chemin en elle.

J’instille dans notre étreinte toute ma rage de vaincre, celle qui m’a fait tant défaut il y a un mois et que je veux retrouver. Je ne suis pas faible, tu le sais n’est-ce pas Kerta ? Tu le sais, toi, que ma gloire n’est qu’éclipsée et non perdue…  Je resserre davantage mon emprise, tandis que mes lèvres marquent frénétiquement sa peau pour ne la posséder que davantage. Et bien qu’ils nous entendent, tous dans cette foutue maison, et qu’ils sachent que Priam ne gardera pas plus longtemps sa place dans l’ombre, et qu’il peut encore remporter de belles victoires, sur ce terrain-ci, comme sur tous les autres.

Belle et désirable, Kerta fait tourner la tête de tant d’hommes, prêts à se saigner aux quatre veines pour acheter ses faveurs et l'illusion de son amour. Je suis stupide au point de prétendre tirer de mon acte une quelconque gloire, m’en savoir l’amant a de quoi me gonfler de fierté. Au milieu des gémissements et des soupirs de la louve, que je ne peux en cet instant n’imaginer que sincères –si feints ils sont, son amitié doit la pousser à les rendre suffisamment crédibles je suppose- je me sens si sottement puissant. Je devrais savoir pourtant, je l’ai appris à son contact, à quel point le plaisir des femmes est complexe, bien plus que le nôtre, et combien mes assauts égoïstes doivent être bien loin de lui rendre justice. Qu’importe, elle et moi manquons de tout, et les Dieux poussent pourtant l'ironie à nous faire vouloir tout. Alors, nous nous contenterons bien de ce que nous pourront trouver l’un en l’autre.

Après l’avoir enfermée encore davantage dans mon emprise brûlante au moment d’atteindre les cimes, enfin mon corps et mes muscles se décrispent, dans un râle d’abandon. Le  brasier de mon âme s’est consumé totalement, et j’attends cette ultime délivrance de l’esprit, ce sentiment de paix véritable.  En vain. Hors d’haleine, je repose mon front humide dans le creux de son cou chaud et palpitant. Ce terrible constat s’impose à moi et me pique âprement les yeux. J’ai toujours aussi mal.


Le réconfort que Kerta m’a offert est réel pourtant, nous utilisons nos corps aussi bien que les mots et parfois même nous nous comprenons mieux ainsi. Si j’ai mal ce n’est qu’être un étranger à moi-même et si j’ai honte cette fois, ce n’est plus de mon échec, mais bien de l’avoir utilisé de la sorte. D’avoir été un de ces hommes-. J'attends un instant, pendant que le silence se fait au dessus de nous. Enfin, j'ose redresser ma tête et dans mon regard, plus de fureur incandescente, seulement celui que la Gauloise a toujours connu. Je crains ce que je pourrais lire dans le sien. La peine ? La colère? Pire, le dégoût ? J’articule péniblement :

-Pardonne-moi, Kerta… Je n’aurais pas dû.

Je me laisse glisser sur le côté avant de me redresser sur mes deux jambes et de tendre une main à Kerta pour l’aider à se relever. Le silence encore. Je passe doucement mes doigts dans sa longue crinière blonde pour en chasser toute la poussière du sol de ma cellule :

-Pas comme ça.

Peut-être qu’avec une autre louve, je n’aurais pas éprouvé le besoin de justifier ou d’excuser ma manière d’agir. Peut-être même ais-je déjà été tout aussi détestable sans y prendre garde ou même m’en rendre compte. Il n’empêche que Kerta m’est bien trop chère, une sœur par le cœur à défaut du sang, pour fouler ainsi au pied la considération que j’ai pour elle.


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Sam 10 Mai - 11:10




Unbent, Unbowed, Unbroken



Un moment suspendu en plein vol, un instant de silence volé au milieu des gémissements qui venaient des cellules voisines. Lui, au-dessus de moi, son regard déterminé et brûlant plongé dans le mien et moi, juste là, m'offrant complètement à lui, soumise comme il m'était bien rare de l'être. Cette soumission là était différente de celles que j'avais pu offrir à certains hommes quand ils l'avaient souhaité. Cette soumission que j'offrais à Priam n'était aucunement amère ou douloureuse, aucunement difficile à accepter, bien au contraire car j'étais prête à tout pour lui, pour lui apporter ce réconfort, cette paix de l'âme et du cœur qu'il cherchait désespérément. Lorsque j'avais réussi à obtenir l'accord de venir jusqu'au ludus, c'était bien dans l'intention de faire tout ce qui était en mon pouvoir et si j'avais pu l'apaiser simplement avec des mots je l'aurais fait. Il en était cependant autrement. Ce corps qui était le mien était tellement plus utile que de simples mots. Ce corps qui avait frémi sous les assauts des hommes, parfois prétendu avoir frémi, allait être l'échappatoire de mon ami et amant. Je ne voulais rien d'autre que cela, que lui, car il m'était spécial et me serait toujours spécial. Il m'était unique. Il était unique. Cet être invisible qu'il avait peur de devenir, il ne le serait jamais à mes yeux et c'était bien cela que j'espérais lui faire comprendre à travers cette étreinte qu'allait être la nôtre : il ne serait jamais personne. Jamais.

Un instant encore, et sa main parcourut ma cuisse après qu'il eût dénoué son subligarium, m'arrachant un frisson  et ce fut un soupir qui s'échappa de mes lèvres lorsqu'il noua ma jambe autour de lui avant de venir se perdre en moi. Mes doigts se crispèrent et se refermèrent, mes poings se serrèrent et mon regard ne cilla pas sous les assauts de Priam. Des assauts oui car il ne subsistait aucune volupté, aucune sensualité dans ce que nous étions en train de partager. Il n'y avait plus que rage et détermination de la part de Priam, un autre Priam que je découvrais en cet instant : un Priam bien plus fougueux, bien plus enragé, bien plus égoïste aussi car il ne s'agissait que de lui et non pas de moi ou de nous. Il était l'auteur de ce moment dans notre histoire, l'acteur de ces ébats. Y pensais-je plus avant ? Non, tout simplement parce que les gestes de Priam, qu'ils fussent animés par son désir de se prouver et de me prouver qu'il n'était pas faible, qu'il méritait bel et bien toujours sa place de Champion et que cette place allait lui revenir à un moment ou à un autre, réveillèrent le feu qui sommeillait en moi. Je cessai donc de réfléchir, car il était bon de pouvoir se laisser aller dans ses bras. J'étais une louve et on m'avait appris à faire plaisir aux hommes jusqu'à en oublier mon propre plaisir, on m'avait appris à bouger pour mieux les satisfaire, à gémir pour mieux gonfler leur égo. Tout cela on me l'avait appris : faire semblant, prétendre et c'était tellement facile mais également terriblement désolant. Le plaisir... Le véritable plaisir se faisait finalement plus rare qu'on ne pouvait le penser mais certainement pas quand c'était Priam qui se liait à moi de cette façon.

Jamais quand il s'agissait de lui.

Il était différent, notre relation était différente alors nos ébats l'étaient tout autant et en cet instant, bien qu'il fût perdu dans les méandres de son esprit et de son propre plaisir, le mien n'en fut pas en reste. Si j'étais là pour lui apporter du réconfort, il ne faisait aucun doute qu'il m'en apportait également et ce, par chacun de ses gestes même s'ils se faisaient plus brutaux qu'à l'ordinaire. Alors, je me laissai complètement emporter, ne faignant aucun soupir, aucun gémissement, mon corps parlant à ma place et il fut criant de vérité à un tel point que le brasier incandescent que Priam avait éveillé et attisé devint rapidement insoutenable. Mes poings se serrèrent davantage à en faire blanchir mes jointures lorsque le brasier s'enflamma plus encore jusqu'à ce qu'il devienne un véritable jaillissement de lave brûlante, jusqu'à m'en faire perdre pieds pendant quelques secondes. L'instant d'après, Priam m'enferma davantage dans son emprise et je sentis son corps se contracter autant que le mien avait pu se contracter quand, à son tour, il parvint à goûter à ce moment ultime et grisant, ce moment où tout s'effaçait l'espace d'un instant. Je fermai les yeux quand Priam posa finalement son front humide dans le creux de mon cou, ma poitrine se soulevant au rythme de ma respiration encore profonde et saccadée. Mon cœur ne s'était pas autant accéléré depuis tellement longtemps... Ce moment de silence fut pour moi autant apaisant qu'avait pu être brûlant le moment d'extase que Priam avait su m'offrir. J'aimais ce silence entre nous, même s'il était encore ponctué par des gémissements ça et là autour de nous.

J'aimais simplement pouvoir profiter de cet instant.

Je sentis Priam se mouvoir contre moi et rouvris finalement les yeux, laissant l'instant s'envoler comme tout le reste. Je croisai son regard et aussitôt, mon cœur se serra en voyant de nouveau ce voile dans son regard : n'avait-il donc pas réussi à trouver un semblant de paix ? Apparemment pas. Sa bouche s'entrouvrit et il me demanda pardon avant de me dire qu'il n'aurait pas dû faire ce qu'il avait fait. De la culpabilité ? Allons bon, et en quel honneur ? Je fronçai légèrement les sourcils lorsqu'il glissa sur le côté avant de se redresser. Il me tendit une main dont je n'hésitai pas à me saisir pour me relever. Une fois debout, je me rendis compte que j'avais le dos quelque peu endolori : sans doute aurais-je quelques marques, peut-être mêmes quelques hématomes mais cela n'avait guère d'importance. Je glissai ma main sur ma robe, la dépoussiérant un peu quand Priam glissa ses doigts dans ma chevelure, sans doute parce que mes cheveux avaient autant besoin d'être dépoussiérés que ma robe. « Pas comme ça. » ajouta-t-il et cette fois-ci, ce fut la phrase de trop. Je soupirai et secouai négativement la tête avant d'essuyer ma main sur ma robe et d'aller la poser avec délicatesse sur la joue de Priam, mon regard cherchant le sien.

« Cela suffit. Je ne veux pas t'entendre t'excuser. » murmurai-je tout bas avant de me retourner pour lui faire face.

Je m'approchai de lui, réduisant considérablement la distance entre nous, distance qui n'était déjà pas très grande. Ainsi, je me retrouvais de nouveau presque collée à lui, caressant sa joue du bout des doigts.

