La Voix de la Raison ♦♦ Kerta



POMPEII, TERRA DEORUM ₪ :: Ludi :: Archives RPs
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Lun 13 Jan - 0:15
La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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La Voix de la Raison


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Le temps lui avait paru long.

Autant celui qu'elle avait passé au chevet de son bien-aimé frère, alité suite au tremblement de terre, que celui qui s'était écoulé ces vingt dernières années.
Lucretia Ilithyia ne se souvenait pas d'avoir jamais été aussi libre. Elle aimait son aîné -du moins en était-elle persuadée- mais ce vent de nouveauté, qui au début lui avait fait peur, la motivait désormais à chaque lever. Les jours passants, elle se sentait de plus en plus à même de diriger à la place de cet homme dont l'autorité lui avait tant pesée. Elle prenait ses aises, sans douter un jour que Titus viendrait à se remettre sur pied et que tout rentrerait dans l'ordre... mais, secrètement, elle escomptait bien profiter de sa faiblesse pour faire ses preuves et monter davantage dans son estime. Pour redorer également sa propre opinion d'elle-même...

La jolie blonde n'y comprenait rien encore, mais les efforts qu'elle fournissait pour maintenir le ludus à flot en l'absence de son frère, étaient en train de la changer. C'était là le début d'une longue traversée, la fin d'un laisser-aller et le commencement d'une prise en main à l'issue décisive.

Ilithyia grandissait, mûrissait... et empruntait prudemment le vague et périlleux chemin de l'émancipation.



« C'est assez. Il est bien trop fatigué pour quitter la villa et régler cette histoire dans les plus brefs délais. Je vais y aller. » D'un bond, la plébéienne se redressa, appuyant ses propos d'une impulsion marquée. Ses longs cheveux ondulant sous la brise légère qui aérait la chambre du cher patient, elle se leva, se drapa d'une palla tout à fait modeste, et approcha de la porte non sans avoir déposé un baiser plein de tendresse sur le front du bel endormi.
« Celia, ne le quitte pas des yeux. Sers lui tout ce qu'il demande, et ne l'importune pas avec mon départ. Mens s'il te pose des questions, il n'a pas besoin de savoir. Je lui parlerai à mon retour,  ainsi son esprit sera-t-il soulagé de savoir ses affaires définitivement résolues. Il n'aura plus à s'inquiéter. »
Et tel un courant d'air, elle s'éclipsa. Laissant son aîné aux bons soins de ses esclaves en lesquels elle avait toute confiance, assurant ses arrières en préparant son départ au moyen d'une garde certes restreinte, mais savamment constituée...

[…]

« Domina, il n'est guère prudent de vous mener si tard en ces lieux. Vous y serez encore à la nuit tombée. Je vous en conjure, rebroussons chemin... »

Le ton du gladiateur était suppliant. Sous ses airs de colosse, il faisait le chaton, inquiet mais docile, plein de bonne volonté et de bonnes intentions. Celui-ci avait toujours eu un faible pour la fille des Lucretii. Passant outre ses crises et folies, il la trouvait plutôt jolie, mais surtout, savait ce qui l'attendrait s'il échouait à assurer sa protection.

Chacun sait, Pompéi est une cité comme les autres, regorgeant de vices et de crimes, autant que de  luxe et de volupté.  

« Sache que j'apprécie ta prévenance », répliqua la jeune demoiselle, sans se départir d'un flegme qui ne lui ressemblait pas. « Mais ton acharnement est inutile. Redouble de vigilance et fais honneur à ta maison. Tu es un gladiateur, je ne crains rien ni personne à tes côtés ». Et, le regard empreint de sous-entendus autoritaires, elle glissa doucement sa main dans celle d'un énième serviteur pour grimper les marches du perron.

L'auberge d'Ausonius Faustus s'érigeait à ses pieds. Un endroit que, bien sûr, elle jugea rapidement sordide, et froid. Elle savait que son frère y passait nombre de ses nuits, et qu'il y concluait de fructifiant accords. Pour autant, elle ne comprenait pas. Cependant, elle ne comptait pas s'éterniser. Les affaires étaient ce qu'elles étaient, et le maître des lieux devait quelques réponses, ainsi qu'une somme d'argent quelconque aux Lucretii. Elle venait récupérer son dû, régulariser la situation, et épargner à son frère l'humiliation, autant qu'un douloureux déplacement.
Bien entourée, le visage habilement masqué par ses nombreux drapés, elle pénétra dans l'antre de la débauche, l'estomac noué. L'air faussement serein qu'elle affichait jusque là tint alors à se dégrader.

Sa garde féroce la suivant de près, Ilithyia s'approcha d'un vaste comptoir, où se côtoyaient ivrognes et personnages plus réputés. Cloîtrée dans sa villa depuis des années, elle avait aujourd'hui la chance d'être physiquement inconnue de pratiquement tous. Ses précautions n'étaient pas de trop, mais elle se rassura en affirmant sa discrétion, et ordonna à son esclave de l'annoncer.

Comportement inhabituel, on lui rit au nez ; « Le patron n'est pas là, ma ptite dame. Va falloir l'attendre, ou repasser. C'est pas un endroit pour vous, à moins que vous ne cherchiez un travail... ? »

Mélange de moqueries, d'allusions irrespectueuses et lubriques auquel l'aînée des Lucretii voulut répondre avec indignation, avant de voir une autre dame voler à son secours.

La plébéienne n'était pas dupe. Elle devina rapidement qu'il s'agissait probablement d'une esclave, matrone, ou prostituée. En d'autres circonstances, ne sachant trop comment considérer ces femmes qu'elle détestait imaginer en compagnie de son frère bien-aimé, sans doute lui aurait-elle craché au visage, sans se soucier des conséquences. Cette fois en revanche, elle apprécia qu'on prenne le relais et l'arrache aux griffes de l'hirsute aubergiste.

Les yeux de la jeune enfant s'attardèrent sur la beauté mûre qui venait à peine de l'apostropher. Des cheveux d'or, un visage fin... Elle préférait de loin attendre Fautus en sa compagnie.

Mar 4 Fév - 20:45
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La voix de la raison

« Il faut faire davantage d'efforts, est-ce que c'est compris ? »

Les mots claquèrent comme un fouet et les filles se tassèrent sur elles-mêmes avant de hocher doucement la tête. Je les congédiai ensuite rapidement car elles avaient encore à se préparer pour accueillir les clients. Une fois seule dans la pièce qui me servait de chambre, je soupirai avant de me frotter le visage : nous n'avions que trop peu de clients ces temps-ci et cela commençait à me gêner énormément. Les habitués revenaient moins souvent, les nouveaux clients se faisaient rares et j'avais beau savoir que le tremblement de terre y était pour beaucoup, je me devais de mettre les choses au clair avec les filles. Il fallait qu'elles soient conscientes des problèmes que nous rencontrions et surtout des enjeux si la situation venait à ne pas s'améliorer. Heureusement, elles n'étaient pas stupides et toutes avaient bien compris que c'était leur place qui était en jeu, leur futur au sein du Lupanar. Alors, même si les hommes étaient réticents à dépenser leur argent, il leur incombait à elles de les inciter à dépenser plus, à en vouloir toujours plus. Bien sûr, il s'agissait là d'ordres que j'appliquais également à moi-même : je n'avais jamais été autant passionnée dans mes ébats que j'avais pu l'être ces derniers temps. Apporter énormément de plaisir était la clé de tout, peu importe ce que pouvait en penser certaines personnes qui travaillaient sous les ordres de Kaeso.

Après m'être moi-même préparée, je passai m'assurer que les filles étaient prêtes avant d'aller finalement jusqu'à la taverne afin d'aller me rendre compte par moi-même du nombre de clients et en inciter à aller jusqu'au Lupanar car Niger avait raison sur ce point : la taverne était un véritable nid à futurs clients et c'était pour cela que je devais m'y montrer. Il n'y avait pas de meilleur moyen que de faire saliver les hommes pour pouvoir les attirer dans nos filets. D'ailleurs, ce fut parée de mes meilleurs habits que j'entrai à l'intérieur de la taverne qui était plutôt bien remplie ce qui était excellent pour les affaires. En m'avançant et en observant, une silhouette au comptoir attira mon attention car elle jurait énormément avec les autres personnes présentes dans la taverne : il s'agissait d'une silhouette féminine et à la vue de ses habits, il était certain qu'il ne s'agissait pas de n'importe qui. Qu'est-ce qu'une plébéienne pouvait bien faire dans cet endroit ? Quelque peu curieuse, je m'approchai de la silhouette quand j'entendis l'aubergiste dire à la demoiselle qu'elle allait devoir attendre ou repasser si elle voulait voir Kaeso. Ainsi donc, elle était venue voir mon maître. Rapidement, mon attention s'éloigna de la raison de sa présence car les mots déplacés et injurieux de l'aubergiste m'interpelèrent. Je fronçai les sourcils et accélérai le pas et, arrivée à hauteur de la jeune femme, je tapai sur le comptoir d'un geste brutal de la main. L'aubergiste tourna son regard vers moi et l'air que j'arborais lui fit perdre son sourire en l'espace de quelques secondes. Lorsque je m'adressai à lui, ma voix fut sombre et glaciale.

« Si tu n'apprends pas à tenir ta langue, je ne manquerai pas d'en faire part à Kaeso et quelque chose me dit que tu n'auras alors plus l'occasion de l'utiliser, cette langue. »

La menace était clair et le ton sans appel : s'il osait prononcer encore un seul mot à l'encontre de la demoiselle, j'allais tout faire pour qu'on lui coupe la langue, peut-être même pire d'ailleurs. Il me jeta un regard et je haussai un sourcil, attendant qu'il me donne l'occasion de provoquer sa chute mais il n'en fit rien et s'éloigna pour aller s'occuper d'autres clients. Un sombre sourire étira mes lèvres avant que je ne me retourne vers la demoiselle. Mon regard se planta dans celui de la jeune femme et mon sourire se fit quelque peu plus doux même s'il m'était impossible de me départir de mon air dur. Je ne pouvais pas me le permettre : pas ici, pas dans cet endroit.

« Ils ne sont pas tous comme ça ici. »

Je marquai un silence, réfléchissant à ce que je venais de dire.

« Enfin, la plupart le sont mais nous avons encore quelques esclaves de la gente masculine respectueux. Il est dommage que vous ayez eu la malchance de tomber sur lui. » dis-je en jetant un regard en biais à l'aubergiste.

Je remarquai alors que bon nombre d'hommes avaient les yeux posés sur nous deux et je reportai mon attention sur la demoiselle.

« Vous attirez les regards et je ne vais pas m'en plaindre car c'est bon pour nos affaires mais, ce n'est pas un endroit pour vous ici. » finis-je par dire en appuyant mes mots par un regard en disant long. « Si vous souhaitez attendre mon maître, nous pourrions vous trouver un endroit qui vous conviendrait mieux. »

En entendant une nouvelle remarque dans mon dos, je me tournai et fusillai du regard l'homme qui était en train de tenter une approche : tant pis si je perdais un client mais cette jeune femme était là pour voir Kaeso et c'était elle qui devait donc devenir ma priorité. Après m'avoir observée un instant, l'homme s'en alla dans la direction opposée et je glissai de nouveau mon regard dans celui de la jeune femme.

« Je me nomme Kerta. »

Il était bon de se présenter, surtout si je voulais créer un quelconque climat de confiance entre elle et moi.

« Vous me suivez ? »



© charney

Mar 18 Fév - 17:27
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La voix de la raison

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La tête légèrement inclinée, la plébéienne contemplait les atours de sa bienfaitrice inopinée. Ses vêtements étaient ceux d'une femme d'âge mur, plutôt bien choisis pour quelqu'un de son milieu. Parce qu'elle n'avait jamais côtoyé de vendeuses de charme, et qu'elle en avait peu aperçues, Ilithyia la jugea quelque peu vulgaire, et peut-être un peu trop débraillée. Celle-ci était plutôt élégante, en vérité. Mais après tout, elle n'y connaissait rien, et son avis sur la question n'était pas sollicité.

Le plus important était que la dénommée Kerta avait pris sa défense, réaction ô combien appréciable que la Blonde ne manqua pas de noter. Elle adressa d'ailleurs un sourire mesquin à l'aubergiste qui l'avait enquiquinée, satisfaite du dénouement de la conversation. Elle n'était guère habituée à voir les femmes faire la Loi, aussi l'attitude de la matrone interpella-t-elle naturellement le respect de Lucretia. Par curiosité, elle opina du chef à la proposition qu'on venait de lui faire, et lui emboîta le pas après s'être assurée que sa garde suivait. La Dame avait encore du chemin à faire avant de gagner sa confiance. Pour autant, tout autre lieu que celui-ci pour attendre le maître des lieux lui aurait convenu. Elle ne tenait pas à subir les remarques désobligeantes des hommes toute la soirée, et la présence du Gladiateur à ses côtés la rassurait. Où qu'elle soit, elle savait qu'au moindre geste suspect, il réagirait. De tous, il était sans aucun doute le plus prompt à lui sauver la vie en cas de danger.

Elle n'avait pas encore ouvert la bouche depuis que la Matrone l'avait abordée. A eux seuls, ses yeux parlaient. Il n'était pas dur d'y lire de la méfiance, enrobée d'une touche de surprise et d'un certain intérêt. Cette femme aurait tout aussi bien pu l'indifférer ; mais elle avait du temps à passer en sa compagnie et les circonstances de leur rencontre l'avait rendue intéressante. Sans bouillir de curiosité, la jeune enfant espérait au moins découvrir le rôle de la Dame au sein de cette entreprise, qui semblait offrir peu de places reluisantes aux femmes. Sans doute celle-ci avait-t-elle su tirer son épingle du jeu, pour oser parler ainsi aux employés du patron. Etait-elle au dessus d'eux ? L'épouse, peut-être ?

« Lucretia Ilithyia, du Ludus Lucretius », finit-elle par se présenter. Le ton de sa voix n'avait rien d'affable, pourtant il était loin d'être irrespectueux. Elle jouait dans la cour des grands, aussi Ilithyia voulut-elle paraître plus mûre et sérieuse à son hôte que d'ordinaire. L'expression qu'elle affichait était celle d'une femme dure en affaires, qui aurait pu tromper la plupart des hommes ignorant son identité. Un masque en revanche beaucoup moins difficile à creuser pour une personne au vécu  marqué telle que Kerta, habituée à lire sur les visages des filles et peut-être bien à deviner leurs plus lourds secrets.
Mais qu'en savait la sœur du laniste ?

« Comme je l'ai dit à votre collègue » elle insista sur le mot pour montrer qu'elle n'était pas certaine de l'employer à bon escient « j'ai quelque affaire à traiter avec Ausonius Faustus. Au nom de mon frère, qui se trouve bien mal en point et dans l'impossibilité totale de se déplacer. » Un rapide coup d'oeil lui suffit à balayer l'ensemble de la pièce dans laquelle la femme aux cheveux d'or l'avait conduite. L'endroit ne payait pas de mine, et le plus discrètement du monde, l'enfant adressa aux Dieux une prière de remerciements : elle se rendait compte seulement de la chance qu'elle avait d'être née de bonne famille et d'avoir toujours connu le luxe et l'abondance. Ce n'était forcément jamais assez, mais elle qui n'avait jamais rien vu d'autre que le faste de sa propre demeure ou de celles de riches patriciens, se promit à l'avenir de ne plus se plaindre au moindre grain de poussière effleurant ses parures...

« Je puis l'attendre ici en votre compagnie, donc ? » Elle cessa brusquement de triturer ses doigts, et tourna la tête vers ses esclaves, signifiant qu'ils ne sortiraient pas de la pièce sans elle. « Savez- vous s'il sera de retour avant la nuit ? » Inutile de préciser qu'elle s'inquiétait raisonnablement de pouvoir quitter les lieux au plus vite. De préférence, avant le coucher du Soleil. Car elle avait beau jouer les demoiselles courageuses, une de ses dernières sorties lui avait valu une belle frayeur, et elle n'était pas tout à fait prête à renouveler l'expérience. Sans la présence du Champion, elle se serait sans aucun doute laissée prendre au piège des Syriens et l'aurait payé de sa maigre vie. Depuis, elle ne quittait jamais le ludus sans quelques gardes et par précaution, un redoutable Gladiateur...

Elle soupira, marquant sa lassitude à l'idée d'attendre son « partenaire » indéfiniment. « Vous travaillez pour lui ? »

Il allait bien falloir engager la conversation...

Dim 9 Mar - 16:33
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La voix de la raison


Lucretia Ilithyia, du Ludus Lucretius. Voilà une information qui fit naître un sourire satisfait sur mon visage. Cette demoiselle était puissante parce qu'elle venait d'une famille puissante et quand j'avais décidé de faire d'elle ma priorité, j'avais donc pris une décision judicieuse. Je l'entraînai donc rapidement avec moi hors de la pièce principale de la taverne, décidée à lui éviter d'en voir plus qu'elle n'en avait déjà vu. Elle était certes en affaires avec Kaeso et savait donc qui il était et de quelle façon il gagnait de l'argent mais il était inutile qu'elle ne soit trop à proximité de ce qu'on pouvait communément appeler de la vermine, dont je faisais certes partie mais d'une façon bien différente. Nous arrivâmes finalement dans une pièce se trouvant derrière les escaliers, un endroit assez spacieux mais très spartiate car la dite pièce ne servait pas à grand chose en dehors d'entreposer certains linges et certains meubles qui n'avaient plus, pour l'instant, aucune utilisé mais qu'il était bon de garder car chaque bien était précieux même à petite échelle. Il était arrivé à Kaeso de recevoir de futures employés dans cette pièce et cela m'avait donc semblé un endroit approprié pour l'attendre. Je ne pouvais décemment pas conduire la jeune Ilithyia, qu'elle soit importante ou non, jusqu'aux appartements de Kaeso en son absence.

Lorsque nous fûmes seules, je l'observai avec intérêt, cette demoiselle éveillant en moi une certaine curiosité. Ce qu'elle dégageait était plutôt contradictoire et c'était sans doute pour cela qu'elle éveillait en moi cet intérêt. Force et fragilité, confiance et doute. Elle semblait ne pas être taillée pour diriger, ne pas avoir les épaules pour cela et en même temps, elle semblait au contraire prête à faire ce qu'il devait être fait pour que sa famille garde la tête hors de l'eau. J'avais beau n'être qu'une esclave, je n'étais pas moins au courant de certaines affaires concernant les grandes familles de cette ville. Je n'en savais certes que les grandes lignes, que ce que l'on pouvait bien vouloir me confier mais je n'en restais pas moins au courant et je savais que cette demoiselle devait s'occuper des affaires à la place de son frère. Je savais qu'elle avait été jetée dans la fosse aux lions sans avoir rien demandé et qu'elle devait combattre à sa façon chaque jour ces carnivores qui ne rêvaient que de la voir faillir. En y pensant, une colère froide s'insinua en moi : si seulement elle pouvait tenir juste pour les faire taire.

Ilithyia reprit finalement la parole en m'expliquant plus avant qu'elle avait quelque affaire à traiter avec Kaeso au nom de son frère. J’acquiesçai doucement, ses paroles me renvoyant aux pensées que j'avais eues quelques secondes à peine auparavant. La sublime jeune praticienne jetée dans la fosse aux lions bien malgré elle. Il n'était cependant pas exclu qu'elle soit elle-même une lionne prête à tout pour arriver à ses fins. Si c'était le cas, elle n'en serait que plus intéressante à mes yeux étant moi-même une véritable lionne enragée quand il le fallait. Cela serait sans doute notre unique point commun. Je l'observai ensuite regarder autour d'elle, analysant la pièce dans laquelle elle se trouvait. Je ne m'en formalisai pas, sachant qu'elle n'était pas habituée à ce genre d'endroit. Il ne tenait qu'à moi de la mettre le plus à l'aise possible malgré les « circonstances ». Je me saisis finalement d'un linge propre qui trônait sur une étagère avant de le déplier et de le poser sur une chaise en bois.

« Vous pouvez bien sûr l'attendre ici en ma compagnie. Je préfère rester à vos côtés pour éviter tout... Désagrément. » ajoutai-je avec un sourire entendu.

Elle était loin d'être stupide et devait avoir parfaitement compris ce que j'entendais par désagrément.

« Je vous prie. » dis-je finalement en lui désignant la chaise fraîchement recouverte d'un linge propre.

Préférant rester debout, je m'adossai au mur juste à côté de l'encadrement de la porte. Je jetai un coup d'oeil aux esclaves d'Ilithyia avant de reporter toute mon attention sur cette dernière. C'est alors qu'elle me demanda si je pensais que Kaeso allait mettre longtemps avant de s'en retourner jusqu'à la taverne. Puis, elle me demanda si je travaillais pour lui. Parce qu'elle en doutait ? Mais si je ne travaillais pas pour lui, que pouvais-je donc bien être dans la tête de la demoiselle ?

« J'ignore quand mon maître sera de retour. Je suis navrée de ne pas pouvoir vous donner plus d'informations. J'ose espérer qu'il sera de retour avant que vous ne deviez quitter les lieux : il serait dommage d'avoir fait tout ce chemin pour rien. »

Je me redressai légèrement et m'éloignai finalement du mur pour me rapprocher d'Ilithyia avant de m'appuyer contre le rebord de la table se trouvant à côté de la chaise où était installée Ilithyia.

« Et comme vous l'avez sans doute maintenant compris, je travaille bien pour Kaeso oui. Avant lui, je travaillais pour son beau-père. Je suis ici depuis... Depuis fort longtemps en fait. »

Je détournai mon regard de la demoiselle, ne pouvant m'empêcher de penser à ce passé lointain, cette autre vie qui semblait finalement n'avoir jamais été la mienne. Oui, j'avais le sentiment que ma vie avait commencé lorsque j'avais été vendue, qu'il n'y avait rien eu avant et pourtant...

« J'avais douze ans quand j'ai été vendue et après avoir commencé à travailler ici, je ne suis plus jamais partie. Je n'en partirai jamais mais cela me convient. A force de travail j'ai réussi à me faire une place, c'est bien mieux que rien. » terminai-je par expliquer avant d'observer Ilithyia avec plus d'intensité. « Et vous ? Est-ce que ce n'est pas trop difficile de reprendre les affaires de votre frère ? J'imagine, qu'ils doivent être nombreux à attendre de vous voir échouer et ça ne doit pas être facile, je me trompe ? »

J'espérais bien qu'elle allait me dire que je me trompais oui. J'espérais bien qu'elle allait me dire en gonflant la poitrine d'orgueil qu'elle se débrouillait parfaitement bien et qu'elle n'avait que faire de ce que les autres pensaient d'elle. C'était cette force qui bouillonnait à l'intérieur, qui se voyait à travers son regard qui la rendait si intéressante. Finalement, j'espérais que Kaeso allait prendre son temps car cela me laisserait tout le loisir de discuter avec Ilithyia, d'en apprendre un peu plus sur elle.

Elle, la mystérieuse et intrigante praticienne.

© charney

Mar 11 Mar - 19:53
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La Voix de la Raison


« Vous pouvez bien sûr l'attendre ici en ma compagnie. Je préfère rester à vos côtés pour éviter tout... désagrément. »

La tête basse, les yeux scrutateurs relevés en direction de la Matrone, Ilithyia ne put s'empêcher d'esquisser un sourire nerveux. « Voilà qui est rassurant », marmonna-t-elle juste assez fort pour être entendue, tout en laissant comprendre qu'elle n'attendait aucune réponse à son petit commentaire. C'était bien sa veine. Non seulement l'endroit était sordide, on l'obligeait à traiter avec des gens de petites mœurs, esclaves qui plus était, mais on l'avertissait -sans honte, par dessus le marché- du danger qu'elle courait à demeurer en ces lieux contre sa volonté. Le monde lui semblait fou tout à coup. Voilà qu'elle regrettait amèrement d'avoir insisté auprès de son frère pour régler elle-même cette affaire...

Les narines retroussées et les lèvres entrouvertes en un rictus dédaigneux, la plébéienne jeta un bref coup d’œil au fauteuil qu'on lui présentait. Soit. Puisqu'on s'était donné la peine de soigner la proposition, et qu'il lui faudrait attendre un certain temps, elle approcha avec appréhension et s'installa finalement. Au moins, l'esclave et elle s'entendaient sur un point : maintenant qu'elle avait parcouru le chemin jusque là, autant y demeurer jusqu'à la fin. Tant pis pour la poussière qu'elle distinguait sur chaque centimètre carré de surface plane exposée. Tant pis pour l'âpre odeur qui lui piquait la gorge et lui donnait envie de tousser. Tant pis pour l'humidité ambiante qui la faisait frissonner...