« Tu as fait ce que tu avais besoin de faire et je t'ai laissé faire. Me serais-je plainte sans m'en rendre compte ? » lui demandai-je en esquissant un petit sourire complice. « Non. Tu n'as donc aucune raison de t'excuser. C'était ce que je voulais : être là pour toi, peu importait la façon. J'espère juste... »

Je marquai un silence et mon sourire se fana doucement car j'aurais voulu voir le regard de Priam briller davantage. J'aurais voulu voir moins de douleur et c'était loin d'être le cas. Je craignais de n'avoir servi à rien. Pour la première fois, je détournai le regard.

« Je crains de ne pas avoir été d'un grand réconfort. » finis-je par lui avouer. « J'aimerais tellement effacer ta douleur... » ajoutai-je dans un souffle.

J'avais eu des mots durs envers mon ami et je les avais pensés. Je les pensais toujours en fait car j'étais bel et bien persuadée que s'il souhaitait véritablement s'en sortir, il ne pourrait que le faire seul car personne n'allait se battre à sa place. Cependant, même si je ne pouvais pas me battre à sa place, j'aurais voulu être être au moins capable d'apaiser sa douleur. En réalité, je ne supportais pas qu'il ait mal de cette façon car il était mon ami le plus cher en ce bas monde.




© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Lun 26 Mai - 14:31




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Le pardon tacite qu’elle m’accorde, ses doigts effleurant ma joue, libère ma poitrine d’un poids. Aucune rigueur dans ses paroles, sinon la crainte de ne pas avoir été suffisamment consolatrice. Je retrouve dans ses mots, la chaleur et la bienveillance dont elle m’a toujours entouré: comme si j’étais à ses yeux, du moins l'ais-je toujours vécu comme tel, malgré ma stature de gladiateur, ce petit être fragile qu’il lui appartenait de protéger, de chérir et de guider sur les sentiers tortueux de la vie coûte que coûte.
Je ne m’en suis jamais plains, sa manière d’agir me donne un ancrage dans le monde, au-delà du ludus. Un doux sentiment d’affection dont je ne connais personne, tout guerrier sauvage soit il, capable de s’en passer. Elle détourne les yeux et pourtant je cherche à les capter de nouveau, animé d’une sérénité, d’une sagesse presque que je ne me connais pourtant guère :

-Cela ne t’appartient pas Kerta… Tu l’as dit, non ? C’est à moi qu’il revient de trouver une issue. Seul. Tu m’as apporté plus que tu ne peux le penser : j’ai oublié ma peine l’espace d’un instant et maintenant, je sais qu’elle ne peut pas être éternelle. Ce sera dur, douloureux, chaque seconde de chaque jour… Mais elle passera, ma honte et le souvenir de ma défaite avec elle,  et je redeviendrai qui je suis.

Ce mot... "Défaite", c'est la première fois qu'il ose enfin franchir mes lèvres. Il est amer mais je parviens à en tolérer le goût. Lorsqu’enfin nos yeux se retrouvent, je lui souris et approche son front de mes lèvres pour y déposer un baiser. Enfin, je l’enserre de mes bras et la garde un instant dans cette étreinte affectueuse, mon menton reposant sur sa tête dorée.

-Il y a bien des manières dont tu peux me réchauffer le cœur de ton amitié, je ne veux pas que tu crois que tu n’as rien d’autre à offrir que ton corps… Tu vaux mieux que ça, je l’ai toujours pensé. Je sais moi qui se cache à l’intérieur… -je la relâche un peu et affirme avec la plus franche des certitudes- Pas une putain… mais une putain de dame !

Desserrant notre étreinte, je me dirige vers une carafe d’eau posée dans un coin de ma cellule et la lui tend accompagnée d’un linge de lin à peu près propre semble-t-il, afin qu’elle puisse se rafraîchir. Je me détourne, soucieux de lui accorder un peu d’intimité, bien étrange si l’on considère  l’instant que nous venons de vivre et ma propre nudité pour laquelle je n’éprouve d’ailleurs nulle pudeur en sa compagnie.

Face au mur, je me saisis d’une pierre descellée par mes soins. Dans le renfoncement, je glisse mes doigts pour atteindre le cuir tendre d’une bourse. Cachette bien sommaire, mais qui m’assure un semblant de propriété sur la part de mes gains qui me revient, vis-à-vis de mes maîtres et de mes frères.
J’ignore pourquoi je me suis borné à économiser ce maigre pécule, il n’y ait rien dans ce monde qui ne me soit accessible et contrairement à d’autres je n’économise pas pour atteindre le prix de ma liberté. Pourtant je connais son pouvoir sur les hommes et le peu que j’ai réussi à obtenir et à conserver me permet aujourd’hui de lui trouver bon usage en achetant le savoir auprès d’Ulysse et la liberté de Kerta, au moins pour cette nuit. Je tends les pièces nécessaires à la louve :

- Prend et dis à Faustus que tu as satisfait beaucoup d’hommes ce soir. Mais reste ici si tu le veux bien jusqu’à ce qu’il soit l’heure de rentrer.

Nous avons tous un prix et celui de Kerta se trouve au creux de ma paume. Pourtant l'amitié dont elle me gratifie est, elle, incommensurable. Pour être venue jusqu'à ma cellule ce soir, bravant l'interdit, dans le seul but d'honorer sa loyauté à mon égard dans un des moments les plus noirs de mon existence, je lui dois bien ça. Je n’essaye pas de racheter ma culpabilité par de l’argent, seulement lui offrir quelques heures de répit où elle n’appartient qu’à elle-même.


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Mer 18 Juin - 18:00




Unbent, Unbowed, Unbroken



Il  n’y avait guère qu’en présence de Priam que je pouvais me montrer si douce et si vulnérable car oui, vulnérable je l’étais de par cette culpabilité qui me serrait les entrailles. J’aurais voulu faire bien plus pour Priam, le soulager véritablement de toute sa douleur, être tout ce dont il avait besoin mais il avait besoin de bien plus que le corps d’une femme chaudement enlacé contre le sien : il avait besoin de choses qu’il m’était impossible de lui donner et cela me peinait sincèrement car Priam était bien la dernière personne que je souhaitais voir souffrir. Je l’écoutai me dire qu’il était le seul à pouvoir trouver une issue comme je lui avais fait remarquer. Certes, je ne pouvais pas lui apporter les réponses ni les solutions mais le réconfort… Cela j’aurais dû être capable de le lui apporter et j’avais véritablement l’impression d’avoir failli. Ce fut lui qui me rassura en m’assurant que je lui avais apporté plus que ce je n’avais pu le croire. L’espace d’un instant, dans mes bras, il avait réussi à oublier sa peine. Vraiment ? J’avais réussi à faire cela ? Pourquoi donc son regard restait-il voilé dans ce cas ? Sans doute parce que sa peine était trop grande pour être effacée aussi vite et lorsqu’il ajouta qu’il savait à présent que sa peine n’était pas éternelle, j’esquissai l’ombre d’un sourire. J’avais donc réussi ce pour quoi j’étais venue : j’avais accompli ce que j’avais espéré de tout mon être. Même si la peine était toujours là, il savait à présent qu’il allait réussir à s’en sortir même si le chemin promettait d’être difficile et tortueux mais si j’avais pu faire naître l’once d’un espoir dans son cœur, cela me suffisait. Je finis par hocher la tête quand il affirma qu’il allait redevenir celui qu’il avait été et qu’il était toujours. Mon cœur se gonfla de fierté car mon ami avait enfin employé le mot « défaite », il avait enfin fait face et c’était tout à son honneur. Pour ce qui était de revenir celui qu’il était réellement, je n’en doutais pas : bien sûr qu’il allait y arriver. Il avait été le Champion et allait récupérer ce titre, quoi qu’il en coûte.

Je relevai finalement mon regard vers lui et l’observai avec tendresse et à peine avait-il croisé mon regard qu’il s’avança vers moi en m’adressant un doux sourire avant de déposer un tendre baiser sur mon front. Un baiser qui eut le don d’élargir mon propre sourire. Il pouvait paraître étrange que nous fussions à la fois capable d’ardeur et de douceur, de passion et de tendresse et pourtant, l’un comme l’autre nous paraissait tellement naturel que l’on ne se posait pas de questions. J’acceptai bien volontiers l’étreinte de ses bras et me blottis contre lui, savourant cet instant de tendresse. Encore une fois, au contact de Priam, je me métamorphosais, j’étais capable de me laisser aller, d’apprécier un moment simple de douceur. Je glissai mes bras autour de sa taille et mes doigts caressèrent sa peau avec douceur jusqu’à ce qu’il reprenne la parole et alors, mes doigts se resserrèrent sur sa peau. Ils se resserrèrent parce que les mots qu’il était en train de susurrer à mon oreille étaient merveilleusement tendres et agréables. Il me donnait de l’importance, m’attribuait une valeur que personne d’autre en dehors de lui n’était capable de faire et quand il me relâcha un peu avant d’affirmer que je n’étais pas une putain mais une putain de dame, je laissai échapper un bref rire. Voilà une façon bien particulière de voir les choses mais c’était très gentil de sa part de tenir de pareils propos même si j’avais du mal à me voir de la façon dont il me voyait. Une dame à l’intérieur et pas une putain ? Pourtant, je n’avais toujours été que ça enfin, pas toujours c’est vrai mais ma vie d’avant ne comptait pas, elle ne comptait plus. J’avais abandonné mon prénom depuis longtemps déjà et j’étais devenue Kerta et ne serait sans doute jamais plus que Kerta mais je décidai de ne pas faire part de cette pensée plutôt maussade à Priam alors qu’il s’était montré particulièrement tendre et réconfortant alors qu’il était celui qui avait le plus besoin de réconfort.

Il relâcha son étreinte et je chassai mes sombres pensées car je ne tenais pas à replonger dans le passé sombre et brumeux. Priam s’éloigna pour finalement me tendre une carafe d’eau et un linge ce qui eut le don de m’arracher un nouveau sourire : il faisait vraiment preuve de considération à mon égard et cela n’était pas étonnant venant de sa part car il ne m’avait jamais manqué de respect mais il s’agissait là d’attentions qui me faisaient toujours plaisir. Il alla jusqu’à se détourner et j’entrepris alors de me nettoyer un peu. Cela me fit du bien, en particulière parce que mes cuisses avaient besoin de fraîcheur après l’ardeur avec laquelle Priam avait ravagé mon corps. Le contact du linge humide me fit beaucoup de bien et je déposai bientôt le tout au sol après m’être rafraîchie. Je m’en retournai vers Priam et c’est là que le vis me tendre des pièces. Je fronçai les sourcils : il n’était pas censé payer quoi que ce soit puisqu’il n’avait pas été question du moindre échange entre nous, pas officiellement tout du moins. L’explication tomba alors et l’espace d’un instant, j’eus envie de refuser : je ne voulais pas prendre l’argent de Priam alors qu’il s’était tant battu pour le gagner et en même temps… Eh bien, mon ami me demandait de rester avec lui et il me payait non pas moi mais le temps passé en sa compagnie plutôt qu’en compagnie des autres gladiateurs afin que je n’aie pas d’ennuis une fois de retour au Lupanar. Mon regard sincèrement reconnaissant plongea dans celui de Priam.

" Je n’en mérite pas tant. " murmurai-je tout bas. " Mais je te remercie. " ajoutai-je en récupérant les pièces avant de les glisser dans la petite bourse en cuir qui était fermement accrochée à ma ceinture.

Il venait de m’offrir du répit et du temps à ses côtés tout en n’ayant aucune crainte quant à mon retour entre les murs de ce qu’était ma maison depuis des années et des années. J'allai m'installer sur sa couche tout en ne le quittant pas des yeux. Je croisai les jambes avant de m'adosser contre le mur en soupirant.

" C'est étrange. " dis-je soudain. Finalement, voilà que j'avais décidé de donner des mots à mes pensées alors que quelques instants plus tôt j'avais préféré les taire. A croire que j'avais véritablement besoin de me confier à mon ami. " Ce que tu as dit à mon propos... Je n'arrive pas à me voir de la même façon que toi tu me vois. " expliquai-je à Priam. " Quand tu dis que je ne suis pas qu'une putain... Qu'est-ce qui te pousse à tenir de pareils propos ? Qu'y-a-t-il en moi qui t'évoque autre chose que la catin que je suis depuis des années ? Je n'arrive pas à comprendre... "

J'étais sincèrement perdue et curieuse également. Curieuse de savoir quel aspect de celle que j'étais donnait cette idée folle à Priam que je n'étais pas que ce je croyais être. J'étais décidément une bien piètre amie car les rôles étaient à présent inversés. J'étais venue pour réconforter Priam et certes, j'avais plus ou moins réussi, mais j'aurais dû m'enquérir de ce qu'il se passait pour lui depuis sa défaite, j'aurais dû lui demander des détails sur sa vie au Ludus depuis qu'il avait perdu son titre de Champion mais voilà qu'à la place je restais focalisée sur quelques mots qu'il avait eus à mon égard. Je restais focalisée sur ce que je pouvais lui inspirer et pourquoi je le lui inspirais.

Quel nombrilisme...




© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Mer 16 Juil - 21:25




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Je suis heureux et soulagé de voir Kerta se saisir de la bourse que je lui tends, sans prendre ombrage de mon geste. Kerta vaut davantage de pièces que toutes les autres louves de Faustus. Depuis les années, son savoir et l’expérience acquise dans les manières de satisfaire les hommes en ont fait une maîtresse prisée de bien des Pompéiens et même des voyageurs de passage, sa beauté a fait le reste. Faustus tient la une manne financière qui lui rapporte gros, je sais ce qu’il en coûte d’obtenir ses faveurs pour la nuit et je soupçonne un instant Kerta de jouer de fausse modestie. Et puis c’est la lassitude que je décèle dans sa voix, la fragilité dont elle se teinte qui me fait douter.

Tandis que je me saisis de mon subligarium que je renoue autour de mes hanches, je la regarde s’installer sur ma couche. Non pas à la manière d’une louve mais à la manière d’une amie qui s’apprête à passer une nuit blanche de conversation et de confidences. Je ne savoure pas moins ces instants d’échange que ceux faits de passion charnelle et je prends place à ses côtés, adossé tout comme elle contre le mur derrière lequel Suspirium et ses belles se sont enfin tus.

C'est étrange.  Ce que tu as dit à mon propos... Je n'arrive pas à me voir de la même façon que toi tu me vois. Quand tu dis que je ne suis pas qu'une putain... Qu'est-ce qui te pousse à tenir de pareils propos ? Qu'y-a-t-il en moi qui t'évoque autre chose que la catin que je suis depuis des années ? Je n'arrive pas à comprendre... "


D’abord surpris par ses interrogations comme elle les formule à voix haute, je finis par répondre sans un cillement, ni une once d’hésitation, ce qui est pour moi une évidence depuis des années.

-La flamme. Dans tes yeux. Je me souviens comme si c’était hier de notre première nuit. Tu es entrée dans cette chambre, majestueuse et magnifique, et c’est comme si le monde t’appartenait. Moi compris. J’avais payé pourtant –mon maître en réalité mais qu’importe- pourtant ce n’était pas moi qui avait le pouvoir.

Je secoue négativement la tête, le regard brillant et un large sourire ourlant mes lèvres. Le gosse que j’étais avait bien failli en perdre ses moyens et s’enfuir à toutes jambes. Mais la crainte de voir cette succube me dévorer tout cru fut balayée par ma propre fierté et une indéniable fascination. A ma grande surprise, elle m’initia de la plus douce des manières et pendant longtemps, ce fut son visage qui occupa mes rêves de femmes et de volupté.
A nouveau mon regard se perd loin devant moi, je hausse les épaules :

-Je n’ai rien d’un philosophe ou d’un de ces théoriciens aux discours doctes et obscurs, mais on se connait depuis longtemps toi et moi, n’est ce pas ? Je sais ce que tu t’ais construit, cette barricade qui t’entoure, de sorte que nul ne t’atteigne. Pour une raison que j’ignore, tu m’as laissé voir au-delà. Ton humour, ton esprit, ta douceur, tes forces et tes faiblesses. Bien que je ne prétendrai jamais pouvoir te cerner tout à fait… -Et il n’est pas né celui qui le pourra me retins-je de dire- Et, pour tout ce que j’ai vu, je sais que tu mérites tellement mieux que tout ça, que cette vie.


Cette merde… Peut-être aurions-nous eu cette conversation il y a quelques semaines de cela, peut-être n’aurais-je pas envisagé les choses de cette manière.
Avant ma déchéance du titre de Champion, j’imaginais le monde comme une vaste arène, terre de tous les possibles pour qui le voulait vraiment, scène à inonder de ma gloire. Je ne voulais pas voir ces chaînes qui m’entravaient les pieds, le cou, le corps et l’âme. J’ai, depuis, pris pied dans cette réalité qui est la mienne, la notre, et celle de tous les esclaves de ce putain d’Empire. Et, privé des lauriers, je découvre les épines, privé d’or, je marche dans la poussière, privé d’ambroisie, j’ai la clairvoyance des sobres.
Je ne vaux pas mieux que Kerta, j’ai moi aussi été contraint d’offrir mon corps de la plus sordide des manières, j’ai connu les louanges et puis l’opprobre et l’humiliation. Affaibli, meurtri, il m'importe pourtant de soutenir ma sœur de cœur. Je plonge mon regard azuré dans le sien, teinté d’une gravité que je ne me connais guère :

-Ils possédent nos vies et nos corps, c'est un fait. Ils peuvent les contraindre, les asservir... Mais ce que se terre en nous, ce qui gronde en secret, c’est notre seul bien. Quoiqu’ils te fassent, quoiqu’ils exigent, ne perds jamais cela. La flamme. Le pouvoir.


J’ai croisé tant de regards soumis et vides, vu tant d’entre nous les perdre. Ces yeux tristes où l’indignation a été neutralisée par une vie d’obéissance, la dignité annihilée par l’instinct de survie.
Peu d’êtres, libres ou serfs, possèdent cette aura de vie, de lumière, de charisme qui irradie autour d’eux.
Je ne l’ai vu que chez peu de personnes au cours de mon existence, tant et si bien que je pense pouvoir les compter sur les doigts d’une seule main.

-Tu me fais penser à une des femmes de mon père. Amastris. La première, la plus âgée aussi. Ca n’était pas ma mère, ma vraie mère, pourtant elle m’a élevé de la même manière que si j’étais sorti de son ventre. C’était une femme d’une extrême bonté, mais d’une dignité immense. Je ne l’ai jamais vu baisser les yeux, ni ployer le cou. Elle tenait tête à mon père, là où aucune autre n’osait jamais. Elle n’avait pas besoin d’hausser la voix ou de hurler comme une furie. Si bien que j’ai vu parfois, mon père devoir lui céder le pas en privé. Elle était la fille d’un chef puissant aussi, plus puissant que lui même, et elle savait ce qu’elle valait.

A l’évocation de ce souvenir, un sourire fend mon visage, je les autorise rarement à faire irruption dans mon présent, mais celui-ci est heureux et me remplit d’une joie sincère. Rapidement pourtant, mon sourire se fait plus nostalgique.

-Et cette flamme dans ses yeux, ce pouvoir, elle l’a eu jusqu’au bout. Même lorsqu’il lui a fallu s’ôter la vie pour éviter le déshonneur. Même lorsqu’elle a pris celle de ses propres enfants pour leur épargner la souillure de la servitude… Les larmes coulaient sur ses joues, mais je te le jure Kerta, ses mains ne tremblaient pas…


Ma gorge se noue comme je songe à ce jour qui fut le sépulcre de mon ancienne vie et des miens. Comme je songe à mes frères et sœurs arrachés à ce monde, leurs rires d'enfants perdus à jamais dans les limbes, et au plus jeune qui tétait encore son sein. Comme je songe à Amastris de douce mémoire. A son courage. Un courage que ma propre mère n’a pas eu.
Et me voilà ici, tant d’années après: gloire vaincue et déchue, animal domestiqué par le fouet, honte de mes ancêtres et de ma race.