« Et comme vous l'avez sans doute maintenant compris, je travaille bien pour Kaeso oui. Avant lui, je travaillais pour son beau-père. Je suis ici depuis... Depuis fort longtemps en fait. » Allons donc. Elle allait lui narrer sa vie. Cela ne l'enchantait guère mais la jeune Lucretia n'osa pas rabrouer son interlocutrice. Elle restait consciente d'une chose : elle était responsable de cette soudaine logorrhée puisqu'elle avait elle-même orienté la conversation sur le sujet. En soulevant la première interrogation. Maintenant, elle ne pouvait plus s'étonner qu'on lui présente un véritable exposé.
D'un autre côté, qu'avait-elle de mieux à faire que d'écouter sa partenaire ? C'était préférable au silence interminable que préconisait la principale option...

« J'avais douze ans quand j'ai été vendue et après avoir commencé à travailler ici, je ne suis plus jamais partie. Je n'en partirai jamais mais cela me convient. A force de travail j'ai réussi à me faire une place, c'est bien mieux que rien. » Eh bien, la dame aux cheveux d'or avait parlé de l'aubergiste comme étant son maître. C'était donc qu'elle était bel et bien esclave et cela conforta Ilithyia dans l'idée qu'elle n'avait pas à se permettre certaines familiarités avec elle. Comme celle, fortement désagréable, de chercher à mettre son joli nez dans ses occupations... « Et vous ? Est-ce que ce n'est pas trop difficile de reprendre les affaires de votre frère ? J'imagine, qu'ils doivent être nombreux à attendre de vous voir échouer et ça ne doit pas être facile, je me trompe ? »

Mais pour qui se prenait-elle ? La curiosité empreinte de méfiance de la plébéienne se mua en une certaine indignation ; « Il me semble que mes affaires ne vous regardent pas », répliqua-t-elle, sèchement. Après tout, cette Kerta lui était inférieure sur bien des points, et Ilithyia n'était pas du genre à faire dans la dentelle lorsque quelque chose ne lui plaisait pas. Là, elle n'avait aucune raison de rester sur la réserve, aussi ne se priva-t-elle pas de faire savoir ce qu'elle pensait.

« Je ne suis pas votre égale, ne l'oubliez pas. » La voix n'était pas réellement menaçante. Elle donnait surtout l'impression que la jeune enfant cherchait à se persuader d'une autorité quelconque envers sa vis-à-vis, ce qui n'était pas tout à fait faux. Elle devait s'assumer, et se faire respecter. Aujourd'hui plus que jamais.
Et comme ni l'endroit ni la personne ne la mettaient réellement à l'aise, l'attaque se présentait comme la meilleure des défenses... juste au cas où...

« Votre compagnie ne m'est pas désagréable, mais tâchons de rester toutes deux à nos places... »

C'était étrange. Etrange comme se confronter à une personne du même sexe lui apparaissait soudain plus complexe que toutes les situations vécues auparavant auprès des hommes.

Et puis... elle semblait en savoir des choses, la dénommée Kerta. Les Lucretii l'intéressaient-ils tant que cela ?

© Rider 0n the Storm
Jeu 20 Mar - 12:50
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La voix de la raison


Avais-je vu juste ? Cachait-elle une force intérieure comme je le croyais ? Était-elle bien plus que ce qu'elle ne pouvait laisser paraître ? J'avais cherché, j'avais fouillé, j'avais testé et soit elle était bien loin de ce que j'imaginais, soit j'avais raison et il n'allait pas être difficile de m'en apercevoir. D'ailleurs, quand le regard de la jeune praticienne changea tout à coup, je sus que j'étais dans le vrai. J'eus soudain l'impression de voir une toute autre jeune femme se dresser devant moi. Une jeune femme bien plus sûre d'elle, une jeune femme plus imposante, plus impressionnante et quand sa remarque tomba ou plutôt claqua comme un fouet, son ton fut sans appel. Ses affaires ne me regardaient en rien. Soit. C'était tout à fait vrai. Ce fut la suite qui fut plus difficile à encaisser. J'étais pourtant habituée mais ce n'était pas pour cela que l'entendre était moins difficile. Non, il n'était jamais moins difficile d'entendre que je n'étais pas l'égale de ces personnes. Il n'était jamais moins difficile d'entendre que je n'étais... Rien, en fait. Bien malgré moi, sans que cela soit contrôlable, mon visage se ferma et ma mâchoire se crispa. Mon regard ne cilla cependant pas et resta bien planté dans le regard de la demoiselle. Peut-être s’attendait-elle à me voir baisser les yeux mais ce n’était pas mon intention.

Loin de là.

Pourquoi aurais-je baissé les yeux ? Elle venait déjà de me rabaisser par les mots qu’elle avait employés et c’était bien suffisant comme ça. Elle poursuivit finalement en ajoutant qu’elle appréciait ma compagnie mais qu’il était important de se rappeler où étaient nos places respectives. Oh, elle n’avait pas à s’inquiéter de cela : comment aurais-je pu oublier où était ma place ? Ce n’était pas parce que j’étais sûre de moi et que j’affichais cette assurance que je parvenais à oublier que je n’étais qu’une esclave, que j’oubliais que je n’étais rien d’autre qu’un être inférieur. Pour eux en tout cas. A leurs yeux je n’étais rien mais j’avais une plus haute opinion de moi-même, quoi qu’ils puissent en penser ou en dire. Là où j’étais arrivée, j’y étais arrivée par moi-même et uniquement par moi-même. Pour certains, ma situation pouvait ne pas paraître très reluisante mais pour moi, elle était plus que satisfaisante. Même si j’étais toujours dans le bas de l’échelle, j’en occupais à présent une place plus élevée : je n’étais plus celle qui couchait avec n’importe quel client, je n’étais plus celle qui obéissait aux ordres sans sourciller. J’étais la matrone. Je recrutais les filles, je les supervisais, je veillais à ce que tout se passe bien. Certes, je continuais à donner mon corps mais cela était plus rare, plus exceptionnel et surtout, je ne me donnais plus à n’importe qui.

Je n’étais donc pas son égale, certes, mais j’étais loin de ce pour quoi elle me prenait réellement. Hors de question cependant que je le lui fasse remarquer. Je tenais trop à ma place pour ça.

« Bien sûr. » finis-je donc par dire au bout d’un moment. « Mes excuses. » ajoutai-je, ma voix étant toujours aussi froide mais le ton se faisant plus caressant.   « Vos affaires ne me regardent pas. Je veillerai à ne plus me montrer si curieuse. »

Et puis, finalement, si j’avais posé cette question, cela n’avait pas vraiment été par curiosité mais mieux valait qu’elle le pense plutôt qu’elle ne sache qu’il ne s’était agi que d’une façon de la tester, de gratter un peu la surface qu’elle laissait entrevoir. J’avais justement réussi à gratter et même si son attitude avait été blessante, comme l’attitude d’un praticien était blessante quoi qu’il arrive vis-à-vis d’un esclave, elle avait été tout ce que j’avais espéré : fougue et assurance. La chose était claire et entendue : cette jeune femme m’intéressait.

« Et sachez que je n’oublie pas ma place. Je ne l’oublie jamais. Vous et les vôtres vous assurez de cela au quotidien. » dis-je en esquissant un sourire plutôt froid mais non pas provocateur.

D’ailleurs, mon ton lui-même n’avait rien de provocateur. Après tout, il s’agissait là d’une simple constatation, de la stricte vérité. Je finis par me redresser complètement et jetai un regard autour de moi avant de reporter mon attention sur Ilithyia.

« Puis-je vous proposer à boire  ? Nous n’avons certainement pas du vin d’aussi bonne qualité que celui que vous possédez mais je peux aller quérir le meilleur que nous possédons, pour vous. » Je marquai un silence. « Ou s’il y a quoi que ce soit d’autre que vous souhaitez, je suis là pour vous servir, pour rendre votre attente plus agréable. »

Cette fois-ci, mon sourire fut moins froid. Pas chaleureux non plus mais disons plus agréable. C’était ce dont elle avait besoin, c’était ce qu’elle souhaitait, c’était ce que je devais faire. Etre soumise dans ma façon de parler, dans ma façon d’agir. Etre l’esclave qu’elle avait réussi à remettre à sa place. Et puis, au fond, j’étais sincère quand je disais que je souhaitais que son attente soit plus agréable. Elle avait beau s’être montrée sommes toutes assez blessante (de mon point de vue car du sien, c’était normal d’agir de la sorte), elle ne m’inspirait aucune animosité, bien au contraire mais peut-être allait-elle définitivement me congédier. Peut-être avais-je eu les mots de trop lorsque j’avais parlé d’elle et des siens. Ma foi, si cela devait se produire, je l’accepterais et n’aurais plus qu’à m’expliquer auprès de Kaeso si Ilithyia venait à se plaindre de moi.

Cela dépendait d’elle, et de personne d’autre.


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Lun 24 Mar - 11:18
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La Voix de la Raison


Progressivement, les traits de la plébéienne s'adoucissaient. C'était bien, la matrone comprenait. Et s'excusait. Cette sensation de pouvoir qui naissait de la confrontation d'une âme avec sa supérieure lui plaisait. Remettre un étranger en place, pouvoir prétendre à plus de noblesse et de grandeur, cela  ne ressemblait à rien à dominer ses propres esclaves. Chacune de ses sorties, même pour les plus petites choses, lui donnait un aperçu de la toute-puissance que possédait son frère. Elle en devenait gourmande au fil des jours, peut-être même jalouse...

Tout à coup cependant, c'était elle qui devenait curieuse. La question l'avait surprise tout d'abord, mais elle n'oubliait pas. Les nouvelles allaient-elles donc si vite ?
Bien entendu, elle ne se cachait pas ; mais la maison Lucretia ne criait pas non plus sur tous les toits de Pompéi qu'Ilithyia remplaçait son frère. C'aurait été lui porter du tort que de qualifier la situation en ces termes. Disons plus qu'avec ses maigres compétences, elle écoutait ses conseils et agissait sur ses ordres. Si elle prenait quelques libertés, personne n'était censé savoir...

« La boisson, ça ira ». Du vin. C'était une bonne façon de couper court à la conversation pour la reprendre ensuite l'air de rien. « Mulsum, si vous avez ». C'aurait été un comble pour une auberge de ne pas servir de vin miellé.

Debout, elle attendit le retour de la louve sans un bruit, et pas le moindre regard pour ses esclaves, qui n'étaient plus que des meubles en l'instant. Tout en décrivant des cercles irrégulières autour de son siège, elle songeait aux questions qu'elle allait poser. Sa réputation et les on-dit lui importaient, il n'était pas question de repartir d'ici sans savoir exactement ce qu'on chuchotait à son propos entre les murs de la cité.

La Dame avait raison, pensa la plébéienne en la voyant faire irruption dans la pièce. Sur le plateau qu'elle tenait, deux verres et une cruche de vin à demi-transparente. A la simple couleur de l'alcool, elle devinait qu'il serait loin d'enchanter ses papilles comme celui que son frère faisait venir de Campanie -la production d'un certain Iulius, excellente par ailleurs. Mais de sa déception, elle ne montra rien. Elle concevait qu'elle avait sûrement déjà irrité l'esclave, et songea qu'il valait mieux ne pas insister. Elle se contenterait de cette cuvée là, et levait déjà son verre pour inciter la louve à en faire de même.

Âpre. Peut-être même un peu piquant. Mais elle avait déjà goûté pire. Aussi reposa-t-elle sa coupe sur le plateau sans la moindre remarque et joignit-elle ses mains sur le bois brut de la toute petite table. « Vous semblez savoir beaucoup de choses à propos des Lucretii... » Le bleu de ses yeux, ancrés dans ceux de la matrone, reflétait la prudence et la détermination. Ilithyia cherchait ses mots, par souci de se montrer respectueuse à son tour avec l'esclave, et non curieuse comme elle le lui avait reproché. Non pas qu'elle ne se sente pas tout à fait en droit de lui poser des questions, puisqu'elle était libre et elle pas, après tout ; mais c'était une question de fierté. Devant cette femme, elle éprouvait le besoin d'afficher une certaine noblesse, comme si elle cherchait à l'impressionner. C'était ridicule, évidemment.

« Est-ce vraiment cela que les gens disent ? Ils me pensent incapable de suivre des instructions ? » Elle réprima un petit rire nerveux. « J'imagine après tout que vos clients et ceux de la taverne sont bavards. »

Une autre gorgée de vin. « Que disent-ils d'autre ? »


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Mar 1 Avr - 10:52
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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La voix de la raison


Devoir se soumettre, encore et toujours, c'était mon lot quotidien et j'avais eu de nombreuses années pour m'y habituer. Pourtant, il y avait toujours cette petite part de moi qui maudissait ceux qui m'étaient supérieurs juste parce qu'ils avaient eu plus de chance. Absolument : plus de chance. Ce n'était rien d'autre que cela. Ceux qui marchaient la tête haute, fiers de leurs richesses, fiers de leur rang n'étaient en fait pas meilleurs mais plus chanceux que les autres, voilà tout. C'était une pensée qui m'était agréable et réconfortante : je ne valais pas moins qu'eux, j'avais juste été plus malchanceuse. Peut-être me fourvoyais-je en pensant de la sorte et au fond, quelle importance puisque cela me permettait de me sentir mieux et ainsi de mieux supporter ce qu'était mon existence. Cependant, certains chanceux étaient plus supportables que d'autres et il m'était d'avis qu'Ilithyia allait faire partie de ceux-là. Certes, elle n'avait pas hésité à me rappeler où était ma place et à agir comme tous ceux qui m'étaient supérieurs agissaient mais je préférais la voir agir de la sorte plutôt qu'elle se montre faible ou fragile. J'appréciais la force qui se dégageait d'elle et petit à petit, l'envie de la pousser à développer cette force germa dans mon esprit.

Elle m'annonça rapidement que la boisson lui serait suffisante et je hochai la tête, entendant bien le vin qu'elle souhaitait voir versé dans sa coupe avant de m'éclipser jusqu'aux cuisines. Sans adresser le moindre regard ni le moindre mot à personne, j'allais donc quérir le dit vin. A peine avais-je pénétré dans l'espace qui servait à la préparation de la nourriture que je me figeai avant de prendre une grande inspiration, reniflant à pleins poumons l'odeur qui emplissait tout l'espace. Du poisson... Une nouvelle inspiration et l'odeur alléchante me détourna quelques instants de mon but premier : moi qui d'ordinaire n'était pas particulièrement attirée par le poisson, lui préférant la viande, je fus soudain prise d'une furieuse envie de m'approcher du poisson et de le dévorer. J'esquissai d'ailleurs un pas vers la table où ce petit attendait sagement que l'on vienne le dévorer quand le tavernier apparût et me coupa l'herbe sous le pied en emportant le plat. Et mon envie alors ?... Quand je vous disais que je jouais juste de malchance, c'était la vérité. Ravalant mon envie de poisson, je m'en allai préparer un plateau avec une cruche du meilleur vin que nous possédions (et qui était bien loin des vins auxquels Ilithyia devait être habituée) et y déposai deux verres puisque j'avais bien l'intention de l'accompagner dans sa dégustation.

Je revins finalement dans la pièce où se trouvait Ilithyia, non sans avoir une pensée pour le poisson qui devait déjà être en train de terminer dans l'estomac de quelqu'un d'autre, avant de nous servir un verre à chacune. Lorsque la jeune praticienne leva son verre, je fis de même avant de porter le verre à mes lèvres et de savourer le liquide pourpre lorsqu'il glissa dans ma gorge. Si Ilithyia risquait de n'apprécier que moyennement la qualité du vin, y étant personnellement habituée cela me convenait très bien. Cependant, même s'il était fort probable qu'elle n'ait pas apprécié le vin qui lui avait été servi, elle n'en dit absolument rien ce dont je fus intérieurement satisfaite. Elle reposa finalement son verre avant de joindre ses mains sur le bord de la table. Je terminai tranquillement mon propre verre, appuyée contre le bord de la table, observant mon interlocutrice qui ne tarda pas à reprendre la parole en me disant que je semblais savoir beaucoup de choses à propos des Lucretii. Nos regards se plantèrent l'un de l'autre et je déposai à mon tour mon verre sur le plateau avant de croiser les bras, ne répondant rien car j'avais la conviction qu'Ilithyia n'allait pas en rester simplement à cette affirmation. Au bout de quelques instants, elle poursuivit donc en me demandant si les gens parlaient vraiment de la sorte et la pensaient incapable de suivre des instructions. Ainsi donc, ce que j'avais pu lui dire avait finalement fait son bout de chemin dans l'esprit de la praticienne : parfait, c'était le but après tout. Elle ajouta que mes clients et ceux de la taverne étaient bavards puis termina en me demandant ce qu'ils pouvaient dire d'autres.

Mon visage resta fermé, aucun sourire, aucun sentiment, rien. Je n'étais pas froide, juste distante et quand ma voix s'éleva, ce fut cette même distance qu'il fut aisé de percevoir dans mon ton.

« Je ne sais que ce que l'on veut bien me dire. Je ne suis qu'une esclave après tout. » dis-je, faisant écho à la remarque qu'elle avait fait quelques minutes auparavant. Elle souhaitait que je me rappelle ma place et je me faisais à présent un plaisir de le lui rappeler à elle. Je finis par hausser doucement les épaules. « Ce que je vous ai dit tout à l'heure est ce qu'il m'a été donné d'entendre.  Les clients parlent bien sûr, le rapprochement physique pouvant les pousser à la confidence mais ils n'en disent jamais trop et certains n'ont pas confiance en vos... Capacités. »

J'hésitai un instant. Tout à l'heure, elle avait décidé de me remettre à ma place car je m'étais mêlée de ses affaires mais à présent, c'était bel et bien elle qui me demandait de m'en mêler, n'est-ce pas ? Était-il prudent de poursuivre plus avant ? Ce qu'elle m'inspirait m'incita à prendre le risque. Je finis par soupirer, baissant un peu la voix, lui parlant ainsi plus sur le ton de la confidence et cette fois-ci, ma voix se montra moins distante peut-être même légèrement plus chaleureuse.

« Vous n'êtes qu'une femme à leurs yeux. Certes, vous êtes de sang supérieur et votre nom vous apporte le respect des autres mais vous restez une femme et une femme n'est pas censée s'occuper des affaires des hommes. Vous aurez beau le faire de façon remarquable, ce dont personnellement je ne doute pas puisque vous me semblez être assez sûre de vous pour assumer une telle responsabilité, ils continueront à douter. » expliquai-je avant de marquer une pause puis de reprendre. « Vous seriez un homme, personne ne douterait de rien. » finis-je par ajouter, une pointe d'animosité dans la voix.

Notre condition de femme nous forçait à tant de soumission... Certes, sa situation était bien différente de la mienne mais finalement, à sa façon, elle devait faire face à ce sentiment d'être inférieure aux autres parce que justement elle était une femme.

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Ven 4 Avr - 13:57
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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La Voix de la Raison


Tout ce que la louve lui disait là, elle le savait déjà, au fond. Mais c'était autre chose que de l'entendre de vive voix, soit autrement que par murmures et regards hautains ou froids. Ilithyia n'était pas stupide ; elle ne l'avait jamais été. Beaucoup d'autres défauts l'avaient souvent aveuglée, son cruel manque d'affection également, mais peu à peu, elle guérissait. Aujourd'hui, elle était capable d'entendre tout ce qu'on pensait d'elle et d'y faire face sans se mettre à hurler, ou s'effondrer. Non pas sans grincer des dents, certes, car qui aime apprendre ce que l'on dit de pire sur soi ? Mais elle n'était plus seulement bercée par le petit confort de sa villa, désormais. Elle avait la possibilité de voir le monde et de se présenter à lui ; et la meilleure façon de lui prouver qu'elle valait vraiment quelque chose, était de commencer par lui montrer qu'elle était capable de se maîtriser. Ses débordements devaient progressivement laisser la place à plus de patience, et de retenue. Ca n'avait rien d'évident et elle ne pouvait s'empêcher de craquer de temps à autre. Mais contrairement à d'autres... il lui était totalement impossible de faire preuve d'hypocrisie. Une qualité qui promettait de l'aider dans son dessein de se faire respecter, et qui, inéluctablement, finirait par en surprendre plus d'un....

« Esclaves ou libres, toutes les femmes pâtissent des rêves et de l'ego des hommes, n'est-ce pas ? »

Cela, elle s'en était rendu compte un peu tard pour son âge en ne sortant pas de chez elle. Mais elle n'avait pas mis longtemps à le comprendre une fois qu'elle avait pu observer ne serait-ce que de loin les relations entre hommes et femmes. Elle savait bien qu'à sa façon, Titus aussi jouissait de ce statut supérieur que lui octroyait sa place d'héritier. Le fils prodigue qui l'était resté, même en rentrant ivre tous les matins après avoir passé ses nuits entre les cuisses des prostituées. Cette injustice, elle ne l'oubliait pas. Mais elle ne pouvait haïr son aîné pour cela. C'était lui qui l'avait libérée...

« Pour en revenir à mes capacités... il n'y a que mon frère qui ait toujours cru en elles, et en moi ». Nouvelle gorgée de vin. « Ma famille -et mon père en particulier, a beaucoup souffert des médisances à mon sujet. Cela aussi, vous devez le savoir » Sourire forcé et regard appuyé. « Mais il est de mon devoir de rendre la pareille à mon frère maintenant que ses capacités à lui sont altérées. Et de prouver aux mauvaises langues que je ne suis pas celle qu'ils ont toujours cru mais bien une personne de valeur. » Le verre claque sur le rebord du plateau et le regard de la plébéienne reflète sa hargne et sa volonté de changer les choses ; « Je vous assure que je le ferai ».

Elle était fragile, c'était un fait. Pourtant, en cet instant, rien ne semblait pouvoir entraver sa détermination. La tendance commençait à s'inverser. Au lieu de se braquer et de se mettre en colère à chaque méchanceté, elle transformait son exaspération en une force qui lui servirait à persévérer. D'une façon qu'elle ne pouvait ni s'avouer, ni même encore percevoir, la prostituée lui donnait du courage et l'inspirait. Elle était esclave, sa condition plus que dégradante, et pourtant, Ilithyia n'avait pu la tutoyer. Au fond, c'était ce genre de respect, qu'elle souhaitait commencer par susciter chez les autres.

« Par Neptune, ces odeurs de cuisine m'ont ouvert l'appétit. » La Dame était revenue des caves, drapée d'un délicieux fumet : poisson grillé et saveurs citronnées. Par curiosité, la plébéienne s'interrogea sur la qualité de la préparation et de la marchandise. Si le plat était aussi succulent que l'odeur le laissait supputer, passer à côté aurait été absurde... « Je suis affamée, en vérité... » Elle hésitait. Se restaurer dans un endroit si répugnant n'était pas de son goût, mais elle risquait de rentrer bien tard à la villa... « J'aimerais... une assiette de ce poisson. Si vous me garantissez sa fraîcheur et la qualité de sa cuisson. » Elle jeta un coup d'oeil en direction de ses esclaves, se demandant s'il serait convenable de les envoyer surveiller le cuisinier. Elle trouva toutefois une meilleure idée.

« Oh, vous m'accompagnez bien sûr. Je ne veux pas dîner seule. » Une pause, un regard las vers l'unique ouverture de la pièce ; Ce ne serait pas son premier dîner en compagnie d'un esclave, mais elle préférait mettre les choses au clair, d'entrée : « A condition que cela reste entre nous, c'est évident ».  