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Sam 2 Aoû - 20:22




Unbent, Unbowed, Unbroken



Alors, comment ? Comment voyait-il au-delà de la Louve, au-delà de celle qui avait offert son corps à bon nombre d'hommes depuis tant d'années ? Comment pouvait-il voir autre chose alors que je n'avais toujours été que ça ? C'était pour moi plus qu'une simple question, c'était en réalité une véritable énigme tant c'était surprenant. La réponse fut rapide, comme si cela coulait de source pour lui, comme s'il n'avait pas du tout besoin d'y réfléchir, comme si c'était normal et logique. La flamme. Dans mes yeux. Une flamme dans mes yeux ? Je fronçai les sourcils, écoutant attentivement les mots de Priam, m'en imprégnant pour essayer de comprendre leur sens profond. Il évoqua notre première rencontre et parla de moi comme une femme majestueuse et magnifique. Gênée ? Sincèrement je le fus quelque peu et pourtant, je n'étais pas une femme qui rougissait, jamais. Seulement les mots de Priam était à la fois forts et doux, amplis d'une vérité telle que je ne pouvais qu'en rougir. Cette assurance dont je faisais preuve et dont j'avais fait preuve très tôt, elle était ma force oui seulement, au bout du compte j'avais fini par l'oublier : j'avais fini par m'oublier, moi. L'ombre d'un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je sentais mes joues chauffer quand Priam ajouta que je lui avais donné l'impression que le monde m'appartenait, que même lui il m'appartenait. Lui ou son maître, peu importait au final, avait payé mais j'avais le pouvoir. Le pouvoir... Ce pouvoir qui m'attirait tant, ce pouvoir que j'avais obtenu dans une certaine mesure au sein du Lupanar, ce pouvoir auquel je tenais et pour lequel j'étais prête à me battre, déjà à l'époque et encore plus à présent.

Bien plus à présent.

Priam termina par détourner le regard et je ne pouvais deviner où ses pensées étaient perdues, seuls ses mots pouvaient m'aiguiller et lorsque finalement il reprit la parole, mes joues cessèrent de chauffer, mon sourire se fit moins large bien que toujours présent. Il se teinta en réalité d'une certaine douleur car Priam parlait de choses que je préférais taire, de choses secrètes, de choses que très peu de personnes pouvaient se vanter de voir en moi : tout l'inverse de ce que je montrais aux autres. Oui, j'avais construit une solide carapace, la froideur et la distance façonnaient mon masque quotidien mais lorsque l'on creusait, si je laissais cette possibilité, il y avait bien d'autres choses que Priam lui avait vu et pouvait encore voir même si, comme il le nota, il ne pourrait jamais me cerner complètement car il était des choses qu'il ignorait à mon sujet. Cependant, de tous ceux qui m'entouraient, Priam était celui qui aujourd'hui comptait le plus et celui qui me connaissait le mieux, cela ne faisait aucun doute. Alors, pourquoi cette douleur en l'entendant parler de moi ainsi ? Parce qu'il m'arrivait d'avoir envie d'être cette femme au quotidien, il m'arrivait d'avoir envie de ne plus porter ce masque qui était le mien et de pouvoir être une toute autre femme. Cela m'arrivait d'ailleurs bien trop souvent ces temps-ci et entendre Priam me dire que je méritais mieux que cette vie qui était la mienne fit naître bien malgré moi des larmes dans mes yeux. Oui, j'étais capable de pleurer quand bien même certains étaient persuadés du contraire. Une autre vie... Si seulement cela avait été possible mais ça, je me refusais d'y penser trop souvent. Il m'arrivait oui, d'imaginer ce qu'aurait pu être ma vie si mon père n'avait pas quitté ce monde, si ma mère ne m'avait pas détestée au point de me vendre mais quand je plongeais trop dans cette vie qui ne serait jamais, je me forçais à cesser de le faire, je m'interdisais d'aller plus loin encore.

Cela faisait trop mal. Ce qui aurait pu être ne serait jamais et y penser trop n'était que s'infliger des tortures inutiles.

Lorsque Priam plongea finalement son regard dans le mien, je savais mes yeux embués de larmes naissantes, je savais qu'il pouvait lire mon trouble, ma douleur : il pouvait lire en moi comme personne d'autre ne le pouvait. Je bus alors ses paroles quand il ajouta que nos maîtres possédaient nos vies, nos corps mais ce qui était profondément caché en nous était notre seul bien. Je relevai légèrement le menton, ma mâchoire se crispant non pas sous le coup de la nervosité mais bien en raison de la fierté qui bouillonnait à l'intérieur de mon corps comme le feu des Dieux pouvait bouillonner au creux de la montagne sacrée qui nous surplombait. Cette flamme dont Priam parlait, jamais ils ne nous la prendraient. Ce pouvoir... Il serait nôtre, quoi qu'il arrive. C'était d'ailleurs le seul réconfort que l'on pouvait trouver dans cette vie ou ce semblant de vie. La force, le pouvoir de ne pas plier intérieurement, ne pas être brisés par les chaînes qui tenaient nos poignets. C'était là ma plus grande force comme l'avait fait remarquer Priam mais c'était la sienne également et au-delà des mots qu'il avait envers moi et dont je lui étais reconnaissante, je fus soulagée de l'entendre parler de nous de cette façon, soulagée de savoir que sa flamme était bel et bien toujours là, en lui. J'avais craint qu'il ne l'ait perdue et peut-être s'était-elle quelque peu atténuée après sa défaite mais à présent, je la voyais de nouveau briller dans ses yeux comme il pouvait la voir briller dans les miens.

Il était tombé mais il allait se relever et tous allaient terminer par s'incliner devant celui qui était le véritable Champion, j'en étais certaine.

Tout à coup, alors que mes pensées étaient tournées vers la force dont Priam pouvait lui aussi faire preuve, il m'expliqua que je lui faisais penser à une des femmes de son père. A l'instant où il évoqua son passé, je sentis mon regard s'adoucir, mon corps tout entier s'adoucir en fait car Priam était en train de me confier des choses dont il n'avait jusqu'à présent jamais parlé. Je le regardai en l'écoutant avec attention, me sentant de plus en plus flattée à chaque seconde car il m'attribuait des qualités que je ne pensais pas posséder : la bonté, la dignité... Possédais-je vraiment cela ? Priam semblait le croire oui. Peut-être avait-il raison, à certains égards en tout cas. Je n'avais pas besoin d'élever la voix pour me faire entendre, un simple regard pouvait même parfois suffire à faire taire les filles. Alors, en cela, je pouvais lui être semblable oui. Mon esprit ne resta cependant pas focalisé là-dessus trop longtemps car le sourire qu'esquissa Priam attira toute mon attention : il était bien rare de le voir sourire de cette façon, très rare même si bien que je ne pus m'empêcher de sourire à mon tour, heureuse de le voir sourire ainsi. Puis, mon sourire se fana doucement quand celui de Priam devint nostalgique et finalement, il disparut totalement quand Priam termina par m'expliquer ce qu'il était advenu de cette femme qui lui avait inspiré tant de respect. Elle s'était ôtée la vie pour s'éviter le déshonneur et elle avait, avant ça, pris la vie de ses propres enfants pour leur épargner la souillure de la servitude. Et pourtant, même lorsqu'elle avait fait tout cela, elle avait été forte. Elle avait pleuré, certes, mais Priam me jura que ses mains n'avaient pas tremblé... Et ce furent là les derniers mots de mon ami, sans doute parce que la douleur de l'évocation de ce souvenir l'empêchait de poursuivre plus avant. Dans mon cœur, un souvenir s'était réveillé, un souvenir qui m'était douloureux, très douloureux. Alors, doucement, ma main alla glisser sur l'avant-bras de Priam pour aller finalement trouver sa main et la serrer tandis que j'allai poser ma joue contre son épaule : un geste tendre, un geste réconfortant pour lui et un geste dont j'avais également besoin. Je restai un instant silencieuse puis, lorsque je pris la parole, ma voix fut calme, posée et colorée par la même tendresse que mes gestes.

« J'aurais aimé pouvoir la rencontrer. » dis-je tout bas. « La façon dont tu parles d'elle... Elle était vraiment brave et courageuse oui et je suis honorée que tu puisses trouver un peu d'elle en moi seulement... » Doucement, ma voix commença à trembler, à se faire bien moins assurée. « Je ne suis même pas la moitié de la femme qu'elle était. » terminai-je par dire parce que j'en étais convaincue. C'était là une certitude que j'avais mais cette certitude ne pouvait ébranler les propres certitudes de Priam tant que je ne m'expliquais pas. « Ce qu'elle a fait pour ses enfants, je n'aurais pas pu le faire... » Un silence, mes doigts se resserrèrent sur ceux de Priam. « Je n'ai pas pu le faire. » corrigeai-je au bout de quelques secondes avant de relever mon regard vers Priam. De nouvelles larmes vinrent se nicher dans mes yeux (décidément ce soir mes yeux semblaient prêts à les laisser couler) et j'esquissai un sourire teinté d'une profonde tristesse avant de poursuivre et de m'expliquer auprès de mon ami. « Quand j'ai découvert que j'étais enceinte, j'aurais pu prendre une substance qui aurait mis fin à la grossesse mais je n'ai pas pu et quand mon fils est né... » Je secouai doucement la tête, les larmes se frayant finalement un chemin sur mes joues. « Pendant l'espace d'un instant j'ai voulu le tuer. Je me souviens avoir glissé mes mains autour de son cou... » murmurai-je, mon regard se détournant de Priam pour se perdre dans le vide. « Je me souviens avoir eu envie de serrer mais de ne pas y être parvenue, même pas un peu... Je n'ai pas pu et j'aurais sans doute dû. Je lui aurais évité la vie qu'il a à présent même si sa situation est moins difficile que la tienne ou que la mienne... »

Et c'était la une vérité qui me rassurait au quotidien : mon fils, bien qu'esclave, servait une famille qui était clémente et certaines horreurs lui avaient été évité. J'en remerciais les Dieux chaque jour. Je finis pas reporter mon regard vers Priam : je venais de lui avouer mon plus grand secret. On pouvait compter sur les doigts de la main le nombre de personnes qui savaient pour mon fils et à présent Priam en faisait partie.