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Jeu 10 Avr - 10:07
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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La voix de la raison


Je n'aurais pas pu être plus sincère avec la praticienne. Ce que j'avais pu entendre, je le lui avais transmis. Ce que j'avais pu déduire de ce que j'avais entendu, je le lui avais confié. Peut-être étais-je allée encore une fois très loin et je savais parfaitement que si c'était le cas, elle n'allait pas hésiter à me remettre à « ma place » comme elle l'avait déjà fait quelques instants auparavant. J'avais cependant l'intuition qu'il n'en serait rien cette fois-ci. Le tout était de savoir si cette intuition était bonne ou non. Seule Ilithyia pouvait me le faire savoir et quand finalement, la bouche de la praticienne s'entrouvrit pour me dire que, esclaves ou libres, les femmes pâtissaient des rêves et de l'ego de hommes, je me laissai aller à esquisser un petit sourire avant de hocher la tête : elle avait compris où j'avais voulu en venir, elle n'avait pas été offensée par mes mots. Mon intuition avait donc été la bonne. Bien sûr que ma condition était bien différente de la sienne mais finalement, ses mains étaient tout autant liées que les miennes et j'étais satisfaite qu'elle l'ait compris. Malgré nos différences, nous semblions penser de la même façon sur ce sujet et je dois bien avouer que cela me faisait plaisir. Elle avait éveillé la curiosité, l'intérêt en moi et son difficile parcours, j'avais bien l'intention de le suivre de très, très près. D'ailleurs, si je pouvais être un quelconque pion dans ce jeu, cela ne me gênait pas, tant que c'était pour aider Ilithyia à sortir victorieuse de ces jeux de pouvoir et de puissance.

La praticienne termina par parler de ses capacités que j'avais moi-même mentionnées quelques instants auparavant et très vite, elle parla de son frère dans d'excellents termes : il n'y avait apparemment que lui qui avait toujours cru en elle. Il était fort dommage que ce frère ne soit plus en état de la soutenir et en même temps, le fait qu'il ne soit plus en état de faire quoi que ce soit allait permettre à Ilithyia de briller : enfin. Peut-être les Dieux avaient-ils décidé d'offrir cette chance à la praticienne. La chance pour l'un, la malédiction pour l'autre. Je finis par hocher doucement la tête quand Ilithyia mentionna rapidement sa famille, et plus particulièrement son père, qui avait souffert des médisances au sujet de la demoiselle. Bien sûr que ces faits étaient parvenus, dans une certaine mesure, jusqu'à mes oreilles encore une fois parce que les hommes pouvaient se montrer bavards après avoir été satisfaits. Je n'en savais cependant sans doute pas autant qu'Ilithyia semblait le croire mais préférais la laisser y croire. Puis vint ce moment qui gonfla mon cœur de fierté, ce moment où elle m'annonça qu'elle avait bien l'intention de faire honneur à son frère et surtout de leur prouver à tous qu'elle était bel et bien une personne de valeur. Mon sourire s'élargit et mon regard se plongea avec insistance dans le sien : oui, j'étais fière de ce qu'elle venait de me dire, fière d'elle. Oh, je n'étais rien pour elle, une esclave parmi tant d'autres mais pour moi, elle était déjà devenue bien plus qu'une simple praticienne. Pour moi, elle était devenue celle qui pouvait prouver aux hommes qu'une femme était tout autant capable de gérer des affaires. Pour moi, elle était devenue celle qui pourrait, un jour, faire évoluer les esprits. Elle était jeune et si certains pouvaient y voir une faiblesse moi j'y voyais une force car son chemin commençait à peine et j'étais convaincue qu'elle allait réussir à faire de grandes choses.

« Par Neptune, ces odeurs de cuisine m'ont ouvert l'appétit. » s'exclama soudain la praticienne, me faisant ainsi sortir de mes pensées profondes.

J'écarquillai les yeux, surprise d'un tel revirement de situation. Les odeurs de cuisine ? Discrètement, je laissai mes narines s'ouvrir et réalisai alors, à la limite de l'effroi, que c'était moi qui était revenue avec ces fameuses odeurs. Fichu poisson trop alléchant... Cela dit, je n'avais apparemment pas à rougir d'avoir ramené avec moi l'odeur des plats en préparation puisque cela avait justement éveillé l'appétit de la praticienne. C'était bien mieux que de la dégoûter car cela, Kaeso ne me l'aurait jamais pardonné. J'observai en silence Ilithyia qui m'apparut tout à coup songeuse puis, elle termina par me dire qu'elle aurait aimé une assiette de poisson si je pouvais lui garantir sa fraîcheur et la qualité de sa cuisson. J'ouvris la bouche mais n'eus pas le temps d'ajouter quoi que ce soit qu'elle me demanda de l'accompagner dans la dégustation puisqu'elle refusait de dîner seule. La praticienne eut un regard las vers la sortie et j'en profitai pour réfléchir : que faire ? Accepter ou refuser ? Refuser aurait été une offense mais je n'étais absolument pas censée profiter de la nourriture que l'on réservait aux clients de haut rang. La jeune femme reporta finalement son regard sur moi alors que j'étais toujours en train de me questionner intérieurement sur l'attitude à adopter et ajouta que ce dîner resterait entre nous. Je ne doutais pas de sa bonne foi mais je ne doutais pas non plus de ce que ceux qui travaillaient à l'auberge n'hésiteraient pas à raconter à Kaeso. Cependant, en y réfléchissant, je ne faisais jamais qu'accéder à la demande d'une jeune femme de haute lignée, non ? Je ne faisais jamais qu'obéir et rendre l'attente de la praticienne agréable. Alors...

« Ce sera avec joie. » finis-je par répondre en esquissant un sourire. « Je vous suis reconnaissante de votre générosité. » ajoutai-je en baissant légèrement la tête.

Oui, me proposer de partager ce dîner était généreux.

« Bien sûr, le repas sera offert, cela va de soi. » préférai-je préciser.

Peut-être avait-elle cru qu'elle n'aurait rien à régler et ainsi donc, le préciser ne servait à rien mais peut-être avait-elle cru l'inverse et dans ce cas, il était utile de lui dire qu'elle n'aurait pas à user de l'argent présent dans sa bourse. Je n'étais sans doute pas en mesure de lui garantir pareille gratuité mais j'avais décidé de prendre le risque : j'en assumerais les conséquences. Je me redressai, mon sourire se faisant plus large encore.

« Je vais faire le nécessaire. Nous pourrons dîner ici, à l'abri de regards. » lui annonçai-je avec un air entendu.

Elle comme moi voulions être tranquilles. Je saluai la praticienne avant de quitter la pièce : certes, elle allait devoir patienter un petit peu mais cela allait me permettre d'aller m'assurer que le dîner était correctement préparé car soyons clairs : je n'allais pas bouger de la cuisine tant que le tout ne serait pas prêt. Lorsque je fus de retour à la cuisine, j'expliquai ce que j'attendais ou plutôt, ce que la praticienne attendait et le message fut clair : le meilleur poisson devait lui être réservé et il devait être préparé avec le plus de soins possibles. Ilithyia était importante pour Kaeso et donc pour l'établissement et donc, par extension, pour nous également. Je m'attelai à préparer les plateaux et les couverts pendant que le cuisinier s'occupait de préparer le dîner. Un jeune garçon passa soudain les portes : depuis qu'il avait été acheté il s'occupait lui aussi de la cuisine. C'était un garçon effacé, timide et je ne manquai jamais une occasion de m'imposer à lui, non pas juste par plaisir mais surtout pour le forcer à s'endurcir un peu sinon, il risquait de ne pas tenir très longtemps et c'eut été dommage. Il jeta un regard très envieux aux deux poissons en train de cuire (j'allais avoir la chance d'y goûter à mon précieux...) et je décidai d'en profiter pour le pousser un peu dans ses retranchements.

« Gamin, » c'était ainsi que je l'appelais, « viens par ici. » lui dis-je, de cette voix froide que je réservais à tant de monde.

Le visage de l'enfant se décomposa et il s'approcha de moi, tordant ses mains tant il était nerveux. Je levai les yeux au ciel et croisai les bras, le toisant finalement de toute ma hauteur.

« J'ai vu la façon dont tu regardais les poissons. Tu n'as pas intérêt à essayer de voler de la nourriture sinon, tu sais ce qui t'attends, n'est-ce pas ? »
« J'ai... Je... »

J'arquai un sourcil.

« Tu quoi ? » demandai-je, toujours aussi froide.
« J'ai rien fait... » murmura-t-il, penaud.
« Pas encore. » dis-je, avec un air suspicieux.
« J'ai rien fait et j'ferai rien ! Pourquoi vous m'croyez pas ? Qu'est-ce que j'vous ai fait ? »

Ouh, mais voilà qu'il commençait à s'affirmer un peu : bien, très bien. Ce n'était cependant pas assez. Je me penchai vers lui, le visage fermé, la mâchoire crispé, simulant une colère que je ne ressentais absolument pas.

« C'est à moi que tu parles ? » demandai-je, plus menaçante que jamais et l'enfant se mordit la lèvre inférieure avant de se tasser sur lui-même. « Toi, tu commences à me baver sur les rouleaux. » sifflai-je entre mes dents.

Ce qui eut pour résultat de faire apparaître des larmes dans les yeux de l'enfant. Si j'avais cru un instant qu'il avait gagné un peu d'aplomb, à présent je me rendais compte que ça n'avait été qu'éphémère. Les larmes coulèrent sur ses joues et l'enfant tourna les talons avant de s'enfuir en courant. Je soupirai.

« Gamin, reviens, c'était pour rire ! » lançai-je à voix forte, malgré tout quelque peu ennuyée d'avoir fini par le faire pleurer. L'enfant ne revint cependant pas.

Le cuisinier se tourna vers moi avec un sourire malicieux avant de me demander quand j'allais arrêter de m'en prendre au petit. Je haussai les épaules.

« Quand il ne sera plus blessé par mon attitude. Cela voudra dire qu'il est armé pour survivre ici. Les poissons sont prêts ? »

Pas tout à fait, il me fallut encore attendre quelques minutes car le cuisinier avait mis un point d'honneur à ce que la cuisson soit parfaite, comme je le lui avais demandé. Lorsque les poissons furent prêts, ils furent déposés dans des assiettes aux côtés de quelques légumes agréablement cuisinés. J'en profitai pour récupérer quelques fruits que je disposai dans une autre assiette avant de me saisir des plateaux. Je remerciai le cuisinier et m'en retournai jusqu'à Ilithyia, le fumet des poissons se diffusant tout autour de moi. Cette odeur était délicieuse et il y avait fort à parier que le goût allait l'être tout autant. Lorsque je fus de retour, je déposai les plateaux sur la table.

« Veuillez m'excuser pour le temps que cela a pris mais le cuisinier a fait au mieux pour que cela soit parfait. » expliquai-je à la praticienne, craignant qu'elle ait trop attendu. « Si cela ne vous convient pas, je le ramènerai et il vous en cuisinera un autre. »

Car il était clair qu'il fallait que cela soit parfait. J'esquissai un sourire et restai debout : je ne pouvais clairement pas m'asseoir avant que la praticienne ne me l'ait proposé. Il en était de même pour la nourriture : je ne pourrais pas y toucher tant qu'elle ne m'y aurait pas invité. Les choses étaient ainsi faites.





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Sam 19 Avr - 18:29
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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" La Voix de la Raison "


Comme à nouveau, son hôte disparaissait en cuisine, la plébéienne s'adossa un peu plus contre son siège. Plus confortable qu'elle ne l'aurait cru, surtout depuis le temps qu'elle y était assise. Son regard azuré balaya encore une fois la pièce, et elle se demanda ce qui lui avait pris, d'inviter ainsi une esclave à sa table et surtout, de daigner dîner dans un tel endroit. Il y manquait de clarté, l'ouverture était bien trop étroite. Aucun esclave n'était venu allumer les lampes alors que dehors, le jour déclinait. Ses yeux avertis distinguaient encore la poussière à même les surfaces, et elle songea soudain inéluctablement, aux insectes rampants qui peut-être grouillaient dans la pénombre...
« Celia ! » Sans plus attendre, elle héla sa plus fidèle servante. Postée derrière elle avec le garde du corps de la jeune Lucretia, celle-ci accourut dans la seconde ; « Trouve des esclaves pour allumer les lumières et dépoussiérer cet endroit. On ne peut décemment pas dîner dans cette pagaille... » L'esclave acquiesça quand sa maîtresse s'apprêtait à faire les cent pas ; « Oh, et... sois discrète. Je ne tiens pas à ce que quiconque ébruite cette affaire... » Sa venue en soi à l'auberge Fausta étant déjà loin de convenable, il n'aurait certainement pas fallu que de surcroît, on la surprenne à partager mets et vin en compagnie des filles de joie...

Plus les odeurs de cuisine lui parvenaient, et plus Ilithyia s'impatientait. Ses ongles laqués tapotaient inlassablement le rebord de la table, tandis qu'elle soupirait à chaque aller et venue des esclaves. Elle parvint à se détendre quand enfin l'éclairage fut au point et qu'elle put voir briller les meubles qui lui avaient parus si sales. Elle délaissa son horripilante manie pour laisser aux servantes le soin d'installer le couvert, et décida d'attendre son hôte en sirotant la fin de sa coupe. Finalement, la silhouette de la louve se détacha de l'encadrement de la porte.

« Veuillez m'excuser pour le temps que cela a pris mais le cuisinier a fait au mieux pour que cela soit parfait. » La plébéienne avait failli râler pour l'attente, c'était vrai ; mais maintenant que le repas était servi, tout cela était oublié. Elle le fit comprendre à Kerta d'un signe de la main et l'enjoignit à s'approcher. Elle avait rarement dîné assise et cette position l'incommodait. Toutefois, elle était tellement affamée qu'elle n'en fit pas cas non plus, et se jeta au dessus de son assiette pour en respirer les arômes délicieux ; « Si cela ne vous convient pas, je le ramènerai et il vous en cuisinera un autre ». « Je n'y manquerai pas », rétorqua aussitôt la sœur du laniste en manifestant par là-même son impatience. « Eh bien, vous ne mangez pas ? » Par cette simple question, l'esclave enfin était invitée à prendre place autour de la table, et autorisée à commencer son dîner.

La première bouchée laissa la plébéienne sans voix. Doucement, elle cessa de mastiquer pour mieux savourer, ferma les yeux pour s'aider à apprécier davantage, et fit durer le suspens auprès de la Dame. Aimait-elle ? Ne pouvait-elle pas avaler tant cela lui paraissait immonde ? ...
« C'est... » La jolie blonde saisit son verre, y but un peu d'eau, et accrocha délibérément le regard inquisiteur de la louve. « ...absolument délicieux ».
En règle générale, elle préférait la viande au poisson ; trop peu d'âmes savaient cuisiner ces animaux de la mer de manière à contenter le goût difficile de la plébéienne. Cette fois, rien n'était trop fort et l'équilibre entre les diverses saveurs totalement parfait. Si on lui avait dit qu'elle mangerait le meilleur plat de poisson de sa vie dans une auberge sans prétention, jamais elle ne l'aurait cru.

Un long silence accompagna ensuite la dégustation. Et quand les estomacs furent pour le moins rassasiés, les cerveaux de nouveau se remirent à penser, les interrogations à se poser. « Vous croyez que votre maître rentrera ce soir ? » demanda subitement Lucretia d'un ton amusé. Il n'était pas certain qu'elle rit vraiment si sa supposition s'avérait juste ; mais ce dîner partagé l'avait adoucie et elle se sentait prête à le montrer. Ca n'allait peut-être pas durer...

« Dites-moi, Kerta ». Sa coupe terminée, la gérante temporaire du ludus la déposa délicatement entre les deux assiettes, et s'enfonça mollement dans son siège. A force de réflexions muettes, une idée s'était imposée à son esprit torturé et elle se sentait désormais prête à la poser sans trop de gêne. La situation même faisait en sorte de ne pas l'incriminer. « Vous savez beaucoup de choses sur bien des gens... » Elle fit claquer sa langue et sembla pensive un instant ; « Vous n'êtes pas sans ignorer les habitudes de mon aîné, j'imagine. On dit que les récits de ses frasques ont parfois franchi les murs de la cité... »

Avant le décès du père Lucretius, Titus était en effet réputé pour son addiction aux jeux et aux prostituées. Il avait eu bien du mal à sa reprise de l'entreprise familiale à faire oublier tout cela et à s'imposer. Cela avait pris du temps mais il y était finalement parvenu. Ce qui ne l'empêchait pas de revenir de temps à autre à ses petites faiblesses. Cela tout le monde le savait et l'acceptait désormais.
« Visite-t-il encore vos filles ? »

Une pointe de jalousie l'animait encore à ce genre de pensée. « Vous a-t-il déjà visitée ? » Ses yeux brillaient et il n'était pas difficile de discerner sa mâchoire crispée. Elle se doutait que l'esclave devinerait le pourquoi de ces questions, et pourtant, Ilithyia était convaincue qu'elle lui dirait la vérité. Tant pis, s'il s'avérait qu'effectivement, Fronto était un habitué. Qu'il s'était immiscé entre les cuisses appétissantes de cette blonde somptueuse aux reflets cuivrés. Mais bien dommage, car elle commençait presque à  l'apprécier...


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Dim 27 Avr - 10:18
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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La voix de la raison


J'étais là, debout, sans oser m'asseoir, ce qui me laissa le temps de me rendre compte que la pièce était différente. Sur le coup, quand j'étais entrée je n'y avais pas fait attention mais maintenant que j'avais tout le loisir d'observer autour de moi, je pouvais aisément me rendre compte que la lumière était plus vive et que la table était plus brillante, bien moins sale. Allons bon : Ilithyia avait-elle fait nettoyer la pièce pendant que je m'étais absentée ? Sans aucun doute oui. Cela fit naître un petit sourire sur mes lèvres : elle avait beau avoir accepté de dîner ici, elle n'avait pas pu s'empêcher de demander aux esclaves de rendre l'endroit plus à son goût. Décidément, les praticiens étaient incapables de se contenter du peu. J'y étais habituée mais cela me faisait sourire à chaque fois car je ne pouvais m'empêcher de me demander comment ils réussiraient à s'en sortir si jamais ils venaient à tout perdre. Après tout c'était possible car personne n'était jamais à l'abri et il suffisait d'un scandale ou d'un échec pour qu'une vie aisée bascule dans l'horreur. C'était ce à quoi je pensais lorsque j'entendis Ilithydia s'adresser à moi. Si je ne mangeais pas ? Disons que la situation était quand même assez particulière mais j'avais justement attendu cette invitation de sa part : il m'avait été impossible de m'asseoir sans y être officiellement invitée. Ainsi donc, je finis par hocher la tête et par m'asseoir, non sans remercier la praticienne. Je me saisis de mes couverts mais ne mangeai pas tout de suite, préférant attendre l'avis d'Ilithyia car si cela ne lui convenait pas, il était hors de question que je la fasse attendre et j'allais devoir retourner en cuisine et l'espace d'un instant, je crus que c'en était fini car Ilithyia cessa de mâcher, cessa tout mouvement en fait après qu'elle eut fermé les yeux.

Par tous les Dieux, Kaeso allait faire de ma vie un enfer...

Les quelques instants de silence qui suivirent furent une véritable torture pour moi et quand Ilithyia daigna enfin planter de nouveau son regard dans le mien, mes entrailles se tordirent : c'était le moment de vérité. Un moment de vérité qui se révéla fort agréable quand la praticienne annonça qu'elle trouvait le plat délicieux. Je soupirai de soulagement avant d'esquisser un sourire : voilà au moins bonne chose de faite. Puisque je savais qu'elle était satisfaite, je pus donc me mettre à manger et effectivement, le poisson s'avéra aussi délicieux, voire même plus, que je ne l'avais imaginé. J'irais complimenter le cuisiner et surtout, je n'allais pas manquer de dire à Kaeso à quel point son cuisinier avait fait un excellent travail. Si quelques instants auparavant le silence m'avait gêné, à présent, il ne me gênait plus du tout puisque nous étions en train de déguster un plat merveilleusement cuisiné et j'étais sincèrement satisfaite de pouvoir partager ce moment avec Ilithyia. Bientôt, les assiettes furent vidées et les estomacs remplis : je ne croyais pas avoir aussi bien mangé depuis... Depuis très longtemps en fait car même si j'étais bien nourrie, ce plat que j'avais eu la chance de déguster ce soir dépassait les victuailles habituellement servies aux esclaves. Je portai la coupe de vin à mes lèvres et terminai de déguster le vin avant de reporter mon attention sur Ilithyia quand elle me demanda si je croyais que mon maître allait rentrer ce soir. La question fut posée sans animosité aucune, à croire que le repas avait quelque peu adoucie l'humeur de notre invitée. Je réfléchis un instant avant de reposer la coupe sur la table.

« Je ne saurais vous répondre avec certitude mais d'ordinaire, quand il s'absente plus longtemps, il nous prévient donc, je pense qu'il rentrera ce soir. » Je marquai un silence. « Cela dit, j'ignore à quelle heure il compte être de retour. Vous savez, ici, nous vivons beaucoup la nuit. »

Bien sûr qu'elle le savait mais j'avais préféré le préciser, juste au cas où. Je ne voulais pas qu'elle attende trop longtemps pour rien. « Dites-moi, Kerta. » Je plantai mon regard dans celui de la praticienne, lui apportant toute mon attention en croisant mes mains sur mes jambes. Elle semblait avoir d'autres questions et j'étais prête à y répondre enfin, dans la mesure du possible bien sûr car il était des choses que je ne savais pas et il était également des choses que je savais et qu'il valait mieux taire. J'attendis donc qu'Ilithyia en vienne au fait et rapidement, elle dit que je savais beaucoup de choses sur bien des gens. Je hochai la tête : il aurait été tout simplement hypocrite de jouer de fausse modestie en cet instant. Oui, je savais des choses, la question était de savoir quel genre de choses la praticienne souhaitait découvrir. Je ne tardai pas à découvrir ce qui troublait les pensées d'Ilithyia car rapidement, elle mentionna son frère aîné. Elle pensait que je n'ignorais pas les habitudes de ce dernier et elle avait raison : comment aurais-je pu les ignorer ? Les murs avaient des yeux et des oreilles, surtout ici. Surtout au Lupanar... Je hochai donc une seconde fois la tête, lui confirmant ainsi que j'étais bel et bien au courant des habitudes de son frère. La praticienne ne mit pas longtemps à poursuivre et à poser enfin la question qui lui brûlait tant les lèvres. Un petit sourire étira mes lèvres : ainsi donc, elle voulait savoir si son frère continuait à rendre visite aux filles du Lupanar. La curiosité était un bien vilain défaut mais je pouvais comprendre qu'elle soit avide d'être en possession de cette information. « Vous a-t-il déjà visitée ? » ajouta-t-elle soudain. Je haussai un sourcil, ne me départant pas de mon sourire. Oh comme je me sentais puissante en cet instant. Je voyais bien que le regard d'Ilithyia brillait de curiosité, je voyais bien que ses traits étaient crispés car elle attendait cette réponse avec impatience et moi... Eh bien, je pouvais faire ce que je voulais de cette information que je possédais. Je pouvais la lui donner ou je pouvais la garder pour moi et lui servir un mensonge.

J'étais, en cet instant, celle qui avait les cartes en mains.

Je décidai de profiter quelques instants de ce pouvoir qui était temporairement mien et me tus durant quelques secondes, choisissant de laisser planer le mystère. Puis, vint la décision : devais-je lui dire la vérité ou lui mentir ?

« Il ne m'a jamais visitée. » finis-je par dire après un long moment de silence. La vérité donc. « Et d'après ce que mes filles ont pu me dire, il continue à en visiter certaines oui. » Toujours la vérité. « Je crois même qu'il a quelques favorites. » poursuivis-je et c'était là une information que la praticienne ne souhaitait peut-être pas avoir mais elle avait demandé la vérité alors, elle allait l'avoir. Mon sourire s'élargit doucement. « Nous ne pouvons pas nous permettre de refuser un client, encore moins un client comme lui mais mes filles sont discrètes tout comme je suis discrète et rien ne sort du Lupanar, rien. J'y veille. » finis-je par dire à Ilithyia, mes traits soudain plus durs et mon ton plus sec laissant clairement sous-entendre que s'il était une chose avec laquelle je ne plaisantais pas c'était bien la discrétion. De cette façon, j’espérais la rassurer, le but étant de lui dire la vérité tout en évitant de perdre un client. J'observai Ilithyia un instant avant de soupirer. « Je comprends que cela vous déplaise. » Et le mot était sans doute faible. « Mais, vous pourriez tout aussi bien tirer profit de cette situation. » finis-je par dire.

Allais-je réussir à attiser sa curiosité ? Allais-je réussir à la prendre dans mes filets ?