« Alors tu vois... » terminai-je par rajouter, « je suis bien moins courageuse que cette femme que tu admires tant... »




© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Jeu 14 Aoû - 15:17




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Les doigts de Kerta m’effleurent et se saisissent de ma main. Elle vient se lover, féline, contre mon cou et ce geste doux suffit à m’extirper de mes sombres pensées. J’esquisse un sourire, m’attendant presque à la sentir ronronner à la manière d’un chat pour apaiser mes conflits intérieurs. Je pose ma main libre et chaude sur sa tête dorée tandis que je perçois le trouble dans sa voix. Nous pouvons bien prétendre tout le contraire, elle la Reine des Louves et moi un jour Champion de Pompéi, notre soif de tendresse et de chaleur humaine est toujours profonde.

Alors que ses yeux gris croisent les miens, la révélation qu’elle me concède me saisit et je sens mes lèvres s’entrouvrir de stupeur. Si je l’avais su, jamais je n’aurais… Que ne m’en suis-je douté ! Ce n’est pas chose rare pour une louve… L’embarras me saisit et je ne soutiens pas le sien, intimidé et humble devant ce morceau de vie qu’elle me livre de la sorte. Les échos de sa détresse parviennent à mes oreilles et je sens mes tripes se nouer comme sa voix se brise. De nouveau, je la contemple et ses larmes roulent librement le long de ses joues. Elle est belle. Différemment qu’elle l’est à son habitude, mais belle quand même.

Je ne me souviens pas l’avoir déjà vu pleuré. Qui aurait crû la grande Kerta, cette Gorgone des lupanars faite de larmes et de rires comme nous tous, pauvres mortels ? Je mesure la confiance qu’elle place en moi pour me livrer un tel pan de son existence, de toute évidence douloureux. Ce geste d’humanité me touche bien plus que je ne saurais le dire.


J’enserre son visage entre mes deux mains et le contemple longuement, chassant de mon pouce l’eau de ses joues. J’embrasse ses lèvres avec les miennes qui se teintent du goût du sel. Ce n’est pas un baiser de désir ou de passion, il ne ressemble en rien à ceux que nous avons échangés quelques instants auparavant. Tout juste un effleurement pour soigner son cœur. Amastris faisait ainsi lorsque mes frères et moi nous écorchions le genou ou le coude et instantanément, par enchantement, toute notre peine et notre chagrin disparaissaient.
Je ne crois pas que cela seul pourra suffire à soigner Kerta, mais j’ai agis sans réfléchir, répondant instinctivement à sa fragilité soudaine et à la tendresse qu’elle m’inspire. Je lui murmure, désireux de chasser loin d’elle tous les doutes et la culpabilité que je perçois :

-Et qui pourrait t’en blâmer ? Donner la mort, épargner la vie… Ce sont des choix oui, mais pour toi comme pour elle, ce sont des actes d’amour. S’il n’y avait pas aussi, dans ce monde, des mères comme toi, je ne serais pas là, ici, vivant, pour te parler.

Oui, ma mère n’avait pu faire de même. Elle a pris peur je crois au moment de tenir le couteau entre ses mains. Elle était jeune, à peine sortie de l’enfance, tout juste nubile lorsque je suis né, j’étais son seul enfant et elle était grosse du second. Son cœur avait failli à la tâche. Je lui en ai voulu, longtemps, je l’ai méprisé pour sa faiblesse, je l’ai accusé de tous mes malheurs, le fait parfois toujours aujourd’hui.
Mais lorsque je croise la route de jeunes filles qui auraient pu avoir son âge, alors seulement je mesure qui elle pouvait être vraiment et j’ai peu à peu cessé de juger ce qu’elle n’avait pas fait, pour me tourner vers ce qu’elle avait fait en réalité. Je lui devais deux fois la vie. Même une vie comme celle-ci. Je peux regarder en arrière et trouver mon cœur apaisé d’avoir été aimé, même qu’une seule fois, d’un amour aussi pur et profond que le sien.

-Les Dieux seuls savent si tu as eu tort ou raison de faire ce choix, il ne te revient pas de te torturer pour cela.


Leurs desseins sont trop souvent inconnus de nous, ici-bas. Kerta avait fait ce que son instinct de mère lui avait commandé, peut-être lui avait-il été instillé par Junon, peut-être était-ce finalement pour le mieux. Ou peut-être pas, mais cela je le garderais pour moi. Les doutes n’ont aucune place pour qui veut réconforter une amie chère. J’ais cette certitude cependant :

-Je ne suis pas oracle, mais vraiment Kerta, je ne crois pas que le fils d’une femme telle toi puisse se laisser écraser par son destin.

Je lui souris avec franchise et m’adosse de nouveau contre le mur. Je ne peux m’empêcher de laisser dériver mes pensées vers ce garçon dont elle vient de me révéler l’existence. Je m’étonne que Faustus l’ait vendu, il est de notoriété publique que cette crapule les élève dans le vice et dans le mensonge pour les faire accomplir ses basses besognes.
Comme mon ancien dominus l’avait fait avec moi.
Je ne peux m’empêcher d’être heureux que le fils de Kerta ait échappé à ses griffes de rapace et à ce destin-ci, même si cela signifie qu’elle en soit séparée.

-Quel âge a-t-il désormais ? Lui as-tu donné un nom ?

Les mots se bousculent sur mes lèvres et les questions dans mes pensées. Je marque un instant de pause toutefois tandis que j’en mesure la portée. Je me ravise, plus posément :

-Ne méprend pas mes paroles, je ne les voulais pas indélicates. Je pourrais aisément échanger ma curiosité contre le silence si elle t’est douloureuse.

__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Mer 20 Aoû - 17:51




Unbent, Unbowed, Unbroken



Il était étrange d’avoir ainsi parlé de mon fils à Priam, moi qui avais gardé son existence secrètement enfermée dans mon cœur depuis toutes ces années. C’était étrange car parler de lui de la sorte lui donnait une forme nouvelle, une forme plus réelle. Ainsi, il n’avait pas existé que dans les lettres et dans les moments trop brefs que nous avions échangé : il était vivant, il était réel, il était mon fils et celui que je considérais comme mon ami le plus proche savait à présent qu’il existait. Cependant, en parler ainsi avait réveillé la douleur de ce cœur de mère meurtri par l’absence de son fils. C’était là une facette de moi que personne ne pouvait se vanter de connaître, personne en dehors de Priam. Il n’y avait que devant lui que je pouvais me laisser aller ainsi, que devant lui que je pouvais laisser mes yeux me trahir. N’était-ce pas d’ailleurs la première fois que je pleurais devant Priam ? En fait, c’était la première fois que je pleurais devant quelqu’un, tout simplement. Pourtant, je ne me sentais pas en danger, au contraire : je me sentais réellement en confiance et c’était sans aucun doute pour cela que je m’étais laissée aller à la confidence la plus intime me concernant. Priam était mon ami, mon confident, il était un être très cher à mon cœur et je savais qu’il garderait tout ceci pour lui, je savais que je pouvais lui faire confiance et surtout, je savais que je pouvais compter sur lui. Comme les rôles étaient inversés encore une fois et comme j’aurais voulu n’avoir pas besoin de sa tendresse mais ce fut avec plaisir que j’accueillis ses gestes tendres. Je parvins même à esquisser un petit sourire lorsqu’il essuya mes joues avec son pouce. Puis, je fermai les yeux lorsque finalement il vint déposer ses lèvres sur les miennes. Ce baiser fut teinté d’une tendresse et d’une douceur bien différente de ce que nous avions pu connaître ensemble : je savais et sentais qu’il souhaitait ainsi m’apporter son soutien, son réconfort et toute son amitié.

Doucement, mes doigts allèrent se poser autour de ses poignets que je serrai avec délicatesse lorsqu’il murmura tout bas quelques mots qui réchauffèrent rapidement mon cœur. Ce fut tout ce dont j’avais besoin, et mon sourire se fit même plus large lorsqu’il termina par dire que s’il n’y avait pas eu des mères comme moi dans ce monde, des mères qui n’avaient pas réussi à mettre fin à la vie de leur enfant, lui-même n’aurait pas été ici et vivant pour me parler. Alors mes doigts se serrèrent davantage autour de ses poignets et je rouvris les yeux pour plonger mon regard dans le sien. Je l’avais déjà regardé avec douceur, avec compassion, avec tendresse, mais jamais je ne l’avais regardé avec autant de reconnaissance, jamais. J’aurais voulu avoir la force de lui dire merci mais en réalité, en cet instant, j’étais tout bonnement incapable de prononcer le moindre mot tant j’avais la gorge nouée par l’évocation de mon fils et par les mots de Priam. Je finis par hocher la tête quand Priam termina par me dire que seuls les Dieux pouvaient savoir si j’avais eu raison ou tort d’épargner la vie de mon fils. Cesser de me torturer pour cela… En étais-je capable ? Cela n’était pas impossible. Après tout, je devais m’accrocher au fait que mon fils travaillait au sein d’une famille de plébéiens qui s’occupaient bien de lui et n’avaient jamais abusé de lui, jamais. Il était bien plus heureux là-bas qu’il ne l’aurait été à mes côtés. Alors, cette vie qui était la sienne, j’avais sans doute bien fait de la lui laisser, n’est-ce pas ? Priam avait raison : je n’étais pas une déesse même si on m’en avait donné le nom. J’étais une simple mortelle et la décision de vie ou de mort d’un autre être vivant de m’appartenait pas.

Si seulement les praticiens, tous autant qu’ils étaient, avaient pu se rendre compte de cela…

Priam reprit finalement la parole pour me dire qu’il n’était pas un oracle mais qu’il ne croyait pas que mon fils pourrait se faire écraser par son destin avant de m’adresser un sourire. Je retirai mes mains de ses poignets et les reposai sur mes genoux en laissant échapper un très bref rire avant de détourner le regard. Mon fils était sans aucun doute capable de faire face à son destin, mais dans quelle mesure exactement, ça, je ne le savais pas. Il était bien différent de moi mais c’était parce qu’il n’avait pas traversé ce que j’avais traversé et j’en remerciais les Dieux. Cela voulait-il dire qu’il était moins combatif, moins préparé à ce qui pouvait l’attendre par la suite ? J’osais espérer que non. J’osais espérer que malgré la vie facile qu’il avait pu avoir, il saurait faire face, il saurait garder la tête haute et il saurait être fort. Je m’adossai finalement contre le mur, tout comme Priam. Un silence s’installa, mes pensées s’envolant bien volontiers jusqu’à mon fils et lorsque Priam rompit le silence, ce fut pour me demander quel âge avait mon fils et si je lui avais donné un nom. Je tournai doucement mon visage vers mon ami qui reprit la parole rapidement, craignant apparemment d’avoir été indélicat et préférant échanger sa curiosité contre mon silence si parler de mon fils devait m’être trop douloureux. D’un geste tendre, j’allai glisser ma main sur sa joue en lui souriant avec tout autant de tendresse. Ma voix, quand elle s’éleva, fut également empreinte d’une tendresse que Priam avait décidément beaucoup pu voir en cette nuit.

« N’aie aucune inquiétude : ta curiosité ne me fait aucun mal. Je… » Une hésitation. Un silence. « Je suis heureuse de pouvoir parler de lui. Bien sûr, son absence me pèse mais en parler avec toi me permet de lui donner une existence plus réelle. Il ne s’agit plus que de lui et moi : tu sais maintenant. » terminai-je par dire avant de retirer ma main pour finalement la croiser avec l’autre sur mes genoux avant de poursuivre. « Il vient d’avoir dix-huit ans. » expliquai-je donc à mon ami. « Lorsqu’il est né, je l’ai appelé Berwyn, comme mon père. » Le sourire qui s’était fixé sur mes lèvres devint soudain plus large, teinté d’une certaine fierté à l’évocation de mon père. C’était parce que j’avais profondément aimé mon père et que j’étais fière d’être sa fille que j’avais décidé de donner son prénom à mon fils. Cependant… « La famille qui l’a acheté lui a donné un autre nom : Milo. C’est un joli prénom même si pour moi, il sera toujours Berwyn dans mon cœur. »

Mon sourire disparut quelque peu en y pensant. Oui, Milo était un joli prénom et il lui allait très bien mais j’aurais tant voulu qu’il puisse garder le prénom de mon père, j’aurais tant voulu pouvoir entendre son prénom résonner encore et encore. Il en était cependant ainsi. Sur ma lancée, je décidai finalement d’en dire davantage à Priam.

« Je l’ai gardé avec moi jusqu’à sa quatrième année et c’est là qu’il a été vendu. Il est devenu cuisinier pour la maison de son dominus et il se débrouille très bien. Nous correspondons régulièrement et nous nous sommes vus, pas assez à mon goût comme tu peux t’en douter. »

Mon sourire se fana complètement et mon cœur se serra.

« Il me manque… Chaque jour il me manque mais je suis tellement reconnaissante qu’il puisse vivre loin de l’auberge et du lupanar, loin de ce vice, loin de moi… De celle que je suis… »

Je relevai mon regard vers mon ami.

« Il sait ce que je fais mais je préfère autant qu’il n’y assiste pas. J’aimerais qu’il garde une belle image de moi… » avouai-je dans un murmure, ma voix s’éteignant d’elle-même sur les derniers mots.




© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Sam 11 Oct - 19:51




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




J’écoute Kerta me parler de son garçon. Son visage s’éclaire et tout en elle semble différent, comme si elle était réchauffée par un soleil invisible. Je mesure tout le poids et l’importance de sa confidence. Privés de tout, chaque secret que l’on garde et que l’on dissimule semble être notre seule richesse et c’est pourquoi nous n’en faisons pas si aisément don. Peut-être aussi parce qu’ils sont peu nombreux ceux et celles à bien vouloir écouter et considérer nos états d’âmes...

Je suis heureux d’apprendre que Kerta a pu continuer d’entretenir un lien, même tenu, avec son fils. Dix-huit ans… Il est à présent un homme. C’est l’âge auquel les rêves n’ont pas de limite, dit-on, pourtant Kerta et moi savons ce qu’il en est d’avoir dix-huit ans en tant qu’esclave et l’impossibilité de songer à un avenir lorsque l’on en a pas.
Je ne peux pas tout comprendre de la douleur de Kerta lorsqu’elle songe à son enfant, abandonné à la servitude, mais je pense pouvoir en entrevoir les contours. Comment offrir cette vie à un être innocent ? Comment le condamner dès son premier cri ? Comment tolérer de s’en voir déposséder pour un caprice ou une modique somme ? Cette pensée qui ne m’avait jusque là jamais traversée, ni même effleurée, fait naître en moi un sentiment de révolte. Aurais-je été dans sa situation que j’en serais devenu sans doute fou. Mais Kerta a cette sagesse et cette hauteur de vue que je n’ai pas, et je l’admire pour cela.

« Il me manque… Chaque jour il me manque mais je suis tellement reconnaissante qu’il puisse vivre loin de l’auberge et du lupanar, loin de ce vice, loin de moi… De celle que je suis… Il sait ce que je fais mais je préfère autant qu’il n’y assiste pas. J’aimerais qu’il garde une belle image de moi… »

Je sais la honte et le poids qu’elle fait peser sur nos épaules servile. Kerta et moi avons beau être des êtres fiers, ce n’est que pour mieux dissimuler notre faiblesse aux yeux du monde. Nous parvenons si bien à donner le change, elle en se muant en Reine des Louves hiératique et inaccessible, moi en Dieu de l’Arène -jusqu’à peu- envié et admiré, prétendant assumer brillamment notre condition, pour mieux oublier qu’au fond, nous la haïssons.

Et derrière l’orgueil, la honte est là comme une souillure indélébile. Tant et si bien que nous ne pensons pas pouvoir être aimés, et encore moins pour ce que nous sommes. Cela même encore –notre véritable personnalité dissimulée sous le masque de ce que nous devons être- reste un vaste champ d’incertitudes. Je la regarde et fronce mes sourcils tout en secouant la tête:

-Pas de celle que tu es… De celle que l’on a fait de toi. N’éprouve pas de culpabilité pour ce qui n’est pas de ton fait, ou que tu ne peux changer… Tu le sais mieux que quiconque, toi… Ta vie aurait-elle été différente, telle qu’elle aurait dû être, aurais-tu vendu ton corps de la sorte ? Combien de femmes et de filles ont été brisées, anéanties par le lupanar ? Toutes n’avaient pas ta force, ni ta volonté de vivre et de te battre. Tu n’es rien dont un fils puisse avoir à rougir.

J’en suis persuadé car elle est à mes yeux une amie chère et fiable, une femme digne et respectable malgré ses fonctions. Pourtant, quel fils tolérerait au quotidien de voir sa mère vivre de ses charmes, sollicitée par des soudards et des soldats, objet de leurs fantasmes les plus vils ? Cela je le sais bien, et Kerta aussi. Mais ce n’est pas qu’elle veut entendre de moi, et encore moins ce que j’ai envie de lui dire.

-T’arrive-t-il parfois de penser à celle que tu serais devenue ? Si… Enfin, si tu étais restée libre ?

Ma phrase fuse comme si je réfléchissais à haute voix. Et je me trouve, du reste, quelque peu gêné d'aborder le sujet ainsi, sans possibilité de repli.
Il m’est déjà arrivé d’y songer, parfois le soir, peinant à trouver le sommeil, le regard perdu entre les fissures du plafond de ma cellule. Une pensée coupable comme si je m’attendais à être pris sur le vif, en flagrant délit d’évasion. Une pensée étrangère aussi, comme si je pensais à cet autre qui n’est pas moi. Une pensée douloureuse aussi, face à l’impuissance et à la fatalité. Et parfois amusante comme dans ces jeux d’enfants où l’on se rêve sans autres limites que celles de l’imagination.
Je n'ai jamais eu l'occasion de poser cette question qui me taraude régulièrement à qui que ce soit d'autre. Et face aux confidences de Kerta, je décèle une occasion qui ne se représentera peut-être jamais. J'ai besoin de savoir si je suis seul à nourrir de tels songes futiles.


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Dim 30 Nov - 18:28




Unbent, Unbowed, Unbroken



Je suis la mère de Milo mais avant d'être sa mère j'étais une louve et je suis encore une louve : je serai toujours une louve. Je n'ai pas honte de ce que j'ai en général, j'assume ma condition, j'assume mon travail car cela ne me ferait aucun bien de ne pas l'accepter mais face à Milo c'est différent car je veux être une mère pour lui, je veux être respectable et, pour les autres, une louve est en général loin d'être respectable puisqu'elle vend son corps au quotidien pour de l'argent. A une époque, lorsqu'il était plus jeune, l'idée de ce que je faisais était somme toute assez floue pour mon fils mais il est presque un homme à présent et il a bien conscience de ce que je fais alors, effectivement, je préfère qu'il ne me voie pas. Qu'il sache ait une chose, qu'il en soit témoin en est une autre. Et puis il est heureux là-bas, il a des maîtres qui s'occupent merveilleusement bien de lui : je ne pourrais rêver mieux. Je préfère donc qu'il reste un peu aveugle concernant ma vie ici : savoir sans voir. Savoir que je suis une louve sans me voir offrir mon corps pour que son opinion de moi ne se ternisse pas trop. Je vois les sourcils de mon ami se froncer avant qu'il ne secoue la tête et comme toujours, Priam sait trouver les mots justes pour me toucher en plein cœur. Certes, si j'ai l'impression que la louve est celle que je suis, elle est surtout ce qu'on a fait de moi. Il a raison, je sais qu'il a raison mais malgré tout, je ne peux nier qu'il m'arrive de prendre du plaisir avec certains clients et ne suis-je pas satisfaite de ma position au sein du Lupanar ? Oui, j'en suis satisfaite mais si je veux être honnête avec moi-même, si j'avais le choix... Bien sûr, si j'avais le choix, j'aurais choisi autre chose qu'une vie de servitude mais je n'ai pas eu le choix : je n'ai pas le choix. Je détourne le regard avant de fermer les yeux en entendant Priam me dire que je n'ai rien dont un fils puisse avoir à rougir. J'esquisse un sourire m'imprégnant des mots de Priam : force, volonté de vivre et de me battre. Ce sont là des mots qui me correspondent oui et peut-être que ça pourrait rendre Milo fier.

Peut-être, mais dans le doute...