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Mar 20 Mai - 10:42
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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" La Voix de la Raison "


« Il ne m'a jamais visitée ».

Ces mots furent un soulagement. Elle se sentait bête à l'instant, craignant de plus que l'esclave devine sans mal ce qui la liait réellement à son frère... Et leur relation particulière devait rester secrète. On le lui avait bien dit, et elle l'avait bien compris. Les rumeurs faisaient déjà beaucoup, d'aucune manière elle ne devait les confirmer. Même si entendre ce que Kerta avait à dire à ce sujet, avait tout de même le don de la blesser.
« Et d'après ce que mes filles ont pu me dire, il continue à en visiter certaines oui. Je crois même qu'il a quelques favorites. » L'idée lui déplaisait toujours, et Ilithyia grinçait discrètement des dents tout en serrant des poings. Mais elle se contrôlait, car après tout, elle préférait savoir le laniste en compagnie des putains plutôt qu'entre les cuisses de riches patriciennes avec lesquelles elle ne pouvait rivaliser. Cette fois, la jalousie ne pouvait l'emporter. La jolie blonde ne pouvait se permettre de perdre la face, aussi fit-elle passer son inquiétude pour de l'exaspération, au moyen d'un soupir las : « C'est que, notre réputation n'est déjà pas des plus reluisantes... Il ne faudrait pas que cela empire... »

« Nous ne pouvons pas nous permettre de refuser un client, encore moins un client comme lui mais mes filles sont discrètes tout comme je suis discrète et rien ne sort du Lupanar, rien. J'y veille ». C'était déjà ça. Et Lucretia pouvait toujours se consoler en se rappelant qu'actuellement, son frère était loin de pouvoir gambader de bordel en bordel. Il était souffrant, allongé en permanence, et elle était la seule à pouvoir se rendre à son chevet.

« Je comprends que cela vous déplaise » ; et la louve ne se doutait probablement pas à quel point, du moins, la plébéienne l'espérait. « Mais, vous pourriez tout aussi bien tirer profit de cette situation... »

Ilithyia releva brusquement la tête et repoussa son assiette. Sa curiosité piquée à vif, elle hésitait entre reprendre la matrone et l'enjoindre à continuer. Que voulait-elle dire ? Elle sentait bien qu'une nouvelle fois, la Dame aux cheveux d'or allait se mêler de ce qui ne la regardait pas, mais... l'intrigue était trop forte. Et la sœur du laniste se sentait à sa merci. Suspendue à ses lèvres, dans une position d'infériorité pour le moins insupportable... Pour autant, elle avait peut-être beaucoup à gagner de cette révélation.

C'était ainsi. Elle était tiraillée entre le désir d'assouvir sa soif de connaissance, et celui de se montrer plus forte. Mais comme il faut parfois savoir s'incliner devant tout adversaire afin de remporter la guerre et par conséquent, la bataille ultime, Lucretia choisit de faire parler l'esclave.
Pour feindre qu'elle n'était pas pressée, elle s'empara de son verre et fit s'approcher un esclave afin qu'on la resserve. Un long moment, elle s'attarda sur le nectar divin qui caressait ses lèvres, puis consentit enfin à regarder son hôte. Qu'elle était belle, qu'elle était femme, et surtout... comme elle semblait puissante, malgré son statut de catin.

Le liquide tourna dans sa coupe alors qu'elle l'agitait, puis Ilithyia reposa le récipient devant elle. Elle soupira tout en croisant les bras sur sa poitrine, puis daigna reprendre la conversation :

« En tirer profit... ? » Elle ne put s'empêcher de hausser un sourcil dubitatif. Elle mourrait d'envie d'en savoir plus, c'était évident. Et tous ses efforts pour montrer le contraire étaient vains. Et c'était l'occasion ou jamais pour Kerta de s'immiscer dans la vie de la jolie blonde, de susciter ses angoisses, rehausser ses rêves... bref, en faire ce qu'elle voulait, ou presque.

Maintenant, la louve avait le véritable pouvoir...


HJ : pardon pour l'attente, mais comme j'ai perdu ma première réponse j'ai mis un peu de temps à tout retaper Stp

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Mer 18 Juin - 17:51
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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La voix de la raison


Un instant de flottement, un silence. La praticienne releva son regard vers moi après avoir repoussé son assiette. Avais-je donc réussi à attiser sa curiosité ? Sans doute au moins un peu à la vue de la façon dont elle m'observait mais pourtant, elle ne posa aucune question, ne laissa presque rien paraître. Cet instant de flottement dura encore quelques instants avant que la jeune femme ne s'empare de son verre, décidée à être servie de nouveau. Un esclave s'approcha rapidement pour la servir et je restai immobile, l'observant avec attention, guettant le moindre mouvement, le moindre signe qui pourrait me laisser entrevoir ce qu'elle avait pu décider : allait-il me congédier ou allait-elle vouloir poursuivre plus avant ? Ilithyia fit tourner le liquide pourpre dans sa coupe tout en restant obstinément enfermée dans son mutisme. Allons bon, était-ce si difficile de se décider ? Apparemment oui puisqu'elle ne reprit pas tout de suite la parole, laissant mon insinuation comme suspendue dans les airs, laissant le doute planer au-dessus de ma tête. Je savais mon visage fermé, mon regard insondable et quand la praticienne reposa finalement sa coupe avant de croiser les bras tout en soupirant, je pris sur moi pour garder ce même visage libéré de toute expression alors qu'intérieurement je jubilais : elle avait cédé. Elle allait me demander de poursuivre, j'en étais intimement persuadée et lorsqu'elle me confirma qu'elle souhaitait en savoir plus en me demandant comment elle pouvait tirer profit de la situation, ma jubilation n'en fut que plus grande encore. J'avais gagné cette partie et c'était moi qui détenait le pouvoir à présent. J'avais beau lui être inférieure de par mon rang, elle était à ma merci, suspendue à mes lèvres et ce sentiment de puissance m'était très agréable : je risquais fort de m'y habituer.

A mon tour de je croisai les bras, avec lenteur cependant. Elle avait pris son temps avant de relancer la conversation et j'allais à mon tour prendre un peu de temps avant de lui apporter les réponses qu'elle souhaitait si ardemment obtenir. Je jetai un coup d'oeil aux esclaves avant de me pencher très légèrement vers Ilithyia, signe que je souhaitais lui parler en toute discrétion et dans la confidence la plus totale.

" Eh bien, comme je vous l'ai dit : les hommes ont tendance à se confier plus facilement lorsqu'ils ont été satisfaits. " dis-je à voix basse. " J'ignore quel lien vous unit à votre frère et j'ignore ce que vous souhaitez pour lui mais ce qui est certain, c'est qu'il me serait possible d'obtenir des informations de sa part quand il reviendra car il reviendra, n'en doutez pas. Quand il sera de nouveau sur pieds, il reviendra. "

Il était important de bien insister sur ce point puisque ce qui allait suivre reposait exclusivement sur la présence de son frère au sein du Lupanar.

" S'il y a des choses que vous souhaitez savoir, cela serait possible, il suffirait de mettre votre frère sur la voie et les mots viendraient bien facilement ensuite. " poursuivis-je.

Je marquai un silence et observai la praticienne. J'hésitai : devais-je aller jusqu'au bout ou m'arrêter là ? Mon instinct m'intimait de poursuivre mais la raison... Au diable la raison.

" Si vous le souhaitez, je pourrais être vos yeux et vos oreilles ici. Je le pourrais. Je serais honorée de pouvoir vous aider à garder ce pouvoir qui est devenu le vôtre parce que je vous respecte. " lui dis-je sans gêne aucune puisque c'était sincère. " Je respecte la femme que vous essayez de devenir. "

Je la respectais oui et en même temps, je souhaitais réussir à me rapprocher assez d'elle pour pouvoir l'influencer et être dans ses bonnes grâces. N'ayez pas cet air outré : je n'étais après tout qu'une esclave, qu'une putain qui était prête à tout pour avoir un maximum de confort et un maximum de privilèges au milieu des horreurs qu'apportait la vie de louve et parce que rien ne pourrait m'arrêter, je me devais de jouer ce jeu qui était certes dangereux jusqu'au bout. Ainsi, je finis par me reculer et par décroiser les bras.

" Je ne prétends pas vous imposer quoi que ce soit, ce choix est le vôtre. Je ne suis qu'une esclave, je me plierai à votre volonté. "

N'était-il pas judicieux de donner l'impression à la praticienne qu'elle avait repris le dessus ? Judicieux peut-être mais surtout audacieux et dangereux mais j'aimais toucher le danger du doigt : cela me donnait l'impression d'être vivante et laissez-moi vous dire qu'en cet instant, je l'étais bel et bien vivante.


© charney

Jeu 17 Juil - 10:55
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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" La Voix de la Raison "


La plébéienne n'en revenait pas. Un sourcil haussé en signe d'étonnement, elle hésitait à forcer ce petit sourire prêt à naître au coin de ses lèvres pleines... Était-ce réellement l'occasion de jubiler ?

Beaucoup de choses semblaient lui sourire ces derniers temps. Seulement, son inexpérience de la politique, des relations humaines et de la vie sociale plus généralement, la poussait à se méfier de tout un chacun. C'était bien la première fois qu'on lui proposait de l'aide aussi naturellement et elle trouvait cela très appréciable... Mais la prudence lui dictait de ne pas se prendre pour quelqu'un de trop grand et de réfléchir aux motivations de la Louve. Sans doute espérait-elle quelque chose en retour, sinon pourquoi telle charité envers quelqu'un qu'elle ne connaissait pas ? Loin d'être stupide, Ilithyia songeait que peut-être, elle cherchait simplement à la faire parler, afin de servir les intérêts d'un autre... Comment être sûre ?

« Je dois dire que vous me surprenez. En revanche, nous ne nous connaissons pas et je ne saisis pas pourquoi vous voudriez m'aider. Vous dites me respecter... permettez-moi d'en douter au vu de ce que tout le monde dit de moi dans cette cité » ; et c'était vrai... pourquoi lui faire confiance ? « Comment vous savoir sincère ? Qui me dit que vous n'avez pas pour dessein de vous attirer ma sympathie pour mieux me trahir auprès d'un autre... ? »

La sœur du laniste déglutit. Peut-être en avait-elle déjà trop dit, sous-entendant qu'elle était capable d'enfreindre quelques règles... Puis, elle se ressaisit. Elle n'avait rien dit de compromettant ; il pouvait tout aussi bien s'agir de stratégie combative, que la Dame irait répéter à quelque espion de Naevius... Non, Lucretia ne s'était pas encore mise en danger, mais elle pouvait le faire à tout moment. Elle nota alors dans un coin de son esprit, qu'il était temps de bien réfléchir à ce qu'elle pourrait dire avant d'ouvrir la bouche. Mieux valait partir du principe que la matrone pourrait retourner toutes ses paroles contre elle.

« Sinon, j'imagine qu'il y a une contrepartie... » La patricienne recula son siège et de nouveau, croisa les bras. Les esclaves reçurent le message et commencèrent à débarrasser la table, tandis que d'autres renouvelaient le vin et apportaient les plateaux de fruits. « Je ne peux pas croire qu'une personne souhaite en aider une autre sans l'intention d'en tirer profit. » Ses prunelles s'ancrèrent dans celle de la putain pour ne plus les quitter. « Alors, dites-moi... Que voulez-vous, en échange ? »

Elle la trouvait décidément bien orgueilleuse et culottée. Mais encore une fois, c'était la première fois qu'une main lui était tendue ainsi et il était tentant d'accepter...

« Vous allez devoir me convaincre, et je ne crois pas que ce soit très bien parti... » Lucretia n'avait pas oublié le plus gros du problème ; elle avait souhaité y venir en douceur, et amener la question subtilement, de manière à montrer qu'elle n'était pas prête à tomber dans tous les pièges, si toutefois celui-là en était un...
« Vous pensez que je ne suis pas assez grande pour poser des questions à mon frère et obtenir des réponses ? » La plébéienne plissa le nez et fronça les sourcils. Elle se pencha vers la Louve d'un air supérieur ; « Que voudriez-vous me dire à son sujet que je ne sache pas déjà ? Essayez-vous de me faire dire... que je souhaiterais le trahir ? »

Oh, bien entendu, il n'avait jamais été question de cela pour Ilithyia. Elle aimait Fronto, plus que de raison, et même s'il l'agaçait par bien des façons, jamais elle n'avait eu l'intention de lui nuire. Seulement, c'était vrai qu'elle espérait plus de considération. De sa part et de celle des autres... Elle souhaitait attirer son attention et prouver qu'elle était capable de réussir, au moins tout aussi bien que lui, et ce malgré son handicap.