Mes yeux se rouvrent sans attendre quand Priam me demande s'il m'arrive parfois de penser à celle que je serais devenue si j'étais restée libre. Je le regarde, l'observe même en silence. Ma bouche s'ouvre puis se referme et ce à plusieurs reprises car sur l'instant, je ne sais pas. Je finis par détourner de nouveau le regard tout en réfléchissant silencieusement : ai-je déjà rêvé à cette vie qui aurait pu être la mienne ? Une image furtive me vient en tête : je revois la ferme de mon père, je revois mon travail là-bas lorsque j'étais encore une enfant puis une jeune femme. Je me revois m'occuper des récoltes et des animaux et je revois les rêves qui peuplaient mes nuits à ce moment-là. Cela m'est douloureux : bien plus douloureux que je ne l'aurais cru en réalité. Je ne me suis pas plongée dans le passé de la sorte depuis longtemps mais l'effet est le même à chaque fois : il est brutal, il me fait mal. Je pourrais tenter de cacher les larmes qui naissent dans mes yeux mais devant Priam je ne me cache pas, je ne mens pas parce que je ne crains rien : je peux être moi-même sans avoir peur de son jugement ou de ses mots. Quoi qu'il arrive il est là, il sera toujours là. C'est un sourire mélancolique qui vient accompagner la brillance nouvelle de mes yeux. Je soupire, laissant mon regard planer dans le vide, laissant les images danser encore un peu devant mes yeux.

« J'essaye de ne pas y penser en fait mais ça m'arrive oui. C'est rare mais ça m'arrive. » je lui réponds finalement dans un souffle. « Je me souviens... » Ma voix se noue et il m'est difficile de continuer mais j'y parviens cependant. « Je me souviens d'avant, de ce dont je rêvais pour mon futur. Je me voyais auprès d'un mari, je me voyais travailler le sol et élever du bétail avec lui, je me voyais fonder une famille mais les Dieux ne m'ont pas demandé mon avis et les rêves ont pris fin quand mon père est mort. » J'essuie du bout des doigts une larme au coin de l’œil. « Finalement, j'ai eu un enfant mais j'aurais voulu mieux pour lui. J'aurais voulu tellement mieux... » Un nouveau soupir et je reporte finalement mon regard sur Priam. « Il est des choses que je ne regrette pas dans cette vie : Milo, toi... » Un sourire. « Jamais nous ne nous serions rencontrés si je n'avais pas terminée par échouer ici alors... Oui, bien sûr, il m'arrive de me demander ce que serait ma vie mais je ne tarde jamais sur ces pensées parce qu'elles ne m'apportent rien et penser à ce qui aurait pu être est inutile et douloureux. Je me contente de ce que j'ai, je savoure ce qu'il m'est donné de savourer et j'essaye de ne pas trop penser à l'avenir. Chaque jour puis l'autre ensuite : c'est le mieux que je puisse faire. »

Ce n'est peut-être pas ce que Priam souhaite entendre mais je ne peux pas lui dire autre chose que ce qu'il y a sur mon cœur.

« Et toi ? J'imagine que si tu me poses la questions, c'est qu'il t'arrive d'y penser. » Un silence. « Où te vois-tu quand tu y songes ? Quelle vie aurait pu être la tienne ? »




© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Jeu 12 Fév - 14:14

Spoiler:
 




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Sa question me prend au dépourvu, je ne m’y attendais pas. J’aurais dû pourtant, ma propre demande trahissait bien mes propres états d’âme. Mais mes propres souhaits et aspirations sont difficiles à formuler, comment mettre des mots sur des rêves fugaces et presque interdits par la raison? Je mets un moment avant de répondre. Avant d’oser l’admettre.

- Cela m’arrive oui. Parfois. Quand je suis sur le point de sombrer dans le sommeil, au moment où l’esprit s’évade et s’échappe.

Parfois oui, mais rarement. Cette vie de servitude ne me laisse que trop chichement l’occasion de rêver. Et pourtant, mon esprit trouve de temps à autre la clé des verrous qui m’enferment.

- Alors je rêve de là-bas, où je suis né. Et je m’imagine épaulant mes ainés pour faire prospérer notre cité et agrandir son prestige. Et si je devais brandir l’épée, arracher des vies et faire couler le sang ce ne serait pas pour sauver seulement ma vie dans une arène ou pour récolter la gloire… Pour défendre la terre de mes pères, l’honneur des miens, de mon peuple, nourrir et honorer mes épouses et mes fils. Tout ce qui fait sens dans la vie d’un homme.

Un homme tel que je me l’imagine en tout cas. Un homme tel que fut mon père et le sien avant lui. Aujourd’hui, ma vie et la gloire sont bien des raisons suffisantes pour me battre. Elles m’ont gardé suffisamment nourri et rassasié pendant toutes ces années. Pourtant je ne peux nier que depuis ma défaite, j’y trouve moins de raison, moins de lustre, et ce même si je n’aspire qu’à la reconquête de ce titre si amèrement perdu.
Tous ces rêves dont nous osons parler ne sont que des chimères. Pourtant la réalité est là : dans cette cellule, dehors, dans ce ludus et dans l’arène, et le titre de Champion reste à ce jour le seul à pouvoir donner un sens à cette vie qui en est si cruellement dénuée.
Habillement dissimulées derrière les lauriers de cette gloire vaine, il y a les chaînes qui m’entravent et ces justes aspirations d’homme toujours déniées. Malgré ma résolution à retrouver coûte que coûte, vaille que vaille, mon statut de Champion, je parviens de moins en moins à les ignorer, à prétendre qu’elles n’existent pas, à me croire dieu avant mortel.


Ces pensées, libérées à voix haute, ainsi que toutes celles qui me tourmentent encore en secret, font vaciller ma tête un instant et je finis par les chasser –ou presque- aussi rapidement qu’elles sont venues. Ces idées sèment le trouble en nous, bien plus que je ne l’aurais crû. J’ai senti l’émotion dans la voix de Kerta et je me rapproche un peu plus d’elle et dans un geste de réconfort presque fraternel, j’étends mon bras pour en envelopper ses épaules à demi nues et pose mon front contre ses cheveux dorés. Je me penche alors l’œil brillant vers elle, un demi-sourire conspirateur aux lèvres:

-Il n’est peut-être pas trop tard, qui sait ? Tu l’auras peut-être un jour cette terre et cette vie respectable. Tu sais ce qu’il se dit dans le Sud…

Il se murmure des choses. Là-bas, en Calabre. Sur ces esclaves dont on brise les chaines et qui se soulèvent contre leurs maîtres. Je ne sais vraiment qu’en penser. Je vois naître l’espoir dans le regard de certains de mes frères. Devrais-je le partager ? La liberté que ce « Fils de l’Etna » promet, est-elle faite pour moi ? Y a-t-il autre chose dans ce monde pour Priam, ou pour Darius, que cette existence faite de sueur et de sang ?

Pour Kerta qui me regarde en cet instant, pour celle qu’elle fut jadis et qu’elle est aujourd’hui, j’aimerais qu’il dise vrai… Même si je l’imagine si mal, la Reine des Louves, si hiératique et digne, se rompre l’échine à travailler la terre, sa peau brunie et ternie par le vent et le soleil… Qu’importe ce que je pense si c’est là son vœu le plus cher. Il ne m’appartient pas de dire où doit se trouver le bonheur de l’autre, alors même que je suis si maladroit à définir le mien.


Mes mots, à l’origine, se voulaient sur le ton de la boutade, mais alors que je prononce ces dernières paroles, ma voix se fond dans un murmure et se teinte d’une certaine gravité que ces mots imposent. Je ne veux me mettre, ni même Kerta, dans une situation périlleuse. Nous savons tous deux ce qu’il en coûte de nourrir des idées de liberté, ou même seulement d’en parler. Pourtant, face aux doutes et aux interrogations qui m’assaillent, j’ai à cœur de connaître les pensées de cette amie de si longue date sur le sujet dont j’ai toujours respecté les avis lorsqu’elle me les a donnés, et qui représente cette porte ouverte sur le monde extérieur, au-delà de l’enceinte du ludus, riche de l’expérience et de cette largeur de vue que je n’ai pas.

Nos yeux se croisent et s’accrochent en l’espace d’un instant. Elle m’a compris, je le sais. Comme un certain César en son temps, dont je n’ai pourtant rien ni de près ni de loin, j’ai le sentiment en disant ceci -en donnant corps à ces rumeurs par ma propre bouche et ma propre langue pour la première fois depuis qu’elles sont apparues- que j’ai peut-être déjà franchi un certain Rubicon.


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Invité



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Sam 4 Avr - 17:22




Unbent, Unbowed, Unbroken



Étrange conversation que voilà. Partager les rêves écrasés, oubliés. Partager ce qu'aurait pu être nos vies respectives si le Destin en avait décidé autrement. Quelle aurait été notre vie ? La liberté, si elle était nôtre, quel goût aurait-elle ? Serions-nous heureux ? Pourrions-nous vivre ainsi ? Même si je m'interdis ce genre de pensées je ne peux nier que cela me fait envie et que oui, je pense pouvoir être heureuse en vivant libre, loin de tout ceci. Ce n'est jamais qu'une chimère car ma servitude ne se terminera que lorsque la vie quittera mon corps mais oui, c'est là une vie qui aurait pu être agréable. Priam semble pris au dépourvu par ma question alors qu'il aurait pourtant dû la voir venir : si lui m'a demandé, il est normal qu'à mon tour je lui demande car je suis curieuse de savoir ce que pense mon ami de tout ceci. Je veux savoir où l'emmènent ses rêves de liberté, si rêves de liberté il a. Lorsque finalement il reprend la parole pour m'avoue tout bas qu'il lui arrive de penser à cette liberté, à cette existence quand il est sur le point de sombrer dans le sommeil, au moment où l'esprit s'évade et s'échappe, je m'adosser contre le mur et penche doucement la tête sur le côté, prêtant une oreille plus qu'attentive aux mots de mon ami. C'est finalement dans le vide que va se perdre mon regard tandis que j'écoute Priam se confier à moi, tandis que des images s'imposent d'elles-mêmes à mon esprit. Je le vois lui, avec ses frères aînés, je le vois brandir l'épée pour protéger la terre de ses pères, l'honneur de son peuple et honorer ses épouses et ses fils. La vie d'un homme en somme et cela m'arrache un sourire fort mélancolique. Priam aurait été merveilleux dans cette vie. Il aurait fait honneur oui car c'est un homme d'honneur, qu'il soit esclave ne change rien à cela. C'est dans son sang que l'honneur coule et il aurait rendu son peuple tellement fier de lui... Par tous les Dieux, je termine même par me voir à ses côtés, peut-être pas en tant qu'épouse mais en tant qu'amie, même dans cette vie-là. J'aurais un époux qui serait lui aussi un ami cher au cœur de Priam et son épouse serait une amie chère à mon propre cœur. Nos enfants respectifs seraient amis aux aussi... Mon sourire se fane car il est bien trop teinté de tristesse pour rester sur mes lèvres.

Penser à tout ceci est douloureux et c'est pour cela que d'ordinaire je me l'interdis.

Je parviens cependant à esquisser de nouveau un bref sourire lorsque Priam glisse un regard brillant sur moi. Pas trop tard ? Peut-être oui... Une terre, une vie respectable... Si seulement... Et là, mon sourire disparaît complètement tandis que mes traits se tendent lorsque Priam ose évoquer ce qu'il se dit dans le Sud. Ma bouche s'entrouvre mais aucun son n'en sort. Je glisse un regard vers l'entrée de la cellule, quelque peu craintive qu'un garde n'ait entendu Priam mais fort heureusement, nous demeurons seuls. Nos regards se croisent de nouveau et nous restons, l'un comme l'autre, enfermés dans un silence que nous n'avons nullement besoin de rompre pour pouvoir nous comprendre. Le fils de l'Etna, celui qui se fait appeler ainsi et dont les histoires sont parvenues jusqu'à nos oreilles... Oui, je sais ce qu'il se dit dans le Sud et cela ne me rassure guère. Une révolte ? Cela serait pire que tout si les gladiateurs et les hommes seront capables de se défendre, qu'en sera-t-il de nous, les femmes, les louves et autres esclaves ? Ces rebelles, s'ils sont aussi brutaux et sans pitié que ce qu'il se murmure, nous laisseront-ils laisser tranquille ? Nous traiterons-ils avec plus de respect que nos maîtres et clients ? Je ne le crois pas non. Quant à moi, j'ai beau savoir me défendre, je ne suis ni une guerrière ni même l'ombre d'une gladiatrice. Je laisse échapper un soupir avant d'approcher mon visage de celui de Priam avant de pouvoir lui parler dans un murmure que lui seul pourra entendre.

« S'ils arrivent jusqu'ici, je crains pour ma vie et celle des autres louves... » je dis donc tout bas, mon souffle allant s'écraser sur les lèvres de Priam. Puis, tandis que mes prunelles viennent se perdre dans les siennes, mon regard se fait soudain suppliant. « Nous protégeras-tu si tu le peux ? » je termine par lui demander.

C'est une supplique oui car si ces rebelles parviennent jusqu'à nous, les seuls qui seront capables de servir de rempart entre nous et eux, ce seront les hommes braves, courageux et forts comme Priam.

« Parce que ces hommes, j'ai peur qu'ils ne soient pas plus bienveillants que certains de nos maîtres Priam... Vous, les hommes, vous pourrez tirer vos épingles du jeu mais je ne veux pas échanger un maître pour un autre, pas pour quelqu'un de pire et j'ai peur que ces hommes soient pires... Tu ne... » Ma gorge se noue. « Tu ne penses pas les rejoindre, n'est-ce-pas ? » je lui demande encore plus bas, mes lèvres presque sur les siennes.

Non, il ne va pas faire cela, il ne va pas tout risquer pour rejoindre ces rebelles. Il va se battre pour regagner son titre de champion et... Je doute. Il a parlé de notre possible liberté juste avant de mentionner les rebelles... Aurait-il déjà pris sa décision ? La mauvaise ?





© charney

Revenir en haut Aller en bas

avatar



₪ Arrivée à Pompéi : 21/08/2012
₪ Ecrits : 4266
₪ Sesterces : 224
₪ Âge : 27 ans
₪ Fonction & Métier : Gladiateur pour la maison Lucretius


Cogito ergo sum ₪
₪ Citation: I commit my flesh, my mind, my will to the glory of this ludus and the commands of my master, Lucretius. I swear to be burned, chained, beaten or die by the sword for honour in the arena.
₪ Moi en quelques mots:
₪ Côté Coeur: Il se comporte étrangement à chaque fois qu'il apperçoit ses deux yeux vairons...
Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta Lun 11 Mai - 23:50




Unbent, Unbowed, Unbroken
Kerta & Priam




Le sourire de Kerta se fane aussi vite qu’un coquelicot arraché de terre. Je baisse le regard, je m’attendais à ce genre de réaction.
Je sais que dans tout conflit, les femmes payent souvent le prix le plus fort et qu’elles sont souvent un butin à se partager. Je le sais d’autant plus que cela se pratiquait ainsi chez moi, dans mon peuple, et que j’en suis le fruit. Officiellement, mon père n’a pas forcé ma mère, il en a fait une de ses épouses. Quant à savoir ce qu’elle en pensait, elle, ça je ne le saurai jamais.

Kerta lève vers moi des yeux que je ne lui avais jamais vu. Nous avons toujours compté dans la vie de l’autre, nous avons été amants, amis. Je l’ai souvent considéré comme une sœur, une mère même parfois, mais jamais ce sentiment n’avait été aussi intense et exacerbé qu’en cet instant où elle me fait promettre. C’est tout mon sang qui hurle ma loyauté et mon attachement à la reine des louves :

-Tant que mon cœur battra dans ma poitrine… Jamais.

J’enveloppe sa joue veloutée du creux de ma paume et lui souris.

-J’entends et je comprends tes inquiétudes. Je ne peux pas les infirmer mais, d’après ce qu’il se dit, ce sont aux Romains qu’ils en veulent, pas à nous… Si nous ne nous interposons pas entre les maitres et eux, ils n’ont aucune raison de nous porter atteinte. Nous sommes du même côté.

Quand je dis « nous », j’entends évidemment les esclaves. C’est une vision là bien irénique, mais à laquelle j’aimerais croire.

« Tu ne penses pas les rejoindre, n'est-ce-pas ? »

Je lui décoche un regard qui en dit long. Kerta me connait, elle le sait, j’ai toujours eu ce besoin de sentir ma vie entre mes doigts, de la boire jusqu’à la lie. Je suis de ceux qui pensent que la vie ne vaut pas d’être vécue si c’est pour la vivre à moitié, pour en être spectateur. J’ai envie de croire qu’autre chose est possible, qu’un autre destin, qu’un autre avenir peut m’attendre quelque part. Alors ces échos qui viennent du Sud… attisent ma curiosité, à tout le moins.

-Je n’ai pas dit ça… -je secoue la tête, je ne veux pas l’alarmer, d’autant qu’à dire le vrai, je ne suis pas encore certain de savoir ce que je veux- Mais est-ce que cela serait si terrible ? [/color]


On tambourine à la porte, mon cœur rate un bond et se fige dans ma poitrine. Derrière les barreaux de l’ouverture, des yeux à demi dissimulés par un casque nous cherchent :

-Tout va bien ici ?

Pas de cris, pas de râle, pas de gémissement. J’imagine que ça a dû lui sembler étrange.
Il y a quelques mois, après des victoires trop arrosées, des compagnons un peu trop empressés à dépenser leurs gains ont rendu quelques catins pleins de morsures, de griffures et d’ecchymoses ce qui n’a évidemment pas plu à Faustus, ni à notre maître qui a dû s’acquitter d’une indemnisation rondelette. Depuis, nous avons dû nous accoutumer au fait que nos ébats soient étroitement surveillés.
Finalement, le garde entrevoit Kerta, semble-t-il en bonne forme et intacte, sans plus s’attarder, il reprend sa ronde.

Dès lors que la lueur de sa torche s’éloigne vers le fond du couloir, l’air semble de nouveau retrouver le chemin de mes poumons. Je poursuis son attention, en redoublant de vigilance et de discrétion. La colère et la passion se devinent pourtant dans mes murmures :

- Mais enfin, je suis un homme, Kerta ! Pas une putain de propriété ! Tu le sais bien, toi, tu n’as pas toujours été esclave… Est-ce qu’on ne nait pas de la même manière ? Est-ce qu’on ne respire, ni ne pleure, ni ne baise, ni ne saigne, ni ne meurt pas exactement comme nos maîtres ? Est-ce que tout ceci est normal ? Aussi normal que ce qu’ils voudraient nous faire croire ? Parce qu’ils ne nous battent pas, nous donnent à manger, nous donnent un toit, nous devrions nous estimer « chanceux » ? « Chanceux » ?

La révolte transpire par tous les pores de ma peau. Les propos qui m’ont été rapportés n’ont fait que réveiller un feu qui couvait sous la cendre.

-Si on y réfléchit bien… Honnêtement. Quel avenir y a-t-il pour moi ici ? Passer le restant de mes jours à ramper… A me soumettre aux caprices de la foule… A lui demander grâce… C’est de la chance ça aussi ?


Je laisse ma phrase en suspens dans un silence lourd de sens. Ma mâchoire se sert à l’évocation de ce dernier souvenir et je secoue la tête. Ce combat aura changé bien plus de choses en moi que je n’aurais pu le croire, simplement focalisé sur la perte de mon seul titre de Champion.
Tandis que je songe à ces temps que nous vivons, malgré mon désir paradoxal pourtant de retrouver ce qui m’appartient, cette quête me semble presque anecdotique. Aussi puissante soir-elle, elle ne parvient pas à me faire oublier mon indignation profonde. Tandis que je reporte mon attention sur Kerta, ma voix se radoucit :

-Tu n’as pas envie d’autre chose toi ? Est-ce que la peur d’échouer doit empêcher d’essayer ?


__________________________



Priam dit bonjour:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur



Contenu sponsorisé



Message(#) Sujet: Re: UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta

Revenir en haut Aller en bas
 

UNBENT, UNBOWED, UNBROKEN ₪ Kerta

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Sera Vasker - Unbowed, Unbent, Unbroken [WIP]
» PV du Forum : UNBOWED, UNBENT, UNBROKEN - DICALLON
» La Voix de la Raison ♦♦ Kerta

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
POMPEII, TERRA DEORUM ₪ ::  :: Archives RPs-