Mais pour cela, elle devait progressivement se détacher de lui. Cela, la Louve l'avait bien compris, et c'était là tout l'intérêt de sa proposition... Allait-elle réussir à le faire comprendre à sa toute jeune compagne sans l'offusquer plus avant ?


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Dernière édition par Lucretia Ilithyia le Lun 22 Sep - 16:12, édité 2 fois
Dim 3 Aoû - 13:23
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La voix de la raison


Oui ? Non ? Peut-être ? Allait-elle accepter ma proposition ou bien allait-elle la repousser d'un revers de la main et me renvoyer là d'où je venais ? Tout était possible car finalement, même si je réussissais à avoir un certain pouvoir sur la praticienne, elle me restait supérieure et ainsi, c'était donc elle qui détenait le pouvoir ultime et elle n'allait pas le laisser filer entre ses doigts, j'en étais certaine. C'est d'ailleurs parce qu'elle détenait ce pouvoir qu'elle avait la possibilité de me questionner, de douter de mes réelles intentions et elle ne tarda d'ailleurs pas à reprendre la parole pour me dire que je la surprenais mais je savais que ses mots n'étaient pas là pour me complimenter, bien au contraire. Elle était surprise mais surtout suspicieuse. Ne l'aurais-je pas été à sa place ? Bien sûr que si, il ne faisait aucun doute que si nos rôles eussent été échangés, j'aurais réagi exactement de la même façon. Elle doutait de mon respect envers elle, elle doutait de ma loyauté et il était légitime de douter puisqu'elle ne me connaissait pas. La confiance ne s'obtenait qu'à force de temps et non pas en un claquement de doigts. Il ne tenait donc qu'à moi de la rassurer mais encore fallait-il qu'elle m'en laisse l'occasion et je n'étais pas certaine qu'elle allait me le permettre, en particulier parce qu'elle poursuivit en m'annonçant qu'elle pensait qu'il y avait une contrepartie à ma loyauté. J'aurais pu m'offusquer du fait qu'elle me pense cupide au point de vouloir l'aider en obtenant quelque chose en retour mais la vérité était qu'à long terme, cette association, si elle avait véritablement lieu, pourrait m'être bénéfique oui. Dans quelle mesure exactement ? Étant donné ma condition je n'en avais pas encore la moindre idée mais de toutes les façons, être l'alliée d'une praticienne renommée ne pouvait que m'être bénéfique. Cependant, bien au-delà de cela, de cette possibilité qu'un jour cette jeune femme puisse m'être utile, j'avais vraiment envie de la voir briller. C'était un désir sincère et puissant : je voulais qu'elle les écrase tous, voilà tout mais cela, elle ne pouvait pas le savoir tant que je ne prendrais pas la peine de le lui expliquer.

J'allais devoir le faire. J'allais devoir la convaincre oui.

La praticienne était vraiment sur ses gardes et la partie était loin d'être gagnée pour moi, ce qu'Ilithyia ne manqua pas de me dire. Plus les secondes passaient et plus la jeune femme semblait devenir de plus en plus suspicieuse, de plus en plus fermée à ma proposition et lorsqu'elle évoqua son frère, je compris que c'était de là dont venait le problème : le lien tenu qui l'accrochait à son frère était ce qui la poussait à se méfier. D'ailleurs, de cet air supérieur qui était le sien de par ses origines et par son rang, elle me toisa en fronçant les sourcils tout en me demandant si j'essayais de lui faire dire qu'elle souhaiterait trahir son frère. Je détournai les yeux et baissai légèrement la tête, signe de soumission. Ce geste était habituel et pourtant, il me coûtait à chaque fois. Une chose était certaine en tout cas : je devais me montrer très prudente quant à son frère car il était clair qu'il représentait beaucoup pour elle. J'allais devoir peser mes mots, j'allais devoir faire preuve d'intelligence et de savoir-faire si je voulais que la conversation se termine à mon avantage.

« Je ne prétends pas que vous souhaitiez trahir votre frère non, et je ne le prétendrai jamais. » terminai-je donc par dire avant de relever doucement mon regard vers elle. « J'ai bien compris qu'il représentait beaucoup pour vous et mon intention n'est pas de lui faire du tort mais seulement de ne pas vous en faire à vous. »

Et c'était là toute la difficulté de la chose : ne pas lui faire de tort à elle sans en faire non plus à son frère. Il était en situation difficile, il était affaibli et oui, il m'était d'avis qu'Ilithyia devait en profiter pour se faire une place mais à mon sens, cela n'avait rien d'une trahison. C'était tout simplement la seule façon qu'avait la praticienne de leur prouver à tous qu'elle n'était pas qu'une faible femme vivant dans l'ombre des hommes de sa famille et plus particulièrement dans l'ombre de son frère. D'ailleurs, il était de le lui dire.

« J'estime simplement qu'il serait juste que vous puissiez briller vous aussi, sans être constamment dans l'ombre de votre frère, voilà tout. Vous méritez plus que ce que l'on veut bien laisser à votre portée. » ajoutai-je en ne détournant pas mon regard. Elle doutait de ma loyauté ? Nous étions arrivées au moment où j'allais la lui expliquer. « Je suis une esclave mais je suis une femme et lorsque je vois une femme forte qui a, dans une certaine mesure, la possibilité de s'émanciper et de se faire sa propre place dans ce monde où l'homme domine tout, cela ne m'inspire que du respect. Vous ne me connaissez pas, je comprends vos doutes mais je ne suis pas quelqu'un qui offre sa loyauté à la légère. » terminai-je par lui expliquer. « Je suis fidèle envers Kaeso. Je vous serai fidèle et je ne vous demande rien en retour. »

Nous y étions : la fameuse contrepartie dont Ilithyia avait parlé. Elle existait bel et bien mais j'ignorais pour l'instant quelle forme elle allait prendre. Alors, quand je disais que je ne lui demandais rien ce n'était pas tout à fait vrai mais que pouvais-je lui dire d'autre ? Oh, il y avait tout un tas de choses que je pouvais lui dire.

« Que pourriez-vous m'offrir ? La liberté ? C'est impossible. Je terminerai ma vie ici, j'en suis certaine. De l'argent ? Jamais je n'oserais vous faire un pareil chantage. Peut-être... » Et là, je devais choisir mes mots avec prudence. « Peut-être un jour, si j'ai su vous être utile et si j'ai besoin d'aide, peut-être aurai-je l'audace de me tourner vers vous mais ce jour pourrait tout aussi bien ne jamais arriver. »

Je terminai par esquisser un très léger sourire qui était plutôt sincère bien que teinté de froideur, comme d'habitude.

« Je terminerai mes jours ici. » répétai-je une nouvelle fois « mais si durant ce temps qui est le mien je peux vous aider à vous élever davantage et à vous voir briller, j'en serai satisfaite. Parce que vous êtes une femme. » ajoutai-je, mon sourire se faisant tout à coup plus complice. « Si vous étiez un homme, nous n'aurions pas cette conversation. D'ailleurs, en dehors de mon maître, jamais je n'ai offert ma loyauté. Jamais. »

Et c'était la stricte vérité. Je ne pouvais être plus sincère. En fait, je l'avais peut-être même été un peu trop.



© charney

Lun 22 Sep - 19:50
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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" La Voix de la Raison "


On lui tendait ouvertement la main, et la plébéienne rechignait à accepter. La tentation était pourtant grande tant l'occasion s'était rarement présentée. Mais malgré ses réticences, la perspective de faire de la Louve son alliée faisait doucement son chemin dans l'esprit de Lucretia. De quelle façon pourrait-elle employer sa prétendue loyauté ? Elle ne le savait pas encore et avait tout le temps d'y réfléchir. Mais si vraiment sa vis-à-vis était sincère, alors elle ne pouvait l'ignorer ; sa supériorité sociale ne la rendait pas présomptueuse au point de croire qu'elle n'avait rien à lui apporter : Kerta était une femme, comme elle l'avait souligné, mais elle était également plus âgée. Une esclave, certes, mais certains sont précieux bien que rares. Peut-être celle-ci avait-elle des talents cachés ? Quoiqu'il en fut, et même s'il en coûtait à Lucretia de l'avouer, la Dame devait connaître bien des manigances d'hommes et bien des secrets. Il n'était pas exclu, malgré sa condition d'esclave, qu'elle puisse la renseigner et la conseiller, lui enseigner peut-être quelques subtilités du monde masculin et la manière de les contrer, une fois la confiance entre elles installée...
Oui, cette idée lui plaisait. La sœur du laniste était même prête à laisser de côté sa petite arrogance pour apprendre d'une simple esclave, d'une catin... pour peu qu'un jour, elle se mette à « briller », comme la Belle le disait si bien.

Un petit sourire en coin, et la plébéienne observa la pièce à la dérobée. Les serviteurs de Faustus s'activaient à débarrasser, certains se précipitant soudain en cuisine attirant son attention. Leur maître était-il de retour ? Oui, à ce qu'il semblait !
Eh bien, si c'était là le plus humble repas qu'elle eut jamais partagé, la conversation qu'elle était sur le point d'abréger était loin de faire partie des plus ennuyantes. Convaincue ? Elle ne l'était pas tout à fait, mais c'était en bonne voie. De fait, sa réticence du début n'était plus du tout présente, et la Louve avait su toucher des points sensibles. Essentiels même, pour susciter la curiosité et l'intérêt grandissant de la cadette Lucretii.
Comment cette dernière pouvait-elle rester de marbre, face à tant de prestance et d'élégance, malgré une position des plus humiliantes ? De femme à femme, et non pas de plébéienne à putain, peut-être qu'elles trouveraient quelque autre parole intéressante à s'échanger. C'était ce dont Ilithyia avait toujours eu besoin pour s'imposer, d'abord dans sa propre famille, puis enfin alentours : un soutien féminin. Un modèle, un exemple, pour sa force et sa persévérance. Au fond, elles se ressemblaient, et si la jeune enfant n'en avait pas encore conscience, elle finirait par l'accepter. Au plus profond de son être elle ressentait déjà leur lien et leurs similitudes. La Louve l'avait charmée, happée dès les premières secondes, et ce malgré les appréhensions de la jolie blonde vis-à-vis de sa situation ; dernière son apparente froideur, elle avait instinctivement décelé la chaleur réconfortante que peut procurer une mère. Une chaleur peu connue par Lucretia qui n'avait que très peu gardé la sienne auprès d'elle. Et à qui faire confiance, si ce n'était à une figure maternelle ?

Appuyant simultanément ses deux bras sur les accoudoirs de son siège, la sœur du laniste décida ainsi de lui laisser sa chance : « J'ai de la considération pour vous et pour vos mots. Alors que je ne vous connais pas et que votre statut ne vous autorise pas à me parler comme vous l'avez fait ». Elle était peut-être dure et insistante, peut-être pas... tout ce qu'elle voulait, c'était faire comprendre à la Dame aux cheveux d'or qu'elle était intéressée, mais que rien n'était acquis. « Prouvez-moi votre valeur par vos actes un jour prochain et peut-être alors ferais-je fis de nos différences... Nous serons amenées à nous revoir bientôt, j'en conviendrai avec votre Maître... » Elle avait dans l'idée d'en découvrir un peu plus sur sa potentielle alliée, si possible entre les murs de sa propre villa, là où les secrets pourraient être gardés. Ca ne poserait pas de problème : les gladiateurs étant esclaves de leurs besoins comme de nombreux hommes, la venue de Kerta et de ses filles à la caserne pourrait certainement s'arranger.

Comme on lui annonçait le retour de l'aubergiste, la plébéienne enfin se leva et fit comprendre d'un geste de la main qu'elle arrivait. Le dernier regard qu'elle jeta à la Louve était plein de promesses et d'attentes en vérité.
Elle ne le savait pas encore, mais sa première alliance venait d'être scellée.


© Rider 0n the Storm
Re: La Voix de la Raison ♦♦ Kerta   




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